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27 juin 2014

MANGEZ-LE SI VOUS VOULEZ - JEAN TEULE

Jean Teulé- Mangez-le si vous voulez - CouvertureAlain de Moneys est un sympathique jeune homme de vingt-huit ans qui jouit de l'amour de ses proches et de la considération de ses concitoyens qu'il a à cœur d'aider au mieux de ses possibilités. Il vient d'ailleurs d'être élu conseiller municipal et s'apprête à soumettre au gouvernement un projet d'assainissement des marais qui empoisonnent le bétail des communes des environs. Le 16 août 1870, il se rend à la foire de Hautefaye pour régler quelques affaires avant son départ pour le front de Lorraine où les troupes françaises subissent défaite sur défaite face aux armées de Bismarck. Il ignore encore que, pour avoir pris la défense de son cousin qui tenait des propos défaitiste, il va être pris pour un espion prussien et devenir la victime d'un déchaînement de violence ahurissant.

Jean Teulé trouve souvent son inspiration dans les aspects les moins reluisants de notre histoire. La folie de Charles IX, la personnalité complexe de François Villon, l'honneur du Montespan le royal cocu lui ont déjà permis d'écrire quelques romans surprenants. Cette fois, c'est un fait divers proprement incroyable qu'il a choisi de mettre en lumière.

Avec Mangez-le si vous voulez, il nous raconte le lynchage d'un homme par une foule saisie de folie meurtrière. Il décortique avec une grande minutie toutes les étapes de son calvaire et nous montre comment de paisibles citoyens peuvent se transformer en de véritables monstres.

Jean Teulé n'est pas du genre à édulcorer ses romans. Darling ou Je, François Villon comportaient déjà des scènes d'une grande dureté. Cette fois-ci pourtant, j'ai eu beaucoup de mal à supporter la mise à mort du pauvre Alain. J'ai même eu la tentation de sauter quelques pages, histoire d'accélérer son martyre. Mais finalement, non. Je suis allé jusqu'au bout de sa longue agonie.

Le cœur au bord des lèvres, j'ai assisté à toutes les sévices qui lui furent infligées. J'ai vu ses orteils arrachés à la tenaille et ses talons ferrés comme on le ferait d'un cheval de labour. J'ai vu les yeux crevés, les dents brisées, les côtes enfoncées à coup de barre, de gourdin, de fourche et de sabot. J'ai assisté à l'hallali sur la place du village où il fut démembré avant que d'être rôti et mangé !

La foule est une chose dangereuse, indomptable et rebelle à la raison. La responsabilité de chacun se dilue dans son grand tout et le pire est alors possible. On reste pourtant abasourdi devant tant de violence, de lâcheté et de bêtise. Certes, il y a ceux qui agissent sous le coup de la colère tel le vieux Piarrouty qui vient de perdre son fils à la guerre. Cela n'excuse rien mais permet au moins de comprendre leurs motivations. Ils cherchent un bouc émissaire, un exutoire à leur peine ou à leurs craintes.

Mais il y a tous les autres. Ceux que motivent seulement un vague patriotisme et dont la participation au lynchage demeure inexplicable. Parmi eux, on trouve des individus dont on pourrait attendre plus de discernement (le notaire, l'instituteur), des relations de travail et même des amis d'enfance de la victime ! Et c'est cela le plus choquant. Se rendre compte que ces monstres sont des individus parfaitement normaux, citoyens aimables et bons pères de famille. Les bourreaux d'Alain de Moneys sont des messieurs-dames-tout-le-monde. Vous, moi.

Julliard - 2011

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22 juin 2014

MEURTRE CHEZ LES MAGDALENIENS - SOPHIE MARVAUD

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Au terme de sa migration annuelle, la famille des Quatre-Encoches est parvenue sur les côtes de l'Aquitaine pour y récupérer les coquillages qui constitueront la dot de la fille aînée du chef "Vitesse de bison". Mais alors que la petite troupe s'apprête à rebrousser chemin pour rejoindre son hivernage sur les bords de la Vézère, Iranie, la future apprentie de la chamane, est retrouvée morte. Cet assassinat n'est que la première d'une série de catastrophes qui vont s'accumuler sur le petit groupe d'une quinzaine d'individus. La Chamane Puissance-de-licorne aura fort à faire pour découvrir le coupable et éviter au clan des Grandes-Mains-Blanches de sombrer dans les divisions.

Je n'ai pas une grande habitude des romans historiques qui ont pour cadre les premiers temps de l'humanité. Mon expérience en la matière se limite aux récits du grand Rosny et à un ou deux livres plus récents mais pas forcément meilleurs. C'est donc sans attente particulière que j'ai entamé ce voyage dans le temps qui s'est avéré aussi plaisant qu'instructif. 

On y apprend beaucoup sur les hommes et les femmes du paléolithique supérieur, ces chasseurs-cueilleurs qui peuplaient l'Europe d'alors. On découvre les différents aspects de leur vie, leurs techniques de chasses et de conservation de la nourriture, leur habillement, leur habitat ou leurs pratiques religieuses. J'ignore quelle est la part de la recherche archéologique et celle de la pure spéculation mais ce livre donne une image tout à fait plausible de leur quotidien. Une existence très éloignée de la notre mais qui lui ressemble quand même par bien des aspects. Il n'est en effet pas interdit de penser qu'une fois leurs besoins primaires assurés (sécurité et nourriture), ils aient ressenti le besoin de s'adonner à des occupations artistiques telles que la sculpture ou la musique et que les jeux de l'amour et de l'ambition y tenaient déjà une place très importante.

Venons-en maintenant à l'aspect « policier » du roman puisque, qui dit meurtre, dit enquête. Celle menée par l'héroïne est plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord. Elle débute par la recherche d'un assassin au sein d'un petit groupe familial pour aboutir à un véritable complot qui menace l'avenir du clan dans son ensemble.

Sophie Marvaud a eu la bonne idée de choisir un chamane pour conduire les recherche. Ses fonctions de « médecin » et de chef religieux l'amènent tout naturellement à s'intéresser à ses semblables, à les observer et les deviner. Le recours à un personnage féminin est tout aussi pertinent. Dans un monde dominé par la force brute, il est bien plaisant de voir une femme tirer son épingle du jeu. Puissance-de-Licorne le fait de façon intelligente, sans heurter les habitudes de ses compagnons et en tenant compte du tempérament de chacun. D'ailleurs, tout au long de ses investigations, elle cherche à convaincre et non à imposer son point de vue. Elle a parfaitement compris que la découverte et la punition du coupable sont secondaires et passent après la préservation de l'intérêt général.

Signalons enfin que ce roman se conclue sur une jolie leçon de "savoir vivre ensemble" et rappelle que l'égalité entre les hommes et les femmes est nécessaire à l'épanouissement d'une société harmonieuse. Sa "métaphore de la corde", objet rituel que les parents tissent ensemble et qui sert à soutenir leur enfant lors de son épreuve d'initiation est extrêmement parlante : à défaut de concertation et de travail en commun, le résultat sera médiocre... et la corde risque de lâcher ! A méditer.

Nouveau Monde Editions & Editions du Partrimoine - 2014

 

17 juin 2014

CATACOMBES - ANISSA BERKANI-ROHMER

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Chaque nuit, la petite Anaïs fait un affreux cauchemar dans lequel elle est confrontée à une présence monstrueuse. Elle trouve heureusement un peu de réconfort auprès des animaux de la ménagerie du jardin des plantes dont son père est le directeur et aime particulièrement rôder près de l'enclos des loups. Celui-ci est pourtant vide depuis la mort de Boris, le dernier loup de Sibérie. Mais Boris n'était-il pas davantage qu'un loup ? Et d'ailleurs, est-il vraiment mort ?

Si l'on peut reconnaître au moins un mérite à la collection Frayeur, c'est d'avoir eu l'audace de publier le premier roman de pas mal de jeunes auteurs. Anissa Berkani-Rohmer en fait partie. Et on s'en rend vite compte aux petites faiblesses dont son livre est truffé.

Il y a tout d'abord un problème de rythme. Elle s'attarde beaucoup trop au début du roman sur la personnalité de l'héroïne, sur ses divagations et ses déambulations dans le jardin des plantes. De même, la traque finale du loup-garou m'a semblé un peu longuette d'autant qu'elle débouche sur une non fin assez frustrante. Entre les deux, presque rien. Les découvertes et les révélations se font grâce à deux récits (le journal intime d'Anaïs et la confession d'un scientifique) sur lesquels l'un des personnages met la main et qui, seuls, éclairent et font progresser l'intrigue.

Il y a ensuite quantité d'imprécisions qui nuisent à la crédibilité de l'histoire. On se demande ainsi comment Jean Goubé s'y prend pour retrouver la trace d'un vieux moujik au fin fond de la Sibérie soviétique ou pourquoi il faut utiliser un poignard en argent pour abattre l'un des monstres alors qu'un peu plus loin ses petits copains sont trucidés avec de simples fusils de chasse.

On se demande aussi pourquoi les attaques des vilaines bêbètes ne nous sont contées qu'après coup ? On n'en voit que les effets grâce à des descriptions complaisantes à grand renfort d'hémoglobine et de chairs déchirées. Il faudrait savoir ! Soit on verse dans le gore et dans ce cas il fallait décrire les scènes de meurtres, soit on préfère jouer sur l'atmosphère et il n'est donc pas nécessaire d'entrer dans les détails sordides. Ajoutons encore des personnages surnuméraires qui n'apportent rien au développement de l'intrigue, un style grandiloquent, des passages confus...

Bref, des défauts qui, sans être rédhibitoires, finissent par agacer. Une bonne idée toutefois. Celle de ce loup-garou doté du don d'ubiquité et qui, même prisonnier, peut s'incarner en d'autres lieux, donnant ainsi la possiblité au récit de se dérouler sur deux plans différents.

Fleuve Noir Frayeur - 1995

12 juin 2014

CHERI-BIBI ET CECILY - GASTON LEROUX

$_35Grâce aux talents de chirurgien du Kanak, Chéri-Bibi a désormais l'apparence de Maxime du Touchay. Accompagné du fidèle La Ficelle, le voici de retour à Dieppe où il espère bien prendre auprès de Cécily la place de l'époux dont il a emprunté les traits. Il ignore toutefois à quel point ce dernier était un être détestable, coupable des pires vilenies. Tandis qu'il essaye de reconquérir le cœur de la femme qu'il aime, ses anciens complices entreprennent de le faire chanter.

Suite et fin de la très drôle et très dramatique histoire de Chéri-Bibi, le bagnard au grand cœur marquée du sceau de la fatalité. L'action de ce volume se déroule toute entière dans la cité balnéaire de Puys près de Dieppe. Nous y assistons aux efforts désespérés du forçat pour se faire une place au soleil auprès de l'élue de son cœur et, une fois gagnée, pour la conserver.

Il lui faudra en effet composer avec une double menace. En premier lieu celle que font peser sur son bonheur les amis de feu Maxime du Touchay. Femmes de petite vertu, maris complaisants, camarades de débauche, tous tentent de reprendre leurs relations sordides avec l'homme qui les entretenait. Chéri-Bibi aura un mal de chien à se dépêtrer de ces sangsues. Il lui faudra même employer les grands moyens pour rompre avec eux de manière définitive. Ce seront ensuite ses anciens compagnons de bagne qui tenteront de profiter de la bonne fortune échue à leur chef. Là encore, il devra user de la manière forte pour leur faire entendre raison.

En renvoyant dos à dos ces grands bourgeois et ces malfrats qui se confondent dans une même malhonnêteté, Gaston Leroux assène une petite pique à la bourgeoisie de son époque. Une agacerie que l'on retrouve aussi dans ces dialogues savoureux où Chéri-Bibi et la Ficelle discourent sur les bienfaits d'une existence honnête.

Mais l'idée la plus intéressante du roman est sans conteste la position paradoxale dans laquelle se retrouve Chéri-Bibi. Ayant changé d'apparence et d'identité pour rompre avec son passé de forçat, le voici finalement dans la peau du véritable coupable des meurtres pour lesquels il a été condamné. Le pire est qu'il ne peut rien faire pour se disculper. Faire état de la culpabilité de Maxime du Touchay, c'est se condamner soi-même puisqu'il a désormais l'apparence du meurtrier. Révéler sa véritable identité, c'est avouer à Cécily qu'il l'a abusée en prenant la place de son époux !

Au final, cela nous donne un livre qui tient toutes ses promesses et qui s'achève sur l'espoir de voir Chéri-Bibi reprendre du service.

Le Livre de Poche - 1974

7 juin 2014

LES CAGES FLOTTANTES - GASTON LEROUX

857_001Le capitaine du Bayard n'est pas très rassuré. Un vent de révolte soufflent parmi les bagnards qu'il est chargé de convoyer jusqu'en Guyane. Il a pourtant fait mettre aux fers leur chef, le légendaire Chéri-Bibi. Mais avec ce diable d'homme, on peut s'attendre à tout...

Les cages flottantes est le premier des cinq volumes que Gaston Leroux a consacré aux aventures de son célèbre forçat. Il peut donc légitimement être regardé comme une longue introduction permettant d'initier l'intrigue et poser les fondations de ses futurs rebondissements.Il permet aussi de faire connaissance avec bon nombre de personnages que l'on retrouvera par la suite dont une flopée de bagnards aux noms évocateurs : Gueule-de-Bois, Petit-bon-Dieu, Boule-de-gomme, La Ficelle...

Mais, plus que tout autre, c'est Chéri-Bibi qui est au centre de toutes les attentions. Craint des honnêtes gens, adulé par la chiourme, nous découvrons un héros peu ordinaire. Une espèce de brute au grand cœur qui ne manque pas d'une certaine noblesse de sentiments mais capable du pire lorsqu'il s'agit d'assouvir ses deux passions : Cécily et sa vengeance. Grâce à la confession qu'il fait au commandant Barrachon, nous apprenons comment la fatalité a conduit ce garçon boucher de Dieppe au bagne de Cayenne, comment il a été condamné pour des crimes qu'il n'a pas commis (dont celui du père de la femme qu'il aime) et comment il est devenu une figure légendaire de la pègre parisienne.

Il nous montrera d'ailleurs un échantillon de ce dont il est capable en prenant le contrôle du navire qui l'emmène en Guyane. L'occasion pour l'auteur d'animer son récit de quelques scènes d'action (évasion et mutinerie) en attendant qu'une coïncidence digne des meilleurs romans feuilletons ne mettent entre les mains de son héros l'homme qu'il déteste le plus : l'époux de Cécily.

L'arrivée à bord de Maxime du Touchay et de ses amis va relancer une histoire qui s'essoufflait un peu dans les strictes limites du navire. Elle va aussi permettre à Leroux de nous concocter deux scènes d'anthologie : la tombola organisée par les bagnards pour se partager trois femmes du monde et l'opération pratiquée par Le Kanak sur Chéri-Bibi afin de lui donner les traits du mari de Cécily.

Cette petite incursion dans la spéculation scientifique est l'une des marques de fabrique des romans policiers de Gaston Leroux. L'autre est bien sûr son humour, noir et grinçant, comme en témoigne cette tirade de son sympathique bagnard : « J'ai lu Kropotkine. Son système ne tient pas debout, et quant à Karl Marx je préfère vous dire tout de suite que je regretterais toute ma vie les efforts que j'ai dû faire pour m'accaparer le bien d'autrui, s'il m'avait fallu le partager de force avec des gens que je ne connais pas !... Et si vous désirez être renseigné  sur ce que je suis, eh bien, je vais vous le dire, moi, monsieur, je suis capitaliste ! Enfin, vous me comprenez, je ne demande qu'à le devenir ! »

Le Livre de Poche - 1974

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2 juin 2014

LES DOMAINES DE KORYPHON - JACK VANCE

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Après cinq années passés loin de sa planète natale, c'est avec un mélange de joie et d'appréhension que la jolie Schaine Madduc s'apprête à retrouver les siens. Son père est en effet l'un de ces barons terriens dont les ancêtres se sont taillés de vastes domaines sur le continent de l'Uaïa au détriment de ses premiers habitants. Or, après deux siècles de dépossession, les Uldras entendent bien récupérer leurs terres et c'est Jorjol, l'ancien compagnon de jeu de Schayne et de son frère, qui défend leurs revendications. Lorsque le vaisseau d'Uter Madduc est abattu alors qu'il venait à la rencontre de sa fille, le conflit semble inévitable. A moins que les amis de Schaine ne découvre le secret d'Uter qui, semble-t-il, pourrait ruiner les revendications des uns et de autres. Mais pour cela il faut se rendre dans la Palga, le mystérieux pays des coureurs de vent...

Cela faisait un bon moment que je n'étais venu chercher un peu de dépaysement dans l'univers chatoyant de Mister Vance. J'ai donc jeté mon dévolu sur ces « Domaines de Koryphon » et la jolie damoiselle qui orne sa couverture ! Bien m'en a pris car il s'agit d'un très bon opus de l'auteur.

Le roman débute par un prologue résumant l'histoire de la colonisation de la planète Koryphon. Il permet d'installer des repères géographiques, de cerner les différents partis en présence et comprendre les enjeux dont il sera question. Et ça n'est pas du luxe compte tenu de la pléthore de noms (continents, peuples, organisations) qu'il nous faut retenir. De nombreuses notes de bas de page viennent heureusement compléter ces informations et apporter une petite touche encyclopédique plutôt amusante.

Tout commence donc sur l'île de Szintarre et plus précisément à Olanje, sa cosmopolite capitale. On y fait la connaissance de la plupart des protagonistes de l'histoire : Schaine, son frère Kelse et Jorjol, les trois anciens amis, mais aussi Gerd Jemasze un baron sûr de lui et Elvo Glissam un journaliste enjoué et idéaliste. On découvre les relations existant entre les uns et les autres et l'on devine les conflits à venir. Ces personnages se montreront toutefois plus complexes et profonds qu'il n'y paraît au premier abord. On croit avoir affaire à des stéréotypes bien marqués tels le propriétaire terrien arrogant, le jeune révolté, la charmante héroïne écartelée entre devoir et passion et puis, les caractères se dévoilant progressivement, on est amené à réviser notre jugement. Jack Vance nous réserve même une surprise de taille qui éclairera d'un jour nouveau les actes de l'un deux.

Une fois les présentations faites, on s'embarque pour l'Uaïa, ce continent si convoité. On s'arrête un temps au manoir de Morningswake, le berceau de la famille Madduc, mais c'est surtout avec la Palga, le pays des coureurs de vent, que Vance va exercer ses talents de créateur d'univers. Cette fois-ci, il nous emmène dans une vaste Taïga où vit une société de nomades se déplaçant à bord de gigantesques chars à voiles (un mode de transport qui n'est pas sans rappeler les "Chemins d'air" des Chroniques de Durdane).

Il nous fait rencontrer un peuple archaïque où l'autorité de sorciers s'exerce par l'entremise d'interdits matérialisés par des fétiches et des amulettes (les Fiaps). Cette partie du roman possède un côté western très marqué. Il y a des courses poursuites, des échanges de tirs et les auberges ont des faux de saloon. Bref, un intermède vraiment très sympa avant que l'intrigue ne reprenne son cours vers une révélation qui tient toute ses promesses.

Sur le fond, le roman nous parle de colonialisme. Dans une chronique de ce livre, Roland C. Wagner faisait un rapprochement avec "Ce monde est notre" de Francis Carsac, dans lequel trois peuples humains issus de vagues successives de colonisation s'affrontaient pour la possession de leur planète. Il en va effectivement de même ici puisque les Uldras, les Coureurs de vents et les Outkers se disputent les même territoires. Mais Vance a encore compliqué les choses en y ajoutant deux races autochtones, les Erjins et les Morphotes. Des espèces semi-intelligentes que les humains se sont empressées d'asservir (serviteurs, montures ou curiosités zoologiques) mais qui demeurent bel et bien les premiers occupants de la planète.

Et puis, au contraire de Carsac, Vance ne propose pas de solution pour régler le conflit. Le roman s'achève sur un statu quo et sur le constat qu'aucune propriété n'est légitime : "Les titres de propriété de chaque parcelle de terre ont pour origine un acte de violence, plus ou moins reculé dans le temps et les droits de propriété n'ont que la valeur de la volonté et de la force nécessaire pour les protéger". Une morale guère satisfaisante mais cependant assez juste.

Pocket SF - 1987

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FLEUVE NOIR
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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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