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26 janvier 2020

HOLOCAUSTE - CHRISTOPHE SIEBERT

blackcoat507-2016

Le monde s’est effondré. Il aura suffi d’une gigantesque panne des moyens de communication et d’une pandémie particulièrement virulente pour mettre à bas les sociétés. Sur une Terre en proie à la violence et aux exactions, Olivia, Sylvain, Jean et quelques autres, tentent de continuer à vivre.

Depuis une dizaine d’années, le post-apo est à la mode. On en trouve absolument partout, dans les romans de SF comme en littérature générale. On l’utilise pour spéculer sur les dérives de nos sociétés, pour mettre en scène les peurs de notre époque ou tout simplement pour s’éclater avec du zombie putride et des péquins libérés de toutes contraintes. Bref, il est assaisonné à toutes les sauces, et pas que des plus digestes.

Le roman de Christophe Siebert, lui, ne délivre aucun message. Il n'adresse aucune mise en garde ou critique sur notre mode de vie. Ce n’est pas non plus une énième histoire de survivance et de reconstruction. Pour autant il offre matière à réflexion en se penchant sur nos réactions face à l’effondrement des sociétés, des cultures, de la civilisation. Car ce qui intéresse l’auteur ce ne sont pas les causes mais les effets. C'est la façon dont les hommes et les femmes se comportent face à la perte de leurs repères et des béquilles sociales sur lesquelles ils sont accoutumés à se reposer. Le pourquoi de cet effondrement est d’ailleurs assez vite évacué : apocalypse sociale liée à la disparition des moyens de communication (internet, téléphonie, TV…) puis pandémie surpuissante, très vite, la messe est dite. La population mondiale est réduite à peau de chagrin et les rares survivants, groggys, ont perdu l’envie de se battre pour leur existence.

En dehors du personnage d’Olivia qui sert un peu de fil rouge et dont les apparitions illustrent les différents aspects de la catastrophe et les réactions les plus courantes qu’elle suscite (violence, résignation, solitude, mysticisme…), les autres acteurs du drame ne font que passer. Pas le temps de s’attacher. A peine apparus qu’ils disparaissent déjà, victimes de la folie ambiante. D’ailleurs, le roman se présente comme une succession de saynètes qui nous montrent la soudaineté et l’ampleur du naufrage social. Deux chapitres un peu plus longs que les autres viennent illustrer ce passage rapide de l’homme civilisé à la bête sauvage, de la société organisée au règne du chacun pour soi. On suit ainsi un homme qui essaie d’obtenir justice pour le viol et le meurtre de son épouse puis les efforts d’un policier parisien qui tente de maintenir un semblant de justice dans une capitale livrée au mal et à la corruption. Bien entendu, l’un et l’autre échoueront.

Les descriptions de l'apocalypse selon Saint Siebert sont crues. Celles et ceux qui ont déjà lu l’un de ses ouvrages savent à quoi s'en tenir. Pour autant il ne fait pas dans la surenchère gratuite. Les images qu’il suscite sont plus cliniques que véritablement gore, simple constat d'une réalité insupportable. Une émeute dans un quartier urbain, une salle d’hôpital transformée en mouroir pour pestiférés, des meurtres et des viols, des assassinats de masse, la liste est longue des avanies que l’homme peut faire subir à ses semblables pour assurer sa propre survie, pour dominer, pour se distraire… Et devant tant de douleur, de bêtise et de cruauté, on en vient à se demander s’il faut louer le génie créatif de l'homme ou au contraire se réjouir de voir disparaître une espèce abominablement égoïste qui représente une menace mortelle pour elle-même et pour son environnement tant sont grandes sa capacité de nuisance et sa propension à l’autodestruction.

Black Coat Press - Rivière Blanche - 2016

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19 janvier 2020

GARE A LOU ! - JEAN TEULE

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Lou Moaï-Seigneur vit chichement avec sa mère au 276ème étage d’une tour HLM. Un jour qu’un camarade de classe se moque d’elle, la jeune ado constate avec stupeur que les malheurs qu’elle a souhaités au sacripant se réalisent. Utilisant dès lors son don pour punir les fâcheux de tout poil, elle finit par attirer l’attention de l’armée qui voit en elle une arme d’une redoutable efficacité.

Pour son, déjà, 18ème roman, Jean Teulé a laissé de côté les biographies de personnages célèbres (Le Montespan, Je, François Villon…) et les évènements tragiques de l’histoire de France (Mangez-le si vous voulez, Entrez dans la danse) pour renouer avec les ambiances surréalistes et poétiques de ses débuts. Mais c’est surtout avec « Le magasin des suicides » que « Gare à Lou ! »  partage le plus de points communs puisqu’on y retrouve la même atmosphère d’anticipation décalée et un jeune héros confronté à l’univers anxiogène des adultes.

Si l’histoire en elle-même est peu passionnante et un rien moralisatrice (les politiques et les militaires, c’est des méchants !), le ton général du récit reflète bien ce que j’apprécie chez l'auteur : un humour déjanté, des situations extraordinaires et des personnages hors normes. On regrettera sans doute que la découverte de son don par Lou et par les pouvoirs publics soit un peu trop rapide et que les nombreux passages où elle est enfermée dans un bunker en compagnie d’un trio de généraux pas en retraite, soient un tantinet répétitifs.

Il y a en revanche quelques jolies trouvailles linguistiques (les écorches-cieux) et de belles idées dont cette multinationale informatique siglée d'un fruit qui réclame un impôt aux Etats et le Bar des Sanglots où l’on peut commander un Chagrin Noir, une Secousse Nerveuse ou une Peine Infinie… Alors ne boudons pas notre plaisir et laissons-nous emporter par l’imaginaire et la bonne humeur perpétuelle de Teulé qui nous fait une fois de plus passer un agréable moment, tout de poésie et d'humour.

Julliard - 2019

12 janvier 2020

MOI, MIKKO ET ANNIKKI - TIITU TAKALO

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« Un quartier qui nous ressemble. Un quartier qui nous rassemble – et se battre pour le préserver ». Me fiant à la quatrième de couverture, je m’attendais à découvrir l’histoire d’un couple d’idéalistes bien décidés à sauver de vieux immeubles historiques de la cupidité des promoteurs. Or, s’il est bel et bien question de la vie de Tiitu et de Mikko, de leur installation dans le quartier d’Annikki et du combat qu’ils menèrent pour sa sauvegarde, cette BD va bien au-delà. En fait, c’est toute l’histoire de la ville de Tampere qui nous est dévoilée et, par ricochet, celle de la Finlande.

Le livre de Tiitu Takalo commence même par un petit cours de géologie qui nous explique comment s’est formé le « socle » de la ville et pourquoi la conjonction d’une moraine, de deux lacs et d’un fleuve impétueux décidèrent les populations locales à s’installer dans ces parages.  Puis, remontant le fil de l’histoire, on voit la petite bourgade passer du giron de la Suède à la tutelle de la Russie pour devenir un centre industriel de premier plan. Gonflée par l’afflux de migrants venus chercher du travail, la cité se transforme. Les usines fleurissent et de nombreux logements sont construits en périphérie pour loger cette multitude besogneuse. L’indépendance, les guerres, les révoltes se succèdent. L’urbanisme et une certaine idée du modernisme ont raison de l’habitat ouvrier du XIXème siècle. Mais, grâce à l’engagement et la ténacité d’une poignée d’hommes et de femmes, des îlots de briques et de bois sont préservés de la voracité des lotisseurs afin que soit conservé un témoignage de la façon dont on vivait dans le Tampere d’hier : un lien entre le passé, le présent et le futur.

Entre ces pages d’histoire, s’intercalent des moments plus contemporains et plus intimes. Nous y suivons l’auteur et son compagnon, des prémisses de leur vie commune jusqu’à l’emménagement dans un appartement de ce fameux quartier d’Annikki. Travaux, combat contre la municipalité, manifestations culturelles, nous assistons à  ces étapes de leur vie qui se confondent avec celles de leur futur foyer. Nous découvrons également les sujets qui leur tiennent à cœur, leur envie de partager et d’inventer de nouveaux modes de vie. Tout un idéal écolo et altermondialiste illustré par des planches qui nous parlent de façon toujours amusante de surconsommation, de récup’ et d’entraide.

Parlons un peu graphisme à présent. Le livre de Tiitu Takalo est un joli pavé de 250 pages, une sorte de gros carré de 20cm/20cm, format inhabituel mais néanmoins agréable en main. Si je regrette que les planches soient pour la plupart conçues sur le même modèle – feuille carrée divisée elle-même en quatre carrés d’égales dimensions – j’ai en revanche beaucoup apprécié le gros effort porté sur la colorisation. Classiquement blanc pour les chapitres qui traitent de la vie de Tiitu et Mikko, le fond des pages devient gris, ocre ou beige pour celles qui nous font revivre le passé de la ville. Loin de n’être qu’une originalité, ce « code couleur » structure le livre et permet au lecteur de mieux suivre le cheminement du travail du dessinateur.

Les couleurs des dessins ont aussi une « identité » très marquée. Il s’agit de couleurs un peu passées, un camaïeu de vieux rose et de bleu délavé avec, parfois, des tons plus éclatants pour illustrer des scènes particulièrement joyeuses ( un concert ou une fête) ou au contraire plus sombres lorsqu’il s’agit d’aborder des moments tristes. Ces couleurs estompées sont évidemment liées à la technique de l’aquarelle qui prédomine dans cette BD même si de nombreuses planches sont dessinées de façon plus conventionnelle à l’aide de crayons graphites ou de pastels. Mais, quel que soit la technique utilisée, le rendu est toujours parfaitement raccord avec le sujet et nous donne au final un ouvrage très personnel et bien attachant.

Rue de l'Echiquier - BD - 2019

8 janvier 2020

LES TENTES NOIRES - MICHEL PEYRAMAURE

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De 1226 à 1276, Foulque de Merle, cadet de petite noblesse limousine, nous conte ses mémoires et notamment sa participation aux croisades de Saint Louis.  

En plus de soixante ans de carrière, Michel Peyramaure a écrit un nombre incalculable de romans historiques et régionalistes. Une œuvre considérable à laquelle il apporte, à près de 97 ans, une nouvelle pierre. Si je salue la performance, je suis en revanche plus réservé quant à la qualité de ce dernier opus.

« Les tentes noires » m’ont en effet laissé une désagréable sensation de survol. Il faut dire que raconter cinquante années d’une vie de chevalier et des pages d’histoire aussi importantes que les croisades en seulement 240 pages, tient un peu de la gageure. Du coup, on reste en surface. La plupart des personnages ne font que jouer les utilités et disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus. Les batailles et les scènes de combats sont expédiées en quelques paragraphes et les amours de Foulque, pourtant nombreuses, ne sont pas mieux traitées. Tout va beaucoup trop vite et c’est à peine si l’on se rend compte que le jeune héros est devenu un homme mûr puis un vieillard.

Il y a quand même de bons moments et quelques idées intéressantes qui auraient méritées d’être traitées plus en profondeur. Je pense notamment à sa relation assez libre avec une aubergiste assez délurée, ses tentatives pour lier amitié avec les bédouins et pénétrer leur culture ou encore la vengeance dont le poursuit le bandit Aymar le Roux. Il y a aussi tous ces menus détails de la vie dans une petite seigneurie limousine ou dans une commanderie hospitalière qui donnent de la véracité et de la matière au récit.

Malheureusement, toutes ces bonnes intentions s’effacent derrière la Grande Histoire et les personnages historiques. Saint Louis, Joinville, Baybars, Charles d’Anjou et bien d’autres écrasent le récit de leur renommée et l’on a parfois l’impression de lire un livre d’histoire plutôt qu’un roman.

Malgré ces défauts et cette impression de roman un peu bâclé, Michel Peyramaure nous brosse le joli portrait d’un homme de son temps écartelé entre son goût de l’aventure et l’amour de son terroir.

Calmann-Lévy - 2018

1 janvier 2020

LUHORA - B. R. BRUSS

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C'est une bien belle surprise qui attend l'équipage du Sirm en mission d'exploration sur la planère Harfaz. Ce monde désertique et apparemment inhabité, dissimule en effet un immense palais dont les parois de marbre émettent une curieuse lumière verte. Plus étrange encore, les trois scientifiques qui effectuent une reconnaissance à l'intérieur du bâtiment sont victime d'hallucinations particulièrement convaincantes. Mais s'agit-il vraiment de mirages ? Ne serait-ce pas plutôt l'oeuvre d'une entité extra-terrestre inconnue ? 

Petite déception que cet enième space-opéra de l’un des piliers de la collection Anticipation du Fleuve Noir. Il est vrai que la production de B. R. Bruss était relativement abondante à l’époque où il l’écrivit et sans doute faut-il voir dans ce rythme soutenu le manque d’envergure et pour tout dire, d’intérêt, de ce roman. On y retrouve pourtant ces qualités de conteur hors pair qui lui permettent habituellement de nous embarquer dans des récits joliment troussés et toujours dépaysant. On saluera ainsi la façon intelligente avec laquelle il déroule son intrigue, mélangeant exploration spatiale et expérience scientifique tout en distillant ce qu’il faut de suspense pour maintenir jusqu’au bout l’intérêt du lecteur.

Mais ce qui pêche ici, ce n’est pas la forme, c'est le contenu. On a le sentiment que l’auteur s’est contenté de reprendre à son compte le vieux thème de la « Lost race tale » avec cité perdue et déesse immortelle attendant le retour de son antique amour. D’ailleurs, hormis son cadre purement science-fictionnel, on pourrait croire que cette histoire a été écrite par un Henry Rider Haggard ou un Edgar Rice Burroughs. Luhora c’est She, Ang Bertil ressemble fort à Leo Vincey et Dohilo pourrait sans problème remplacer la cité de Kôr. Alors même si tout cela n’est pas trop mal écrit et plutôt bien amené, ce manque d’originalité, d’imagination même, a quelque peu gâché mon plaisir. Pas grave, on se rattrapera avec un autre opus de l’auteur. Il m’en reste tant à lire…

Fleuve Noir Anticipation - 1972

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FLEUVE NOIR
fl no
ANTICIPATION

 

 

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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