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10 mai 2013

GUEULE DE RAT - JEAN-PIERRE ANDREVON

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De sa naissance en janvier 1981 à sa mort le soir du passage à l’an 2000, l’histoire de la courte et insignifiante existence de Bernard Garcin dit « Gueule de rat ». 

La vie de Bernard Garcin c’est un peu celle d’un Forest Gump français. L’histoire d’un type pas trop futé (c’est un euphémisme) et encombré d’une existence qu’il subit sans jamais tenter d’en changer le cours. 

Mais à l’inverse du fier américain à qui tout réussi, notre pauvre Bernard semble doté d’une scoumoune sans nom : un père qui abandonne sa famille, une mère qui se prostitue et le bat comme plâtre, un physique ingrat et, comme si ça n’était pas suffisant, il se trouve affublé d’une dyslexie qui ruine son cursus scolaire mais lui permet au moins de parler verlan sans effort. 

Pour compléter le tableau précisons qu’il vit à La Cargat (La Ciotat ?) au moment de la fermeture des chantiers navals et de la prise de la municipalité par le Front Français (Front National ?). Bref, une existence bien mal engagée et que l’auteur résume très justement par ces quelques mots : « Un destin, on se le forge. Simplement, on n’a pas toujours les instruments pour ». 

Cela permet en tout cas à Jean-Pierre Andrevon de nous repasser en accéléré l’histoire de la société française en cette fin de vingtième siècle. Une société qui oscille entre espoir socialiste et racisme, pauvreté et montée du FN. Une sorte de chronique de la misère ordinaire, servie par une écriture intelligente, savoureuse et un humour grinçant mais qui fait mouche.

Tout le monde en prend pour son grade : les milices du FN et les extrémistes musulmans, la police et les vigiles, les services sociaux et le système pénitentiaire. Le constat implacable d’un système à bout de souffle.

La Table Ronde - 1999

 

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10 mai 2013

LE 32 JUILLET - KURT STEINER

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Espion pourvu de quelques connaissances scientifiques, Ken Broad est chargé par la CIA d'enquêter sur l'activité d'un chercheur polonais passé à l'ouest depuis peu. Son enquête le mènera dans une autre dimension spatio-temporelle où il sera un temps l'hôte d'une "cité vivante" avant de lutter aux côtés d'êtres humanoïdes contre l'expansion de cet organisme. 


Etonnant et court roman doté d'un côté surréaliste très marqué alors que rien dans les premiers chapitres ne le laisse entrevoir. J'ai même un instant cru m'être trompé et avoir acheté par mégarde un roman d'espionnage. Mais une fois les 30 premières pages avalées, plus de doute, nous sommes bien en présence d'un livre de SF, et des plus débridée.

La description de cette ville/organisme vivant est plaisante et la progression de nos héros à l'intérieur de ses organes donne lieu à quelques scènes amusantes qui ne sont pas sans rappeler "Le voyage fantastique" film des années 60 dans lequel un groupe de scientifiques était miniaturisé afin d'explorer un corps humain.

En revanche les chapitres consacrés à la civilisation des humanoïdes et à la guerre contre la "ville" sont nettement moins intéressants. Le récit devient bâclé et donne l'impression que l'auteur a hâte d'en finir. Ce n'est d'ailleurs pas le seul aspect du livre qui soit survolé.

Les personnages aussi ne sont qu'esquissés, sans grande profondeur, et l'on ne peut que s'étonner de la rapidité avec laquelle ils tombent amoureux les uns des autres ou sympathisent avec les autochtones. De ce fait la cohérence de l’histoire en prend un coup sévère et le livre perd de son attrait au point de ne plus constituer qu’une honnête distraction.

Pocket SF - 1981

 

10 mai 2013

LA CAPITAINE NILIA - PAUL D'IVOI

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De retour en Egypte après des aventures mouvementées en Océanie (cf : Corsaire Triplex), Robert Lavarède prend la tête de la rébellion contre l'occupation britannique. Il sera aidé par son incontournable cousin Armand et par sa fiancée Lotia, héritière des derniers pharaons. Il recevra aussi l'appui inattendu de Jack Price, un britannique qui se découvre français, et de Nilia une jeune femme dotée du don de double vue. Toutes ces bonnes volontés ne seront pas de trop pour surmonter les sombres manœuvres de l'infâme Kaufmann et la détermination de Sir Lewis Bigun, commandant en chef des troupes anglaises. 

C'est donc avec "La capitaine Nilia" que prennent fin les incroyables aventures de Robert Lavarède en Egypte. L'occasion de renouer avec les décors déjà évoqués dans le "Cousin de Lavarède" et de voyager à nouveau le long du Nil, du Caire à Assouan, de la vallée des rois aux Alpes Abyssiniques.

Les personnages aussi nous sont connus, à l'exception des frères Price et de l'énigmatique Nilia qui sont d'ailleurs les véritables héros de ce roman. En effet, si les cousins Lavarède continuent de jouer un rôle de premier plan, ce sont bien les prédictions de Nilia et les relations tendues entre Jack et John, l'un fidèle à la Grande-Bretagne et l'autre découvrant son attachement à la France, qui influent le plus sur le cours de l'histoire. 

Celle-ci, bien que toujours aussi romanesque (échange de bébés, amours contrariées), est plus sombre que les précédentes. Elle débute pourtant de façon assez légère et avec beaucoup d'humour. Je pense notamment à l'évasion de Robert grâce à l'avarice d'un vieux grippe-sous ou aux tours pendables joués aux militaires britanniques. 

Mais très vite, les choses deviennent plus sérieuses et le récit prend un tour dramatique. La guerre s'installe pour de bon, les morts se comptent par milliers et même des personnages de premier plan tirent leur révérence. Dans ces conditions, les scènes de combats sont nombreuses et constituent l'essentiel de l'action. Pour le reste il faut compter avec quelques courses poursuites à travers le désert et les dangers que représentent la faune locale.

Pas d'inquiétude toutefois. Nos héros s'en sortent comme toujours grâce à leur esprit d'à propos et par la présence bienvenue de nombreux passages secrets (pas moins de trois tout de même !). Pour faciliter leurs entreprises, ils peuvent aussi compter sur quelques inventions, sinon futuristes du moins ingénieuses comme les aqua-raquettes qui leur permettent de se déplacer sur l'eau. Sans oublier bien sûr le Karrovarka, ce véhicule blindé et amphibie qui, disparu à la fin de "La Diane de l'archipel", fait ici sa réapparition. 

Mais ce qui frappe le plus à la lecture de ce livre, c'est le ton employé par Paul d'Ivoi à l'égard des britanniques. Jusqu'alors gentiment moqueur, il devient franchement hostile et revanchard. L'Angleterre mercantile et colonialiste est fustigée à chaque page tandis que la France de 1789 et de Napoléon est érigée en modèle. Il n'est que de lire la page 274 du présent livre (éditions J'ai lu) pour s'en rendre compte : « or, pour les Africains, France signifie bonté, Angleterre représente l'idée de rapine et de meurtre »

Ce chauvinisme, déjà bien présent dans les précédents volumes des "voyages excentriques", est ici tellement exacerbé qu'il en devient ridicule. Pour comprendre cette attitude il convient sans doute de replacer ce livre dans son contexte historique. Ce roman a été écrit en 1898, c'est à dire l'année même de l'humiliation de Fashoda qui sonne le glas de l'expansion française en Afrique de l'est. Il n'est donc pas étonnant d'y trouver une certaine rancœur à l'égard de la perfide Albion. Et pour le coup Monsieur d'Ivoi s'en donne à cœur joie ! Les cocoricos du coq gaulois retentissent à chacun des succès de l'insurrection égyptienne tandis que les réflexions sarcastiques pleuvent sur nos voisins d'outre-Manche. 

La fin du roman est encore plus naïve et cocardière. Prenant ses rêves pour la réalité, Paul d'Ivoi  réécrit l'histoire à sa convenance. Il imagine un monde où les colonies britanniques secouent le joug de leur oppresseur et accourent dans le giron de la France. Un monde dans lequel les valeurs républicaines supplantent l'arrogance d'une monarchie agonisante et où le commandant Marchand devient prince de Fashoda...

J'ai Lu - Voyages Excentriques - 1982

 

10 mai 2013

CEUX QUI NE VOULAIENT PAS MOURIR - P-J HERAULT

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Kajerhorn est un vieux briscard des troupes d’assaut de la fédération. Le voici pourtant à terre, irradié au cours d’un engagement sur une petite planète des confins. Ses heures sont comptées et il le sait. Aucune aide à attendre et surtout pas des siens car, dans la guerre qui oppose la fédération terrienne à ses anciennes colonies, voilà bien longtemps que l’on a cessé de secourir les blessés. Pourquoi perdre du temps et de l’argent à rétablir ces combattants, alors que les centres d’Edu vous fournissent une inépuisable chair à canon.

Il sera pourtant secouru par des colons, un médecin et son équipe. Lui et bien d’autres, des deux camps. Et quant les troupes de la fédération débarqueront de nouveau, c'est ensemble qu'il leur faudra résister. Mais cette alliance contre nature ne se fera pas sans mal et il faudra à Kajerhorn beaucoup de persuasion pour y parvenir et encore bien des combats pour écarter toute menace.


Ce court roman de P. J. Herault, son dernier au Fleuve Noir, est loin d’être son meilleur. La faute au nombre de pages limitées de la collection ? Sans doute. Mais pas seulement car le monsieur a déjà fait bien mieux sans beaucoup plus de place pour s’exprimer. Le sujet choisi n'est pas non plus à incriminer même s’il est très classique pour qui connaît l’œuvre de l’auteur.

Non, ce qui manque ici, c’est une intrigue un peu plus fouillée, un scénario qui nous tienne en haleine et nous pousse à nous interroger sur le sort des personnages, à tourner fébrilement les pages. Car même si c'est sans déplaisir que nous suivons le combat de ces hommes pour surmonter leurs inimitiés et tenter de s'inventer un avenir commun, le récit demeure beaucoup trop linéaire pour nous apporter son lot de surprises et de rebondissements. Les obstacles sont finalement bien vite gommés, les récalcitrants disparaissent fort opportunément et les nouveaux alliés acquièrent beaucoup trop rapidement l’habitude de combattre ensemble.

Il s'agit donc d'un livre à réserver aux inconditionnels de P-J, tandis que les autres lui préféreront ses grands cycles (Cal, Gurvan) ou bien ses romans plus récents dont certains reprennent le thème d'anciens ennemis contraint de coopérer (La fédération de l'amas, Les ennemis).

Fleuve Noir Anticipation - 1996

 

 

10 mai 2013

L'ETOILE DU TEMPLE - MAUD TABACHNIK

untitledEn ce début de XIVème siècle, dans la France de Philippe le Bel, il ne fait pas bon être juif ou templier. Aussi, lorsqu'on trouve sur son pré un templier assassiné et dépouillé, Aaron Meyerson, riche diamantaire de Troyes, sent venir les problèmes. Et ils ne tarderont pas à arriver. Accusé d'avoir tué le templier Agnetti et de lui avoir dérobé le "Grand Joïpur", il est promis à une mort certaine. Mais sa fille ne l'entend pas de cette oreille et se lance à corps perdu dans la recherche du véritable coupable. Son enquête lui fera courir bien des dangers et la conduira à mettre au jour un complot contre les templiers. Mais peut-on vraiment faire triompher la justice quant on est juive...et femme de surcroît. 


Pour sa première incursion dans le roman historique, Maud Tabachnik spécialiste du thriller et du roman policier, a choisi une date intéressante. 1306, c'est bien sûr l'année de l'expulsion des juifs du royaume de France mais c'est aussi l'année qui précède la condamnation puis l'éradication des templiers. Dans ces conditions rien d'étonnant à ce que figurent parmi les principaux personnages des membres de ces deux communautés, certes bien différentes et souvent opposées, mais réunies en la circonstance par une même menace.

Toutefois, s'il est fréquent de retrouver des templiers jouer les têtes d'affiche, il est en revanche plus rare de voir des juifs occuper les premiers rôles. C'est là une originalité qu'il convient de saluer et qui permet de découvrir leur vie quotidienne dans une société où ils sont à peine tolérés.

Mais si la description des vexations et persécutions qu'ils subissent sonne juste, il n'en va pas de même du personnage principal. Rachel est en effet parée de trop de qualités et de vertus pour en faire une héroïne crédible. Elle s'habille en homme, chevauche sans complexe et tire l'épée. Ce fût déjà bien difficile pour Jeanne d'Arc un siècle plus tard, alors pour une juive ! Ajoutons à cela qu'elle fait preuve d'une tolérance à l'égard de tout un chacun et d'une indépendance pour le moins anachroniques.

Je lui préfère de loin le personnage de Philippe de Champagne. Faible, indécis, occupé de ses seuls plaisirs mais néanmoins ouvert et curieux, il me parait beaucoup plus en accord avec son époque, et par là même, plus vrai. D'autant qu'il évolue au fil du récit, prend de l'envergure, s'interroge et va même jusqu'à contrarier sa nature et risquer sa position. Un personnage multiple et assez attachant.

Pour en finir avec les protagonistes de l'histoire, signalons aussi Jean le Pieux qui campe un méchant pour le coup parfaitement crédible, confit de haine et rongé par l'ambition, mais aussi tous ces templiers sentant le vent tourner et les représentants de la communauté juive de Troyes, craintifs mais pas totalement soumis.

Pour ce qui est de l'enquête, il faut avouer qu'elle s'avère finalement assez secondaire et sert surtout de révélateur aux ambitions et aux manœuvres des puissants et sa conclusion sera, somme toute, assez sommaire. Ce livre vaut donc surtout pour son atmosphère et ses descriptions : la ville de Troyes et son marché, la prison du palais ducal ou l'intérieur d'une maison bourgeoise, la campagne sous la neige, une maison templière, une auberge...

Editions Vivianne Hamy - 1997

 

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10 mai 2013

NOIR DUO - SYLVIE MILLER & PHILIPPE WARD

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Ce recueil comprend des nouvelles écrites soit par Philippe Ward, soit par Sylvie Miller, soit par les deux, et dont certaines ont déjà été publiées et même récompensées.

A deux, trois exceptions près, c’est le fantastique qui est ici mis à l’honneur. Mais un fantastique très subtil, insidieux, qui prend son temps avant de se révéler dans toute son horreur. Les auteurs nous plongent ainsi dans des situations tout à fait banales et nous mettent en présence d'individus également normaux. Puis, l’air de rien, un petit quelque chose vient troubler leur quotidien : un mur qui se met à onduler, un reflet un peu persistant dans un miroir, une randonnée qui n’en finit pas, une source qui se tarit, la saveur particulière d’un vin….Alors, le mystère se dévoile, les personnages ne peuvent plus reculer et sont contraints d’accepter cette irruption du merveilleux et les conséquences qu’elle leur impose. 

Deux autres nouvelles se distinguent par le cadre de leur action : l’Egypte.

« Mau » qui nous mène à Alexandrie sur les traces d’une ancienne race de chat qui maintient vivant le culte de la déesse Bastet et « Pas de pitié pour les pachas » nous contant à grand renfort d’humour les mésaventures d’un détective privé dans une Egypte des années 30 où les dieux ne dédaignent pas de se mêler aux humains. 

Citons encore « Un futur inimitable » parodie de « Independance day » et « Mars attaque » revus, corrigés et assaisonnés à la sauce Roquefort ou « Ventres d’airains » qui propose une vision futuriste de l’enfantement à vous glacer les os !  

Beaucoup de bonne chose donc et j’espère que ce duo, aussi noir qu’il soit, n’en restera pas pour autant obscur.

Black Coat Press - rivière Blanche - 2008

 

 

10 mai 2013

SAIGNEUR DES LOUPS - PIERRE GRIMBERT

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Rémi Tiberger n'est pas un loup-garou à la petite semaine. Il est l'ultime avatar du berserker originel chargé jadis par un fils d'Odin de retrouver et d'anéantir un émule du dieu-loup Fenrir. Le voici donc à la recherche de cette bête monstrueuse et intelligente qui s'apprête à déchaîner sur Terre le Ragnarök : la fin du monde version viking. Il pourra heureusement compter sur le soutien de Hugo Van Helsing et l'appui de son immense fortune... 

Je connaissais déjà Pierre Grimbert pour avoir lu « Le secret de Ji » un cycle de fantasy plutôt dédié à un jeune public.

Avec « Saigneur des loups » il rejoint le Club Van Helsing pour nous livrer sa représentation de la lutte du bien contre le mal, de l'homme contre la bête. Ou plutôt de la bête contre la bête car cette fois, chasseur et gibier partagent la même malédiction : la lycanthropie. 

Mais les loups-garous de Grimbert sont d'un genre un peu particulier puisque issus de la mythologie scandinave. C'est en tout cas ce que l'auteur cherche à nous prouver à grand renfort de noms imprononçables (Midgard, Muspellheim, ....) et grâce à des raccourcis un peu fumeux. Ainsi apprend-on que les berserkers ne seraient pas seulement de redoutables guerriers mais aussi les loups-garous du Walhala !

Le récit alterne, un chapitre sur deux, le passé et le présent. Nous suivons donc en parallèle la traque du grand méchant loup et la confession de Rémi sur les origines de sa transformation en bête à fourrure. C'est rondement mené, sans temps morts, jusqu'à un affrontement final dont on devine à l'avance l'issue. 

Une intrigue bien légère heureusement compensée par le compte rendu des sensations qui animent le héros à l'occasion de ses mues. La crainte qui l'habite à l'approche des trois pleines lunes mensuelles, le dégoût qu'il éprouve en se découvrant des penchants bestiaux, la douleur physique et les tortures morales qu'il endure sont plutôt bien rendus. C'est le petit plus du livre. Sa valeur ajoutée au mythe du loup-garou.

Court, simple et efficace, "Saigneur des loups" respecte donc parfaitement le cahier des charges du CVH. Contrat rempli. Sans plus.

Baleine - Club van Helsing - 2008

 

10 mai 2013

LE TIGRE AFRICAIN - PHILIP JOSE FARMER

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Un richissime admirateur de l’œuvre d’Edgar Rice Burroughs entreprend de donner vie à son héros le plus emblématique : Tarzan. Grâce à son immense fortune il acquiert une réserve au cœur de l'Afrique et y fait élever un enfant blanc par un couple de nains africains. Puis, à l'instar d'un dieu tout puissant, il surveille l'évolution de sa créature et influence le cours de son existence conformément aux romans de l'écrivain américain. Devenu adulte, le jeune Ras Tyger va s'affranchir de cette tutelle et, avec l'aide d'une aviatrice égarée, tenter de faire la lumière sur ses origines. 

On le sait, Philip José Farmer aime s’attaquer aux mythes littéraires et Finéas Fogg, Mark Twain et bien d'autres personnages ou auteurs sont ressuscités sous sa plume. Il a également eu recours à un double de Tarzan dont il a conté une sorte d’histoire parallèle au fil des trois volumes qui composent les Mémoires intimes de Lord Grandrith : La jungle nue, Le saigneur des arbres et Tarzan vous salue bien.

Le tigre africain, lui, n’appartient pas à ce cycle, mais Ras Tyger possède toutes les qualités athlétiques de l'homme singe. Comme lui, il n'hésite pas à affronter les animaux les plus dangereux de la jungle et lions, gorilles ou crocodiles ne sauraient l'effrayer. 

En revanche, point de cités perdues ou d'infâmes crapules à se mettre sous la dent. La seule quête qui soit à sa portée est celle de ses origines. Son seul ennemi : l'homme qui a confisqué sa vie pour faire de lui un personnage de roman. 

Mais avant qu'il ne lui règle son compte, nous aurons pu assister à quelques unes de ses aventures hautes en couleur dont l’extermination quasi-complète d’une tribu, un duel aussi épique que comique, sa captivité chez les très susceptibles Sharrikt et nous n’ignorerons plus rien de sa découverte de la sexualité. Du Farmer pur jus !

Jean-Claude lattès - Titres SF - 1984

 

10 mai 2013

PIECES DETACHEES - CHRISTOPHER STORK

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Au XXIème siècle, les techniques chirurgicales ont fait de tels progrès qu’il est désormais possible de se faire greffer à peu près n’importe quoi : reins, cœur, sexe et même un nouveau cerveau. Encore faut-il avoir de l’argent et, comme l’on peut sans douter, la société a tôt fait de se diviser entre ceux qui peuvent payer et conserver ainsi jeunesse et santé, et les autres contraints de se vendre « à la découpe ».

Douglas Chambers, patron de l’Organs Guaranty Trust qui règne sur le marché mondial de la greffe d’organe, est atteint d’une tumeur au cerveau. Il décide donc de se faire greffer celui d’un éminent scientifique qui vient de mourir fort opportunément. Mais tout ne se passera pas comme prévu et il lui faudra compter avec une concurrente acharnée, un journaliste un peu trop curieux, un jeune idéaliste et même les services secrets et le gouvernement.   

 

A vouloir courir trop de lièvres à la fois on prend le risque de n’en attraper aucun. Christopher Stork aurait dû faire sien cet adage et éviter de trop se disperser. Ce roman est en effet très confus et l’on fini par ne plus trop savoir quelle est en est la véritable intrigue : le vol de cerveau d’un génie, la lutte « boursière » de deux sociétés, l’enquête sur les origines de la fortune de l’un des personnages ou encore les déboires sentimentaux d’un autre.

Et pourtant, cette histoire de société où le commerce est roi et la vente d’organes banalisée était alléchante tout comme les premiers chapitres qui nous invitent à suivre le parcours d’un étudiant démuni et contraint de gager son corps en échange d’un prêt.

Malheureusement l’auteur s’éparpille et même ses critiques (contre le capitalisme à outrance, les scientifiques dépourvus d’éthique, l’impunité du gouvernement…) sont trop nombreuses pour être convaincantes.

L’autre reproche que je ferais à ce livre concerne la complaisance avec laquelle il s’attarde sur les transsexuels et les changements de sexe pour finir par verser dans le grotesque avec ce couple dans lequel Madame est devenue Monsieur et vice versa !

Fleuve Noir Anticipation - 1984

 

10 mai 2013

CELLULAIRE - STEPHEN KING

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Boston, 15 heures. Alors qu'il fait la queue devant le stand d'un glacier, tout bascule autour de Clayton Riddell : les habitants de la ville semblent être pris de folie et commencent à s'entre tuer. Échappant de peu au massacre, Clay se rend compte que cette "épidémie" a été provoquée par un message relayé par tous les téléphones portables. 

En compagnie d'un vieil homme et d'une adolescente, il décide alors de rejoindre son fils avec l’espoir qu’il ait échappé à la sonnerie fatidique.  Mais leur chemin sera jalonné de rencontres dangereuses tandis que plane sur leur destin une menace plus grande encore. 


Avant " Cell " je n'avais lu qu'un seul roman de Stephen king, "Rage", il y de çà une quinzaine d'années. L'expérience n'avait pas été concluante et je me souviens que le style de l'auteur m'avait paru assez médiocre. Aussi n'est-il pas étonnant qu'il m'ait fallu plus de seize années pour tenter une nouvelle approche de cet écrivain. Hélas la lecture de " Cell " n'est pas parvenue à me faire changer d'opinion. Deux raisons à cela. 

Tout d'abord l'intrigue et son déroulement. Nous sommes à priori en présence d'un livre ayant pour thème le post-apo et les zombies (la dédicace à Richard Matheson et Georges Romero le laisse en tout cas supposer), mais finalement ce roman ne fait qu'emprunter aux deux genres sans parvenir ni à s'en démarquer réellement, ni à s'y insérer tout à fait. 

Et pourtant, côté post-apo, çà ne s'annonçait pas trop mal. La description de la catastrophe qui met fin au monde tel que nous le connaissons est même assez spectaculaire et donne lieu à quelques scènes bien violentes et bourrées d'hémoglobine. En tous cas, elle suffit à jeter les bases du genre et voilà nos survivants formant de petits groupes qui s'arment pour se défendre et résister aux affreux " zombies ". 

Mais, alors que l'on s'attend à assister à leur lutte quotidienne contre l'adversité en général et les morts-vivants en particulier, Stephen King introduit un nouvel élément, d'ordre fantastique cette fois. 

Alors, exit le post-apo. Soit. Mais que nous propose-t-on en échange ? Malheureusement, rien de très convaincant, juste une histoire de zombies télépathes et télékinésistes (c'est à dire quasi tout puissants) acharnés à se venger des vilains humains qui leur ont mis des bâtons dans les roues. 

Ce n'est pas que l'idée elle-même soit inepte mais il faut avouer qu'elle est tout sauf passionnante et qu'il est difficile de s'intéresser au destin de personnages qui ne disposent plus de leur libre arbitre. Dès lors, à l'instar des héros, nous ne faisons plus que subir. Subir une sorte de " road movie " sans relief, subir une histoire qui peine à trouver une conclusion satisfaisante et subir aussi le style de l'auteur. 

Style qui constitue d'ailleurs le second point noir de ce roman. Ce n'est pas à proprement parler mal écrit, loin de là, mais la narration souffre de trop nombreuses longueurs et digressions qui n'apportent pas grand-chose à l'intrigue. Ajoutons y cette manie de citer des marques à tout bout de champs (de sport, de véhicule, d'aliments, d'armes...) et cela nous donne un résultat légèrement horripilant.  

Ce qui me surprend avec Stephen King c'est que, autant j'ai pu apprécier certaines adaptions cinématographique de ses romans, autant ces deux lectures m'ont parues particulièrement pénibles. Mauvais choix ? Peut-être. Mais pour m'en assurer il faudrait faire une nouvelle tentative. En aurais-je le courage ? 

Albin Michel - 2006

 

10 mai 2013

L'OEIL ETAIT DANS LA TOMBE - B. R. BRUSS

untitledPatrick Gallaghan est un beau garçon d'une trentaine d'années qui vit de ses rentes. Malgré cette situation apparemment confortable, il est mal dans sa peau et souffre d'angoisses terribles. Au hasard d'une promenade aux puces de Saint-Ouen, il fait l'acquisition d'une boule de verre qui se révèle habitée par un petit génie. Ce dernier lui fait faire la connaissance du Dr Van Hoog, un praticien qui parvient à soulager sa détresse moyennant des services un peu particuliers. Mais le passé refera néanmoins surface et Patrick devra affronter ses démons. 


Cet étrange roman qui débute comme un conte de fée avec bon génie et grande histoire d’amour et qui se termine par le récit d’une vengeance implacable, souffre d'une construction un peu bancale.

Dans les deux premiers tiers du livre, l’auteur ne fait qu’installer une ambiance sans réellement initier une intrigue. On y rencontre Patrick et ses amis, on découvre la nature de ses peurs, ses habitudes, ses amours... C'est assez ennuyeux et répétitif et on se lasse assez vite de ses visites chez son médecin ou de ses soirées à Saint Germain (n'oublions pas que le livre date de 1957 !).

Et puis d'un coup, l'auteur nous dévoile presque tout et notamment l'origine du mal être de Patrick, conséquence de ses mauvaises actions passées. Dès lors on n'a plus grand chose à attendre de ce récit, si ce n'est le juste châtiment qui attend le vilain playboy.

Mais nous n'aurons pas même cette satisfaction puisque la chute se contente de laisser supposer que tout ce qui précède n'était que le fruit de ses fantasmes.

Une fin décevante à laquelle Monsieur Bruss aura recours avec plus de succès dans "Le tambour d'angoisse", un livre où le doute qu’il parvient à insinuer dans notre esprit est autrement plus convaincant.

Fleuve Noir - Angoisse - 1955

10 mai 2013

TRANCHECAILLE - PATRICK PECHEROT

untitledJuin 1917, alors que l'offensive sur le Chemin des Dames vire à la boucherie, que le moral des troupes est au plus bas et que l'état major craint une mutinerie, le soldat Jonas est accusé d'avoir assassiné son supérieur. Chargé de sa défense, le capitaine Duparc va tenter l'impossible pour lui assurer un procès équitable face à un haut commandement qui souhaite faire un exemple.  

"Tranchecaille" est un roman intéressant tant sur le fond que par la forme puisque Patrick Pécherot y donne la parole aux différents protagonistes de son histoire par le biais de dépositions, de témoignages ou de lettres.

Nous voyons ainsi défiler devant l'enquêteur, les camarades de tranchées de l'accusé, simples soldats ou sous-officiers, médecin ou aumônier mais aussi une prostituée, une marraine de guerre, un garçon de café resté à l'arrière... le tout nous donnant une très jolie galerie de portraits.

Il y a les sympathiques tels le commandant de Guermantes, officier supérieur désabusé sombrant dans l'alcoolisme mais conservant une part d'humanité, le major Campion, médecin chef qui cache son dégoût de la guerre derrière un humour féroce et un athéisme non moins forcené ou encore Duparc lui-même qui jette sur tout çà un regard acerbe et ironique.

Et il y a les autres, malheureusement tout aussi nombreux : l'officier supérieur pour qui les soldats ne sont que des pions ou le curé qui parle de sacrifice nécessaire...

Grâce à ces tranches de vies nous découvrons le quotidien des poilus : les combats bien sûr mais aussi la "roulante" et son rata immonde, le courrier censuré, les perms qui laissent un goût amer, les hôpitaux et les gueules cassées, la fraternisation avec l'ennemi, les mutineries, les marraines de guerre, l'obusite (ou shell-shock)...

La situation à l'arrière n'est pas forcément plus joyeuse et Patrick Pécherot prend le temps de nous en toucher deux mots. L'occasion de constater que la vie y est dure et que le rationnement et les mensonges de la presse rendent l'attente des familles encore plus pénible.

Si l'atmosphère du roman est prenante et le contexte historique bien restitué, l'intrigue policière m'a en revanche moins emballé. Le duo d'enquêteurs (Duparc et son caporal) est certes bien sympa mais leurs caractères ne sont pas assez développés pour que l'on vibre avec eux au fur et à mesure de leurs découvertes.

On se contente donc d'observer tout cela de très loin et la résolution de l'enquête n'est pas attendue avec beaucoup d'impatience. Néanmoins, le doute sur la culpabilité de l'accusé laisse planer ce qu'il faut de suspens sur une affaire qui aura des prolongements inattendus.

On notera aussi en manière d'anecdote, les allusion aux écrivains de la grande guerre, Maurice Genevoix, Henri Barbusse, Jean Meckert et Roland Dorgelès. Malgré sa présence en "Série Noire", ce livre est donc davantage un roman sur la grande guerre qu'un véritable polar, mais il mérite sans conteste le détour.

Gallimard - Folio Policier - 2008

10 mai 2013

LA CEINTURE EMPOISONNEE - ARTHUR CONAN DOYLE

untitledTrois ans après leurs aventures en Amérique de sud, Challenger, Summerlee, Roxton et Malone sont de nouveau réunis. Cette fois-ci, ils vont être confrontés à un phénomène astronomique qui pourrait entraîner la disparition de toute forme de vie sur Terre. Mais l'irascible professeur Challenger à plus d'un tour dans son sac et les quatre amis vont vivre une fois de plus une expérience hors du commun..

La ceinture empoisonnée permet à Conan Doyle de renouer avec ses célèbres héros du Monde perdu. Nous retrouvons ainsi le colérique Challenger, le dubitatif Summerlee, le flegmatique Roxton et l'impétueux Malone réunis pour assister à ce qu'ils croient être la fin du monde.

On ne peut guère qualifier cette histoire de palpitante puisqu'il s'agit surtout pour l'auteur de nous montrer les réactions de ses personnages confrontés d'abord à l'imminence de leur mort puis, une fois le danger écarté, à la certitude d'être les survivants de l'humanité.

Il y a malgré tout matière à quelques tableaux drôles et surprenants. Je pense en particulier aux délires de Summerlee, Roxton et Malone dans le wagon du train qui les emmène chez leur ami, à la description des villageois cueillis par la "mort" alors qu'ils se livraient à leurs activités habituelles, à celle de Londres peuplée de corps sans vie ou encore au dernier repas de nos héros.

Le tout est entrecoupé de discussions fort intéressantes sur la place de l'homme dans l'ordonnancement du monde, la dignité face à la mort et la probabilité de voir les amibes succéder à l'homme.

C'est donc la bonne humeur et l'émotion qui président à ce roman catastrophe qui n'en est finalement pas un, mais qui offre à Challenger une nouvelle occasion d'asséner ces réflexions cinglantes dont il a le secret et à Conan Doyle de toucher à la quintessence de l'humour british, tout de finesse et de non sens :

- J'attends pour aujourd'hui la fin du monde, Austin. - Bien, Monsieur. A quelle heure, Monsieur ? - Je ne sais pas, Austin. Avant ce soir. - Très bien, Monsieur.

Les deux nouvelles qui complètent ce recueil paru chez NéO, ne mettent en scène que Challenger et Malone. Dans La machine à désintégrer, il sont chargés par Mc Ardle, le directeur du journal où officie notre sympathique reporter, d'aller vérifier la véracité des allégations d'un savant letton. Celui-ci prétend en effet avoir mis au point une machine permettant de désintégrer la matière et de la recomposer à volonté.

L'intrigue s'y résume à une discussion tendue entre les deux chercheurs ainsi qu'à l'expérimentation de l'appareil (Challenger y laissera pour un temps sa célèbre tignasse et sa barbe hirsute). Rien de bien fantastique mais la chute est extrêmement drôle.

Quand la Terre hurla se distingue des autres récits par le fait que Malone laisse sa place de narrateur à un ingénieur embauché par Challenger pour achever une expérience aussi monumentale qu'étrange. Cette fois-ci, l'incorrigible professeur entend prouver que la Terre est un organisme vivant doté d'une épaisse carapace et qu'il se nourrit de l'éther pendant ses révolutions autour du soleil.

Pour confirmer son hypothèse il a entrepris de creuser dans l'écorce terrestre un puits profond de plus de 13 kilomètres afin d'aller chatouiller la planète. Là encore rien d'exceptionnel, mais les rapports conflictuels de Challenger avec les journalistes, sa susceptibilité à fleur de peau et sa mégalomanie sont toujours aussi savoureux.

Editions NéO - 1983

10 mai 2013

LA TERRE ETAIT ICI - MAXIME BENOIT-JEANNIN

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Après la gigantesque guerre nucléaire qui a ravagé la Terre, les survivants se sont réfugiés sous les coupoles protectrices d'une gigantesque conurbation : Liparis. Celle-ci couvre la quasi-totalité de l'Europe avec pour capitale Bureaucratis où siège la Chambre haute d'astrologie qui dirige d'une main de fer une population amorphe et soumise. 

Seule Station 5, la cité libertaire, s'oppose à son pouvoir hégémonique. Ses clans de loubards sèment partout la terreur et s'aventurent même dans les faubourgs de Bureaucratis. Mais ces hordes de motards sont-elles vraiment indépendantes ? Pourquoi Korch et Chronos veulent-ils s'emparer du pouvoir ? Et surtout, quel jeu jouent les anciennes colonies, Mars et Vénus ?  


Maxime Benoit-Jeannin se défend dans sa postface d'avoir voulu écrire un roman d'avant-garde. Cela n'empêche pas son livre d'avoir un petit côté expérimental. Mots en caractères gras pour souligner leur importance, flashs infos ou notices biographique s'intercalant entre les chapitres, noms farfelus des personnages, le style est assurément déconcertant. Mais, au-delà de ces libertés d'écriture, il m'a surtout semblé être le reflet de son époque : celle des années punk.

Cela se sent à la façon dont ses personnages vomissent l'establishment ou critiquent institutions politiques et populations moutonnières. Cela se sent aussi au ton employé, extrêmement cru et provocateur. L'intention de choquer est évidente et ce n'est pas un hasard si les scènes de sexe et de violence foisonnent, si le meurtre succède aux viol, le massacre à la torture. L'auteur ne fait preuve d'aucune pitié envers ses personnages, ne leur laisse aucun espoir,  ne leur promet rien d'autre qu'une chevauchée sanglante et désespérée avec la mort au bout. No future !

Mais ce livre n'est pas qu'un exercice stylistique ou un pamphlet libertaire. Il possède aussi une véritable intrigue, une histoire d'espionnage et de manipulation, et l'on y rit souvent des références à notre XXème siècle décadent.

Petite remarque en passant : Brantonne n'a certainement pas lu ce bouquin avant d'en illustrer la couverture car ses motards à tête de chérubins sont bien loin des malfrats crasseux et obscènes du roman !

Kesselring - Ici et maintenant - 1978

 

10 mai 2013

LE PASSE-MURAILLE - MARCEL AYME

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Marcel Aymé est un excellent novelliste. Je m'en était déjà rendu compte avec les superbes recueils que sont "Le nain" ou, plus connu, "Les contes du chat perché". Mais c'est sans doute avec les dix nouvelles qui composent celui-ci qu'il a donné le meilleur de lui-même.

Fantastiques ou non, ayant en commun Montmartre ou l'occupation allemande pendant la seconde guerre mondiale, toutes sont magnifiquement ciselées et contées avec un humour élégant. Et comme en plus l'auteur sait, à l'occasion, introduire ce qu'il faut d'émotion, le résultat est proprement superbe et c'est un régal que de découvrir :

- "Les sabines" : une femme douée du don d'ubiquité se dédouble à l'envie et finit par devenir innombrable. 

- "Le ticket" : l'état a décidé de rationner le temps de vie des inutiles (il est à noter que les écrivains sont du nombre !). Une carte de rationnement mensuelle leur est remise et à épuisement de leurs tickets ils disparaissent pour ne réapparaître qu'au 1er du mois suivant. Mais le marché noir sévit et l'on murmure que certains vivraient des mois de cent jours et plus.

- "Le percepteur d'épouses" et "L'huissier" qui mettent en scènes des représentants de ces deux professions si mal aimées.

- "Légende poldève" : critique acerbe et amusante des grenouilles de bénitier et de la société 'bien pensante".

- "Le décret" : pour en finir avec la guerre, le gouvernement décide de projeter la France une dizaine d'années dans le futur. - "Le passe-muraille" : où l'on se rend compte que le film avec Bourvil n'est pas tout à fait fidèle. 

-  "Les bottes de sept lieues" : jolie petite fable sur la misère et l'incroyable imaginaire dont font preuve les enfants.

-  "Le proverbe" : un père découvre que la vie d'écolier n'est pas une sinécure. 

-  "En attendant" : quelques Montmartrois font état des misères sans nombre que leur cause la guerre.

Gallimard - Folio - 1998

 

10 mai 2013

LE DERNIER CATON - MATILDE ASENSI

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Ottavia Salina est un véritable rat de bibliothèque. A 39 ans cette religieuse d’un ordre relativement libéral dirige le service de paléographie des archives secrètes du Vatican et passe l’essentiel de son temps au milieu de vieux manuscrits et de parchemins poussiéreux. Mais sa vie prend un tour nouveau lorsque ses connaissances sont requises par les autorités religieuses pour élucider des vols de reliques de la vraie croix. 

Associée à un capitaine des gardes suisses et à un universitaire égyptien, elle se lance alors sur la trace des Stavrophilakes, membres d’une secte créée au troisième siècle afin de protéger la croix sur laquelle Jésus a été crucifié. Leur enquête les conduira à surmonter sept épreuves dans sept villes différentes afin de découvrir la retraite et les motivations de ces mystérieux voleurs. 

Malgré la mention « thriller » apposée sur sa couverture, ce livre est plutôt un roman d’aventure agrémenté d’énigmes ésotériques et sa lecture m’a irrésistiblement fait songer à l’intrigue du film « Indiana Jones et la dernière croisade ». Il faut dire que les similitudes sont nombreuses puisque, dans ces deux œuvres, les personnages sont à la recherche d’un objet sacré protégé par une secte et accessible après avoir résolu plusieurs épreuves initiatiques.

Tout comme dans le film, le rythme est enlevé et on ne s’ennuie pas une seule minute. On voyage d’un bout à l’autre de la Méditerranée, on découvre le patrimoine historique de plusieurs grandes villes et on devient incollable sur l’histoire du christianisme et l’organisation des différents clergés. 

Malheureusement, la trop grande linéarité de l’intrigue et la répétition des épreuves induisent, sur la fin, une petite lassitude. Mais que l’on se rassure car, à ce stade de notre lecture, nous sommes déjà bien trop ferré pour songer à abandonner sans connaître le fin mot de l’histoire. Et puis il faut reconnaître que le temps passe vite en compagnie de nos trois sympathiques héros. Matilde Asensi a su leur conférer, grâce à de nombreux apartés et quantité d’informations sur leur passé et leur famille, suffisamment de profondeur pour nous les rendre attachant et nous donner envie de savoir ce qu’il advient d’eux.

Pour finir, un petit mot sur la chute du livre afin de signaler qu’elle risque de dérouter les lecteurs de polars puisqu’elle flirte avec le fantastique et la science-fiction. Les amateurs du genre se trouveront, eux, en terrain de connaissance et lui trouveront sans doute un air de parenté avec les livres de Burroughs (civilisation cachée au cœur de l’Afrique) et de Jules Verne (organisation et description d’une cité souterraine).

Gallimard - Folio Policier - 2008

 

10 mai 2013

GENOCIDES - THOMAS DISCH

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Des extra-terrestres ont ensemencé notre planète d'une plante qui a bientôt recouvert la moindre parcelle disponible, entraînant destructions, bouleversements et famines. L'espèce humaine est quasi décimée et les rares rescapés tentent de survivre, disputant leur espace vital à cette plante immense et prolifique et à ses mystérieux gardiens. 

J'avais cru déceler en "Génocides" un petit récit post-apocalyptique comme je les aime. Hélas, je fus bien déçu. 

Certes, il y est question de la lutte pour la survie d'un groupe d'individus, en l'occurrence une petite communauté rassemblée sous l'égide d'un patriarche un peu illuminé. Mais, passées les cinquante premières pages, l'intrigue se resserre sur la vengeance d'un homme dont la compagne a été tuée par la communauté ainsi que sur la rivalité entre les fils du chef. 

Dès lors, nous suivons surtout les développements de ces deux fils conducteurs qui n'ont malheureusement pas grand chose de passionnant. Ajoutons à cela qu'une bonne part de l'histoire se déroule sous terre, dans les racines de la plante où les survivants ont trouvé refuge, restreignant encore le champ du récit et transformant l'histoire en un huis clos poussif. 

Bref, malgré ses 180 petites pages, ce livre traîne en longueur et, là où il y avait matière à une excellente nouvelle, je n'ai trouvé au final qu’un roman assez moyen. 

Ceci étant, il faut avouer que l’idée de départ est surprenante et originale et cette Terre transformée en culture pour extra-terrestres avec des humains ravalés au rang d’insectes nuisibles me restera un temps en mémoire ! 

Livre de Poche SF - 1990

 

 

10 mai 2013

LE PAYS D'ESPRIT - ROBERT YOUNG

untitled"Le pays d’esprit" est une anthologie de 11 nouvelles sélectionnées par Jean-Pierre Fontana. 

Anticipation, fantastique, science-fiction, toutes les littératures de l’imaginaire y sont abordées et nous permettent de découvrir l’univers de Robert Young. Un univers où science rime avec humanisme et dans lequel le rêve constitue une alternative logique à une triste réalité. 

J’ai particulièrement apprécié : 

- « L’ascension de l’arbre », une fable écologique dans laquelle les habitants d’une planète se rendent compte un peu tard que leur survie est étroitement liée à celle d’arbres gigantesques qu’ils s’acharnaient jusqu’ici à détruire. 

- « Sur le fleuve », petit bijou onirique nous contant comment deux suicidés se rencontrent dans une espèce d’antichambre de la mort et reprennent goût à la vie au contact l’un de l’autre. 

- « Saint- Georges et la Drangonmotive » où un  envoyé de la police internationale du passé enquête sur des inventions anachroniques apparues dans l’Angleterre médiévale. 

Mais toutes les nouvelles de cet auteur possèdent un charme indéniable, une douceur et un romanesque qui en font des lectures agréables et revigorantes. 

Editions NéO - 1982

 

10 mai 2013

LA VERMINE DU LION - FRANCIS CARSAC

untitledFabuleusement riche en métaux rares, la planète Eldorado excite bien des convoitises à commencer par celle du tout puissant Bureau International des Mines. Henderson, son directeur, est prêt à tout pour obtenir du gouvernement mondial la charte large qui lui permettrait de l'exploiter sans soucis des populations indigènes. Mais ses projets sont tenus en échec par Teraï Laprade, un géologue qui, avec l'aide des tribus Ihambés et de son paralion, tente d'éviter la mise sous coupe réglée de ce monde sauvage où il s'est installé. Il lui faudra cependant beaucoup de ténacité pour venir à bout des manigances du BIM et convaincre Stella Henderson, la fille du magnat, de la justesse de ses idées. 

Sixième et dernier roman de Francis Carsac, La vermine du lion est aussi son plus complet. Un roman protéiforme qui embrasse aussi bien le récit d'aventures tel que le concevaient Burroughs ou Haggard et le planet opera de Sprague de Camp et Poul Anderson.

Avec ce livre, Carsac se hisse au niveau de ces grands noms de la SF anglo-saxonne auxquels il adresse d'ailleurs de nombreux clins d'œil : la caméra miniature de marque Barnevelt de Camp et surtout Dom Flandry, le contrebandier au célèbre patronyme à qui il fait dire : «...je crois que dans le futur, quand la Terre aura fondé pour de bon son empire galactique, il y aura des Flandry dans l'armée ou dans la flotte, et je puis même parier que l'un d'entre eux s'appellera Dominique».

Anecdote mise à part, Carsac nous offre une histoire particulièrement dense qui ne laisse pas au lecteur le temps de reprendre son souffle. On est de suite embarqué dans cette lutte disproportionnée entre une multinationale et un idéaliste, happé par ses ramifications sur une planète primitive qui sera le théâtre de bien des aventures. Guerre civile, conflit religieux, faune sauvage, sacrifices humains, espionnage, vengeance, les péripéties s'enchaînent et les personnages ont fort à faire.

Ajoutons-y un background galactique cohérent et développé ainsi qu'une jolie petite idylle et cela nous donne une histoire romanesque mais jamais gnangnan portée par un personnage hors du commun, véritable condensé de tous les héros de la littérature populaire.

Teraï Laprade, c'est Tarzan qui sauve la femme blanche des périls de la jungle, c'est Allan Quatermain qui découvre la cité perdue, c'est Butch Cassidy la terreur des saloons, c'est l'impétueux pilote spatial. Un homme tel que Carsac a sans doute rêvé d'être : beau, grand, fort, terrible..., fait tout d'une pièce, impulsif, extrême dans ses amours comme dans ses haines. Mais c'est aussi un homme de cœur et d'esprit qui s'interroge sur le devenir de l'humanité et aspire à la liberté pour tous.

Quelques unes de ses réflexions illustrent fort bien son état d'esprit : "Non ce ne sont pas des hommes. Comme je vous l'ai dit, 54 chromosomes et 40 dents. Et aussi le foie à la place de la rate, etc. Mais ils ont des corps magnifiques, et leurs âmes valent bien les nôtres, si toutefois l'âme existe." "...les explorateurs, les scientifiques, les médecins, certains missionnaires, sont la partie noble de l'humanité. Malheureusement, bientôt arrivent les marchands, les militaires pour les protéger, et les exploiteurs qu'ils traînent derrière eux comme Léo traîne sa vermine. La vermine du lion, voilà ce que sont le BIM et les autres." "Les fanatiques, Stella ! La chose la plus vile, la plus horrible et la plus dangereuse du monde !"

Eloge de la tolérance, condamnation en règle du colonialisme des états et de l'impérialisme des consortiums, rejet des fanatismes, ce roman, comme d'autres de l'auteur, est un hymne à la liberté et au savoir vivre ensemble. C'est en tout cas une vraie réussite et un excellent moment de lecture qui, aussi, vous fera penser à Avatar.

Fleuve Noir Anticipation - 1967

9 mai 2013

LES MEMOIRES DE ZEUS - MAURICE DRUON

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Après deux longs millénaires de silence, Zeus s’adresse de nouveau aux humains et leur conte l’histoire de sa vie tumultueuse. 

Lorsque l’on entame un livre sur la mythologie grecque rédigé par un membre éminent de l’académie française, on s’attend généralement à découvrir un ouvrage d’érudit, excellemment écrit mais un rien ennuyeux. Et bien ce n’est absolument pas le cas et si l’écriture est élégante, le vocabulaire riche et les tournures choisies, la lecture de ce livre n’est à aucun moment rébarbative.

Et pourtant le pari était loin d’être gagné, car Maurice Druon s’est attaché à nous raconter les hauts faits des dieux grecs en respectant la chronologie de leur histoire alors que les grands anciens, Platon, Aristote et consorts, n’en faisaient aucun cas. 

Mieux, il a réussi à conférer à ces vieux mythes un aspect moderne en parvenant à trouver des points de convergence avec notre époque et en glissant, ici et là, des exemples et des commentaires souvent très intéressants et toujours amusants.

Bref, un fantastique bouquin qui nous permet de nous y retrouver dans cette pléthore de dieux, déesses, naïades, parques et autres divinités, de connaître leurs fonctions au sein de l’olympe et de découvrir leurs histoires de cœur et leurs rivalités. 

Une lecture à conseiller donc, et qui vous rappellera vos cours d’histoire ou d’initiation au grec de collège.

Bragelonne - 2007

 

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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