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31 mai 2013

POP ET KOK - JULIEN PELUCHON

seuil105506-2012Dans les ruines de Rouen ou sur la plage de Berk, vingt après le "grand souffle" qui a ravagé la France, l'Europe et sans doute le monde, deux amis tentent de se faire une place au soleil. Ils devront toutefois composer avec les barbares, les zombies et autres joyeusetés de ce monde d'après l'apocalypse.

Voilà bien un livre qu'il m'était absolument impossible d'ignorer. Deux raisons à cela. La première c'est que le post-apo est le sous-genre de la SF que je préfère. La seconde tient au fait que son action se déroule à Rouen, ville où je réside depuis bientôt huit ans. C'est donc avec beaucoup de curiosité que je me suis lancé dans la lecture de ce sympathique roman.

Ce qui étonne au premier abord, c'est l'apparente normalité qui préside à la vie de nos deux héros. Nous sommes pourtant en présence d'un univers tout ce qu'il de cataclysmique même si Julien Péluchon s'amuse à nous le présenter sur un mode comique. Les pillards, les zombies et les ruines sont bien au rendez-vous. Les canons du genre sont respectés.

Néanmoins, la vie que mènent les survivants est assez proche de la notre. Tout juste un peu plus précaire. Ils ont des problèmes de couple et vont voir leur psy (enfin leur chamane) ; ils ont le plus grand mal à gagner leur croûte et trouver un logement décent y est aussi difficile que pour un étudiant boursier à Paris. Bref, une existence presque ordinaire.

On se demande toutefois s'il faut se réjouir de voir la vie reprendre tranquillement son cours après un tel bouleversement ou au contraire désespérer de l'incapacité de l'homme à construire quelque chose de neuf. Les survivants de Rouen ne font en effet que reproduire l'ancienne société avec tous ses défauts et ses inégalités. On y retrouve une classe aisée qui prospère sur les hauteurs de Mont Saint Aignan (pour les non rouennais, il s'agit de la banlieue huppée de Rouen), la populace qui survit misérablement dans les ruines de la cité et, pour finir, la zombaille reléguée au rôle de machine outil. Il y a même les "barbares", des survivants régressifs passant leur temps à détruire ce qui tient encore debout et qui rappellent un peu les sauvageons de nos cités.

Comme je l'ai dit plus haut, Julien Péluchon nous conte tout cela à grand renfort d'humour. Un humour tantôt noir (la mort des parents de Kok, les zombies qu'on fait pédaler pour générer de l'électricité ), tantôt léger (la secte des adorateurs de la Verge dorée, les déboires sentimentaux de Kok ) mais toujours excellent.

Une jolie surprise donc que ce roman publié dans la collection blanche du Seuil. Eh oui ! Le post-apo est en train de gagner ses lettres de noblesse.

Seuil - Fiction et Cie - 2012

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26 mai 2013

LE CONTINENT DECHIQUETE - LAURENT GENEFORT

FnSf25Sureau n'aura guère eu le temps de visiter Elikale. A peine quelques heures après son arrivé, le petit météore sur lequel il venait d'accoster pour conclure une affaire commerciale, est touché par un missile thermonucléaire. Tous ses habitants sont tués sur le coup à l'exception de Sureau et de son guide, Lemuel. Avant que le planétoïde n'explose définitivement, ils prennent place dans une capsule de survie en direction de Firmajo, un géo artefact conçu par les tout puissants Yuweh.

Une fois sur place, les deux naufragés vont devoir parcourir ce monde étrange afin d'y trouver de l'aide. Une recherche difficile encore compliquée par leurs relations plutôt tendues. Entrele commerçant austère, disciple du panislam, et l'arcologien exubérant le courant ne passe pas naturellement. Il leur faudra pourtant se serrer les coudes s'ils veulent conserver une chance de s'en sortir.

D'après ce que j'ai ouïe dire, Laurent Genefort serait un spécialiste du planet opera doublé d'un fantastique créateur d'univers. Un peu le Jack Vance de l'hexagone. Après avoir lu ce livre, je ne suis pas loin d'adhérer à cette opinion. Je lui reconnaît en tout cas un imaginaire bien développé et plutôt original.

L'histoire débute en effet sur un météore. Plus précisément une arcologie, c'est à dire un habitat clos dans lequel on a recréé les conditions propres à la vie : agriculture, cycle de l'eau et de l'air (merci wikipedia). Un espace déroutant, sorte de gigantesque labyrinthe creusé de galeries sans nombre dans lesquelles on vit en permanence en état d'apesanteur. Mais cette micro-société ne semble pas suffire à l'auteur qui a tôt fait de la faire disparaître pour expédier ses personnages sur un monde encore plus surprenant : Firmajo.

Cette fois, il s'agit d'un géo artefact, entendez par là un gigantesque planisphère, une Terre plate qui aurait bien plu à l'église catholique du XVIIème siècle. Cette réalisation monumentale construite par une race mystérieuse a vaguement la forme d'un rectangle dont les bords, relevés par une chaîne montagneuse, enserrent un océan immense. Manque de bol, l'océan en question vient de se prendre trois missile thermo nucléaires par le travers et ressemble désormais à une grande baignoire dont on aurait retiré la bonde et qui attire en son centre tout objet flottant à sa surface.

Ce sera d'ailleurs l'un des problèmes qu'auront à surmonter nos deux robinsons jetés sur ces curieux tropiques puisque l'essentiel de leur exploration s'effectuera à bord d'un radeau. Ils rencontreront aussi tout au long de leur périple, une multitude d'îles peuplés d'espèces animales et végétales étranges ou dangereuses, constituant chacune un éco-système miniature.

Ils côtoieront des biones, des êtres mi-droïdes mi-animaux, dotés de la parole et d'une certaine intelligence et des tribus d'humains nettement plus arriérés. Ils rencontreront enfin, au bout de leur voyage, les mystérieux Yuweh, peuple incroyablement évolué, aux pouvoirs quasi divins. Malgré cette débauche de moyens, l'histoire n'est pas parvenue à m'accrocher.

Le voyage de Lemuel et Sureau n'est jamais passionnant, tout juste divertissant. Les péripéties qui émaillent leur odyssée ne servent qu'à meubler et la chute nous laisse sur notre faim. On l'aurait aimé étonnante, riche de révélations, notamment sur les raison de l'attaque du météore de Lemuel et sur la nature des Yuweh.

Sans doute Laurent Genefort comptait-il sur les relations explosives entre ses personnages pour renforcer l'intérêt de leurs aventures. Mais là encore, cela manque de saveur. Sureau et Lemuel ont beau avoir des caractères diamétralement opposés, leurs querelles, scientifiques, morales ou philosophiques, tournent court. A part quelques petites bouderies, aucune réelle confrontation n'a lieu. Ils ont tôt fait de concilier leurs différences ou de les taire pour assurer leur survie. Ils finiront même (on s'en doutait) par s'apprécier et devenir de vrais amis.

Cette lecture est donc pour moi une petite déception qui aura cependant eu le mérite de me donner envie de découvrir l'œuvre de Laurent Genefort.

Fleuve Noir - SF Space - 1997

21 mai 2013

LES BUVEURS D'OCEAN - H. J. MAGOG

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En 2050, le monde est partagé en cinq blocs continentaux : la confédération européenne, les États-Unis d'Amérique, les républiques africaine et océanienne et enfin, l'Asie sous la domination du tout puissant japon.

De Tokyo justement, le Docteur Kasuga s'embarque pour San Francisco pour aller y demander la main de la ravissante Suzanna, fille du Marquis de Glandèves et petite fille du richissime Jim Sandy. Mais la jeune femme étant déjà fiancée à un attaché d'ambassade français, la proposition de l'asiatique est rejetée sans ménagement.

Loin de s'avouer vaincu, le pugnace docteur propose alors au gouvernement américain un odieux marché : la moitié des bénéfices générés par un projet titanesque en échange de la femme qu'il convoite.  

 

Avec ce livre écrit en 1926, H. J. Magog nous offre une œuvre qui souffre sans problème la comparaison avec quelques uns des meilleurs Jules Verne. 

Il s'agit pourtant au premier abord d'un roman feuilleton tout ce qu'il y a de plus classique. Le récit semble même s'y cantonner à une succession d'enlèvements, d'emprisonnements et d'évasions rocambolesques au cours desquels presque tous les moyens de transports sont utilisés : voitures, trains, navires, pousse-pousse et même (c'est encore tout neuf) l'aéroplane. 

Les personnages y font exactement ce que l'on attend d'eux : Suzanna est une jolie héroïne qui s'évanouit toujours fort à propos, Jean d'Entrevaux est droit et fougueux comme il convient à un jeune premier tandis que Kasuga est un méchant vraiment très...méchant. En fait, ce sont les seconds rôles qui apportent leur touche de fantaisie à l'histoire, en particulier Guilledou, le valet neurasthénique poursuivi par sa guigne et Mr Big qui compose un modèle de savant misanthrope rarement égalé.Tout cela est donc extrêmement romanesque mais non dénué d'humour. Presque un vaudeville.

Mais que les amateurs de SF se rassurent, la seconde partie du roman verse totalement dans le genre qui les intéresse. Le mystérieux projet du Docteur Kasuga grâce auquel il espère asseoir sa puissance et accessoirement obtenir la main de Suzanna, consiste en effet à vider les océans pour coloniser les espaces sous-marins. Pour ce faire, les japonais ont entrepris de creuser la croute terrestre afin de précipiter ces milliards de mètres cubes d'eau salée dans le cœur incandescent de la Terre et les faire s'évaporer.

De longs passages sont consacrés à la vision de ce chantier incroyable qui s'étend à des kilomètres sous terre et dans lequel s'échinent des millions d'esclaves chinois et indiens. L'autre vision hallucinante que nous propose Magog, c'est celle de l'océan Pacifique totalement asséché, nous dévoilant ses fosses marines, la faune des hauts-fonds et les squelettes d'anciennes épaves.

Je n'ai pu me garder de voir dans cette entreprise, la vision quasi prophétique d'un Japon expansionniste ainsi que la préfiguration des horreurs de la seconde guerre mondiale puisqu'il est aussi question de camps de travail et de fours crématoires. 

On notera encore avec intérêt que le gouvernement de la confédération américaine est le fait d'un conseil des trusts dont les membres sont choisis parmi les plus puissants capitaines d'industrie. La finance dictant sa loi au politique : c'est bien de la pure SF !

Glénat - Marginalia - 1979

 

17 mai 2013

MON CHIEN STUPIDE - JOHN FANTE

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Henry Molise est un auteur de second ordre qui gagne misérablement sa vie en écrivant des scénarios pour la télé ou le cinéma. Il parvient néanmoins à faire vivre sa femme et sa progéniture dans leur vaste maison au bord du Pacifique. Mais ses relations avec ses quatre grands enfants ne sont pas au beau fixe et sans l'entremise de son épouse la situation serait même intenable. L'arrivée intempestive d'un drôle de chien va dynamiter les habitudes de la famille et crever l'abcès. 

Ca faisait un paquet d'années que je tournais autour des bouquins de John Fante sans me décider à en entamer un. Et puis je suis tombé sur ce « chien stupide » dont la finesse a, je dois l'avouer, achevé de me convaincre. Ce n'est pas que je déteste les pavés mais quand on ignore si l'on va aimer la prose de l'auteur, il vaut mieux commencer petit.

En l'espèce le doute a été vite levé et j'ai littéralement dévoré ce roman, drôle et touchant. Il s'agit pourtant d'une histoire toute simple. Celle d'un couple de quinquagénaires qui voient leurs quatre enfants quitter l'un après l'autre le cocon familial. Quoi de plus naturel me direz-vous ? Certes. Mais les quatre rejetons de Henry et Harriett sont particulièrement remuants et les relations père/enfants assez tendues.

Le récit de cette situation triste et conflictuelle est heureusement effectué sur un mode humoristique. Un humour dont le principal vecteur est Stupide : le chien de la maisonnée, molosse capricieux et homosexuel qui sera cause de conflits sans nombre avec le voisinage.

Il jouera aussi le rôle de révélateur des tensions familiales et provoquera le départ de plusieurs des enfants. Ou plutôt, il servira de prétexte à ces derniers pour franchir le pas et laisser leurs parents derrière eux. Des parents qui se retrouvent seuls dans leur trop grande maison, qui n'ont plus grand chose à faire ensemble si ce n'est prendre leur repas et s'envoyer en l'air, de moins en moins souvent.

Henry, le narrateur, nous raconte tout çà d'un ton qui se veut détaché mais qui ne parvient pas à masquer son désarroi. Derrière l'humour, on sent poindre la tristesse, le constat amer du temps qui passe, les regrets, mais aussi l'espoir qu'il reste encore de bons moments à vivre (un voyage à Rome, un nouveau bull terrier...). Le tout, sur fond d'Amérique des sixties encore empêtrée dans ses contradictions et ses peurs, la guerre du Vietnam, le racisme.

Editions 10/18 - 2002

 

17 mai 2013

LA FEMME MORTE - BERNARD FLORENTZ

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Arnaud Flacelière est un jeune homme de dix-sept ans en proie à une sévère crise d'adolescence. Il passe le plus clair de son temps libre dans les garrigues des environs de Marseille où il se laisse aller à ses idées morbides. C'est là qu'il découvre le corps d'une jeune femme, visiblement assassinée. Plutôt que de prévenir la police, il décide de transporter le cadavre dans un refuge isolé.

Dans le même temps, Louis le Merle, un vieux proxénète, décide de retourner sur les lieux du crime pour faire disparaître définitivement le corps de Nora, l'une de ses "protégées" qu'il a fait supprimer la veille. Mais en ce jour de la Toussaint, les morts sont à la fête et Nora leur réserve une belle surprise. 

Sur la 4ème de couverture, la collection Frayeur se flatte d'être la première à avoir osé publier un roman de Bernard Florentz. Honnêtement, il n'y a pas de quoi se vanter car cette histoire de fantômes (ou de zombie, on ne sait plus très bien) est extrêmement pauvre dans à peu près tous les registres.

Bernard Florentz y fait dans le sordide sans que cela apporte grand chose à son récit. Il se complaît à décrire la pourriture des chairs, les humeurs, les sanies et les vomissures. On a l'impression qu'il souhaite choquer son lecteur mais il n'y parvient même pas.

Utilisées mal à propos, ces images repoussantes suggèrent davantage le grand guignol que l'horreur pure. On atteint d'ailleurs le sommet du mauvais goût avec une scène de nécrophilie ou le jeune héros s'envoie en l'air avec un cadavre qui commence à se putréfier.

Ses personnages ne sont que de mauvaises caricatures (l'ado rebelle, la femme au foyer déprimée...) et certains ne servent à rien (le vieux maçon retraité).

Quant à son son style, il est particulièrement verbeux et frise souvent le ridicule. Voici un petit florilège de ses expression les plus invraisemblables : "une voix plus immatérielle qu'un pet lâché par le fantôme de Janis Joplin", "comme un têtard sorti trop tôt de son bocal et cherchant vainement à rejoindre la mère patrie", "un virage plus étroit que la gorge d'un nouveau né".

Alors, premier roman ou pas, ce n'est vraiment pas bon. Il n'y a aucun suspens et l'intrigue, une histoire de vengeance post mortem d'une pute sur son proxo, est indigente. Mais comme je suis d'un naturel indulgent et que je possède un autre bouquin de cet auteur dans la même collection, je lui laisse une seconde chance. J'espère ne pas être déçu.

Fleuve Noir - Frayeur - 1994

 

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17 mai 2013

SHEA - BUDY MATIESON

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Alors qu'elle pensait avoir échappé à Strike et ses sbires venus en expédition punitive dans sa vallée isolée, la jeune Shea est dénoncée par Chub, un prétendant éconduit. Contrainte de partager le sort de ceux qui l'ont toujours traitée comme une paria, elle semble promise à une vie d'esclave ou, pire, à la triste destinée de nana-l'amour dans les bouges du proctor fou. Mais Shea  ne se résigne pas. Une idée fixe la fait tenir et lui donne la motivation nécessaire pour se maintenir en vie envers et contre tout : tuer Chub. 

Après en avoir fini avec un premier volume qui m'avait passablement ennuyé, je m'étais promis de laisser passer un bon moment avant d'entamer la suite de ces Chroniques du retour sauvage (cf : Survivance). Finalement, je n'aurais pas attendu autant que prévu et je m'en félicite car cet opus est bien meilleur. Il se démarque pourtant peu du premier. On y retrouve la même atmosphère de violence et de désespoir ainsi que quelques éléments de décor et quelques personnages.

Le rythme est en revanche différent puisque l'histoire n'y couvre que quelques mois au lieu d'une quinzaine d'années. L'auteur a donc davantage de temps pour mettre en place intrigue et personnages.

Mais la vrai différence c'est que, cette fois-ci, l'empathie avec l'héroïne fonctionne à plein. On prend vite fait et cause pour cette petite sauvageonne, exclue de son village en raison de la couleur de sa peau et habituée à ne compter que sur elle-même. Son besoin de liberté, sa soif de vengeance sont bien rendus, tout comme les changements qui s'opèrent dans sa personnalité. Nous la verrons ainsi apprendre à faire confiance et découvrir l'amitié auprès d'une jeune tubarde qu'elle prend sous son aile.

Le roman comporte par ailleurs quelques jolies trouvailles formant des images saisissantes. Il y a d'abord la ville du proctor fou ceinturée par une murailles profonde de 200 mètres et entièrement constituées de carcasses de voitures et autres engins mécaniques. Une gigantesque décharge abritant une cour des miracles de nains difformes et lubriques. Il y a aussi le « temps des chutes », saison durant laquelle certaines régions sont balayées par des retombées de débris d'astéroïdes et autres satellites.

Manque de bol, alors que l'intrigue parvient à son comble, qu'une révolte contre le proctor fou se profile et que les jeux du cirque auxquels Shea doit participer sont tout proches, le roman s'achève brusquement. Un troisième tome était vraisemblablement prévu mais il n'a jamais vu le jour.

Du coup, j'hésite à vous conseiller ce livre car vous risquez, comme moi, d'être sacrément frustré.

Fleuve Noir Anticipation - 1982

 

17 mai 2013

CONAN L'IRREDUCTIBLE - STEVE PERRY

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Neg le maléfique est un nécromancien de la pire espèce qui dispose du pouvoir de transformer les morts en zombies puis de les asservir. Désirant accéder à davantage de puissance, il a chargé un voleur de mettre la main sur la Source de la lumière, une pierre précieuse aux pouvoirs incommensurables. Parvenu à s'emparer du joyau, Skeer s'apprête à retourner près de son maître. Mais trois personnes sont prêtes à tout pour l'en empêcher. Conan et Elashi la jeune khauranienne, qui désirent tous deux venger le meurtre d'un proche et Tuanne, une zombie qui a besoin de la pierre pour mettre fin à sa malédiction. 

Ma dernière lecture des aventures de Conan remontant à près de 25 ans, c'est par pure nostalgie que je me suis laissé tenté par ce bouquin de Steve Perry. Je savais pourtant par ouïe dire que ces pastiches étaient particulièrement mauvais et que le Fleuve noir ne les édita que pour profiter de la mode de l'eroïc fantasy.

C'est donc sans beaucoup d'illusions que je commençais une lecture qui se transforma vite en supplice. N'ayons pas peur des mots, c'est nul de bout en bout. Il n'y a absolument rien a sauver et même la couverture, avec son barbare bodybuildé, est hideuse.

C'est mal écrit ou mal traduit. Sans doute les deux. Le récit est tronçonné (des coupes ont vraisemblablement été pratiquées) et impose d'incessants va et vient entre personnages et scènes différentes. Aucune surprise, aucun suspens, aucune intensité. Les descriptions sont minimalistes et les dialogues ineptes. Jugez plutôt :

- Je dois aller aux cabinets, dit Elashi.

- Je reste ici.

- Je t'envie de ne plus éprouver ces besoins naturels.

- Tu ne devrais pas..., dit la zombie avec un triste sourire.

Quant à l'histoire, elle est au ras des pâquerettes. Ce n'est qu'une longue équipée dans laquelle Conan et ses compagnes poursuivent Skeer le voleur, tout en étant eux même poursuivis par des zombies, un moine guerrier, un espion revanchard et des araignées ensorcelées. Tout cela n'est entrecoupé que de quelques combats sans panache et de parties fines entre Conan, la chaude khauranienne et la glaciale zombie !

C'est le degré zéro de la fantasy conanesque. A éviter absolument.

Fleuve Noir Anticipation - Conan - 1994

 

17 mai 2013

SOLEIL NOIR - PATRICK PECHEROT

untitledLa maison de l'oncle Pierre, Félix aurait pu la vendre. Il en aurait tiré un peu d'argent. Oh pas beaucoup, mais quant on est au chômage, hein, tout est bon à prendre. Mais Félix a été trop gourmand et s'est laissé convaincre par Simon de braquer le fourgon blindé qui, justement, passe tous les jours devant la bicoque.

En attendant le bon moment, les apprentis braqueurs feignent donc de retaper la maison. La couverture idéale selon Simon. Sauf que les convoyeurs se mettent en grève, les contraignant du même coup à repousser leur projet. Alors, pour tuer le temps, Félix va farfouiller dans les affaires de son oncle. Une photo et quelques vieux journaux font faire resurgir les fantômes d'un lointain passé. 

Avec déjà trois Pécherot à mon compteur, je commence à connaître le loustic et avoir une bonne idée de ce que je vais trouver dans ses romans. Une belle écriture, puissante, évocatrice. De l'humour, bien noir, décapant et corrosif. Un peu d'histoire de France période entre deux guerre et un chouïa de critique sociale.

Soleil Noir, c'est tout çà à la fois et même un peu plus... Pour le cadre, c'est le nord de la France. Celui d"hier avec ces mines et ses filatures, ses ouvriers et sa misère. C'est aussi celui d'aujourd'hui, sans mines, sans filatures, sans rien. Rien que la misère. Sans cesse recommencée. Eternelle.

L'intrigue policière conjugue également passé et présent. Un braquage hasardeux entrepris par un quarté de paumés. Quatre victimes du marasme économique dans lequel baigne la région : Simon, le caïd à la petite semaine qui a foiré tout ses coups, Brandon le rappeur survolté, Félix le chômeur en fin de droits et enfin Zamponi, l'artisan au bord de la faillite.

Il y a ensuite la disparition d'un apprenti boulanger huit décennies plus tôt. Un fait divers auquel l'oncle de Félix ne semble pas étranger et qui va le plonger dans des années trente pas jolies-jolies. Deux histoires parallèles qui verront Félix passer de chasseur à gibier. Deux enquêtes qui, malgré leur intérêt, servent surtout de prétexte pour faire vivre le microcosme de la misère quotidienne.

On côtoiera ainsi les Pinto qui savourent la renaissance momentanée de leur "routier", la journaliste en quête de scoop pour conserver son CDD, les grévistes qui voient leur détermination fondre au rythme de leurs économies et bien d'autres encore.

Enfin, il y a derrière tout cela une petite leçon d'histoire. Celle de ces immigrés polaks renvoyés dans leur pays en 1934 pour cause de crise économique et de préférence nationale. Ah tiens déjà !

Gallimard - Folio Policier - 2009

17 mai 2013

LA PLANETE DES SINGES - PIERRE BOULLE

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Le journaliste Ulysse Mérou a accepté d'accompagner le professeur Antelle pour une expédition spatiale qui doit les mener du côté de Bételgeuse. Arrivés à destination ils entament l'exploration d'une planète visiblement peuplée par une race évoluée. A leur grande surprise, les humains qu'ils rencontrent sont nus, ne parlent pas et vivent de façon primitive. Une question se pose alors : quelle est la race intelligente qui gouverne la planète ?


Mondialement connu pour les adaptations cinématographiques dont il a fait l'objet, La planète des singes est avant tout un excellent roman dont beaucoup ignorent qu'il fut écrit par un français. Chauvinisme à part, il faut reconnaître que cette notoriété n'est pas usurpée car, film ou roman, il s'agit d'une œuvre intéressante à bien des égards.

L'histoire étant connue de tous j'insisterais sur les trois points qui m'ont parus les plus importants. En premier lieu, le roman est basé sur une inversion des rôles. Sur Soror ce sont les singes qui tiennent les rênes du pouvoir. Ils ont su développer leur intelligence et maintenir un haut degré de civilisation tandis que les hommes n'ont cessé de régresser pour n'être plus que des animaux guidés par leur instinct.

Malgré tout, on prend naturellement parti pour les pauvres humains asservis par les vilains macaques et la situation d'Ulysse Mérou maintenu en captivité nous semble injuste. Pourtant, les singes ne font que jouer leur rôle de race dominante. Ils ne se comportent ni mieux, ni moins bien que les hommes de la Terre qui ont soumis toutes les autres espèces animales à leur volonté. Ce retournement de situation nous fait ainsi entrevoir ce que certains de nos actes peuvent avoir d'inhumains, notamment à l'égard d'espèce chez lesquelles ont reconnaît une certaine intelligence (singes, dauphins).

Le second point digne d'intérêt concerne les débats scientifiques entre chimpanzés et orangs-outangs sur le fait de savoir si l'homme a précédé ou pas le singe sur le chemin de la connaissance. Cela nous rappelle la controverse entre les tenants de la doctrine créationniste et les partisans de la théorie de l'évolution. On y retrouve d'ailleurs les mêmes esprits obtus qui préfèrent le mythe à la vérité du moment que cela conforte leur position et leurs prébendes.

Jolies aussi, les réflexions sur la notion de civilisation. A quoi reconnaît-on une société intelligente ?  (langage, rites funéraires, jouets...) Qu'elle doit être notre conduite à l'égard des espèces chez lesquelles on décèle cette étincelle ? Les questions soulevées sont passionnantes et sur ce point le roman est à mettre en parallèle avec "Les animaux dénaturés" de Vercors.

Mais la plus grande qualité du roman réside dans le soin apporté aux personnages. Sentiments, espoirs, certitudes, leurs personnalités sont remarquablement étudiées et nous les voyons évoluer au fil des rapports qui se nouent. Ainsi de Cornélius partagé entre vérité scientifique et souhait de préserver la prééminence des quadrumanes, de Nova la jolie indigène dont la vie est irrémédiablement bouleversée par sa rencontre avec Ulysse et surtout la relation entre ce dernier et Zira, la chimpanzé.  Une relation qui, à défaut d'être charnelle, débouche sur une très belle communion d'esprit.

Signalons encore quelques petites divergences entre le livre et le célèbre film de Franklin Schaffner. La première concerne le niveau de développement de la société simiesque : alors que le roman décrit une civilisation développée avec voitures et avions, le cinéma a préféré opter pour un stade pré industriel.

Mais c'est la chute de l'histoire qui diffère le plus puisque le film suggère davantage un voyage dans le temps qu'un voyage dans l'espace. J'avoue pour ma part, préférer la splendide image d'un Charlton Heston à genoux devant les restes de la statut de la liberté.

Pocket - Littérature Best - 1981

 

17 mai 2013

LA TREIZIEME GENERATION - P-J HERAULT

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Ayant découvert que le gouvernement terrien déporte sur de lointaines planètes toute personne suspectée d’avoir une attitude subversive, Ross décide de prendre les devants et organise avec l’aide de son ami Berkel sa propre déportation vers une planète accueillante. Treize générations et quelques siècles plus tard, leurs descendants sont de nouveau confrontés à l’impérialisme de la Terre… 

La première réflexion que je me suis faite en lisant ce livre, c’est d’avoir été induit en erreur par les titres des deux romans. L’on s’attend en effet à ce que le premier tome soit consacré à Ross et Berkel, à la façon dont ils quittent la Terre et mènent à bien leur installation sur leur planète d’adoption. Mais il n’en est rien. Seul un long prologue leur est consacré (histoire de planter le décor), tandis que le reste de l’histoire s’intéresse au sort de leur lointains descendants.

Rien de bien grave à cela bien sûr, à condition toutefois que l’histoire de ces fils de déportés confrontés à la civilisation terrienne tienne toutes ses promesses.

Malheureusement qu’avons-nous au final de vraiment excitant ? Pour l’action : deux crashs, celui d’un avion et celui d’un ULM. Pour le suspens : un soupçon d’enquête sur les motivations des envahisseurs ainsi que la menace que fait peser sur la vie du héros un groupe de terroristes. C’est tout de même bien peu pour un roman de plus de 300 pages !

Finalement, au travers de ce livre, P. J. Herault s’est surtout attaché à décrire sa société idéale. Un monde où la tolérance et le respect d’autrui seraient des valeurs cardinales, où l’homme vivrait en bonne intelligence avec son environnement et les autres formes de vie. Un monde enfin dans lequel bonheur collectif et qualité de vie constitueraient le credo de tout un peuple. Une utopie un peu naïve mais bien rafraîchissante.

Fleuve Noir Anticipation - 1990

 

17 mai 2013

LE JOUR DE LA GRATITUDE AU TRAVAIL - AKIKO ITOYAMA

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Je n'ai fait jusqu'à présent que de rares incursions dans le domaine de la littérature nippone. Je me rappelle avoir lu Le pavillon d'or de Yukio Mishima parce que, ben, c'était Mishima. Mais çà m'avait passablement barbé ; trop contemplatif à mon goût. J'ai ensuite eu une période Yasushi Inoue, en particulier pour ses romans historiques. Et puis surtout, j'ai dévoré l'excellentissime Femme des sables de Abe Kobo, lu après avoir visionné le non moins superbe film éponyme de Hiroshi Teshigahara.

Et c'est à peu près tout. Il était donc plus que temps de retourner faire un tour du côté du soleil levant. C'est en furetant dans les rayons de ma bibliothèque municipale que mon choix s'est arrêté sur ce livre dont le titre a interpellé le français de base que je suis.

"Le jour de la gratitude au travail" est le récit enjoué quoique teinté d'amertume d'une journée de la vie d'une japonaise d'aujourd'hui. Trente six ans, toujours célibataire, Kyöko a un caractère bien trempé. C'est d'ailleurs en remettant vertement à sa place un patron indélicat qu'elle a perdu son boulot et pointe désormais au chômage. Une situation difficile à vivre dans un Japon où l'emploi est autant un signe d'intégration sociale qu'un moyen de subvenir à ses besoins.

Retournée vivre chez sa mère qu'elle aide chichement avec ses maigres allocations, elle se sent obligée d'accepter le "rendez-vous arrangé" proposé par une voisine. Comme on peut sans douter, l'entrevue ne sera pas à la hauteur des espérances de l'entremetteuse. Entre la pétulante trentenaire et le cadre supérieur imbu de sa personne, l'atmosphère sera glaciale mais aura le mérite de pousser Kyöko à s'interroger sur sa situation.

On sent chez elle, malgré sa bonhomie naturelle, beaucoup de déception à l'égard d'une société japonaise encore très traditionaliste. Un pays où les mentalités évoluent trop lentement et dans lequel les femmes ne sont pas encore tout à fait reconnues à l'égal de l'homme.

Elle éprouve aussi de la rancœur envers ces entreprises où elles doivent en faire davantage pour progresser quant elles ne sont pas cantonnées à des tâches subalternes (mais c'est aussi vrai en France). Tout cela génère un gros ressentiment qui s'exprime dans ce véritable cri du cœur : "c'est chiant d'être une femme". 

"J'attendrai au large" est plus drôle et plus tendre malgré un thème à priori plus dramatique. Futo et Oïkawa, deux collègues de travail, se promettent qu'au cas où l'un d'eux venait à mourir, le survivant ferait disparaître de l'ordinateur du défunt les dossiers qu'il juge gênants.

La plus grande partie de l'histoire nous conte le parcours professionnel de ces deux jeunes diplômés embauchés par la même société. Nous découvrons par leur biais la vie dans une entreprise japonaise. Un univers finalement plus humain que ne le laissent supposer les clichés qui ont cours en France.

Les journées sont certes longues, on n'y compte pas ses heures supplémentaires et les mutations sont régulières. Néanmoins, les rapports entre collègues semblent aussi cordiaux que chez nous. Preuve en est de ce pacte entre Futo et Mlle Oïkawa qui est au cœur de l'histoire et qui mettra la jeune femme en présence du fantôme de son ami.

Cette petite touche de fantastique est traitée sur un mode humoristique qui enlève toute sa tristesse au décès de Futo (le pauvre est mort pour avoir reçu un suicidé sur le crâne). L'histoire s'en trouve allégée et nous laisse une agréable sensation de bonhomie et de fraîcheur.

Bien que récents, on sent dans ces deux récits beaucoup de nostalgie. Celle des années de fac et des copains de promo, celle des débuts dans la vie active, celle de la bulle économique des années 90, époque bénie où le Japon ne connaissait pas le chômage. Deux jolies tranches de vies rédigées à la première personne par des japonaises actives et indépendantes.

Picquier Poche - 2010

 

 

17 mai 2013

SURVIVANCE - BUDY MATIESON

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Recueilli tout enfant par le vieux Webley, Cri fait avec lui l'apprentissage du métier de tueur professionnel. Devenu adulte, il se fait connaître sous le nom de Claymore (comme son épée) et devient l'un des exécuteurs les plus redoutés. Les contrats s'enchaînent alors jusqu'à ce que l'un d'eux le conduise dans une vallée épargnée par la misère et la violence. Il y découvre l'amour et un mode de vie qu'il n'imaginait pas pouvoir exister. Mais ses obligations mercenaires se rappellent à son bon souvenir. 

Ce sont les bonnes critiques lues sur les blogs de Fantasio et d'Arzak qui m'ont données envie de lire ce roman. Une lecture que je ne regrette pas, même si je serais pour ma part un peu moins élogieux."Survivance", c'est un récit de futur post-apocalyptique comme il en existe des dizaines. Déserts parsemés de restes d'autoroutes, bourgades informes où tout s'achète et se vend, tyrans avides de pouvoir, combats à l'arme blanche ou avec de vieilles pétoires : son contenu ne le distingue en rien des canons du genre et rappelle énormément l'opus 3 de Mad Max.

Là aussi, l'histoire est centrée sur un héros solitaire. Un tueur professionnel dont la vie est régie par un code d'honneur et des pratiques rituelles semblables à celles des samouraïs. Discipline stricte, contrôle de soi, respect absolu de la parole donnée, son quotidien est proche de celui du guerrier japonais. L'auteur à même recours aux maximes du vieux maître censées éclairer son élève, du genre : Les réflexions dont les réponses n'ont pas d'aboutissement direct gâchent les réflexes et d'une manière ou d'une autre raccourcissent la survivance.

Tout ceci explique le manque de libre arbitre de Claymore. Mais pas totalement. Car après tout, c'est lui qui a accepté, sinon choisi, ce métier. Il profite d'ailleurs sans états d'âmes du confort de cette vie bien réglée malgré ce qu'elle peut avoir d'austère et de dangereuse. Cela nous donne au final un personnage assez détestable, borné et égoïste. Et c'est sans doute parce que je me foutais éperdument de ce qui pouvait lui arriver que je n'ai pas accroché à l'histoire.

D'ailleurs, celle-ci se résume bien vite à un récit de vengeance et, quelques combats et poursuites plus loin, tout est dit. Survivance est le premier volume des "Chroniques du retour sauvage". J'attendrais un peu avant de lire le suivant.

Fleuve Noir Anticipation - 1980

 

 

17 mai 2013

LES HABITANTS DU MIRAGE - ABRAHAM MERRITT

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Leif Langdon et Jim Two-Eagles prospectent au fin fond de l'Alaska lorsqu'ils tombent sur une étrange vallée dissimulée par un épais brouillard. Sous la nappe de brume prospère un monde surprenant où deux peuples cohabitent tant bien que mal de part et d'autre d'un fleuve infranchissable. L'une des rives est occupée par de farouches guerriers nordiques adorateurs du démon Khalk'ru tandis que l'autre abrite un peuple de pygmées pacifiques qui vouent un véritable culte à une ravissante jeune femme : Evalie.

Dès son arrivée, Leif s'éprend de la jolie déesse. Un amour partagé mais qui va relancer les hostilités entre les deux nations. Car Leif n'est pas un simple mortel. Depuis un séjour chez les Ouigours du désert de Gobi, il est habité par l'esprit de Dwayanu, un guerrier cruel et ancien serviteur de Khalk'ru. Il va ainsi se retrouver écartelé entre les deux peuples et partagé entre deux destinées, entre deux amours...  

Abraham Merritt est considéré par beaucoup comme un des pères fondateurs de l'eroïc fantasy. Une opinion à laquelle je souscrit sans réserve tant il est vrai que ses romans fourmillent des ingrédients qui feront le succès du genre. Ambiances médiévales, forteresses, combats à l'arme blanche et sanglantes chevauchées, nul doute que de telles histoires aient pu inspirer un Howard ou un Leiber. Nul doute aussi qu'il ait lui-même subi l'influence d'auteurs tels que Rider Haggard ou Burroughs puisqu'on y trouve également tout l'imaginaire des « Lost race tales ».

Les habitants du mirage est au confluent des deux genres. L'ancienne civilisation isolée du monde moderne est bien là, tapie au fond de sa vallée perdue. Présentes aussi les deux factions antagonistes, figées dans leur opposition ancestrale. Le principe bon d'un côté, personnifié par la vierge blanche et son petit peuple. Le mauvais d'autre part : le trio Khalk'ru, Tibur, Lur. Le démon, le guerrier et la sorcière. Et, au milieu de tout çà, le courageux héros qui va rompre l'équilibre millénaire et réaliser l'antique prophétie.

Malgré les apparences, ce roman n'est pas aussi manichéen qu'on pourrait le penser. Grâce à l'ambivalence de son héros, fruit d'un dédoublement de personnalité, Merritt procède à un renversement de point de vue. Ce n'est plus Leif Langdon qui s'exprime, mais Dwayanu. Ce n'est plus le sympathique aventurier mais le guerrier sanguinaire qui prend les choses en mains. L'auteur s'autorise alors à lui faire commettre des actions répréhensible et éprouver des sentiments que la morale de son époque réprouvait : envie, colère, luxure...

L'action en est totalement relancée. L'intrigue bascule dans les complots et les intrigues de cour. Les combats et les trahisons s'enchainent. On s'étripe et on s'ébouillante. Ca bouge et c'est tant mieux. Pour autant, l'action n'est pas le seul atout de ce livre qui possède bien d'autres cordes à son arc.

Signalons pêle-mêle d'intelligents rapprochements entre science et religion, dieux et extra-terrestres, une large place faite aux femmes et une écriture particulièrement raffinée. Trop peut-être. Merritt est à ma connaissance le seul auteur de fantasy chez qui les cascatelles déversent une eau pellucide au milieu de cannaies ! Et oui, il y a du Balzac chez lui. Peut-être même un peu de Proust. Tenez, voyez vous même : "Et je me dis, alors, que la science et la religion sont vraiment proches parentes, ce qui explique en grande partie pourquoi elles se haïssent si fort, que les hommes de science et les hommes de religion sont parfaitement semblables dans leur dogmatisme, leur intolérance, et que chaque âpre bataille religieuse sur telle ou telle interprétation de foi ou de culte a son équivalence dans les batailles scientifiques sur un os ou sur un rocher."

J'ai Lu SF - 1974

 

 

17 mai 2013

DEGENERESCENCE - LORI AHN

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Fraîchement débarquée à Delacroix en compagnie de son père, Moïra a hâte de se faire des amis. Aussi, quand une fille de son âge rencontrée lors des festivités du 4 Juillet la convie à une party, elle n'hésite pas une seconde et se retrouve avec d'autres jeunes dans une maison à l'écart de la ville. Après avoir ingurgité quelques bières et joué à se faire peur, la vingtaine d'ados improvise une partie de cache-cache au fond d'un bois. Ils ignorent que les taillis dissimulent la tanière d'un être de cauchemar... 

Je m'appelle Moïra. J'ai quinze ans. Et je suis une pourriture vivante... Cette "accroche" qui orne la couverture du livre laissait présager un nanar de la pire espèce. Impression qui semblait d'ailleurs se confirmer à la lecture des premiers chapitres. Une bourgade de l'Amérique profonde, une fête entre ados et une partie de cache-cache au fond d'un bois près duquel plusieurs disparitions ont été recensées, voilà qui sentait la série Z à plein nez. Genre "Halloween" ou "Souviens-oi l'été dernier".

Mais alors qu'on s'attend à subir une succession de meurtres abominables commis par un psychopathe déguisé en hockeyeur ou en moine trappiste, l'auteure déjoue tous les pronostics. Elle nous emmène au fond d'un vaste terrier pour un huis-clos particulièrement étouffant entre une adolescente et une créature abominable.

Le portrait de cette chose, à la fois humaine et végétale, occupe d'ailleurs une bonne part du récit. Avec un style très simple, simpliste même, Lori Ahn donne vie à cet être monstrueux dont la peau semble d'écorce, habité par la vermine et grouillant d'insectes. Sa bestialité est aussi effroyable que son aspect et la scène où il désosse une jeune fille avant de s'en repaître est assez éprouvante.

Ce sera cependant le seul meurtre du roman, le reste de l'histoire ne relatant que les tentatives de la jeune femme pour s'échapper ou les sévices que lui fait subir son geôlier.

Fleuve Noir - Frayeur - 1994

 

17 mai 2013

HYDRA - JEAN-PIERRE ANDREVON

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Hydra est une minuscule planète du système du taureau. Une boule d'eau fangeuse plongée dans la brume, la pluie et les nuages, sans la moindre parcelle de terre où poser le pied. C'est pourtant là que séjourne une équipe de scientifiques. Huit individus. Quatre hommes et quatre femmes. Leur mission : découvrir parmi la faune et la flore prolifiques de cette planète, une arme qui permettrait de vaincre les "autres". Les autres, c'est à dire l'ennemi de la race humaine. Des extra-terrestres invisibles et insaisissables dont on sait peu de choses si ce n'est qu'ils sont incroyablement puissants. C'est donc fort logiquement que Val Elkaich, le monsieur sécurité de la petite expédition, suspecte leur main dans la série de meurtre qui endeuille la petite expédition. Mais a-t-il réellement raison de se méfier d'eux ? 

Je suis un inconditionnel de Jean-Pierre Andrevon. J'aime son imaginaire qui embrasse aussi bien le polar que la SF, le fantastique ou la littérature générale. J'aime aussi son style qui fait la part belle à l'ironie et à l'humour pince sans rire. J'apprécie même la crudité de son langage et les scènes de cul qui parsèment ses histoires. Une petite manie qui n'a, à mon sens, rien de dérangeant et ajoute au contraire de la véracité au récit, un petit supplément d'humanité. Et justement, ce que je préfère chez lui, c'est sa façon de représenter l'humain, de traiter de sa place dans la société et de ses relations avec ses semblables.

Et là on est plutôt bien servi avec des personnages aux caractères bien trempés et fort variés. Le plus grand soin est apporté à leur description, au physique comme au caractère. De façon incidente et l'air de rien, nous découvrons tout d'eux, leur passé, leurs amitiés et leurs vieilles rancunes, leurs désirs et leurs ambitions. Quantité d'informations qui nous permettront d'échafauder toute sorte d'hypothèses quant à l'identité du meurtrier.

Car dans le premier tome ("Soupçons sur Hydra"), il est surtout question de découvrir lequel des huit robinsons volontaires assassine ses petits camarades. Une enquête intelligemment menée, avec ce qu'il faut de fausses pistes et de rebondissements, le tout dans un décor minutieusement représenté.

La peinture de la faune locale et des conditions météo de cette planète inhospitalière est d'ailleurs l'autre point fort du roman. L'humidité est partout, les microbes aussi et on ressent parfaitement l'atmosphère de déprime de l'équipe confrontée à la solitude, la promiscuité, la malbouffe et les dangers.

La seconde partie ("Le premier hybride") est nettement plus faible. On y retrouve Val Elkaich dans une situation désespérée, seul sur la planète aquatique et tentant de survivre sur un frêle esquif. Une partie introspective qui nous plonge dans les réflexions du personnage, dans ses espoirs (ténus) et dans ses doutes (profonds). C'est un peu lent, un peu longuet même, et l'on est bien ravi de voir apparaître enfin les fameux "autres".

Dès lors les révélations se succèdent et, après un bref passage sur le vaisseau des extra-terrestres et un autre sur un vaisseau humain, J-P nous concocte une chute comme il en a le secret : dérision, allusions et références sont au rendez-vous avec, sous-jacente, l'idée que les dieux sont peut-être tout simplement une race infiniment plus évoluée que la nôtre.

Fleuve Noir Anticipation - 1984

 

 

 

17 mai 2013

LA PUISSANCE DU DESORDRE - PASCALE FONTENEAU

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Avec un doctorat de physique en poche, Franck Tussier semble promis a un brillant avenir. Il est d'ailleurs rapidement engagé par une importante société pour laquelle il doit travailler à l'élaboration de nouveaux carburants. Mais l'ambiance dilettante qui règne dans son service le perturbe et lui semble un frein à ses ambitions. Aigri, il prend en grippe ses collègues et met sur pied une revanche qu'il veut éclatante... 

Il y a près de 20 ans, Beat Easton Ellis remportait un franc succès avec son désormais célèbre "American Psycho", roman choc mettant en scène un psychopathe de la pire espèce pourtant parfaitement intégré à la société américaine. Ce livre m'avait déçu. Trop long, trop répétitif, trop ennuyeux malgré la démonstration et le but recherché.

Sur un thème fort proche, le roman de Pascale Fonteneau est beaucoup plus réussi. Là encore, l'auteur nous fait pénétrer les pensées d'un psychopathe remarquablement intelligent.

Excellent cursus universitaire, présentant bien, Franck Tussier pourrait être l'employé modèle. Mais en y regardant de plus près on décèle quelques fêlures dans sa personnalité, des marottes, des idées fixes et, surtout, un irrépressible besoin de dominer.

Pourtant, et c'est là tout l'intérêt du livre, si l'on sent bien que Franck dérape de plus en plus, on ne remet pas pour autant en question son équilibre mental. J'ai pour ma part longtemps cru qu'il agissait selon un plan savamment monté et qu'il voulait réellement se livrer à une petite expérience de sociologie.

J'avais le sentiment d'être en présence d'un individu certes frustré, remonté contre la société, son entreprise et ses collègues, mais pas un dément capable des pires extrémités. Ainsi, ses « visites » des appartements de ses collègues me semblaient motivées par le désir d'en apprendre davantage sur eux et non par le besoin de se donner une illusion de puissance.

Ce n'est que lorsqu'il met ses projets à exécution et surtout à la façon dont il s'y prend, que l'on découvre à qui l'on a affaire. Mais il faudra encore attendre la fin du roman pour prendre toute la mesure de sa névrose. On considère alors d'un œil nouveau tout ce qui précède et l'on comprend mieux la mécanique intime du psychopathe, la façon dont il se ment à lui-même et rejette la responsabilité de ses actes sur les autres.

Court et intense, ce roman palpitant se lit d'une traite et vous fera passer une agréable soirée.

Gallimard - Filio Policier - 1999

 

 

17 mai 2013

LE SANG DES ASTRES - NATHALIE HENNEBERG

untitledLe conseil fédéral des civilisations galactiques est inquiet car des bouleversements astronomiques sans précédent ont été enregistrés à proximité de la planète Anti-sol. Les Elms, race terrestre constituée pour partie par les éléments primordiaux (eau, terre, feu) ont reconnu dans cette manifestation cosmique l'influence d’un Elm pur.

Celui-ci s’est incarné sur Anti-sol sous la forme de la ravissante Esclarmonde. Or, composée essentiellement de l’élément feu, elle fait courir un risque immense à cette planète, copie conforme de la Terre à l’époque des croisades. Les Elms décident donc de lui opposer Conrad de Montferrat, un Elm de l’eau, afin d’éviter qu’Esclarmonde ne porte les passions à leur paroxysme.


Curieux roman qui s’apparente davantage au fantastique et à la fantasy qu’à la Science-Fiction. D'ailleurs, l’argument scientifique censé expliquer la relation entre le personnage incarné et son influence néfaste sur l’équilibre astral n’est pas franchement convaincant.

J'ai peiné pour en suivre tous les développements et me suis passablement ennuyé. Il m’eut paru plus judicieux de n’évoquer que des motifs «merveilleux» qui eussent beaucoup mieux collés à ce «conte médiéval».

Néanmoins, l’auteur a trouvé là l’occasion de nous livrer une agréable vision de la Palestine féodale en proie aux luttes entre croisés et musulmans, et ce fut un plaisir que de se laisser emporter au rythme de sa jolie plume.

Le Masque Fantastique - 1976

 

17 mai 2013

LES CINQ RUBANS D'OR - JACK VANCE

untitledPour avoir tenté de s'emparer du secret de l'ultra propulsion, Paddy Blackthorn est emprisonné dans la forteresse d'Akhabats puis contraint de servir d'interprète aux cinq fils de Langtry lors de leur réunion annuelle. Ayant compris qu'il serait éliminé à la fin de ces débats ultra secrets, il tente une manœuvre désespérée pour s'évader au cours de laquelle les cinq sommités sont tuées.

Poursuivi par toutes les polices de l'univers il n'a plus d'autres choix que de décrypter les rubans prélevés sur les cinq victimes et mettre ainsi la main sur la fameuse formule. Heureusement pour lui, il pourra compter sur l'aide d'une espionne au caractère bien trempé avec laquelle il visitera bon nombre de planètes...


"Les cinq rubans d'or" est un petit space op sans beaucoup d'envergure ni d'intérêt qui nous conte une chasse au trésor interplanétaire menée par un couple de terriens. Une histoire assez banale qui n'est finalement qu'un prétexte pour permettre à Mister Vance de nous faire découvrir de nouveaux mondes et, surtout, de nouvelles races.

Car une fois n'est pas coutume, ses descriptions des planètes sur lesquelles se rendent les deux héros sont aussi courtes que leurs visites et ce sont surtout leurs habitants qui bénéficient de son imagination sans bornes. En l'occurrence, il nous présente un panel de cinq races humanoïdes issues de la souche terrienne mais ayant considérablement mutées, au physique comme au moral.

Mais ce travail "d'ethnologue" n'est guère passionnant et, n'était l'humour qui préside aux relations de Paddy et Fay, on s'ennuierait ferme. Ces deux personnages, l'irlandais irascible et vantard et la jolie et intrépide espionne, constituent un tandem comique assez réussi qui ne parvient toutefois pas à sauver un Vance en dessous de la moyenne. Les inconditionnels de l'auteur y trouveront sans doute leur compte, les autres trouveront le temps long.

Pocket SF - 1986

16 mai 2013

IRA MELANOX, LA COLERE DES TENEBRES - SERGE BRUSSOLO

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Après une longue période de chômage, c'est avec soulagement que David accepte un emploi d'infirmier à Saint Alex pour s'occuper de malades atteints par une épidémie de décalcification osseuse. Il rejoint donc l'institut du professeur Minsky, un complexe hospitalier quasi désert où des patients en phase terminale servent de cobayes volontaires à ses thérapies originales. Le professeur ne quittant jamais son laboratoire c'est Julie, son assistante, qui prend David en charge et lui fait découvrir les lieux et les tâches qu'il devra accomplir.

Très vite, David se rend compte que les malades ne sont qu'un paravent dissimulant d'autres recherches. Alors que fait donc l'étrange professeur dans les profondeurs de l'institut ? Y-a-t-il un rapport avec les mystérieuses disparitions survenues sur la lande toute proche ? Et que sait Julie, la jolie rousse qui semble avoir bien des idées derrière la tête ? 

Quand bien même on m'aurait caché le titre et le nom de l'auteur de ce roman, je n'aurais pas mis bien longtemps à reconnaître la prose de Serge Brussolo. En premier lieu, il y a le cadre : un institut délabré, isolé tout au bout d'une lande parsemée de menhirs et perché en haut d'une falaise dont les parois s'effritent ; le cadre rêvé pour ces huis-clos éprouvants que l'auteur affectionne.  

Second indice, les personnages. Un savant passablement déjanté mis au ban de sa profession et deux jeunes dépourvus de repères. Le premier, kleptomane hanté par le souvenir d'une catastrophe mortelle dont il fut la cause involontaire, la seconde ne vivant que pour se venger de la société qui condamna son père au bagne. 

Troisièmement, les noms et notamment celui de David Serella dont les homonymes sont légion dans l'œuvre de l'auteur ou encore ce professeur au crâne chauve et à fortes moustaches qui se nomme ici Minsky mais qu'on retrouve en d'autres occasions sous le patronyme de Mikofsky, Et si ça n'était pas suffisant, il y a encore les nombreux clins d'œil et allusions à ses autres livres : le "village d'Hurlemort" et le "docteur squelette" que l'on croise au détour d'un périodique que David lit, enfant, dans le grenier de son grand-père, "Funnyway" qui est ici un bagne ou une marque de vélo et les "soldats de goudrons" qui font une apparition remarquablement violente en fin de récit. 

Mais surtout, ce à quoi l'on reconnaît sa patte et qui fait l'essentiel de son talent, c'est cette capacité à grossir et déformer la réalité pour aboutir à des situations incroyables. Dans le cas présent, il commence par donner à une maladie toute simple des proportions phénoménales. Il transforme ainsi une sorte d'ostéoporose psychosomatique en "maladie des os de verre" puissance 1000. Un geste un peu brusque, c'est la fracture, un effort trop soutenu, votre cage thoracique se fêle et, dans les cas extrême, c'est la calotte crânienne qui s'effondre entraînant du même coup une perforation du cerveau !

Mais le bougre ne s'arrête pas là et continue son délire. Il nous transporte dans une cité balnéaire où des patients plus ou moins atteints viennent renforcer leur os au soleil. Il imagine que ces "plâtreux" toujours plus nombreux finissent par imposer leurs conditions. Ils forcent les restaurants à indiquer sur leur carte le poids des assiettes, tasses et couverts pour éviter de soulever un objet trop lourd. Ils font fermer la salle de culturisme pour cause d'atteinte à leur moral et intentent tellement de procès en raison d'une collision accidentelle que les biens portants osent à peine circuler en ville... 

Puis, une fois le sujet suffisamment exploité, c'est une autre idée qu'il soumet à la loupe déformante de son imagination décomplexée. Cette fois-ci, il s'agit de sauterelles extraterrestres que la prodigieuse vitesse de leurs sauts transforme en projectiles. L'intrigue tourne alors autour de ces dangereux insectes que nos deux héros entreprennent de domestiquer en traduisant le langage de leurs phéromones. Là encore il pousse le bouchon en imaginant de les transformer en véritables petites balles de chitines téléguidées par des odeurs répandues au préalable sur la cible choisie.  

Il y a encore bien d'autres idées surprenantes et je signalerais pêle-mêle la musique qui rend fou enregistrée à partir des encéphalogrammes de psychopathes, la maison du chanteur Hannafosse transformée en musée dans lequel d'innombrables statuts reproduisent les différentes scènes de son assassinat et de son agonie, les arbres à tonnerre... 

Ira Melanox est donc un Brussolo tout à fait classique dans lequel on retrouve toutes les obsessions de l'auteur : la folie, les corps martyrisés et l'isolement. On y bouge peut-être un peu plus que d'habitude (Saint Alex et ses curistes, l'institut Minsky, Saint Euphrate bouclé par la police) et pour une fois le livre se clos sur une fin un peu plus définitive (excusez le pléonasme) puisque nos deux héros y trouvent une mort assez logique et sans doute aussi un peu méritée.

Fleuve Noir Anticipation - 1986

 

 

16 mai 2013

MADEMOISELLE ELSE - ARTHUR SCHNITZLER

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La jeune Else séjourne en Italie lorsqu'elle reçoit un télégramme de sa mère : pour sauver son père de la prison pour dette et la famille du déshonneur, il lui faut trouver au plus vite 30000 florins. Elle se voit donc contrainte de solliciter M. Von Dorsday, une connaissance de la famille qui, justement, réside dans le même hôtel. Le vieil homme accepte de lui donner l'argent mais à une condition : la contempler nue pendant une dizaine de minutes. Ecartelée entre dévouement familial et sentiment de honte, le jeune femme hésite sur la conduite à tenir. 

"Mademoiselle Else" est un très beau et très court roman qui nous relate une journée, la dernière, de la vie d'une jeune femme. Un morceau de vie tragique qui voie les rêves d'adolescente de l'héroïne brutalement confrontés à une réalité sordide.

Il se présente sous la forme d'un long monologue intérieur entrecoupé de quelques dialogues et passages dynamiques. On découvre ainsi les pensées de la jeune héroïne, sa crainte devant l'acte à accomplir, ses résolutions et ses hésitations, ses envies de fuite, la tentation du suicide.

Toute la palette de sentiments d'une jeune femme défile devant nous. Ses rêves d'amour et ses premiers émois sensuels, ses aspirations à un bonheur tout simple (mariage et enfants) ou à une vie de femme libérée (actrice ou danseuse, amants et villas). Une succession de pensées contradictoires qui reflètent son désarroi mais aussi la versatilité d'une femme à peine sortie de l'adolescence.

Ce roman est aussi une critique discrète de la bourgeoisie autrichienne évoluant dans le décor feutré d'un hôtel somptueux où tout n'est qu'apparence et superficialité. Une société où l'argent est roi et l'honneur plus important que le bonheur de ses enfants.

Stock - Bibliothèque Cosmopolite

 

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