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30 juin 2019

LA PAPETERIE TSUBAKI - OGAWA ITO

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Après quelques années passées à l'étranger, la jeune Ameniya Hatoko revient dans sa ville natale avec l'intention de reprendre la papeterie que tenait sa grand-mère. La gestion de ce petit commerce va l’amener à faire quantité de rencontres qui lui feront considérer d’un œil nouveau son passé et son avenir.

« La papeterie Tsubaki » est le dernier en date de ces romans « feel good » dont Ogawa Ito s’est fait une spécialité. La recette est ici très proche de celle utilisée dans « Le restaurant de l’amour retrouvé », puisqu’il est de nouveau question d’une jeune femme qui retourne dans la ville de son enfance pour y tenir un commerce. Il s’agit cette fois-ci d’une papeterie mais c’est surtout grâce à son activité d’écrivain public que la jeune Hatoko va enchainer les rencontres et nous faire découvrir le microcosme de la petite ville de Kamakura située à une cinquantaine de kilomètres de Tokyo.

Notre héroïne va en effet être amenée à rédiger des courriers aussi divers que des lettres de rupture ou de condoléances, des dépêches administratives ou des courriers d’affaires. Ce sera à chaque fois l’occasion de faire connaissance avec des personnages fort divers mais aussi de découvrir des coutumes et des traditions bien différentes des nôtre. Saviez-vous par exemple qu’au Japon, on envoie des faire parts de divorce, qu’à l’occasion de la nouvelle année on accroche à sa porte des cordes sacrées (shime Kazari), que les cartes de vœux permettent de participer à la grande loterie annuelle de la poste nippone et qu’il convient de se couper les ongles le 7 janvier (Wanagusa-tsume) ? Moi pas. Et ce ne sont là que quelques-uns des nombreux aspects de la vie au pays du soleil levant que nous dévoile Ogawa Ito.

Ces découvertes et ces rencontres se font en toute simplicité, au gré des saisons qui rythment la vie de Hatoko et de ses nombreux amis. Car l’autre point fort du récit est de s’attacher aux rapports humains en nous montrant les personnages dans leurs occupations quotidiennes, sans tralala ni fioritures. Pour autant, c’est un réel plaisir que de lier connaissance avec Madame Barbara, la sexagénaire toujours partante pour une virée ou une soirée dansante, la jolie Panty et ses histoires de coeur, le Baron, vieil épicurien grincheux mais attachant ou la petite QP et sa fraîcheur désarmante. On est ravi de se promener avec eux un peu partout en ville et les voir se livrer à ces petits riens qui font de chaque jour une journée spéciale.  

La papeterie Tsubaki est aussi une histoire de liens familiaux et de transmission. En reprenant le flambeau de sa défunte aïeule, Hatoko va peu à peu s’imprégner de son art et cerner sa personnalité. Elle en viendra à apprécier la rigueur de l’enseignement reçu et comprendre que la sévérité de sa grand-mère cachait un véritable amour. Ce sera également l’occasion de nous faire partager les subtilités de la calligraphie japonaise et de tout ce qui touche à l’univers de l’écriture, papier, encres, plumes…

Vous l’aurez compris, j’ai une fois de plus succombé au charme de ces romans où il ne se passe pas grand-chose mais qui se dévorent en un rien de temps, comme une friandise un peu trop sucrée que l’on mange avec un plaisir vaguement coupable.

Editions Philippe Picquier - 2018

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12 mai 2019

LA GUERRE DU NAAMA - CHARLES SAUNDERS

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Tandis que la flotte du Cush et de ses alliés fait voile vers le Naama pour opérer leur jonction avec celles du Monomatapa avant de livrer l’ultime bataille contre les Erritem, Imaro se lance à la recherche de Bohu pour lui faire expier le meurtre de sa femme et de son fils. Mais dans la lutte millénaire entre les Mashataan et les Arpenteurs de nuages, la frontière entre le bien et le mal semble plus floue que jamais.  

J’ai découvert Imaro grâce aux éditions Garancière qui publièrent à la fin des années quatre-vingt dans leur « Collection Jaune » les trois premiers volets des aventures de ce « Conan africain ». Manque de bol, ladite collection baissa le rideau avant que ne paraisse le quatrième et dernier épisode du cycle. J’eu cependant la chance de lire ces trois romans en 2013 soit quelques mois seulement avant que les éditions Mnémos n’ait la très bonne idée de publier une intégrale dans laquelle figurait la conclusion tant attendue sur laquelle je me jetai comme un crève-la-faim.

Comme son titre le laisse présager, « La guerre du Naama » est un récit presqu’exclusivement guerrier. Batailles navales ou terrestres, sièges et embuscades, duels et combats singuliers, tout l’arsenal de la littérature guerrière est présent. Charles Saunders nous démontre une fois encore qu’il est parfaitement à l’aise dans ce type d’exercice. Il ne se contente pas de nous montrer des guerriers balèzes qui se démontent la gueule à grands coups de tranchoirs. Il sait créer des ambiances, faire monter la pression et susciter l’attente. Qu’il nous surprenne par une attaque éclair ou qu’il fasse durer le plaisir en retardant le face-à-face tant attendu, chaque confrontation arrive au bon moment. Et ce ne sont pas toujours les bons qui gagnent ! Dans cet enième affrontement des forces du mal contre les partisans du bien, les victimes se comptent par dizaines de milliers et Imaro lui-même n’est pas toujours à la fête. Il ira d’ailleurs au tapis à deux reprises et le plus beau duel ne sera pas son combat final contre Bohu, mais celui que son cousin remporte face à un redoutable géant.

Car c’est une autre qualité de l’auteur que de savoir donner leur chance à tous les personnages. Loin d’être de simples faire-valoir, ils existent par eux-mêmes et ont tous un rôle à jouer. Le récit suit d’ailleurs plusieurs intrigues parallèles dans lesquelles ces seconds rôles apportent leur contribution, grande ou modeste, à la résolution du conflit. On verra ainsi la Kandisa utiliser sa puissante magie pour tenir en respect la sorcellerie des Erritem et les parents d’Imaro déjouer une tentative de coup d’état. Certains se sacrifient pour faire triompher leur cause, d'autres la trahissent mais, qu’ils soient portés par l’ambition, la vengeance ou la peur, tous sont actifs et chacun d’entre eux, même les plus humbles, bénéficie d’une belle mise en lumière.

Tout cela donne à l’histoire une allure à la fois moins manichéenne qu’il n’y parait au premier abord et surtout moins monolithique. Imaro ne porte pas sur ses seules épaules la responsabilité de la victoire et, même si l’on se doute qu’il finira par faire triompher la cause du bien, on comprend également très vite que le prix à payer sera très élevé. Le héros de Saunders qui, dans les premiers volumes de ses aventures, rappelait surtout Conan par sa stature de guerrier indomptable, acquiert ici d’une destinée moorcockienne, torturée et solitaire, qui lui donne ainsi une dimension supplémentaire et fait de ses aventures l’une des meilleures sagas de fantasy.

Mnémos - 2013

3 mars 2019

LE LISEUR - BERNHARD SCHLINK

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À quinze ans, Michaël fait par hasard la connaissance, en rentrant du lycée, d'une femme de trente-cinq ans dont il devient l'amant. Pendant six mois, il la rejoint chez elle tous les jours, et l'un de leurs rites consiste à ce qu'il fasse la lecture à haute voix. Cette Hanna reste mystérieuse et imprévisible, elle disparaît du jour au lendemain. Sept ans plus tard, Michaël assiste, dans le cadre de ses études de droit, au procès de cinq criminelles et reconnaît Hanna parmi elles (Gallimard – Folio - 4ème de couverture).

« Le liseur » est un roman qui aborde le thème de la Shoah sous un angle original puisqu’il ne s'intéresse pas aux victimes des camps de la mort mais à un de leurs bourreaux. En prenant pour héroïne l’une des petites mains de l’horreur nazie, en l’occurrence une gardienne du camp d’Auschwitz, l’auteur va nous montrer la femme derrière la criminelle de guerre. Ce faisant il ne cherche pas à nous faire oublier ses actes mais à nous montrer que celles et ceux que l’on qualifie de monstres, comme pour les extraire du genre humain et se persuader que l'on a rien de commun avec eux, sont bel et bien des hommes et des femmes ordinaires.

Le roman de Bernhard Schlink est intelligemment construit. Il nous présente Anna bien avant de nous mettre au courant de son passé criminel. Comme le jeune Michael, on apprend donc à la connaître, à l'apprécier, à l'aimer peut-être. On s'interroge certes à son sujet, on se doute que ses silences cachent un lourd secret mais on la considère comme une héroïne tout à fait digne de notre intérêt, touchante et sympathique. Aussi, lorsque son passé nous est révélé, on est bien obligé d'admettre que le « monstre » ne diffère en rien de nous. Il n’est dès lors plus possible de la rejeter en bloc et l’on en vient à s’interroger sur ce que l’on aurait fait à sa place ou à celle de Michael.

Bien sûr, il ne s’agit ni d’excuser ni de justifier des actes qui doivent indubitablement recevoir une réponse pénale à la hauteur de la faute commise. En revanche le jugement moral est bien plus malaisé à établir. Il nécessite de connaître parfaitement la personne jugée, sa personnalité, son histoire ainsi que les circonstances qui l’ont amenées à faire tel ou tel choix. Pour faciliter son propos, l’auteur a d’ailleurs affublé son personnage d’un handicap dont je ne dirai rien pour ne pas divulguer un élément essentiel de l’intrigue, mais qui explique en partie son parcours. Pourtant et bien qu’ayant pénétré le secret d’Anna, Michael ne pourra s’empêcher de la juger. Cela le conduira à éprouver une double culpabilité, celle d’avoir trahi la conscience collective de son pays en s’éprenant d’une criminelle de guerre et, plus tard, le regret d’avoir abandonné l’être aimé en le rejetant et en ayant honte de leur relation.

Tout en retenue et délicatesse, « Le liseur » est un très beau livre dans lequel l’auteur est parvenu à éviter le double écueil de la repentance et de l’absolution. Une opération sans doute loin d’être évidente pour un auteur allemand.

Gallimard - Folio - 2017

24 février 2019

L'OTARIE BLEUE - B. R. BRUSS

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Jack Turnill et Fred Brisball viennent tout juste de rentrer sur Terre après une mission d’exploration interstellaire lorsqu’ils sont confrontés à des phénomènes maritimes aussi étranges que désastreux. De curieux tourbillons se forment à la surface des mers et bientôt de gigantesque raz de marées submergent de nombreuses villes sur toute la surface du globe. Alors qu’une armée de scientifiques cherche la cause de ces catastrophes, Jack est approché par une mystérieuse créature qui désire entrer en contact avec l’espèce humaine. Il ignore alors que cette rencontre va le propulser au centre de la guerre qui oppose depuis des dizaines de milliers d’années les terribles Ruems aux puissants Ebliss.  

B. R. Bruss fut un pilier des Editions Fleuve Noir dont il alimenta les collections Anticipation et Angoisse avec de chouettes romans rédigés dans un style irréprochable et plaisamment désuet. « L’otarie bleue » est un parfait exemple de cette production où il est question d’invasions extra-terrestres, de voyages spatiaux et de planètes lointaines bref, des space opera à l’ancienne mais non dénués d’intérêts grâce à un sens du récit évident et une imagination qui ne fait jamais défaut. Comme dans « Le cri des Durups », « L’énigme des Phtas » et bien d’autres œuvres de l’auteur, il est ici question d’une guerre que les terriens sont contraints de livrer à une espèce extra-terrestre qui tente de s’implanter sur Terre.

Le récit se divise en deux parties à peu près égales en longueur mais pas en intérêt. La première - la plus passionnante – couvre la période qui va de la découverte des d’ET sur la planète jusqu’à la première prise de contact. Une partie très dynamique dans laquelle le héros nous fait pleinement partager l’angoisse des populations face aux premières attaques, les recherches fébriles des scientifiques et le ballet diplomatique des autorités auxquels il est tour à tour mêlé.

La seconde nous est présentée à la manière d’une leçon d’histoire parcourant les 50 années que dura la guerre contre les Ruems. Un exposé accéléré qui insiste sur les épisodes importants du conflit et sur deux ou trois passages mettant plus directement en scène quelques-uns des personnages principaux. On s’attarde ainsi sur la visite du monde des Ebliss, on assiste à un naufrage sur une planète glacée et à la captivité du héros chez les méchants Ruems. Il y a des combats, des évasions et de multiples rebondissements et l’on ne s’ennuie pas un seul instant. Malheureusement tout cela est raconté d’une façon que je qualifierai de professorale qui met trop de distance entre l’action et le lecteur et empêche ce dernier de vivre et ressentir les aventures de ses héros.

Heureusement l’auteur a su donner un supplément d’intérêt à son histoire grâce à des ET plutôt originaux. Les Ebliss, tout comme les vilains Ruems, ont un cycle de vie bien particulier qui se distingue par un état embryonnaire de plus de 30000 ans suivi d’une existence longue de 10000 autres années. Une existence fort longue qui les voit changer d’apparence à plusieurs reprises, de l’espèce protoplasmique au mammifère marin puis de l’humanoïde à la créature ailée.

On signalera enfin que ce roman recèle aussi une jolie histoire d’amour entre les deux principaux personnages, un humain et une Ebliss. Cela dénote chez l’auteur une ouverture d’esprit encore assez rare dans la SF des années soixante même s’il prend la précaution de préciser que l’amour physique entre Jack et Blissa, c’est-à-dire entre l’homme et « l’otarie bleue », demeure physiologiquement impossible, restant par là même beaucoup plus timoré que Philip José Farmer et ses « Amants étrangers » parut aux States deux ans plus tôt.

Fleuve Noir Anticipation - 1963

9 décembre 2018

ROCHE-LALHEUE - HUGUES DOURIAUX

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Marie et Jeanne de Roche-Lalheue vivent chichement dans le vieux château de leurs ancêtres et partagent leur temps entre leur boulot et les soins qu’elles prodiguent à leur grand-mère grabataire. Une vie sans perspectives que Jeanne tente d’oublier dans des aventures sans lendemain tandis que sa sœur se réfugie dans son travail de libraire et ses rêveries. Mais depuis peu, ce sont des rêves un peu particuliers qui viennent la visiter. Des rêves ou bien des cauchemars ? Illusion ou réalité ? 

Roche-Lalheue est un roman qui n’a pas été publié au bon moment. Vingt ans plus tôt, il avait sa place dans la collection Angoisse du Fleuve Noir. Trois plus tard, il pouvait intégrer la collection Frayeur du même éditeur. Hélas, sorti en 1991, il dut se contenter de la collection Anticipation devenue dans ses dernières années une sorte de fourre-tout où l’on trouvait aussi bien de la SF que de la fantasy ou du fantastique. C’est dommage car cela ne lui a sans doute pas permis de trouver son véritable public, celui des amateurs de frissons et d’hémoglobine.

Pour ma part c’est son côté « Angoisse » qui m’a séduit, c’est-à-dire grosso modo la première partie de l’histoire, celle qui met en place l’ambiance et le décor. Oh, rien que de très classique puisque nous n’avons là qu’une petite bourgade de campagne, un vieux manoir décrépi et deux jeunes femmes prisonnières du carcan familial qui se trouvent confrontées à l’irruption de l’irrationnel dans leur vie terne et maussade. Mais le caractère des deux héroïnes, l’une volage, l’autre un peu coincée, la tyrannie qu’exerce sur elles une aïeule acariâtre et, malgré leur particule, les problèmes d’argent auxquels elles sont confrontés, tout cela donne au récit une matière sociale assez intéressante. A tel point que l’on est presque surpris, pour ne pas dire déçu, lorsque surviennent les premières manifestations maléfiques.

Il faut dire que ces dernières ne sont guère passionnantes et se limitent pour l’essentiel à des scènes de possession démoniaque au cours desquelles Marie et Jeanne se livrent à des galipettes classées X. Quant à l’aspect « Frayeur » de l’histoire, on le trouvera uniquement dans les descriptions très explicites et écœurantes des scènes de crimes puisque l’auteur se contente de nous montrer le résultat (les flots de sang, les corps démembrés…) et non l’acte meurtrier. Je ne suis pas un grand fan de romans d’horreur mais il me semble que dans ce type de littérature, c’est justement la confrontation entre l’assassin et sa victime, entre le monstre et sa proie qui apporte au récit une bonne part de sa tension et de son intérêt. Ici, cette absence est d’autant plus dommageable que l’on sait très vite d’où vient le mal et que le seul mystère qui reste dès lors à éclaircir a trait à l’identité du démon. S’agit-il du beau peintre, de l’abominable grand-mère, du père qui réapparait un peu trop opportunément, de l’idiot du village ? Quel suspens !

Fleuve Noir Anticipation - 1991

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11 novembre 2018

EMPIRE DU SOLEIL - JAMES GRAHAM BALLARD

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Rendu célèbre par le film qu’en a tiré Steven Spielberg, « Empire du soleil » est un roman quasi autobiographique qui nous raconte les trois années que l’auteur a passé dans un camp d’internement japonais pendant la seconde guerre mondiale. Alors âgé de 11 ans, le jeune James vivait une vie heureuse et aisée dans le Shanghai des concessions occidentales, au sein d’une famille de riches expatriés britanniques. L’entrée en guerre du Japon va le sortir de son quotidien d’enfant pourri-gâté pour le plonger de la plus brutale des façons dans le monde des adultes. Séparés de ses parents, Jamie va faire le difficile apprentissage de la débrouille. Il va un temps errer dans les quartiers chics en visitant les villas abandonnées des relations de son père en quête d’abri et de nourriture puis, après quelques semaines de vagabondage, il est finalement arrêté par les soldats nippons.    

Commence alors le récit de sa captivité dans le camp de Longhua où sont regroupés une partie des ressortissants britanniques. Récit qui va occuper la majeure partie du roman et qui m’a interloqué par sa surprenante parenté avec d’autres livres qui traitent de la vie dans les camps (de concentration, de prisonniers, de travail…). Je pense en particulier à ceux de Primo Levi et Soljenitsyne qui ont avant lui parfaitement décrit le processus de déshumanisation à l’œuvre dans ces lieux où la survie engendre un égoïsme forcené. Celui de Ballard se rapproche de ces textes par la très grande précision avec laquelle il décrit le quotidien de son petit héros ainsi que par l’absence de réquisitoire contre ceux qui les tiennent enfermés.

Nous avons donc tout le temps de faire connaissance avec Jamie et voir comment il parvient à s’en sortir en dépit des privations, des maladies et des multiples dangers d’une guerre omniprésente. Nous le suivons dans tous les aspects de sa vie de prisonniers et notamment dans sa recherche constante de nourriture. Troc, vol, petits services rendus aux surveillants, il utilise tous les moyens à sa disposition pour améliorer un ordinaire franchement insuffisant, ce qui ne l’empêche pas de faire preuve à l’occasion d’altruisme et d’empathie. En fait, il sera tout au long de sa captivité écartelé entre les deux figures tutélaires que représentent Basie et le Dr Ransome. Le premier est un soldat américain manipulateur et débrouillard auprès duquel Jamie va apprendre l’art de la démerde. Mauvais génie ou ami dévoué (sans doute quelque part entre les deux), Basie est un personnage ambigüe dont l’influence est heureusement contrebalancée par celle du Dr Ransome qui aidera son protégé tant au niveau matériel que du point de vue de l’éducation et du sens moral.

Deux exemples, deux soutiens qui vont lui permettre de traverser toutes les épreuves sans y laisser sa peau. En revanche, sa personnalité et sa vision de l’humanité en ont sans doute été modifiés à jamais. Les multiples scènes d’horreur, les combats, les innombrables cadavres, les destructions dont il fut témoin, toutes ces visions apocalyptiques ont très vraisemblablement imprégnés son esprit et expliquent peut-être sa fascination pour le morbide, pour les atmosphères de pourrissement et les images de fin du monde. « Empire du soleil » nous propose donc une vision particulière de la guerre, celle d’un enfant confronté à la violence et la dureté de l’homme mais qui saura conserver intacte sa volonté de survie et sa capacité à rêver.

Gallimard - Folio - 1990

23 octobre 2018

ET J'ABATTRAI L'ARROGANCE DES TYRANS - MARIE-FLEUR ALBECKER

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Si vous poussez quelqu’un à bout, il finit en général par exploser. Il en va de même des peuples. Vous pouvez les contrôler, les brimer, les torturer ou, plus insidieusement, les endormir à coup de télé et de RSA, lorsque le point de non-retour est atteint, quand la désespérance est trop vive, ils finissent toujours par se révolter. La France en sait quelque chose qui connut quantité de soulèvements populaires : 1789, 1830, 1848, la commune de Paris et jusqu’à ses derniers avatars : le front populaire et mai 68. Mais ce n’est pas de la France et de Paris que Marie-Fleur Albecker a choisi de nous parler. Elle a franchi la Manche pour nous raconter la Révolte des Paysans de 1381 qui vit les habitants du Kent et de l’Essex monter à Londres pour exiger du roi le renvoi de ses conseillers.

Quantité de raisons président à la naissance de ce mouvement spontané. Il y a les séquelles de la grande peste et la misère qui s’est installée depuis ; il y a la guerre contre la France qui n’en finit pas et les taxes toujours plus nombreuses pour la financer. Mais ce qui par-dessus tout pousse les paysans à quitter leurs fermes pour gagner la capitale, c’est l’injustice. Ou plutôt toutes les injustices. Celle qui fait d’un seigneur un individu tout puissant, celle qui empêche le serf de quitter son village pour aller chercher fortune ailleurs, celle qui accable d'impôts les humbles et enrichit les puissants sans oublier bien sûr les emprisonnements arbitraires, les spoliations, les exécutions…

« Et j’abattrai l’arrogance des tyrans » nous propose une immersion parmi ce petit peuple d’ouvriers, d’artisans et de paysans qui décidèrent un beau matin qu’ils en avaient assez. Des prémisses de leur révolte jusqu’à sa répression finale, nous suivons le long des routes cette troupe hétéroclite qui s’agrandit jour après jour de tous les mécontentements et de toutes les souffrances. Nous assistons donc au lynchage des collecteurs d’impôts de Brentwood qui lança le signal de la rébellion ; nous accompagnons les révoltés lors de la prise de Canterbury qui aboutit notamment à la libération de John Ball, ce prêtre dissident qui prêche l’égalité de tous ; nous participons avec eux au sac du palais du régent dans la bonne ville de Londres et aux rencontres avec le jeune souverain.

Mais, si nous côtoyons les grands noms de l’histoire, le roi, l’archevêque de Canterbury ainsi que le fameux Wat Tyler qui prit la tête de la rébellion, c’est à des individus beaucoup plus humbles que l’auteur a choisi de s’intéresser. Elle a choisi un panel assez représentatif dont elle nous fait partager le quotidien et pénétrer les pensées. Il y a là un vieux bourgeois épris de droiture et d’équité, un jeune homme fougueux avide de gloire, un vétéran des campagnes françaises, une femme. Cette femme c’est Johanna et c’est à travers ses yeux que nous contemplons ces quelques semaines de liberté et d’espoir. C’est une femme forte que Johanna. Une femme qui saisit là l’occasion de crier à la face du monde son besoin de liberté et qui décide de vivre enfin la vie qu’elle s’est choisie et non pas celle que son mari, sa famille, l’église et la société lui ont imposée. Johanna, c’est une révolte dans la révolte, c’est le féminisme avant même que le mot n’existe. C’est surtout une femme extrêmement touchante, blessée, rudoyée, rabaissée mais qui reste arcboutée à son désir d’émancipation.

S’il met un coup de projecteur sur cet épisode méconnu de l’histoire d’Angleterre, le principal intérêt de ce roman est bien de nous montrer que les aspirations des peuples sont toujours les mêmes et que la soif de justice n’a pas faibli. Le besoin de liberté et d’égalité est toujours d’actualité. Il ne suffit pas de les ériger en principes et les inscrire au fronton des mairies, il faut les faire vivre, pleinement. Nos politiques feraient bien de ne pas l’oublier. A défaut, ils s’exposent à l’un de ses accès de fièvre qui renversent tout sur leur passage et n’accouchent pas forcément du meilleur. Et comme le dernier remonte à plus de 50 ans je ne serai pas surpris qu’un Wat Tyler ou une Johanna viennent très prochainement nous sortir de notre léthargie.

Le fait que Marie-Fleur Albecker fasse parler ses personnages exactement comme nos contemporains renforce cette proximité entre notre époque et la leur. Pour autant je dois avouer ne pas avoir été séduit par les intonations que cela donne parfois à son roman. Ce n’est pas le décalage, pour ne pas dire l’anachronisme, entre le langage d’aujourd’hui et le moyen-âge qu'elle fait revivre qui m’a gêné. Bien au contraire. Je déteste ces romans historiques dans lesquels l’auteur se croit obligé d’insérer un vocabulaire d'époque pour "faire vrai". C’est simplement que cet apport est parfois un peu outrancier et n’apporte aucune valeur ajoutée à son propos. Un exemple parmi d’autres : en page 145 elle présente le jeune roi Richard II en ces termes : « il est considéré comme plutôt beau gosse, grand avec le visage bien blanc et les cheveux blonds. Sans doute une sorte de jeune Brad Pitt avec de belles fringues brodées d’or ». Jusque-là, rien à dire. Le portrait est rapide, clair et la comparaison avec l’ex d’Angelina, parlante. Mais elle ne s’arrête pas là et continue en ces termes : « Paradoxalement, ça peut ramener de la minette ; de toute façon, quand t’es le King, tu chopes en masse ». Et là, j’ai le sentiment qu’elle recherche davantage la complicité avec son auditoire qu’à transmettre une information. J’ai un peu l’impression d’assister à l’un des cours de l’auteur (elle est prof d’histoire-géo) où elle tenterait d’intéresser ses élèves en s’exprimant comme eux et en se les mettant dans la poche avec un humour à deux balles.

Ceci étant, le résultat est globalement satisfaisant et l’objectif atteint. Marie-Fleur Albecker est bel est bien parvenue à nous intéresser au destin de ces hommes et de ses femmes qui vécurent il y a six cent ans mais qui nous paraissent pourtant si proches tant leurs aspirations ressemblent aux nôtres.

Aux Forges de Vulcain - 2018

7 octobre 2018

TROIS FOIS LA FIN DU MONDE - SOPHIE DIVRY - #MRL18

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Joseph Kamal, vingt ans et des poussières, a braqué une bijouterie avec son frangin. L’affaire a mal tournée. Son frère est mort et lui se retrouve en cabane. Commence alors une captivité éprouvante où Joseph va subir, jour après jour, les pires brimades. Une petite faille dans un réacteur nucléaire va le tirer de cet enfer. Pour le plonger dans un autre ? 

Depuis Daniel Defoe et son Robinson, les histoires d’hommes et de femmes isolés de leurs congénères et confrontés à la solitude ont inspirés bon nombre d’écrivains. Elles sont même devenues l’un des thèmes principaux des récits post-apocalyptiques qui traitent de la fin du monde ou du dernier humain sur la Terre. Le roman de Sophie Divry se situe quelque part entre les deux, empruntant aux histoires d’anticipation la cause de l’isolement de son héros et à la robinsonnade l’environnement sauvage - ou disons plutôt naturel - dans lequel il se voit contraint de vivre.

Il commence cependant sur une note tout à fait différente, par la confession d’un jeune homme qui vient d’être incarcéré à la suite d’un braquage qui a mal tourné. J’ignore dans quelle mesure la peinture de l’univers carcéral que nous livre Sophie Divry est le fruit d’un travail de recherche ou celui de son imagination, mais je dois dire qu’elle m’a parue particulièrement convaincante. La promiscuité, la violence continuelle, l’injustice et la désespérance qu’elle fait ressortir m’ont fait frémir. Ceux qui pensent que la prison est une peine trop légère devraient lire ces quelques pages, ils seraient aussitôt convaincus du contraire.

Cette première partie qui occupe un bon tiers du livre permet de faire connaissance avec le jeune héros qui deviendra par la suite le personnage unique du récit. On découvre donc quelques bribes de son histoire personnelle et les circonstances qui l’on menées là où il en est. On découvre surtout les conditions de vie abominables dans lesquelles il se débat désormais. La description très réaliste de sa vie en prison avec son horizon borné, sa saleté et les effroyables odeurs de la misère a aussi pour but de marquer la différence avec la vie pastorale qui l’attend. Car c’est en effet un nouveau bouleversement que Joseph va devoir affronter, sans doute moins douloureux que le premier mais tout aussi brutal.

L'auteur ne s'étend pas sur les circonstances du retour à la liberté de son personnage. Tout juste est-il question d’un incident nucléaire bien pratique qui a pour effet de vider une moitié de la France de ses habitants et d’une immunité providentielle qui lui permet de transformer Joseph en Robinson du causse. Elle est en revanche beaucoup plus prolixe pour ce qui est de nous décrire sa survie au quotidien. Désormais seul dans un environnement rural, Joseph est très vite obligé d’effectuer un véritable retour à la terre et de s’installer dans le long terme pour assurer sa subsistance. Il se transforme donc en paysan et enchaîne les corvées : semailles, irrigation, récolte, élevage de lapins, chasse et pêche ; une vie totalement nouvelle qui l’oblige à renoncer au confort du monde moderne. Une perte toutefois largement compensée par des découvertes sur lui-même et son environnement. Dépouillé du superflu, il peut désormais profiter de joies toutes simples. Il apprend à vivre au rythme des saisons et à se contenter de ce que la terre et son travail lui offrent. Il retrouve aussi la maîtrise de son temps, prend l’habitude de contempler ce qui l’entoure et s’enrichit au contact des animaux et de la vie sauvage.

Une vie qui serait idyllique s’il avait quelqu’un avec qui la partager. La solitude qu’il avait tant appréciée à sa sortie de prison, finit par lui peser, en particulier l’hiver lorsqu’il est inoccupé. Il ressasse alors ses idées noires, songe à ce qu’il aurait pu faire de sa vie si les choses avaient tournées autrement et il faudra une troisième fin de son monde pour qu’il décide de retourner vers les hommes, accomplissant ainsi une boucle sur lui-même. Soustrait de la société des hommes pour avoir trop aimé son frère, puis dégoutté du genre humain au point d’entamer une vie d’ermite, Joseph finit par se rendre compte qu’il ne peut se passer des autres. Le constat est sans appel : l’homme est un animal social qui ne peut se passer du contact de ses semblables.

Si la morale de l’histoire est un peu simpliste elle est en revanche joliment amenée grâce au style extrêmement fluide de l’auteur qui sait aussi bien restituer le parler 9-3 d’un jeune banlieusard que la magie toute simple d’un coucher de soleil sur le causse quercynois.

Noir sur Blanc - Notabilia - 2018

30 septembre 2018

ESPOIR DU CERF - ORSON SCOTT CARD

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Pour légitimer ses droits sur le trône du Burland dont il vient de s’emparer, Palicrovol a été contraint d’épouser la fille du souverain déchu en la violant publiquement ainsi que l’exigeaint les antiques traditions. Humiliée, exilée, la jeune Asineth ne rêve plus que vengeance. Devenue une redoutable sorcière capable de réduire à sa merci les anciens dieux, elle tient enfin sa revanche : renversé à son tour, Palicrovol est condamné à errer sans fin à travers le royaume tandis que ses compagnons sont transformés en misérables bouffons contraints de servir celle qui se fait désormais appeler Beauté. Des siècles plus tard, Palicrovol engendre un fils appelé à rétablir le culte du dieu-cerf et mettre fin aux sombres agissements de la terrible souveraine. Mais le jeune Orem ignore tout du rôle qui lui est dévolu… 

Si tous les récits de fantasy étaient du niveau de ce roman d’Orson Scott Card, nul doute que j’en lirai plus souvent. Et pourtant, il m’a fallu m’accrocher pendant les quatre-vingt premières pages, soit un bon quart du roman, avant d’être véritablement happé par cette histoire de vengeance et de destinée. L’auteur nous embarque en effet dans ce qui ressemble à une tragédie grecque avec des personnages un peu monolithiques et guidés par des passions violentes, sens du devoir, vengeance, pouvoir… Cette entrée en matière est sans doute nécessaire pour planter le décor et initier l’intrigue mais il faut tout de même faire preuve d’une belle persévérance pour en venir à bout car cela nous est raconté d’une façon un peu désincarnée. On a le sentiment d’écouter un aède nous chanter une vieille épopée, égrenant les hauts faits et les malheurs des grands rois, des belles dames et des magiciens sans vraiment chercher à nous faire ressentir leurs sentiments ni donner corps à leur univers.

Heureusement, la donne change radicalement avec l’apparition d’Orem Hanches-Maigres, un jeune héros envers lequel il est bien difficile de ne pas éprouver de la sympathie. Orem rappelle un peu Ender, personnage emblématique dans l’œuvre de l’auteur. Il partage avec lui une enfance douloureuse où ses capacités supérieures et son empathie en font la cible de ses compagnons de classe et, comme lui, ses talents seront utilisés à son insu par des forces qui le dépassent. Si ce thème de l’élu est un classique de la fantasy, l’auteur propose en revanche une mythologie novatrice avec notamment un panthéon animal original. Il se distingue aussi par la nature du pouvoir dont il a doté son héros, lequel s’avère être une « éponge » capable d’annuler quand il le désire les effets de la magie d’autrui.

Mais ce qui, plus que tout, fait la qualité de ce roman, ce sont les superbes descriptions de la cité d’Inwit où se déroule l’essentiel de l’histoire. Quel plaisir ce fut d’y vagabonder en compagnie d’Orem et de Puce Buzz, de passer des bas-fonds de la Porte Pisseuse aux splendeurs des palais, de s’égarer dans le quartier des prostituées ou de s’aventurer dans celui des magiciens, d’écouter le chant du puits, d’assister aux combats de serpents pleureurs et même de subir une éprouvante captivité dans la terrible Fosse aux bœufs. On touche, on goute, on sent. On rit et on frémit, on souffre et on jouit au milieu d’un maelström de petites gens, marchands roublards, voleurs et assassins. C’est tellement bon que j’ai été presque déçu de voir Orem accéder enfin à l’antichambre du pouvoir et entamer sa lutte contre la tyrannie de la reine Beauté.

A partir de là le récit prend un tour plus politique. De nouveaux personnages, grands seigneurs et courtisanes, apparaissent et la magie se fait plus prégnante. On retrouve alors la distance des débuts et la légende prend de nouveau le pas sur la petite histoire. Le récit reste tout de même de bonne facture et la confrontation finale tient toutes ses promesses : les soldats osent de nouveaux défier les sorciers, les dieux se réveillent et la destinée s’accomplit…

Ecrit d’une plume aussi belle qu’exigente, Espoir-du-cerf fait donc partie de ces romans de fantasy qui se méritent mais dont on ne regrette assurément pas la lecture. Il prouve aussi que le Card auteur de fantasy n’a rien à envier au Card écrivain de SF réputé et multi récompensé.

Denoël - Présence de Futur - 1984

2 septembre 2018

LA TERRE DES GUERRIERES - AVRAM DAVIDSON

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Après que l’équipage du Perséphone se fut mutiné, le commandant Rond et les quelques hommes qui lui sont restés fidèles sont abandonnés dans une chaloupe spatiale. Les rescapés se dirigent vers une planète isolée où ils espèrent trouver de quoi fabriquer le carburant dont ils ont besoin pour regagner leur port d’attache. Hélas ils atterrissent sur la planète Valentine, un monde dont la civilisation n’a pas encore dépassé le stade médiéval et où le pouvoir est exercé par une caste de guerrières qui se livrent une guerre continuelle. Et comme si leur situation n’était déjà pas assez compliquée, la planète est bientôt attaquée par des pirates de l’espace… 

Comme sa couverture et son titre le laissent présager et bien qu’il ne date que de 1976, « La terre des guerrières » est un bon vieux pulp à l’ancienne qui nous rejoue la classique histoire du choc des civilisations entre une race pré-technologiques et des robinsons de l’espace. Mais classique ne veut pas dire mauvais et, malgré quelques facilités (l’antique prophétie qui s’accomplit, l’histoire d’amour entre la jolie autochtone et l’intrépide spationaute…) ce roman nous réserve quand même quelques bonnes idées.

La première concerne la nature de la société de la planète Valentine. Une société matriarcale où les hommes ont été écartés du pouvoir et traités comme les femmes le sont encore trop souvent sous nos latitudes, c’est-à-dire ravalés au rôle de boniche ou de repos du guerrier. Rien de très original là-dedans me direz-vous ? Certes, mais ici l’inversion des rôles est totale. Les femmes gouvernent tandis que les hommes pouponnent. Elles fourbissent épées et armures, s’adonnent à la chasse et à la guerre alors que leurs époux ou leurs mignons les attendent bien sagement au coin du feu. Même le roi n’est qu’un fantoche qui s’occupe de jardinage et de philosophie et contraint de laisser les rênes du pouvoir à la Haute Gardienne. 

On s’attardera plus volontiers sur l’autre grand thème de ce roman qui nous montre de part et d’autre des individus obligés de remettre en cause leurs certitudes et leurs préventions (code de l’honneur d’un côté, respect des consignes et de la hiérarchie de l’autre) afin de se rapprocher pour lutter contre un ennemi commun puis imaginer un autre avenir. Cela donne quelques belles pages autour de ces deux communautés dont l’une voit les fondements de sa société ébranlés par des concepts et des technologies nouveaux tandis que les autres comprennent que leur existence est désormais circonscrite aux strictes limites d’une planète rétrograde.

Bien sûr, on regrettera que le back-ground ne soit pas assez fouillé et que la psychologie des personnages soit trop peu travaillée mais en 180 pages il eut été difficile de faire beaucoup mieux. Le lecteur doit donc accepter d’être un peu bousculé et précipité au cœur de l’action sans avoir vraiment le temps de prendre pied sur la planète. C’est un peu frustrant. On aurait aimé en apprendre davantage sur son histoire ou sa géographie, avoir davantage de détails pour s’immerger plus totalement mais telle quelle l’histoire est tout de même fort plaisante et offre un bon divertissement.

Presses de la Cité - Futurama - 1976

22 juillet 2018

EXOPLANETES - DAVID FOSSE

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Je ne sais plus trop à quand cela remonte mais je me souviens que lorsque j’ai appris que le système solaire ne constituait qu’une infime partie de la constellation de la voie lactée et qu’elle-même était ridiculement petite à l’échelle d’un univers peuplé de milliards d’étoiles, je fus saisi d’une impression de vertige. Comment en effet concevoir l’inconcevable ? Comment imaginer que notre monde n’est qu’une particule insignifiante du « grand tout » et que d’autres espèces intelligentes existent très vraisemblablement et se posent peut-être en ce moment les mêmes questions que nous ? Cet univers où se heurtent et se croisent en un fantastique pandemonium les planètes les plus invraisemblables, David Fossé nous le présente en se référant aux découvertes les plus récentes.

Il le fait avec beaucoup de méthode en prenant les choses par le début. Nous découvrons donc tout d’abord comment sont repérées ces fameuses exoplanètes (planètes situées dans d’autres systèmes solaires) et de quelles manières elles se forment. On apprend à cette occasion qu’elles migrent ou s’évaporent, qu’elles sont orphelines ou possèdent deux ou trois soleils et que certaines sont alignées quand d’autres peuvent être éjectées. L’auteur évoque ensuite l’aspect qu’elles peuvent revêtir (gazeuses ou rocheuses, métalliques ou couvertes d’un seul et gigantesque océan) et la possibilité que certaines puissent abriter la vie. Il nous explique notamment comment on détermine la « zone habitable », c’est-à-dire à qu’elle distance de son étoile une planète doit se situer pour être dotée d’eau et n’être ni congelée, ni grillée. Il s’interroge enfin sur la possibilité d’entrer en contact avec une civilisation extra-terrestre, nous rappelant que quelques tentatives en ce sens ont déjà eu lieu et nous dit même quelques mots du célèbre Paradoxe de Fermi.

J’ai parfois regretté de n’avoir pas été plus attentif lors de mes cours de physique et de chimie car certaines notions évoquées par l’auteur ainsi que certaines de ses démonstrations me sont un peu passées au-dessus de la tête. Néanmoins, je suis dans l’ensemble parvenu à suivre son propos grâce notamment aux nombreux croquis et schémas qui viennent expliciter certaines théories. Il y a aussi de nombreux apartés qui illustrent d’autres aspects de ce domaine passionnant : l’astronomie participative, la façon de nommer une exoplanète, les lunes du système solaire… Et puis il y a les superbes illustrations de Manchu qui viennent souligner son propos et donner de la matière à ses hypothèses.

Une chose reste en tout cas certaine, toutes ces tentatives de deviner à quoi ressemblent exactement les quelques 3800 exoplanètes découvertes à ce jour, resteront limitées en raison d’une part des outils dont nous disposons pour le moment mais surtout parce que nous les imaginons en fonction de schémas propres à notre système solaire. Il y a donc fort à parier qu’en la matière comme en beaucoup d’autre, la réalité dépasse la science-fiction !

Belin - 2018

17 juin 2018

UNE AFFAIRE DE MORALITE - BARRY UNSWORTH

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Martin Ball et sa compagnie théâtrale font route vers Durham où ils doivent donner une représentation en l’honneur du seigneur des lieux. Contraint de s’arrêter en chemin pour enterrer l’un des leurs et gagner quelque argent, ils font halte dans une petite ville où ils jouent quelques-unes de leurs pièces. Le succès n’étant pas au rendez-vous, ils ont l’idée de monter un spectacle à partir d’un fait divers qui vient de secouer la bourgade : l’assassinat d’un jeune garçon par une bergère guère plus âgée. Ils ignorent encore que leur exhibition va faire la lumière sur une affaire plus sombre qu’il n’y paraît.

"Une affaire de moralité" est un bel hommage au théâtre médiéval et à ces acteurs pour la plupart inconnus qui ont fait vivre et évoluer leur art à une époque où leur profession était si peu considérée. Le roman de Barry Unsworth est donc tout à fait logiquement centré sur la vie d’une troupe de comédiens au moyen-âge. L’histoire fourmille de menus détails sur leur quotidien qu’il s’agisse de la façon dont ils exerçaient leur métier ou des difficultés qu’ils rencontraient avec les autorités séculières et religieuses.

Nous côtoyons donc en leur compagnie quelques curés et quelques représentants de la noblesse, mais pour l’essentiel nous restons au plus près du peuple, dans les cours d’auberges, les tavernes et les champs. L’histoire est rythmée par les répétitions et les représentations de nos saltimbanques. Cela permet de découvrir leur tenues, leurs techniques et jeux de scène où l’improvisation tient souvent une grande place. La plupart du temps cependant, ils se bornent à jouer des moralités, sortes de petites fables où les acteurs personnifient des qualités ou des défauts (l’avarice, la franchise, la loyauté…) afin de mettre en avant des préceptes moraux. Il leur arrive aussi de mettre en scène des personnages bibliques ou historiques mais beaucoup plus rarement des gens du commun, des individus qui ressembleraient à leur spectateurs. Or, c’est précisément ce qu’ils vont faire ici en s’inspirant de « l’actualité judiciaire » de la petite ville où ils se produisent.

En jouant leur pièce ils vont être amenés à remettre en cause un jugement qui a abouti à condamner une jeune bergère. Au gré de leurs improvisations, ils en dévoilent les points faibles, posant les bonnes questions, mettant à jour les incohérences et la validité des témoignages : comment la meurtrière savait-elle que la victime avait une bourse bien garnie, pourquoi avoir si mal caché son butin à son domicile, pourquoi fut-elle suspectée aussi vite ? Leurs spectacles prennent peu à un peu l’allure d’une reconstitution criminelle où chaque acteur – et même quelques spectateurs – y va de sa théorie. Cela apporte une petite touche d’originalité dans la façon d’aborder une intrigue policière même s’il y a aussi quelques investigations plus traditionnelles.

Pour ce qui est du cadre on reste en revanche en terrain connu. Il est question de la peste, d'un tournoi de chevalerie et des saloperies que la noblesse et la soutane font subir aux plus faibles. Assurément rien de très neuf mais chacun de ces aspects est utilisé à dessin et non pas seulement pour apporter un peu de matière. D’une manière générale d’ailleurs, le roman de Barry Unsworth reste très sobre dans l’utilisation des caractéristiques réelles ou fantasmées de l’Europe médiévale. Ici, pas d’excès de misérabilisme ou de violence, les personnages sont représentés avec simplicité et justesse, qualités et défauts en parts à peu près égales. Raison pour laquelle sans doute nous prenons tant de plaisir à les accompagner dans leur recherche de la vérité.

Albin Michel - 1996

7 novembre 2017

IKEBUKURO WEST GATE PARK - IRA ISHIDA

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Depuis deux ou trois ans j’ai pris l’habitude de faire de petites incursions dans la littérature japonaise contemporaine. C’est ainsi que j’ai découvert la fraîcheur des romans d’Hiromi Kawakami, la jolie plume de Teru Miyamoto ou l’univers onirique de Keizo Hino. Avec ce roman d’Ira Ishida, c’est au polar nippon que je souhaitais me frotter, mais son « Ikebukuro West Gate Park » n’est pas à proprement parler un roman policier. En dépit de ses yakuzas, de ses policiers et de ses intrigues mafieuses, il tient davantage de l’étude sociétale et parfois même du documentaire.

Les quatre nouvelles qui composent ce recueil mettent en scène un échantillon de la jeunesse tokyoïte, celui des laissés pour compte du « japan way of life » guettés par la drogue, la violence et la prostitution. Dans ce quartier d’Ikebukuro, l’un des plus animés de Tokyo, nous faisons connaissance avec ces jeunes qui en ont fait leur terrain de jeu… ou de chasse. Nous y rencontrons des adolescents déboussolés, en rupture scolaire ou familiale, sans boulot ni perspectives. Qu’ils soient trafiquants de drogue, petits caïds de quartier ou apprenti yakuza, qu’ils zonent dans la rue ou qu’ils s’enferment dans leur chambre pendant des années, ils partagent tous un même mal de vivre et une mésestime des soi qui les empêche de s’intégrer dans cette société japonaise où la position sociale est sans doute plus importante qu’ailleurs.

C’est Mako qui nous sert de guide dans cette jungle urbaine. Majima Makoto, un vrai bon héros de roman. Un jeune gars de 19 ans éminemment sympathique, doté d’une grande empathie et qui porte sur ses contemporains un regard lucide mais jamais désabusé. Un personnage que l’on voit aussi évoluer en s’ouvrant notamment à d’autres cultures que celles de la rue ( il découvre puis se passionne pour la musique classique, s’intéresse à l’informatique et à la littérature, devient même pigiste pour un magasine sur la jeunesse…). Il nous raconte ses « aventures » dans un style très rafraîchissant malgré la noirceur des sujets évoqués. Des récits à la première personne, très « parlés » et imagés, avec une façon toute particulière d’interpeller le lecteur, de le prendre à témoin des saloperies que le monde réserve aux plus faibles. Mais il sait également se faire plus fin ou plus doux, poétique même lorsqu’il en vient aux scènes sentimentales. Dans tous les cas c’est un plaisir de l’écouter et de pénétrer son quotidien.

Quatre saisons, quatre enquêtes. Nous commençons par l’été, quand les jupes des filles raccourcissent et que les garçons zonent dans ce « West Gate Park » qui donne son nom au roman ainsi qu’à cette première nouvelle. Un étrangleur fait régner la terreur parmi les prostituées du quartier. Quand une proche amie de Makoto est retrouvée assassinée, le jeune homme fait jouer tous ses réseaux pour mettre en place une vaste chasse à l’homme. Mais le meurtrier est parfois plus proche qu’on ne l’imagine. Ce texte nous parle d’un véritable fait de société : l’Enjo Kosai, c’est-à-dire la prostitution de collégiennes et de lycéennes. Une pratique relativement répandue au Japon et qui se distingue de la prostitution « classique » en ce sens qu’elle reste occasionnelle et n’est motivée que par le désir de se payer des articles luxueux. Il permet aussi de dresser le décor (le parc, le magasin de fruits de la mère de Makoto…) et de faire connaissance avec des personnages récurrents : Makoto bien sûr, Takishi le chef du gang local, ses potes Masa et Shun ou encore l’inspecteur Yoshioka.

Le second récit, « Excitable boy », met le doigt sur la banalisation de la violence qui n’est plus désormais le fait des milieux maffieux mais se répand dans toutes les couches de la société, y compris les plus favorisées. L’automne vient à peine de s’installer quand un chef yakuza du clan Hazawa demande à Makoto de retrouver sa fille disparue. Il devra faire équipe avec l’un de ses hommes de main qui se trouve être un de ses anciens camarades de lycée…

Les deux nouvelles suivantes traitent d’une délinquance plus classique, universelle même puisqu’il s’agit du trafic de drogue et des guerres de gang. « Les amants de l’oasis » nous raconte comment Makoto parvient à mettre un terme aux activités d’un dealer qui menace un couple de ses amis. Un récit au cours duquel on voit se constituer autour de lui l’équipe de choc qui lui permettra de résoudre cette intrigue et quelques autres. On y découvre aussi le milieu de la prostitution et des salons de massage ainsi que les difficiles conditions de vie des travailleurs immigrés. Le recueil se termine en feu d’artifice avec « Guerre civile rue Sunshine », la nouvelle la plus longue, la plus complète et, pour Makoto, l’enquête la plus fouillée et la plus dangereuse. Le printemps est là et avec lui la chaleur et les pluies torrentielles. Les esprits s’échauffent aussi et le torchon brûle entre les G-Boys et les Red Angels. Makoto va se retrouver malgré lui au centre du conflit et devra tout faire pour ramener la paix. Il va aussi rencontrer le grand amour…

Ce livre date de 1998. L’auteur a publié depuis deux suites aux aventures de Makoto. Je suis en général assez réservé sur l’intérêt des suites mais là, je me laisserai bien tenter !

Editioins Phlippe Picquier - 2005

 

30 mai 2016

CAMARADES DE CLASSE - DIDIER DAENINCKX

 

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En consultant par erreur un courriel destiné à son compagnon, Dominique tombe sur un forum  où ses anciens camarades de classe évoquent leurs souvenirs. Usurpant son identité, elle se mêle à leurs conversations  et découvre  des pans entiers de la jeunesse de son homme.

Lorsque la cinquantaine commence à vous faire de l’œil, il arrive qu’un rien de nostalgie vous étreigne de temps à autre et vous pousse à regarder en arrière. On se souvient de nos jeunes années, de ce « vert paradis des amours enfantines » et de ceux que l'on côtoyait alors, copains de classe et amis de lycée. L'envie vous prend alors de savoir ce qu'ils sont devenus et à quoi ils peuvent bien ressembler avec quelques décennies de plus.

Or, ce qui était presque impossible il y a encore une quinzaine d'années, est devenu un jeu d’enfant grâce à la magie du web. Les sites proposant de mettre en relations les anciens condisciples sont désormais légion et l’on peut sans peine contacter ses vieux potes, ses anciennes petites amies et même visionner nos bonnes vieilles photos de classe.

Nostalgie, amitié et internet sont donc les thèmes de ce roman. Internet tout d’abord puisqu’il s’agit de l’outil qui rend possible ces retrouvailles virtuelles, gommant les distances tant géographiques que temporelles. C’est lui aussi qui donne au livre son petit côté épistolaire grâce à l’échange de courriels et de messages postés sur un forum de discussion, permettant aux différents protagonistes de découvrir leurs réactions réciproques et d’intervenir quand bon leur chante. 

Bien entendu, il est aussi question d'amitié ou, plus généralement de camaraderie. Au gré des conversations de ses enfants devenus des quinquagénaires, on se rend compte qu’elle a bien du mal à résister à l'épreuve du temps, aux déménagements et aux parcours parfois chaotiques des uns et des autres. Difficile aussi de renouer après toutes ces années quand chacun a fait son chemin, a vécu ses propres expériences et que mêmes les souvenirs sont désormais différents.

Mais c'est bien la nostalgie qui est au cœur de ce roman. La nostalgie des personnages qui se confond avec celle de l'auteur. Didier Daeninckx a peu ou prou le même âge que ses héros et partage avec eux une enfance passée dans l’une de ces banlieues rouges du nord de Paris. C'est donc un peu (beaucoup ?), de lui-même qu'il nous parle, de sa jeunesse au début des sixties, des yéyés, des cinémas de quartier, des réunions des jeunesses communistes...

Pour éviter de sombrer dans la flânerie douce-amère, l'auteur a inséré au milieu de ces/ses souvenirs une minuscule énigme en la personne d’un trublion qui vient perturber les retrouvailles avec ses insinuations pernicieuses. Les inimitiés, les rancoeurs et les jalousies resurgissent  rappelant à chacun que tout n’était pas si rose même si, le temps aidant, on a tendance à enjoliver.

Gallimard - 2008

16 mars 2016

LES MILLE ET UNE GAFFES DE L'ANGE GARDIEN ARIEL AUVINEN - ARTO PAASILINNA

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Après de nombreuses années de bons et loyaux services dans une usine de transformation du bois, Aaaro Korhonen a décidé de s’installer dans la capitale. Un concours de circonstance l’ayant amené à faire l’acquisition d’une pâtisserie, il décide de la transformer en librairie d’occasion avec l’aide d’une serveuse dont il s’est amouraché. Tout irait donc pour le mieux si le Ciel ne l’avait doté d’un ange-gardien particulièrement maladroit.

J’ai découvert Arto Paasilinna il y a une vingtaine d’années en lisant « Le fils du dieu de l’orage » et je n’ai depuis jamais manqué la sortie d’un nouvel opus du sympathique écrivain finlandais. J’aime me replonger dans son univers complètement loufoque et côtoyer ses personnages au caractère bien trempés qui n’ont pas peur de vivre à fond  leurs passions ou leurs lubies. Leur confrontation avec la société bien-pensante est en général explosive et l’humour, la démesure et le grotesque sont toujours au rendez-vous.


Ces ingrédients sont malheureusement distillés avec parcimonie dans ce roman, le quinzième édité en France. Cela est sans doute dû au fait que les personnages sont beaucoup plus sages qu’à l’accoutumée, mènent une vie bien pépère et sont parfaitement intégrés à la société. Il en découle fatalement des situations moins cocasses, justes quelques quiproquos tenant au fait que le héros se déplace en corbillard.


Les interventions malencontreuses d’Ariel Auvinen apportent bien un peu de piment dans la vie du pauvre Aaro Korhonen mais toutes ces bourdes finissent par devenir répétitives et ne changent pas beaucoup l’existence de son souffre-douleur. Finalement, les passages les plus intéressants sont ceux où un démon tente de débaucher cet ange-gardien si doué pour faire le malheur ou encore lorsqu'il se fait remonter les bretelles par l'ange Gabriel.


Bref l’histoire manque de relief, l’humour est bien trop timide et la satire sociale totalement absente. C’est donc un Paasilinna très en-dessous de la moyenne que l’on lira néanmoins si, comme moi, on est un inconditionnel de l’auteur. Les autres n’auront qu’à piocher un autre titre : « Le fils du dieu de l’orage » par exemple !

Gallimard - Folio - 2015

20 novembre 2015

DUREE DES EQUIPAGES : 61 MISSIONS... - P-J HERAULT

FnAnt1562-1987Afin de continuer la guerre totale dans laquelle il s'est engagé depuis des décennies, le gouvernement terrien a lancé le plan "Surpopulation". Un peu partout sur les planètes qu'il gouverne sont installés des Materedu, sortes de pouponnières géantes où l'on crée, élève et sélectionne les futurs soldats. Gurvan est l'un d'eux. Un jeune pilote d'intercepteur qui, sitôt sa formation terminée, est affecté sur un porteur en partance pour le front. Il y rencontre d'autres "bleus" avec lesquels il va sympathiser tout en tentant d'oublier que la survie moyenne d'un pilote n'excède pas les 61 missions. Parviendront-ils à faire mentir les statistiques ? 

La "Trilogie Gurvan" est, avec le cycle de "Cal de Ter", l'œuvre la plus significative de P-J Herault. Elle porte en germe une bonne part de ses autres romans et en particulier ceux qui appartiennent au genre space-opera. Le personnage de Gurvan est d'ailleurs le prototype du héros "héraultien" ; un individu doté d'une grande empathie, bourré de qualités (humaines et militaires) qui l'amènent à prendre en main la destinée de ses compagnons d'infortune. Mais si le plus souvent ses personnages combattent pour leurs libertés, il n'en va pas ainsi dans la trilogie. C'est d'ailleurs l'une des idées force de ce récit que de mettre en scène des hommes et des femmes jetés dans une guerre interminable mais néanmoins déterminés à y tenir leur rôle.


Gurvan, Dji, Rom et les autres n'ont pas choisi de devenir militaires. Ils ont été conçus, élevés, entraînés pour combattre. Ils ont pour seul objectif de tenir le plus longtemps possible afin de rentabiliser l'investissement qu'ils représentent. Pourtant, les bons petits soldats vont progressivement prendre conscience de leur individualité, se rendre compte qu'ils ne sont pas que des pions et qu'ils peuvent aussi vivre pour eux même.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                          

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A ce titre, l'évolution du caractère de Gurvan est l'un des aspects les plus intéressants du roman. Du jeunepiloteinexpérimenté et avide de victoires au vieux briscard virtuose mais néanmoins prudent, nous le verrons évoluer au fil du temps et de ses expériences. Il passera par toute la gamme des émotions, doute, colère, découragement, enthousiasme, avant de s'endurcir et ne plus songer qu'à rester en vie pour connaître autre chose que les combats, la peur et la mort.


L'auteur ne donne que très peu d'informations sur les deux camps qui s'affrontent et sur les raisons du conflit. On sait juste que la guerre dure depuis 42 ans et qu'elle oppose les terriens aux descendants de colonies lointaines et oubliées. Mais ce n'est pas plus mal. Nous sommes ainsi logés à la même enseigne que Gurvan et ses compagnons qui ne connaissent de la guerre que les différents théâtres d'opérations sur lesquels ils interviennent. Cela permet de mieux comprendre leurs réactions face aux évènements, d'appréhender leur état d'esprit et en particulier l'impression de précarité qui préside à leur existence.

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P-J Herault est en revanche beaucoup plus prolixe en matière de combats. « Durée des équipages : 61 missions... » est un roman de guerre. Les scènes du genre sont donc extrêmement nombreuses mais heureusement aussi très variées. Missions de repérages, bombardements, duels, une belle variété qui évite la lassitude. Les connaissances de l'auteur en matière d'aviation et les détails techniques qu'il distille çà et là (incidence de la gravité, autonomie des appareils) ajoutent de la vraisemblance à ces séquences guerrières et en relèvent l'intérêt. La vie à bord des "porteurs", ces gigantesques portes avions spatiaux, est aussi très bien rendue. Des soutes d'appontements aux cabines de repos en passant par les réfectoires, les descriptions sont très précises et donnent du corps au récit. Cela permet en outre d'insérer dans l'histoire des passages plus calmes où l'humanité des héros est plus palpable, leur caractère plus affirmé.


Cette trilogie constitue donc un très bon exemple de Space Opera à la française et une excellente introduction à l'œuvre de P-J Herault. Héros charismatique, groupe d'amis, combats aériens, création d'une communauté sur une planète vierge, tous ses thèmes de prédilection sont déjà là. Il ne cessera dès lors de les faire vivre à travers les nombreux romans qui suivront.

Fleuve Noir Anticipation - 1987 & 1988

30 septembre 2015

LE DESERT DU MONDE - JEAN-PIERRE ANDREVON

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Un homme se réveille seul dans un petit village peuplé de cadavres et ceinturé par une brume aussi opaque qu'infranchissable. Il ne sait plus qui il est, où il se trouve ni pourquoi il est là. Commence alors une quête de son passé qui sera aussi celle de son monde.

Si ce roman a pu paraître novateur lors de sa sortie en 1977 il n'en va assurément plus de même presque 40 ans plus tard. Les histoires de réalité virtuelle ou d'expérience in vivo sont devenues monnaie courante au cinéma comme en littérature, et il est désormais bien difficile de trouver un angle d'attaque original.

Pour autant, ce « Désert du monde » ne manque pas de qualités. Jean-Pierre Andrevon n'est jamais aussi bon que lorsqu'il met en scène des individus quelconques et nous fait partager leurs sensations et leurs sentiments. Ici, il est particulièrement à son affaire avec un héros bien commun confronté à une situation qui l'est beaucoup moins.

Tout l'intérêt du récit réside en effet dans les réactions d'un homme qui se réveille seul, sans souvenirs, dans un village qui semble abandonné. Le questionnement sur son identité et sur ce qui a fait disparaître toute présence humaine est très bien rendu comme d'ailleurs les différents aspects de la solitude qui l'étreint, ses peurs et ses espoirs.

Bon, pour être honnête, j'avoue que c'est avec plaisir que j'ai vu surgir un nouveau personnage. Au bout de 150 pages une certaine monotonie, pour ne pas dire lassitude, commençait à poindre le bout de son nez et cette diversion est arrivée au bon moment. Elle permet surtout de relancer l'intrigue, la faisant entrer dans une phase plus active. L'histoire prend alors des allures de "Truman Show". Sous l'influence de Marie-Françoise, les deux « survivants » entreprennent de comprendre puis de s'échapper de leur « prison ».  Ils mettent au jour les incohérences de leur environnement (les portes qui ne s'ouvrent pas, les bibliothèques en trompe-l'œil...) et commencent à suspecter une expérience dont ils seraient les cobayes.

La suite est beaucoup plus désordonnée, chaotique même. Nous vivons en accéléré la fin de l'humanité, ou plutôt un ensemble de fins possibles - guerres, réchauffement climatique, catastrophe nucléaire - des causes différentes pour un seul et même effet. Une sorte de « voyage au bout de la nuit » de l'espèce humaine. Philippe et Marie-Françoise sont un peu des Bardamu de la SF contraints de vivre la fin de leur monde pour apprécier la valeur de ce qu'ils perdent, de mourir afin de mieux renaître.

Denoël - Présence du Futur - 1977

10 septembre 2015

MORT AU PREMIER TOUR - DIDIER DAENINCKX

product_9782070405664_195x320Au soir des élections municipales à Marcheim, c'est l’euphorie dans le camp des écologistes. Leur liste vient d'emporter la mairie, laissant espérer un second souffle dans la lutte contre la centrale nucléaire qui se construit sur le territoire de la commune. Mais la joie est de courte durée. Le lendemain matin, un de leurs élus est retrouvé mort aux abords du chantier tant controversé. Fraîchement nommé en Alsace, l’inspecteur Cadin va devoir faire le tri parmi de nombreux suspects, toutes tendances politiques confondues.

Je me suis fait avoir comme un bleu mais je ne suis sans doute pas le seul. Il faut dire que les lieux, les circonstances, les protagonistes, tout dans ce roman fait penser à un meurtre politique. Et quand on sait de quel côté vont les sympathies de l’auteur, on est vite persuadé qu’il faut chercher les coupables du côté des industriels et de leurs valets politiques et policiers.


Pourtant Daeninckx se garde bien de tomber dans le piège de la critique sociale un peu facile. C'est d’ailleurs du côté des "gentils", écolos ou anarchistes, qu'il oriente l'enquête de son flic dépressif. Tout au long du roman il nous promène dans la nébuleuse rouge et verte, nous faisant rencontrer des syndicalistes et des élus de gauche, des baba cools, des journalistes libertaires, des partisans de l’amour libre... Il est même assez peu tendre avec eux, soulignant leurs motivations parfois un peu troubles ou vaines.


Cette plongée dans l’Alsace des seventies est en tout cas bien sympathique pour au moins deux raisons. Primo, sa  peinture de Strasbourg et des cités minières alentours confrontées à la désindustrialisation et au chômage est assez chouette. Les ouvriers contraints de bosser pour des entreprises qui polluent leur terroir, les entrepôts désaffectés au bord du Rhin, les rangées de maisons ouvrières, toutes ces descriptions contribuent à créer une atmosphère bien grise et bien déprimante. Secundo, le récit s’enrichit de nombreuses anecdotes qui ne manquent pas d’intérêt sur l’histoire de cette province si disputée, comme celles sur ces soviets alsaciens qui fleurirent dans les usines lors de la débâcle allemande de 1918 avant que d’être réprimés par la république triomphante ou bien sa germanisation forcée durant la seconde guerre mondiale.


Mais le plus étonnant - et sans doute aussi le plus désolant - c'est de constater que les choses n’ont guère changé depuis lors. Les zadistes qui s’opposent à un barrage ou à un aéroport sont les cousins germains des baba-cool de Marcheim/Fessenheim qui luttent contre la construction d'une centrale nucléaire. Les arguments pour ou contre ce type d'aménagement sont d’ailleurs toujours les mêmes : préservation de l’environnement d’un côté, retombées économiques de l’autre. Devinez qui gagne à tous les coups !

Gallimard- Folio Policier - 1988

12 août 2015

LE SOLEIL N'EST PAS POUR NOUS - LEO MALET

9782266202008Paris, 1926. André Arnal, jeune orphelin de 16 ans, survit péniblement grâce à son emploi de manœuvre. Il se livre aussi à quelques combines dont une escroquerie à l'assurance maladie au cours de laquelle il rencontre Fredo et sa sœur Gina dont il tombe immédiatement amoureux. La jeune femme partageant ses sentiments, André va tenter de les extraire de l'abîme de misère où  ils se débattent l'un et l'autre. Mais le destin semble parfois s'acharner...

Avec le second volume de sa trilogie noire, Léo Malet fait un pas supplémentaire sur le chemin de la noirceur et du désespoir. Un désespoir d'autant plus marquant que le jeune Dédé Arnal n'a rien à voir avec le héros de "La vie est dégueulasse". Lui souhaite réellement s'en sortir. On sent même qu'il suffirait de pas grand-chose - un petit coup de pouce du destin, une main tendue au bon moment - pour qu'il puisse se faire sa place au soleil. Mais, comme le dit si justement le titre du roman, le soleil n'est pas pour lui. Les dés sont pipés, les places distribués à la naissance et pour ceux de son espèce, orphelins ou fils d'ouvrier, il n'y a que la misère et la poisse.


Loin d'être un atout ou même une excuse à leurs erreurs, leur jeunesse les dessert. Elle attire les ordures de tout poil à l'affût de jeune chair et de proies facile. Patrons indélicats, souteneurs, vieillards libidineux, les adultes cherchent presque toujours à profiter d'eux. Dès lors, il ne leur reste plus qu'une juste mais dangereuse révolte qui les mène le plus souvent en prison ou à la guillotine.


C'est ce destin joué d'avance, ce sentiment d'inéluctabilité qui fait le plus de mal. Malgré toutes les tentatives, malgré quelques instants de bonheur et d'oubli, les jeunes héros ne peuvent rien contre le sort. La populace aux idées toutes faites et les policiers bas de plafond les ramènent irrémédiablement dans le droit chemin, celui de la dèche.


« Le soleil n'est pas pour nous » est un roman percutant porté par un style nerveux auquel le récit à la première personne et l'utilisation intensive de l'argot parisien tonne un ton réaliste et imagé. A signaler aussi quelques belles évocations du Paris des années vingt, les entrepôts de Bercy, la prison de la Petite Roquette et les bidonvilles du XIIIème Arrondissement.

Pocket - 2010

8 juillet 2015

IMARO - CHARLES SAUNDERS

GarancAF12L'enfance d'Imaro est un long chemin de croix, sa qualité de sang mêlé lui valant les moqueries, les brimades et même la haine de certains membres de sa tribu. Il en profite toutefois pour se forger un caractère insubmersible qui, allié à une force stupéfiante, va lui permettre de prendre sa revanche. Mais les Mashataan, les dieux démons, de Nyumbani n'ont pas l'intention de le laisser faire.

S'il n'est guère courant de voir l'Heroïc Fantasy s'inviter sur le continent africain, il est encore plus rare d'avoir affaire à un héros du cru. « Imaro » est à ma connaissance une première du genre et ce n'est sans doute pas une coïncidence si son auteur est lui-même un afro-américain.


Le héros de Charles Saunders est un petit cousin de Conan avec lequel il partage une force physique phénoménale et une haine farouche de la sorcellerie. Comme lui, c'est un solitaire sans attaches, épris de liberté mais qui n'hésite pas à risquer sa vie pour faire respecter son code de l'honneur et son idée de la justice. Ses aventures ont d'ailleurs pas mal de points communs avec celles du Cimmérien : une enfance rude au sein d'un peuple guerrier, une période d'esclavage suivie de quelques brigandages et un avenir qu'on imagine royal.
Imaro est toutefois un peu moins monolithique que le célèbre barbare. Enfant sans père, renié par les siens, il cache sous sa bravoure une fragilité psychologique certaine ainsi qu'un grand besoin d'amour et de reconnaissance. Cela le rend beaucoup plus humain et par là même plus attachant.


Quant à l'Afrique qui sert de cadre à ses aventures, elle peut bien s'appeler Nyumbani, elle ressemble quand même sacrément à celle que nous connaissons. Mwambututssi, Kahutu, Ruanda, Saunders n'est pas allé chercher bien loin les noms des peuples et contrées dont Imaro croisera la route. Il en va de même pour les aspects culturel et sociologique puisque, là encore, l'auteur s'est copieusement inspiré des mœurs de certaines tribus africaines et notamment de celles des
Massai auxquels ses guerriers-éleveurs Ilyassai ressemblent énormément. En tout cas, l'abondance de détail sur leur mode de vie est bienvenue et donne à l'histoire un fond de réalisme qui permet une totale immersion dans cet univers de jungle et de savane. Nous pouvons dès lors nous laisser porter par la plume solide de l'auteur et profiter au mieux des aventures mouvementées de son héros.

Les deux premières nouvelles sont passionnantes. Elles relatent deux épisodes marquants de la jeunesse d'Imaro illustrant le calvaire subi dans sa tribu et la manière dont il parvient à s'émanciper. On prend immédiatement fait et cause pour le jeune guerrier et c'est un réel plaisir que de le voir triompher des envieux de tout poil et des vilains sorciers.

Les trois autres voient Imaro prendre la mesure de sa force et de ses qualités de meneurs d'hommes. Il découvre d'autres pays et d'autres peuples, se fait de nouveaux ennemis ainsi que des amis fidèles. Il commence aussi à comprendre que ses combats s'inscrivent dans un conflit beaucoup plus vaste.

Au final, le seul petit reproche que je ferais à ce recueil est que chacun des cinq textes qui le composent se concluent peu ou prou de la même manière, à savoir un combat d'Imaro contre un sorcier ou une créature des ténèbres. Ce n'est pas que le côté surnaturel de la chose me gêne (c'est de la fantasy, je savais à quoi m'attendre) ou que les descriptions des combats épiques du géant d'ébène ne soient pas à la hauteur, mais un peu plus de variété eut été bienvenue.

L'ensemble est néanmoins d'excellente facture et, comme chaque nouvelle apporte sa part d'éclaircissements sur les forces qui s'affrontent en Nyumbani et sur le rôle qu'Imaro est appelé à jouer, on imagine que les autres tomes seront tout aussi riches et passionnants.

Garancière - Aventures Fantastiques - 1986

27 février 2015

VISAGES ET CHOSES CREPUSCULAIRES - JEAN RAY

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Publiées dans diverses revues entre 1932 et 1961, les dix huit nouvelles qui composent ce recueil ne forment pas un tout homogène. On peut toutefois les regrouper en trois catégories principales.

La première rassemble des récits d'ambiance qui ont pour cadre des villes d'Europe du Nord, ports allemands ou flamands où règnent le brouillard, l'obscurité des ruelles et la fumée des troquets. Le plus souvent le fantastique n'y est que suggéré. Entre cauchemars et racontars de marins ivrognes, difficile de faire la part de la vérité et celle de la superstition. Dans Storchaus ou La maison des cigognes, une maison organique propose un bien étrange marché à ses occupants, Le bout de la rue est une allégorie sur le destin et la mort, Baraterie interroge le sentiment de culpabilité d'un capitaine hanté par les fantômes de marins disparus en mer et Passez à la caisse ! est une insignifiante histoire de pesée des âmes. La présence horrifiante est sans doute la meilleure du lot. Elle parvient en tout cas à installer une vraie tension jusqu'à une chute qui ferait presque sursauter. 

Les six nouvelles suivantes ont pour sujet des thèmes d'un fantastique plus traditionnel : Mondschein-Dampfer nous propose une gentille variation sur la légende de Faust, Dieu, toi et moi est un récit de vampire assez banal et Merry-go-round met en scène un objet possédé par une force mauvaise, en l'occurrence le cheval de bois d'un manège. Secte malaise et lycanthropie sont au cœur de La Princesse Tigre tandis que La trouvaille de Mr Sweetpipe nous parle de quatrième dimension d'une façon assez terne et confuse.

Coïncidence ou pas, les nouvelles les plus intéressantes sont celles qui ne comportent aucun élément d'ordre surnaturel. Celles-ci se déroulent presque toujours en Angleterre et se distinguent par un humour particulièrement grinçant. Ainsi de Mr Gless change de direction ou comment un épicier est conduit à jouer les émules de Jack l'éventreur, La chandelle du réveillon qui nous dévoile une façon originale mais peu charitable d'échapper à une malédiction, Je cherche Mr Pilgrim, un modèle de vengeance et de réalisme, Dents d'or ou quant un pilleur de tombes doit faire face à une coriace concurrente, J'ai tué Alfred Heavenrock ! récit dans lequel un séducteur beau parleur apprend à ses dépens que les mensonges se réalisent parfois. Enfin, L'idylle de Monsieur Honigley est une histoire d'amours contrariées entre un lord anglais est une jeune allemande un peu simplette qui vient confirmer le fameux adage : "le cœur à ses raisons que la raison ignore".

Le recueil se termine sur deux versions inachevées d'un même texte. Prélude à Saint-Judas-de-la-nuit et Saint-Judas-de-la-nuit nous parlent d'un livre maudit, de bateleurs et d'envoutement. Malheureusement les récits sont bien trop tronqués pour se faire une juste opinion de leur valeur.

Nouvelles Editions Oswald - 1982

10 octobre 2014

FOETUS-PARTY - PIERRE PELOT

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Sur une terre polluée et peuplée d'une humanité pléthorique, une journée de la vie de quatre individus partagés entre révolte et résignation.

A la fin des années soixante-dix, Pierre Pelot a écrit une série de romans qui ont en commun des univers dystopiques particulièrement sombres et des titres latino-saxons qui se la pètent : Delirium Circus, Parabellum Tango, Canyon Street et ce Foetus-Party dont c'est que j'vais vous causer aujourd'hui.

Dystopie donc, et des plus noires. Pelot n'y va avec le dos de la cuiller et nous offre une vision du futur proprement abominable. La Terre n'est plus qu'une vaste conurbation, bitume et béton partout et par-dessus, quinze milliard d'humains affamés. Le régime qui préside aux destinées de cette multitude est comme il se doit totalitaire et s'est donné pour mission de lutter contre la surpopulation. Tous les moyens sont bons : on pousse les vieux au suicide, on supprime les délinquants puis on recycle tout ce beau monde. Rien ne se perd, tout se transforme. Ici, pas d'hypocrisie. C'est expliqué, assumé, revendiqué. Harry Harrison et son Soleil vert peuvent aller se rhabiller.

Mais le Saint Office Dirigeant a trouvé encore mieux. Plutôt que de supprimer les vivants, pourquoi ne pas leur passer l'envie de naître ? Pour ce faire on donne au fœtus une petite vision de ce qui l'attend, comptant sur le choc salutaire qui provoquera la mort avant la naissance. Et si jamais le fœtus persiste dans son désir de vivre, il n'aura qu'à s'en prendre à lui-même ! Voilà pour le cadre.

Côté intrigue, c'est en revanche moins spectaculaire. Pelot utilise la méthode de la pelote qui rembobine plusieurs fils conducteurs finissant par se rejoindre. Autant de tranches d'une vie de merde, sans perspectives et sans espoir. Il y a celle de Trash le dealer à la petite semaine, de Mark et Eva Lipton qui tentent pour la troisième et dernière fois d'avoir un enfant et de Ross/Jent un « visiteur » dont on ne sait à peu près rien. Enfin au début, car on devine très vite de qui il s'agit réellement, ce qui enlève une bonne part de son intérêt au récit.

On reste néanmoins scotché par les visions dantesques que suscite l'écriture de l'auteur. Une prose d'une grande beauté avec des phrases sèches comme des sentences (« Le bien, comme le mal, n'existe pas. Rien n'existe. Sauf la connerie. ») ou empreintes d'une poésie désespérée (« Et les vagues-montagnes se lèvent, gercent, frisent coagulées, s'empustulent et se ratatinent, se boursouflent, s'emmêle-hérissent et s'emberlicripottent, s'explosiforment, s'enchiassent. »).

« Foetus-Party » est donc un roman dur qui nous montre un résultat possible de l'utilisation abusive des ressources de notre planète. Un monde qui, à l'instar du jeu du Poniachet auquel s'essaie l'un des personnages, ne laisse de choix qu'entre la mort et... la mort.

Denoël - Présence du Futur - 1977

 

30 septembre 2014

L'AUTEUR - VINCENT RAVALEC

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Récit autobiographique et humoristique des premiers pas de Vincent Ravalec dans le petit monde de l'écriture et de l'édition.

Quant il écrit ce livre en 1995, Vincent Ravalec est déjà un auteur reconnu, primé même. C'est donc en homme qui s'est déjà passablement frotté au milieu de l'édition qu'il nous fait part de son expérience. Il le fait de manière anecdotique en insistant sur deux moments clés de sa "carrière" : la publication de son premier roman et l'obtention du Prix de Flore.

Cela donne lieu à une succession de saynètes hilarantes agrémentées de réflexions décapantes. Des tranches de vie qui nous montrent notre apprenti écrivain dans des situations inimaginables : hébergé dans une maison de retraite à l'occasion du minuscule salon du livre de Coudekerque-Branche ou déclamant du Racine déguisé en lapin lors d'un atelier d'écriture. On découvre avec lui de jeunes auteurs en quête de reconnaissance et des moyens de vivre de leur art, obligés de cachetonner pour joindre les deux bouts.

Vient ensuite le temps des premiers succès, des soirées mondaines et des émissions télés. Là encore les situations cocasses sont nombreuses et nous dévoilent un microcosme d'éditeurs, d'agents littéraires et d'attachés de presse. Un monde de paillette et d'argent où Vincent Ravalec a dû mal à trouver sa place.

Tout cela nous est raconté dans un style très vivant, un langage de tous les jours bien agréable. Pas de bons mots ou de jolies formules, mais une prose toute simple qui atteint parfaitement son objectif : présenter le plus justement possible ces années qui ont vu l'existence de l'auteur prendre une nouvelle direction.

Points Virgule - 2002

31 août 2014

LES DENTS DU DRAGON - JACK WILLIAMSON

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Dane Belfast est un jeune biologiste de talent qui travaille sur la mutation contrôlée des gênes. Afin de poursuivre les recherches de son défunt père il se rend à New-York pour solliciter le mécène qui subventionnait jusqu'alors ses recherches. Mais avant de rencontrer Messenger, le richissime président de la Cadmus, il est approché par deux individus étranges. C'est d'abord la jolie Nan Sanderson qui cherche à déterminer s'il est doté d'une perception extra sensorielle, marque d'un sujet ayant subi une mutation génétique. C'est ensuite Gellian, un homme vindicatif à l'origine d'une véritable croisade contre ces mêmes mutants qui, selon lui, menacent l'espèce humaine. Dane va dès lors se trouver embarqué dans une lutte souterraine qui le conduira de la capitale américaine aux fin fonds de la jungle de Nouvelle-Guinée à la recherche de Kendrew, un mystérieux généticien.

Les histoires de mutants ont bien souvent pour thème la persécution dont sont victimes ces êtres supérieurs, contraints de dissimuler leur différence et parfois même d'entrer en résistance. Ainsi des Chrysalides de John Wyndham, A la poursuite des Slans de Van Vogt et, bien entendu, des X-Men.

Les dents du dragon s'inscrit lui aussi dans ce courant et raconte la façon dont quelques mutants et leur créateur s'organisent pour préserver leur existence et prouver aux humains qu'ils ne leur sont pas hostile, bien au contraire. Jack Williamson ne met pas l'accent sur les pouvoirs dont est doté son « homo excellens ». A part une intelligence supérieure et une résistance aux maladies, ils se limitent en effet à quelques dons de télépathie et de prémonition.

Aussi, en l'absence de super-héros, l'intrigue de son récit porte essentiellement sur le mystère qui entoure les activités de la Cadmus et la façon dont Kendrew parvient à créer des individus génétiquement modifiés. Cela nous donne une histoire assez tranquille où la réflexion et la recherche prennent le dessus sur l'action pure. Le héros n'y joue qu'un rôle secondaire, simple révélateur d'une situation qui le dépasse, et occupe l'essentiel de son temps à soupirer d'amour après la jolie Nan aux cheveux acajou. Même la confrontation finale entre humains et mutants se résoudra par la diplomatie et la bonne volonté réciproque.

On ne tremble donc à aucun moment dans ce roman plutôt calme et seule l'évocation de certaines créations du génial généticien font froid dans le dos. Je pense surtout à ces fameux « mulets », petits êtres créés à partir de plantes et se nourrissant par photosynthèse. Tout juste assez intelligents pour accomplir des tâches matérielles, ils n'ont besoin ni de nourriture, ni de vêtements, ni de salaire. L'employé idéal, le rêve américain de toute multinationale qui se respecte.

On sourira en revanche de ces manipulations génétiques obtenues par la seule puissance de la pensée. Une vision de la biologie un peu simpliste, grotesque même, mais qui fait tout le charme de la SF américaine des années 50 où l'on ne s'encombrait pas de véracité scientifique et qui lui donne ce petit côté naïf et merveilleux.

Nouvelles Editions Oswald - 1982

13 août 2014

L'ABATTEUR - FRANZ-OLIVIER GIESBERT

product_9782070320967_195x320En gare de Marseille, la commissaire Marie Sastre assiste par hasard à la découverte d'une malette contenant la tête tranchée d'une femme ainsi qu'un gant de maille utilisé par les ouvriers des abattoirs. Saisie du dossier, elle oriente fort logiquement son enquête vers les abatoirs provençaux. De nouveaux enlèvements en vallée de Seine d'où était originaire la première victime, l'amèneront à s'intéresser également au personnel d'une clinique normande.

L'abatteur est un roman qui ignore les entrées en matière et les longues présentations. Nous sommes de suite embarqués dans un récit glauque qui fleure bon son serial killer. Des victimes qui se ressemblent, un mode opératoire identique, la présence d'une profileuse, tout nous fait penser à une énième histoire de tueur en série. Mais bien vite, l'auteur laisse filtrer des indices et l'on comprend qu'il faudra chercher ailleurs le ou les coupables. Et en la matière, on a que l'embarras du choix : personnel hospitalier, ouvriers d'abattoirs, petite délinquance, les pistes sont nombreuses. Elles finiront d'ailleurs fort logiquement par se recouper.

Pour ce qui est du style, on remarque rapidement que l'auteur aime ces petites formules qui sonnent bien mais qui sont aussi un peu creuses : « La vérité n'est qu'une imposture qui a la vie plus dure que les autres », « Le bonheur, c'est juste quand le malheur se repose, et il ne se repose pas souvent ».

Il aborde aussi, et avec davantage de bonheur, un certain nombre de questions de société : le clonage thérapeutique, la greffe d'organe, l'abattage rituel et la dignité animale, le tout émaillé de références aux textes des anciens, Pythagore, Ceste, Marcion, Porphyre...

Son récit est en outre encombré de menus faits qui ne lui apportent pas grand chose comme les relations de l'héroïne avec sa mère et son époux ou les assassinats du FLAR qui ne déboucheront sur rien. Et puis il nous dévoile trop tôt l'identité des coupables. Dès lors, même si quelques révélations nous attendent encore, notamment le lien entre tous les protagonistes et la personnalité du narrateur, on n'a plus grand chose à se mettre sous la dent.

Un mot enfin des personnages qui pour être fouillés, n'en sont pas moins fort peu crédibles. La commissaire névrosée, le milliardaire poète, le chirugien cannibale ou l'égorgeur philosophe sont tous bien sympathiques mais on peine à imaginer qu'ils puissent réellement exister.

Malgré ces petites réserves, L'abatteur est un roman qui lit se d'une traite et sans l'ombre d'un ennui. C'est bien là l'essentiel.

Gallimard - Folio Policier - 2006

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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