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29 mai 2022

LES INTOXIQUES - OLIVE

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Pour éviter la prison, un politicien genevois fait appel à la mafia locale afin de l’exfiltrer de Suisse. Il se retrouve ainsi en compagnie de deux individus chargés de le convoyer : un homme de main aux méthodes aussi affreuses que son visage et un punk alcoolique et drogué. Les trois hommes entreprennent de rallier l’Italie en voiture en empruntant les petites routes des Alpes valaisannes. Le trajet va s’avérer plus compliqué que prévu… 

Je continue ma découverte du gore made in Switzerland avec ce bouquin d’Olive qui nous embarque dans un road-trip sous ecstasy particulièrement barré.

Si les deux premiers opus de la collection avaient un côté « critique sociale » assez marqué, il n’en est rien avec celui-ci. Il est bien question de migrants qui essaient de franchir les Alpes et de nazillons qui tentent de les en empêcher mais les uns et les autres ne constituent rien de plus que des intermèdes dramatiques et sanguinolents. Ils font en quelque sorte partie du décor au même titre que les pics enneigés des Alpes suisses. Et encore ! Car la montagne joue un rôle beaucoup plus important dans le développement de l’intrigue. Excepté le chapitre introductif, l’essentiel de l’action s’y déroule. C’est elle qui, avec ses multiples dangers (froid, précipices, avalanches), rythme le récit en plaçant les personnages dans les situations les plus scabreuses.

Ceci étant dit, il faut bien reconnaître que l’histoire tout entière repose sur la personnalité de son punk de héros et sur la manière dont il nous  raconte ses mésaventures présentes ainsi que quelques bribes de son passé. Les descriptions de ses saouleries, de ses descentes d’acide et de ses parties de jambes en l’air contées avec une naïve crudité sont particulièrement savoureuses. Elles font rire autant qu’elles répugnent et donnent une image sans doute assez réaliste des déboires des camés et des alcoolos. Aucune poésie dans son parcours, juste du désespoir et de la tristesse.

Les autres personnages ont moins d’envergure. Le politicard véreux et hypocondriaque fait vaguement sourire tandis que le tueur à gage dénué de conscience ne fait jamais que ce que l’on attend de lui. Pourtant, la réunion de ces trois pieds nickelés nous donne quelques scènes et dialogues absolument tordant. Les réactions violentes et radicales de l’un, les bourdes catastrophiques de l’autre et la passivité du dernier composent un cocktail d’humour et de violence qu’on savoure avec un plaisir vaguement coupable.

Bref, un bon petit divertissement qui meublera avantageusement vos heures perdues.

Gore des Alpes - 2019

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22 mai 2022

DOCTEUR BIZARRE - JACK VANCE

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Les neuf nouvelles qui composent ce recueil nous montrent un Vance différent du créateur d’univers chatoyants dont on a l’habitude. La SF pure et dure y cède souvent la place à une atmosphère d’ordre fantastique où lutins, dieux et manifestations surnaturelles viennent compliquer la vie des personnages. Ces derniers diffèrent aussi  de ceux que l’auteur a coutume de mettre en scène. Ils subissent davantage les évènements et leurs aventures prennent souvent un tour dramatique. Pour autant tous ces textes portent la patte du grand auteur américain et l’humour, même caustique, n’est jamais bien loin.

« Le retour des hommes «  est un récit assez abscons dans lequel j’ai eu du mal à entrer. Il y est question d’évolution et d’adaptation à son milieu mais à aucun moment l’histoire ne parvient à happer le lecteur. Sans intérêt.

« Magie verte » nous plonge dans un fantastique à l’ancienne. Un sorcier est à la recherche d’une forme de magie inconnue de lui. A force de volonté et d’études il parvient à se l’approprier. En sera-t-il plus heureux pour autant ?

Comme la première nouvelle du recueil, « La Terre étroite » nous parle d’évolution. L’histoire de Ern, c’est un peu celle de l’humanité ramenée à la vie d’un homme. D’un humanoïde plutôt qui, s’étant extrait de l’univers aquatique de son enfance, fait l’apprentissage de la vie terrestre et accède aux prémices de la civilisation. Un chemin qui ne se fera pas sans heurts ni confrontations avec ses semblables.

« Le penseur de mondes » mélange SF, fantastique et fantasy. Jack Vance joue tour à tour avec ces trois genres dont il utilise les codes et les conventions. Un récit rondement mené qui se conclu sur une sympathique touche d’humour.

« Des sardines douteuses » met en scène le personnage de Magnus Ridolph auquel les éditions Pocket SF ont déjà consacré un recueil tout à fait réussi. On retrouve avec plaisir ce héros roublard aux méthodes peu conventionnelles dans une histoire d’arnaque commerciale.

« Le temple de Han » nous rapporte la confrontation entre un aventurier américain et un puissant dieu. Ce récit démontre aussi qu’astuce et détermination valent plus que force et assurance.

« Le bruit » est une nouvelle baignant dans une douce mélancolie. Un naufragé de l’espace aborde une planète qui semble inhabitée. Le robinson de l’espace est bientôt la proie de visions étranges. Forme de vie extraterrestre, réminiscences du passé ou folie ?

« L’arche d’Alfred » n’a rien à voir avec les littératures de l’imaginaire. Il s’agit surtout pour l’auteur de se moquer des faux prophètes tout en montrant les mauvais côtés de la nature humaine.

Il faut donc attendre la toute dernière nouvelle du recueil pour retrouver un récit typiquement Vancéen .

« Fils de l’arbre » nous propose une histoire trépidante et dépaysante où il est question de politique, de diplomatie et d’espionnage. Grâce à sa centaine de pages, l’auteur a pu construire une société fouillée, développer des personnages complexes et initier une intrigue relativement aboutie. Il y a de l’action, un peu de sentiments et pas mal d’humour. Il y a surtout cette superbe description de la civilisation des druides, mélange de théocratie et de féodalité  poussée à l’extrême.

Pocket - Science-Fantasy - 1992

15 mai 2022

DU PASSE FAISONS TABLE RASE - THIERRY JONQUET

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Avec Jean-Bernard Pouy, Jean-Patrick Manchette et Didier Daeninckx, Thierry Jonquet fait partie de mon panthéon personnel d'auteurs de romans policiers. Leur point commun : le néo-polar, ce genre littéraire où l'environnement social des évènements qui nous sont narrés est souvent plus important que l'intrigue elle-même. J'ai ainsi adoré des romans tels que "Mémoire en cage", "Mygale" ou "La bête et la belle" qui, chacun à leur manière, brouillent les pistes et fond plonger le lecteur dans des abîmes de noirceur. J'ai en revanche été passablement déçu par ceux de ses romans qui flirtent avec l'espionnage ("Comedia", "Le secret du rabbin"). Or, "Du passé faisons table rase" se situe précisément à la croisée des deux genres. Il y a des espions soviétiques et des barbouzes bien de chez nous, on y croise des militants communistes et des petits délinquants et il est question du passé trouble d'un dirigeant du parti Communiste Français.

Cette intrigue, l'auteur n'est pas allé la chercher bien loin. Il s'est inspiré des reproches adressés à Georges Marchais, secrétaire général du PCF de 1972 à 1994, à propos de son travail dans les usines Messerschmitt d'Augsbourg qui produisaient les avions de combat du IIIème Reich. Thierry Jonquet s'est donc contenté de pousser le bouchon un peu plus loin en imaginant que son personnage aurait en plus quelques délations sur la conscience. On y verra peut-être une petite pique de l'ancien trotskyste adressée au sempiternel adversaire communiste, mais une petite allusion à l'affaire Boulin remet les pendules à l'heure : les scandales politiques ne sont l'apanage d'aucun parti en particulier.

Le récit mélange les époques. Nous y suivons l'existence d'un jeune ouvrier pendant la seconde guerre mondiale, une série d’assassinats en 1972 et l’affolement du bureau politique du PCF confronté à un corbeau six ans plus tard. Bien entendu, ces trois fils narratifs finissent par se rejoindre en une intrigue bien sombre qui verra une fois de plus les humbles - militants de bases,  petits fonctionnaires, exclus des quartiers chauds - faire les frais de la soif de pouvoir des grands de ce monde.

Gallimard - Folio Policier - 2006

8 mai 2022

COLD GOTHA - GUILLAUME LEBEAU

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La collection « Club Van Helsing » s’est donné pour objectif de remettre au goût du jour les vieux monstres de la littérature fantastique. Loups garous, vampires, zombies et autres vilaines bêbêtes d’outre-tombe reprennent du service et s’en vont de nouveau taquiner les pauvres humains apeurés.

Dans ce premier opus, Guillaume Lebeau a transposé la lutte pluriséculaire entre les Van Helsing et les vampires dans la Californie du XXIème siècle. Exit la Transylvanie, ses châteaux gothiques et ses chapelles millénaires, place aux buildings, aux clubs hype et aux luxueuses demeures hollywoodiennes.

Ca surprend un peu au début mais on s’y fait assez vite. Chasseurs et créatures de la nuit se sont adaptés à la vie moderne. Dracula se repose dans un bunker surprotégé et Hugo Van Helsing utilise toutes les ressources de son immense fortune. Avions, ULM, bolides en tout genre lui permettent de traquer les affreux suceurs de sang qu’il extermine à l’aide d’un arsenal des plus sophistiqué. On pardonnera à l’auteur sa fâcheuse tendance à nous décrire par le menu les caractéristiques techniques de tout ce matos - les marques, la vitesse, le coefficient de perforation et j’en passe - pour ne retenir que l’énergie et la force qui inondent son roman.

« Cold Gotha » est en effet un récit survolté, condensé sur une seule journée. Forcément, une telle débauche d’action ne peut se faire qu’au détriment de l’intrigue. Celle-ci est assez floue et l’auteur se contente d’évoquer un vaste complot visant à plonger le monde occidental dans le chaos afin de permettre aux vampires de prendre définitivement l’ascendant sur les humains. Il en profite aussi  pour donner sa vision, toute personnelle, des attentats du 11 septembre.

Ce volume 1 laisse donc entrevoir ce que nous réservent les prochains titres de la collection : du fantastique dépoussiéré et de l’action. Beaucoup d’action. L’initiative est intéressante… à condition de ne pas perdre de vue les fondamentaux du genre.

Baleine - Club Van Helsing - 2007

1 mai 2022

LA VOIE ROYALE - ANDRE MALRAUX

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Claude Vannec, un jeune archéologue français et Perken, un aventurier danois, se sont associés dans le but de voler les bas-reliefs de temples khmers non répertoriés. Perken espère aussi découvrir ce qu'il est advenu de l'un de ses amis : Grabot. Les deux hommes s'enfoncent au cœur de la jungle Cambodgienne jusque sur le territoire des redoutables Moïs.

Je connaissais le Malraux ministre de la culture de De Gaulle. Je savais son engagement dans la résistance pendant la seconde guerre mondiale. J’avais même entendu parlé de sa participation à la guerre d’Espagne. Ce que j'ignorais en revanche, c'est sa carrière d’aventurier dans l’Indochine des années vingt au cours de laquelle il s'adonna au trafic d'antiquités. Or, c’est précisément de cet épisode de son existence qu’il s’est servi pour écrire son livre.

"La voie royale" est un roman d'aventures exotiques comme on en écrivait encore beaucoup dans les premières décennies du siècle dernier. On y trouve d'ailleurs quantité de points communs avec d'autres œuvres parues à la même époque. L'évocation du vol de bas-reliefs des anciennes cités khmères m'a rappelé "Le roi lépreux" de Pierre Benoit sorti trois ans plus tôt et j'ai retrouvé un peu du Kurtz de Joseph Conrad dans les personnages de Grabot et Perken. En cherchant bien, on pourrait même trouver dans leur destinée quelques analogies avec celle des deux héros de Rudyard Kipling dans "L'homme qui voulut être roi".

Ceci étant, la comparaison s'arrête là. Les motivations des personnages de Malraux sont en effet bien différentes. Leur objectif n'est pas de s'enrichir en vendant quelques pièces de musées ou de se tailler un empire aux frontières du Cambodge et du Laos. Ou plutôt, il ne s'agit pas d'une fin en soi. L’important pour eux n’est pas le but mais le chemin emprunté pour y parvenir. Ils veulent éprouver le danger et toutes ces sensations fortes  qui, seules, leur rappellent qu'ils sont vivant. Pour reprendre le mot de Michel Audiard dans "Un singe en hiver", ce n'est pas le vin qu'ils recherchent, c'est l'ivresse.

J’ai été surpris de trouver dans leur attitude et dans leurs réflexions des accents existentialistes. Perken et Vannec sont davantage confrontés à l'angoisse provoquée par leur rapport au monde et à la vie qu'aux pièges de la jungle. Ils souhaitent s'extraire de la destinée commune ("Posséder plus que lui-même, échapper à la vie de poussière des hommes qu’il voyait chaque jour…"), de l'ennui d'une existence programmée ("Se libérer de cette vie livrée à l’espoir et aux songes, échapper à ce paquebot passif !"). L’aventure est un dérivatif à la vacuité de leur existence. Elle permet aussi l'oubli de la vieillesse et de la déchéance qui l'accompagne.

Roman d'aventures de facture classique rehaussé par l'introspection de ses personnages, "La voie royale" est malheureusement desservit par un style d'un lyrisme grandiloquent. Moins d'emphase aurait sans doute permis de mieux s'approprier les sentiments des personnages et de ressentir davantage la touffeur et les dangers de la jungle. 

Grasset - Le Livre de Poche - 1979

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