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Le 17 octobre 1961 à Paris, un professeur d’histoire qui s’attarde à regarder les affrontements entre CRS et indépendantistes algériens est assassiné d’une balle dans la tête. Vingt ans plus tard à Toulouse, son fils, est abattu en pleine rue. Chargé de l’enquête, l’inspecteur Cadin incline à penser que les deux affaires sont liées et que pour trouver l’assassin du fils, il faut  d’abord trouver celui du père.  

Après l’Alsace et le Nord, c’est sous le soleil toulousain que l’inspecteur Cadin mène sa troisième enquête ou, plus justement, qu’il l’entame puisque ses investigations l’obligeront à de fréquents aller/retour à la capitale. La ville rose sert donc surtout de cadre à des péripéties  plus légères (un braquage amusant et les canulars politiques des situationnistes) qui viennent alléger une atmosphère parfois pesante.

Selon un scénario déjà utilisé dans les autres aventures de son flic neurasthénique, l’auteur commence par nous embarquer sur une fausse piste. Cette fois, c’est la guerre d’Algérie et en particulier ses échos sur le sol français qui sert de fil rouge à son intrigue. Cela lui permet de nous parler d’un sujet qui lui tient manifestement à cœur à savoir la violente répression des manifestations du 17 octobre 1961 au cours desquelles de nombreux algériens perdirent la vie.

J’avais déjà eu connaissance de cet épisode peu glorieux de notre histoire récente mais la peinture qui nous en est faite est glaçante. La bêtise et la méchanceté gratuite dont font preuve les forces de l’ordre mais aussi les « honnêtes citoyens » est proprement horrible. Une horreur à laquelle une autre, commise vingt ans plus tôt, viendra répondre un peu plus loin. Une façon de rappeler que le racisme et la haine sont de tous les pays et de toutes les époques.

Outre ses qualités intrinsèques, ce roman revêt pour moi un intérêt complémentaire puisqu’une bonne partie de son histoire se déroule à Paris, rue Notre-Dame de Bonne Nouvelle à l’ombre de l’église du même nom où je fus baptisé, confirmé, communié (à l’insu de mon plein gré, je tiens à le préciser !), bref dans le quartier de mon enfance où je résidais encore lorsque Daeninckx écrivit son roman au début des eighties. Il y a d’ailleurs de nombreuses références à cette époque avec notamment le journal télévisé de Yann Maroussi, le Rubik-cub et les jeux électronique Banzaï (les plus vieux corrigeront d’eux même l’orthographe volontairement inexacte de ces noms). Cela m’a donc permis de visualiser parfaitement les déplacements des personnages et de constater le sérieux du travail de reconstitution de l’auteur.

Signalons encore, c’est assez rare pour le relever, que nous avons ici un Cadin plus joyeux qu’à l’ordinaire et qui s’offre même le luxe d’une gentille amourette. Aurait-il retrouvé confiance dans le genre humain ?

Folio Policier - 2007