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25 février 2016

BAMBI BAR - YVES RAVEY

9782707320285

Que cherchent les gendarmes dans la remise de Léon ? Pourquoi ce dernier espionne-t-il Caddie, la voisine d'en face ? Quelles activités répréhensibles dissimule le Bambi Bar ? Et quel est le lien entre ces trois questions ? C'est ce que Yves Ravey nous propose de découvrir.

Je crois bien que je suis en train de devenir accroc aux romans de Yves Ravey. J'adore ses récits courts et percutants qui se distinguent par leur mode narratif si particulier, racontés le plus souvent à la première personne dans un style simple et dépouillé qui ne laisse transparaître aucun sentiment. Des récits totalement désincarnés qui ressemblent un peu à une déposition : des faits, rien que des faits. D'ailleurs le parallèle avec l'interrogatoire policier s'impose. L'auteur s'attache à laisser les faits parler d'eux-mêmes, nous laissant le soin de tirer nos propres conclusions.

Cela ne l'empêche pas de nous mener exactement où il veut et quand il le veut. Son roman débute d'ailleurs par une fausse piste, une banale histoire d'accident de la route et de délit de fuite. On pense alors que tout va tourner autour de l'enquête sur la culpabilité, réelle ou supposée, d'un conducteur indélicat jusqu'à ce que l'intrigue se déplace vers le bar à hôtesse du coin.

Et d'un coup tout s'éclaire et l'on se retrouve plongé dans une sordide affaire de traite des blanches. On découvre comment fonctionnent ces "petites entreprises familiales" qui ont fait de la prostitution leur fonds de commerce et notamment comment elles s'approvisionnent en chair fraîche dans les pays où règne la misère.

Mais Yves Ravey n'oublie pas pour autant l'aspect polar de son roman. Il parvient en seulement 92 pages à nous trousser une intrigue qui tient parfaitement la route et qui se conclue par une chute bien noire. Noire comme le désespoir. Noire comme la vengeance.

Les Editions de Minuit - 2008

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20 février 2016

LES RAVISSEURS D'ETERNITE - ALAIN PARIS & JEAN-PIERRE FONTANA

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 Ce cycle de trois romans signé Paris/Fontana est assez déconcertant. Il nous plonge dans une société dystopique relativement banale et qui rappelle, toute proportion gardée bien sûr, celle des "Monades urbaines". Comme dans le chef d’œuvre de Silverberg on retrouve en effet l'idée de cités totalement isolées de leurs campagnes afin de limiter leur expansion et préserver les ressources agricoles. Une différence de taille cependant puisqu'ici la croissance démographique exponentielle est considérée comme un fléau contre lequel il faut lutter, au besoin par la manière forte. D'où la fameuse loi dite de sénilité qui permet d’euthanasier tout individu de plus de soixante-quinze ans.

Dans le premier volume (Dernier étage avant la frontière) nous suivons les mésaventures d'un apprenti biologiste victime d'une machination. Pourchassé par la police et par de redoutables tueurs il va tenter de trouver refuge à l'extérieur de la cité où il pense trouver sécurité et réponses à ses questions, tandis qu’une mystérieuse organisation en quête du secret de l’immortalité semble s'intéresser de près à son sort.

La traque du pauvre étudiant et de sa dulcinée n'est pas très passionnante. Elle permet toutefois de faire l’état des lieux d’une société peut rassurante où l'argent est roi et la police toute puissante. Nous sommes ainsi baladés à travers Nouvelle-Jéricho, l’une de ces métropoles verticales où chaque mètre carré est compté et qui sont parcourues en tous sens par les hélicobulles, les pulsotaxis et les subrails. Une bonne partie du récit se déroule aussi dans les innombrables sous-sols de la ville qui accueillent les différents équipements nécessaires à son fonctionnement (égouts, plate formes d’approvisionnement, stations d'épuration et de retraitement des déchets…).

Changement de personnages pour  "Le syndrôme Karelmann". Cette fois-ci nous emboîtons le pas à trois individus bien différents qui interviennent chacun leur tour. Il y a là Rudo Chiern expert en explosifs engagé pour dynamiter les lieux de plaisirs de la capitale, Hermann Strawn un tueur à gage chargé d’enquêter sur ces attentats et Karen Anderson une jeune biologiste qui cherche un remède au syndrome Karelmann, une maladie qui plonge ses victimes dans un état végétatif, le corps inerte mais le cerveau fonctionnant encore.

 L'essentiel de l'action se déroule à Sôroum, le quartier interlope de Nouvelle-Jéricho, lieu de perdition  mais aussi épicentre de la maladie. Nos personnages y font leurs petites affaires, se cherchent, se débusquent et s’éliminent sous l’œil tout sauf bienveillant d’Eric Wagner, le chef de la Pol Mun qui semble tirer les ficelles et jouer un double jeu.

Aucun lien ou presque avec le premier tome, exception faite de certains lieux et du susnommé Wagner dont le rôle a pris de l’ampleur. Le mystère s’épaissit et on attend avec impatiences que les auteurs veuillent bien lever le voile.

Hélas le troisième épisode (Les hommes-lézards) n’apporte qu’une réponse partielle à toutes ces énigmes. La mystérieuse organisation du premier volume a désormais un nom – Chronos - et semble décidée à s’emparer du pouvoir en déstabilisant le régime. C’est elle que l’on retrouve derrière la vague d’attentats dans le quartier Sôroum et qui fomente les violentes manifestations qui agitent la capitale. Elle a  également infiltré les institutions dont la Pol Mun puisqu’Eric Wagner s’avère être l’un de ses affidés.

Leurs projets semblent toutefois compromis par de nouveaux incidents : Eric Wagner, toujours lui, est démasqué et traqué par ses anciens subordonnés, mettant ainsi en danger les autres membres de Chronos. Plus inquiétant encore, les victimes du syndrome Karelmann dont certains auraient bien des révélations à faire, sortent de leur léthargie. Mais une mutation tissulaire s’est opérée, donnant à leur épiderme l’apparence de la peau du lézard.

Et c’est sur ce surprenant rebondissement que se clos ce cycle malheureusement inachevé. Un quatrième tome était prévu qui devait sans doute nous donner le fin mot de l’histoire. Son titre (Les froisseurs de temps) laisse en tout cas supposer que la clé est à chercher du côté de la notion de maîtrise du temps, qu’il s’agisse d’immortalité ou de paradoxe temporel…

Fleuve Noir Anticipation - 1984

10 février 2016

LE PRISONNIER DU CIEL - CARLOS RUIZ ZAFON

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Fermin s'apprête à épouser Bernarda et tous ses amis, les Sempere père et fils en tête, s'emploient à préparer la noce. C'est ce moment que choisi un étrange individu pour se rappeler à son bon souvenir, l'obligeant à effectuer une plongée douloureuse dans son passé
 
Ce roman est le troisième que l'auteur consacre à sa Barcelone romanesque du "Cimetière des livres oubliés". Il reprend les même lieux et, pour partie, les même personnages que dans les deux premiers et vient en quelque sorte les compléter, bouchant les espaces vides et lançant des passerelles de l'un à l'autre.


L'histoire se déroule cette fois en 1958 soit quelques années après les événements de "L'ombre du vent". Toutefois, le plus gros du roman est constitué d'un très long flash-back qui nous ramène en 1939 alors que le franquisme triomphant n'en finit plus de régler ses comptes avec les républicains de tout poil. Zafon nous embarque dans une nouvelle version du "Comte de Monte Cristo" où le fort de Montjuic remplace le château d'If tandis que David Martin et Fermin reprennent les rôles de l'abbé Faria et d'Edmond Dantes.


Bien qu’usée jusqu'à la trame, l'intrigue fonctionne plutôt bien grâce à la présence d'un « méchant » proprement ignoble dont on attend avec impatience qu'il en chie un peu à son tour. Le souci, c'est que la vengeance n'aura pas lieu. Et ça, c'est difficilement pardonnable s'agissant d'une histoire où la punition des scélérats est censée constituer le point d'orgue. Ca l'est même d'autant moins que la recherche du trésor – car trésor il y a - tourne également court. Dans ces conditions l'hommage à Alexandre Dumas est un peu tronqué et le plaisir du lecteur itou.


Alors fatalement, on ressort de tout cela un peu déçu. On est bien loin de la grande fresque populaire et du tourbillon de péripéties dans lesquels nous emportaient ses autres romans. Peut-être Zafon s'est-il imposé trop de contraintes en voulant faire coïncider les trois œuvres, s'empêchant par là même de lâcher la bride à son imagination. Toujours est-il que cette fois-ci, la magie n'a pas fonctionné.


Pour autant, « Le prisonnier du ciel » n'est pas un mauvais livre. J'ai apprécié de retrouver la jolie plume de l'auteur, l'humour acerbe de Fermin et tout ce petit peuple barcelonnais si sympathique. Alors si Zafon cède à l'envie de lui donner une suite, nul doute que je rempilerai, ne serait-ce que pour retrouver ces lieux magiques où le livre-roi n'en finit plus d'enflammer nos désirs et notre imagination.

Pocket - 2013

5 février 2016

BARRIERE MENTALE - POUL ANDERSON

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Un mystérieux phénomène astronomique fait sortir  la terre d’un champ électromagnétique qui jusqu’alors jugulait l’activité cérébrale de tous les êtres vivants de la planète. Libérés de cette contrainte l’intelligence des hommes comme des animaux se retrouve décuplée. Mais sont-ils prêts à affronter les chamboulements qui vont en découler. 

« La science-fiction n’est pas seulement une sous-littérature d’aventures pleine de petits hommes verts et de fusées interplanétaires, de rayons de la mort et de créatures de cauchemar venues de planètes lointaines. C’est aussi, c’est de plus en plus un moyen pour l’homme de s’interroger sur lui-même ». Cette petite phrase signée Serge de Beketcht tirée de la préface de ce roman exprime parfaitement ce je pense de la science-fiction, à savoir un genre littéraire qui divertit mais sait aussi donner à réfléchir.

Et distraire et faire réfléchir, c’est précisément ce que Poul Anderson parvient à faire dans ce livre. Il ne se contente pas de décrire les conséquences plus ou moins surprenantes d’un soudain surcroit d’intelligence, les inventions nouvelles, les voyages dans l’espace ou les réactions d’animaux désormais doués de raison. Il s’intéresse aussi à la façon dont cet évènement modifie les rapports humains et les systèmes sociaux alors en place. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce supplément de cervelle s’apparente davantage à une malédiction qu’à un cadeau des dieux et les personnages de cette histoire vont en faire l’amère expérience.

D’abord, l’intelligence ne s’accompagne pas forcément d’une élévation de la force morale. Ainsi que le dit fort justement l’un des personnages, « C’est triste de constater à quel point l’intelligence et la raison ne vont pas de pair. » Les hommes restent la proie de leurs passions et de leurs habitudes. Un voleur demeure un voleur, un escroc reste un escroc. Ils ont simplement davantage d’aptitudes pour accomplir leurs méfaits.

Secundo, les hommes et les femmes prennent conscience de leur petitesse au regard de l’infini de l’univers. « Un monde entièrement nouveau s’était ouvert aux yeux de l’homme, rempli de visions, de concepts, de pensées qui bouillonnaient en lui de façon spontanée. Il avait vu l’inanité de sa vie sans objet, la trivialité de son travail, l’étroitesse des croyances et des conventions régissant son existence, et il avait abandonné tout cela ». Plus question de continuer à vivre comme par le passé. Ils aspirent à une vie plus stimulante, à des tâches plus nobles. Les emplois subalternes sont abandonnés, plus personne pour travailler aux champs ou dans les usines. Les fonctions d’encadrements ne séduisent guère plus, les entreprises puis les nations ne sont plus dirigées. La pagaïe s’installe, l’anarchie se répand.

Ce bouleversement psychologique et sociétal nous est conté par le biais de deux fils conducteurs. Nous suivons d’une part les faits et gestes d’un groupe de scientifique new-yorkais qui décide de prendre en main la destinée de leurs concitoyens et d’autre part les réactions d’un paysan un peu simplet (devenu un homme d’une intelligence moyenne) autour duquel se crée une communauté de faibles d’esprits. Soyons clairs, les évènements narrés dans l’un et l’autre cas ne sont pas particulièrement captivants. Quelques épisodes de realpolitik , un voyage interstellaire et deux ou trois saynètes campagnardes constituent l’essentiel des péripéties. C’est d’autant plus regrettable que l’auteur a abandonné en cours de route d’autres pistes fort prometteuses telles que la révolte des animaux qui n’acceptent plus leur vie d’esclave ou de boucherie ou bien celles des peuples colonisés qui se révoltent contre leur oppresseur.

Heureusement, la fadeur de l’intrigue est compensée par un questionnement quasi permanent sur l’homme, sa raison d’être, sa place et son rôle dans l’agencement de l’univers. La disparition progressive de sa part d’animalité et des plaisirs qui y sont liés (la nourriture, le sexe…) amène les hommes à repenser leur existence et à se conduire en purs esprits, quasi désincarnés, des sortes de dieux qui auraient désormais pour mission de veiller sur les autres races intelligentes qui parsèment la galaxie.

J’ai aussi particulièrement apprécié les efforts de l’auteur pour trouver des exemples concrets de manifestations de cet intellect surdéveloppé. Il se concentre surtout sur ses effets sur le langage mais envisage également d’autres conséquences telles que l’abandon de la propriété privée ou de la mode vestimentaire considérés comme futiles ou encore un véritable respect de la vie animale avec l’avènement du régime végétarien.

Alors, malgré un ton un peu daté et une légère impression de survol ce roman est bien « la passionnante méditation sur l’homme, sur la fragilité des systèmes sociaux et sur les remèdes que l’Homme peut apporter aux maladies qu’il engendre » que nous annonçait le décidément très perspicace Serge de Beketch.

Le Masque - Science-Fiction - 1974

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