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4 mai 2013

LES ABOMINATIONS DE YONDO - CLARK ASHTON SMITH

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Le présent recueil propose 3 courts poèmes en prose et surtout 14 nouvelles dont plusieurs appartiennent aux cycles les plus connus de Klarkashton à savoir, Zothique, Hyperborée, Poseidonis et Averoigne. 

L’univers de Zothique nous met en présence de royaumes fabuleux et exotiques issus d'un croisement entre les civilisations mésopotamienne et égyptienne et les contes des mille et une nuits. Des 3 nouvelles qui s’y apparentent on retiendra surtout « Le voyage du roi Euvoran » , petit conte drolatique et haut en couleur se concluant sur une note d’humour grinçant. 

Le cycle de l’Hyperborée nous convie, lui,  à la découverte de fascinants royaumes nordiques. C’est pour l’auteur l’occasion de nous décrire des paysages d’une tristesse absolue où le froid, la neige et la bise règnent sans partage et distillent dans l’esprit des hommes qui s’y aventurent, les plus terribles angoisses.

J’ai particulièrement apprécié « Le démon des glaces » et les déboires d’un groupe d’aventuriers parti à la recherche des joyaux d’un roi enseveli avec son armée dans une grotte gelée. La folie s’emparant progressivement de chacun d’eux, on demeure partagé entre une explication rationnelle ou l’acceptation du merveilleux. 

« Un grand cru de l’Atlantide » appartient au cycle de Poseidonis qui s’attache à l’histoire ancienne de Mu ou de l’Atlantide. Il y est décrit comment une mystérieuse et dangereuse cité de l’Atlantide apparaît aux yeux d’un équipage de pirates ayant absorbé le vin contenu dans une très ancienne amphore. 

Dernier texte appartenant à un cycle, « L’enchanteresse de Sylaire » se déroule dans les contrées d’Averoigne, sorte de double fantastique de l’Auvergne médiévale. Cette nouvelle possède la beauté candide d’un conte d’Andersen mâtinée de Bram Stocker et sa chute (le héros préférant le rêve à la réalité) est inattendue et émouvante. 

Des autres nouvelles, j’ai surtout retenu « Les âges sombres » : sur une planète revenue à l’état de barbarie, une forteresse isolée du reste du monde tente de maintenir un îlot de science. L’irruption d’un jeune sauvage et son amour pour la fille du maître des lieux mettront un terme à cet anachronisme mais apporteront l’espoir d’une renaissance.

Editions NéO - 1988

 

 

 

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4 mai 2013

LA TERRE ENDORMIE - ARCADIUS

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A la suite d'une expérience qui a mal tourné, tous les mammifères de la planète, dont les hommes, se trouvent plongés dans un profond sommeil. Seuls sont demeurés éveillés les quelques savants responsables de la catastrophe, leur commanditaire et ses hommes de mains. Tandis que les premiers cherchent un remède à Londres ou Paris et que les autres jouissent de la situation, la végétation en profite pour reprendre ses droits ! 


C'est la couverture de ce livre trouvé chez mon bouquiniste favori, qui m'a incité à en faire l'acquisition. Difficile en effet de résister à la vision de ces immeubles submergés par une végétation luxuriante et à son titre accrocheur quand on est, comme moi, amateur de récits post-apocalyptique.
Car voyez-vous, ces quelques indices associés au résumé de la quatrième de couv' m'ont immédiatement fait penser à un livre du genre. Ce en quoi je n'avais pas tout à fait raison. 

On ne peut en effet pas vraiment parler de post-apo à propos de ce roman puisque c'est surtout la catastrophe, sa genèse, son déroulement et les bouleversements qu'elle induit qui intéressent l'auteur. L'après, le comment les survivants s'organisent n'est pas envisagé et, de toute manière, l'histoire se termine sur la promesse d'un retour à la normale. 

En fait, si je devais lui trouver une filiation, ce serait plutôt avec les romans catastrophes de "l'école britannique" et plus particulièrement avec les "Triffides" de John Wyndham car, dans ces deux livres, l'humanité est victime d'un fléau qui permet au règne végétal d'occuper le devant de la scène. 

Pour ce qui est de l'écriture, des dialogues ou du rythme, on est bien dans le ton de ce qui se faisait en France au début des années soixante. C'est particulièrement sensible avec les personnages qui demeurent assez convenus : un héros fort et néanmoins intelligent (c'est un chercheur !), une héroïne belle et volontaire (c'est une journaliste !) et un méchant tout à fait caricatural, à la fois savant fou et milliardaire mégalomane. Il y a même le petit détail qui tue avec cette inquiétante main métallique dont paraissent dotés tous les affreux de la littérature populaire ! 

On notera malgré tout quelques scènes de violence gratuite qui surprennent et dénotent dans ce livre par ailleurs bien sage. On y voit ainsi des soudards faire des cartons sur les passants endormis, en défenestrer quelques autres ou assister comme au spectacle au déraillement de trains que la main de l'homme n'est plus en mesure d’arrêter. 

Nous avons aussi quelques belles descriptions d'un Paris non pas désert, mais figé. Un peu comme si le temps s'était arrêté, transformant la ville en un gigantesque musée Grévin. Plus loin, l'auteur nous propose une jolie peinture d'une nature émancipée et comme prise de frénésie. Des rosiers barbelés, des lianes serpentines et des fleurs carnivores s'attaquent à de pauvres humains transformés en gibier. 

Lisez-le ! C'est classique mais néanmoins surprenant, désuet mais original.

Hachette - Le Rayon Fantastique - 1961

 

4 mai 2013

MARS BLANCHE - BRIAN ALDISS

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Touchée par une grave crise économique, la Terre n'a plus les moyens d'affréter des navettes vers ses colonies. Les habitants de Mars (quelques milliers de chercheurs, explorateurs, mineurs) se retrouvent donc isolés et contraints de se débrouiller seuls. Ils profiteront de cet isolement pour jeter les bases d’une société nouvelle et découvriront une étonnante forme de vie sur cette planète inhospitalière… 

Que ceux qui aime la SF avec ses vaisseaux spatiaux, ses combats galactiques et ses petits hommes verts passent leur chemin. Ici, il est surtout question de philosophie, d’ethnologie et de recherches scientifiques. Et c’est à la réalisation d’une société utopique où la place de l’homme est repensée que l’auteur nous convie. 

Brian Aldiss nous offre un roman dense, trop peut être, et j’ai souvent eu l’impression qu’il fallait être titulaire d’un doctorat de physique pour comprendre toutes ses digressions scientifiques. Malgré tout, les idées échangées par tous ces intellectuels ne manquent pas d'intérêt et méritent que l'on s'accroche. A découvrir.

Métailié - 2001

 

4 mai 2013

SPACE OPERA - JACK VANCE

untitledLa neuvième compagnie, une troupe musicle originaire de la lointaine planète Llaru, achève à peine une tournée triomphale sur Terre que, déjà, des voix s'élèvent pour crier à l'imposture. Il est vrai qu'à première vue rien ne les distingue du commun des terriens et leur qualité d'extra terrestre est donc sujette à caution. Pour ne rien arranger, ils disparaissent comme par enchantement, laissant Dame Isabel Grayce, la secrétaire de la ligue de l'opéra, en plein désarroi. Celle-ci décide alors d'organiser une grande tournée à destination de Llaru afin de déterminer si les autres races sont également sensible à la musique et surtout, faire la lumière sur la mystérieuse 9ème compagnie.

Outre l'équipage, un orchestre au grand complet et une troupe de chanteurs, elle se fait accompagner de Bernard Bickel un musicologue averti, de son neveu Roger, un charmant dilettante et surtout d’Adolph Gondar pilote d’astronef et impresario de la fameuse compagnie. Dans le même temps, Madoc Roswyn, belle et mystérieuse jeune femme, cherche par tous les moyens à rallier l'expédition...


Si Jack vance est un fantastique créateur d'univers, il sait aussi manier l'humour. La preuve avec ce roman dont rien que le titre annonce la couleur. Car de "space opéra" il sera bel et bien question, au propre comme au figuré ! Mais entendons nous bien. L'humour de Vance est léger. Pas question pour lui de nous servir une grosse farce ou une comédie burlesque et c'est plutôt sur le mode ironique qu'il nous conte les mésaventures de sa troupe de mélomanes.

La cible de ses moqueries ? L'élitisme d'une certaine partie de la société. Celle qui a des idées préconçues sur toutes choses. Celle qui pense que seules les classes sociales les plus "élevées" sont à même d'apprécier l'opéra, que les autres formes de musique ne présentent pas le moindre intérêt ou que les malfaiteurs ont nécessairement un faciès de brute.

Mais cette élite, dont Dame Isabel Grayce est le prototype absolu, en sera pour ses frais. Chacune de ses confrontations avec les races extra-terrestres qu'elle rencontre au cours de son périple fera ressortir le ridicule de sa position : les "striades" les prennent pour des représentants de commerce essayant de placer leurs instruments, un dirigeant des "aquatiques" juge leur musique indigne d'être jouée et les habitants de Rlaru, musiciens accomplis, leur préfèrent le jazz improvisé par les membres de l'équipage !

Côté suspense, action ou aventure, peu de chose à se mettre sous la dent et c'est à peine si l'attitude étrange de Madoc Roswyn puis d'Adolph Gondar éveillent notre intérêt.

En revanche, la profondeur des personnages (le flegmatique Roger, l'inébranlable Dame Isabel...), la richesse des descriptions et l'humour des dialogues nous font passer un agréable moment.

Roman finalement bien classique pour qui connaît l'auteur et sans doute même mineur si on le compare à ses grands cycles, "Space opera" permet néanmoins à Monsieur Vance d'enrichir sa palette de personnages et de planètes. On ne s'en plaindra pas.

Pocket SF -1983

4 mai 2013

TERRITOIRE INTERDIT - DENNIS WHEATLEY

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Un appel au secours de leur ami Rex Van Ryn contraint les trois mousquetaires du surnaturel que sont Simon Aron, Richard Eaton et le duc de Richeleau à se rendre en Russie Soviétique. 

Ce roman est le premier des nombreux ouvrages que Dennis Wheatley a consacré au personnage du duc de Richeleau et à ses sympathiques amis. C’est sans doute pour cela que l’on n’y trouve pas encore la moindre trace de surnaturel et que les forces du mal y sont remplacées par un ennemi à peine moins dangereux : le Guépéou, ancêtre du KGB.

Malheureusement, cette absence de dimension fantastique fait cruellement défaut à une intrigue bien banale et les mésaventures de nos héros ont un côté un peu mièvre.

Le seul véritable intérêt de ce livre tient donc au fait que, écrit dans les années trente, il illustre l’état d’esprit des occidentaux à l’égard du régime soviétique et imagine le sort des opposants déportés en Sibérie. Mais là encore la démonstration n’est pas convaincante, d’autant que nous savons depuis que la réalité a amplement dépassé la fiction. 

Alors, si l’on souhaite lire un témoignage sur la vie au goulag, mieux vaut lire un livre de Soljénitsyne et notamment « Une journée d’Ivan Denissovitch ».

Editions NéO - 1985

 

 

 

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4 mai 2013

HOMO DIVISUS - KONRAD FIALKOWSKI

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Lorsque Stef Korn se réveille à l'hôpital après le terrible accident de voiture dont il a été victime, il se rend vite compte que les choses ont bien changées pendant son sommeil. S'il retrouve bien par moment certains repères familiers, c'est un univers futuriste qui, la plupart du temps, s'impose à lui. 

Combien de temps a donc duré son coma ? Pourquoi cette sensation de vivre sous contrôle ? D'où vient l'impression que son corps vit une vie indépendante pendant son sommeil ? Voici quelques-unes des questions auxquelles il va tenter de trouver une réponse. 

Ces réponses, Julius Terton les détient, lui dont l'esprit a été introduit dans le cerveau de Stef lorsque son propre corps est arrivé en fin de vie. Une situation qui ne l'enchante guère. C'est qu'il n'est pas partageur Julius, et il va tout faire pour rester seul...

 

Pour autant que je m'en souvienne je n'avais encore jamais lu de SF polonaise. C'est donc avec curiosité que j'ai entamé ce livre acheté au hasard d'un marché pour un euro symbolique. Mal m'en pris ! J'ai dû déployer des trésors d'obstination pour venir à bout d'une histoire incroyablement confuse et sans grand intérêt. 

A vrai dire, je soupçonne Konrad Fialkowski d'avoir voulu écrire un roman à la manière de Philip K. Dick, une histoire où réalité et monde virtuel s'imbriquent et interagissent. Le résultat est cependant à des années lumières d'œuvres comme "Ubik" ou "Le maître du haut château". 

Les repères manquent, le fil conducteur est ténu et l'on se demande sans cesse à qui ou quoi l'on a affaire, où l'on se trouve... Il m'aura ainsi fallu attendre la moitié du livre pour comprendre que deux personnages cohabitaient dans un même corps qui lui-même évoluait sur deux plans différents. 

J'ai peut-être l'esprit un peu lent mais tout cela m'a paru beaucoup trop embrouillé et ne débouchant finalement sur pas grand chose. Et comme les personnages, hormis le "héros", manquent cruellement de profondeur, ne sont qu'esquissés ou ne font que de brèves apparitions, on aboutit à un résultat extrêmement pauvre. 

Alors, rien a retirer de ce livre ? Eh bien non ! Sauf peut-être une réflexion assez juste sur la perception du temps qui passe et la difficulté à s'adapter à un environnement qui évolue trop vite. 

«Homo divisus» est le dernier roman de la série Super-fiction publiée chez Albin Michel. Ce n'est pas ce qui s'appelle "finir en beauté" !

Albin Michel - Super Fiction - 1983

 

4 mai 2013

DOUGLAS KENNEDY - CUL-DE-SAC

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Nicholas Hawthorne, américain de 38 ans, a quitté son emploi de pigiste pour s'octroyer des vacances dépaysantes en Australie. Alors qu'il traverse le pays à bord d'un vieux combi, Nick fait la rencontre d'une jeune et peu farouche auto stoppeuse : Angie. Commencent alors plusieurs journées très chaudes et copieusement arrosées au terme desquelles il se réveille à Wollanup, bourgade microscopique perdue au milieu du bush australien. 

Mais il n'est pas au bout de ses surprises ! Il découvre qu'il est désormais considéré comme l'époux de Angie, que son beau-père est le chef de la petite communauté (une cinquantaine de personnes réparties en 3 ou 4 familles) et qu'il lui est interdit de quitter sa famille d'adoption. Bien déterminé à quitter ce trou paumé et sa tribu de dégénérés, Nick devra faire preuve de patience et tenter, si possible, de trouver des alliés. 


Une de mes meilleures lectures de l'année. Ce roman, irrésistible de drôlerie, emprunte ce qu'ils ont de meilleur à plusieurs genres. 

La comédie tout d'abord car les mésaventures de Nick au pays des ploucs sont absolument tordantes. Les personnages sont hors normes et les situations délirantes, parfois outrancières (la chasse annuelle aux chiens) mais jamais grotesques. 

Le thriller ensuite car, en dépit de ce qui précède, il y a une réelle tension. Dans cette affaire, c’est la vie de Nick qui est en jeu et il lui faut enquêter sur ses geôliers s'il veut se donner les moyens de réussir son évasion. 

La robinsonnade enfin, puisque cette communauté fantôme qui a décidé de vivre en marge du système ressemble énormément à des naufragés tentant de survivre sur leur île. Les descriptions de Douglas Kennedy sont même assez fouillées et nous font découvrir une micro société, avec ses rites, ses interdits, son organisation du travail, son gouvernement et même sa monnaie. 

Mais ce livre est aussi plus fin qu'il n'y parait et, derrière la grosse comédie, la critique pointe le bout de son nez. Car Wollanup, c'est le résultat d'un double échec. L'échec du libéralisme dans ce qu'il peut avoir de plus inhumain. Celui qui pollue une région entière et expose les populations à des produits dangereux. Celui qui ferme ses usines dès que la rentabilité vient à baisser sans se soucier de condamner toute une région. Celui pour qui les salariés ne sont que des variables d'ajustement et non des individus de chair et de sang. Mais c'est également l'échec d'une utopie, d'une certaine forme de communisme qui se serait dissout dans la bière, le farniente et la chaleur. 

Folio Policier - 2006

 

4 mai 2013

PARABELLUM TANGO - PIERRE PELOT

untitledSur une planète et en un temps indéterminés coexistent deux territoires bien distincts. D'un côté le "Domaine de l'œil", état surprotégé où les citoyens sont totalement pris en charge mais aussi soumis à un contrôle inquisitorial permanent. D'autre part la "Hors-vue", immense zone de non droit.

C'est dans cet univers que nous suivons le parcours de deux hommes. Anton Girek est un chanteur de rock contestataire, auteur du célébrissime "Parabellum Tango" qui prône la révolte face au pouvoir hégémonique du domaine. Également natif de la Hors-vue, Woodyn Noman n'a au contraire d'autre vœu que de réussir son intégration dans ce domaine où il vient d'être accepté.


Encore un roman intéressant de Pierre Pelot bien que souffrant d'une mise en forme par trop statique. Les personnages m'ont parus un peu figés, comme manquant de ressort. Il est vrai qu'il leur est difficile de chambouler le cours de leur destinée, que les dés sont pipés et la lutte disproportionnée.

Mais j'aurais tout de même apprécié de les voir davantage à l'oeuvre. Girek ne fait finalement pas grand chose d'autre que se lamenter et Noman est rapidement privé de toute volonté. Quant à Léna, personnage féminin d'importance puisque faisant le lien entre Noman et Girek, elle disparaît très vite du récit sans raison particulière.

Le style de narration choisi par l'auteur y est aussi pour quelque chose. Pierre Pelot use et abuse du monologue intérieur. La psychologie des personnages nous est ainsi copieusement révélée mais cela se fait au détriment de l'action. Voilà pour la forme.

Le fond est en revanche nettement plus intéressant. Pierre Pelot nous propose une fois encore l'une de ces sociétés dystopique qu'il affectionne. Une société à deux visages. Mais deux visages d'une même répression.

Le "Domaine de l'oeil" est un état policier où les caméras (les scruts) sont relayées par les hommes (les veilleurs) et par les AC, ces animaux de compagnie remis à chaque citoyen, soit disant confidents mais en réalité mouchards. La Hors-vue est un monde où règne l'insécurité mais dans lequel le domaine intervient néanmoins pour éliminer les gêneurs.

Woodyn Noman et Anton Girek sont tous deux victimes de ce système inhumain. Le premier est attaqué de front, censuré, molesté, mis au ban. Le second, comme d'ailleurs tous les citoyens du domaine, doit renoncer à son libre arbitre. Il doit respecter un code de loi précis et personnalisé, exercer l'emploi proposé et même accepter la compagne qu'on lui désigne !

Dans l'un et l'autre cas, l'objectif est le même : annihiler toute velléité de révolte, toute pensée divergente. Une jolie démonstration de la politique de la carotte et du bâton : la promesse du paradis pour les bons petits soldats et le rejet ou l'élimination pour les autres.

Denoël - Présence du Futur - 2000

4 mai 2013

BLIZZARD - GEORGE STONE

untitledQuelques jours avant les fêtes de Noël, la côte est des Etats-Unis est touchée par une une tempête de neige et une chute des températures sans précédents. Dans le même temps, un scientifique de renom disparaît mystérieusement. Paul Garfield, éminent climatologue ayant un temps travaillé pour le ministère de la défense, devine un lien entre ces deux événements et entreprend d'alerter les autorités. Il recevra l'aide d'une journaliste et d'un jeune sénateur.

 

Malgré un argument général qui s'apparente à la SF ce livre me paraît surtout relever du roman d'espionnage. Nous retrouvons ainsi bon nombre des figures imposées du genre (des satellites espions, des militaires bornés, des scientifiques sans éthique, des politiciens de tout poil...) et la recherche de la vérité constitue le véritable cœur de l'intrigue.

Une vérité que l'on devine bien vite tout comme l'identité des coupables. Mais çà n'est pas bien grave puisque l'intérêt du bouquin réside surtout dans la course contre la montre et contre les éléments déchainés, menée par une poignée d'individus. Nous n'échapperons d'ailleurs pas à certains clichés des « films catastrophes » dont celui du scientifique qui détient seul la vérité mais qui peine à la faire reconnaître par les autorités.

Roman d'anticipation sans prétention « Blizzard » nous propose une lecture honnête et sans surprises, émaillée de jolies descriptions des States paralysés par le froid, la neige et le vent. Une curiosité.

Marabout -1978

4 mai 2013

LA PRINCESSE NOIRE - SERGE BRUSSOLO

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Enlevée par des vikings puis vendue, Inga, jeune femme de 16 ans, se retrouve au service de la princesse noire. Celle-ci vit retirée dans une forteresse délabrée en compagnie des nombreux enfants qu’elle a sauvés de la coutume viking imposant que les nouveaux-nés mal-formés soient abandonnés aux loups. Désormais préposée à l’intendance du château, Inga devra faire preuve de sagacité et d'obstination pour survivre au milieu de cette cour des miracles et percer les nombreux secrets qui pèsent sur l'île, le château et ses souterrains. 


Lorsqu'on entame un livre de Serge Brussolo, on sait d'avance que l'on va être ballotté en tous sens comme une coque de noix sur l'océan déchaîné de son imagination. L'auteur a le don de nous emmener là où il veut, nous faire escalader des sommets pour nous rejeter ensuite à des profondeurs inouïes, nous faire croire au merveilleux et nous remettre brutalement les pieds sur terre. 

A ce titre, " La princesse noire " est un modèle du genre. L'auteur y multiplie les fausses pistes et les spéculations les plus invraisemblables. Chaque personnage y va de son allusion, de sa théorie sans qu'il nous soit possible de démêler le vrai du faux, la confession du mensonge. Un exemple. Quelle est l'origine de ce bruit qui résonne dans les souterrains de la forteresse ? L'épave d'un drakkar cognant contre la falaise, un dragon assoupi, un bersekker devenu fou, une divinité scandinave ? Toutes ces solutions sont envisagées l'une après l'autre pour être finalement abandonnées au grès des découvertes de l'héroïne. Pour autant elles ne sont pas définitivement rejetées et sont parfois réutilisées en d'autres circonstances ou sous un autre aspect.

Pour le reste, nous retrouvons dans ce récit d'une implacable vengeance quelques uns des thèmes chers à l'auteur au premier chef desquels celui de la transformation et de la maltraitance des corps. Il y est question de brûlures et de tatouages, d'yeux crevés et de visages défigurés, sans oublier bien sûr les malformations, naturelles ou provoquées, dont souffrent les petits prisonniers. Le thème de l'enfermement est lui aussi particulièrement à l'honneur avec cet univers trois fois clos : une île peuplée de vikings arriérés croyant encore aux anciennes divinités scandinaves, un château dont on ne sait s'il demeure fermé pour empêcher une attaque extérieure (il y en aura bien une) ou une évasion, et, plus mystérieux encore, des souterrains. Chacune de ces "prisons" possédant ses propres règles, ses chefs, ses dieux, ses légendes et ses dangers.

Ce livre n'est sans doute pas le plus imaginatif de tous les Brussolo que j'ai pu lire (il y en a tant !) mais il constitue sans conteste un bon opus dans sa veine médiévale. Notons à ce propos qu'Inga aurait pu se prénommer Marion à l'instar de l'héroïne de "Pèlerins des ténèbres" et "La captive de l'hiver" avec laquelle elle partage âge et profession. 

Livre de Poche - 2004

 

4 mai 2013

LA DIANE DE L'ARCHIPEL - PAUL D'IVOI

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Pour se venger de Nali, la jeune femme qui l’a éconduit et de son fiancé Jean Fanfare, le sculpteur Ergopoulos a conçu un plan diabolique : plonger la pauvre enfant en état de catalepsie et couler sur son corps un sarcophage d’aluminium à sa ressemblance. Puis, son forfait accompli, il s’avise de faire don de la statue ainsi obtenue au musée du Louvre. Dès lors, pour sauver sa belle, Jean Fanfare n’a d’autre solution que de récupérer la statue même s’il lui faut pour cela traverser la moitié de l’Europe. 

Ce roman fait partie de la série des « Voyages excentriques » que Paul d’Ivoi à conçue afin de surfer sur la vague des « Voyages extraordinaires » de Jules Verne. Mais on s’aperçoit vite que l’on est loin des œuvres du maître en matière d’imaginaire déployé et de sens du récit. 

Ici l’intrigue se résume à une longue course poursuite à travers l’Europe, émaillée de quelques rebondissements et quiproquos. Nous suivons ainsi nos personnages en Angleterre, en Allemagne, en Russie, en Grèce, en Italie et enfin en Espagne, chacun de ces pays servant de décor à une aventure ou étant l’occasion d’un intermède humoristique et ethnologique. J’ai d’ailleurs souvent eu l’impression de feuilleter le guide Michelin tant l’auteur s’y livre à d’interminables inventaires des richesses contenues dans les différents musées européens ainsi qu’à de non moins longs apartés sur l’histoire de ces nations.

Signalons au passage que les différents peuples rencontrés sont présentés selon l’imagerie populaire de la fin du XIXème siècle. Il ne faut par conséquent pas trop s’émouvoir d’y découvrir des allemands brutaux, des anglais ridicules quoique astucieux, des russes arriérés et des italiens voleurs... tandis que les français, parangons de l’honneur et de la fidélité, n’ont qu’un défaut : être des séducteurs !

Les personnages sont eux aussi stéréotypés  (héros intrépide, jeune vierge et sinistre crapule) mais j’ai néanmoins éprouvé quelque sympathie pour Lucien Vemtite, fonctionnaire en disponibilité et indécrottable rimailleur et pour le trio de clowns britanniques : Frig, Frog et Lee. 

Pour ce qui est de l’action je suis en revanche moins indulgent et regrette d’avoir eu à me contenter d’un ou deux vols, deux, trois kidnappings et quelques évasions, d’autant qu’il y a toujours un passage secret, un outil ou une main secourable pour aplanir toutes les difficultés.

Et la SF dans tout çà me direz-vous ? Et bien elle se fait fort discrète et réside toute entière dans l’invention du professeur Taxidi : le Karrovarka (chariot-barque), sorte de véhicule électrique, blindé et amphibie.

Ceci dit, et malgré toutes ces réflexions, je dois avouer que je ne regrette pas cette lecture. Son côté délicieusement désuet et le style solide de son auteur (Monsieur d’Ivoi a des lettres et du vocabulaire) en font une lecture éminemment sympathique que je compte bien renouveler avec l’un des 20 autres volumes de cette série.

J'ai lu - Voyages excentriques - 1982

 

 

4 mai 2013

LE MAITRE DES OMBRES - ROGER ZELAZNY

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Désormais immobile, la Terre est scindée en deux hémisphères que tout oppose. Une moitié éclairée où science et modernité s’épanouissent et une face obscure livrée aux ténèbres de la magie et de la féodalité.

Parce qu’ils l’ont trahit et lui ont volé l’une de ses vies, Jack des ombres s’est juré de punir les seigneurs du royaume de la nuit. Il lui faudra pour cela affronter les turpitudes de sa renaissance et les dangers de la face lumineuse. 

 

Ce court roman de Zelazny ne tient pas ses promesses.

Je m’attendais à découvrir une fantasy subtile jouant de l’opposition entre deux mondes, l’un moderne et cartésien, l’autre fantastique et médiéval. Or ce n’est pas le cas. La quasi totalité de l’histoire se déroule sur la face obscure tandis que l’autre n’est évoqué que le temps de deux brefs chapitres. 

C’est dommage, d’autant que le héros est censé y avoir passé plusieurs années, s’y être fait une situation, des relations, un ennemi et surtout, y avoir trouvé la clé de Kolwynia, c’est à dire le moyen d’accroître sa puissance. Nous n’en saurons d’ailleurs pas plus sur la nature de cette clé ni sur la façon dont il se la procure. C’est comme çà. Il faut l’accepter, un point c’est tout.  Comme il faut accepter que sa vengeance soit expédiée en deux coups de cuillères à pot. Et là, c’est encore plus frustrant puisque cette vengeance constituait le moteur même de l’intrigue.

Alors que reste-t-il à évoquer dans la seconde partie de ce roman ? A vrai dire pas grand chose. L’auteur s’y perd en considérations pseudo philosophiques sur le pouvoir, l’immortalité et la conscience tandis que son personnage passe le plus clair de son temps en vaines discussions avec son âme. C’est lent, bourré d’allégories et j’ai beaucoup peiné pour en venir à bout.  

Je préfère Zelazny lorsqu’il est plus léger, moins ambitieux peut-être, mais en tout cas plus distrayant. Je garderais néanmoins en mémoire l’évocation de son royaume de la nuit, nouveau tartare où les immortels sont les prisonniers volontaires du rayon d’action de leurs pouvoirs.

Pocket SF - 1978

 

4 mai 2013

DE VAGUES ET DE BRUME - JEAN-PIERRE ANDREVON

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En 2248, la Terre est profondément différente de ce qu'elle était au XXIème siècle. Les catastrophes climatiques ont modifié sa géographie et la "Nouvelle Fédération Mondiale" préside désormais à sa destinée. 

Lucy Liu, jeune franco-chinoise dotée de facultés sensorielles particulières est l'un de ses agents. Sa nouvelle mission va l'emmener au coeur du croissant de San Juan, un conglomérat d'îlots nés de l'effondrement de la faille de San Andreas.

C'est là que le docteur Josserand Mulstein, généticien de renom, est soupçonné d'avoir trouvé refuge. Lucy doit vérifier cette hypothèse et surtout, s'assurer qu'il ne s'y livre pas à des recherches interdites


Entre nouvelle un peu longuette et roman trop court la novella est un format bâtard qui convient néanmoins à certains récits. C'est le cas pour ce petit texte dynamique et sans temps morts dans lequel Monsieur Andrevon nous propose sa version de " L'île du Dr Moreau ". 

Enfin, plus qu'une nouvelle version, il s'agit davantage d'une variante moderne du roman d'H. G. Wells. Les deux œuvres ont en commun le cadre insulaire de leur action, la figure du savant isolé et les manipulations génétiques. En revanche les motivations de Moreau et de Josserand sont profondément différentes puisque le premier veut "humaniser" les animaux tandis que le second souhaite améliorer l'espèce humaine grâce à eux. 

Guère plus de ressemblance du côté des autres personnages. Lucy est une femme moderne et émancipée à cent lieues du naufragé de Wells et les îliens qui peuplent l'archipel sont une création originale. La description de leurs mœurs archaïques et de leur environnement est d'ailleurs l'un des aspects les plus plaisants du récit. Les igloos de pierre qui constituent leur habitat, les vents incessants qui balaient leurs îles ou l'originalité de leur cellule familiale (la mariade) sont convaincants. Convaincante aussi est la chute, légèrement surprenante et bien amenée. 

Editions du Rocher - Novella SF - 2004

 

3 mai 2013

LE CERCUEIL DE CHAIR - PASCAL FRANCAIX

untitledIl se passe de drôles de choses à Noordpeene, triste petit village des Flandres françaises. Un indien meurt dans de mystérieuses circonstances, de vieilles dames s'adonnent au spiritisme, un curé de campagne se voit confier la garde d'une étrange enfant, des personnes disparaissent... Horla, vieil érudit vivant à proximité de la bourgade, y décèle les manifestations d'un culte ancien et démoniaque. Décidé à intervenir, il sera confronté à un puissant sorcier et sa protégée : une jeune goule.

Malgré quelques scènes morbides et repoussantes à souhait, ce tout petit roman m'a déçu par son manque de cohésion. Je n'y ai vu qu'une succession de tableaux qui se veulent percutants mais qui n'ont malheureusement rien de très neufs. Une scène de spiritisme, une cérémonie impie dans une église, une violation de sépulture et pour finir un exorcisme un peu particulier, il n'y a pas vraiment là de quoi fouetter un chat, même noir.

Et puis cette manie de vouloir utiliser à tout prix des mots rares ou compliqués ! On ne compte plus les «térébrant», «vastitude», «intrados» et autres «ébrasements». Je conçois que l’auteur ait à cœur d’utiliser le mot juste, mais le plus souvent, cela n'apporte rien au récit et alourdit au contraire la narration.

Mais soyons tout de même indulgent puisqu'il s'agit (dixit la 4ème de couverture,) d'un premier roman et retenons surtout sa description d’un nord pluvieux et cafardeux que n’aurait pas désavoué Jean Ray.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

3 mai 2013

LES ENFANTS DE L'HIVER - MICHAEL CONEY

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Après une catastrophe nucléaire la Terre connaît une nouvelle ère glaciaire. Tout a disparu sous plusieurs mètres de glace. La neige couvre de vastes territoires balayées par un vent continuel et sur lesquels on ne peut se déplacer qu'en ski, en raquettes ou en traineau. 

Jacko et sa petite tribu ont trouvé refuge dans le clocher d'une église qui émerge au milieu des étendues gelées. Cet abri leur permet aussi d'accéder à un village pris dans les glaces et aux boutiques et supermarchés où ils trouvent l'essentiel de leur nourriture. Mais cette manne tend à s'épuiser, les munitions à manquer et leur petit nombre rend leur position précaire face aux terribles "mangeurs de chair". Aussi songent-ils de plus en plus à migrer vers le sud. 

L'irruption de nouveaux venus et quelques découvertes changeront le cours de leur destinée. 


"Les enfants de l'hiver" est un roman de SF classique qui met en scène un groupe d'individus confrontés à une nouvelle période glaciaire. 

Pas vraiment d'intrigue dans ce livre, pas de grand secret ou de vengeance à long terme, pas de quête ou de lutte manichéenne. Juste le récit quasi journalier de leurs efforts pour survivre dans des conditions extrêmes. Et ils ont effectivement de quoi faire. Leur environnement recèle bien des dangers, à commencer par le froid, la glace et la neige. 

L'omniprésence de ces éléments est parfaitement rendue et l'on est saisi par cet univers uniformément blanc, par les grandes solitudes enneigées ou l'étouffement des galeries souterraines sombres et gelées. Il y a aussi les Pads, ces ours polaires hyper agressifs qui constituent la principale source de viande fraîche, et les "mangeurs de chair" un clan puissant et bien organisé pour qui la chair humaine est aussi bonne que celles des Pads et surtout moins difficile à chasser. Comme si cela n'était pas suffisant il leur faut également compter avec la promiscuité et les désirs de chacun. 

La peinture des différents caractères et des relations qu'ils entretiennent constitue d'ailleurs l'autre aspect essentiel du livre. Les récriminations incessantes de Cockade, les mensonges de Switch, l'alcoolisme de Shrug. sont autant d'obstacles que Jacko devra surmonter pour sauver le groupe et lui assurer un avenir. 

Malgré tout, le roman aurait pu s'enliser si Michael Coney n'avait introduit, en cours de route, d'autres personnages. De nouvelles relations se créent, des alliances se forment et l'action s'en trouve relancée. Il y aura des combats, au fusil ou à la dynamite, sous terre et à l'air libre et une étonnante course-poursuite en traineau qui m'a rappelée l'attaque de la diligence dans les westerns de mon enfance ! 

Cela nous donne au final un roman très agréable à lire, servi par un style simple et des phrases courtes qui permettent une lecture aisée et accessible même à de jeunes lecteurs. Mais rassurez- vous, ce livre ne recèle pas la moindre trace de mièvrerie et la chute, chef d'œuvre d'humour grinçant, vous en convaincra.

Albin Michel - Super Fiction - 1976

 

3 mai 2013

TRAIN PERDU WAGON MORT - JEAN-BERNARD POUY

untitledAlors que le train de nuit Paris- Hailwan traverse la plaine du Maalburg en direction de la capitale de Zoldavie, le wagon de queue se détache mystérieusement. Lorsque la voiture s'immobilise, ses 18 passagers quittent leurs couchettes et s'aperçoivent avec stupeur qu'ils sont désormais isolés en rase campagne, à plus de quarante kilomètre de la première bourgade. Les heures, et bientôt les jours, s'écoulant sans qu'aucun secours ne s'annonce, la confiance des débuts fait place à l'inquiétude puis à la peur. Nos robinsons ferroviaires sont alors contraint de s'organiser pour survivre au milieu d'une contrée inconnue et peut-être dangereuse.


Surprenant, angoissant, captivant. Tels sont les qualificatifs qui me viennent à l'esprit à propos de ce tout petit roman d'à peine 150 pages. Sur un thème original (l'abandon de quelques voyageurs le long d'une ligne de chemin de fer), Jean-Bernard Pouy nous concocte un petit bijou où le suspens le dispute à la psychologie sociale.

Les personnages sont joliment croqués et les rapports qui se créent entre eux, dans ces circonstances exceptionnelles, sont passionnants à suivre. Il est vrai que l'on trouve de tout parmi ces voyageurs. Des chefs naturels, des suiveurs, des râleurs, des mécontents, des angoissés, des peureux...bref un panel assez juste de messieurs-dames tout le monde, pas plus courageux ou sympathique que la moyenne, mais pas moins non plus. Certaines individualités se démarquent toutefois, prennent l'ascendant sur leurs compagnons et imposent leur point de vue. Pour tous les autres, ce sont les réflexes ancestraux qui dominent, le besoin de sécurité, de chaleur humaine : l'instinct grégaire est à l'œuvre.

Mais ce qui accroît la tension et donne tout son piquant à l'intrigue, c'est l'incertitude totale dans laquelle se trouvent nos infortunés voyageurs. Coupés du monde, perdus au fin fonds d'un pays étranger lui-même assez secret (on devine que la Zoldavie est un pays d'Europe de l'est comme on il en existait au temps du "Rideau de fer"), les spéculations vont bon train. D'abords simples et frappées au coin du bon sens (l'incurie des chemins de fer zoldaves), les hypothèses les plus folles sont envisagées tour à tour (un jeu de téléréalité, une guerre) et le moindre indice prend dans ce contexte une importance démesurée.

Au milieu de tout çà, il y a aussi la rencontre de François, le narrateur, et de Violette. Deux être forts différents mais que rapproche une même détermination à vivre et qui, face à un futur incertain, sont bien décidés à profiter pleinement du présent. Leur relation est une petite oasis de fraîcheur qui permet de souffler un peu entre des scènes tragiques ou mouvementées.

Une chose est en tout cas certaine, c'est que l'on a hâte de connaître le fin mot de l'histoire et, le roman étant court, on ne le quitte plus jusqu'à son dénouement. Un dénouement un peu déroutant avec une fin ouverte mais qui s'accorde parfaitement à l'étrangeté du récit. Qui laisse aussi une petite chance à François et Violette, au rêve autant qu'à la réalité. Moi, j'ai fais mon choix. A vous d'en faire de même !

Points Roman Noir - 2009

3 mai 2013

LA PIERRE PHILOSOPHALE - COLIN WILSON

untitledSoupçonnant une relation de cause à effet entre longévité et activité cérébrale intense, Howard Lester entreprend des recherches afin de confirmer son intuition. Avec l'aide d'un universitaire qui partage les mêmes convictions, il parvient à mettre au point une très légère opération du cerveau permettant d'élargir le champ de la conscience humaine.

Ayant expérimenté sur eux même le résultat de leurs recherches, ils se découvrent alors de nouvelles capacités. Outre une intelligence accrue, les voici désormais capables de remonter le temps par la pensée lorsqu'ils sont mis en présence d'un objet ou d'une photographie. Cette " technique " leur fait entrevoir l’existence d'entités toutes puissantes ayant précédé l'apparition de l'homme. Mais ne risquent-ils pas de réveiller ces terribles puissances ? 

 

Nombreux sont les romans fantastiques se présentant sous la forme de mémoires. Racontées à la première personne, sous le sceau de la confidence, elles confèrent aux évènements incroyables qu’elles rapportent toute l’apparence de la vérité. Et lorsqu’en plus leur auteur précise qu’il s’agit d’un simple témoignage n’ayant pas vocation à être diffusé, il ne nous est plus possible de douter de sa bonne foi ; quelle raison aurait-il de mentir puisqu’il n’attend rien de ses révélations ? 

Les mémoires d’Howard Lester comportent deux parties. La première n'est guère passionnante et pour tout dire je l'ai même trouvée assez rébarbative. Il s'agit purement et simplement du compte rendu des recherches auxquelles se livre le héros. Ce n'est pas à proprement parlé inintéressant. C’est même sans doute nécessaire pour planter le décor. Mais il faut faire preuve d'une bonne dose de persévérance pour venir à bout de cette longue énumération de réflexions, voyages, études et expériences.

Heureusement, tout se décante dans une seconde partie qui nous réserve quelques révélations surprenantes. Attention tout de même, l'action demeure quasi inexistante et reste cantonnée aux salles de musées. Toutefois, si les voyages n'ont lieu que par la pensée, les découvertes réalisées par les personnages n’en sont pas moins palpitantes. Un véritable suspens s’installe au fur et à mesure que leur enquête progresse et qu’un terrible bras de fer intellectuel et psychique s’engage avec leur ennemi.

Il faut dire que nos héros ont fort à faire puisque leurs adversaires ne sont autres que les Grands Anciens dont Lovecraft nous a tant parlé. Il sera d’ailleurs un peu question du «Maître de Providence» considéré par l’auteur comme un précurseur sur le chemin de la vérité. Mais si Lovecraft était guidé par sa seule sensibilité artistique,  Howard Lester entend apporter des preuves irréfutables de l’existence de Chtullu et Cie.

Et c’est d’ailleurs toute l’originalité de ce livre que de donner une explication «rationnelle» à ce grand mythe de la littérature fantastique. Mû, l’Atlantide et les Grands anciens sortent ainsi du domaine de la légende et prennent pied dans la réalité historique de notre planète.

Ce roman d’un abord difficile n'est sans doute pas un chef d'œuvre du genre, mais constitue en tout cas une approche neuve de l’œuvre de Lovecraft, entre hommage et réécriture. Une curiosité à découvrir !

Editions NéO - 1982

3 mai 2013

LES HOMMES STELLAIRES - LEIGH BRACKETT

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La vie de Michael Trehearne bascule le jour où il rencontre Kerrel et Shairn, deux représentants de la race des Varddas qui reconnaissent en lui l'un des leurs et acceptent de le ramener sur leur planète natale : Llyrdis. C'est ainsi qu'il découvre la société Vardda et son peuple de commerçants et d'infatigables voyageurs, les seuls à avoir accompli la "mutation" qui permet de supporter les voyages interstellaires. 

Or, la technique permettant cette mutation a disparue 1000 ans plus tôt en même temps que son inventeur, Orthis. Depuis, les Varddas profitent d'un monopole commercial incontesté qui n'est pas sans soulever quelques rancœurs parmi les autres peuples. 

Après quelques aventures sur de lointaines planètes, Michael se rangera aux côtés des orthists, ces opposants qui souhaitent retrouver le vaisseau du célèbre inventeur et partager sa découverte avec tous les peuples de l'univers. 


J'aime bien de temps à autre me plonger dans un bon vieux space-opera comme en écrivaient les anglo-saxons dans les années 50/60. Cette fois-ci, mon choix s'est porté sur un roman de Leigh Brackett, connue pour ses cycles martiens mais aussi comme épouse de Edmond Hamilton, le papa du capitaine Flam. 

Le résultat fut conforme à mon attente. Des vaisseaux spatiaux en pagaille, des planètes à foison, des constellations, des spatioports, des humanoïdes, bref, tous les fondamentaux du genre étaient fidèles au rendez-vous. J'ai donc pu, quelques heures durant, goûter au charme un peu naïf de la science-fiction d'antan. 

Certains passages m'ont tout de même fait sourire et il ne faut pas être trop regardant sur les explications qui nous sont fournies concernant la propulsion des fusées ou la prédominance de la race humanoïde à travers l'univers. Un peu d'indulgence aussi pour la charmante idylle, très sage et bien proprette, vécue par le couple de héros et sur laquelle pèse la menace d'un dangereux rival ! 

Ceci étant et malgré son déroulement simple et conventionnel, ce roman est un peu plus profond qu'il n'y parait. Il pose en effet une importante question qui constitue d'ailleurs le cœur même de l'histoire : une nation peut-elle conserver pour elle seule une découverte scientifique ou bien doit-elle la partager avec les autres peuples ? Je dois avouer que j'ai été surpris de trouver une réflexion de ce genre dans ce roman. L'époque (1956) et la nationalité de l'auteur ne m'y avait pas préparés. La preuve qu'il ne faut jamais se laisser guider par ses préjugés !

Le Masque SF - 1974

 

3 mai 2013

L'ETREINTE DE LA BETE - ALAIN VENISSE

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C'est plein d'espoir en l'avenir que la jeune Roseline arrive au château du marquis de Valombre pour y servir aux cuisines. Malgré un travail harassant et la discipline de fer que fait régner l'intendante du domaine, elle se lie d'amitié avec Marion, une servante sympathique et délurée. Mais alors que celle-ci lui dévoile quelques-uns des secrets que recèlent l'antique demeure des Vallombre et ses occupants, des disparitions inexpliquées se multiplient parmi les paysans tandis qu'un loup semble rôder dans les environs… 


Sur le thème du loup garou, " L'étreinte de la bête " est un roman court et sans prétention dans lequel l'auteur fait appel au folklore inhérent aux films et livres du genre. 

Il n'est donc pas étonnant d'y trouver des personnages un peu stéréotypés (l'intendant lubrique, le noble dégénéré, le savant fou), une vieille demeure, des souterrains et même la fameuse balle en argent. 

Le background historique est lui aussi bien classique. 1910, c'est le début du XXème siècle, une époque où la science n'a pas encore totalement dissipé les ténèbres de la superstition. 

Finalement, la seule originalité de ce récit réside dans les rapports ambigus, pour ne pas dire sado masos, que notre jolie héroïne entretient avec la bête. 

Cela nous donne une fiction correcte et sans surprises dans laquelle Alain Vénisse nous dévoile son penchant pour un fantastique un peu gore et teinté d'érotisme.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

 

3 mai 2013

REQUIEM POUR DIX CERVEAUX EN FUGUE - JEAN-PIERRE ANDREVON

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Mark Sidzik est un astrophysicien d'une quarantaine d'années qui rend à l'occasion de petits services au World Ethics and Resaerch, une ONG qui œuvre à la moralisation de la recherche scientifique. Alors qu'il enquête sur les récentes révélations d'une scientifique américaine, d'autres chercheurs ayant comme elle travaillés dans l'équipe du Dr Kramer, sont assassinés.Un groupuscule mystérieux, « les gardiens des commandements divins » ayant revendiqué les meurtres, les survivants décident de se mettre sous la protections du FBI. Profitant de sa ressemblance avec l'une des victime dont la mort a été tenue secrète, Mark se joint à eux avec la ferme intention de démasquer le meurtrier.

Interrompue aujourd'hui, la collection "Quark noir" s'était donné pour objectif l'édition de romans noirs dont l'intrigue se déroule ou puise certains de ses ingrédients dans le domaine scientifique. Elle marchait aussi sur les brisées du "Poulpe" puisque, si chaque livre était écrit par un auteur différent, le héros en demeurait inchangé.

Un héros un peu trop lisse à mon goût, avec un côté "gendre idéal" légèrement agaçant. Il ne boit pas, ne fume pas (si, si, il baise !), il est végétarien et aime beaucoup sa grand-mère. Est-ce Jean-Pierre Andrevon qui a déterminé ces traits de caractère ou bien s'est-il contenté de reprendre à son compte ceux initiés par les autres "géniteurs" du personnage ? Pour le savoir il faudrait lire les 3 romans qui précèdent celui-ci. Un exercice qui serait loin de me rebuter (j'aime beaucoup Richard Canal et Pierre Bordage) mais je n'ai malheureusement pas leurs bouquins sous la main !

J'ai en tous cas apprécié la première partie de l'histoire grâce notamment aux lieux évoqués. Le Chinatown de la porte d'Ivry, des ateliers d'artistes, un petit laboratoire au cœur du bois de Vincennes composent des décors qui s'accordent bien avec les différents protagonistes et les premiers meurtres. Le rythme de l'enquête est soutenu et les suspects nombreux. Cà cause, çà s'agite, çà conjecture et çà assassine, bref, pas une seconde d'ennui.

Malheureusement cela ne dure pas. Nos scientifiques s'envolent pour le nouveau monde, s'enferment dans un ranch paumé et le temps passe alors beaucoup moins vite. Pour eux comme pour nous. Ils s'observent, s'engueulent, se dénoncent mais ne tentent rien pour démasquer l'assassin. Même notre héros sans peur et sans reproche reste remarquablement sage. L'hécatombe peut donc continuer et nous assistons alors à une resucée des "10 petits nègres". Sauf qu'ici les meurtres ne suivent pas les strophes d'une comptine mais sont le reflet de chacune des 10 plaies d'Égypte. Dès lors, il ne nous reste plus qu'à parier sur le nom de la prochaine victime et la nature de son trépas en attendant un final un peu trop rapide à mon goût.

Un petit mot pour finir sur le côté "scientifique" du bouquin. Jean-Pierre Andrevon me semble avoir respecté le cahier des charges. Le livre fourmille de scientifiques (les fameux 10 cerveaux) dont les recherches sont au cœur de l'intrigue. Et surtout, il y a la "slavine" cette mystérieuse molécule dont le nom (de l'anglais "slave" = esclave) laisse deviner ses effets sur les personnes qui l'ingère.

Flammarion - Quark Noir - 1999

 

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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