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30 juin 2019

LA PAPETERIE TSUBAKI - OGAWA ITO

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Après quelques années passées à l'étranger, la jeune Ameniya Hatoko revient dans sa ville natale avec l'intention de reprendre la papeterie que tenait sa grand-mère. La gestion de ce petit commerce va l’amener à faire quantité de rencontres qui lui feront considérer d’un œil nouveau son passé et son avenir.

« La papeterie Tsubaki » est le dernier en date de ces romans « feel good » dont Ogawa Ito s’est fait une spécialité. La recette est ici très proche de celle utilisée dans « Le restaurant de l’amour retrouvé », puisqu’il est de nouveau question d’une jeune femme qui retourne dans la ville de son enfance pour y tenir un commerce. Il s’agit cette fois-ci d’une papeterie mais c’est surtout grâce à son activité d’écrivain public que la jeune Hatoko va enchainer les rencontres et nous faire découvrir le microcosme de la petite ville de Kamakura située à une cinquantaine de kilomètres de Tokyo.

Notre héroïne va en effet être amenée à rédiger des courriers aussi divers que des lettres de rupture ou de condoléances, des dépêches administratives ou des courriers d’affaires. Ce sera à chaque fois l’occasion de faire connaissance avec des personnages fort divers mais aussi de découvrir des coutumes et des traditions bien différentes des nôtre. Saviez-vous par exemple qu’au Japon, on envoie des faire parts de divorce, qu’à l’occasion de la nouvelle année on accroche à sa porte des cordes sacrées (shime Kazari), que les cartes de vœux permettent de participer à la grande loterie annuelle de la poste nippone et qu’il convient de se couper les ongles le 7 janvier (Wanagusa-tsume) ? Moi pas. Et ce ne sont là que quelques-uns des nombreux aspects de la vie au pays du soleil levant que nous dévoile Ogawa Ito.

Ces découvertes et ces rencontres se font en toute simplicité, au gré des saisons qui rythment la vie de Hatoko et de ses nombreux amis. Car l’autre point fort du récit est de s’attacher aux rapports humains en nous montrant les personnages dans leurs occupations quotidiennes, sans tralala ni fioritures. Pour autant, c’est un réel plaisir que de lier connaissance avec Madame Barbara, la sexagénaire toujours partante pour une virée ou une soirée dansante, la jolie Panty et ses histoires de coeur, le Baron, vieil épicurien grincheux mais attachant ou la petite QP et sa fraîcheur désarmante. On est ravi de se promener avec eux un peu partout en ville et les voir se livrer à ces petits riens qui font de chaque jour une journée spéciale.  

La papeterie Tsubaki est aussi une histoire de liens familiaux et de transmission. En reprenant le flambeau de sa défunte aïeule, Hatoko va peu à peu s’imprégner de son art et cerner sa personnalité. Elle en viendra à apprécier la rigueur de l’enseignement reçu et comprendre que la sévérité de sa grand-mère cachait un véritable amour. Ce sera également l’occasion de nous faire partager les subtilités de la calligraphie japonaise et de tout ce qui touche à l’univers de l’écriture, papier, encres, plumes…

Vous l’aurez compris, j’ai une fois de plus succombé au charme de ces romans où il ne se passe pas grand-chose mais qui se dévorent en un rien de temps, comme une friandise un peu trop sucrée que l’on mange avec un plaisir vaguement coupable.

Editions Philippe Picquier - 2018

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23 juin 2019

SOLEIL VERT - HARRY HARRISON

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Andy Rush est un jeune flic new-yorkais chargé de retrouver l’assassin d’un gros ponte du marché noir. Une mission d’autant plus compliquée que Billy, le meurtrier, a trouvé refuge parmi les millions de sans-abri que compte la ville surpeuplée. Entre son enquête et la répression des manifestations de plus en plus violentes, Andy n’ a que peu de temps à consacrer à la jolie Shirl qui vit de plus en plus mal leurs conditions de vie précaires… 

Il est assez rare qu’une adaptation cinématographique soit meilleure que le livre dont elle s’inspire. C’est pourtant le cas avec ce roman d’Harry Harrison qui souffre indubitablement de la comparaison qu’on ne peut manquer de faire avec le film de Richard Fleischer. Difficile en effet de lutter contre Charlton Heston et Edward G. Robinson ou d’oublier des images aussi frappantes que l’euthanasie du vieux Sol et les manifestants écrasés par les bulldozers. Difficile surtout de faire l’impasse sur la terrible révélation finale. Or si l’intrigue du film et celle du roman différent très peu, le mystère autour de l'approvisionnement alimentaire de la population n'existe pas dans le second. On doit donc se contenter d'une enquête toute simple sur l'assassinat d'un mafieux qui avait des accointances politiques et de la traque de son assassin. Une enquête guère passionnante qui me fait penser qu’elle n’est peut-être qu’un alibi permettant à l’auteur de nous immerger dans ce New-York de 1999 pour nous proposer une tranche de vie de quelques-uns de ses 35 millions d’habitants.

Et de ce point de vue, le roman est tout à fait réussi. En compagnie d’Andy, de Shirl et de Billy nous plongeons dans cette cité tentaculaire où la richesse la plus tapageuse côtoie l’extrême misère. Immeubles insalubres et surpeuplés, rationnement de l’eau et de la nourriture, marché noir et corruption généralisée, on a le sentiment d’évoluer dans une société tiers-mondisée et sans avenir. La survie devient une lutte quotidienne et, semble-t-il, perdue d’avance. Les responsables - surexploitation des ressources naturelles, pollution - sont clairement désignés et ne surprendront pas le lecteur de 2019. L’auteur met en revanche l’accent sur les effets dévastateurs d’une démographie incontrôlée, n’hésitant pas à pointer du doigt certains responsables, au premier rang desquels les religions et leurs dogmes.

Bon, le roman se passe en 1999 et force est de constater que, 20 ans plus tard, nous n'en sommes pas encore arrivés à cette situation extrême. Ceci étant et vu notre mode de vie, l’échéance se rapproche de plus en plus vite. Sept milliards d’habitants, 10 milliards, 15 milliards, la bombe à retardement écologique, comme un gros soleil vert, finira quand même par exploser.

Pocket SF - 1988

20 juin 2019

UN HIVER A MANNHEIM - BERNHARD SCHLINK

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Et revoilà Selb, le vieux privé qui traîne ses 69 ans, son souffle court et ses problèmes domestiques dans l’Allemagne tout juste réunifiée des années 90. Cette fois-ci c’est le terrorisme et l’ombre de la bande à Baader qui sont au menu d’une enquête qui lui fera côtoyer des psychiatres, des militaires, des journaleux, des militants écologistes et des agents immobiliers. Si l’intrigue ma semblée plus aboutie que la précédente (cf : Brouillard sur Manheim), en tout cas plus touffue et plus riche en surprises et en rebondissements, j’ai en revanche trouvé qu’elle en perdait un peu au niveau du background. Est-ce parce que l’effet de surprise ne fonctionne plus, mais j’ai été beaucoup moins emballé que la première fois par les scènes de sa vie quotidienne et ses rapports avec son petit monde, famille, amis, voisins, bref tout ce qui faisait le charme du premier opus.

Pour autant, Selb demeure un héros attachant. Cet ancien magistrat du IIIème Reich bien revenu de l’idéologie nazie, est un privé atypique. Limité par son âge avancé, il compense ses faiblesses physiques par son expérience des rouages politico-policiers et sa connaissance de la nature humaine. Désabusé mais pas encore misanthrope, il va cette fois voler au secours d’une jeune femme piégée par d’anciens idéologues d’extrême gauche. Une histoire où les intérêts particuliers et la raison d'état s'unissent comme souvent pour dissimuler la vérité et où les idéaux de jeunesse se transforment en réalisme mercantile.

Gallimard - Folio Policier - 2003

16 juin 2019

"HEURE ZERO" - VARGO STATTEN

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Gordon Fryer, jeune ingénieur sans le sou, accepte de servir de cobaye au Professeur Royd. Celui-ci a mis au point une machine permettant de lire le futur d’un individu dans les couches profondes de son cerveau et de faire des clichés de certaines scènes de son existence. L’expérience est une réussite. Le futur de Gordon lui est dévoilé et il a la mauvaise surprise d’apprendre qu’il ne lui reste plus que treize ans à vivre. Mais à 25 ans, une dizaine s’années constitue une quasi éternité qui devrait, pense-t-il, lui permettre de faire mentir les pronostics du Scruteur d’Avenir… 

Ma première rencontre avec l’œuvre de Vargo Statten n’avait pas été concluante. Il s’agissait d’un space-opera extrêmement daté dans lequel la représentation de l’espace et des vaisseaux spatiaux était tellement absurde et dépassée que le roman en devenait ridicule. Aussi étais-je légitimement réticent à l’idée de lire un nouveau titre de l’auteur mais, puisqu’il s’agissait cette fois d’un récit d’anticipation dont l’action se déroulait dans un futur pas trop lointain, je me suis dit que je pouvais lui laisser sa chance. Et bien m’en prit car « Heure zéro » est un petit roman de genre qui réussit le délicat pari de nous divertir tout en nous proposant quelques éléments de réflexion.

L’histoire repose pourtant sur une idée toute simple : « Que ferions-nous si nous connaissions à l’avance le terme de notre existence ? » Chercherions-nous à jouir le plus possible des plaisirs qu’elle a à nous offrir ou bien ferions-nous comme si de rien était, refusant de croire à la véracité du sort qui nous est échu ? Le héros lui, a choisi une troisième voie. Il est fermement décidé à se battre contre son avenir et à prouver que l’invention de son mentor se trompe. Nous assisterons donc tout au long du roman à ses nombreuses tentatives pour infléchir sa destinée, essayant notamment d’éviter les lieux et les personnes figurant sur les scènes de son futur qui lui ont été révélées. Comme un rat pris au piège d’un labyrinthe sans issue, nous le verrons s’agiter en tous sens, provoquant les évènements en pensant leur faire échec et perdant espoir à mesure que se rapproche la date fatidique et que ses chances de survie s’amenuisent.

Bien que cette idée soit indéniablement bonne elle ne suffit toutefois pas à meubler les cent-quatre-vingts pages du roman. Vargo Statten a donc ajouté à son intrigue d’autres fils conducteurs qui tournent tous autour des inventions que le jeune ingénieur et le vieux scientifique mettent au point. Il sera tour à tour question d’un carburant révolutionnaire qui leur vaudra des démêlés avec les grandes compagnies pétrolières, d’une montre à mouvement perpétuel, d’un œil bionique et même d’une potion qui rend invulnérable. Le plus clair du récit est donc consacré à ces recherches et à leurs développements, tout juste entrecoupés par une histoire d’amour sans grand intérêt et les sombres visées d’un dangereux rival.

Fleuve Noir Anticipation - 1955

13 juin 2019

LA PETITE FILLE AUX YEUX SOMBRES - MARCEL PAGNOL

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A l’instar de ses amis Peluque et Grasset, Jacques Panier s’est juré de ne jamais succomber à l’amour, ce piège nuptial que nous tendent nature et société pour mieux nous enchaîner. Mais que peuvent les meilleures résolutions face au regard envoûtant d’une charmante jeune fille ?  

« La petite fille aux yeux sombres » est un roman de jeunesse de Marcel Pagnol dans lequel il n’est pas défendu de voir, ici et là, quelques éléments autobiographiques. Jacques Panier, Peluque, Lemeunier et Grasset ressemblent sans doute beaucoup au Marcel des années 20 et à ses amis d’alors, de jeunes hommes fraîchement diplômés et bien décidés à vivre une vie plus stimulante que celle de leurs parents. Ils professent un même rejet de l’amour, du mariage et du travail bref de tout ce qui constitue à leurs yeux cet idéal petit bourgeois qui les rebute tant. Ils sont désinvoltes et insouciants, imbus de leurs connaissances toutes neuves et passent leurs temps en beuveries et blagues potaches. Pourtant, malgré leurs prétentions et leur cynisme de façade, ils restent soumis à ces lois de la nature qu’ils dénigrent si fort. Alors, quand Cupidon se met de la partie, il leur faut composer avec leur amour propre et les railleries de leurs amis.

Dans cette petite fable humoristique qui nous parle aussi d’amour et du temps qui passe, l’auteur de « Marius » fait revivre le temps de quelques semaines le Marseille de sa jeunesse et quelques-uns de ses souvenirs qu’il mettra si bien en lumière quelques années plus tard. On n’y trouve pas encore la poésie de ses écrits plus tardifs et la Provence tant aimée n’est qu’à peine évoquée. Le style est aussi un peu lourd, parfois même pédant, mais convient finalement à l’idée que l’on peut se faire de ces garçons vaniteux qui pense que la jeunesse leur donne tous les droits. Quant à l’histoire, elle se conclue d’une façon tout à fait inattendue et fort drôle qui démontre qu’il vaut sans doute mieux garder intacte la fraîcheur d’un amour de jeunesse que de tenter de le faire revivre des années plus tard.

Editions de Fallois - Pocket - 1991

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9 juin 2019

DANGER, PARKING MINE ! - SERGE BRUSSOLO

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Dans un monde et une société indéterminés mais qui semblent bien proches de sombrer, une unité de l’armée veille sur une zone protégée où vivent deux clans ennemis. Chaque année les deux peuples s’affrontent dans un combat épique, ceux du sol se lançant à l’assaut des tours où vivent leurs adversaires. Mais cette année pourrait bien être celle du dernier combat, de l’ultime bataille… 

« Danger, parking miné ! » est un Brussolo pur jus quoiqu’un peu en-deçà de sa production habituelle pour ce qui est du nombre et de la qualité de ces idées époustouflantes qui sont sa marque de fabrique. Ici l’histoire se résume à la confrontation entre deux tribus dont le mode de vie et les coutumes s’opposent à peu près sur tout. Une intrigue relativement faible heureusement compensée par la présentation passionnante de ces deux clans, peuples, sectes, on ne sait pas trop comment les qualifier. La description de leur univers est en effet d’une précision redoutable. L’auteur fait preuve d’une rigueur et d’un sens du détail quasi scientifiques et on a parfois l’impression de lire une étude anthropologique.

Le roman débute par deux chapitres qui servent d’introduction, un peu, et à planter le décor, beaucoup. Ce dernier se limite à un morceau de ville dominé par quelques buildings qui constitue une sorte de réserve naturelle dans laquelle vivent deux peuples qui ont considérablement régressés et que, pour d’obscures raisons, le pouvoir a décidé de protéger de toute influence extérieure afin d’observer leur évolution. Deux peuplades ennemies donc mais qui partagent une origine commune ou plutôt, qui se sont constitués sur un même rejet de la société.

Il y a d’abord les Anonymes qui ont colonisés les parkings au pied des immeubles et qui vivent parmi les ruines des infrastructures et les carcasses de voitures sans pouvoir pénétrer dans les tours dont les accès ont été murés. Leur crédo, on s’en doute vu leur nom, est l’anonymat. Afin de ne plus être fichés, répertoriés, archivés, ils ont décidés de s’affranchir de tout ce qui permettait de les individualiser et donc de les identifier. Finis les noms et les adresses, adieu les numéros, de téléphone, de compte bancaire, de sécurité sociale… La distinction est bannie, l’uniformité devient la règle. Tous les points de repères sont gommés. Il n’y a plus de couples ni de familles et les enfants changent de nourrice chaque année pour éviter le moindre attachement. Tous les anonymes sont vêtus du même imperméable de caoutchouc noir et leurs visages sont tatoués de trois bandes horizontales de manière à amoindrir les traits distinctifs que sont les yeux, le nez et la bouche…

Les Hypernommés ont en revanche un culte de la personnalité très affirmé dont la manifestation la plus évidente réside dans leurs noms à rallonge composés de surnoms et de qualificatifs qui résument les évènements qui ont jalonnés leur vie. Ils sont les descendants des agents de maintenances des buildings qui ont fini par emménager à demeure en haut des tours pour échapper à la pollution et à des conditions de vie au sol de plus en plus dégradées. Ils continuent désormais de vivre au sommet des immeubles où ils entretiennent avec dévotion les gigantesques enseignes néons qui les coiffent provoquant ainsi la haine des anonymes qui y voient une atteinte caractérisée à leur mode de vie.

La découverte de ces tribus rivales se fait par l’entremise de l’un de leur membre que nous suivons sur quelques journées. Deux héros qui n’en sont pas vraiment puisque Nath-Freuden-Yellow-Anchor-Sextant-bleu-du-cap-anglais et la jeune anonyme n’ont aucune prise sur les évènements et ne donnent pas franchement envie de s’identifier à eux ou de frémir pour leur sécurité. Ce serait de toute façon peine perdue puisque tout se termine sur un gigantesque combat entre les deux groupes ethniques et la mort de presque tous les protagonistes de l’histoire. Bref, une fin tout à fait brussolienne qui ne résout rien et qui se termine mal !

Fleuve Noir Anticipation - 1986

2 juin 2019

BROUILLARD SUR MANNHEIM - BERNARD SCHLINK & WALTER POPP

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Engagé par un géant de la chimie pour résoudre un problème d’intrusion informatique, un détective privé se retrouve plongé dans une enquête qui va ressusciter les heures les plus sombres de l’Allemagne et le confronter à son propre passé. 

A première vue « Brouillard sur Mannheim » est un polar tout à fait classique avec privé, femme en détresse et enquête plus compliquée et plus dangereuse qu’il n’y parait de prime abord. Mais il y a tout de même quelques petits points qui nous changent agréablement du classique roman noir américain. En premier lieu nous ne sommes pas aux States mais en Allemagne, plus précisément à Mannheim, petite ville du Bade-Wurtemberg qui ne ressemble guère, même de loin, à la grosse pomme. Secundo, le détective qui mène l’enquête n’a rien d’un jeune premier. La soixantaine bien tassée, des crises de rhumatismes plus souvent qu’à son tour et des habitudes de vieux célibataire, Selb n’est pas le genre de héros qu’on s’attend à trouver dans ce type de récit. C’est pourtant lui qui donne toute sa saveur au roman grâce à son caractère et son histoire personnelle.

Selb est en effet un ancien procureur du régime national socialiste. Une idéologie dont il est heureusement revenu et qui lui a laissée une certaine méfiance vis-à-vis des institutions et un regard sans illusions quoique bienveillant sur ses semblables. Derrière sa bonhommie et sa fausse nonchalance, le monsieur dissimule une grande force de caractère. Il n’hésite pas à mouiller la chemise - au propre comme au figuré ainsi qu’en atteste sa plongée dans les eaux du Rhin – et peut vous envoyer au tapis n’importe quel petit malfrat. Il est surtout diablement pugnace et n’abandonne pas facilement une piste. On le suivra ainsi un peu partout dans le sud-ouest de la RFA (le mur n’est pas encore tombé), mais aussi en France, en Italie et jusqu’aux Etats-Unis. Côté vie privé, Selb est beaucoup moins efficace. S’il est fidèle à ses vieux amis et à son adorable matou, il est plutôt maladroit avec la gente féminine et son cœur d’artichaut le pousse à courir plusieurs lièvres à la fois avec toutes les déconvenues qu’on imagine…

Si le personnage est indéniablement sympathique, l’intrigue l’est en revanche nettement moins. On est là dans du très/trop classique avec une enquête qui va dévoiler quelques-unes des belles saloperies dont sont capables les grandes sociétés pour augmenter les dividendes de leurs actionnaires. D’une histoire d’intrusion dans un système informatique, on bifurque très vite sur une histoire de manipulation des indicateurs de pollution atmosphérique pour aboutir finalement au travail forcé des scientifiques juifs pendant la guerre. Une enquête pas inintéressante mais pas transcendante non plus qui se borne à nous démontrer que les multinationales se satisfont de tous les régimes, qu’ils soient démocratiques ou autoritaires, puisqu’elles sont assurées d’y trouver toujours quelqu’un à corrompre ainsi que des hommes de main pour s’occuper de leurs basses œuvres. Mais qui en doutait ?

Gallimard - Folio Policier - 1999

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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