BAMBI BAR - YVES RAVEY
Que cherchent les gendarmes dans la remise de Léon ? Pourquoi ce dernier espionne-t-il Caddie, la voisine d'en face ? Quelles activités répréhensibles dissimule le Bambi Bar ? Et quel est le lien entre ces trois questions ? C'est ce que Yves Ravey nous propose de découvrir.
Je crois bien que je suis en train de devenir accroc aux romans de Yves Ravey. J'adore ses récits courts et percutants qui se distinguent par leur mode narratif si particulier, racontés le plus souvent à la première personne dans un style simple et dépouillé qui ne laisse transparaître aucun sentiment. Des récits totalement désincarnés qui ressemblent un peu à une déposition : des faits, rien que des faits. D'ailleurs le parallèle avec l'interrogatoire policier s'impose. L'auteur s'attache à laisser les faits parler d'eux-mêmes, nous laissant le soin de tirer nos propres conclusions.
Cela ne l'empêche pas de nous mener exactement où il veut et quand il le veut. Son roman débute d'ailleurs par une fausse piste, une banale histoire d'accident de la route et de délit de fuite. On pense alors que tout va tourner autour de l'enquête sur la culpabilité, réelle ou supposée, d'un conducteur indélicat jusqu'à ce que l'intrigue se déplace vers le bar à hôtesse du coin.
Et d'un coup tout s'éclaire et l'on se retrouve plongé dans une sordide affaire de traite des blanches. On découvre comment fonctionnent ces "petites entreprises familiales" qui ont fait de la prostitution leur fonds de commerce et notamment comment elles s'approvisionnent en chair fraîche dans les pays où règne la misère.
Mais Yves Ravey n'oublie pas pour autant l'aspect polar de son roman. Il parvient en seulement 92 pages à nous trousser une intrigue qui tient parfaitement la route et qui se conclue par une chute bien noire. Noire comme le désespoir. Noire comme la vengeance.
Les Editions de Minuit - 2008

