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26 juillet 2017

LE MARCHAND DE SABLE - ROBERT SABATIER

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Au seuil de sa vie un vieil homme se souvient de quelques épisodes marquants de son existence.

Même s'il a beaucoup œuvré dans le domaine de la poésie en tant qu'auteur et anthologiste, le nom de Robert Sabatier est principalement associé aux "Allumettes suédoises" le premier volume d'un cycle autobiographique dans lequel il nous racontait son enfance parisienne et notamment ses jeunes années à Montmartre.

En entamant ce roman et en découvrant son héros, un jeune orphelin recueilli par son oncle, j'ai cru un instant qu'il allait nous livrer une histoire assez proche de ce modèle. Mais non. "Le marchand de sable" n’est pas un roman d'apprentissage. Du moins pas au sens habituel.

Nous suivons bien un homme tout au long de son existence mais cela se fait par le biais de flashbacks plus ou moins longs. Une succession de moments importants dont certains ont peut-être été vécus par l’auteur : découvrir l’amour que vous porte un parent, mériter la confiance d’un ami, souffrir d’une peine de cœur ou trouver l’âme-sœur…

De l’enfance à l’âge mûr, Robert Sabatier nous parle de ces instants lumineux qui donnent à votre vie une orientation nouvelle ou qui, plus simplement, vous permettent de continuer à avancer. Des moments de plénitude où l’on se sent vraiment vivant, loin des habitudes et des faux semblants, des mots sans valeurs et des gestes inutiles. La plupart du temps ils sont faits de rencontres et d’échanges, des moments de partage qui laissent en nous une empreinte durable.

Avec ce roman d’une grande sensibilité, l’auteur nous rappelle qu’une vie est rarement linéaire et que, à l’instar de celle de son héros, elle est faite de creux et de bosses, d'interrogations et de découvertes. Un livre à lire jeune pour se convaincre qu'une vie offre un nombre presque infini de possibilités et qu'il est possible de surmonter bien des difficultés ; ou vieux pour se rappeler que le chemin parcouru en valait la peine.  

LGF - Livre de Poche - 1982

 

 

 

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21 juillet 2017

LE DIEU JAUNE - HENRY RIDER HAGGARD

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Désireux de faire fortune afin d’obtenir la main de la femme qu'il aime, Alan Vernon s'embarque pour l'Afrique. Il espère y retrouver le pays des Asikis où son oncle missionnaire se rendit vingt ans plus tôt et dont il ramena le souvenir d'une contrée sauvage particulièrement riche en or. Accompagné de Jeekie, son vieux serviteur originaire de la région, il entreprend donc une dangereuse expédition sous la menace des éléments déchainés, des tribus sauvages et de divinités particulièrement redoutables. 

Henry Rider Haggard est le maître incontesté du « Lost Race Tale » ces histoires de mondes perdus et de civilisations cachées qui connurent leur heure de gloire au début du vingtième siècle. Son œuvre regorge de récits de ce genre qu’il a plus qu’aucun autre contribué à codifier. Nous lui devons notamment ces merveilleux romans que sont « Les mines du roi Salomon » ou « She », lesquels ont donnés naissance aux figures désormais classiques de l’aventurier blanc et de la grande prêtresse. Quant à ses descriptions de l’Afrique, ce continent qu'il connaissait bien pour y avoir longuement séjourné, elles sont depuis belle lurette tombées dans le domaine public et quantité d'auteurs se sont appropriées depuis ces pages pleines de jungles, de déserts, de pygmées agressifs et de guerriers cannibales. 

Roman mineur dans l'œuvre de l'auteur, "Le dieu jaune" s'inscrit pleinement dans ce cadre. Il comporte même de nombreux points communs avec le fameux "She" puisqu'il est question d'une cité cachée au cœur du continent africain sur laquelle veille une déesse immortelle attendant depuis plusieurs millénaires la réincarnation de l'homme qu'elle aime. De plus, si la divinité, les rites où la géographie de ce royaume perdu sont bien différents de ceux du royaume de Kôr, on retrouve cependant des ressemblances frappantes dont la moindre n'est pas cette salle où reposent les momies des amants qui se sont succédés dans le lit de la jolie souveraine. 

Ecrit avant « She », « Le dieu jaune » pourrait donc être regardé comme une intéressante ébauche du chef-d’œuvre de Rider Haggard. Rédigé sept ans plus tard il n’en est qu’une pâle copie. L’histoire et ses principaux développements ne présentent que peu d'intérêt et le couple grande prêtresse/aventurier ne souffre pas la comparaison avec celui formé par Aysha et Leo Vincey. Ici, Azika paraît plus colérique que dangereuse et sa passion à l'égard de Vernon plus démonstrative que véritablement profonde. A aucun moment il n'émane d'elle cette froide détermination qui sourdait de toute la personne d'Aysha et faisait d’elle une quasi déesse. Quant à Alan Verrnon il est encore plus insipide. Rien à voir là encore avec un Leo Vincey partagé entre sa passion pour Aysha et le rejet de son côté sombre. Lui n’a d’autres ambitions que de rapporter suffisamment d’or en Angleterre pour épouser sa dulcinée. Bon chrétien et soucieux de sa réputation, c'est un personnage beaucoup trop raisonnable qui se fait manœuvrer d'un bout à l'autre de l'histoire, par ses associés d'abord puis par Azika et enfin par son serviteur. 

Mais ce roman n’est pas pour autant dénué de qualités. Il présente tout d’abord, et ce n'était sans doute pas si courant à l'époque, une critique sévère de la bourse, de la spéculation et de la City de Londres comparée à un panier de crabes. Il comporte ensuite quelques réflexions sur la religion qui me plaisent beaucoup (« Je suis convaincu que nous sommes simplement des mammifères très évolués nés par hasard et que, lorsque notre heure est venue, nous regagnons le noir néant d’où nous sommes venus ») même s’il les met dans la bouche du grand méchant de l’histoire et non dans celle de son gentil héros, laissant ainsi entendre que, peut-être, il ne les partage pas. Il est enfin bourré d’humour grâce à la personnalité et aux réparties de Jeekie, le serviteur noir de Alan. 

Ce personnage truculent, matois et fort en gueule est sans conteste le véritable héros du roman. Avec son caractère surprenant, mélange de puritanisme anglican et de fatalisme africain, il anime à lui seul le récit grâce à ses interventions toujours très drôles, exprimées dans un sabir savoureux ponctué de dictions populaires. Sa bonhomie ne l'empêche toutefois pas d'agir toujours très à propos et de sauver à plus d'une reprise la mise de son maître, faisant ainsi preuve d'une intelligence et d'un courage que son apparente couardise ne parvient pas à dissimuler. Et quant à la façon dont il se débarrasse du grand rival d'Alan, elle vaut bien à elle seule de lire ce livre jusqu’au bout !    

Garancière – Aventures Fantastiques - 1985

 

15 juillet 2017

DE LA PART DES COPAINS - RICHARD MATHESON

product_9782070434527_195x320Chris et Helen Martin coulent des jours paisibles dans les environs de Los Angeles entre leur boutique de disques et leur joli pavillon de banlieue. Alors qu'ils se préparent à passer une soirée tranquille en famille, un appel téléphonique va les plonger dans un engrenage infernal.

Richard Matheson est un grand nom de la Science-Fiction et des romans comme « Je suis une légende » et « L’homme qui rétrécit » font désormais partie des classiques du genre. Il a aussi versé dans le polar et donné à la Série Noire trois titres parmi lesquels celui dont je vais vous entretenir aujourd’hui.

« De la part des copains ». Un titre qui annonce plutôt bien le thème du roman à savoir la vengeance de trois truands envers celui qui les a trahis. Je lui préfère toutefois le titre original (« Ride the nightmare ») qui restitue beaucoup mieux son contenu et son ambiance puisqu’il s’agit d’un thriller très rythmé qui met en scène un couple d’américains moyens soudainement confrontés à des malfrats de la pire espèce.

Matheson ne laisse en effet aucun répit à ses personnages. Chris et Helen sont plongés sans crier gare dans un véritable cauchemar. Agression, enlèvement, chantage, les épreuves s’enchaînent à une cadence effrénée sans leur laisser le temps de beaucoup réfléchir. De fait, l’histoire ne laisse que peu de place à l’introspection et l’on apprend finalement peu sur les époux Martin, juste quelques pans de leur passé et presque rien de leur caractère.

D’un bout à l’autre du récit, on reste au niveau de l’émotion et des réactions primaires, peur, haine, révolte. Instinct de survie aussi, car ils devront faire preuve d’une détermination sans faille pour sauver leur peau et celle de leur fille. La tension est permanente et l'auteur nous réserve quelques scènes palpitantes dont un face à face éprouvant entre Helen et ses deux geôliers.

Un roman à lire d’une traite, sans reprendre son souffle.

Gallimard - Carré Noir

 

9 juillet 2017

A TRAVERS TEMPS - ROBERT CHARLES WILSON

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Suite à une rupture sentimentale douloureuse accompagnée de la perte de son emploi, Tom Winter retourne s’installer à Belltower, la petite ville côtière qui l’a vu grandir. Il a accepté un poste de vendeur de voiture dans l’une des entreprises de son frère aîné et fait l'acquisition d'une maison sur Post Road, une route à flanc de coteau, un peu en retrait de la bourgade. Très vite, il se rend compte que la réputation d’étrangeté qui pèse sur la bâtisse n’est pas usurpée. Mais il ignore encore la nature du secret qu’elle renferme et à quel point sa vie va s’en trouver changée. 

S’il ne révolutionne pas le thème du voyage temporel, « A travers temps » nous propose une approche pour le moins originale de ce classique de la SF. Les héros de Wilson ne sont pas des scientifiques qui espèrent s’affranchir des limites de l’espace-temps. Ce ne sont pas non plus des voyageurs temporels souhaitant découvrir le passé ou le futur. Tom ne sait pas qu’il emprunte un passage temporel et Billy Gargullo ignore vers quelle époque il se rend. L’un et l’autre sont à la recherche de paix et de sécurité. Ils fuient un danger ou se fuient eux-mêmes, ils veulent simplement rompre avec un quotidien insurmontable. On ne trouvera donc pas de paradoxe temporel qui viendrait mettre le récit en abîme et, si Tom envisage un temps de sauver ses parents de leur accident de voiture, il ne se servira guère de sa connaissance du futur et le passé ne sera quasiment pas impacté.

Mais ce qui fait vraiment la singularité de l’histoire de Wilson c’est la nature de son personnage principal. Car le véritable héros ce n’est pas Tom, ni Joyce, ni même Billy mais la maison de Post Road. Tout part de là, tout y revient et ce n’est pas un hasard si le récit s’y attarde longuement avant le départ de Tom pour les sixties et si, une fois ce dernier parti, nous y revenons par le biais de nouveaux personnages. Dès le début du roman l’accent est mis sur la réputation de cette maison étrange, à l’écart de la ville, inhabitée mais pourtant en parfait état. L’intrigue reste longtemps axée sur ses particularités et ses mystères. Qui était son ancien propriétaire, mystérieusement disparu, par quel prodige la maison reste-t-elle toujours d’une propreté immaculée, que dissimulent les fondations du bâtiment ? Toutes ces questions donnent lieu à une enquête sympathique menée par Tom et, si l'auteur nous a mis d'emblée dans la confidence pour ce qui est du passage temporel, les détails qui nous sont révélés ne manquent cependant pas d’intérêt, notamment ces drôles d’anges gardiens que sont les nano-insectes ménagers ou son concierge temporel qui se régénère patiemment.

Pour autant, le soin apporté aux autres personnages et en particulier à celui de Tom, est remarquable. L'approche psychologique est d'une grande finesse et diantrement fouillée. L’auteur nous le présente sous toutes les coutures et l'on ignore plus grand-chose de son passé, de ses sentiments et de l'état de son moral. On rencontre presque toute sa famille, son frère, sa belle-sœur et même son ex qui s’inquiète de sa santé mentale. Ses compagnons ne sont pas en reste puisque Joyce la hippie de Greenwich Village, Doug Archer l’agent immobilier adepte du surnaturel ou Catherine Simmons la voisine bénéficient du même travail de précision.

Enfin, si l’action est peu présente, elle n’est pas absolument absente. Elle se réfugie principalement dans les souvenirs du soldat du futur Billy Gargullo et dans la chasse à l'homme à laquelle il se livre dans Greenwich village grâce à son armure ultra sophistiquée qui fait de lui un guerrier presque invincible. La menace qu’il fait peser sur Tom, ses proches et tous les hôtes de la maison de Post Road installe une atmosphère d’urgence et ajoute au récit cette intensité et ce rythme qui tiennent le lecteur en haleine jusqu’au bout.

Denoël - Lunes d'encre - 2010

3 juillet 2017

LA PETITE FADETTE - GEORGE SAND

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Au hameau de la Cosse, les époux Barbeau sont les heureux parents de jumeaux. Les deux frères sont à ce point inséparables que lorsque leur père est contraint de louer les services de Landry à un fermier des environs, Sylvinet demeure inconsolable. Landry prend les choses moins à cœur. Il s’adapte plutôt bien à sa nouvelle vie et envisage sérieusement de se fiancer avec la jolie Madelon, la nièce de son maître. Sa rencontre fortuite avec Fanchon Fadet, une jeune fille à laquelle la rumeur publique prête tous les vices, va bouleverser sa vie et, incidemment, celle de son frère. 

« La petite Fadette » est le troisième - et à mon sens le meilleur - des grands romans champêtres de Georges Sand. C’est aussi une nouvelle déclaration d’amour au Berry, cette région qu’elle chérie entre toutes et qui lui semble une espèce de paradis originel où tout est simple et bon. Elle y emploie de nouveau ce style faussement naïf mâtiné de patois pour nous rapporter l'une de ces histoires paysannes comme il s'en raconte le soir à la veillée et qui tiennent à la fois du conte et du ragot de vieille femme. De commérage il est justement question et c’est un peu au procès de la médisance et des préventions fondées sur l'apparence et la réputation que nous sommes conviés. La dame de Nohant a beau aimer ces paysans berrichons et la rusticité de leurs mœurs, elle ne se prive pas de relever leurs travers et leurs mauvais penchants, l’avarice, l’appât du gain, l’intolérance...

Mais "La petite Fadette" c’est avant tout une très belle histoire d’amour ou, pour être plus précis, deux histoires. Celle qui se noue entre la petite héroïne et Landry et celle, différente mais tout aussi forte, qui unit ce même Landry à son frère jumeau. C’est d’ailleurs sur l’histoire des bessons Barbeau que s’ouvre le roman et nous les accompagnons de la naissance à l’heure de l'adolescence en découvrant la puissance du lien qui les attache l'un à l'autre et la passion quasi morbide de Sylvinet envers son frère. Cette première partie de l’ouvrage permet aussi de mettre en place le décor, un coin de nature idyllique avec ses jolies chaumières, ses prés et ses pâturages où les travaux des champs rythment la vie de tout un chacun.

Il faut donc patienter près de 80 pages – presque un tiers du roman - pour qu'apparaisse enfin Fanchon Fadet alias la petite Fadette, jeune sauvageonne dont la réputation souffre des mœurs légères de sa mère et des « sorcelleries » de son aïeule. L’histoire prend alors une autre tournure et c’est désormais le couple Fanchon/Landry qui occupe le devant de la scène. Nous assistons avec beaucoup de plaisir à l’éclosion et à l’évolution de leur relation. George Sand rend parfaitement les premiers émois et les tâtonnements de ces jeunes gens. La façon dont ils se cherchent et s’évitent, se taquinent à défaut de s’aimer encore est on ne peut plus crédible et la scène où ils se déclarent leur amour en se reprochant l’un l’autre leurs défauts est réellement inoubliable, un chef-d’œuvre de sensibilité et d’émotion.

Chemin faisant, c’est aussi le fantastique portrait d’une jeune femme indépendante et intelligente que nous brosse l’auteur. Plus que l’amour et la loyauté de Landry, c’est bien l’ingéniosité de Fanchon qui permettra aux deux amoureux de surmonter les obstacles et de rendre possible leur mariage. Avec beaucoup de finesse, elle saura changer de comportement et d'apparence pour rentrer dans le moule et renvoyer l’image que l’on attend d’une jeune fille de sa condition. Quant à la façon dont elle se joue du père Barbeau en lui dévoilant, l’air de rien, sa fortune soudaine, elle est digne du plus roué commerçant. Elle parviendra cependant à être acceptée et aimée pour elle-même, démontrant ainsi qu’il faut se garder des jugements hâtifs et, comme Landry, regarder au-delà des apparences.

Gallimard - Folio Classique - 2004

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