Paranoia

Ce roman de Christophe Siebert me laisse perplexe. Je sais que j’ai aimé mais je serai bien en peine de vous dire exactement pourquoi. D’ailleurs je ne sais même pas vraiment ce que j’ai lu. Ca ne ressemble à rien de ce que je connais ou plutôt, ça ressemble à trop de choses à la fois. Tâchons d’y voir plus clair.

Premier indice, le roman est publié par les éditions Trash. On aurait donc naturellement tendance à penser qu’il s’agit d’un roman gore. Pourtant, ce n’est pas franchement le cas. Il y a bien quelques scènes de cul et pas mal de meurtres mais on ne tombe jamais dans l’excès. La violence et le sexe sont utilisés, si j’ose dire, à bon escient. Les descriptions sont précises, presque anatomiques, sans que le narrateur ne laisse passer la moindre émotion. Le but n’est pas de choquer mais d’informer, de montrer les choses dans leurs crudité et leur réalité.

Alors si ce n’est pas du gore qu’est-ce donc ? De la SF peut-être puisqu’il est question d’une invasion de la planète par une armée de robots qui viendraient se substituer aux humains. C’est effectivement une piste. Plusieurs personnages sont en effet convaincus de la présence de ces androïdes et de l’existence d’un complot planétaire visant à éradiquer la race humaine. Le problème, c’est que les dits personnages ne sont pas exactement dignes de foi. Alcoolos ou camés, paranoïaques échappés de leur hôpital psychiatrique, ces hommes et ces femmes n’inspirent pas confiance. On aurait même plutôt tendance à croire que leurs visions sont dues aux substances qu’ils s’envoient dans le gosier ou les narines et qu’un régime au pain sec et à l’eau aurait tôt fait de les ramener à de plus saines occupations.

Ce n’est donc pas tout à fait de la SF mais ce n’est pas non plus du fantastique pur jus. On y cause bien des grands anciens, de Nyarlathotep et de ses petits copains, il y a des messes noires au fond d’une crypte et le maître de cérémonie s’envoie en l’air avec un gigantesque crapaud. Mais là encore il est difficile de faire la part des choses entre la réalité et le cauchemar, entre le délire et les faits.

Reste donc une seule possibilité : le polar. C’est sans doute de ce genre que « Paranoïa » se rapproche le plus. Mais un polar social alors, genre néo polar à la française, à la façon d’un Jonquet ou de ces auteurs pour lesquels l’ambiance, la forme et le cadre comptent au moins autant que l’intrigue. Siebert est en plein dedans. D’une écriture nerveuse, sèche et tranchante, il nous montre une frange de la société qu’on n’a pas l’habitude de côtoyer, les SDF et les laissés pour compte, les malades mentaux et les drogués, les masures sordides et les hôtels miteux. On s’en prend plein la gueule. C’est sombre et désespéré, c’est triste, c’est violent, c’est dégueu, mais c’est vrai.

Trash Editions - 2016