imagesA peine débarqué à Courvilliers, l’inspecteur Cadin est confronté à un double décès, celui de Claude et Monique Werbel, tous deux employés par les usines Hotch et accessoirement militants pour les droits des travailleurs immigrés. Les premières constatations laissent penser à un crime passionnel suivie d'un suicide. Mais l’inspecteur Cadin n’a pas l’habitude de se contenter des apparences…

A force d’être muté dans les patelins les plus déprimants de l’hexagone, l’inspecteur Cadin devait bien finir par échouer en banlieue parisienne. C’est chose faite avec ce volume qui le voit prendre ses quartiers à Courvilliers (La Courneuve ?) ville typique de Seine Saint Denis avec ses HLM, ses petits délinquants et sa forte population immigrée. Il y a aussi les usines Hotch, fleuron de l’industrie locale et principal employeur de la commune ou, présenté autrement, parangon du capitalisme et négrier des temps modernes.

Daeninckx fait en effet le procès de ces multinationales toutes puissantes qui croient pouvoir s’affranchir des lois et mener leurs petites affaires comme bon leur semble. Il met le doigt sur leurs pratiques déloyales, de la collusion avec le pouvoir au chantage à l’emploi. Il nous montre comment elles découragent  toute résistance grâce à des syndicats maisons à leurs ordres et des services de sécurité qui brisent et déconsidèrent ceux qui s’opposent à elles. Il montre enfin comment elles exploitent la misère du monde, « important » une main d’œuvre à faible coût qu’on laisse sur le carreau sitôt qu’un nouveau conflit ou une nouvelle catastrophe leur en fournit une autre, moins chère ou plus malléable, laissant à l’état et à la collectivité le soin d’assumer leurs responsabilités à leur place.

L’intrigue, elle, ressemble un peu à celle de « Meurtre pour mémoire » puisque  la solution de l’énigme est cette fois encore à chercher dans des faits vieux de vingt ans et parce qu’elle fait revivre les heures sombres de la colonisation française. Elle fait converger deux histoires, deux lieux et deux époques (le suicide d’un syndicaliste et le carnet de route d’un appelé du contingent pendant la guerre d’Algérie) pour mieux nous montrer la persistance de l’horreur et le poids du remord.

Quant à Cadin, il demeure fidèle à lui-même, plus dépressif et seul que jamais, affecté au service de nuit et partageant son lit avec un matou sans gêne. Ca s’arrange pas vraiment !

Gallimard - Folio Policier - 2005