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SF EMOI
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28 mai 2014

MA MERCEDES EST PLUS GROSSE QUE LA TIENNE - NKEM NWANKWO

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Le petit village d'Aniocha est en émoi. Onuma, le fils du chef, est de retour après quinze année passée dans la capitale. Son père et toute la communauté sont d'autant plus fiers que le jeune homme arrive au volant d'une splendide Jaguar, signe d'une réussite éclatante. Onuma apprendra toutefois à ses dépens qu'honneur et richesse ne durent qu'aussi longtemps que les apparences jouent en votre faveur.

Je ne connais rien ou presque à la littérature africaine. Aussi, quand je suis tombé sur ce livre au titre évocateur, il m'est apparu que c'était là une occasion à ne pas manquer. Je me suis donc lancé avec beaucoup de curiosité dans la lecture de ce qui me semblait être une grosse farce placée sous le signe du soleil et de la truculence.

Et certes, l'humour est bien présent. Les mésaventures de ce jeune opportuniste ne manquent pas de piquant et le sourire n'a pas quitté le coin de mes lèvres de tout le roman. Mais le récit de ses déboires est aussi un moyen détourné de faire un véritable état des lieux de la société nigériane.

Le personnage d'Onuma est en effet à l'image de son pays et de son époque. Un garçon imbu de lui-même, égoïste et prêt à tout pour s'enrichir et dominer ses semblables. Nous découvrons donc en sa compagnie un pays gangrené par une corruption endémique. Un état où la confusion du pouvoir tribal et des corps constituées est de règle et où faire de la politique est le chemin le plus court vers la richesse. Bref, une société où argent et apparence règnent en maître :« Il ne fallait pas seulement être riche mais en présenter les signes extérieurs. »

En lisant ces pages je me suis d'abord fait la réflexion que j'avais bien de la chance de vivre en France plutôt que sous le soleil de plomb de l'hémisphère sud. Et puis, en y réfléchissant un peu plus, il m'est apparu que la différence entre ces pays et le notre n'était finalement pas si grande. Nous souffrons des même maux (la famine et les maladies en moins) et, ici comme là-bas, l'argent, le paraître et l'égoïsme sont roi. Les sociétés africaines sont bien semblables à la notre, tout juste altérées par le miroir déformant de la pauvreté et de l'analphabétisme.

Je ne saurais donc trop vous conseiller la lecture de ce roman qui m'a donné bien envie de découvrir  de nouveaux auteurs africains.

Editions du Serpent à Plumes - 1999

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23 mai 2014

LA VILLE D'ACIER - MICHEL PAGEL

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Après avoir participé à la chute de Gelnar, le faux dieu de Lankor, et initié avec l’aide de Sinndés et Romi la destruction des brouilleurs climatiques qui empêchent la pluie de tomber, Ange a décidé de reprendre ses vieilles habitudes de motard solitaire. Mais il ne restera pas bien longtemps seul. Après une rencontre mouvementée avec une jolie motarde dont il ne tarde pas à s’amouracher, il apprend que ses anciens compagnons ont été emprisonnés par Krina , la fille de Gelnar et nouvelle maîtresse de Lankor. Pour leur venir en aide, Ange a alors une idée folle : unir les sédentaires et les pillards et prendre d’assaut la ville d’acier. 

Ce deuxième opus des aventures de « l’ange du désert » est une copie presque conforme du premier. On y retrouve les mêmes péripéties et quasiment dans le même ordre : combat des motards contre les sédentaires et les pillards, franchissement du Styx, le fleuve aux exhalaisons méphitiques, entrée dans la ville et aventures dans ses bas-fonds, arrestation par les autorités et dénouement dans les jardins du donjon. 

Heureusement, le récit nous est compté sur un mode humoristique plus marqué.

Certains personnages sont en effet bien sympathiques tels Orson le pillard obèse ou encore Bugs le lapin télépathe. Mais surtout c’est le duo que forment Ange et Sybille avec son mélange d’amour/haine qui apporte sa saveur à un récit qui sans cela serait bien terne. 

A noter que le livre fait état d’une suite : « L’épée maudite » qui n’a malheureusement jamais été publiée. C’est dommage car bien des questions restent en suspens : comment Krina et Orson se vengeront-ils, pourquoi les lapins aident-ils Ange, comment la ville d’acier est-elle approvisionnée ?

Fleuve Noir Anticipation - 1986

18 mai 2014

L'ANGE DU DESERT - MICHEL PAGEL

imgAnge est un motard, un vrai, l’un de ceux qui, réunis en meutes d’une dizaine d’individus, arpente en tous sens l’immense désert qu’est devenue la Terre. D’habitude ces meutes n’ont aucun but, si ce n’est atteindre la prochaine station-service et attaquer sur leur chemin les sédentaires qui s’obstinent à cultiver un sol ingrat ou bien affronter les bandes de pillards et leurs ridicules voitures. Mais Cobra, le chef du petit groupe auquel Ange appartient, a une idée fixe : découvrir Lankor, la ville d’acier, et jouir là-bas du paradis des guerriers. Le chemin est cependant bien long jusqu’à Lankor et la cité mythique leur réservera bien des surprises. 

Ce livre débute de façon très classique et l’on est tout de suite dans l'ambiance : univers post-apo avec bandes de motards qui parcourent le désert et s'affrontent à l'arme blanche. Bref, un côté Mad Max très marqué qui rappelle aussi "Les culbuteurs de l'enfer" de Zelazny.

La seconde moitié du roman, qui se déroule dans la ville, est un peu plus fouillée et nous apporte (trop rapidement peut-être) les réponses aux questions que l’on se posait : Gelnar est-il un Dieu, pourquoi la Terre est-elle désertique, qui entretient les stations-services… ?

Mais l’ensemble n’est guère convaincant : les personnages sont un peu trop caricaturaux, l’intrigue finalement assez mince et jusqu’aux combats qui manquent de mordant (c’est dingue le nombre de fois où l’adversaire d’Ange vient s’embrocher de lui-même sur son épée !!!)

Dommage car, une suite étant prévue, Michel Pagel aurait dû prendre son temps et donner plus d’épaisseur tant aux personnages qu’au scénario.

Fleuve Noir Anticipation - 1985

13 mai 2014

LA FEMME TRUQUEE - JEAN-PIERRE FONTANA

imgAu XXIème siècle, l’Europe, la France et même Paris sont séparés en deux blocs ennemis.Noémie Landès, jeune étudiante d’une vingtaine d’années, vit tranquillement dans la moitié sud de la capitale lorsqu’elle est convoquée au programme de neutralisation sexuelle. Bien que réticente, elle se rend à l’hôpital de la Salpétrière où elle est placée en « hibernation ».Mais est-ce bien Noémie qui est retenue dans ce cercueil de verre ? Est-ce bien elle qui rêve d’Ilyana, l’héroïne décomplexée de la confédération européenne ? Ou ne serait-ce pas plutôt le contraire ? 

Voici un livre qui ne m’a pas franchement emballé en raison d’un côté « nouveau roman » trop marqué à mon goût.

Jean-Pierre Fontana y explore certaines des possibilités que lui offre la science-fiction et s’amuse à brouiller les pistes. Ses personnages et son intrigue se mêlent de telle sorte que l’on ne sait plus très bien à qui ou à quoi l’on a affaire et, lorsque l’on est suffisamment désorientés, il nous porte l’estocade en nous proposant plusieurs fins possibles.

L’exercice de style est peut-être sympathique mais je lui aurais préféré une approche plus conventionnelle. A défaut, je suis sans doute passé à côté de quelque chose. Tant pis pour moi !

Nouvelles Editions Oswald - 1980

8 mai 2014

LES PORTES DE L'EDEN - BRIAN STABLEFORD

imgEn 2443, malgré d'intenses recherches, l'humanité n'est parvenue à trouver qu'une seule planète habitable, déjà occupée par une autre race humanoïde. Aussi, lorsqu'un vaisseau d'exploration parti 350 ans plus tôt reprend contact avec la Terre et affirme avoir trouvé un monde viable, la communauté scientifique entre en ébullition. Seule ombre au tableau, le décès des membres de l'équipage qui, les premiers, ont mis les pieds sur Naxos, planète marécageuse peuplées de batraciens et autres espèces primitives. Une expédition de scientifiques est dépêchée sur place pour déterminer la cause de leur mort et vérifier si ce nouveau monde est réellement habitable.

En wikipédiant un brin, j'ai appris que Brian Stableford est titulaire d'un doctorat de biologie. Voilà qui explique la solidité des argumentations scientifiques qui constituent pour une bonne part le corps et l'intrigue du roman. Mais pas d'inquiétude ! Malgré ce côté un peu pointu, le bouquin est tout sauf rébarbatif et alterne avec bonheur la théorie et les scènes d'action.

Le suspens y est également très présent et qui plus est, se situe sur plusieurs niveaux. Il y a d'abord l'enquête sur les causes de la mort des premiers explorateurs de Naxos ainsi que la traque d'un éventuel assassin. Il y a ensuite la recherche d'une espèce intelligente sur la planète qui va s'avérer palpitante puisque ce sont précisément les découvertes biologiques qui feront progresser l'enquête. Signalons à ce propos une utilisation passionnante de la célèbre théorie de l'évolution et l'idée selon laquelle elle n'est peut-être pas transposable à d'autres mondes que le notre.

Il y a enfin l'opposition entre deux factions qui se tirent dans les pattes afin de prendre l'ascendant dans l'exploration et la conquête de la planète. Une confrontation entre les scientifiques de l'an 2443 et cet équipage parti trois siècles plus tôt à la recherche d'une planète de secours pour l'humanité. Une sorte d'assurance-vie lancée par les Terriens de l'époque, à un moment où la Terre semblait proche de sa fin. Leur désarroi est grand de constater que, plusieurs siècles après leur départ, les progrès scientifiques n'ont guère évolués et que les mentalités sont restées les même ( les idéologies et la division entre l'occident et le bloc communiste demeurent notamment). Le sentiment de s'être sacrifiés pour rien, d'avoir passé tant d'années en hibernation pour une humanité sans principes ni grandeur explique leur méfiance vis à vis de ses envoyés. Elle explique aussi leur volonté de prendre en main leur destinée afin de créer une société conforme à leurs idéaux.

Les portes de l'Eden nous propose donc une SF intelligente et remarquablement écrite avec un petit côté Hard Science qui, pour une fois, ne m'a pas déplu.

Opta - Galaxie-Bis - 1984

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3 mai 2014

LE DEUXIEME MATIN DU MONDE - MANUEL DE PEDROLO

deuxieme-matin-du-monde--le-Une attaque foudroyante perpétrée par de mystérieux extra-terrestres signe la quasi extinction de l'espèce humaine. Tous les mammifères, hommes et animaux, sont victime d'un arrêt cardiaque tandis que de puissantes vibrations mettent à bas les constructions. A Bénaura près de Barcelone, Alba et Didac deux enfants de quatorze et neuf ans qui étaient immergés au moment de l'attaque, sont les seuls survivants. Dans ce monde bouleversé, ils vont devoir apprendre à survivre pour, peut-être, donner une seconde chance à l'humanité.

J'étais vraiment curieux de découvrir ce roman écrit par un auteur catalan dans les années soixante-dix. Pensez-donc, un post-apo destiné à la jeunesse ! Voilà qui tenait de la gageure. Vu l'aspect plutôt rude du thème en question, je me demandais comment l'auteur allait s'y prendre pour éviter de choquer ses lecteurs sans pour autant édulcorer son propos.

Mais Manuel de Pedrolo s'en sort parfaitement. Aucun des aspects les plus dramatiques du genre n'est éludé. « Dans un monde réduit à l'état de cimetière », ses personnages sont bel et bien confrontés aux multiples dangers de « l'après ». Ils doivent faire face à la peur et à la maladie, se défier des autres survivants et trouver leur pitance dans les ruines des cités. Ils leur faut aussi surmonter la disparition de leur proches et accepter leur solitude. Être le dernier couple n'est pas chose aisée à vivre et implique bien des responsabilités.

Bref aucune censure, aucun sujet tabou. L'auteur évoque aussi bien la mort que la sexualité et l'inceste est envisagé comme une alternative nécessaire au repeuplement. Il en profite même pour aborder des sujets qui semblent lui tenir à cœur tels que le racisme (Nous sommes la dernière blanche et le dernier noir, Didac. Après nous plus personne ne pensera à la couleur de la peau.) ou la religion (Tout çà, c'était pour faire peur aux gens, pour les faire obéir et les obliger à se résigner.). Il le fait sans fausse pudeur, avec des mots simples et directs.

Il nous livre également par l'intermédiaire d'Alba, sa vision de la société idéale, libérée de l'hypocrisie et des croyances toutes faites. Ses personnages ne veulent pas seulement survivre, ils veulent aussi s'affranchir des anciennes règles et poser les fondations d'un monde nouveau. Ils désirent néanmoins conserver le meilleur de la civilisation qui va bientôt disparaître ( « Alba songea avec mélancolie à toutes ces richesses, là et ailleurs, qui allaient se perdre à tout jamais. Après l'homme, c'était son patrimoine qui disparaissait. ») et sauver ce qui en vaut la peine : les œuvres d'art et les livres.

Des livres qui sont au centre du roman et au cœur des préoccupations des jeunes survivants. Que ce soit pour l'acquisition de connaissances (notions de médecine, apprentissage de la mécanique...) pour leurs loisirs (les polars que lit Alba) ou simplement pour l'objet lui-même (livres anciens ou beauté des illustrations) ils n'auront de cesse de les rechercher, de s'en entourer et d'assurer leurs préservation.

Finalement, et c'est paradoxal, le seul petit défaut de ce livre est aussi sa principale qualité. Pedrolo destinant son roman aux enfants, il était important d'avoir pour héros des personnages auxquels son lectorat puisse s'identifier. De ce point de vue c'est parfaitement réussi. Didac et Alba sont deux jeunes ados particulièrement débrouillards dans lesquels tous les gamins voudront se reconnaître. Mais cela nuit un peu à la vraisemblance de l'histoire.

On a en effet du mal à accepter que deux enfants de neuf et quatorze ans puissent à eux seuls remettre l'humanité sur de bons rails. Certes, le désespoir pousse à se transcender et l'on peut admettre que des enfants aient moins de mal que des adultes à se projeter dans une existence nouvelle («... eux étaient restés sains d'esprit et avaient su s'adapter, mais ils étaient deux et très jeunes, un facteur qui avait son importance »). La tâche n'en demeure pas moins extrêmement rude. Leur bagage initial n'est pas suffisant, l'apprentissage prend du temps et l'expérience ne peut se remplacer. D'ailleurs, les réactions ou les idées d'Alba ne sont pas en accord avec son jeune âge. Elle a une approche trop réfléchie et trop globale de leur situation ainsi qu'une vision à trop long terme. Les enfants, me semble-t-il, ne se projettent pas autant. Ils vivent dans le présent et ont des préoccupations moins abstraites. Ceci étant, la triste fin du roman vient justement rappeler que tout n'est pas si rose pour nos petits héros et redonne à l'histoire sa dimension tragique. 

"Le deuxième matin du monde"est donc un excellent roman jeunesse mais les adultes y trouveront également leur compte. C'est en tous cas un très bon post-apo que je vais m'empresser de faire découvrir à ma fille.

Le livre de Poche - Jeunesse - 1993

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FLEUVE NOIR
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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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