LE PRISONNIER DU CIEL - CARLOS RUIZ ZAFON
Fermin s'apprête à épouser Bernarda et tous ses amis, les Sempere père et fils en tête, s'emploient à préparer la noce. C'est ce moment que choisi un étrange individu pour se rappeler à son bon souvenir, l'obligeant à effectuer une plongée douloureuse dans son passé
Ce roman est le troisième que l'auteur consacre à sa Barcelone romanesque du "Cimetière des livres oubliés". Il reprend les même lieux et, pour partie, les même personnages que dans les deux premiers et vient en quelque sorte les compléter, bouchant les espaces vides et lançant des passerelles de l'un à l'autre.
L'histoire se déroule cette fois en 1958 soit quelques années après les événements de "L'ombre du vent". Toutefois, le plus gros du roman est constitué d'un très long flash-back qui nous ramène en 1939 alors que le franquisme triomphant n'en finit plus de régler ses comptes avec les républicains de tout poil. Zafon nous embarque dans une nouvelle version du "Comte de Monte Cristo" où le fort de Montjuic remplace le château d'If tandis que David Martin et Fermin reprennent les rôles de l'abbé Faria et d'Edmond Dantes.
Bien qu’usée jusqu'à la trame, l'intrigue fonctionne plutôt bien grâce à la présence d'un « méchant » proprement ignoble dont on attend avec impatience qu'il en chie un peu à son tour. Le souci, c'est que la vengeance n'aura pas lieu. Et ça, c'est difficilement pardonnable s'agissant d'une histoire où la punition des scélérats est censée constituer le point d'orgue. Ca l'est même d'autant moins que la recherche du trésor – car trésor il y a - tourne également court. Dans ces conditions l'hommage à Alexandre Dumas est un peu tronqué et le plaisir du lecteur itou.
Alors fatalement, on ressort de tout cela un peu déçu. On est bien loin de la grande fresque populaire et du tourbillon de péripéties dans lesquels nous emportaient ses autres romans. Peut-être Zafon s'est-il imposé trop de contraintes en voulant faire coïncider les trois œuvres, s'empêchant par là même de lâcher la bride à son imagination. Toujours est-il que cette fois-ci, la magie n'a pas fonctionné.
Pour autant, « Le prisonnier du ciel » n'est pas un mauvais livre. J'ai apprécié de retrouver la jolie plume de l'auteur, l'humour acerbe de Fermin et tout ce petit peuple barcelonnais si sympathique. Alors si Zafon cède à l'envie de lui donner une suite, nul doute que je rempilerai, ne serait-ce que pour retrouver ces lieux magiques où le livre-roi n'en finit plus d'enflammer nos désirs et notre imagination.
Pocket - 2013

