Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
SF EMOI
Publicité
27 décembre 2017

TOXOPLASMA - DAVID CALVO

CVT_Toxoplasma_1133

Dans un Montréal sécessionniste qui tente de mettre en place une nouvelle forme de société, Nikki travaille dans un video-club spécialisé dans les films d’horreurs. Elle passe son temps libre à rechercher les chats perdus et à s’embrouiller avec sa copine Kim, une informaticienne extrêmement douée qui forme avec Meï et Jove un trio de hackers très recherché. Alors que la ville se prépare à subir l’assaut des troupes gouvernementales, ils vont se retrouver mêlés à une affaire aussi étrange que dangereuse. 

Je ne suis pas, loin s’en faut, ce que l’on appelle un geek. L’informatique reste pour moi une terra incognita sur laquelle je m’aventure avec beaucoup de prudence et les mots joystick, Game-Boy ou Play-Station ne m’évoquent aucun souvenirs. J’ai donc éprouvé quelques difficultés à m’immerger dans ce roman cyber punk où les nouvelles technologies tiennent une place importante. Les très nombreux passages consacré aux « runs » de Kim et de ses amis sur la toile (la grille) m’ont ainsi parus bien abscons et les nombreuses références aux films d’horreurs qui parsèment le roman ne m’ont pas toutes parlées. Je manque d’une certaine culture underground et il est très vraisemblable que certaines explications, certaines clés m’aient échappées. Pour autant, je n’ai pas été insensible à cet univers décalé, à l’ambiance générale du récit et à son ton si particulier.

Le cadre est en effet plaisant. Ce Montréal d’après-demain peuplé de hippies et de milices populaires fait penser à une nouvelle commune. Dans cette ville en état de siège qui ressemble à une cocotte-minute où mijotent les idées les plus folles, où l’on troque et où l’on s’autogère, chacun projette ses désirs et ses rêves les plus fous dans une utopie anarchisante, s’octroyant une petite parenthèse d’espoir avant la répression et le clap de fin.

Même constat côté style. L’écriture de David Calvo est novatrice. Abrupte, changeante avec un recours intéressant à différentes techniques de langages - les « clavardages » de Meï, la ventriloquie de Nikki – elle est en parfaite concordance avec l’ambiance. L’auteur innove, essaye, ose. Il donne à son roman un rythme trépidant, très visuel malgré quelques passages un peu ennuyeux dont le long chapitre central qui alterne à chaque paragraphe les aventures de Kim et celles de Nikki nous imposant des aller/retours un peu fastidieux. Les conversations techniques entre Meï et Kim m’ont également un peu lassé mais elles étaient sans doute nécessaires compte tenu du sujet.

Heureusement, le trio d’héroïnes évite, lui, tout ennui. Entre le sale caractère de Meï, le culte que Nikki voue à l’informatique et la culture vidéo de Nikki on a largement de quoi faire. Elles ne sont pas forcément sympathiques ces trois nanas mais elles sont entières et sans tabous, décidées à tirer leur épingle du jeu dans un monde bien pourri qui ressemble un peu au notre, juste un peu plus libéral, un peu plus égoïste, un peu plus dangereux. Elles n’ont pas totalement abdiqué leur joie de vivre et conservent l’espoir d’un avenir meilleur dans une Islande fantasmée où vivre libre et heureux est paraît-il encore possible…

Auparavant, il leur faudra résoudre une énigme tortueuse où il question d’expériences sur les rêves, de meurtres d’animaux et des sombres visées d’une multinationale. Une intrigue assez touffue qui met longtemps à se dessiner mais qui est joliment portée par l’atmosphère d’urgence et de no future qui imprègne tout le récit. Le tout se conclue sur une fin ouverte qui nous laisse libre de choisir la chute qui nous arrange même si on sait bien tout au fond de nous que ce sont toujours les méchants qui ont le dernier mot.

La Volte - 2017

Publicité
21 décembre 2017

LA VIE SEXUELLE DES SUPER-HEROS - MARCO MANCASSOLA

41r4uTCBUVL

Qui a tué Robin, le compagnon de Batman ? Qui adresse de mystérieux messages d’adieu à Mystique ou Mr Fantastic ? Qui en veut aux vieux super-héros ? A New-York, au début du XXIème siècle, l’inspecteur  Dennis De Villa mène l’enquête tandis que son journaliste de frère couvre également cette étrange affaire. Pourront-ils sauver les héros de leur jeunesse ? 

Ne vous fiez pas à son titre racoleur, ce livre est beaucoup plus subtil qu’il n’y parait. Si l’on y parle des histoires de fesses de quelques représentants de la bande à Marvel c’est pour les découvrir sous un jour nouveau, sans leur costume et l’aura de gloire qui les accompagne. Alors, même s’il y a çà et là quelques scènes de cul, même si l’on apprend que Mr Fantastic n’a aucune influence sur la longueur de son sexe ou que Batman aime beaucoup les jeunes éphèbes, ce roman est tout sauf une pochade. C’est au contraire une belle histoire empreinte de nostalgie ainsi qu’une juste réflexion sur notre société et son évolution. L’auteur a en effet choisi de nous montrer des héros vieillissants.

Il situe son action au début du XXIème siècle soit une bonne trentaine d’années après leur heure de gloire. Nous découvrons des hommes et des femmes profondément humains qui, super pouvoirs mis à part, sont soumis aux mêmes soucis et exigences que le commun des mortels, aux mêmes passions... Ils peuvent ainsi, comme tout un chacun, vivre une passion tardive, avoir peur de vieillir ou se sentir terriblement seul. Ils doivent aussi composer avec les nécessités de l’existence et, si Batman peut se contenter de jouir de son immense fortune, les autres ont dû reprendre le collier et se réadapter à la vie « civile ». Il est d’ailleurs très amusant de voir Namor animer un talkshow au fond d’un aquarium ou Mystique vedette d’une émission TV dans laquelle elle prend l’apparence de célébrités du show-biz ou de la politique !

Tous évoluent désormais dans une société qui a bien changée et qui a appris à se passer de leurs services. Une société qui n’a plus besoin de super-héros comme elle n’avait déjà plus besoin de dieux. Dans ce monde qui s’est définitivement vendu à l’argent, à l’apparence et au prestige éphémère de la téléréalité, il semble qu’ils n’aient plus tout à fait leur place. Les années ont passé, sonnant le glas d’une époque où la frontière entre le bien et le mal était clairement définie et leur rôle plus évident.

Le roman est divisé en quatre parties à peu près égales. Nous suivons tour à tour Mr Fantastic, Batman puis Mystique. Outre les problèmes personnels évoqués plus haut, ils seront tous trois confrontés à un assassin qui semble vouloir éliminer les super-héros d’antan. Le quatrième récit est un flash-back vers les années 70/80 centré sur une mère de famille dotée elle aussi d’un étrange pouvoir. Son histoire est sans doute la plus intéressante du roman puisque son héroïne est la mère de Bruce et Dennis De Villa, le journaliste et le détective qui enquêtent sur les meurtres des idoles de leur enfance. Elle nous montre surtout une mutante qui n’utilise pas ses capacités hors-norme pour sauver la veuve et l’orphelin mais en fait un usage plus prosaïque quoique finalement tout aussi courageux.

« La vie sexuelle des super-héros » nous propose donc une approche originale du mythe du super-héros qui, si l’on en croit le succès des films issus de l’univers Marvel ou DC Comics, a encore de beaux jours devant lui.

Gallimard - Folio - 2012 

14 décembre 2017

LE ROI LEPREUX - PIERRE BENOIT

130

Pour se faire une situation qui lui permette d’épouser la fille d’un riche industriel lyonnais, Raphaël Saint-Sornin accepte un poste administratif en Indochine. Un concours de circonstances l’amène à remplacer le conservateur du site d’Angkor où il rencontre deux femmes qui vont changer le cours de son existence. 

De huit à quinze ans, j’ai passé presque toutes mes vacances dans un petit village picard où mes parents possédaient une résidence secondaire, une vieille baraque que mon père retapait été après été. Les jours de pluie, je me réfugiais au grenier où s’entassait un bric-à-brac d’objets hétéroclites, fruit d’héritages et de déménagements successifs. Parmi toutes ces antiquités se trouvait quantité de vieux bouquins, quelques classiques, deux ou trois Jules Verne et beaucoup de Guy des cars, de Pearl Buck et autres livres forts romanesques. Il y avait surtout un grand nombre de romans de Pierre Benoit, auteur à succès de l’entre-deux guerres avec ses histoires un peu formatées mais très bien écrites et dont les titres (L’Atlantide, Le désert de Gobi, Les compagnons d’Ulysse…) constituaient de véritables invitations au voyage.

Et de fait, le dépaysement était presque toujours au rendez-vous. Grâce à lui j’ai chassé le tigre en Sibérie, j’ai succombé aux charmes d’une déesse dans le désert du Hoggar et j’ai combattu les colombiens aux côtés des lanciers d’Arequipa. J’ai ainsi parcouru le vaste monde en oubliant l’espace de quelques heures le ciel bas de Picardie. Et c’est pour retrouver un peu de mes émotions d’alors que je me suis plongé dans ce « Roi lépreux » qui me promettait une équipée exotique dans les ruines de la mystérieuse cité d’Angkor. Hélas cette fois-ci la magie n’a pas opéré.

J’ai pourtant retrouvé ce qui avait excité mon imaginaire d’adolescent : une destination lointaine, un héros sûr de lui, une revanche à prendre sur l’adversité et même la mise en abyme finale que l’on retrouve dans de nombreux titres de l’auteur. Malheureusement, les petites facilités dont il abuse parfois et quelques autres défauts ont gâché mon plaisir. Je ne parle pas du prénom de ses héroïnes qui commence invariablement par la lettre A ni du fait que ses histoires prennent presque toujours la forme d’une confession rapportée par un personnage qui n’est pas le héros des aventures qu’il nous narre. Non, ce qui m’a gêné au point de rendre ma lecture laborieuse, c’est l’absence quasi complète d’action ainsi que les trop nombreux épisodes mondains - cocktails, réceptions et autres soirées au casino – qui viennent alourdir le récit. On déjeune de mets délicats et de vins rares, on discute et l’on flâne, on se fait de grands serments d’amour et d’amitiés mais qu’est-ce qu’on s’emm…

C’est à peine si le récit d’Apsara et les révélations sur ses origines et le rôle qu’elle doit jouer dans la libération de la Birmanie du joug britannique sont parvenus à éveiller mon intérêt. Plus gênant encore, son évocation du Cambodge et de la mythique cité khmère est insipide. On reste au niveau d’un exotisme de carte postale, sans aucune profondeur, sans jamais ressentir la touffeur de la jungle ou le poids de l’histoire qui pèse sur ces vieilles pierres. Je me faisais une joie de cette lecture mais finalement, quelle déception ! Oserais-je un jour tenter de nouveau ma chance ? Pas sûr. Il est des livres et des auteurs que l’on ne devrait jamais relire pour garder intacte la couleur de nos souvenirs.

Kailash - Les Exotiques - 1996

7 décembre 2017

DIVINE ENTREPRISE - ROGER FACON

FnAnt1621-1988

« Divine entreprise » est le genre de roman de science-fiction que j’ai l’impression d’avoir déjà lu dix fois. Une guerre totale, une de plus, a ravagé le monde et contraint ce qui reste de l’humanité à se réfugier sous terre, à l’abri des miasmes et des radiations. Le gouvernement chargé de la bonne marche de cette société recluse a viré totalitaire et maintient le peuple dans l’obéissance absolue et l’ignorance, dissimulant notamment la possibilité de retourner à la surface. Un policier chargé d’enquêter sur la mort de l’un des dignitaires du régime va mettre au jour les mensonges du système ainsi qu'un complot destiné à le renverser. Vous conviendrez qu’il n’y a rien là de très nouveau même si la recette fonctionne toujours comme l’a prouvé encore récemment Hugh Lowey avec son « Silo ».

De fait, la seule originalité du récit de Roger Facon a trait à la nature de sa société souterraine calquée sur la hiérarchie de l’entreprise. Nous découvrons ainsi comment elle fut progressivement érigée en modèle sociétal puis en religion, comment les PME et les multinationales échappèrent au contrôle de l’Etat puis, une fois devenues toutes puissantes, imposèrent leur lois (rétablissement du servage, euthanasie des chômeurs…), comment enfin l’église vint s’associer à ce nouveau pouvoir pour établir une théocratie.

Toutefois ce n’est pas par son manque de nouveauté que le roman pêche le plus mais à cause d’une intrigue mal maîtrisée. Il y a sans doute trop de personnages et trop de pistes à suivre pour un récit aussi court (les 180 pages réglementaires de FNA) et l’auteur est contraint de prendre des raccourcis pour mener l'histoire à son terme. Dans les trente dernières pages, le récit s’emballe. Les révélations pleuvent et de nouveaux personnages, des confréries, des groupuscules au rôle pourtant déterminant surgissent le temps d’un chapitre, font avancer les choses puis disparaissent sans crier gare. Tout cela est un peu frustrant et débouche sur une fin quelque peu bâclée.

L’auteur sait heureusement faire preuve de pas mal d’humour. Malgré un style parfois lourdingue (les fins de phrases du genre : « c'est le pactole, Anatole », « faut s’en servir, Casimir », ça va bien cinq minutes), il lui arrive de se lâcher et de faire montre d’une réelle inventivité. A preuve, cette présentation de Jésus façon « lutte des classes » : « Notre grand pote n’est-il pas né parmi les OS, dans une cave de Béthléem, n’a-t-il pas choisi d’être enfanté par une fille mère ? Son CAP de menuisier en poche, que fait-il ?... Il se coltine avec le fondé de pouvoir d’une multinationale qui colonise Israël, devient un exclu, recrute des copains chez les sicaires et les loubards. Et il est persécuté par le directeur de la PME Hérode Antipas ! On lui crache au visage, on le flagelle, on le crucifie ! On lui reproche de multiples infractions au code du travail parce qu’il guérit les malades et ressuscite les morts le dimanche ! On essaye de le faire passer pour un briseur de grève de boulanger parce qu’il multiplie les pains à l’issue d’un meeting ! ».

Fleuve Noir Anticipation - 1988

1 décembre 2017

LA CHANSON DE COLOMBANO - ALESSANDRO PERISSINOTTO

61BRF933ZYL

Dans les alpages au-dessus de la petite ville de Chiomonte, au mois de mai 1533, une famille de bergers est retrouvée morte au milieu de ses bêtes. Après que l’hypothèse de la peste eut été écartée les soupçons se portent sur Colombano Romean, leur voisin tailleur de pierre qui a entrepris de creuser un tunnel pour irriguer la vallée. Appolito Berthe, jeune juge fraîchement nommé dans la petite paroisse est chargé par le prévôt d’Oulx de tout faire pour innocenter l’accusé. Il va vite se rendre compte que l’affaire est plus complexe qu’elle n’y parait.

C’est en effectuant des recherches pour sa thèse de doctorat sur le folklore alpin qu’Alessandro Perissinotto a découvert l’existence de la chanson de Colombano. Le texte, chanté par une vieille montagnarde dans un patois mélangeant le piémontais et le provençal étant malheureusement incomplet, il ne put sans servir pour sa soutenance. Des années plus tard, devenu un éminent sémiologue et un jeune écrivain, il entreprend de plus amples investigations afin de découvrir si l’histoire de Colombano Romean est fondée sur des faits réels. Son roman est donc pour partie le résultat d’une enquête minutieuse menée dans les archives régionales de France et d’Italie et d’autre part le fruit de son imagination.

Ceci dit, la reconstitution de cette histoire de meurtre et du procès qui s’ensuivit, pour pertinente qu’elle soit n’est pas la qualité première de ce roman. La quatrième de couverture de la présente édition évoque « Le nom de la rose » d’Umberto Eco et « Les piliers de la terre » de Ken Follett ce qui est tout de même bien exagéré puisqu’on y trouve ni l’érudition du premier ni le côté « grande fresque historique » du second. L’enquête policière proprement dite n’est pas exceptionnelle. On est très vite aiguillé vers le mobile et vers les coupables et si la façon dont le héros démasque ces derniers n’est pas dénuée d’intérêt, elle est loin d’être captivante.

En revanche l’immersion dans une petite communauté montagnarde de la première moitié du XVIème siècle fonctionne parfaitement. La méfiance, les jalousies, le qu’en-dira-t’on mais aussi les silences et les non-dits de ces populations généralement peu disertes, l’auteur les rend parfaitement. Il restitue également très bien les rapports entre humbles et puissants dans ces régions isolées où, plus qu’ailleurs, l’aristocrate, le riche marchand et le savant peuvent écraser le petit peuple du haut de leur pouvoir et de leur science.

Quant au juge enquêteur héros de cette histoire, il est, et ce n’est pas si fréquent en matière de roman historique, parfaitement en phase avec son époque. J’ai beaucoup aimé ce personnage de paysan pauvre qui a embrassé la vie religieuse puis le métier de juge moins par conviction que pour s’assurer un avenir. Son attitude mêlée de curiosité et de crainte, de bonté naturelle et d’égoïsme, de révolte et d’obéissance servile est très juste. Son empathie pour l’accusé le poussera certes à faire la lumière sur les crimes qu’on impute à Colombano mais, dès que sa propre sécurité est en jeu et notamment lorsque l’inquisition pointe le bout de son nez, il fait profil bas et assure ses arrières. Bref, un individu normal, totalement raccord avec les mentalités de ce siècle et qui apporte au récit sa crédibilité.

Gallimard - Folio Policier - 2004

Publicité

FLEUVE NOIR
fl no
ANTICIPATION

 

 

Publicité
SF EMOI
  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Newsletter
Archives
Publicité