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26 juin 2022

JOURNAL D'UN TUEUR SENTIMENTAL - LUIS SEPULVEDA

editions-metailie

C’est « Le vieux qui lisait des romans d’amour » qui a apporté sa notoriété à Luis Sepulveda, au tout début des années quatre-vingt-dix. Comme beaucoup de monde à l’époque, j’avais succombé à l’attrait de ce roman au titre si étrangement évocateur. Presque trente ans plus tard il ne m’en reste presque rien. Je ne me rappelle ni les personnages, ni l’intrigue et la seule chose dont je me souvienne c’est que l’histoire se déroulait dans la forêt amazonienne. Aussi, pour me refaire une petite idée de la plume du célèbre auteur chilien, je me suis lancé dans ce très court roman au titre tout aussi déconcertant.

« Journal d’un tueur sentimental » nous offre une plongée dans la tête d’un tueur à gage. Luis est un professionnel très demandé. Froid, déterminé, expérimenté, il enchaîne les contrats aux quatre coins du monde. Pas de famille, pas d’amis, juste quelques putes pour la gaudriole. Aucune attache, personne pour le distraire ou l’empêcher de rester sur ses gardes. Aussi, quand une jolie française fait irruption dans sa vie, ses certitudes commencent à vaciller.

Luis Sepulveda parviens je crois assez bien à rendre le désarroi de cet homme qui voit les sentiments s’immiscer dans son existence. Amour, possession, besoin de tendresse ? Difficile de définir le lien qui l’unit à sa compagne. Ce qui est sûr en revanche, c’est que lorsque la demoiselle lui avoue qu’elle aime un autre homme, c’est la jalousie qui domine. Grâce à la technique du monologue intérieur, on découvre en même temps que Luis les émotions qui l’assaillent et les questions qu’il se pose sur sa relation, son travail, son avenir.

L’introspection n’empêche pas pour autant l’action. Quatre-vingt-trois pages, ça ne laisse pas beaucoup de place pour s’épancher. Tout va donc très vite. Il y a des dialogues bien sentis, des scènes chocs et la simplicité du style, sa sécheresse, rendent parfaitement le caractère du tueur : économie de moyen et efficacité. On regrettera sans doute que la fin soit un peu téléphonée mais le format du roman ne permettait vraisemblablement pas une conclusion plus fouillée.

Métailié - 2021

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19 juin 2022

L'HOMME QUI S'EST RETROUVE - HENRI DUVERNOIS

arbrevengeur46-2009

La soixante passée, Maxime-Félix Portreau mène une agréable vie de rentier. Mais ni son aisance financière ni la charmante cocotte qu’il entretient ne parviennent à dissiper le sentiment de vacuité qu’il ressent. C’est donc avec plaisir qu’il accepte de financer le projet d’un jeune inventeur qui souhaite construire un vaisseau capable de rallier Proxima du Centaure. Mieux encore, il décide de servir de cobaye et de prendre sa place dans l’engin spatial. Si le voyage se passe bien, une surprise de taille l’attend à son arrivée. Ce n’est pas sur une lointaine planète qu’il vient de débarquer mais sur notre bonne vieille Terre… plus jeune de 40 années. 

Qui n’a jamais rêvé de remonter le temps pour rectifier le cours de sa vie ? Oh, un tout petit peu. Juste ce qu’il faut pour éviter quelques erreurs anodines ou certains choix plus lourds de conséquences. Les auteurs de SF sont nombreux à l’avoir fait, nous proposant des histoires où il est question d’empêcher l’avènement du nazisme ou, plus modestement, de modifier la destinée de leur héros.

Sur ce thème encore assez neuf à l’époque où il écrit son roman (1936), Henri Duvernois nous propose de suivre le destin paradoxal d’un homme revenu de tout qui, cherchant à se fuir, va finalement aller à la rencontre de lui-même. Mais un lui-même beaucoup plus jeune qu’il va tenter de faire profiter de son expérience.

Tout le roman repose donc sur les tentatives de l’homme mûr pour orienter le cours de l’existence de son double immature. Hélas rien n’y fera ! Qu’il s’agisse de lui éviter les décisions professionnelles calamiteuses, les mauvaises fréquentations ou les déceptions amoureuses, il se heurtera à l’incrédulité et à l’impatience du jeune homme.

Ainsi que le dit l’adage, « Il faut bien que jeunesse se passe ». Notre héros sera forcé d’admettre que chaque période de l’existence a ses besoins et ses attentes et qu’il est vain de vouloir sauter les étapes. Après tout, l’expérience des vieillards ne se nourrit-elle pas des échecs des enfants qu’ils ont été ?

Dans un style délicieux où l’ironie affleure continuellement, Henri Duvernois nous livre un roman plus social que véritablement science-fictif. Une petite histoire anodine qui n’a pas révolutionné le thème du voyage temporel, mais offre de sympathiques réflexions sur le temps qui passe et le sens de la vie.

L'Arbre Vengeur - 2009

 

12 juin 2022

LA PORTE DES SERPENTS - GILLES THOMAS

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Je n’ai été déçu qu’une seule fois par un roman de Gilles Thomas. C’était avec « La flûte de verre froid », un récit de fantasy insipide sur le thème du héros invincible lancé dans la quête d’un objet magique. Aussi, passés les premiers chapitres du présent roman qui donnent à penser au lecteur qu’il s’est embarqué dans une histoire de SF assez classique, qu’elle ne fut pas ma déception de me retrouver à nouveau plongé dans un univers médiéval fantastique. Heureusement, mes craintes s’avérèrent injustifiées.

Aucun des défauts que j’avais reprochés à « La flûte de verre froid » ne se retrouvent ici. Le back-ground est étoffé juste ce qu’il faut pour permettre une immersion de qualité dans un univers attrayant à défaut d’être foncièrement original. Quant à l’action, si elle est bien présente, elle cède souvent sa place à des passages plus calmes permettant de faire évoluer les rapports entre les différents personnages et d’enrichir les caractères. Des personnages qui, justement, ne sont pas de simples faire-valoir du héros. Nombreux et variés (une tenancière de bordel, un vieux sage, un maître d’arme…), approfondis autant que cela est possible pour un livre de ce format, ils apportent l’essentiel de sa saveur à ce petit roman d’aventures où il est question, comme souvent chez l’auteur, de dépassement de soi et d’amitié forgée dans l’adversité.

L’intrigue est en revanche bien légère… pour ne pas dire inexistante. A la suite d’une expérience sur la téléportation, un homme se retrouve sur un autre monde peuplé de créatures légendaires telles que des centaures ou des faunes. Prisonnier d’une planète étrange sans espoir de retour, il est contraint de s’adapter à son nouvel environnement. Ce qu’il fera très bien. On a d’ailleurs un peu de mal à croire qu’il puisse s’acclimater aussi vite à une civilisation radicalement différente de la sienne. Mais le bonhomme a du caractère. C’est un routard habitué à faire contre mauvaise fortune bon cœur et l’on est vite sous le charme de sa bonne humeur et de ses reparties.

Le récit est en effet très « parlé ». Raconté à la première personne avec une gouaille et un argot de titi parisien, il fait naître une impression de décalage avec l’ambiance médiévale, une espèce d’anachronisme qui lui va plutôt bien. On prend donc grand plaisir à suivre les aventures de Jérôme sur la planète Lada et à partager la joie immense qu’il éprouve à vivre dans un monde neuf où tout semble possible…

Et pour conclure, je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager une petite citation de l’auteur, hélas très juste, sur la nature humaine : « Comme les hommes aiment à se partager entre « nous », et « eux ». « Nous » sommes aryens, « eux » sont juifs. « Nous » sommes blancs, « eux » sont noirs. « Nous » sommes catholiques, « eux » sont protestants. « Nous » sommes de Sapin-sur-Pré », « eux » sont d’Olivier-sur-Vigne. « Nous »… « eux »… « nous »… « eux »… Depuis l’origine des temps, et jusqu’à la fin des temps. Il y avait du « nous-eux » entre les gars de Cro-Magnon et ceux de Néandertal, et il y aura du « nous-eux » entre Solariens et Arcturiens. Indéracinable, ce truc… »

Fleuve Noir Anticipation - 1992

6 juin 2022

BARLOVENTO - MAZZITELLI & ALCATENA

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En route pour l’Amérique afin d’y prendre les rênes du domaine familial, le jeune Ulysse Scott fait naufrage au milieu de l’Atlantique. Il est heureusement recueilli à bord d’un étrange navire hanté par le fantôme de son père, le célèbre pirate « Milles Orages »

Ceux qui pensent encore que la bande-dessinée n’est pas un art à part entière devraient lire « Barlovento ». Dans ce magnifique livre, presque chaque planche est une œuvre d’art. Cela commence dès la couverture qui intrigue autant qu’elle séduit et la magie se renouvelle de page en page.

Les auteurs ont opté pour un noir et blanc du plus bel effet et Enrique Alcatena a réalisé un travail d’orfèvre. Ses dessins façon encre de chine sont d’une précision redoutable. Ils composent une dentelle d’ombre et de lumière qui met en valeur ses représentations des fonds marins et donnent un volume et un mouvement fantastique aux vagues, aux vents et à tous les aspects de l’univers maritime.

L’histoire quant à elle est un hommage à tous les écrivains qui ont chanté la mer et les aventures que l’on peut y vivre. De l’Odyssée d’Homère à « L’île au trésor » de Stevenson en passant par le Moby Dick de Melville, les auteurs revisitent les grands romans maritimes, mélangeant les personnages et les mythes. On y croise un sosie du capitaine Achab, une pléthore de redoutables pirates et de marins patibulaires mais aussi un cyclope, des sirènes, le sous-marin du capitaine Némo et bien d’autres curiosités.

Mais « Barlovento », c’est aussi un récit d’apprentissage. Chacun ou presque des douze chapitres qui le composent se conclut sur une leçon de vie qui contribue à forger la personnalité de son jeune héros. Empathie pour les plus faibles, respect de la nature, sens du devoir, Ulysse Scott reviendra grandit de ses nombreux voyages et donnera au lecteur une furieuse envie de s’embarquer.

Alors n’attendez plus moussaillons et lancez-vous à l’abordage de cette magnifique BD !

Warum - 2019

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FLEUVE NOIR
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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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