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Marthe est une vieille fille de trente-cinq ans qui a toujours vécu avec sa mère. Au décès de cette dernière elle décide de trouver l’âme sœur et finit par se marier avec Henri Dautrémont, un quinquagénaire rencontré par l’entremise d’une agence matrimoniale. C’est donc tout naturellement qu’elle s’installe chez son époux dans son vieux château médiéval des environs de La Rochelle. Mais l’entente n’est pas parfaite et Marthe lui prête bientôt de mauvaises intentions à son égard. Après tout, ses deux premières épouses ne sont-elles pas mortes dans d’étranges circonstances ?

En même temps qu’il fournissait avec une belle régularité la collection « Spécial Police » du Fleuve Noir, Dominique Arly approvisionnait aussi sa sœur naturelle, la collection « Angoisse ». Cela explique sans doute pourquoi « Les revenantes » tiennent plus de l’étude de mœurs et de l’intrigue policière que du récit d’épouvante ou d’horreur que l’on trouve habituellement dans la célèbre collection à la tête de mort.

Le titre du roman nous met pourtant sur la piste d’une histoire de fantômes. Une impression que vient confirmer le décor – vieille demeure médiévale avec souterrains et pièces secrètes - et les premiers chapitres où il est question de menus faits étranges et de farces de mauvais goût qui pourraient être l’œuvre d’esprits frappeurs. La piste surnaturelle est cependant très vite écartée au profit d’une intrigue beaucoup plus classique, une histoire de gros sous sur fond de manipulation mentale.

Ceci étant, la montée des craintes dans l’esprit de l’héroïne et l’atmosphère d’angoisse domestique et de folie latente sont bien rendus. La personnalité de Marthe est extrêmement fouillée. Sa solitude et son manque d’assurance en font un être particulièrement fragile et impressionnable. C’est une proie parfaite pour des individus malintentionnés.

Mais c’est surtout par une utilisation très intelligente du mythe de Barbe-Bleue que l’auteur fait la différence. En évoquant tour à tour le personnage de Charles Perrault ou celui, bien réel, de Gilles de Rais, il donne à son récit une dimension particulière et le lecteur, à l'instar de la pauvre Marthe, s’attend effectivement à découvrir quelques cadavres dans le placard !

Fleuve Noir - Angoisse - 1966