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Mais que fait le Redoutable au large des côtes bretonnes ? Pourquoi cet imposant navire de guerre britannique stationne-t-il à la limite des eaux territoriales françaises ? Que cherche-t-il de si précieux au fond de la Manche pour s'entourer de tant de précautions ? Voilà des questions auxquelles Castrec, un ancien agent de renseignement retiré à Saint-Malo, aimerait avoir des réponses. Devant l'inertie des autorités françaises, il décide de mener sa petite enquête. Il ignore encore quelle fabuleuse découverte l'attend au fond de la mer. 

Y'a pas à dire, une petite vieillerie d'avant-guerre, de temps à autre, çà fait du bien ! La preuve avec ce roman écrit en 1920 par J. H. Rosny Jeune. Non, pas celui de La guerre du feu. L'autre. Le p'tit frère. Qui se débrouille d'ailleurs aussi bien que son frangin dans le domaine de la littérature d'évasion. Il nous propose ici un cocktail d'aventures maritimes, d'espionnage et surtout, de merveilleux. Une histoire de monde perdu. De Terre Creuse plus précisément.

Comme dans la plupart des récits du genre, c'est la découverte du mode de vie de cette civilisation oubliée et de son environnement qui constitue le plus gros de l'intrigue. Un gros chapitre est ainsi consacré au récit du cataclysme qui isola sous la mer un petit bout de Bretagne et à la façon dont ses habitants s'adaptèrent à leur nouveau milieu.

Rosny Jeune décrit avec humour et minutie cet univers sous-marin où les champignons sont devenus des arbres, les fourmis prospères faute de prédateurs et dans lequel l'air parvient grâce à un piston naturel actionné par les marées. La SF n'est pas en reste. Les douariens (de Douar, domaine en breton) ont une avance technologique considérable. Ils disposent ainsi du visiophone, de la télévision, de bathyscaphes et de quantité d'inventions domestiques ou militaires liées au contrôle de la pression sous-marine. Une pression dont les effets ce sont faits sentir sur leur morphologie puisque les traits de leur visage se sont aplatis et leur donne une allure de batraciens.

Ils sont aussi très en avance sur le plan de la philosophie. Résolument pacifiques, ils répugnent tout particulièrement à user de la force et ne s'opposeront à l'intrusion des britanniques que lorsque ces derniers passeront les bornes.

L'auteur se montre d'ailleurs assez critique vis-à-vis de ses congénères et son héros exhortera plus d'une fois ses nouveaux amis à se méfier des hommes et particulièrement de leur cupidité.

Albin Michel - Les belles aventures - 1941