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SF EMOI
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6 mai 2013

NOTRE CHAIR DISPARUE - G. MORRIS

untitledSerge Breguet est un ingénieur d'une quarantaine d'année qui travaille avec une équipe de chercheurs sur un générateur révolutionnaire. Mais, lors de son premier essai, la machine explose laissant Bréguet et deux autres scientifiques sur le carreau. Notre bonhomme a alors la surprise de se contempler de "l'extérieur" et de voir son corps ensanglanté emporté par les secours. Le voici devenu pur esprit, ectoplasme, fantôme.

Désorienté mais finalement pas si malheureux qu'on pourrait le penser, il assiste aux réactions de ses proches et à ses propres obsèques avant de se retrouver catapulté dans une autre dimension. Là, il retrouve les deux chercheurs victime du même accident et tous trois partent alors à la découverte de leur nouvel environnement. Mais alors qu'ils essaient d'en apprendre davantage sur leur situation, leur statut, leur avenir, une mystérieuse boule d'énergie s'en prend à eux...


Les cinquante premières pages de ce roman sont fort sympathiques. La prise de conscience par le héros de son statut de fantôme y est très bien rendue et donne lieu à quelques scènes sinon originales du moins très amusantes.

La suite, c'est à dire les deux autres tiers du livre, n'est en revanche guère passionnante. L'action y est quasi nulle et l'auteur nous noie dans un galimatias de considérations scientifico-métaphysiques assez indigeste. Il faut même se coltiner des jeux de mots assez passables et une philosophie de comptoir qui laisse à désirer. En voici d'ailleurs un petit bout : "J'y pense donc j'y suis", "Le suicide : un petit moment de courage pour une bien grande lâcheté", "L'enfer, ce n'est pas les autres, mais soi-même".

On a aussi l'impression qu'il ne sait pas très bien où il va ni comment clore son récit. Alors il balade ses personnages dans un univers dont la nature est indéterminée, leur fait rencontrer de vieux sages, une jolie naïade et laisse planer une menace d'origine inconnue.

Bref tout y est flou et le restera puisque la chute n'apporte que peu d'éclaircissements, les "qui suis-je ?, où suis-je ? où vais-je ? ne trouvant pas d'écho.

Heureusement, Gilles Morris a un style solide et sait manier l'humour. J'ai ainsi relevé quelques remarques acerbes quoique très justes sur la religion et les bigots et je ne résiste pas au plaisir d'en citer au moins une : "La communion, cette routine du symbole, cette satisfaction vague du rite accompli par prudence...une prime d'assurance sur la survie, payée à tempérament, chaque dimanche, dans le chœur suraigus des bigotes qui, n'ayant plus rien, décident subitement de tout donner à Dieu."

Rien que pour cette petite réflexion, je serais indulgent avec ce livre et ne vous inciterais pas à l'éviter. Alors, si vous l'avez dans votre bibliothèque...

Fleuve Noir Anticipation - 1981

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6 mai 2013

FUHRER PRIME TIME - JOHAN HELIOT

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Shakira Miuy, présentatrice vedette de l'émission Elixir ADN et Cuzco son assistant,  peuvent être ravis. Ce soir les téléspectateurs sont au rendez-vous et la courbe d'audience atteint des sommets. Quoi de plus normal lorsqu'on anime un débat entre Elvis Presley et Adolph Hitler ! Ou plutôt entre leurs zombots, ces clones provisoires fabriqués à partir de leur ADN et appartenant aux états où reposent leurs restes. Mais, alors que l'émission prend fin, un commando parvient à kidnapper la réplique de Hitler et le pauvre Cuzco, va se retrouver mêler à un complot dont les enjeux le dépassent.


Sous ce titre un rien racoleur se cache un petit roman percutant et bien sympathique. 

Avec seulement une centaine de pages pour s'exprimer (collection Novella SF oblige) Johan Heliot  ne perd pas son temps en digressions superflues. Nous sommes de suite dans le vif du sujet, catapultés à une époque où les multinationales imposent leurs règles aux États et où marketing, parts de marchés et audimat règnent en maîtres. 

L'intrigue, menée tambour battant, s'avère finalement assez secondaire et sert de prétexte à une satire des programmes télés et, par ricochet, de notre société de consommation. Tout y passe. La présentatrice botoxée à outrance, les sondages d'opinion ridicules et orientés, l'absence d'éthique et la téléréalité la plus répugnante. Il y est aussi question de collusion entre élus et grands patrons et bien sûr, de clonage. 

Vive et acide, cette critique ne se prend toutefois pas au sérieux. Que ce soit dans la présentation décalée des personnages historiques (Hitler peroxydé et sans moustache), dans les patronymes utilisés (Salam Bo) ou encore dans le petit clin d'œil à Isaac Asimov (les lois de la zombotiques), l'humour est partout présent et nous donne une petite heure de lecture, le sourire aux lèvres. 

Editions du Rocher - Novelle SF - 2005

 

5 mai 2013

CHIEN BLEU COURONNE - RAYMOND MILESI

untitledEn cette fin de XXIème siècle, la Terre est une planète en sursis, menacée par la proximité d'un astre géant. Les survivants ont trouvé refuge au plus profond de ses entrailles et placent leurs derniers espoirs dans un hypothétique départ ou dans les travaux du Dr Muller. Celui-ci ambitionne en effet de faire remonter le temps à deux volontaires jusqu'en 1994, l'année de l'apparition de la planète géante. Son objectif : ramener Gaspar, seul astronaute à l'avoir visitée et qui, peut-être, détient une information qui permettrait d'enrayer l'inéluctable...


Roman étrange et déroutant que ce "Chien bleu couronné". Récit de fin du monde ? Histoire de voyage dans le temps ? Parabole sur l'existence et sur le rêve d'immortalité de l'espèce humaine ? Il y a un peu tout cela dans ce livre. Pelle-mêle.

Alors, il faut bien se concentrer pour ne pas perdre le fil et comprendre où l'auteur veut nous emmener. Les époques (1978, 1994 et XXIème siècle) s'entremêlent et les destins se croisent. Les scènes se répètent ou sont rejoués par des protagonistes différents. Les lieux (une maison, une rue) ou les objets les plus anodins (une serpillière) peuvent avoir leur importance. Sans compter ce fameux chien bleu et sa couronne de sang, personnage récurrent et ô combien important.

Mais malgré cette apparente confusion, tout se tient et trouvera sa justification ou son explication. Pas de fin avortée ou tournant en eau de boudin, mais une vraie conclusion, noire et assez surprenante. A découvrir.

Fleuve Noir Anticipation - 1991

5 mai 2013

L'OEIL DERRIERE L'EPAULE - JEAN-PIERRE ANDREVON

untitledParce que sa femme ne supporte plus de vivre à Los Angeles, Jon Woolwright accepte d'emménager à Harmony, une petite bourgade située à plus de deux heures de route de la mégalopole. Mais il a tôt fait de regretter sa décision. L'existence trépidante qu'il menait auparavant lui manque et, surtout, l'intrusion de plus en plus insistante de ses voisins dans sa vie de famille l'agace au plus haut point. Déterminé à ne rien changer à son mode de vie, il entre en résistance face à la petite communauté bien pensante. Mais il ignore à qui il a réellement affaire. 


Voici un excellent thriller qui monte lentement en puissance jusqu'à un dénouement que l'on sent bien un peu venir mais qui tient quand même toutes ses promesses.

Jean-Pierre Andrevon prend tout son temps pour mettre en place ses personnages en s'attachant plus particulièrement à la personnalité de Jon Wolwright, narrateur et principal acteur de l'histoire.

Ce récit à la première personne nous permet de ne rien ignorer des pensées et sentiments qui l'animent et nous pouvons ainsi observer son bon vouloir des premiers temps céder la place à l'exaspération, puis à l'inquiétude et la colère. Ses relations avec son épouse sont également au centre de l'histoire puisque cette dernière va suivre le cheminement inverse et accepter de se couler dans le moule communautaire.

Il est d'ailleurs particulièrement intéressant de découvrir la "persuasion" dont la communauté d'Harmony fait preuve à l'égard de ses nouveaux membres. De petites remarques (ce n'est pas très convenable) en reproches, de séances d'autocritiques (ou plutôt des confessions publiques, nous sommes au USA que diable !) en menaces, l'araignée dévoile l'étendue de sa toile et la férocité de ses appétits !

Au final, un bien bon roman sur le thème de la difficile coexistence entre libre arbitre et poids des conventions, individualisme et société, mais surtout une vive critique de l'Amérique des WASP et de la sécurité à tous crins.

Le Masque - Collection de romans d'aventures - 2001

5 mai 2013

LA PLANETE AUX VENTS DE FOLIE - MARION ZIMMER BRADLEY

untitledUn vaisseau terrien en partance pour une lointaine colonie est dérouté par un orage gravitationnel et contraint de se poser en catastrophe sur une planète inconnue. Alors que les survivants hésitent sur l'ordre des priorités (réparer au plus vite le vaisseau ou se préparer à passer un hiver sur place), de singuliers événements se font jour. A chaque période sèche, des vents porteurs de pollens balayent la planète et provoquent chez tous les êtres vivants des troubles de la personnalité. La petite communauté parviendra-t-elle à surmonter ces difficultés et s'adapter à cet étrange environnement ? 


J'avais jusqu'à présent soigneusement évité les livres de cet auteur que j'associai uniquement à son cycle de fantasy arthurienne, genre où il est bien difficile de faire du neuf. C'est donc par le plus grand des hasards que je suis tombé sur ce bouquin dont la quatrième de couverture annonçait une histoire de " naufragés de l'espace ". Etant friand de ce type de récit, je me suis dépêché de l'acheter puis de le lire. Je n'ai pas été déçu.

Les fondamentaux de la robinsonnade y sont en effet bien présents et joliment mis en scène : -    le choc de l'arrivée et les premières explorations d'un nouvel environnement ;
-    les confrontations d'individualités, les différentes visions de l'avenir, notamment entre ceux qui misent sur une possible réparation du vaisseau spatial et les tenants d'une installation définitive sur cette planète ;

-    les prémisses d'une organisation politique, la distribution des tâches, les assemblées… ;

-    la détermination des priorités : nourriture, vêtements, petits artisanat ;

-    les projections, la construction d’un futur commun (démographie).

Mais, aux déboires déjà nombreux de nos infortunés robinsons, il faut ajouter ces fameux vents de folie qui donnent leur nom au roman et lui apportent une petite touche d'originalité. Car la folie collective qui s'empare de la petite communauté et provoque selon les cas, hallucinations ou pouvoirs extra sensoriels, pulsion sexuelle ou délire morbide, complique sérieusement leur tâche et met en péril leur survie même.


Au-delà de l'exploration de ces thèmes classiques, Marion Zimmer Bradley nous propose aussi de très beaux portraits dont ceux du Capitaine Leicester et de Camilla Del Rey figurent parmi les plus émouvants. Scientifiques de haut niveau, habitués à voyager d'une étoile à une autre, ils n'avaient pas prévus de s'installer à demeure sur une planète. Désormais cloués au sol, sans autre avenir qu'une existence austère et presque primitive, leur désarroi est immense. Miné par le sentiment de leur inutilité, regimbant face à leurs nouvelles obligations (enfanter pour Camilla), les réflexions qui les animent et leurs tentatives pour trouver un sens nouveau à leur vie donnent à ce livre quelques unes de ses plus belles pages.

Ce roman comporte enfin une jolie réflexion sur la place de l'homme dans son environnement naturel et constitue même une petite leçon d'écologie. L'idée de ne pas imposer à une planète la technologie mise au point sur un autre monde afin de ne pas violer ses "rouages intimes" est séduisante, tout comme la volonté de laisser faire le temps et d'accepter d'évoluer en fonction des caprices de la planète.

Je conseille donc vigoureusement la lecture de ce livre y compris à ceux que la fantasy rebute. Il s'agit ici de SF pure même si la Bradley y pose les bases de son célèbre cycle de "Ténébreuse" dans lequel on devine que les pouvoirs psy remplaceront la magie...

Albin Michel - Super Fiction - 1977

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5 mai 2013

LES FORCEURS DE BLOCUS - JULES VERNE

untitledEtranglés par les troupes de l'union, les États confédérés sont prêt à vendre à vil prix leurs stocks de coton en échange d'armes et de munitions. Le jeune et fougueux James Playfair parvient à convaincre son oncle, un riche négociant de Glasgow, de l'intérêt de commercer avec eux et obtient ainsi le commandement d'un steamer. Accompagné d'un équipage expérimenté le voici donc fermement décidé à faire fortune en déjouant la surveillance des navires nordistes. Mais deux passagers de dernière minute vont venir lui compliquer la tâche...

« Les forceurs de blocus » est une novella assez méconnue dont on se demande si elle a réellement sa place parmi les "voyages extraordinaires". On n'y rencontre pas de savant visionnaire ni de maître du monde, pas d'invention révolutionnaire, pas de contrées sauvages ou de terres inexplorées.

En fait, n'était son intrigue au demeurant bien mince, cette petite centaine de pages tiendrait presque davantage du reportage que du roman puisqu'il y est surtout question de l'un des épisodes clé de la guerre de sécession : le siège de Charleston.

Jules Verne a montré plus d'une fois son intérêt pour ce conflit qui ensanglanta les États-Unis. Il y fit allusion à plusieurs reprises (L'île mystérieuse) et lui consacra même un roman au titre on ne peut plus explicite : "Nord contre Sud".

Ici, il joue quasiment les journalistes en nous exposant de quelle manière les troupes de l'union firent le blocus de la ville de Charleston. Sa relation s'avère d'ailleurs très précise et riche de toutes sortes de détails (le nom des forts, l'emplacement des batteries de canons) et nous rappelle que Jules Verne était contemporain des faits.

Ceci étant dit, il faut bien admettre que ce roman est tout à fait mineur dans l'œuvre de l'auteur. Ainsi que je l'ai déjà dit, l'intrigue y est ramenée à sa plus simple expression : un allez-retour Glagow/Charleston émaillée de quelques combats et poursuites navales et d'une évasion à peine décrite.

Le tout est romanesque à souhait (ah la courageuse enfant partie sauver son pauvre papa, oh le brave capitaine prêt à risquer sa vie pour les beaux yeux de sa dulcinée !) et comporte quelques traces d'humour dues aux facéties de Crockston et au sens du commerce de Vincent Playfair !

Alors, pour la petite heure de lecture qu'il vous en coûtera, laissez vous tout de même tenter !

Glénat - Marginalia - 1978

5 mai 2013

ECHOS - RICHARD MATHESON

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Pour Tom Wallace et son épouse, tout pourrait aller pour le mieux. Ils viennent d'emménager dans un joli pavillon de banlieue, Tom à un bon emploi, les voisins sont charmants et Madame attend un heureux événement. Mais le soucis – car forcément il y en a un – c'est que depuis une ridicule séance d’hypnose, Tom est visité chaque soir par le fantôme d’une jeune femme assassinée quelques années plus tôt. Et comme si cela n'était pas suffisant, il se découvre aussi des dons de médium ainsi que la faculté de lire dans les pensées. Sentant confusément que sa vie ne reprendra son cours normal que s’il découvre l’assassin de la revenante, il se décide à mener l'enquête. 


Ce livre aurait pu n'être qu’une énième histoire d’enquête policière résolue par un individu doté de pouvoirs paranormaux. Un peu comme dans ces séries américaine à rallonge, les « Dead zone » ou « Médium », qui enchaînent les saisons comme on enfile des perles. 

Mais, fort heureusement, l'auteur n'est pas tombé dans le piège du héros tout puissant qui fait systématiquement échec aux hordes de psychopathes qui menacent les jolies femmes et les petits n'enfants. Il a au contraire choisi de présenter les dons de son héros comme un fardeau difficile à porter. 

Ainsi, les apparitions du fantôme lui font craindre la tombée de la nuit et l’empêchent de trouver le sommeil, l’irruption dans sa tête des pensées de ses voisins plombent leurs relations et ses prémonitions finissent par miner son couple (surtout depuis qu’il a prédit la mort prochaine de sa belle-mère). 

C’est donc un homme physiquement et psychiquement amoindri qui se retrouve contraint d’utiliser des capacités qu’il ne comprend ni ne maîtrise afin de résoudre une énigme qui ne le concerne même pas. 

Thriller original et palpitant, « Échos » parvient à conserver son suspense intact jusqu'à la fin.

Rivages - Noir - 2000

 

5 mai 2013

LE RAT BLANC - CHRISTOPHER PRIEST

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Une situation économique et humanitaire désastreuse pousse l'ensemble des africains à immigrer vers l'Europe occidentale. En Angleterre, les autorités sont très vite dépassées par les problèmes liés à cet afflux massif d'hommes et de femmes et les moyens de subsistance commencent de manquer. La tension ne tarde pas à monter entre les communautés et bientôt les affrontements ethniques commencent. Un homme à la recherche de sa femme et de sa fille se souvient des prémices de la catastrophe et tente de survivre dans cet environnement hostile.


C'est à une apocalypse originale que nous convie Christopher Priest. Une apocalypse sans extra-terrestres, sans bombe atomique ni épidémie. Ici, la fin du monde est beaucoup moins spectaculaire mais tout aussi redoutable puisque c'est la société britannique qui se délite et implose sous l'effet d'une confrontation entre anglais de souche et immigrés de fraîche date.

Le fil du récit est un peu difficile à suivre en raison d'une chronologie approximative (la mémoire du narrateur fait des va et vient !) mais permet de revenir sur tous les moments clés de ces évènements dramatiques.

Nous assistons de la sorte à l'arrivée des premiers réfugiés sur des "boat peoples" et ressentons l'émoi et la compassion que leur calvaire suscite au sein de la population britannique. Puis vient le temps des premiers heurts lorsque logements, travail et nourriture viennent à manquer et qu'il faut choisir entre générosité et repli sur soi. Enfin les dernières traces d'humanité disparaissent lorsque la guerre civile entre "Blancs" et "Afrims" s'installe avec son cortège d'atrocités.

Tout cela nous est raconté fort simplement sans que l'auteur prenne parti pour l'un ou l'autre camp. Personne, pas même le personnage principal, n'y est ni tout blanc, ni tout noir et chacun essaye de survivre dans cette société qui se désagrège.

Un bouquin franchement pas gai mais bien intéressant car les évènements qu'il relate nous renvoient à un futur peut-être pas si lointain !

Presses de la Cité - Futurama - 1976

 

 

5 mai 2013

CIMETIERE DES CHATS - ALAIN VENISSE

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Freyssac est une petite ville du Gévaudan comme beaucoup d’autres. Quelques paysans, une usine où travaillent la plupart des habitants, une librairie, un bar-tabac et même un fast-food. Bref, pas de quoi fouetter un chat ! Et pourtant des chats, il va en être sérieusement question. Des vilains matous qui semblent soudain pris de folie et s’attaquent aux habitants. Installés depuis peu, Jérémie et sa mère vont se trouver malgré eux embarqués dans une intrigue qui semble avoir ses racines dans les profondeurs d’un petit cimetière.

Dans ce livre, Alain Vénisse est parvenu à réunir presque tous les clichés des films d'horreur de série Z. Jugez plutôt. Une petite ville de province, un adolescent qui peine à s'intégrer, des notables véreux, un contremaître brutal, des animaux dangereux, un cimetière, des zombies, des produits chimiques enfouis et même un artefact d'origine extra-terrestre ! Sans oublier bien sûr la traditionnelle scène de cul. Et tout çà en 150 pages ! 

Malgré tout, il parvient à nous trousser une petite histoire de vengeance qui tient la route. Certes on n'est guère surpris par le déroulement de l'intrigue et on devine très vite que les vilains notables et leurs sbires recevront un juste et horrible châtiment. 

Mais peu importe puisque le véritable intérêt de ce roman réside justement dans la description de ces exécutions. Et il y en aura pour tous les goûts. On s’y étripe à coup de hachoir, de chalumeau, de lance-flammes et, bien sûr, de griffes. Des scènes bien gores pour un roman d’horreur très convenu mais pas si désagréable.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

 

5 mai 2013

UN CHIEN DANS LA SOUPE - STEPHEN DOBYNS

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Latchmer à bien envie de s'envoyer en l'air avec Sarah, une jolie blonde rencontrée dans une salle de sport qui lui a promis de lui faire le coup de la cocotte- minute ! Dans ces conditions, difficile de lui refuser un petit service. Alors, quand le chien de la belle meure soudainement il ne peut qu'accepter d'aller inhumer la pauvre bête. Mais aller donc trouver, en plein New York, un coin de verdure où enterrer un chien. Heureusement un chauffeur de taxi haïtien va prendre les choses en main et entraîner notre amoureux dans une folle équipée nocturne.


Dans ce roman déjanté et surréaliste, Stephen Dobyns nous embarque pour une balade  homérique dans un New York by night fort éloigné de Broadway et de ses lumières. Ici, c'est le New-York de la misère et de la débrouillardise qui est à l'honneur et nous découvrons, entre Bronx et Harlem, un monde interlope dont n'ont pas conscience les braves citoyens.

Au gré des pérégrinations de nos deux compères nous rencontrons des personnages surprenants et hauts en couleurs : des fourreurs juifs qui croisent des gerbilles avec des tigres pour obtenir de belles et grandes peaux, des savants fous avides de cobayes, les tenanciers d'un bordel sado-maso et la directrice d'un restaurant asiatique spécialisé dans... le chien !

Chacune de ces rencontres se clos sur une histoire canine contée par un Latchmer en veine d'imagination et qui, tel un gimmick, apporte une note d'humour répétitif et décalé. Mais il s'agit là d'un talent à double tranchant puisque, invariablement, ses saynètes suscitent la réprobation et l'hostilité de son auditoire.

Le récit est également entrecoupé de nombreux flash-back revenant sur un événement de la jeunesse du narrateur : le décès de son grand-père. On ne voit d'abord pas bien le rapport entre ces deux moments de son existence jusqu'à ce que l'on comprenne que le traumatisme ressenti à l'occasion de l'enterrement de son aïeul est à la source de son éternelle indécision. Une indécision qui prendra fin grâce à son aventure et à la psychanalyse impromptue de Jean-Claude, taxi    improbable, as de la récup' et philosophe arhumatisé.

Gallimard - Folio Policier - 1999

5 mai 2013

DEPRESSION - FRANCOIS SARKEL

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La pluie tombe sans discontinuer sur Durocor, petit bout de terre perdu au milieu d’immenses étendues d’eau. Dans cet univers borné et sans perspectives quelques personnages tentent de trouver une raison d’espérer encore : Jarine la prostituée au grand cœur prête à tout pour un avenir meilleur, son amie Vavette atteinte de la rouille ou encore Sarg le pêcheur de rats et Zam le pustuleux tous deux amoureux de la belle hétaïre… 

Le moins que l’on puisse dire c’est que François Sarkel ne fait pas dans la publicité mensongère et il faut faire preuve d’un bel optimisme pour ne pas chopper le bourdon à la lecture de ce bouquin. Tout y est triste à mourir, laid, gris et humide, sale et boueux. Les corps y sont couverts de champignons, de mycoses et de pustules et les esprits ne sont guère plus reluisants. Seuls motifs d’espérance : l’amour et la religion. Mais là encore, tout est détourné, dévoyé, avili. Côté atmosphère donc, l’objectif est sans conteste atteint avec cet univers d’une rare noirceur.

En revanche nous sommes moins bien lotis côté intrigue puisqu’il faut se contenter d’une petite énigme guère passionnante et accepter de n’avoir pas la réponse à certaines questions posées (l’origine de la rouille par exemple). Mais ce petit défaut est finalement sans importance tant le roman fourmille d’idées hallucinantes, un peu comme dans un Brussolo de la meilleure eau. 

Elles sont même tellement nombreuses que l’auteur ne peut les exploiter comme elles le mériteraient en raison du nombre de pages bien trop restreint en vigueur chez Fleuve Noir. C’est frustrant car bon nombre d’entre elles eussent mérité d’être développées. Je pense notamment aux églises concurrentes des « hydrolâtres » et des « Compagnons de l’arche » et aux terribles maladies que sont la rouille ou le syndrome de la sirène…

En tout cas François Sarkel nous offre une bien belle évocation d’un monde qui s’enlise (au propre comme au figuré) mais où les hommes s’acharnent à vivre encore et à faire perdurer inégalités et passions, amour et violence.

Fleuve Noir Anticipation - 1990

 

5 mai 2013

LE CERVEAU DU NABAB - CURT SIODMAK

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A Washington Junction, patelin paumé des Etats-Unis, le Dr Cory se livre en toute discrétion à des expériences sur le cerveau. Malheureusement, l'absence de cobaye humain freine l'avancée de ses recherches. Aussi, lorsqu'un avion s'écrase à proximité de sa résidence et que l'une des victimes décède alors qu'il tente de la secourir, le bon docteur saute sur l'aubaine et récupère le cerveau. Parvenu à maintenir en vie cet organe puis à entrer en contact avec lui grâce à la télépathie, il s’apercevra un peu tard que ce cerveau n’est pas celui de monsieur tout le monde. 

Encore un joli mélange de SF et de littérature policière issu de la célèbre série noire de Gallimard. 

Dans ce roman, c'est l'aspect SF qui prend le dessus puisque l'intrigue policière est quasi inexistante. Tout juste une petite énigme afférente aux motivations du cerveau ainsi qu'une histoire de chantage vite expédiée. 

Heureusement la partie « expérimentale » est beaucoup plus fouillée et plaisante à suivre à condition de ne pas s'arrêter au côté un peu kitch du pitch de départ (que de itch !). Car c’est vrai qu’une grosse cervelle surnageant dans un bocal et communiquant par télépathie, çà peut paraître légèrement ridicule. 

Mais Curt Siodmak s’en tire parfaitement en choisissant de nous conter l’expérience du Dr Cory sous la forme d’un journal. Cela donne au récit toutes les apparences du vécu et lui permet de gagner en crédibilité.

A partir de là on prend un réel plaisir à suivre l’histoire de ce cerveau qui, tel la créature de Frankenstein, échappe à la volonté de son créateur.

Gallimard - Série Blème - 1949

 

4 mai 2013

LA SINSE GRAVITE AU 21 - ROLAND C. WAGNER

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Parce qu'il a fumé un cigarillo à proximité d'un Xawor et provoqué ainsi la naissance intempestive des milliers de petits rejetons de la créature, Viper a compromis l'équilibre de la planète Achernar VI. Le soucis, c'est que ce tout petit monde est une nursery pour bio puces et que par sa faute des années de travaux expérimentaux se trouvent compromis. 

Condamné à rembourser une somme astronomique, Viper se voit contraint d'accepter les missions les plus farfelues (exfiltrer un espion  en danger de mort, livrer des cristaux-m pornos...) et deviendra la cible favorite des dangereux clowns gris.


Roland C. Wagner, puisque c'est bien lui qui se cache derrière ce pseudo, a du prendre un plaisir jubilatoire à écrire cette gigantesque et réjouissante loufoquerie. 

Tout y est en effet motif à rire et à dérision. Ça commence dès le titre et çà continue tout au long des 300 et quelques pages que compte le bouquin. Les noms des planètes ou des galaxies sont autant de clins d'œil aux grands auteurs de SF ou à l'une de leurs œuvres, les Extra-Terrestres y empruntent les formes les plus inattendues et les situations burlesques se suivent à un rythme endiablé. 

Côté personnages, il n'hésite pas à recourir aux stéréotypes les plus éculés et c'est ainsi que défilent devant nous le gentil baroudeur revenu de tout, l'ado en rupture familiale et même un huissier de justice qui, pour le coup, n'a plus rien d'humain. Et puis il y a Ganja, la biopuce Shag TM 73-S à prise A+, sorte de nounours psychédélique et complètement jeté, aussi intelligent qu'effronté, capable de vous sortir de situations invraisemblables ou de vous plonger dans les pires emmerdes...

L'histoire, elle, se résume aux missions confiées à Viper avec en toile de fond le conflit qui oppose deux planètes : Spirit of America et New Amsterdam. Une opposition volontairement exagérée et permettant à Roland Wagner de jouer à fond la carte de cette dissemblance. D'une part un monde austère, gris et bétonné à l'extrême, peuplé des descendants de japonais et d'américains qui ont pris les plus mauvais côté de leurs ancêtres : le puritanisme des premiers et l'obéissance aveugle des seconds. De l'autre, New Amsterdam, véritable petit paradis libertaire et autogéré, producteur de « sinsé », une herbe aux vertus hallucinogènes. 

Roland Wagner ne fait donc pas dans la finesse mais son délire est totalement assumé et vous assurera une lecture fertile en rebondissements et répondant à un seul mot d'ordre : de l'humour, encore de l'humour, toujours de l'humour. Une recette qui fonctionne plutôt pas mal ! 

Fleuve Noir Anticipation - 1991

 

4 mai 2013

LA GUERRE DU FEU - J. H. ROSNY AINE

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A la suite d’un combat qui a mal tourné, le clan des Oulhamr se retrouve décimé et, pire encore, sans feu. Désemparé, privé de chaleur et à la merci des bêtes sauvages, les survivants sont au désespoir. Faouhm, leur chef, s’engage alors à prendre pour successeur celui qui saura reconquérir le feu sacré et à lui donner pour épouse sa jeune sœur, Gammla.

Amoureux de la jeune femme, Naoh, un jeune et intrépide guerrier, se lance immédiatement dans l’aventure avec l’aide de deux compagnons. Mais avant de conquérir sa belle, il devra affronter des fauves gigantesques, apprivoiser les mammouths, combattre les terribles tribus de dévoreurs d’hommes et de nains rouges et triompher d’Aghoo le félon. 

« La guerre du feu » est l’un de ces livres que chacun croit connaître sans jamais les avoir lus et je pensais moi-même ne rien y découvrir. C’était une grave erreur et ce fut une belle surprise car ce roman nous conte bien plus que les pérégrinations de nos lointains ancêtres à la recherche du feu.

Il s’agit en fait d’une véritable œuvre de fantasy dotée de tous les stéréotypes du genre : un guerrier aussi brave qu’intelligent, un traître particulièrement fourbe, une jeune vierge, une quête, des bêtes fabuleuses, bref, autant d’ingrédients que l’on retrouvent dans quantité de romans de « sword ans sorcery ». Même les descriptions de combats ne sont pas sans évoquer celles des récits de Howard.

Finalement, il n’y a guère que son style pour nous rappeler que ce livre a été écrit en 1909. Rosny Ainé est adepte des longues phrases et des envolées lyriques célébrant la nature et le devenir de l’humanité. Cela surprend, donne au tout un genre particulier, mais n’est pas désagréable. Un peu comme si Proust avait entrepris de réécrire les aventures de Conan. Au final nous avons un livre bien plaisant qui mérite d’être redécouvert ne serait-ce que comme un précurseur de « l’éroïc fantasy ».

Marabout - 1975

4 mai 2013

SHAMBLEAU - CATHERINE L. MOORE

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Recueil de neuf nouvelles mettant en scène Northwest Smith, aventurier spatial confronté aux mystères des civilisations millénaires de Vénus et de Mars. 

Bien que se déroulant très clairement dans un univers de science-fiction, les nouvelles de ce recueil sont plutôt d’inspiration fantastique.  

Dans la plupart d’entre elles, Northwest Smith est le témoin et parfois la victime, d’entités étranges et dangereuses, vestiges d’anciennes civilisations. Ainsi dans « Songe vermeil », « Juhli » ou encore « L’arbre de vie », il doit tour à tour combattre une chose qui se nourrit de sang, une sorcière qui s’abreuve d’émotions et un arbre qui capte la vie de ses victimes. 

Ma préférence va toutefois à deux nouvelles dont les intrigues diffèrent un peu de ce schéma : « La soif noire » où un curieux personnage entretient un élevage de femmes toutes plus belles les unes que les autres et « Yvala » sorte de nouvelle Circé qui asservit l’esprit des hommes dans le corps de divers animaux. Il convient aussi de dire un mot de la nouvelle qui donne son titre au recueil et de cette Shambleau, vampire moderne se nourrissant de la force vitale des hommes qu’elle séduit.

Pour ce qui est du style il faut convenir que l’écriture de C. L Moore est irréprochable (elle était universitaire), et que les mots et expressions sont parfaitement pesés et choisis. Mais Dieu ce que cela est lent, ennuyeux et peut manquer de punch ! L’ami Northwest est pourtant présenté comme un dur à cuire qui n’hésite pas à se servir de son pistolet thermique. Or, la plupart du temps, il reste étonnamment passif et ne doit son salut qu’à l’intervention d’une charmante compagne ou de Jarol, son ami vénusien.

En bref, une SF bien sage, mais inventive et remarquablement écrite.

J'ai Lu - 1973

 

4 mai 2013

TRANSE DE MORT - GRAHAM MASTERTON

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La vie de Randolph Clare bascule le jour où sa femme et ses trois enfants sont sauvagement assassinés. Accablé par le chagrin, il hésite sur le sens à donner à son existence lorsqu’il apprend que certains hindouistes ont le pouvoir d’entrer en contact avec les morts. Voyant là le moyen de retrouver ses proches il se lance à la recherche de l’un de ces initiés. Mais sa route sera semée d’embûches et il lui faudra affronter la dangereuse déesse Rangda ainsi que les tueurs psychopathes responsables de la mort de sa famille. 

Ames sensibles s’abstenir ! Graham Masterton ne ménage pas la sensibilité de ses lecteurs et il faut avoir le cœur bien accroché pour supporter la description des sévices qu’il fait subir à ses personnages. C’est, paraît-il, sa marque de fabrique. On m’avait prévenu et je savais donc à quoi m’en tenir. J’ai malgré tout été désarçonné par la crudité de certaines scènes ainsi que par la froideur et la précision dont il fait preuve pour dépeindre tortures et mutilations.

L’histoire est en revanche plus conventionnelle. Il s’agit d’une intrigue criminelle relativement classique sur laquelle vient se greffer un peu de fantastique en la personne de la déesse Rangda, membre éminent du panthéon hindouiste. Mais cet aspect surnaturel n’apporte finalement pas grand-chose au récit sauf, peut-être, une conclusion moins banale que l’arrestation ou la mort des « méchants ».

Ceci étant, le style et l’ambiance de ce livre m’ont bien accroché et cet auteur est pour moi une vraie bonne découverte.

Editions NéO - NéO Plus - 1991

 

4 mai 2013

LA VOIE DU CYGNE - LAURENT KLOETZER

untitledPour le professeur Jéophras Dénio, la journée commence plutôt mal. A peine remis de l'échec de sa première tentative de vol mécanique, il apprend que sa pupille a été emprisonnée pour le meurtre du prince de Céthys. Convaincu de l'innocence de Carline et bien déterminé à la sauver, il rend visite à Jaran chez qui s'est déroulée la soirée au cours de laquelle le meurtre a eu lieu. Ce dernier, frère jumeau du prince de Dvern, le charge alors de faire la lumière sur cette affaire. Le voici donc lancé dans une dangereuse enquête qui le conduira à soupçonner tour à tour les personnages les plus puissants du royaume.

Cela fait bien longtemps que je ne m'aventure plus qu'avec circonspection dans le domaine de la fantasy. Non qu'il s'agisse d'un genre qui me déplaise, mais j'ai été déçu par tant de tolkienneries insipides que je m'en suis progressivement éloigné.

Avec ce livre de Laurent Kloetzer j'ai pourtant fait une bonne pioche. Il parvient en effet à se démarquer de la production sus mentionnée de bien des façons. Son univers tout d'abord, fouillé, original et qui, avec son atmosphère de renaissance italienne, nous change agréablement du sempiternel background médiéval. Exit aussi la magie, la sorcellerie et autres effets de manches de vieux croûtons enchapeautés. Place à la raison et à la réflexion scientifique ! Les personnages ne disposent pas de "talents" ou de "pouvoirs" particuliers et utilisent juste leur cervelle pour tracer leur route. Ce qui ne les empêche pas d'être foutrement intéressants, Jeophras denio en tête, savant plus très jeune, grincheux mais recelant un cœur d'or, mais aussi Carline, jeune femme pleine de fougue et d'idéaux ou encore Alexis, le gavroche local.

L'intrigue est au diapason du décor. Surprenante, absolument pas manichéenne mais au contraire multiple et retorse. Elle nous est dévoilée d'une façon singulière et originale au grès de chapitres qui alternent le présent avec l'enquête de Jéophras, le passé proche et la partie de jeu de l'oie dans le palais de Jaran et enfin, l'enfance des protagonistes du crime, seize années plus tôt. Bref, trois niveaux de narration qui s'interpénètrent pour nous donner les clés du mystère.

La cité de Dvern dans laquelle se déroule l'essentiel du roman est également digne d'intérêt. Remarquablement décrite, c'est un véritable plaisir que de se perdre dans ses ruelles et ses tavernes, visiter églises et palais semi-troglodytes ou s'aventurer dans la petite Dvern, enclave mystérieuse et entièrement soumise aux caprices d'un prince.

Une seule petite réserve à mon enthousiasme : le clin d'œil un peu trop marqué à la mythologie grecque. Bien sûr, le jeu de l'oie est l'une des représentations du labyrinthe dont le plus célèbre est sans doute celui imaginé par Dédale pour y enfermer le Minotaure. Pour autant, était-il nécessaire de calquer à ce point le récit sur les aventures de Thésée, Minos, Arianne, Icare et Egée? Je trouve pour ma part que cela n'apporte pas de valeur ajoutée au récit et lui enlève même une part de son originalité.

Mais rassurez-vous, tel quel, ce roman demeure très recommandable et vous fera passer un bien bon moment.

Gallimard - Folio SF - 2001

4 mai 2013

LA FEDERATION DE L'AMAS - P-J HERAULT

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Après bien des années de guerre et quelques millions de victimes, Procyion et Altaïr ont mis fin au conflit qui les opposait. Peu désireux d’assumer leurs actes, les gouvernements des deux fédérations rejettent la responsabilité de ce conflit sur les militaires des deux camps.  Devenus de parfaits boucs émissaires, ces derniers subissent partout la vindicte de la populace. 

C’est dans ce contexte qu'Ael et Michelli, deux anciens des troupes d’assaut d’Altaïr, viennent en aide à Katel, une ancienne combattante de Procyon. Contraints de fuir une planète peu accueillante ils découvrent par hasard une étoile inconnue autour de laquelle gravitent deux planètes. Très vite, ils décident d’en faire un asile pour tous les anciens militaires dont la vie est désormais menacée. Leur tâche sera heureusement facilitée par les pouvoirs que leur confère leur séjour sur l’une de ces planètes. 

 

Ce roman s’inscrit dans la droite ligne de biens d’autres livres de l’auteur puisqu’il nous décrit la lutte d’une poignée d’individus face à des institutions qui attentent à leur liberté. Ce pourrait même être une suite directe de son roman « Ceux qui ne voulaient pas mourir » dans lequel il nous contait l’alliance d’anciens ennemis contraints de s’opposer à leurs gouvernements respectifs. 

Mais à la différence de ce dernier livre, P.J.  Herault dispose ici de beaucoup plus de pages pour s’exprimer. L’intrigue peut donc se mettre tranquillement en place, permettant à l’auteur de nous décrire minutieusement l’environnement dans lequel évoluent nos héros. Nous apprenons ainsi beaucoup sur leurs mondes, leur technologie et leurs institutions. Les personnages bénéficient aussi de ce rythme et l’on prend plaisir à s’attarder avec eux sur leurs réflexions et leur état d’esprit.

Seul petit bémol : les pouvoirs dont ils se trouvent investis. Car, si l’idée de communiquer avec l’aura de leurs défunts compagnons d’armes est intéressante, leurs autres capacités me semblent outrancières. Disposer à la fois de la transmission de pensée, de la manipulation mentale, de la téléportation et de la télékinésie cela fait tout de même un peu beaucoup. A tel point qu'on ne les sent jamais vraiment en danger. 

Mais ne boudons pas notre plaisir car ce roman n’en procure pas moins un grand moment de détente et permet d’enrichir l’univers que M. Hérault nous peint livre après livre.

Black Coat Press - Rivière Blanche - 2004

 

4 mai 2013

ASYLUM - ANNE DUGUEL

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On peut vivre dans un château au milieu d’un grand parc, entouré de ses parents, son oncle, sa tante, et être malheureux. Julien, petit garçon d’une dizaine d’année, en fait l’amère expérience. Le château n’est qu’une prison dont il ne sort jamais et ses parents (mais sont-ils vraiment ceux qu’ils prétendent être) ne lui témoigne aucun amour. Et comme si cela n’était pas suffisant, il lui faut subir jour après jour des examens sans nombre. Mais le parfum d’une délicate orchidée va sonner le vent de la révolte ! 

Roman d’épouvante agrémentée de quelques scènes bien gore, « Asylum » est le récit d’une double vengeance. Celle d’un enfant à l’égard des meurtriers de ses parents, et celle d’un cobaye contre ses bourreaux. 

Par les yeux du petit Julien nous découvrons le monde qui l’entoure et le suivons sur le chemin de sa révolte, hésitant sans cesse entre fantasme et réalité et nous demandant jusqu’à la fin s’il obéit au fantôme de son père ou s’il n’est que la victime d’une expérience qui a mal tourné. 

Il faut dire qu’Anne Duguël entretient le doute en multipliant les références au merveilleux et à l’étrange : un château rempli de pièces secrètes, un tombeau dissimulant un passage secret, une comptine obsédante et jusqu’à la petite Alice dont on se demande bien ce qu’elle peut dissimuler sous son masque de souris.

Ce petit roman parvient en tout cas à distiller, sinon de l’effroi, du moins un certain malaise, et cette petite tête blonde dénuée de morale sera la cause de quelques délicieux frissons.

Fleuve Noir - Frayeur - 1994

 

 

4 mai 2013

48 - JAMES HERBERT

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Londres 1948. Voilà trois ans déjà que la guerre est finie. Trois ans que Hitler, se sachant au bord de la défaite, a lâché sur l’Angleterre ses V2 chargé des souches de la peste écarlate. Trois ans que la quasi-totalité des hommes et des femmes sont morts dans d’affreuses souffrances à l’exception d’une poignée de veinards porteurs du rhésus AB négatif. Hoke est l’un de ceux-là, qui traîne son désespoir au milieu d’une ville morte tout en essayant d’échapper aux Chemises Noires de Sir Hubble… 

Ce roman de James herbert est un petit post apo sans envergure  qui se contente de recycler les poncifs du genre sur fond d’uchronie. Des survivants qui errent seuls ou en petits groupes dans une ville à peu près déserte, des chiens redevenus sauvages, un dangereux mégalomane cherchant à imposer sa vision d’une nouvelle société : toutes ces idées ont déjà été abordées dans bien d’autres livres sur ce thème et avec davantage d’originalité. 

Ici, l’auteur se distingue juste par une conclusion alternative et décalée de la seconde guerre mondiale et ce n’est malheureusement pas suffisant pour nous maintenir en haleine. Ses apprentis nazis avides de sang pur (plus pour une bonne transfusion que par idéologie) sont finalement assez pathétiques et la scène des rats enflammés dans le métro londonien m’a rappelé d’autres opus de Monsieur Herbert : sans doute un réflexe de l’auteur. 

Pour ma part, je ne retiendrais de ce livre qu’une seule idée, celle de ce pilote allemand qui, malgré la fin de la guerre, continue son petit blitz personnel sur la capitale britannique.

Presses de la Cité - Paniques - 1999

 

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