product_9782070405664_195x320Au soir des élections municipales à Marcheim, c'est l’euphorie dans le camp des écologistes. Leur liste vient d'emporter la mairie, laissant espérer un second souffle dans la lutte contre la centrale nucléaire qui se construit sur le territoire de la commune. Mais la joie est de courte durée. Le lendemain matin, un de leurs élus est retrouvé mort aux abords du chantier tant controversé. Fraîchement nommé en Alsace, l’inspecteur Cadin va devoir faire le tri parmi de nombreux suspects, toutes tendances politiques confondues.

Je me suis fait avoir comme un bleu mais je ne suis sans doute pas le seul. Il faut dire que les lieux, les circonstances, les protagonistes, tout dans ce roman fait penser à un meurtre politique. Et quand on sait de quel côté vont les sympathies de l’auteur, on est vite persuadé qu’il faut chercher les coupables du côté des industriels et de leurs valets politiques et policiers.


Pourtant Daeninckx se garde bien de tomber dans le piège de la critique sociale un peu facile. C'est d’ailleurs du côté des "gentils", écolos ou anarchistes, qu'il oriente l'enquête de son flic dépressif. Tout au long du roman il nous promène dans la nébuleuse rouge et verte, nous faisant rencontrer des syndicalistes et des élus de gauche, des baba cools, des journalistes libertaires, des partisans de l’amour libre... Il est même assez peu tendre avec eux, soulignant leurs motivations parfois un peu troubles ou vaines.


Cette plongée dans l’Alsace des seventies est en tout cas bien sympathique pour au moins deux raisons. Primo, sa  peinture de Strasbourg et des cités minières alentours confrontées à la désindustrialisation et au chômage est assez chouette. Les ouvriers contraints de bosser pour des entreprises qui polluent leur terroir, les entrepôts désaffectés au bord du Rhin, les rangées de maisons ouvrières, toutes ces descriptions contribuent à créer une atmosphère bien grise et bien déprimante. Secundo, le récit s’enrichit de nombreuses anecdotes qui ne manquent pas d’intérêt sur l’histoire de cette province si disputée, comme celles sur ces soviets alsaciens qui fleurirent dans les usines lors de la débâcle allemande de 1918 avant que d’être réprimés par la république triomphante ou bien sa germanisation forcée durant la seconde guerre mondiale.


Mais le plus étonnant - et sans doute aussi le plus désolant - c'est de constater que les choses n’ont guère changé depuis lors. Les zadistes qui s’opposent à un barrage ou à un aéroport sont les cousins germains des baba-cool de Marcheim/Fessenheim qui luttent contre la construction d'une centrale nucléaire. Les arguments pour ou contre ce type d'aménagement sont d’ailleurs toujours les mêmes : préservation de l’environnement d’un côté, retombées économiques de l’autre. Devinez qui gagne à tous les coups !

Gallimard- Folio Policier - 1988