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SF EMOI
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12 mai 2013

LE TEMPS DU GRAND CRI - DANIEL GALOUYE

untitledA peine remise du conflit nucléaire qui a ravagé la plupart des grandes capitales, la Terre continue d'être confrontée à un autre fléau : l'épidémie de hurleurs. Cette maladie, qui a pour effet de plonger ses victimes dans un état proche de la folie, ne cesse de progresser et même le tout-puissant "bureau de la sécurité" ne parvient pas à l'enrayer.

Il faut dire que cet organisme supra-étatique a d'autres chats à fouetter puisque des extra-terrestres semblent vouloir profiter des circonstances pour s'approprier notre planète et Gregson, agent secret plein de ressources mais amoindri par la maladie, comprend qu'il aura fort à faire pour les contrer.

Mais les circonstances vont l'amener à douter de ses certitudes (les extra-terrestres ont-ils vraiment de mauvaises intentions ? ; l'omnipotent bureau de la sécurité ne jouerait-il pas un double jeu ?) et il se retrouvera plongé au cœur d'un vaste complot.


Daniel Galouye semble beaucoup s'intéresser à la façon dont l'homme perçoit son milieu, évolue dans son environnement et utilise ses sens. Déjà dans "Le monde aveugle", il imaginait ce qu'il adviendrait si des hommes et des femmes étaient privés du sens de la vue, comment ils pallieraient ce manque, comment ils s'adapteraient. Ici, il s'interroge sur les conséquences de la découverte d'un sens supplémentaire et sur l'usage, bon ou mauvais, que l'on serait amené à en faire.

Son récit commence dans une ambiance de fin du monde et nous invite à suivre une guerre larvée entre extra-terrestres et terriens qui n'est pas sans rappeler David Vincent et ses envahisseurs (même si ce n'est pas à leur petit doigt qu'on les reconnaît mais par leur absence d'ongles !).

Puis l'histoire prend des allures de roman d'espionnage. Il y est question de complot et de "pouvoirs psy", on y passe des salons somptueux de Versailles aux ruines austères d'un château médiéval et l'on finit dans le décor futuriste d'une station spatiale !

Mais tout cela manque de cohésion. Les transitions, lieux et temps, sont trop abruptes ; les personnages apparaissent et disparaissent à volonté et l'on a du mal à croire aux actions d'éclat de Gregson qui, du coup, parait incroyablement chanceux dans ses entreprises.

Quant à ce sixième sens qui est au cœur du récit, Daniel Galouye passe un peu trop de temps à nous le décrire sans parvenir, c'est un comble, à nous le faire "toucher du doigt". J'ai donc un avis plutôt mitigé sur ce roman d'autant que, si j'ai apprécié dans "Le monde aveugle" ses efforts pour créer un vocabulaire, ses tentatives linguistiques m'ont ici parues ridicules et éminemment dispensables (sylpher le rault hors de la stygumnité !!!).

Opta - Galaxie-Bis - 1985

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12 mai 2013

LES TUEURS D'ELMENDORF - GUY CHARMASSON

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Voilà déjà fait vingt ans que les Raffs, une race d'extra-terrestres à l'aspect de félins, ont imposés leur domination à la Terre. Si la plupart des humains ont accepté leur défaite et collaborent avec l'envahisseur, d'autres continuent de refuser leur autorité. C'est le cas des zonards qui survivent misérablement dans la région arctique. C'est aussi le cas du M.O.R.T, le Mouvement Organisé de la Résistance Terrienne, qui tente de rallumer le flambeau de la révolte. La réapparition soudaine de Daniel Ivols, l'un des cinq tueurs d'Elmendorf encore en vie, va peut-être lui fournir l'occasion tant attendue. A condition qu'il coopère...  

Si les deux mille parutions du FNA recèlent incontestablement quelques petites merveilles, il faut aussi admettre qu'on y trouve du moins bon, pour ne pas dire du franchement moyen. C'est malheureusement le cas pour ce diptyque de Guy Charmasson qui m'avait pourtant laissé un fort bon souvenir avec son heure perdue. Mais là, je suis allé de déception en déception.

Pour commencer son bouquin ressemble davantage à un roman d'espionnage qu'à une œuvre de SF. Il y a bien le pitch général de l'invasion alien, quelques gadgets futuristes et de vilains matous humanoïdes mais à part ça, l'auteur se contente d'égrener les poncifs du mauvais polar. Un agent qui reprend du collier pour venger la mort des siens, une exfiltration, des planques, une mission foireuse, le double jeu de ses employeurs et même la jolie et secourable jeune femme qui tombe à point nommé pour aider le héros fatigué. Rien que du fade, du déjà lu, du réchauffé sans saveur.

Ensuite, l'action m'a parue passablement figée. Ça discute bien plus que çà n'agit et le héros, prétendument un dur à cuire, passe plus de temps à dormir dans un igloo ou se prélasser dans son bain qu'à mener sa vengeance à son terme. Il se fera d'ailleurs balader d'un bout à l'autre du récit par tous les camps en présence et n'influera que peu sur le cours des évènements. Sa destinée lui échappe totalement, sa vengeance aussi et le livre se clôture de telle manière que l'on reste dans l'ignorance de la réussite ou de l'échec de sa dernière entreprise.

Je vous conseille donc d'éviter ce bouquin au scénario extrêmement faiblard qui ne méritait assurément pas deux tomes. En méritait-il seulement un ?

Fleuve Noir Anticipation - 1988

 

 

 

 

12 mai 2013

LE PERIL VIENT DE LA MER - JOHN WYNDHAM

untitledUn couple de journalistes entreprend de raconter comment de mystérieux extra-terrestres ont tenté de s'approprier notre planète en livrant aux hommes une guerre sans merci.


En digne représentant de "l'école catastrophiste britannique", John Wyndham aime confronter les pauvres humains que nous sommes à toute sorte de périls...avec une nette préférence pour l'invasion extra terrestre. Et comme le bougre a de l'imagination, ses invasions sont toujours très originales. Chanceuse dans
La révolte des Triffides, sournoise dans Les coucous de Midwich, elle est ici à la fois plus classique et plus mystérieuse.

Classique parce qu'il s'agit d'une guerre ouverte entre deux races intelligentes bien déterminée à exterminer leur adversaire. Mystérieuse car nous ne saurons jamais à quoi ressemblent les envahisseurs, ce qui accroît encore le sentiment de menace et d'impuissance des humains.

Pour nous conter son histoire, J W a choisi un couple de journalistes. Cela donne à son récit la couleur de la vérité, celle des reportages et des articles de journaux, des interview de scientifiques et des comptes-rendus militaires. L'écrivain se cache derrière le reporter, le romanesque derrière la coupure de presse. Mais les deux journalistes ne se contenteront pas de relater le évènements. Ils en seront aussi des acteurs de premier plan et traqueront l'info aux quatre coins du monde.

Le récit se décompose en trois phases. La première est celle de l'intrusion, de l'apparition de sphères dans le ciel et des premiers symptômes d'une activité au fond des océans. C'est aussi la phase de l'incrédulité et du déni par les autorités. Le danger que représente cette espèce intelligente n'est pas pris au sérieux. Il est même minimisé par les gouvernements qui ne veulent pas paniquer leurs citoyens et par les compagnies maritimes qui craignent une chute du trafic et la baisse conséquente de leurs bénéfices.

Vient ensuite le temps des premières attaques. L'ennemi dévoile ses intentions en entreprend la conquête des continents. Passée la stupeur, la défense s'organise et les premières victoires viennent réconforter une humanité bien éprouvée, minée par les malaises sociaux, la hausse des prix, le bouleversement des structures économiques et des modes de vie.

Quant à la troisième phase, elle nous fait basculer d'un coup dans le post-apo. La fonte des glaces, (vous savez, celle qui nous pend au nez d'ici quelques années), est provoquée par les vilains aliens avec les conséquences qu'on imagine : montée des eaux, catastrophes en chaînes, famines... La lutte pour la survie commence alors dans une Londres submergée puis dans des Cornouailles transformées en archipel où chacun défend âprement son lopin de terre.

Tout cela nous est raconté avec beaucoup de minutie mais aussi pas mal de distance. Il faudra attendre la seconde moitié du livre (et surtout la troisième phase) pour que le récit prenne un ton plus personnel. Le narrateur dévoile enfin ses sentiments face à l'ampleur du désastre et ses craintes devant un avenir bien gris.

Mais, en dépit des apparences, Wyndham est un optimiste invétéré. Comme dans ses autres romans, l'humanité manquera d'un cheveu l'extermination totale avant de s'en sortir avec un peu de détermination et beaucoup de chance. Voilà qui témoigne d'une grande confiance en l'espèce humaine.

Denoël - Présence du Futur - 1984

11 mai 2013

MALTERRE - HUGUES DOURIAUX

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Malterre est une gigantesque pyramide enterrée dont seul le sommet affleure à l’air libre. A l’intérieur, une société matriarcale très hiérarchisée dont les hommes ont été totalement exclus. Elle est dirigée par Vesta, déesse toute puissante qui ne se manifeste que par écran interposé et fait peser sur ses sujets une discipline de fer et des lois régies par deux principes : la haine du mâle et la certitude que la vie à l'extérieur est impossible. Llona et Lewin, deux adolescentes de 16 ans, supportent mal la routine de leurs tâches et leur vie monotone. Aussi, lorsqu’elles dénichent un livre d’anatomie et découvrent que les hommes ne sont pas les monstres hideux qu’on leur a décrits, leur imagination s’emballe.
Surprises en possession de l'objet défendu, elles sont condamnées aux travaux forcés dans les étages inférieurs. Parvenues à s’échapper les deux amies s’aventurent plus bas encore et sont recueillies par un clan d'hommes qui n'ont effectivement rien de monstrueux. Ensemble, ils décident alors de s'opposer à Vesta et de découvrir la vérité sur la création de Malterre.
 

 

Ce roman de Hugues Douriaux emprunte beaucoup à Quand ton cristal mourra, roman de William Nolan plus connu sous le titre de son adaptation au cinéma : L'âge de cristal. On y retrouve l'idée générale d'un monde clos où les habitants sont convaincus qu'il est impossible de vivre à l’extérieur. 

Le cheminement des deux histoires est d'ailleurs quasi identique : découverte du mensonge des gouvernants, fuite puis révolte contre l'autorité. L’auteur se distingue principalement par sa peinture d’une société exclusivement féminine. 

Cela lui permet de mettre en scène les héroïnes jolies et peu farouches qu’il affectionne tant. Le coquin en profite même pour décrire les amours saphiques de toutes ces femmes privées de la présence de l'homme et l'on devine qu'il aimerait bien se joindre à elles.

La description de sa ville souterraine est en revanche très réussie. Des coursives à la place des rues, des alcôves tenant lieu de logements, des cultures hydroponiques dans des salles transformées en champs : l’atmosphère de confinement et d’étouffement est bien rendue. C'est l'aspect le plus intéressant du roman. 

Le reste est assez convenu et seul le personnage de féministe démente joué par Vesta met un peu de sel dans l'histoire. Sa tentative d’accéder à l’état de divinité est de loin l'idée la plus originale du roman. Bien plus en tout cas que sa chute.

Fleuve Noir Anticipation - 1992

 

11 mai 2013

LA BELLE DE FONTENAY - JEAN-BERNARD POUY

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Après une vie de dur labeur et de combats politiques, Enric Jovillar a bien mérité sa retraite. Au programme, lecture et jardinage dans son petit jardin ouvrier de Fontenay sous Bois. Là, au milieu des pommes de terre qu'il cultive avec amour, il reçoit de temps à autre la visite de Laura, une élève du lycée tout proche. Laura, c'est un peu son rayon de soleil, sa bouffée d'air pur dans sa banlieue triste et grise. Aussi, lorsque le cadavre de la jeune fille est retrouvé dans sa citerne, Enric se lance à corps perdu à la recherche des coupables, autant pour se disculper que pour venger la belle ado.  

En dépit de son titre, ce roman est avant tout le très beau portait d'un homme que la vie et l'histoire, celle avec un grand H, n'ont pas épargné. Jeune espagnol que la balle d'un fusil franquiste a rendu sourd, Enric Jovillar a vécu une existence laborieuse, partagée entre son travail à la SNCF et le syndicalisme ouvrier. Une vie entière dédiée aux trains, aux manifs musclées et aux coups de poings contre l'extrême droite. Bref, un homme qui n'a jamais renié son engagement politique et qui, aujourd'hui encore, est prêt à risquer gros pour faire triompher sa conception de la justice.

Et justement, il va se trouver confronté à d'anciens militants qui, eux, n'ont pas eu la même ténacité, des profs qui se sont embourgeoisés et n'ont gardé de leurs convictions d'antan qu'un certain folklore, une aura de combattants qui leur permet de briller aux yeux de leurs jolies élèves.

Ce sont d'ailleurs les relations entre profs et lycéens qui sont au cœur du récit et J-B Pouy nous peint avec pas mal de justesse l'univers de ces derniers : les après-midi passés au café du coin entre devoirs et flipper, les groupes de rock et leur groupies, les apprentis philosophes et les écrivaillons, les journées portes ouvertes au bahut... Il fait vivre toute une jeunesse à qui la société n'a pas encore rogné le bout des ailes et qui peut encore tenter, essayer, se tromper.

Mais La belle de Fontenay est aussi un bon polar, une enquête peu commune, menée par un homme qui ne peux poser ses question que par écrit et qui aussi, constitue le suspect idéal aux yeux de la police. Cela donne à l'auteur l'occasion de nous concocter quelques jolies bafouilles et de faire preuve de cet humour pince sans rire qui n'appartient qu'à lui.

Sans oublier bien sûr une bonne dose d'action car papy Jovilar a conservé de bons réflexes et, comme tout jardinier qui se respecte, manie fort bien le sécateur !

Gallimard - Folio Policier - 1999

 

 

 

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11 mai 2013

TUNNEL - ANDRE RUELLAN

untitledRefusant de voir son épouse comateuse transformée en banque d'organes, Manuel Dutôt fuit Paris pour se réfugier sur le territoire des Crânes. Là, au milieu de l'immense dépotoir qu'est devenue la proche banlieue, il est enrôlé par les opposants au régime et fait le dur apprentissage de leur mode de vie et de leur coups de mains contre la société. Dans le même temps, il continue de prendre soin du corps de sa femme afin de mener sa grossesse à son terme. Mais une terrible épidémie et les prémices d'une nouvelle guerre mondiale vont bouleverser ses plans. 

Tunnel est un roman de SF assez peu original avec un univers futuriste qui ne se distingue guère de ce qu'on peut trouver chez Andrevon (Le travail du furet) ou Pelot (Parabellum Tango): même ville tentaculaire et déshumanisée, même oppression d'un gouvernement hégémonique, mêmes gadgets futuristes, même contraste entre modernité et archaïsme, richesse et pauvreté crasse.

Cela ne l'empêche pas d'être très bien écrit, avec un soucis constant du détail (transport, environnement, techniques médicales...) et des images qui frappent l'imagination telles ces montagnes d'ordures qui ceinturent Paris ou la rue de Rivoli transformée en un Golgotha sans fin.

La société dans laquelle évoluent les personnages est caractérisée par un consumérisme poussé à l'extrême. L'unité monétaire est le temps, la publicité est partout présente et la violence presque banale. Dans ces conditions, on a le sentiment que tout un chacun est lancé dans une longue fuite en avant et, à défaut d'espoir en l'avenir, cherche le bonheur dans de petites joies fugaces (les sex-party, le dernier fauteuil à la mode).

On ne peut d'ailleurs pas franchement leur donner tort. Le contexte international est plus que tendu et les armes les plus redoutables projettent leur ombre partout sur la planète. Même les opposants au système n'attirent pas la sympathie et leur violence aveugle associée à un discours catho-anarchiste n'en font pas une alternative réjouissante.

Mais malgré ce décor bien travaillé, l'histoire s'enlise très vite et le récit est plombé par les nombreux et trop longs soliloques du héros. Ces divagations poétiques grâce auxquelles André Ruellan nous montre la beauté de sa prose révéleront certes leur utilité à la fin de l'histoire mais d'ici-là, que d'ennui !

Tout cela nous donne un roman décevant : sujet éculé, style déconcertant, action à dose homéopathique, révélation qui tombe à plat, Docteur Ruellan/Mister Steiner m'avait habitué à beaucoup mieux.

J'ai Lu - SF - 1979

11 mai 2013

LES SOSIES DE L'OMBRE JAUNE - HENRI VERNES

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Bob se trouve en villégiature à Londres lorsqu'il reçoit un appel de lord Bardsley lui demandant de le rejoindre au plus vite. Alors qu'il se précipite à son domicile au milieu d'un épais brouillard il lui semble le reconnaître sans toutefois parvenir à l'approcher. Quelques instants plus tard, il découvre son cadavre dans le bureau de sa demeure tandis que les hommes de mains de l'Ombre Jaune tentent de l'assassiner. Sorti indemne de ce guêpier, Bob va tenter de contrecarrer les projets de son ennemi en faisant le jour sur une série de meurtres étranges. 

Ma première incursion dans l'univers pléthorique et inusable de Bob Morane m'a laissée sur ma faim. Sans doute suis-je tombé sur un épisode peu représentatif de l'œuvre de Henri Vernes même si l'on y croise plusieurs personnages récurrent dont son meilleur ennemi, la très célèbre Ombre Jaune.

Toujours est-il que je me suis senti bien loin de cette vallée infernale chantée par Indochine et que le seul exotisme auquel j'ai eu droit c'est ce fameux smog qui enveloppe la capitale britannique. Mais à part cette atmosphère estompée et propice aux mystères, le dépaysement et le souffle de l'aventure m'ont fait cruellement défaut.

L'histoire se résume à une succession de guet-apens et de chausses trappes dans lesquels le commandant Morane semble se faire un plaisir de tomber. Demeures isolées, docks déserts, immeubles abandonnés, il visite sans beaucoup de précautions ces lieux suspects et fonce tête baissée dans tous les pièges que lui tend l'infâme docteur Ming.

Le seul élément vraiment digne d'intérêt ce sont ces fameux sosies (en réalité de simples androïdes) auxquels le machiavélique Ming donne l'apparence de ses futures victimes. Cela nous donne l'occasion, sans doute unique, d'assister à un combat entre Bob et son ami Ballantine et même, quelques pages plus loin, entre Bob et sa réplique.

Ce livre m'aura en tout cas permis de faire connaissance avec l'intrépide aventurier et je renouvellerais l'expérience avec un opus un peu plus dépaysant, histoire de voir si la magie peut encore opérer sur un quadra un peu difficile mais qui n'a pas encore totalement perdu son âme d'enfant !

Marabout Junior - Bob Morane - 1961

 

 

11 mai 2013

LE DIABLE EN GRIS - GRAHAM MASTERTON

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A Richmond, Virginie, des meurtres d’une rare violence sont commis par un assassin invisible qui ne laisse pas le moindre indice derrière lui. Toutes les victimes sont pourtant tuées à l'arme blanche non sans avoir été au préalable horriblement torturées. Chargé de l’enquête, le lieutenant Decker réalise rapidement que ces crimes sont le fait de puissances surnaturelles et qu’il pourrait bien être l’une des prochaines victimes. Avec l’aide inattendue du fantôme de sa défunte compagne et d’une jeune trisomique, il va enquêter dans le milieu de la religion Santeria et sur une page d’histoire de la guerre de sécession.


"Le diable en gris" est un petit roman horrifique et bourré d'hémoglobine dans lequel Graham Masterton se montre fidèle à lui-même. On ne s'étonnera donc pas que ses descriptions des tortures infligées aux victimes, reflet du martyr des saints du calendrier catholique, soient parfaitement écœurantes.

On ne sera pas non plus surpris d'y rencontrer un anti-héros, en l'occurrence un policier un peu has been, aidé par une femme dévouée (ou plus précisément son fantôme ce qui exclue du même coup les petites scènes de sexe dont l'auteur est coutumier). On retrouvera enfin, comme toujours serait-on tenté de dire, un démon bien méchant, bien pervers et sacrément revanchard.
Pour ce qui est de l'intrigue, Masterton semble peiner à se renouveler et celle-ci m’a paru emprunter beaucoup à l'un de ses précédents bouquins : "Le jour J du jugement". On y retrouve notamment l'idée de l'utilisation de démons à des fins militaires et la captivité de l'un deux dans un objet détourné de son usage. Ici Chango, le dieu de la foudre, est enfermé dans un cercueil de plomb en lieu et place du char Sherman retenant prisonnier le démon Elmek...

Malgré ces petits défauts et son manque d'originalité, on prendra quand même plaisir à cette histoire qui constitue une immersion intéressante dans l'univers de la Santeria, ce culte d'origine cubaine, mélange de christianisme et de vaudou.

Bragelonne - L'ombre - 2006

 

 

11 mai 2013

ETOILES, GARDE-A-VOUS - ROBERT HEINLEIN

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La Terre, dans un  lointain futur. Sitôt ses études terminées, le jeune Juan Rico décide de s’engager dans l’armée malgré l’opposition de son père. Affecté dans l’infanterie mobile, il découvre le dur apprentissage des recrues ainsi qu’un système de valeurs différent de celui qu’il connaissait. Plus tard, après ses classes, il se retrouvera plongé dans la guerre opposant la fédération terrienne aux « punaises », race extra-terrestre ressemblant à des araignées. 

 

Robert Heinlein est considéré, sans doute à juste titre, comme l’un des meilleurs écrivains américains de SF. J’abordais donc ce livre avec confiance bien qu’ayant lu, ici ou là, qu’il y prônait une idéologie militariste et fasciste. En tout cas, le moins que l’on puisse dire, c’est que le Monsieur a la nostalgie de ses années passées sous les drapeaux. L’essentiel du livre nous relate en effet les classes du soldat Rico, ses premiers combats puis, de nouveau, son apprentissage de la carrière militaire afin de devenir officier. 

Je n’ai pas d’attrait particulier pour tout ce qui touche aux armes ou à la guerre. J''ai donc trouvé le temps un peu long en compagnie de notre apprenti soldat d'autant que le background SF n’est pas très fouillé et constitue plus un prétexte qu’une fin en soi.

D’ailleurs, plus que le témoignage d’une idéologie quelconque, c’est cela qui m’a gêné : trouver un roman de guerre en lieu et place du roman de SF que l’on nous vend. Un peu l’impression d’avoir été trompé sur la marchandise. 

Quant aux idées ou opinions qui affleurent dans ce livre, elles semblent en effet indiquer que Monsieur Heinlein est un tantinet conservateur. Il s’y montre partisan de la peine capitale et des châtiments corporels et pense que les citoyens qui ont accompli leur service militaire sont les seuls à mériter le droit de vote ! C’est un point de vu. 

Notons tout de même que le style de l’auteur est agréable, très fluide et que, malgré un sujet à mon goût peu intéressant, je suis parvenu au terme de ce livre presque sans m’en rendre compte. Je ferais donc sûrement une autre tentative.

J'ai Lu - SF - 1974

 

11 mai 2013

LA TRAQUE - RICHARD MATHESON

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Ayant besoin de "matière" pour son prochain roman, Bob Hansen accepte d'accompagner un de ses amis pour une randonnée de quelques jours. Mais, très vite, l'attitude de son guide change à tel point que Bob en vient à craindre pour sa sécurité. 


Richard Matheson est décidément excellent lorsqu'il s'agit de décrire avec minutie la personnalité de ses personnages (L'homme qui rétrécit), les conflits entre personnes (Echos) et leurs difficultés à communiquer (Otage de la nuit).

Ici, nous sommes particulièrement bien servis puisqu'une bonne moitié du roman est consacré à la détérioration des relations entre deux amis ou plutôt la désagrégation de ce vernis de civilité qui, bien souvent, tient lieu d'amitié. 

De ce point de vue, le personnage de Doug est remarquablement dépeint. Ses sentiments envers Bob explosent sous les coups de boutoir de son mal être et de sa jalousie. Sa rancœur se dévoile et envenime ses actes et ses propos. Les remarques acerbes se transforment en insultes, les petites mesquineries font place aux coups et dégénèrent en un véritable déchaînement de violence.

Les derniers chapitres sont en revanche plus quelconques. La narration y devient répétitive avec un héros qui alterne phases de découragements et regain d'énergie tout en s'interrogeant sur la nature profonde de son poursuivant. 

A ce point du récit le lecteur devine que le meilleur est derrière lui et ne se pose finalement plus qu'une seule question : comment Bob va-t-il s'en sortir ? Signalons aussi quelques petites invraisemblances, dont la moindre n'est pas la scène du sauvetage du puma. Parce que tout de même, prendre le temps de porter secours à un animal aussi dangereux alors que vous êtes blessé, exténué et poursuivi par un psychopathe qui souhaite vous couper en rondelles, c'est assez difficile à avaler. 

En tout cas, à l'instar de son écrivain de héros, Richard Matheson s'est copieusement documenté et son roman constitue presque un manuel de survie en milieu naturel. Emportez-le donc lors de vos prochaines sorties en forêt, mais surtout, choisissez bien vos amis !

Flammarion - Noir - 2003

 

11 mai 2013

LES INDES NOIRES - JULES VERNE

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James Starr est dubitatif. Il vient de recevoir coup sur coup deux missives. La première est signée du contremaître de la mine d'Aberfoyle dont il fut directeur, qui le presse de venir le rejoindre. La seconde, anonyme, lui enjoint au contraire de ne pas répondre à cette invitation. N'écoutant que sa curiosité il retrouve son ancien employé qui lui annonce avoir découvert un gisement qui permettrait peut-être de reprendre l'exploitation de la mine. Après quelques recherches leurs espoirs sont exaucés et l'extraction de la houille repart de plus belle. Mais des incidents étranges font suspecter la présence d'individus malintentionnés. Qui se cache dans les recoins inexplorés de Coal City? Y-a-t-il un rapport avec la lettre anonyme ?  

Je me souviens que ce roman figurait au programme de ma classe de 4ème dans le cadre d'un thème consacré au travail dans les mines. J'avais pour ma part opté pour "Qu'elle était verte ma vallée" de Richard Llewellyn et ne l'avais pas regretté. Mais les exposés de mes petits camarades sur ce roman de Jules Verne m'avaient donné envie de le lire. Trente ans plus tard c'est chose faite ! Mais, si la promesse est tenue, le plaisir escompté ne fut pas au rendez-vous.

Cela démarrait pourtant bien. Un scientifique courageux, de fidèles compagnons, une plongée dans un univers sombre et mystérieux, tout concourrait à la production d'un Jules Verne de bonne facture. La mine et son dédale de galeries proposaient un décor propre à susciter le mystère tandis qu'une menace d'origine inconnue et l'apparition d'une étrange jeune femme fournissaient l'essentiel de l'intrigue. 

Mais très vite celle-ci passe au second plan et l'ami Jules se contente de jouer les guides touristiques. Il célèbre les beautés de l'Écosse, son patrimoine culturel et ses paysages variés. Il discoure sur les patriotes écossais, encense l'œuvre de Walter Scott et nous abreuve de références historiques ou folkloriques. Cela devient vite lassant et ce n'est pas l'amourette entre Harry et Nell qui relève ce récit bien trop romanesque et contemplatif. 

J'ai également été gêné par sa peinture idyllique du monde de la mine. Ses ouvriers ravis de leur sort m'ont parus quelque peu suspects et je n'ai pu m'empêcher de les comparer aux mineurs miséreux et révoltés de Germinal. Certes Jules Verne ne fait pas dans le roman social. Mais pouvait-il ignorer que les conditions de travail dans les houillères britanniques n'étaient pas plus reluisantes que dans celles du nord de la France ?

Alors oui, sa vision de cet univers souterrain donne lieu à quelques belles images dont Coal City, la ville érigée au fond de la mine, n'est pas la moindre. Oui le personnage de Nell, jeune femme née dans la mine et n'ayant jamais vu la lumière du jour, est attendrissant. Ça ne suffit pourtant pas à combler le vide laissé par une intrigue extrêmement légère.

Livre de poche - 1976

 

11 mai 2013

LE CANTIQUE DE L'APOCALYPSE JOYEUSE - ARTO PAASILINNA

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Pour respecter les dernières volontés de son grand-père, Eemeli Toropainen entreprend l’édification d’une église dans le grand nord finlandais. Une fois le bâtiment construit, il décide de s’installer à proximité, bientôt rejoint par des écolos en rupture de ban, des ouvriers au chômage et quelques autres hurluberlus.

Une petite communauté à tôt fait de se constituer puis de prospérer et se révélera finalement mieux armée que bien des états quant-il s’agira d’affronter les périls du nouveau millénaire. 

 

On pourrait classer la plupart des romans d’Arto Paasilinna dans deux genres littéraires :

- les « road books » qui mettent en scène les tribulations chaotiques d’un ou plusieurs personnages à travers la Finlande et l’Europe : « Le lièvre de Vatanen », « La cavale du géomètre », « Petits suicides entre amis »…

- les « robinsonades » décrivant l’existence d’une communauté en marge de la société : « Prisonniers du paradis », « La forêt des renards pendus », «  Le potager des malfaiteurs ayant échappés à la pendaison »...

Dans les deux cas il s’agit pour l’auteur de mettre en scène des personnages au caractère entier, anticonformistes, individualistes et refusant le carcan que leur impose la société. Le présent roman ne fait pas exception à la règle. Nous y trouvons des personnages truculents, bien décidés à conserver leur mode de vie et leur joie de vivre malgré les soucis que leur cause l’état finlandais, les institutions européennes et les évènements dramatiques de cette fin de XXème siècle. 

L’auteur y décline tous les thèmes qui lui sont chers : un certain retour à la nature, mère nourricière et source de toute vie, le bon sens paysan opposé à l’absurdité des règles administratives et bien sûr la liberté. Liberté d’entreprendre, liberté d’aimer, de croire, de boire…

A première vue, tout cela n’a que peu de choses à voir avec la Science-Fiction. Et pourtant je n’hésite pas à classer ce roman dans le courant  post-apocalyptique. Pourquoi ? Parce que la plupart des sujets inhérents à ce courant de la SF y sont présents, que ce soit dans les causes de la catastrophe (crise économique globale, incident nucléaire, 3ème guerre mondiale) que dans ses conséquences (effondrements des gouvernements, repli communautaire, lutte pour la survie…).

Bien sûr, l’apocalypse selon Paasilinna est une apocalypse joyeuse (c’est écrit dans le titre), pleine de finlandais rougeauds et hilares, adeptes de sauna et de bonne chère, et l’amateur de SF classique n’y trouvera sans doute pas son compte. Peut-être reprochera-t-il aussi à ce roman son manque d’intensité dramatique ou bien l’absence d’une réelle intrigue. 

Mais tout cela n’est pas bien grave tant l’humour et la bonne humeur de Paasilinna sont communicatifs. Une lecture à conseiller donc,  pour chasser la morosité et découvrir que post apo ne rime par forcément avec désolation, désespoir et violence.

Gallimard - Folio - 2009

 

11 mai 2013

LE VOYAGEUR IMPRUDENT - RENE BARJAVEL

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Par une nuit glaciale de l’hiver 1940, Pierre Saint-Menoux, jeune professeur de mathématiques, fait la rencontre de Noël Essaillon. Ce dernier, reconnaissant en Pierre l’homme dont les théories novatrices lui ont permis de mener à bien ses propres recherches, lui fait part de sa récente découverte : la noëlite. Ingérée, cette matière a l’étonnante propriété de permettre les voyages dans le temps. Unissant leurs efforts les deux hommes améliorent cette invention et entreprennent de visiter passé et avenir à la recherche du secret du bonheur pour l’humanité. Mais peut-on sans risque influencer le cours de l’histoire ? 

 

Ce livre constitue, à l’instar de La machine à explorer le temps de H. G. Wells, un classique des romans de voyage dans le temps. Tous les aspects inhérents à ce thème de la littérature de science-fiction y sont en effet envisagés : voyage dans le passé et le futur, rencontre du héros avec lui-même, modification de l’histoire…et même quelque réflexions sur le présent, cet instant si éphémère qui n’est plus tout à fait du futur et pas encore du passé. 

La structure du roman est en revanche assez classique et comporte trois parties bien distinctes :

·     la découverte de l’invention permettant le voyage temporel avec son lot de descriptions techniques et les premiers essais, encore timides ;

·     Les voyages dans le futur qui sont l’occasion pour l’auteur d’imaginer l’avenir de notre société et de l’espèce humaine. Ici, les pérégrinations des personnages les mènent tout d’abord dans le Paris de l’an 2052, c’est à dire à l’endroit et l’instant qui voient débuter son premier roman : Ravage. Puis, après ce petit clin d’œil, il nous propulse en l’an 100000 sur une Terre peuplée d’êtres qui, bien qu’étant nos lointains descendants, n’ont plus grand chose d’humains, pas même l’apparence. 

·     Les incursions dans le passé, la tentation d’influer sur le déroulement des évènements afin de modifier un présent désagréable et l’inévitable paradoxe temporel qui peut en découler.  

Enfin, et comme souvent chez Barjavel, l’histoire s'agrémente d’une jolie romance et son écriture associe superbement humour et poésie. En voici quelques exemples :

·     « …vous êtes resté coincé entre le présent et le futur ! En somme, vous étiez au conditionnel ! »

·     « …la loi de l’espèce les mène par le bout du sexe. » 

Pour être tout à fait honnête j’ajouterais que Monsieur Barjavel se laisse parfois aller à quelques réflexions misogynes. La preuve : 

·     « …une futilité qui abaissait les hommes au niveau des femmes. »

·     « …la tête était bien la partie de leurs corps dont les femmes avaient le moins besoin pour vivre ! »

Gallimard - Folio - 1996

 

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11 mai 2013

LA POSITION DU TIREUR COUCHE - JEAN-PATRICK MANCHETTE

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Michel Terrier est un tueur à gages. Un professionnel qui enchaîne les missions pour se constituer le pécule qui lui permettra de se retirer. Le moment lui semble d'ailleurs venu et, après un dernier contrat rempli avec succès, il annonce à son employeur son intention de prendre sa retraite. L'occasion croit-il, de retrouver la jolie Anne, son amour de jeunesse qui l'attend depuis dix ans. Mais l'agence n'est pas décidée à laisser filer son meilleur exécuteur et va entreprendre de le faire changer d'avis. Par tous les moyens. 

 

Jean-Patrick Manchette fut l'un des chefs de file du néo-polar, avatar post soixante-huitard du roman policier français dans lequel se sont également illustrés les Daeninckx, Pouy, Jonquet et autre Delteil, tous auteurs que j'apprécie grandement. Je devais donc en toute logique finir par ouvrir un de ses livre. Ce fut La position du tireur couché, son dernier roman mais, d'après ce que j'ai pu lire ici ou là, pas forcément le plus représentatif de son œuvre. 

Il s'agit en revanche d'un très bon exemple de sa manière d'écrire et de son style si particulier : dépouillé, nerveux, phrases courtes et termes précis. Un style quasi médical qui relate les faits sans chercher à les enjoliver. Juste le reflet de l'exacte réalité. Presque le compte rendu d'un médecin légiste. 

Ce qui surprend aussi c'est la distance que l'auteur met entre son personnage et le lecteur avec cette narration à la troisième personne du singulier et l'usage de vocables impersonnels pour désigner son héros : il, l'homme... A aucun moment il ne nous dévoile ses sentiments et seules nous sont révélées les réflexions qui motivent ses actions immédiates. 

Toute empathie est donc impossible d'autant qu'il s'agit d'un être détestable, froid et sans conscience. Même les deux ou trois flash-backs nous faisant découvrir son enfance malheureuse, son rejet par la classe aisée ou un amour impossible ne parviennent pas à nous le rendre sympathique. 

On se surprend néanmoins, contre toute justice, à espérer la réussite de son entreprise et le châtiment de plus pourri que lui. Car il n'est finalement qu'un pion sur l'échiquier politique international, un outil de précision dont on se débarrasse lorsqu'il a fini d'être utile. 

Mais c'est bel et bien à sa déchéance que nous assisterons. La perte de son argent et de son amour de jeunesse sonneront le glas de ses rêves de retraite dorée et le livre ce termine sur une ironie grinçante avec un retour à la case départ sans doute plus terrible que la mort.

Gallimard - Folio Policier - 1998

 

10 mai 2013

UN CANTIQUE POUR LEIBOWITZ - WALTER M. MILLER JR

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Ce gros roman de plus de 600 pages est composé de trois parties bien distinctes mais complémentaires.

La première nous présente l'une des conséquences probables de l'apocalypse nucléaire à savoir la perte d'une grande partie des connaissances humaines, cause d'un hallucinant retour en arrière et d'une longue période d'obscurantisme. Les survivants sont revenus à une organisation féodale de la société. Des potentats locaux se disputent territoires et ressources. Dans ce contexte, l'église constitue la seule structure organisée et vraiment durable. Les moines y passent le plus clair de leur temps à reproduire des schémas techniques dont ils ne soupçonnent même pas le sens ou l'utilité. Fort heureusement pour eux d'ailleurs puisque la science, jugée responsable du cataclysme, est désormais formellement proscrite.

La seconde partie nous projette quelques siècles plus tard. De puissants états se sont constitués et le savoir n'est plus frappé d'interdit. Véritables îlots de connaissances, les monastères (notamment celui de Saint Leibowitz) sont devenus des enjeux politiques. La dernière partie se déroule encore bien des siècles plus tard. La civilisation a rattrapé son retard et même dépassé le stade qui était le sien avant l'apocalypse. L'humanité a conquis l'espace et colonisé d'autres planètes mais ne semble pas s'être assagi pour autant : un nouveau conflit nucléaire menace.

Pas de doute, ce roman témoigne de la malheureuse propension de l'homme à répéter ses erreurs. Malgré les siècles d'obscurantisme et de ténèbres qui ont suivis une première apocalypse, malgré les effets encore visibles de cette catastrophe (malformations physiques dont sont encore atteintes certaines personnes) les hommes demeurent prêts à tout pour assouvir leurs rêves de puissance.

Il donne aussi à réfléchir sur la recherche scientifiques et le fait que, bien souvent, les découvertes soient utilisées à d'autres fins que l'amélioration de la condition humaine. "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme" disait Rabelais. Sa maxime est plus que jamais d'actualité.

Mais malgré ces belles réflexions, ce livre m'a paru aussi long et fastidieux que le travail des moines copistes dont il nous parle. La démonstration de Walter M. Miller, aussi intéressante soit-elle, ne nécessitait peut-être pas tant de pages.

Gallimard - Folio - 2001

 

10 mai 2013

LA SORCIERE DU MARAIS - THEODORE STURGEON

untitledLes quatre nouvelles qui ouvrent ce recueil sont toutes d'inspiration fantastique.

Deux histoires de vaudou tout d'abord. L'une, assez classique, met en scène une abominable sorcière cajun qui terrorise une famille dans un bayou de Louisiane (L'araignée d'eau). L'autre voit les amis de la victime d'un envoûtement se venger de l'agresseur de façon assez inattendue (Une tournure d'esprit). Dans chacune, les personnages sont d'abord désemparés face aux forces obscures qui s'invitent dans leur existence. Ils parviennent toutefois à surmonter ce traumatisme dès lors qu'ils admettent le surnaturel et commence à s'en servir. Deux histoires agréables qui ont aussi en commun une chute amusante sur le thème de l'arroseur arrosé.

C'est aussi l'humour qui préside à L'abominable invité où un chat doué de parole dit ses quatre vérités à un parasite mondain avant de se débarrasser de celui qu'il estime être un dangereux rival dans l'affection de sa maîtresse. Douce-Agile ou la licorne n'est en revanche qu'un petit conte de fée vaguement moralisateur et sans grand intérêt.

Les deux nouvelles suivantes illustrent chacune à leur manière l'égoïsme de l'homme ou tout au moins sa vision égocentrique du monde.

Dans La peur est une affaire,un individu médiocre est témoin d'une manifestation extra-terrestre. Par un concours de circonstance, il devient le gourou de millions d'illuminés croyant à une prochaine invasion. Contacté par de gentils aliens qui lui proposent de servir d'intermédiaire entre eux et l'humanité à laquelle ils ont beaucoup à offrir, il décline leur offre pour conserver son fonds de commerce.

L'homme qui apprit à aimer est une parabole sur le poids des conventions et le regard d'autrui. Un jeune hippie met au point un moteur révolutionnaire. Afin d'être crédible face aux décideurs et pouvoir diffuser son invention il décide de rentrer dans le rang. Adieu cheveux longs et guitare, bonjour costard-cravate. Il réalisera son ambition mais à quel prix ?


Case et le rêveur
est une jolie histoire d'amour par delà le temps. Un homme ramené à la vie se souvient de ses derniers jours passés en compagnie d'une femme sur une planète isolée. Une allégorie toute mignonne sur la recherche du bonheur et les petites joies toutes simples dont on ne mesure pas toujours la valeur.

Le dossier Verity appartient au genre épistolaire. L'action nous est contée par le biais d'un échange de notes de service au sein d'une entreprise pharmaceutique. Là encore, Sturgeon nous fait une remarquable démonstration de la cupidité humaine qui, trop souvent, empêche l'homme de faire le bonheur du plus grand nombre.

Le scalpel d'Occam est sans doute la nouvelle la plus étrange du recueil. Elle débute par le long portrait d'un individu doté d'une intelligence remarquable et s'achève sur une mystification dont ce dernier sera la victime. Mais il n'est pas le seul puisque le lecteur tombe lui aussi dans le panneau avant que le fin mot de l'histoire ne lui soit révélé.

Le point commun de la plupart de ces nouvelles est une vision sans concession des travers de l'homme mais néanmoins teintée d'optimisme. Lorsque les humains s'entre aident, lorsqu'ils s'ouvrent aux autres et essayent de penser différemment tout devient possible. La SF de Sturgeon est délicate, sensible et engagée. Sa critique du mercantilisme de la société américaine est corrosive (l'avidité des multinationale dans Le dossier Verity, la cupidité des télévangélistes dans La peur est une affaire) et sa défense de l'écologie (Le Scalpel d'Occam) ou des modes de vie alternatifs (Le dossier Verity, Case et le rêveur) évidente.

Editions NéO - 1981

10 mai 2013

TERRASSEMENT - BRIAN ALDISS

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Alors qu'il vogue vers les côtes de l'Afrique à bord d'un super cargo nucléaire, Knowle Noland se souvient de différents moments de sa vie. De sa jeunesse misérable dans une ville surpeuplée, de ses longues années de travail forcé dans une ferme d'état ou de son bref passage chez les "voyageurs". Mais un naufrage et quelques lettres d'une inconnue le plongeront dans les méandres de la politique de l'Afrique, dernier continent encore "viable". 


Ce roman de Brian Aldiss vaut surtout pour sa description d'une Terre transformée par l'homme, soumise, épuisée, exsangue.
 

Nous découvrons des continents entiers transformés en open-field et subissant les effets néfastes d'un productivisme porté à son paroxysme. Nous pénétrons dans des villes érigées sur d'immenses plateformes où la promiscuité est telle que les gens traînent dans les rues plutôt que rester dans leurs minuscules habitations. Nous côtoyons un temps les "voyageurs" qui refusent l'existence que le système leur impose et vivent traqués dans les ruines des anciennes cités. Nous rencontrons la secte des abstinents qui s'oppose au suicide collectif que représente une natalité non maîtrisée et nous abordons le continent africain riche d'espoir mais divisé et au bord de la guerre. 

Un livre sombre et d'un abord difficile. Le récit y est fait à la première personne par un individu qui, de son propre aveu, est victime d'hallucinations. Les flash-backs y sont fréquents et l'on passe, sans crier gare et sans aucun souci de chronologie, du présent à diverses périodes de son passé. 

Pourtant il vaut la peine de s'y accrocher ne serait-ce que pour le décor qu'il nous brosse d'un monde surpeuplé en proie à une famine chronique mais aussi pour les états d'âme de son héros, désabusé mais refusant d’abdiquer tout espoir.  

Après le très ardu "Mars blanche" et le décevant "Monde vert", me voici réconcilié avec cet écrivain. Tant mieux. 

Le Masque Science-Fiction - 1979

 

10 mai 2013

LES BANNIERES DE PERSH - ALAINS PARIS & JEAN-PIERRE FONTANA

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Jack la poudre est un prospecteur qui parcoure l’espace en tous sens dans l’espoir de découvrir un bon filon. Au cours de l'un de ses voyages, une avarie à bord de son vaisseau l'oblige à se poser sur une planète inconnue. Capturé par des insectes humanoïdes, il est emmené en captivité avec d’autres humains. Il apprend d'eux qu'il se trouve sur la planète Persh et qu'ils sont prisonniers de l’un des six clans qui se disputent le pouvoir et que l'on distingue à la couleur de leur bannière.

Au cours d'une attaque perpétrée par un clan ennemi, il prend la défense de ses geôliers et met en fuite les assaillants. Il obtient ainsi sa libération mais devient la cible privilégiée des autres clans. Il va alors mener un double combat pour libérer les humains de la tyrannie des pershéens et comprendre qui lui en veut et pourquoi. 

 

C'est un bien chouette petit roman que le duo Fontana/Paris nous a pondu là. Cour, vif et pétulant, il oscille entre Science-Fiction et fantasy. La SF pour le cadre général, l'entrée en matière et la conclusion, la fantasy pour le corps du récit avec ses combats à l'arme blanche ou l'aspect "médiéval" de la société pershéenne. 

Tout va très vite et sans le moindre temps mort. L’action est menée tambour battant. Les batailles succèdent aux duels et les retournements de situation s'enchaînent. 

Çà ne laisse pas beaucoup de temps pour s’intéresser au caractère de personnages qui, héros excepté, ne se posent d'ailleurs pas beaucoup de questions. Alors on fait comme eux. On se contente de se laisser porter par ce récit simple, fluide et plaisant. 

Notons tout de même que l’épilogue est relativement surprenante et confère au livre ce petit plus qui en fait une lecture très recommandable.

Fleuve Noir Anticipation - 1984

 

10 mai 2013

LE NAVIRE ETOILE - E. C. TUBB

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Voilà presque 300 ans que le vaisseau (son nom a disparu avec ses premiers habitants) s’est élancé dans l’espace en direction de Pollux. 300 années, seize générations. Le temps nécessaire pour parcourir les 32 années lumières qui sépare la Terre de la lointaine étoile. Pour y parvenir, il faut donc tout économiser : l'énergie, l’oxygène, les matières premières et soumettre l'équipage à des lois draconiennes pour éviter gaspillage et surpopulation. Mais cela n'étant pas suffisant, il fallut se résoudre à supprimer toute personne atteignant l'âge fatidique de 40 ans. Secrètement bien sûr, et en maquillant les meurtres en accidents. 

Jay West, l’un des exécuteurs, se trouve confronté à un cas de conscience lorsqu'on lui ordonne de tuer le père de sa fiancée. Cherchant une solution à son dilemme, il découvre que certains membres de l’équipage jouissent pourtant d’une longévité peu commune et que des rebelles se dissimulent dans la zone d’apesanteur…


"Le vaisseau étoile", également intitulé "Objectif Pollux" chez Ditis et "Fils des étoiles" chez Futurama, est un excellent roman de SF mettant en scène ce qu'il est convenu d'appeler un "vaisseau-genérationnel". Il s'agit d'une gigantesque nef spatiale permettant à une importante population de vivre en autarcie pour un voyage dont seule la destination est connue. Quant à la durée....on l'imagine plutôt longuette. 

Cet espace énorme mais néanmoins clos et limité impose des conditions de vie particulières. Or, c'est précisément la découverte de la société miniature qui y prospère et des lois qui la régissent qui confère au livre une bonne part de son intérêt. Nous y apprenons par exemple que les femmes ne peuvent enfanter que pendant un nombre restreint d’années, que l’enseignement des sciences et techniques est dispensé par le visionnage de vidéos, que les conflits sont réglés au cours de duels et que le crime de gaspillage est sanctionné par le recyclage…..du délinquant. 

L'enquête du policier-renégat est également bien plaisante. Haletante et riche en découvertes, elle ne nous laisse aucun instant de répit jusqu'à la révélation finale. Une révélation un peu surprenante puisque l'on s’attend à ce que des dirigeants qui ont gouvernés avec un manque d’humanité évident subissent une juste punition. Or, il n’en est rien et, mieux encore, l’épilogue semble même leur donner raison et justifier leur conduite !

Fleuve Noir Anticipation - 1958

 

10 mai 2013

LES ETOILES S'EN BALANCENT - LAURENT WHALE

untitledDans la France de 2065 mieux vaut avoir quelques talents à monnayer si l'on souhaite s'en sortir. C'est heureusement le cas de Tom Costa à qui sa qualité de seul aviateur disponible confère un statut particulier. Avec son ULM il est en effet l'un des seuls à maintenir le contact avec les autres cités, faire du troc et signaler les périls de l'extérieur. Mais un danger bien plus important que les hors-murs se rapproche des cités états de Seine et Marne. Un péril qui va plonger le jeune aviateur au cœur d'une guerre sans merci où il jouera un rôle de première importance. 

Des post-apo français, il y en a déjà eu beaucoup, et de très bons : Ravage de Barjavel, Malevil de Robert Merle, plusieurs bouquins d'Andrevon ou même la célèbre trilogie de Gilles Thomas. Dans ce contexte on se doute bien que l'auteur ne va pas révolutionner le genre, même hexagonal. Pourtant il réussit à occuper le terrain à sa manière, intelligente et sensible. 

Premier bon point il y a une vraie histoire. Laurent Whale ne se contente pas de se reposer sur le background bien connu du genre : héros solitaire, communautés exsangues, petits despotes et chiens sauvages. Son synopsis est parfaitement maîtrisé et nous dévoile à son rythme ce qu'il faut d'indices et de révélations pour aboutir à un final cohérent.

Il y a ensuite une bonne alternance entre des scènes mouvementées (combats, exfiltrations) ou instructives (débriefings et réunions) et les passages descriptifs (la vie à Pontault ou à Meaux).

Il y a enfin une bonne dose d'introspection puisque, le récit se faisant à la première personne, nous avons tout loisir de nous imprégner de l'état d'esprit du héros et de faire nôtres ses joies, ses peines et ses espoirs. On découvre ainsi un personnage bien sympathique, un grand cœur, fidèle et non violent précipité dans un monde de brutes. 

Un héros qui n'est pas sans rappeler ceux d'un autre sociétaire de la Blanche Rivière. Eh oui ! La filiation avec P. J. Herault est évidente. On trouve dans son roman le même rejet de la violence sous toutes ses formes, le même éloge de l'amitié et bien sûr, la même passion du pilotage et des vieux coucous. 

Et des coucous on en verra de toute sorte : des petits et des gros, des avions, des ULM, des gyros... On les côtoie au sol ou dans les airs, en combat et à l'atelier. C'est peut-être un peu too much pour les non passionnés et c'est d'ailleurs mon seul bémol avec l'ambiance « roman de guerre » extrêmement prégnante. 

C'est sans doute pourquoi j'ai préféré la première partie du récit qui couvre environ un gros tiers du roman. La vie dans la communauté citadine de Pontault y est particulièrement bien rendue avec ses habitants vivant d'expédients, le troc généralisé, la démerde. On y voit des véhicules roulant au méthane ou à la force du mollet, on s'y nourrit du maigre produit de la ferme collective mais aussi de chats ou de rats. C'est précis et très crédible et j'aurais aimé traîner davantage avec le Kid pour découvrir un peu plus cet univers de bric et de broc.

Pour faire bonne mesure, signalons encore une foule de second rôles bien travaillés, des apartés forts intéressants sur les origines de l'apocalypse économique qui causa l'effondrement de la société, et... une absence quasi totale de personnages féminins. 

Eh M'sieur Whale, elles sont où les filles ? San ! Oui, Ok il y a San. La muse de l'ami Tom, son cœur, sa vie. Il en parle beaucoup le bougre. Il l'a dans la peau c'est sûr. Mais pour ce qu'on la voit. A peine le temps d'un p'tit vol en ULM et d'une partie de jambes en l'air. Le reste de l'histoire, elle le passe à jouer les otages. Tu parles d'une vie !

Quant aux autres nénettes, on en voit pas lerche. Alors la prochaine fois, un peu plus de place au beau sexe, hein ! Malgré tout, le résultat est plutôt satisfaisant. Laurent Whale a parfaitement mené sa barque avec ce fringant mélange de post-apo et de roman guerrier. J'espère même que, à l'instar de Géha et Blondelon, il nous concoctera rapidement une petite suite. 

Black Coat Presss - Rivière Blanche

 

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