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Dans la même veine que « Les années douces », « La brocante Nakano » est la chronique douce-amère de la vie d’une brocante et de ses habitués dans un quartier populaire de Tokyo. Il y a là Haruo Nakano le propriétaire, un quinquagénaire impulsif mais néanmoins fort sympathique, sa sœur Masayo, une artiste du même âge, et deux jeunes employés, Hitomi la vendeuse et Takeo le chauffeur. D'autres personnages gravitent autour de ce noyau dont Sasiko et Murayama les compagnons respectifs des Nakano.

Tout au long des douze chapitres qui composent le roman nous assistons à la façon dont se nouent et se dénouent les histoires de cœur de ce quatuor. Nous suivons plus particulièrement celle qui se dessine entre le très renfermé Takeo et la non moins timide Hitomi et qui sert un peu de fil conducteur au récit. Avec beaucoup de tact et de simplicité, mais sans fausse pudeur, Hiromi Kawakami décrit fort joliment les rapports des uns et des autres. Il y a beaucoup de non-dit dans cette histoire. Les japonais semblent avoir du mal à dévoiler leurs sentiments et à se confier. Ils tournent autour du pot, s’épient, extrapolent mais répugnent à avoir une discussion franche. Cela génère forcément pas mal d’incompréhension et de frustration, de malentendus et de rendez-vous manqués.

Le lecteur amateur d’intrigues complexes ou d’histoires à rebondissements sera déçu car il faut bien avouer qu’il ne se passe pas grand-chose de notable. Chaque chapitre est axé sur un objet de la brocante et constitue une petite nouvelle qui permet à l’auteur d’égrener une succession de menus faits quotidiens sans grande importance. Mais pour anodins qu’ils soient, ils permettent de se faire une représentation précise du caractère de chaque personnage. Leur portrait n’est pas peint une fois pour toute mais se dessine chapitre après chapitre, jour après jour au gré des évènements qui surviennent dans leur vie quotidienne.

Se dessine ainsi une géographie intime des personnes et des lieux. Car la réussite du roman doit beaucoup à l’environnement dans lequel évoluent les personnages et à la façon dont l’auteur restitue l’ambiance de quartier. Il y a la brocante bien sûr, ce fourre-tout magique et dérisoire où se déroule une bonne part de l’histoire mais d’autres décors apportent leur touche de réalisme : la pâtisserie Poésie, la pension Kanamori avec son joli parc paysagé et ses hôtes acariâtres, les salles de vente ou le minuscule studio d’Hitomi. Cela permet également de se faire une idée du mode de vie des japonais, de leurs habitudes de consommation ou encore du regard qu'ils portent sur leur passé récent.

Au final, « La brocante Nakano » est un roman bien rafraîchissant dont on ressort avec le sentiment de quitter de vieux amis et le regret qu’un tel lieu n’existe que dans l’imagination de l’auteur. 

Editions Philippe Picquier - 2007