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3 mai 2013

LA FIN DU REVE - PHILIP WYLIE

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En 2023, l'humanité est au bord de l'extinction et les quelques communautés encore organisée qui subsistent de par le monde tentent désespérément de préserver ce qui peut encore l'être. C'est dans ce contexte que Willard Gulliver a entrepris de réunir, pour l'édification des générations futures, les archives et les témoignages qui illustrent le mieux la façon dont l'homme a détruit son environnement.


Bien qu'écrit  il y a presque 40 ans, ce livre reste d'une actualité brûlante et il est ahurissant de constater que les maux qui y sont dénoncés n'ont pas été stoppés. Le combat écologique est malheureusement plus que jamais à l'ordre du jour et la sauvegarde de notre environnement un enjeu majeur.

Pourtant, la démonstration de Philip Wylie, remarquable de réalisme, est de nature à inciter les plus acharnés pollueurs à modérer leurs ardeurs. Par le biais d'articles de journaux, d'interviews, de témoignages ou de rapports, il nous montre comment l'homme parvient à détruire son environnement et à hypothéquer gravement son avenir alors même qu'il est conscient des risques qu'il encoure.

Bien sûr l'auteur force le trait. Nous n'en sommes pas encore arrivés à de telles extrémités. Mais si ses descriptions nous font froid dans le dos, c'est que nous devinons qu'il n'est pas si loin de la réalité. Certaines des catastrophes qu'il nous décrit commencent d'ailleurs à pointer le bout de leur nez. Quelques exemples ? :

- la pollution des rivières : les nôtres ne sont pas encore devenues explosives mais charrient quantité de molécules pharmaceutique qui stérilisent les poissons et risquent de la rendre impropre à la consommation.

- la qualité de l'air : nous ne connaissons certes pas de conditions atmosphériques pouvant transformer Manhattan en une gigantesque chambre à gaz mais les pic de pollutions à l'ozone sont devenus monnaie courante dans la plupart des grandes agglomérations.

- l'état de nos mers : pas encore de vers carnivores, mais de nombreuses espèces (baleines, thons, anchois) sont en voie d'extinction et leur disparition pourrait être la cause d'une rupture de l'équilibre entre les espèces.

- la radioactivité : malgré Tchernobyl, la France continue sa politique du tout nucléaire sans même savoir ce qu'il adviendra des déchets de ses centrales.
- sans oublier, le dérèglement climatique, le recyclage des déchets...-    

Plus qu'un roman, ce livre est donc un plaidoyer en faveur d'une attitude raisonnée de l'homme envers son milieu naturel. C'est aussi un appel au passage à l'acte. Nous voici parvenus à cet instant crucial où l'on sait ce qui nous attend et où il est encore possible d'agir efficacement pour enrayer l'inéluctable. Mais en serons-nous réellement capables.

Philip Wylie, lui, ne se fait guère d'illusions. Il sait bien, comme nous même aujourd'hui, que la recherche du profit et l'absence de conscience écologique sont la cause de ce désastre. Il sait aussi que tant que les industriels seront assez puissants pour imposer leurs vues aux politiques, rien ne pourra réellement changer. Le fiasco du récent sommet de Copenhague en est un exemple éloquent.Tout espoir serait donc perdu ? Peut-être pas. Et peut-être aussi que des livres comme celui-ci permettront une prise de conscience tardive mais salutaire. A défaut, ce sera bel et bien la fin du rêve. Et sans doute même le début du cauchemar. 

Le livre de Poche - SF - 1980

 

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3 mai 2013

LE MONDE AVEUGLE - DANIEL GALOUYE

untitledJared Fenton est le fils du Premier Survivant, chef de l'un des deux clans qui se partagent l'immense réseau de cavernes constituant tout leur univers. Un univers plongé dans une obscurité permanente et où tous ont appris à évoluer en se passant de la vue. Doté d'un esprit curieux, il espère trouver un jour la lumière dont parlent les légendes de son peuple. Mais ses recherches sont mal vues (ou plutôt mal entendues !) de la petite communauté déjà confrontées à bien des menaces. Les sources d'eau chaude nécessaires à leurs cultures se tarissent en effet les unes après les autres tandis que les Ziveurs, ces déviants dotés d'une vision infra rouge, multiplient les razzias dans leurs cavernes. Et comme si cela n'était pas suffisant, des êtres étranges semblent hanter leur monde souterrain.


Cela faisait longtemps que je n'avais lu un roman de SF aussi complet, avec des personnages au caractère fouillé, un univers cohérent et une intrigue simple et bien menée.

C'est donc avec beaucoup de plaisir que j'ai suivi les aventures de Jared à la recherche de la lumière. Ses doutes sur le bien fondé de sa quête, ses premiers émois amoureux, son sens du devoir et son dévouement envers sa communauté en font un héros particulièrement attachant.

Les autres personnages ne sont pas en reste et la jeune Della qui souffre de sa différence, les rivaux malintentionnés, les religieux dogmatiques et les chefs pragmatiques apportent au récit une jolie palette d'individualités.

L'univers souterrain où tout ce petit monde évolue bénéficie lui aussi d'une description minutieuse et les nombreux détails qui parsèment le récit (politique, agriculture, mythologie) contribuent à le rendre encore plus convaincant.

Quant à l'intrigue, mélange de roman d'apprentissage, de quête et de post-apo, elle est suffisamment dense pour nous tenir en haleine jusqu'à une chute qui se devine certes dès le début du livre mais qui est malgré tout fort bien amenée.

Mais le plus intéressant est sans conteste la façon dont l'auteur a su restituer les sensations de ces hommes et femmes évoluant dans une obscurité totale et permanente. Privés de la vue depuis plusieurs générations, ils ignorent à quoi ressemble la lumière et ont dû s'adapter en utilisant leurs autres sens : le toucher, l'odorat et surtout l'ouïe.

Pour mettre en scène le résultat de cette adaptation Daniel Galouye fait preuve d'une belle imagination. Les "pierres à échos" qui permettent de projeter des ondes sonores sur les parois et les objets afin de "visualiser" son environnement (à l'instar du sonar des chauves souris) en sont un bon exemple.

Plus étonnante encore est l'influence que cette primauté de l'ouïe sur les autres sens a eut sur le langage. Tous les mots ou expressions associés à la vue ont été bannis du vocabulaire ; le verbe "entendre" a totalement remplacé le verbe "voir" (on dira donc "audiblement" plutôt que "visiblement") et des mots désormais privés de signification comme "jour" ou "nuit" ont disparus au profit d'autres termes ("période" plutôt que "jour", "mi-sommeil" au lieu de "minuit").

Quelques mots encore au sujet de la religion de ce peuple qui trouve son fondement dans le cataclysme nucléaire survenu quelques générations plus tôt. Les références à la catastrophe y sont nombreuses et fort drôles, tels les noms des démons (Cobalt et son jumeau Strontium) ainsi que la Sainte Ampoule qui n'a pas grand-chose à voir avec celle de la cathédrale de Reims !

Remarquablement écrit, " Le monde aveugle " constitue à mon sens un exemple de SF intelligente et très abordable, ainsi qu'un bel exercice de style.

Denoël - Présence du Futuer - 1987

3 mai 2013

RAUM - CARL SHERRELL

untitledChevalier démon de seconde zone, Raum a quitté les enfers et le service d’Asteroth pour se rendre chez les humains. Il espère y rencontrer Merlin et obtenir du sorcier les réponses aux questions qui le taraudent. Mais le monde des hommes est-il prêt à accueillir un comte des enfers ? 

 

Ce livre aurait pu n’être qu’une énième digression sur le mythe Arthurien si Carl Sherrell n’était parvenu à se démarquer de la production pléthorique que Merlin et compagnie ont inspirée aux auteurs de fantasy, grâce à la personnalité pour le moins surprenante de son héros.

Car pour une fois, nous avons un personnage central vraiment méchant, dénué de morale et qui ne s’encombre pas de sentiments aussi inutiles que l’amour ou la compassion. Ils tue, pille, viole sans le moindre remord et passe au fil de son épée quiconque voudrait le détourner de son sanglant chemin.

Malheureusement l’auteur n’a pas maintenu ce cap jusqu’au bout. Raum finit par s’humaniser et par éprouver ces sentiments qui lui étaient jusqu’ici inconnus. Il en devient presque gentil et c’est sur un chevalier repenti cherchant à réparer ses erreurs que s’achève le roman.

Mais avant cela on aura quand même pris grand plaisir à le voir foutre le bordel à la cour du roi Arthur, se moquer de Perceval, ridiculiser Gauvain, mettre une branlée à Kay ou apprendre l’obéissance à la vénéneuse Morgane. De chouettes moments de lecture, un peu irrévérencieux à l’égard de tous ces nobles héros, mais sacrément jouissifs.

Raum est un personnage entier, plus individualiste que mauvais, attachant en diable et je regrette pour ma part qu’il finisse par s’amender : le roman y perd une bonne part de son sel.

Signalons toutefois que la fin laisse entrevoir une suite au cours de laquelle notre diabolique héros pourrait aller jusqu’au Vinland (l’Amérique des vikings) pour délivrer sa dulcinée. Il est donc permis d’espérer un sursaut de méchanceté !

Garancière - Aventures Fantastiques - 1986

3 mai 2013

LA BOUFFE EST CHOUETTE A FATCHAKULLA - NED CRABB

CrabbLabouffe

Lorsque la tête d’Oren Purvis est retrouvée au bord d’une route, personne à Fatchakulla Springs n’éprouve la moindre tristesse. Il est vrai que la victime était détestée d’à peu près tout le monde et que plus d’un avait un bon motif de le supprimer. Ce qui n’arrange pas les affaires du Shérif Beemis qui se retrouve ainsi avec presque autant de suspects que d’habitants.

Désemparé, il n’a d’autre ressource que d’appeler à l’aide le Sherlock Holmes local : Linwood Spivey, ainsi que Doc Bobo, le médecin de la petite bourgade. Mais les trois hommes auront fort à faire pour débusquer le responsable de ce meurtre…et de quelques autres. 

Ce roman n’a que peu à voir avec le fantastique qui ne fait d’ailleurs son apparition qu’à la toute fin du récit. Raison pour laquelle il a été publié dans la série noire de Gallimard et non dans une collection SF. Mais pour autant, le côté policier de ce livre n’est pas son principal attrait. Son intérêt réside plutôt dans sa description, irrésistible de drôlerie, d’une bourgade du sud des Etats-Unis et de son folklore fantasmé : chaleur et humidité, bayous peuplés d’alligators, gargotes crasseuses et belles américaines (les voitures, pas les femmes).

Côté personnages nous sommes également très bien servis puisque défile devant nous une palanquée de loufoques de tous poils, piliers de comptoirs, abrutis consanguins, prédicateurs véreux, shérifs à la gâchette facile, putes vérolées et autres truands.

Vous l’aurez compris, c’est à une bonne grosse comédie policière que nous convie Ned Crabb. Alors, si vous souhaitez vous divertir un brin je vous en conseille vivement la lecture ; de préférence par temps de canicule, confortablement installé dans un hamac avec un pack de bières à portée de main. Histoire de porter un toast à la santé de Willie le siffleur !

Folio Policier - 2008

 

 

2 mai 2013

LE DERNIER DE SON ESPECE - ANDREAS ESCHBACH

untitledDuane Fitzgerald est un cyborg. Un être humain modifié par l'armée américaine pour en faire un soldat d'élite, capable de performances inouïes et quasi indestructible. Enfin, sur le papier. Parce que dans les faits, on est bien loin du compte. L'électronique dont son corps est truffé a des ratés, son ossature en titane se grippe et sa pile nucléaire pourrait bien un jour lui jouer des tours. C'est d'ailleurs pour çà que lui-même et les autres Steel Men ont été mis en retraite anticipée. Pas assez fiables. Dépassés avant même que d'avoir servis.

Duane vit désormais à Dingle, une petite ville de la côte irlandaise, où il partage son temps entre ses visites à la bibliothèque municipale, ses balades en bord de mer et la lecture de Sénèque. Sans oublier Bridget, la jolie directrice de l'hôtel Brennan dont il est secrètement amoureux et qu'il prend plaisir à rencontrer chaque fois que cela lui est possible. Une petite vie tranquille, rangée, austère.

Jusqu'au jour où il est abordé par un avocat qui semble tout savoir de sa vraie nature, des conséquences sur sa santé et qui lui propose de faire un procès aux autorités américaines. Mais l'homme de loi est bientôt assassiné et pour Duane les ennuis commencent.


"Le dernier de son espèce" nous raconte quelques jours de la vie d'un cyborg, ancien militaire devenu inutile, voire même vaguement gênant pour l'armée et les services secrets. Mais ceux qui pense avoir affaire à une histoire de surhomme ou d'universal soldiers à la Van Damme risquent d'être profondément déçus. Notre héros ressemble plus à un Terminator en phase terminale qu'à l'homme qui valait trois milliards et le récit accorde plus d'importance à la philosophie et à l'introspection qu'à l'action ou la violence. C'est d'ailleurs tout l'attrait de ce livre que de se pencher sur les états d'âmes d'un Steve Austin sur le retour dont la vie s'est transformée en chemin de croix à cause d'une mécanique défaillante.

Nous découvrons son calvaire par le biais du journal qu'il tient. Une narration en temps réel puisque notre héros peut enregistrer ses pensées dès qu'elles se forment. Or, le fait que ce journal soit écrit au présent de l'indicatif lui donne une spontanéité remarquable. Les réflexions du narrateur sont prises sur le vif, sans cette distanciation que permettent habituellement les récits à l'imparfait. Nous pénétrons l'esprit même de Duane Fitzgerald. Nous devenons Duane Fitzgerald.

Et ce que nous découvrons n'a rien de très réjouissant. Son quotidien est rythmé par les ennuis de santé tandis que les inconvénients liés à sa nature lui imposent de nombreuses contraintes (notamment l'obligation de n'ingurgiter qu'une horrible mixture). Privés de bien des joies, grandes ou petites, il lui est donc difficile de se projeter dans l'avenir et encore moins d'envisager une vie de couple ou la construction d'une famille. Pas davantage de réconfort côté passé puisque les nombreux flashbacks qui parsèment le récit ne nous montrent qu'une jeunesse difficile et sa douloureuse transformation en "surhomme".

Triste et morose, l'atmosphère qui baigne le récit s'accorde bien à l'histoire. Il faut dire que l'Irlande se prête magnifiquement aux ambiances mélancoliques avec ses landes désertes, son ciel bas, le gris de la mer et l'ombre de l'IRA. D'une manière générale, le background est complet et réaliste. Les nombreux personnages secondaires (le docteur, la bibliothécaire, le musicien...) sont joliment croqués tout comme le petit village de Dingle, ses rues, son port et son pub. Même la Guiness est de la partie, Andreas Eschbach consacrant presque une page à la description d'une pinte de cette bière si particulière ! "

Le dernier de son espèce est donc un très beau livre, à la fois violente critique de la raison d'état et jolie réflexion sur ce qui fait la valeur d'une vie. L'intelligence d'Andreas Eschbach est de s'être attaché à l'homme plutôt qu'au super héros et d'avoir fait ressortir la profonde humanité de son personnage. Malgré ses transformations, malgré la volonté des militaires, Duane est resté un homme. Et c'est en homme qu'il entend finir sa vie. Un homme avec ses doutes et ses faiblesses, mais également doté d'une grande force morale. Un peu le triomphe de l'humain sur la machine, la victoire de l'individu sur le matricule.

L'Atalante - La dentelle du Cygne - 2006

 

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2 mai 2013

SCENES DE GUERRE CIVILE - JEAN-PIERRE HUBERT

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A l’issu de la grande guerre qui a ravagé le continent européen et l’a rendu impropre à la vie, les survivants ont été recueillis par le gouvernement panafricain. Mais les dissensions, puis la guerre, ressurgissent entre ces réfugiés cantonnés dans les strictes limites de la concession de Maldora. Le petit territoire et sa capitale ne sont bientôt plus qu’un champ de ruines que se disputent deux factions rivales.

Altmann, pacifiste convaincu et seul détenteur de la technologie « Linden-Gourov » qui permet de créer des défenses électromagnétiques naturelles, tente d’édifier un îlot de paix au milieu des combats, tandis que plane la menace des armes censurées. 

 

Bien qu’ayant été écrit au début des années 80 et s’inspirant sans doute de la guerre du Liban, ce roman m’a fait penser à la lutte que se sont livrés Fatah et Hamas à Gaza et en Cisjordanie. On y trouve en effet bien des similitudes avec le contexte géographique et politique de ces territoires abandonnés de tous, à commencer par la lutte fratricide et suicidaire qui s’y déroule.

Jean-Louis Hubert fait parfaitement ressentir l’absurdité d’un conflit dans lequel les idéologies sont détournées, les alliances incertaines et dont la seule utilité est le renforcement ou l’affaiblissement du pouvoir de quelques dirigeants. Ceci est particulièrement visible dans la description de la ville dévastée où divers groupes s’affrontent pour la maîtrise d’une rue ou d’un pâté de maisons.

Il sait aussi rendre compte de l’âpreté des combats et de la disparition de tout sentiment humain au profit d’un professionnalisme aveugle. Hommes et femmes ne sont plus que des cibles qu’il convient d’abattre par n’importe quel moyen, autorisé ou pas. L’auteur brocarde au passage l’inefficacité et l’hypocrisie des accords internationaux et notamment ceux qui s’attachent à prohiber certaines armes. Ici, en l’absence d’armes à feu, les combattants s’étripent à l’arme blanche et finissent malgré tout par recourir aux « armes censurées ». Et on comprend qu’elles l’aient été, car les effets de la « corrosine » et autres « tortillons vivaces » font  froid dans le dos.

« Scènes de guerre civile » est un roman qui ne brille peut-être pas par la complexité de son intrigue (l’histoire toute entière tient dans son titre) mais qui constitue néanmoins un excellent exemple de politique fiction assez pessimiste quant aux penchants de l’espèce humaine.

Le Liban hier, Gaza aujourd’hui, et demain… Maldora ?

Opta - Galaxie Bis - 1982

 

2 mai 2013

LE MONDE PERDU - ARTHUR CONAN DOYLE

untitledL'excentrique professeur Challenger prétend avoir découvert au coeur de l'Amazonie un plateau isolé et peuplé d'espèces animales du Jurassique. Mais, ne pouvant apporter la preuve de ses allégations devant l'assemblée de l'institut de zoologie, sa parole est mise en doute par le professeur Summerlee.

Afin de tirer les choses au clair il est alors décidé de monter une nouvelle expédition qui, outre Challenger et son détracteur, comprendrait deux observateurs impartiaux. Lord Roxton, chasseur émérite, et Edward Malone jeune et fougueux journaliste, se portent aussitôt volontaires. Après un long périple en Amérique du sud ils aborderont ce territoire plein de surprises extraordinaires et d'innombrables dangers. 


Ce roman de Conan Doyle est, après ceux consacrés à son célèbre détective, l'un de ses plus connus en raison des nombreuses adaptations au cinéma ou à la télévision dont il fut l'objet. Mais les adaptations étant rarement d'une fidélité exemplaire, je souhaitais découvrir l'œuvre originale.

Résultat : pas de déception mais pas d'enthousiasme non plus. Les personnage sont plutôt stéréotypés même si j'ai tendance à penser que l'auteur a volontairement forcé le trait pour leur apporter une dimension humoristique. Les professeurs Challenger et Summerlee sont présentés comme des caricatures de scientifiques, imbus d'eux même, avides de postérité et oubliant tout, même le danger, lorsqu'ils découvrent une espèce nouvelle ou un spécimen rare. Lord Roxton est le prototype de l'aventurier britannique, sûr de lui, dominateur et gardant son calme (pour ne pas dire son flegme) en toutes circonstances. Finalement, seul Malone apparaît tout à fait normal, ce qui, à la réflexion, est logique puisque ces aventures ne sont relatées par nul autre que lui-même.

Très amusantes également, les séances à l'institut de zoologie qui sont l'occasion d'insérer une petite critique de la société britannique, de son conservatisme ou de son snobisme. Les scènes d'action sont en revanche bien classiques et ne constituent pas, loin s'en faut, le principal intérêt du roman. Exception faite d'une bataille opposant une tribu primitive à des hommes singes, il n'est question que de survie dans ce monde primitif et de quelques dangereuses rencontres avec la faune locale.

En conclusion ce roman n'est pas le meilleur ni le plus étonnant de ceux traitant de la découverte de civilisations oubliées ou de terrae incognitae. Henry Rider Haggard ou Edgar Rice Burroughs ont fait beaucoup mieux et, question dinosaure, rien ne nous étonne plus depuis Jurrassic Park. Néanmoins, la lecture en demeure plaisante grâce à un humour très présent et à des personnages aux individualités très marquées.

Editions NéO - 1982

2 mai 2013

ENCORE UN PEU DE VERDURE - WARD MOORE

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Un fertilisant surpuissant qui agit sur la molécule des graminées a été mis au point par une chimiste originale. Répandu sur la pelouse d’un pavillon de la banlieue de Los Angeles par un représentant de commerce aussi chanceux que maladroit, il provoque la pousse accélérée d’une certaine variété d’herbe qui voit sa hauteur atteindre plusieurs mètres. Mais, plus que sa taille, c’est sa propension à croître sur n’importe quel sol qui alerte les autorités et, malgré tous les moyens employés, « l’herbe du diable » a tôt fait de recouvrir la Californie, les Etats-Unis et bientôt le reste du monde. 

Voici un exemple de roman catastrophe conté sur le mode comique. Certes nous y retrouvons la plupart des ingrédients propres à ce type de littérature : la description de la catastrophe proprement dire, la lutte des autorités contre le phénomène, ses conséquences sur la société et les changements géopolitiques qui s’ensuivent ou encore le parcours de quelques personnages modifié par cet état de fait.

Mais, plus qu’un livre d’anticipation, il s’agit surtout pour l’auteur de se livrer à une critique du capitalisme sauvage. En effet, parallèlement à l’expansion de cette herbe particulièrement envahissante, nous suivons le parcours de Albert Weener, le représentant de commerce à l’origine du mal, dont la réussite dans le monde des affaires est proportionnelle à la pousse de la graminée.

Profitant de la situation, ce dernier acquiert à vil prix des sociétés qui périclitent, investit dans la production d’aliments de substitution, profite de marchés avec les autorités militaires et se réjouit de trouver dans les millions de réfugiés chassé de leurs pays une main-d’œuvre bon marché. Le tout, avec une bonne conscience et une satisfaction de soi à toute épreuve !

Ward Moore se permet également de placer son pays dans les pires des situations. Les Etats-Unis se voient ainsi envahit un temps par l’Union Soviétique (rappelons que ce livre fut écrit en 1947, c’est à dire en pleine guerre froide) et sont la première nation à disparaître sous la couche de verdure. Les américains devront donc quitter leur pays  pour émigrer vers la vieille Europe où ils seront soumis aux mêmes conditions d’accueil que celles pratiquées à Ellis Island. 

Enfin, les savants, chimistes et docteurs de tout poil promettant jour après jour un remède qui ne vient jamais, ne sont pas épargnés et leur incapacité à corriger leurs erreurs est vivement critiquée.

Bref, un roman bien plaisant qu’il conviendrait de faire lire aux fabricants d’OGM et aux milliers d’Albert Weener, actionnaires de ces grandes compagnies.

Denoël - Présence du Futur - 1975

 

2 mai 2013

LES COUCOUS DE MIDWICH - JOHN WYNDHAM

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Midwich est une tranquille petite ville anglaise comme il en existe des centaines à travers le pays. Tranquille, jusqu’à ce que survienne un bien curieux évènement. En effet, pendant 24 heures, tous les êtres vivants séjournant dans son périmètre sombrent dans le sommeil.

Quelques temps après ce que ses habitants appelleront le « jour noir », toutes les femmes en âge de procréer se retrouvent enceintes et donnent bientôt le jour à 30 garçons et autant de filles.

Outre leur particularités physiques (cheveux blonds, yeux dorés, peau légèrement argentée) les bébés semblent dotés d’un pouvoir de persuasion. Cette faculté se développe au fur et à mesure que les enfants grandissent, à tel point que l’on en vient à les considérer comme une menace... 

 

John Wyndham nous conte ici une originale histoire d’invasion extra-terrestre. 

Originale, car elle ne ressemble précisément pas à une invasion classique à grands renfort de vaisseaux spatiaux et de petits bonhommes verts (même si la présence d’un OVNI est rapidement abordée).

Ici, l’invasion est plus insidieuse puisqu’elle est le fait d’enfants qui viennent s’immiscer dans la vie bien rôdée d’une petite communauté. D’ailleurs une bonne part du roman s’intéresse à la façon dont cette intrusion est ressentie par les villageois, puis à la peur qu’elle leur inspire.

Nous aurons également droit à d’intéressants débats sur la tolérance à l’égard des minorités puis, lorsque la menace se précisera, sur le droit des espèces à lutter pour assurer leur suprématie. Car le fin mot de l’histoire est là : doit-on au nom de nos principes de paix et de compassion, laisser vivre une race qui risque de supplanter la notre.

Ajoutons à cela que ce livre est écrit d’une plume élégante, détachée et tellement so british !

Denoël - Présence du Futur - 1983

 

1 mai 2013

POLYMATH - JOHN BRUNNER

untitledLe soleil de la planète Zaratousthra s'est brusquement changée en Nova obligeant ses habitants à fuir au plus vite à bord de vaisseaux de fortune. Deux d'entre eux, chargés de quelques centaines de réfugiés, ont été contraints d'atterrir sur une planète inhospitalière en marge des systèmes solaires connus.

Après un hiver calamiteux, tout espoir de secours étant envolé, les survivants se résignent à jeter les bases d'une nouvelle société. Mais des dissensions et des rivalités apparaissent rapidement et la bonne volonté des uns se heurte à l'appétit de pouvoir des autres.

La présence d'un " polymath ", l'un de ces hommes entraînés depuis l'enfance à gérer la terraformation des planètes, sera-t-elle suffisante pour désamorcer les conflits ?

 

Ce roman de John Brunner a pour sujet l’un de mes thèmes favoris : la réaction d’individus confrontés à un bouleversement radical de leur mode de vie. Il s’agit d'ailleurs de l’un des aspects les plus communément développés (et le plus intéressant à mon goût) des romans post-apocalyptiques ou des "Robinsonnades".

Je trouve en effet captivant de découvrir comment ces survivants réagissent en présence d'un environnement nouveau et souvent périlleux. La destruction des infrastructures qui leur facilitaient la vie, la disparition de la société qui les prenait en charge, la perte de leurs repères familiers sont autant d'épreuves à surmonter mais peut-être aussi l'occasion de créer quelque chose de neuf et de meilleur.

Ici, c'est la capacité de certains à prendre en main la destinée de leurs compagnons d'infortune qui est au coeur de l'intrigue. Les rênes du pouvoir doivent ils être dévolus à ceux qui font la démonstration de leurs talents ou revenir aux anciens détenteurs de l'autorité. La réponse peut paraître évidente mais l’auteur nous démontre que bien des facteurs peuvent interférer sur la logique la plus élémentaire et pousser les hommes vers les pires solutions.

J’ai en tous cas pris un immense plaisir à suivre les mésaventures de ces naufragés de l’espace et aurais même souhaité une petite centaine de pages supplémentaires. Cela aurais permis de découvrir plus en détail la naissance de cette micro société et peut-être aussi d'éviter certains raccourcis tel le côté un peu trop omniscient du polymath.

Presses de la Cité – Futurama - 1977

 

 

 

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