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30 mai 2016

CAMARADES DE CLASSE - DIDIER DAENINCKX

 

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En consultant par erreur un courriel destiné à son compagnon, Dominique tombe sur un forum  où ses anciens camarades de classe évoquent leurs souvenirs. Usurpant son identité, elle se mêle à leurs conversations  et découvre  des pans entiers de la jeunesse de son homme.

Lorsque la cinquantaine commence à vous faire de l’œil, il arrive qu’un rien de nostalgie vous étreigne de temps à autre et vous pousse à regarder en arrière. On se souvient de nos jeunes années, de ce « vert paradis des amours enfantines » et de ceux que l'on côtoyait alors, copains de classe et amis de lycée. L'envie vous prend alors de savoir ce qu'ils sont devenus et à quoi ils peuvent bien ressembler avec quelques décennies de plus.

Or, ce qui était presque impossible il y a encore une quinzaine d'années, est devenu un jeu d’enfant grâce à la magie du web. Les sites proposant de mettre en relations les anciens condisciples sont désormais légion et l’on peut sans peine contacter ses vieux potes, ses anciennes petites amies et même visionner nos bonnes vieilles photos de classe.

Nostalgie, amitié et internet sont donc les thèmes de ce roman. Internet tout d’abord puisqu’il s’agit de l’outil qui rend possible ces retrouvailles virtuelles, gommant les distances tant géographiques que temporelles. C’est lui aussi qui donne au livre son petit côté épistolaire grâce à l’échange de courriels et de messages postés sur un forum de discussion, permettant aux différents protagonistes de découvrir leurs réactions réciproques et d’intervenir quand bon leur chante. 

Bien entendu, il est aussi question d'amitié ou, plus généralement de camaraderie. Au gré des conversations de ses enfants devenus des quinquagénaires, on se rend compte qu’elle a bien du mal à résister à l'épreuve du temps, aux déménagements et aux parcours parfois chaotiques des uns et des autres. Difficile aussi de renouer après toutes ces années quand chacun a fait son chemin, a vécu ses propres expériences et que mêmes les souvenirs sont désormais différents.

Mais c'est bien la nostalgie qui est au cœur de ce roman. La nostalgie des personnages qui se confond avec celle de l'auteur. Didier Daeninckx a peu ou prou le même âge que ses héros et partage avec eux une enfance passée dans l’une de ces banlieues rouges du nord de Paris. C'est donc un peu (beaucoup ?), de lui-même qu'il nous parle, de sa jeunesse au début des sixties, des yéyés, des cinémas de quartier, des réunions des jeunesses communistes...

Pour éviter de sombrer dans la flânerie douce-amère, l'auteur a inséré au milieu de ces/ses souvenirs une minuscule énigme en la personne d’un trublion qui vient perturber les retrouvailles avec ses insinuations pernicieuses. Les inimitiés, les rancoeurs et les jalousies resurgissent  rappelant à chacun que tout n’était pas si rose même si, le temps aidant, on a tendance à enjoliver.

Gallimard - 2008

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24 mai 2016

DANS LES BLIZZARDS DU TEMPS - R. M. HAHN & H. PUSCH

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Dawson City, Canada, 1897. Comme des dizaines de milliers d’hommes et de femmes venus des quatre coins du monde, Nick Scott vient de débarquer au Klondike.  Mais à la différence de ces aventuriers attirés par l’or et l’argent facile, il ne semble pas être là pour faire fortune. Il n’est même pas très sûr de ses motivations et à parfois le sentiment d’être étranger à son époque. De désagréables rencontres vont venir confirmer ses impressions. 

Le thème du voyage dans le temps est un classique de la science-fiction. Il lui a donné quelques un de ses chefs-d’œuvre et je dois avouer que la notion de boucle temporelle constitue à mes yeux l’un des concepts les plus vertigineux de ce genre littéraire. L’un des plus galvaudé aussi, usé jusqu’à la trame par quantité de piètres romans et de mauvais films. Or, ce roman de SF allemande me semblait aborder le voyage temporel sous un angle moins conventionnel que d’habitude.

 L’idée de touristes du temps, de « temponautes » comme les appellent Hanh et Pusch, n’est pourtant pas neuve. Ce qui en revanche l’est beaucoup plus, c’est de l’envisager d’un point de vue économique par le biais d’une guerre commerciale entre deux sociétés rivales se disputant les segments temporels les plus lucratifs. Une approche originale et particulièrement judicieuse mais qui n’a malheureusement pas dépassé le stade des bonnes intentions.

Une fois posée le principe d’une compétition acharnée entre des multinationales qui n’hésitent devant rien pour débusquer leurs concurrents et détruire leurs portes temporelles, le récit s’enlise et finit par se résumer à une longue course poursuite à travers le grand nord canadien. J’ai presque eu le sentiment que l’argument scientifique ne servait qu’à justifier cette balade dans le Klondike de la ruée vers l’or de 1896. Pas de réalité alternative, pas le moindre paradoxe temporel même si les personnages passent leur temps à en parler sans pour autant faire grand-chose pour les éviter.

Son évocation des étendues glacées et encore presque vierges de ce coin du Canada est somme toute assez réaliste. Les conditions de vie des pionniers attirés par l’appât du gain dans ce pays inhospitalier sont plutôt bien restituées et cela donne à l’histoire une allure de western hivernal avec trappeurs et chercheurs d’or, chiens de traîneaux et pisteurs indiens. Un ersatz de roman de Jack London auquel les auteurs ont d’ailleurs réservé un petit rôle dans leur histoire. Un clin d’oeuil sympathique mais qui ne suffit pas à sauver l’ensemble du naufrage dans les eaux glacées du Yukon.

Opta - Galaxie Bis - 1985

17 mai 2016

L'ARMURE DE VENGEANCE - SERGE BRUSSOLO

9782253170969-TA la suite d'un enchaînement de circonstances étranges, Jehan de Montpéril est chargé de faire la lumière sur une série de meurtres commis sur les épouses et les enfants de seigneurs locaux. Son enquête lui fera suspecter tour à tour l'entourage d'un hobereau puis les membres d'une troupe de saltimbanques. Il devra surtout découvrir le rôle exact joué par une mystérieuse armure noire qui semble animée d'une existence maléfique. 

Ce roman est le second et déjà le dernier que l'auteur a consacré au personnage de Jehan de Montpéril. Je le regrette un peu car ce bûcheron fait chevalier pour son courage au combat m'était bien sympathique. L'ambiguïté de sa situation surtout, en faisait un héros peu commun. Méprisé par la noblesse qui lui reproche ses origines roturières et mal à l'aise parmi le peuple qui ne le considère plus comme l'un des siens et se méfie même un peu de lui, il compose une figure originale dans ce moyen-âge par ailleurs tout à fait traditionnel.

D'un naturel simple et droit, Jehan fait en effet figure d'exception au milieu de seigneurs arrogants et de moines obtus et vindicatifs. Sa naïveté lui vaudra d'ailleurs d'être baladé par les uns et les autres tel un pion dans un jeu qui le dépasse.

Mais Jehan n'est pas le seul à se sentir dépassé par cette enquête difficile. Le lecteur se retrouve lui aussi perdu au milieu de très nombreux suspects - en fait presque tous les personnages - et cherchera en vain l'identité du coupable. Il faut dire que l'auteur a brouillé les pistes dès le début et bien malin celui qui découvrira avant l'heure le meurtrier.

Tout cela nous donne un polar historique bourré de fausses pistes, sans temps morts et aux rebondissements incessants. Un récit placé sous le signe de la passion (amour, quête d'absolu, vengeance) et agrémenté de quelques scènes ultra violentes dont la mort d'un homme dévoré vif par une meute de chiens ou celle d'un bébé mis à rôtir dans une armure...

Editions du Masque - Livre de Poche

12 mai 2016

LES ENNEMIS - P-J HERAULT

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A l’issue d’un combat entre un patrouilleur végien et un destructeur centaurien, quelques dizaines de rescapés des deux bords sont contraint de se poser sur une planète des confins peuplée de créatures du Jurassique. Sans espoir d’être secourus, les ennemis d’hier vont devoir s’apprivoiser pour survivre et peut-être fonder ensemble une colonie. C’est du moins ce qu’espère Ewen Pradec, un lieutenant des commandos végiens. Mais on n’efface pas comme cela huit années de guerre… 

« La négociation exige courage et persévérance, la guerre est à la portée du premier imbécile ». Cette citation tirée de « La parabole des talents » d’Octavia Buttler pourrait être la devise du héros de ce roman. Ewen Pradec fait en effet partie de ces hommes et de ces femmes capables de surmonter leurs préventions et faire taire leur rancœur lorsque les circonstances l’exigent. Tout au long du roman il s’emploie à rapprocher les naufragés, arrondissant les angles et ménageant les susceptibilités. Il a d’ailleurs fort à faire car l’opposition n’est pas qu’entre anciens ennemis, entre végiens et centauriens. Elle est aussi - et surtout - entre ceux qui s’adaptent et ceux qui restent figés, ceux qui voient loin et ceux qui raisonnent en fonction de critères désormais dépassés ou qui veulent conserver leurs anciens privilèges, maintenir une hiérarchie qui les avantage.

Ce thème de l’homme qui prend en main la destinée de ses compagnons d’infortune est un classique dans l’œuvre de P. J. Herault  tout comme d’ailleurs celui  d’ennemis contraints de faire front commun contre une terrible menace (Ceux qui ne voulaient pas mourir, La fédération de l’amas). Quant à la robinsonnade, c’est elle qui donne son cadre général au récit et permet à l’auteur de démontrer une fois de plus ses qualités de créateur d’univers et son sens du détail.

De même que son héros doit penser à tout pour permettre aux siens de survivre, P. J. ne laisse rien au hasard. C’est particulièrement sensible dans les nombreux passages où ses naufragés de l’espace doivent penser survie. Le choix du lieu où implanter une ville, la récupération du matériel  et sa transformation, les problèmes d’approvisionnement – en nourriture, en énergie – sont plus importants et plus intéressants que les scènes de combats contre les vilains dinosaures. Cela a beau être de la SF, tout paraît ici bien réel car expliqué et justifié.

On sent en tout cas que P. J. se plait à imaginer les prémisses d’une nouvelle société loin du carcan des règles anciennes. Une société fondée sur la recherche du bien commun où les décisions ne seraient pas imposées par les politiciens et les militaires responsables de la guerre («Une guerre ne se déclare pas toute seule, ce sont des hommes qui, par ambition personnelle, ou par incapacité, la laisse éclater, ou la provoquent délibérément»), une société où gouverner serait un sacerdoce, non une sinécure («Commander, cela veut dire être responsable des prolongements de tous ses actes, avoir prévu toutes les possibilités et les assumer»).

Notons enfin que malgré une confrontation parfois explosive entre les protagonistes, pas un seul mort n’est à déplorer. La preuve que l’on peut faire un bon roman d’action sans pour autant avoir un macchabée toutes les dix pages. La preuve aussi que la discussion, l’échange de points de vue et surtout, l’écoute, peuvent faire des miracles !

L'Officine - Fantastic Fiction - 2005

 

 

6 mai 2016

L'OEIL DE PÂQUES - JEAN TEULE

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Qui a percé un tunnel dans la Manche ou, dit autrement, qui a fait un trou dans le crâne de Lucy Channel ? Est-ce Pâques la jeune femme à laquelle elle donnait des leçons de chant ? Est-ce Louis Levillain, le mari de son infirmière qui souhaitait faire main basse sur son argenterie ? Ou bien l'un des nombreux autres louftingues qui semblent s'être donné rendez-vous à Calais ?

Lorsque j'ai entamé ce polar de Jean Teulé, je me doutais bien que ça ne ressemblerai ni à du Simenon ni à de l'Agatha Christie. Ce en quoi je ne me suis pas trompé puisque, s'il y a bien meurtre et enquête, l'auteur s'attache davantage aux lieux et aux personnages qu'il décrits d'ailleurs avec beaucoup d'originalité et d'humour.

Côté décor, Teulé remonte carrément à la nuit des temps, lorsque la Terre n'a pas encore la gueule qu'on lui connaît et que les continents commencent à peine à se former. L'auteur nous montre la naissance de la vallée du Riff et des falaises de la côte d'albâtre avec les drôles d'animaux d'alors, ces dinosaures aux blazes imprononçables. Des noms et des lieux qui reviendront tout au long du récit, à la faveur de clins d'œil et de jeux de mots.

Pour les personnages, la remontée dans le temps n'est pas aussi vertigineuse. Trente ans, quinze ans ou deux semaines en arrière pour faire connaissance avec une française élevée dans un ashram ou un radio-tagueur guyanais et pour comprendre l'origine de la vocation d'un médecin légiste et d'un juge. Ajoutons-y pour faire bonne mesure un commissaire hydrophobe, un bricoleur de génie qui rêve de devenir chauffeur de taxi, une infirmière et une cantatrice chauve, et cela nous donne une belle brochette de personnages passablement barrés.

La résolution de l'énigme policière ira néanmoins à son terme mais se fera avec une logique surprenante et grâce à un ensemble de coïncidences un peu outrées. A l'instar d'un puzzle psychédélique, les pistes se rejoignent, les destinées s'emboîtent tandis que les personnages se découvrent quantité de points communs. Tout se termine fort logiquement par un happy end un peu immoral mais qui respire la joie et la bonne humeur, ce qui n'est pas si fréquent chez l'auteur.

"L'oeil de Pâques" est le deuxième roman de Jean Teulé mais on y trouve déjà ce ton à la fois trash et poétique qui sont sa marque de fabrique et sans doute aussi l'une des causes de ses succès futurs.

Julliard - Pocket - 2011

 

 

 

 

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