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13 mai 2014

LA FEMME TRUQUEE - JEAN-PIERRE FONTANA

imgAu XXIème siècle, l’Europe, la France et même Paris sont séparés en deux blocs ennemis.Noémie Landès, jeune étudiante d’une vingtaine d’années, vit tranquillement dans la moitié sud de la capitale lorsqu’elle est convoquée au programme de neutralisation sexuelle. Bien que réticente, elle se rend à l’hôpital de la Salpétrière où elle est placée en « hibernation ».Mais est-ce bien Noémie qui est retenue dans ce cercueil de verre ? Est-ce bien elle qui rêve d’Ilyana, l’héroïne décomplexée de la confédération européenne ? Ou ne serait-ce pas plutôt le contraire ? 

Voici un livre qui ne m’a pas franchement emballé en raison d’un côté « nouveau roman » trop marqué à mon goût.

Jean-Pierre Fontana y explore certaines des possibilités que lui offre la science-fiction et s’amuse à brouiller les pistes. Ses personnages et son intrigue se mêlent de telle sorte que l’on ne sait plus très bien à qui ou à quoi l’on a affaire et, lorsque l’on est suffisamment désorientés, il nous porte l’estocade en nous proposant plusieurs fins possibles.

L’exercice de style est peut-être sympathique mais je lui aurais préféré une approche plus conventionnelle. A défaut, je suis sans doute passé à côté de quelque chose. Tant pis pour moi !

Nouvelles Editions Oswald - 1980

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2 mars 2014

PAVANE - KEITH ROBERTS

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Pavane est un parfait exemple de roman uchronique. C'est même l'un des textes fondateurs de ce genre particulier qui s'exprime au conditionnel et où tout commence par un si... Et si Elisabeth Ière avait été assassinée. Et si l'invincible Armada avait conquis l'Angleterre. Et si le monde était tombée sous le joug de l'église romaine. Voilà le postulat sur lequel est construit ce recueil de six longues nouvelles.

Les deux premières jouent un peu le rôle d'entrée en matière. Deux nouvelles fort jolies qui sont aussi deux portraits d'hommes amoureux de leur métier. Elles nous dévoilent l'Angleterre d'un XXème siècle alternatif où la science est restée figée. Le moteur à explosion, le téléphone et l'électricité sont encore dans les limbes et l'on circule toujours à bord de locomotives qui assurent l'essentiel du transport des marchandises.

La "Lady Margaret" a justement pour héros John Strange, un conducteur de locomotive. Nous le suivons au cours d'une nuit bien remplie qui le verra déclarer sa flamme à la femme qu'il aime, retrouver un vieux compagnon et faire face à une attaque de brigands. Une histoire amère et douce qui se conclura néanmoins sur une note d'humour inattendue.

Le signaleur est beaucoup plus triste. Il s'agit d'un récit d'apprentissage. Le rêve devenu réalité d'un enfant qui espère intégrer la mystérieuse caste des signaleurs. Nous le suivons dans chaque étape de sa longue formation jusqu'à son premier poste dans un sémaphore isolé. Avec lui notre horizon s'élargit jusqu'à la lointaine Londinium et les châteaux de la noblesse. Elle se conclura néanmoins de façon tragique dans la lande de Durnovaria où l'on pressent que des forces obscures sont à l'œuvre.

Ce n'est donc qu'à partir de la troisième que l'on découvre le vrai visage de cette Angleterre sous la domination de Rome. Un pays où l'inquisition brûle, torture, soumet ou extermine ceux qui pensent différemment ou s'opposent à son autorité. Un royaume où le roi lui même n'a que peu de pouvoirs face à une Église toute puissante qui couvre d'or ses cathédrales alors que le peuple crie famine.

Le pauvre Frère Jean en fera l'amère expérience. Sommé par sa hiérarchie de prêter son concours à une session du Tribunal de l'inquisition, il va sortir profondément meurtri de cette épreuve. Dès lors, il n'aura de cesse de prêcher la révolte à travers le pays.

Seigneurs et gentes dames constitue une respiration. Elle fait aussi le lien entre la première et les trois dernières nouvelles qui ont toutes pour personnage principal un représentant de la famille Strange. Elle permet enfin de se rendre compte que les nantis ne sont pas forcément du côté de Rome et prennent même quelques libertés avec le dogme.

Corfe Gate est le morceau de choix du recueil. Le cadre géographique, temporel et politique est posé. L'affrontement peut désormais avoir lieu. Et si la victoire finale penche encore du côté de l'église, les fondements de son pouvoir en sortent passablement ébranlés. Là encore l'auteur dresse un très beau portrait, celui d'une femme attachée à sa terre et fidèle à ses idées envers et contre tous.

Enfin Coda est une courte nouvelle qui n'apporte pas grand chose au recueil sinon de le conclure sur une note optimiste.

C'est peu dire que Keith Robert écrit bien. Ses textes sont d'une grande beauté et dotés d'une puissante force évocatrice. On est happé par la magie des mots et envoûté par les images qu'ils suscitent. L'envie nous prend alors d'aller nous promener du côté de Durnovaria, entre lande et falaises et d'y rencontrer quelques unes des figures attachantes qu'il a brossées. Tout cela nous donne un livre superbe qui parle aussi bien d'amour (de sa famille, de sa région, de son métier) que de liberté et de dépassement de soi.

Livre de Poche - SF - 1977

25 février 2014

UNE SECTE COMME BEAUCOUP D'AUTRES... - GILLES MORRIS

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C'est seulement parce qu'il a une furieuse envie de coucher avec elle, que Michel Leduc a accepté d'accompagner Karen Hauptmann à la recherche de sa sœur jumelle dans un petit village alsacien. Celle-ci a en effet rejoint la communauté des "Agneaux de Dieu", une secte dirigée par un yogi charismatique, et Karen espère bien trouver le moyen de la ramener à la raison. A peine arrivés à Kaisersbrück, les deux amis sont confrontés à une ambiance de suspicion et à d'étranges manifestations. Des incendies se déclarent spontanément, les chiens hurlent à la mort des heures durant et une frénésie sexuelle s'empare de tous les habitants dès la nuit tombée. Esprits frappeurs, sorcellerie ou influence pernicieuse des illuminés enfermés dans le vieux château qui domine le village ? Karen et Michel ne sont pas au bout de leurs surprises.

S'il y a une ambiance que j'apprécie particulièrement en matière de roman fantastique, c'est bien celle que nous propose Une secte comme beaucoup d'autres... Des étrangers immergés dans une bourgade austère peuplée d'habitants taciturnes, une chape de silence couvrant de mystérieux évènements, une secte étrange et impénétrable, voici le genre d'ingrédients qui m'ouvrent l'appétit. Et je n'ai pas été déçu.

Les rebondissements et révélations s'enchaînent avec beaucoup de fluidité, la description du petit bourg et des relations houleuses entre villageois et membres de la secte sont bien rendus tandis que les quelques scènes d'action qui émaillent le récit lui apportent ce qu'il faut de dynamisme.

Le personnage principal m'a également beaucoup plut. Sa gouaille, ses réparties et sa débrouillardise en font un héros tout à fait sympathique, loin du surhomme qui résout tout par la largeur de ses muscles ou la finesse de son esprit. Il ne recule toutefois pas devant le danger et n'hésite pas à se colleter avec les méchants même s'il cède souvent sa place à son pote le gendarme lors des scènes de pugilat.

Mon seul petit bémol a trait au côté fantastique du bouquin. D'une part on a un peu de mal à croire que des mantras récités par quelques dizaines de fanatiques puisse créer un champ de force capable d'influer sur les gens et les choses à des lieues à la ronde. Par ailleurs, cet aspect n'apporte que peu de valeur ajoutée à un roman qui n'eut rien perdu à n'être qu'un polar. Mais un polar avec beaucoup d'humour, porté par une plume san-antoniesque avec tout plein de jeux de mots et de blagues grivoises.

Alors même si le déroulement de l'intrigue ne fut pas tout à fait à la hauteur de mes espérances, j'ai néanmoins passé un bon moment de lecture.

Fleuve Noir Anticipation - 1981

6 octobre 2013

VOUS PLAISANTEZ, MONSIEUR TANNER - JEAN-PAUL DUBOIS

Livre - Dubois - Tanner

La vie de Paul Tanner, documentariste animalier de son état, est bouleversée le jour où il hérite de la maison de son oncle dans les environs de Toulouse. Désireux de restaurer la vieille bâtisse, il va se retrouver confronté aux pièges et chausses trappes d'une corporation redoutable : les ouvriers du bâtiment.

Tous ceux qui ont déjà eu affaire à un plombier, un électricien ou un maçon se retrouveront dans Paul Tanner. Enfin, presque. Parce que le pauvre semble avoir une poisse incommensurable. Il attire les ouvriers les plus farfelus ou les moins compétents et se retrouve invariablement plongé dans les situations les plus invraisemblables.

Il devra tour à tour affronter des couvreurs voleurs, un peintre qui refuse de se tacher, un électricien mystique, un chauffagiste dépressif, un fumiste irascible et bien d'autres tout aussi loufoques. Il lui faudra apprendre les idiomes les plus divers de cette internationale laborieuse qui parle russe ou arabe, décrypter les devis, traduire des notices, manier toutes sortes d'outils et composer avec la météo.

Il devra enfin subir les coups du sort : les orages, les inondations, les courts circuits sans oublier bien sûr les retards, les malfaçons et les "petits suppléments" qui viennent grossir le montant de la facture.

Drôle de bout en bout, ce livre réjouissant dont les courts chapitres se dévorent en un rien de temps, vous fera passer un bien bon moment. Il vous donnera aussi une furieuse envie de rester locataire.

Editions de l'Olivier - 2006

 

9 août 2013

VENISE.NET - THIERRY MAUGENEST

ob_55db016047d76c709150dfee189f5d0e_maugenest-2003Chargé d'élucider le meurtre d'une jeune universitaire française, l'inspecteur Baldi se retrouve confronté aux agissements d'une puissante confrérie vénitienne prête à tout pour préserver un mystérieux trésor. Grâce aux vastes connaissances d'un expert en histoire de l'art avec lequel il communique par internet, il va néanmoins tenter de mettre la main sur l"assassin et percer un secret vieux de huit siècles.

Venise.net est un roman épistolaire à la sauce XXIème siècle dans lequel les courriels ont remplacés les lettres. C'est sans doute dans l'air du temps mais çà n'apporte finalement pas grand chose de neuf au genre si ce n'est que l'immédiateté des e-mails permet de gommer temps et distance et d'instaurer un dialogue quasi quotidien.

Entre ces échanges électroniques, l'auteur a inséré des chapitres qui ont pour cadre la Venise de la renaissance et qui donnent leur éclairage sur les origines du mystère qui nous est proposé. Ainsi, en compagnie de Jacopo Robusti alias Le Tintoret et de son ami le poète Luigi Groto, nous vagabondons dans les méandres de la cité lacustre. Nous visitons ses palais, ses églises et sa prison, ces fameux Plombs où Casanova lui-même fit un court séjour.

Cette immersion dans le quotidien de la Sérénissime est assez réussie et c'est avec le plus grand intérêt qu'on assiste à deux évènements clés de son histoire : la peste de 1575 et la fin de la république suite à l'invasion de Bonaparte en 1797. Incidemment, nous enrichissons nos connaissances en matière de peinture. J'ai ainsi beaucoup appris sur la façon dont les artistes de la renaissance préparaient leurs toiles et je sais désormais qu'un repentir est une partie de tableau camouflée par le peintre et que la radiographie permet aujourd'hui de révéler.

Quant à l'intrigue policière, elle m'est apparue assez banale. Il faut dire aussi que le coup de la société secrète qui perdure par delà les siècles afin de protéger un trésor inestimable, on ma l'a déjà fait. Demandez donc à Mathilde Asensi et son Dernier Caton. Mais comme le roman est très court çà ne porte pas à conséquence et l'on passe malgré tout un agréable moment de lecture en sa compagnie.

Editions Liana Levi - Piccolo - 2003

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1 septembre 2013

LA SAGA D'ARNE MARSSON - PIERRE BAMEUL

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Convaincu que la Pierre des Trolls découverte chez les suomi dévoile une partie de sa destinée, Arne Marsson s'embarque pour le Vinland avec sa femme, le savant Franck Ulssen et quelques compagnons. Ils espèrent trouver sur ces lointains rivages les cités d'or et les fabuleux trésors dont parlent les runes. Leurs attentes ne seront pas déçues mais il leur faudra livrer bien des combats avant d'entrer dans la légende.

Dans le premier tome de son diptyque "Pour nourrir le soleil" Pierre Bameul nous propose une épopée baroque, pleine de rires, de larmes et de sang. A la manière d'une saga islandaise, il nous raconte comment une poignée de vikings naufragés sur le nouveau monde va faire la nique à Collomb et Cortés en conquérant l'Amérique avec cinq siècles d'avance.

L'auteur a de bonnes connaissances en matière de civilisations amérindiennes. Il sait faire la différence entre un Toltèque et un Chichimèque, situe parfaitement Teotihuacan et restitue plutôt bien le mode de vie des habitants de l'Amérique précolombienne.

En revanche, il se fout éperdument de vraisemblance historique. Son chef viking manie autant l'intrigue et la psychologie que la hache ou l'épée tandis que son second pratique les arts martiaux, utilise la poudre, le feu grégeois, l'astrolabe, la boussole et la pénicilline ! Je sais que les guerriers nordiques furent de grands voyageurs mais cela ne suffit tout de même pas à expliquer cette débauche de connaissances.

Tout cela n'a heureusement aucune incidence sur l'intérêt de l'histoire. Mieux, ces anachronismes contribuent à égayer les aventures de nos héros, à leur donner un ton léger qui tranche avec les habituels récits du genre.

On s'amuse donc beaucoup à voir la légion romaine reformée au cœur de l'Amérique centrale et les cerfs et les biches pallier l'absence de chevaux. On sourira aussi aux relations amoureuses de nos braves vikings avec une Erika qui n'hésite pas à payer de sa personne pour maintenir le moral des troupes ou un Arne contraint d'honorer les 28 veuves du roi qu'il vient de destituer.

Le roman s'achève assez logiquement par une relecture du mythe de Quetzalcoatl. Une fin assez attendue mais suffisamment réjouissante pour me donner envie de lire la suite et découvrir ce qu'il advient de cette étonnante dynastie aztéco-viking !

Fleuve Noir Anticipation - 1986

 

14 août 2013

LE GRAND KIRN - B. R. BRUSS

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Le nord de la Scandinavie est le théâtre d'évènements étranges. Une large portion de territoire, de la Norvège à l'URSS, est en effet plongée dans un inquiétant silence. Des membres d'un institut de parapsychologie qui prédisait depuis longtemps un désastre dans ces régions, se rendent sur place. Ils y découvrent les populations plongées dans un état proche de la catalepsie. Toutes sortes d'hypothèses sont alors envisagées jusqu'à ce que la situation revienne à la normale. A une petite différence près : sitôt réveillés les habitants entreprennent la construction d'étranges structures et prétendent obéir à des êtres mystérieux : les Djarns.

Le procédé narratif utilisé dans ce roman est un classique de la littérature fantastique et une habitude chez Bruss. Il est vrai que le récit à la première personne, de la bouche même de l'un des principaux protagonistes de l'histoire, présente bien des avantages. Son côté confession lui donne un aspect vécu de bon aloi tout en instaurant une relation de confiance avec le lecteur.

Il autorise aussi le narrateur, donc l'auteur, à recourir à tous les préalables qu'il juge nécessaire pour faciliter notre compréhension. Les évènements se sont déjà déroulés, il a donc une vision d'ensemble qui lui permet d'installer des repères (géographiques, chronologiques...) et recourir à toute sorte de digressions, bref, nous mettre en situation.

Ici, il commence par la présentation de l'institut américain de Halburne et nous fait un topo assez complet sur la nature des études qui s'y pratiquent. Prémonition, suggestion, hypnose ou télépathie, toutes ces facultés mentales encore méconnues sont exercées avec brio par le Dr Hersan et ses élèves.

Ce pionnier de la parapsychologie et ses compagnons rappellent un peu le Dr Xavier et ses X-Men. Comme eux ils sont dotés de capacités hors normes et comme eux ils sont mis à l'index par des autorités soupçonneuses et une opinion publique moqueuse. Ils seront pourtant la planche de salut de l'humanité et pourront seuls repousser l'invasion d'un ennemi avec lequel ils partagent les même armes.

Le gros du roman s'attarde sur les différentes phases de cette invasion silencieuse. Comment les Djarns apparaissent, où et pourquoi s'établit une zone de ralenti dans laquelle les habitants voit leur rythme vital ralentir à un point tel qu'ils paraissent immobiles et, enfin, comment ils sont subjugués par leurs envahisseurs...

Bruss s'étend pas mal sur la description de villes peuplées de "mannequins vivants" auxquels il faut une bonne heure pour traverser la rue ! Il en tire même quelques situations cocasses qui viennent contrebalancer l'atmosphère de mystère et de peur qui s'est installée. Pareillement, lorsque les petits hommes rouges pointent le bout de leur nez, leur apparence et leurs actes sont abondamment décrits.

L'action n'est pas pour autant absente du livre. Entre les repérages, les missions d'espionnage et de sabotage, les attaques de commandos psychiques et l'affrontement final, on ne s'ennuie pas un instant.

Tout çà nous donne un excellent roman, bien dans la veine de ce qui se faisait en France dans les années cinquante. Mais en la matière, Bruss c'est tout de même le dessus du panier. N'hésitez pas à plonger la main dedans.

Nouvelles Editions Oswald - 1983

 

4 août 2013

LE DERNIER CERCLE DU PARADIS - ARCADI & BORIS STROUGATSKI

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Ivan Zhilin est envoyé par l'ONU dans une cité balnéaire pour comprendre pourquoi l'un des leurs cessé de faire parvenir ses rapports. Dans cette ville où tout un chacun semble occupé à des futilités, il va avoir le plus grand mal a mener son enquête. Il y rencontrera quantité d'individu plus ou moins louches, devra prendre garde à des sectes étranges et remonter la filière de vente des extas, une drogue aux effets surprenants.


Ce roman des frères Strougatski nous plonge dans une atmosphère étrange empreinte de surréalisme et de non-sens. Longtemps, le lecteur nage en plein brouillard dans les méandres d'une société absurde où les coiffeurs sont des stars et où l'on érige des monuments à de parfaits inconnus. Une société prospérant dans une cité dont on ne sait à peu près rien. Ni où elle se trouve, ni qui la gouverne, ni même son nom. 

Tout ce que l'on sait, c'est qu'elle est peuplée d'habitants futiles qui n'ont qu'une idée en tête : s'étourdir par tous les moyens. Alcool, TV, drogue, transe de masse, tout est bon pour prendre un maximum de plaisir, oublier, ne plus penser. Le règne de l'imbécile heureux comme dira Ivan Zhilin, un héros dont on ne sait pas bien ce qu'il vient faire là même si l'on se doute qu'il est investi d'une mission secrète. En tous cas, ces non-dits, ces incertitudes, créent un sentiment de confusion et donne l'impression d'être confronté à un univers kafkaïen.

De fait, ce n'est que parce que l'on sait que les frères Stougatski ont vécu dans l'URSS de Ktroutchev et Brejnev que le roman prend toute sa signification. On comprend alors qu'il s'agit d'une violente critique du régime stalinien dissimulée sous l'apparence d'une charge contre la société de consommation. Une condamnation sans appel de ces gouvernants qui n'aiment rien tant que des populations moutonnières qui ne réfléchissent guère et préfèrent s'étourdir dans les plaisirs :Ce n'est pas que le monde soit mauvais, c'est seulement qu'il est épouvantablement monotone. Un monde sans perspectives d'avenir, un monde sans promesses.

Malgré cela, et c'est déjà pas mal, ce livre est profondément ennuyeux. Passés les premiers chapitres et la découverte de cet univers si particulier, on attend avec impatience que les choses se décantent. Et çà prendra du temps. Trop. Le héros passe le sien à fréquenter les même lieux (la maison de son hôtesse, un hôtel) et les même gens. Son enquête progresse à pas de fourmi et les quelques scènes d'action parviennent à peine à nous maintenir éveillés. Et comme au final l'intrigue n'a rien d'exceptionnelle, on est bien content de tourner la dernière page.

Le Masque SF - 1978

 

20 juillet 2013

LES PIERRES SAUVAGES - FERNAND POUILLON

51oZg4+CbML__Au XIIème siècle, le récit journalier de la construction d'une abbaye cistercienne. 

"Comme tout se termine en bilan, je laisse ce cahier de petits faits, de personnages. Il résume l'histoire de la naissance d'une abbaye". Ces mots que Fernand Pouillon place sous la plume de son personnage définissent parfaitement le contenu de son roman.  

Grâce au témoignage d'un maître d'œuvre, nous assistons à l'édification de l'abbaye du Thoronet dans l'arrière-pays provençal. Nous découvrons avec lui les difficultés techniques, financières ou humaines qu'il faut aplanir jour après jour.  

Nous voyons vivre et grandir la petite communauté religieuse au fil des saisons. L'été sous le soleil et dans la poussière, l'automne qui gonfle les rivières et provoque des inondations, l'hiver qui engourdit tout un chacun... et nous assistons à ces milles et un menus faits qui font la vie de ce chantier. 

Ce roman est aussi un vibrant hommage au petit monde des artisans : Paul le tailleur de pierre, un fort en gueule aux opinions bien arrêtées, Joseph le maître potier fier de son art et un peu porté sur la bouteille, mais également la foule des anonymes, frères convers, manœuvres et paysans.  

Bel ouvrage sur la puissance de la foi, sur l'amour de son métier, sur l'humilité et la capacité à se sublimer pour réaliser ses idéaux, "Les pierres sauvages" vous fera regarder autrement les bâtiments religieux qui parsèment la France. 

Editions du Seuil - Le Livre de Poche - 1973

 

10 juillet 2013

VUZZ... - P. A. HOUREY

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Un gigantesque aérolithe s'est écrasé à proximité de Paris, détruisant villes et villages et causant d'importants dégâts jusque dans la capitale. Mais le pire est toutefois à venir car le météore exhale une vapeur qui provoque l'apparition d'une pustule noire sur le visage de la victime, puis une léthargie conduisant inexorablement à la mort. L'épidémie a tôt fait de se répandre et Paris et sa région sont contaminés. Un journaliste et une équipe de chercheurs vont unir leurs efforts pour trouver le moyen de contrer l'étrange maladie.

"Vuzz..." est un roman qui fleure bon ses années cinquante. Un ton grandiloquent, des tournures de phrases désuètes et des héros aux personnalités caricaturales, qu'ils soient journaliste intrépide, fiancée dévouée ou vieux professeur bourru. Il s'agit néanmoins d'un roman catastrophe tout à fait convenable en dépit d'un découpage en trois parties de qualité assez inégale.

La première est sans doute la plus intéressante. En compagnie du journaliste Jacques Morfil nous nous aventurons sur les lieux dévastés par le météore et découvrons l'étendue des dégâts. Dans une ambiance d'exode, nous assistons aux progrès de la terrible maladie et à ses conséquences : la panique et les mouvements de foule, les populations trouvant le réconfort dans l'alcool ou la religion, des lieux désertés et, bien sûr, les inévitables scènes de pillage.

Puis nous changeons de décor et de personnages. Au cœur de Paris, dans les murs de l'institut de la recherche cosmique, l'équipe du professeur Thelme tente désespérément de trouver un remède à l'épidémie. Cela nous donne quelques chapitres extrêmement ennuyeux durant lesquels le biophysicien Noël Mayen joue les cobaye tandis que sa fiancée l'assiste de son mieux.

C'est dégoulinant de bons sentiments, une vraie guimauve. Tenez ! Goûtez-en un morceau : « Derrière la vitre, Hélène lui sourit. Ce visage adoré l'aide merveilleusement à supporter l'épreuve. En sa présence, il se sent moralement rénové, sa confiance, son énergie décuplées. Un héros de la science, un bienfaiteur de l'humanité, voilà ce qu'il veut-être pour elle ». Ecœurant, non !

L'auteur se rachète heureusement avec une troisième partie en forme de bilan matériel et humain du désastre. Il y sera aussi question des conséquences parfois inattendues de la catastrophe et notamment de l'enrichissement inattendu d'un fabricant de perles : une vrai petite leçon d'opportunisme et de capitalisme.

Quant à la fin du roman, elle est beaucoup moins convenue que l'on aurait pu s'y attendre et nous fait considérer d'un œil nouveau la nature du fléau qui s'est abattu sur Terre. Maladie, organisme vivant, arme extra-terrestre ? Toutes les hypothèses demeureront envisageables.

Gallimard - Le Rayon Fantastique - 1955

 

30 juin 2013

UNE DERNIERE LUEUR - VINCENT KING

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Le héros du roman (on ne connaîtra jamais son nom) est l'un des derniers hommes libres à résister aux terribles envahs. Dans les fin fonds de la toundra où il a trouvé refuge il leur mène une guérilla sans merci mais aussi sans espoir. Après une embuscade au cours de laquelle il abat deux envahs et détruit l'un de leurs aérôdeurs, il est contraint de s'enfuir vers le sud. Ses faits d'armes l'ayant précédés, il est approché par les partisans de Craghead, un mutat qui souhaite sonner le vent de la révolte face aux envahs. Mais la situation est loin d'être aussi simple qu'elle le paraît.

L'intrigue de ce roman, c'est un peu le paradoxe de l'œuf et de la poule : lequel des deux a précédé l'autre. En l'espèce il s'agit de savoir qui des "mollusques", des humains ou des "originels" sont les premiers occupants de la planète et, incidemment, lesquels sont les envahisseurs.

Le récit s'ouvre sur un postulat tout simple : les humains ont été anéantis par de vilains extra-terrestres qui se sont ensuite livrés à des manipulations génétiques pour créer une race de serviteurs : les mutats. Le combat du héros nous semble donc tout à fait légitime et l'on espère en la réussite de son entreprise.

Puis, la découverte d'un vaisseau spatial visiblement construit par les humains, inverse la donne. Les envahisseurs ne seraient pas ceux que l'on croyait et les aliens (une sorte de colonie de moules accrochée à son rocher et dotée de pouvoirs psy) n'auraient donc fait que se défendre. Au temps pour nous.

Mais le mea-culpa ne dure pas longtemps. Des profondeurs de la planète surgissent les Originels qui, comme leur nom l'indique, seraient les seuls vrais autochtones. Les mutats seraient aussi leurs lointains descendants et non pas des humains transformés. Bon, d'accord.

Mais c'est pas tout ! Les personnages eux-même ne sont pas ce qu'ils semblent être. Certains mutats sont des humains déguisés tandis que le héros est, lui, un véritable mutat. Un mutat qui décide de servir les humains...avant de se retourner contre eux ! Vous me suivez toujours ? Non ? Aucune importance. Car en plus d'être confus le roman est insipide de bout en bout.

Rédigé dans un style «ras des pâquerettes» avec un humour potache qui ne fait rire que l'auteur, il ne vous procurera pas une once de plaisir. Seule sa petite critique (bien timide et en filigrane) du nationalisme et de la pureté ethnique et l'idée que les mélanges raciaux pourraient être un remède à ces maux sauvent le livre du néant absolu.

Le Masque SF - 1979

 

25 juin 2013

MYGALE - THIERRY JONQUET

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Quel rapport peut-il bien y avoir entre un riche chirurgien qui entretient des rapport sado-maso avec sa femme, un jeune braqueur qui se morfond dans sa planque et un individu kidnappé par un maniaque ? A priori, rien. Et pourtant ! 

"Mygale" est un roman tout à fait surprenant. En cent cinquante pages très denses, Jonquet nous captive avec une intrigue palpitante portée par une écriture dépouillée et une construction originale.

Nous suivons trois histoires parallèles et autant de personnages. La première nous est contée à la troisième personne et met en scène un couple étrange dans lequel un homme martyrise une femme-objet d'une étrange passivité. Les deux autres sont des récits à la première personne : celui de Vincent racontant son calvaire et celui d'Axel et ses espoirs d'avenir meilleur.

On est d'abord plongé dans le flou le plus complet.On se demande où l'auteur veut en venir et, si l'on apprend très vite que Vincent et Axel se connaissent, on ne voit pas bien le rapport entre la séquestration de l'un et le braquage de l'autre.

Et puis, petit à petit, les choses s'éclaircissent. Quelques indices se font jour, quelques coïncidences aussi. Puis les rapprochements s'opèrent jusqu'à la révélation finale où le passé rejoint le présent. On apprend alors que les choses n'étaient pas ce qu'elles semblaient être. On découvre surtout une vengeance d'un incroyable raffinement et la nature des liens qui unissent les trois protagonistes. Des liens de sang. Superbe !

Gallimard - Folio Policier - 1999

 

20 juin 2013

L'HETERADELPHE DE GANE - YVES FREMION

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Lorsque le royaume de Gane est envahi par les troupes de Modj, ses souverains tués et Ganelaan détruite, l'ermite Colloredo est contraint de quitter sa paisible retraite pour apporter aide et soutien aux héritiers de son pays martyrisé. Il entreprend alors un voyage incertain mais parsemé de rencontres qui l'amèneront à reconsidérer certains de ses jugements. Il se liera aussi d'amitié avec un célèbre trouvère qui l'accompagnera dans la plupart de ses pérégrinations.

Yves Frémion m'a fait battre un record en m'obligeant à dégainer mon petit Robert dès le titre de son roman. Il faut dire à ma décharge que ce n'est pas tous les jours que l'on croise la route d'un héradelphe, fut-il de Gane. Mais lorsque cela se produit, on ressort émerveillé de cette rencontre empreinte de poésie, d'humour et d'une once de philosophie.

C'est que la Fantasy de Frémion est de grande qualité. Intelligente, subtile et inventive, elle me rappelle à bien des égards le Khanaor de Francis Berthelot, notamment dans son recours à des personnages peu conventionnels et dans le choix délibéré de privilégier une relation distancée des évènements. En effet, s'il y a bien conflit entre deux nations ainsi que batailles, viols et pillages, l'auteur nous les fait découvrir, à de rares exceptions près, par le biais de récits ou par la vision de contrées dévastées.

Cette volonté de ne pas verser dans le roman guerrier, ni d'ailleurs dans la mythologie, les sorciers ou les magiciens, lui permet de s'attarder sur un autre aspect du roman de Fantasy : la création de pays imaginaires. Ce qui l'intéresse, c'est nous faire vagabonder dans des contrées étranges, nous faire découvrir les us et coutumes de populations variées, comprendre ce qui motive leurs actes, ce qui modèle leur tempérament.

A cet égard Yves Frémion fait preuve d'une imagination fertile avec une nette prédilection pour les aspects institutionnels. Nous apprendrons ainsi que le Prince de Sihan, sitôt élu par son peuple, est jeté à l'eau par le plus humble de ses sujets pour lui rappeler la fragilité de sa position ou que les juges et jurés de ce pays partagent un temps la captivité des condamnés pour prendre la mesure des peines qu'ils prononcent. Nous rencontrerons les temporisateurs qui ne prennent connaissance des évènements qu'à contretemps car ils se méfient des enthousiasmes ou des dégoûts trop prompts. Nous serons surpris par l'esclavage volontaire des buurmani troquant l'incertitude du lendemain contre le confort de la dépendance et plus encore par la coutume des moynes de Borda qui tuent à la fin de chaque hiver leurs chefs de village, mettant ainsi fin à toute lutte pour le pouvoir.

Mais je cause, je cause, et je m'aperçoit que n'ai toujours rien dit de ce fameux hétéradelphe dont vous brûlez sans doute de savoir quoi qu'est-ce que c'est. Et bien, pour faire simple, disons que c'est une sorte de frère siamois dont le corps se scinde à partir de la taille pour laisser apparaître deux bustes, l'un masculin, l'autre féminin. Deux être en un seul donc, mais dont les esprits sont étroitement connectés de telle sorte qu'il s'agit plus d'un individu avec une personnalité double que de deux individualités distinctes. Un être qui a beaucoup souffert de sa différence, fut un temps ermite mais se trouve aujourd'hui contraint de jouer un rôle de premier plan dans un conflit qui l'attriste et le dépasse.

Il sera heureusement secondé par Lambert de Machaut (cherchez la contrepèterie), le trouvère adulé, esprit fin jetant sur toutes choses un regard qui se veut plus désabusé qu'il ne l'est réellement et par la jolie Cayalina qui viendra s'immiscer dans leurs relations et créer ainsi un triangle amoureux pour le moins original.

Alors que dire de plus de ce petit roman si ce n'est qu'il est admirablement écrit et comporte de vrais morceaux de poésie et de profondes réflexions dont voilà qui vous donnera une petite idée :

«Il n'y a que deux choses qui aident un peuple à repartir : une, s'ouvrir au monde, ne pas se replier, laisser le progrès faire son chemin, l'encourager : deux, progresser par petites unités, par petits bonds. Une communauté, un petit village, va plus droit sur le chemin buissonnier du bonheur. Vouloir monter des grosses entreprises comme les draperies de Ganelaan, cela sert peut-être les nobles de la cour, mais cela ruine toute la cité quand cela ne marche pas ».

«Ils confondaient progrès et technologie. La technologie évolue, mais le progrès c'est autre chose, c'est ce qui fait que les êtres vivent mieux. Fabriquer des armes plus perfectionnées, c'est une technologie qui s'affine, mais cela n'est pas le progrès. Le progrès, ce serait d'inventer ce qui rendrait le combat inutile. Voilà pourquoi il faut savoir s'avancer dans une technologie perfectionnée mais en ayant toujours à l'esprit qu'elle doit servir une idée du monde, et non le contraire. »

« Nous sommes ainsi un mélange permanent d'horreur et de magnificence. Celui qui ne voit que l'une ou l'autre se trompe. Pour ma part je ne suis ni pessimiste, ni optimiste. Je suis un être vivant, c'est tout ; je regarde et j'agis selon mon esprit, selon ma pensée propre».

L'hétéradelphe de Gane a obtenu le prix J. H. Rosny Ainé en 1990 : c'est amplement mérité.

Editions de l'Aurore - Futurs - Science-Fiction - 1989

 

15 juin 2013

SYMPHONIE POUR L'ENFER - ALAIN VENISSE

fn-frayeur05-1994

Pour assouvir sa passion pour les vieux vinyls, Garry passe tous ces week-ends à écumer les puces de Saint-Ouen. Un jour qu'il fouine dans une boutique poussiéreuse il dégotte une très ancienne partition qu'il acquiert sans hésiter. Aussitôt, sa personnalité change du tout au tout. Il se met à boire, à fumer et passe son temps à jouer au piano l'étrange partition alors même qu'il ne connait pas le solfège. Pour lui venir en aide, sa fiancée et son meilleur ami envisagent toutes les hypothèses, y compris une influence maléfique... 

Pilier de cette collection Frayeur, Alain Vénisse est un honnête artisan. Qu'il évoque les loups-garous ou les morts-vivants, il le fait toujours avec beaucoup de professionnalisme mais aussi, il faut bien le dire, sans grande originalité. Et vous savez quoi  ? C'est encore une fois le cas.

Il avait pourtant sorti le grand jeu. Rien moins que les grands anciens. Vous savez, Cthulhu, Shub-Niggurath, Nyarlathothep et leurs petits copains. Malheureusement, les affreux du dépressif de Providence ne servent qu'à meubler le décor. Ils n'interviennent pas dans le cours du récit et laisse ce soin à Yagor, un vilain sorcier qui a trop lu le Nécronomicon et qui cherche à établir un pont entre leur monde et le notre grâce à une musique incantatoire.

Or donc, tout se résume à une banale histoire de possession par le truchement d'un objet maléfique. Une trame utilisée mainte et mainte fois dans la littérature fantastique. Transformation du héros sous l'emprise des forces démoniaques, étonnement et angoisse de son entourage puis sauvetage in extremis grâce à une chance de cocu. Bref, pas de quoi chatouiller un tentacule à Cthulhu.

Le roman reste néanmoins agréable à lire. Personnages, style, rythme, tous est OK. Manque juste un peu plus d'ambition.

Fleuve Noir - Frayeur - 1994

 

15 mai 2013

LA PETITE FILLE AUX ARAIGNEES - ANNE DUGUËL

untitledDepuis le décès de sa mère, Miquette s'est réfugiée dans le silence. Considérée comme autiste par le personnel médical de l'institution où elle a été placée, la fillette passe son temps à ressasser ses souvenirs et à s'occuper de son élevage d'araignées. Mais derrière ce visage fermé bien des images se bousculent ainsi que la ferme volonté de ressusciter sa mère? Si, si, c'est possible. C'est écrit dans l'Almanach des sorcières. Il suffit juste d'avoir les bons ingrédients...


Une fois n'est pas coutume, ce petit roman d'Anne Duguël m'a légèrement déçu. En premier lieu, j'ai trouvé qu'il ressemblait un peu trop à Asylum : même petit héros orphelin, même histoire de vengeance, même folie latente et même cadre médicalisé.

Secundo, si l'idée de laisser le lecteur décider s'il tient entre ses mains le récit d'une fillette instable ou un roman fantastico-gore est séduisante, son traitement m'a paru imparfait. Pour que cela fonctionne pleinement il eut fallu que les deux termes de l'alternative soient aussi bien amenés l'un que l'autre. Or, si la folie de Miquette semble tout à fait probable, l'aspect fantastique n'est pas traité avec suffisamment de force pour susciter une conviction chez le lecteur.

Pourtant cette histoire de transfert de la jeunesse d'un corps vers un autre, décrépi, n'est pas mauvaise. J'ai même trouvé très original le remplacement du sorcier vaudou et de sa poupée de cire par un acupuncteur travaillant in vivo. Mais il y a par ailleurs trop d'incohérences dont l'absence de réactions de la maman de Miquette n'est pas la moindre. Car enfin, vous avouerez que passer en l'espace de quelques semaines du statut de trentenaire sexy à celui de vieille peau grabataire sans s''inquiéter plus que cela n'est pas très crédible. Du coup, le choix m'a paru un petit peu biaisé.

Heureusement, il y a la façon dont tout cela nous est raconté. A la première personne du singulier, par la bouche de Miquette ou plutôt, par le biais de ses pensées. Les pensées d'un enfant, avec ses mots, ses hésitations et ses doutes. Cela donne un récit désordonné qui va et vient au gré de ses souvenirs. L'histoire d'une fillette qui croit encore aux contes de fées, aux sorcières et aux potions. La confession d'une gamine qui se raccroche à ce qu'elle peut. A toutes fins utiles je précise que j'ai lu ce roman dans son édition originale et non la réédition revue et augmentée parue chez Denoël.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

15 mai 2013

SURVIVANTS DE L'APOCALYPSE - PIERRE BARBET

untitled

Américains et Russes ont déclenché une nouvelle guerre mondiale et la France a écopée d’une partie des missiles nucléaires envoyés de part et d’autre. Alors que Paris et diverses autres villes ont été sévèrement touchées, quelques d’individus tentent de trouver un asile sûr pour échapper aux radiations.

Nous suivons ainsi le périple de la famille Dubois : le père, riche PDG, qui cherche à quitter la capitale pour rejoindre son abri nucléaire en région parisienne, sa femme et sa fille du côté de La Baule luttant pour échapper à des bandes de pillards, sa seconde fille et son ami sur un voilier au large de la côte d’Azur décidés à gagner une Corse épargnée par les bombes.

D’autres personnages auront également leur mot à dire : un vieux couple d’employés de maison et deux ouvriers qui se trouveront confrontés à une bande organisée ayant investi les ruines de château-Gaillard. 

Voici un roman de science-fiction apocalyptique de facture bien classique mais néanmoins honnête. Son principal intérêt  réside dans le fait qu’il nous décrit les premiers jours qui suivent le feu nucléaire et les réactions d’une poignée d’hommes et de femmes face à cet évènement. Nous assistons ainsi, passé la stupeur des premiers instants, à leurs efforts pour se mettre hors de portée des radiations et trouver un refuge sûr.

Pierre Barbet à dû pas mal se documenter car il n’est pas avare de détails et nous fait découvrir des mots aussi barbares que « röntgens » ou « stylo-dosimètres ».

Pour le reste, l’intrigue ne recèle aucune surprise et décline les idées habituelles associées à ce genre de SF : scènes de pillages et retour rapide (trop ?) à une organisation médiévale de la société.

La chute du livre ne fait preuve de guère plus d’originalité puisqu’elle décrit l’une des conséquences des radiations à savoir la mutation génétique des nouveaux nés. L’auteur est d’ailleurs sacrément optimiste puisque ces mutations ont pour effet de doter ces enfants de capacités hors normes en lieu et place des malformations que l’on s’attendrait à découvrir.

Fleuve Noir Anticipation - 1982

 

 

15 mai 2013

LE CERCLE DE QUINCEY - RENE REOUVEN

untitled"Les membres du cercle ne se connaissent pas entre eux, et c'est seuls, dans le secret de leur âme, qu'ils imaginent et préparent un beau crime, inspiré par un personnage littéraire marquant." C'est ainsi que Grégoire Saranian, riche oisif amateur d'énigmes policières, a imaginé le jeu de rôle à l'issu duquel sera désigné le créateur du crime idéal.

Ce faisant, il ignore que les trois candidats qu'il a sélectionné ne comptent pas se contenter d'une expérience virtuelle et ont bien l'intention de passer à l'acte. Mais quand hasard et coïncidences se mettent de la partie, on peut s'attendre à bien des surprises....

 

Le cercle de Quincey est un roman policier sacrément original dans lequel René Reouven réussi à s'approprier les personnages de quatre chefs d'œuvres de la littérature, à pénétrer leur psychologie et à la transposer à ses propres personnages.

Il y a ainsi Quermois, le délinquant en col blanc, l'usurier, le maître chanteur qui a choisi pour victime un policier. Son modèle, c'est Quinette, un personnage des Hommes de bonne volonté, la saga de Jules Romains. Son but, réaliser le crime parfait.

Vient ensuite Nicolas Mejenko le grand reporter en phase terminale. Lui c'est à Raskolnikov qu'il s'identifie, le héros déchiré de Crime et châtiment. Et comme lui, il entend bien débarrasser la société de l'un de ses parasites. Un usurier par exemple.

Il y a enfin Bertille Jenizat, la très jolie et très compétente commissaire de police qui aimerait faire disparaître un rival à la promotion. Un crime pour satisfaire son ambition à l'instar de Lady Macbeth. Sa cible est donc un confrère. Un commissaire. Comme la victime de Quermois. Ou comme elle !

Et n'oublions pas le maître du jeu lui-même dont la passion pour Gide et son Lafcadio, l'apôtre de la liberté absolue, le chantre de l'acte gratuit, mèneront à sa perte.

Cela nous donne un roman à trois voix où chacun prend la parole tour à tour pour nous conter la conception et la réalisation de son crime. Or, à pénétrer ainsi le secret de leur âme, on se rend vite compte que tout ne se passera pas comme ils l'escomptaient. Les apprentis criminels devront faire face à quelques imprévus. Leurs victimes ne seront pas forcément celles qu'ils s'étaient choisis et ce ne sont pas toujours les scènes de leur livre de chevet qu'ils seront amenés à jouer.

Au final : un roman d'une grande intelligence, drôle et dramatique d'un bout à l'autre, Des rebondissements presque à chaque page, de l'humour bien noir et une plongée instructive dans quatre grandes œuvres littéraires, de Shakespeare à Jules Romain, de Dostoievsky à André Gide.

Une mécanique d'une précision redoutable où tout s'emboîte parfaitement, s'imbrique à la façon de poupées russes pour nous révéler un final en feu d'artifice, à la fois attendu et surprenant. Du grand art !

Denoël - Sueurs Froides - 1998

15 mai 2013

LES BATISSEURS DU MONDE - P-J HERAULT

untitledAprès un sommeil artificiel de quelques centaines d’années, Cal est enfin réveillé par HI, le super ordinateur de technologie Loys. Désireux de savoir comment les vahussis ont évolués au cours des derniers siècles, il entreprend immédiatement de les rencontrer. Il s’aperçoit alors que ses protégés, dont l’évolution a atteint un stade médiéval, subissent le joug des hommes du Frahal, prêtres d’une religion obscurantiste qui maintient le peuple dans l’ignorance et le mène à sa perte. Grâce à ses androïdes et avec l’aide de quelques opposants, Cal entreprend de mettre un terme à cette dictature théologique. Il continuera également à guider les vahussis sur  le chemin de la connaissance et trouvera encore le temps de nouer une idylle. 

Pour la première intervention de Cal dans la destinée de ses protégés, P. J. Herault a choisi un cadre médiéval et c’est donc sans surprise que nous le trouvons confronté à une noblesse arrogante et des prêtres fourbes et bornés.

Malheureusement, les aventures de Cal sont elles aussi très convenues et sans grande originalité. Il faut dire que le coup du héros qui triomphe grâce à ses connaissances plus évoluées et des objets ou techniques « anachroniques » est usé jusqu’à la corde. L’auteur aurait pu innover davantage et j’espère sincèrement qu’il le fera dans ses prochaines aventures.

J’ai en revanche beaucoup apprécié de découvrir l’impact que les anciens actes de Cal commencent d’avoir sur la civilisation vahussie. Ainsi, le char à voile dont il avait donné l’idée à ses amis dans le précédent volume (soit quelques siècles plus tôt) constitue désormais le principal moyen de transport et l’on devine que la société secrète des « bâtisseurs du monde » aura un rôle à jouer dans le futur. 

C’est d’ailleurs cet aspect que j’aimerais voir développer davantage car il me semble intéressant de confronter Cal aux effets, bons ou mauvais, de ses actions passées. Bien sûr je ne souhaite pas que cela débouche sur d’ennuyeuses considérations philosophiques sur le fait de savoir s’il est moral ou non d’intervenir dans l’existence des vahussis, mais quelques allusions ici ou là apporterait un petit plus.

En tout cas, et malgré ces légers regrets, je commence de suite le troisième volume.

Fleuve Noir Anticipation - 1976

 

 

15 mai 2013

L'OEIL D'EMERAUDE - HENRI VERNES

untitledBob et son ami écossais explorent la baie de Hong-kong à bord d'un petit yacht lorsqu'ils sont pris à parti par une jonque pirate. Pour échapper à leurs assaillants, ils se réfugient au fond d'une faille ménagée dans la falaise d'un îlot isolé. Là, à l'intérieur d'une grotte, il découvre un squelette couverts de vêtements somptueux et dont l'une des orbites est comblée par une grosse émeraude.

Il s'agit des restes de Lin Peï Min un célèbre mandarin qui dirigeait un siècle plus tôt une puissante organisation criminelle et qui, selon une légende, fut exécuté sans avoir avoué où il avait enfoui son immense fortune. Des inscriptions gravées sur le joyau vont mettre les deux aventuriers sur la piste du trésor. Mais ils s'apercevront vite qu'ils ne sont pas les seuls à s'y intéresser. 

Oui ! Voilà ! Cà c'est du Bob Morane. Rien à voir avec les minables aventures citadines qui m'avaient tant déçues lors de ma première rencontre avec le célèbre aventurier (cf : Les sosies de l'ombre jaune). Ce roman-ci réunit tous les ingrédients que l'on se figure trouver dans ce type de littérature : exotisme, action et mystère. Henri Vernes sait ce que ses lecteurs viennent chercher et il le leur donne sans barguigner.

Pour le cadre, la baie de Hong-Kong et son chapelet d'îles, pour le "sport", de dangereux chinois, pirates ou malfrats et, pour l'aventure, des pagodes en ruine, des passages secrets et des messages codés. Il y a même une charmante jeune femme qui vient agrémenter de sa jolie présence le quotidien des deux héros et permettre à Bob de jouer les chevaliers servants. Une belle asiatique qui nous en rappelle une autre (Tania Orloff, l'amour impossible de Bob, pour ceux qui ne le sauraient pas).

C'est court. Ça se lit vite et sans effort. C'est de la pure distraction. Il y manque bien un peu de suspense puisque l'on sait que Bob s'en tire à tous les coups mais çà fait partie du jeu. C'est un postulat de base dont il faut s'accommoder.

C'est qu'il est fort ce Bob. Il vise juste, tape dur, conduit adroitement et n'est pas non plus handicapé des neurones. Un homme parfait. Et un gentleman aussi ! Pas une seule fois il ne cherche à courtiser la demoiselle en détresse qui ne demanderais pourtant pas mieux !

Alors, malgré la nostalgie qu'ils dégagent, les Bob Morane sont à réserver à un public juvénile. Encore que je ne sois pas sûr que les ados d'aujourd'hui y trouvent véritablement leur compte.

Marabout - Bob Morane - 1964

 

15 mai 2013

L'ANGE AUX AILES DE LUMIERE - GILLES THOMAS

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Jeune diplomate en poste sur une planète primitive des confins, Jason Carren est dégoutté par les coutumes barbares qui ont cours au royaume d'Urriakan. Aussi, lorsqu'une femme enceinte que les prêtres de Jacris mènent au supplice lui demande asile, il n'hésite pas à l'accueillir dans l'ambassade terrienne, provoquant du même coup l'ire de la population.

Pour faire retomber la pression pesant sur la légation terrienne, Jason et sa protégée s'envolent dans une navette vers une autre région où la jeune femme compte retrouver le père de son futur enfant. Mais un crash inopiné va les précipiter sur un continent inconnu où ils devront affronter une nature sauvage et la cruauté des hommes. 

Comme dans Les voies d'Almagiel ou La croix des décastés, Gilles Thomas situe l'action de ce roman longtemps après ce qu'elle nomme La Grande Expansion, période qui vit la terre essaimer des colonies un peu partout à travers l'univers. Mais avec le temps, les liens avec la planète mère s'estompèrent et bien des mondes oubliés des terriens régressèrent à un stade primitif.

Ce postulat lui permet de mettre en place des décors d'inspiration médiévale où elle peut donner libre cours à son penchant pour les histoires picaresques saupoudrées d'un rien de spéculation scientifique. De petits récits de science-fantasy forts simples, bourrés d'action mais toujours de grande qualité.

C'est encore le cas avec ce roman dont l'intrigue est rehaussée par la façon dont elle traite la psychologie de son héros. Celui-ci va en effet traverser des épreuves qui vont remettre en question ses certitudes d'homme civilisé et ses belles pensées humanistes.

Au contact des idées rétrogrades du royaume d'Urriakan, des mœurs rudimentaires de la tribu d'Ikolaker ou de la cruauté de mise à la cour du baron Gresselk, Jason va éprouver des sentiments jusqu'àlors inconnus : colère, haine, désir de vengeance. La précarité de sa position lui fera aussi comprendre que ses beaux principes de respect d'autrui et de non-violence ne pèsent pas lourds lorsqu'il s'agit d'assurer sa survie.

Une expérience qui lui permettra de plaider la cause de son propre monde lorsqu'il s'agira de faire comprendre à des êtres encore plus évolués que les terriens, que les hommes sont imparfaits par nature mais peuvent néanmoins s'amender et marcher sur le chemin de la sagesse.

Mais Jason n'est pas le seul personnage digne d'intérêt et j'ai beaucoup apprécié celui de Valika Brunode, la libre-commerçante sans scrupules, maîtresse-femme qui entend rester libre de sa destinée.

Alors procurez-vous vite ce livre, ou n'importe quel autre de l'auteur, et vous plongerez dans deux cent pages de pur plaisir.

Fleuve Noir Anticipation - 1990

 

10 mai 2013

LA CAPITAINE NILIA - PAUL D'IVOI

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De retour en Egypte après des aventures mouvementées en Océanie (cf : Corsaire Triplex), Robert Lavarède prend la tête de la rébellion contre l'occupation britannique. Il sera aidé par son incontournable cousin Armand et par sa fiancée Lotia, héritière des derniers pharaons. Il recevra aussi l'appui inattendu de Jack Price, un britannique qui se découvre français, et de Nilia une jeune femme dotée du don de double vue. Toutes ces bonnes volontés ne seront pas de trop pour surmonter les sombres manœuvres de l'infâme Kaufmann et la détermination de Sir Lewis Bigun, commandant en chef des troupes anglaises. 

C'est donc avec "La capitaine Nilia" que prennent fin les incroyables aventures de Robert Lavarède en Egypte. L'occasion de renouer avec les décors déjà évoqués dans le "Cousin de Lavarède" et de voyager à nouveau le long du Nil, du Caire à Assouan, de la vallée des rois aux Alpes Abyssiniques.

Les personnages aussi nous sont connus, à l'exception des frères Price et de l'énigmatique Nilia qui sont d'ailleurs les véritables héros de ce roman. En effet, si les cousins Lavarède continuent de jouer un rôle de premier plan, ce sont bien les prédictions de Nilia et les relations tendues entre Jack et John, l'un fidèle à la Grande-Bretagne et l'autre découvrant son attachement à la France, qui influent le plus sur le cours de l'histoire. 

Celle-ci, bien que toujours aussi romanesque (échange de bébés, amours contrariées), est plus sombre que les précédentes. Elle débute pourtant de façon assez légère et avec beaucoup d'humour. Je pense notamment à l'évasion de Robert grâce à l'avarice d'un vieux grippe-sous ou aux tours pendables joués aux militaires britanniques. 

Mais très vite, les choses deviennent plus sérieuses et le récit prend un tour dramatique. La guerre s'installe pour de bon, les morts se comptent par milliers et même des personnages de premier plan tirent leur révérence. Dans ces conditions, les scènes de combats sont nombreuses et constituent l'essentiel de l'action. Pour le reste il faut compter avec quelques courses poursuites à travers le désert et les dangers que représentent la faune locale.

Pas d'inquiétude toutefois. Nos héros s'en sortent comme toujours grâce à leur esprit d'à propos et par la présence bienvenue de nombreux passages secrets (pas moins de trois tout de même !). Pour faciliter leurs entreprises, ils peuvent aussi compter sur quelques inventions, sinon futuristes du moins ingénieuses comme les aqua-raquettes qui leur permettent de se déplacer sur l'eau. Sans oublier bien sûr le Karrovarka, ce véhicule blindé et amphibie qui, disparu à la fin de "La Diane de l'archipel", fait ici sa réapparition. 

Mais ce qui frappe le plus à la lecture de ce livre, c'est le ton employé par Paul d'Ivoi à l'égard des britanniques. Jusqu'alors gentiment moqueur, il devient franchement hostile et revanchard. L'Angleterre mercantile et colonialiste est fustigée à chaque page tandis que la France de 1789 et de Napoléon est érigée en modèle. Il n'est que de lire la page 274 du présent livre (éditions J'ai lu) pour s'en rendre compte : « or, pour les Africains, France signifie bonté, Angleterre représente l'idée de rapine et de meurtre »

Ce chauvinisme, déjà bien présent dans les précédents volumes des "voyages excentriques", est ici tellement exacerbé qu'il en devient ridicule. Pour comprendre cette attitude il convient sans doute de replacer ce livre dans son contexte historique. Ce roman a été écrit en 1898, c'est à dire l'année même de l'humiliation de Fashoda qui sonne le glas de l'expansion française en Afrique de l'est. Il n'est donc pas étonnant d'y trouver une certaine rancœur à l'égard de la perfide Albion. Et pour le coup Monsieur d'Ivoi s'en donne à cœur joie ! Les cocoricos du coq gaulois retentissent à chacun des succès de l'insurrection égyptienne tandis que les réflexions sarcastiques pleuvent sur nos voisins d'outre-Manche. 

La fin du roman est encore plus naïve et cocardière. Prenant ses rêves pour la réalité, Paul d'Ivoi  réécrit l'histoire à sa convenance. Il imagine un monde où les colonies britanniques secouent le joug de leur oppresseur et accourent dans le giron de la France. Un monde dans lequel les valeurs républicaines supplantent l'arrogance d'une monarchie agonisante et où le commandant Marchand devient prince de Fashoda...

J'ai Lu - Voyages Excentriques - 1982

 

8 mai 2013

LES ROBINSONS DU COSMOS - FRANCIS CARSAC

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A la suite d’un mystérieux cataclysme, d’infimes parties de notre planète sont "catapultées" sur un monde inconnu. L'un de ces petits bouts de Terre comprend un village français dont les habitants, nouveaux robinsons, vont devoir repartir de zéro. 

Comme son nom le laisse deviner, ce roman est une « robinsonade » moderne. Nous y retrouvons d’ailleurs, à l'échelle d'une micro société, la plupart des ingrédients inventés par Daniel Defoë : l’installation sur un monde inconnu, l’exploration d’un environnement hostile, l'organisation de la vie sociale et la présence de Vendredis représentés par une race d’ET ressemblant à des centaures.

Mais la comparaison s'arrête là car nos héros ont d’avantage de cartes en mains que le pauvre Robinson. Outre leur nombre, ils bénéficient d’une technologie moderne (certains d’entre eux sont des chercheurs) et de structures intactes facilitant leur installation (rien moins qu’un village entier avec bâtiments de toutes sortes et même un château fort). 

Néanmoins, c'est avec intérêt que nous suivons leurs efforts pour assurer leur survie et jeter les bases d'une nouvelle civilisation. Le récit est tout sauf monotone et ces naufragés de l'espace auront fort à faire entre luttes intestines, contacts avec les autochtones et rencontre avec d’autres "transplantés" américains et norvégiens. 

Un livre bien divertissant quoique loin d’égaler les autres œuvres de Francis Carsac.

Editions NéO - 1988

 

 

 

8 mai 2013

CHASSEURS DE TETES - MICHEL CRESPY

untitledJérôme Carceville a beau être un cadre supérieur, expert en organisation, il est aujourd'hui au chômage et désespère de retrouver un emploi. Aussi ne se fait-il pas prier lorsque la Rolls des cabinet de recrutement lui propose de participer à un stage de sélection. Il se retrouve ainsi en compagnie de quinze autres candidats dans un petit hôtel de montagne, isolé au beau milieu d'un lac.

Là, une équipe de trois personnes les informe des réjouissances. Au programme, mises en situation, confrontations et jeux de rôles destinés à tester leurs capacités et leur motivation. Mais les chances sont-elles bien égales pour tous ? Le jeu n'est-il pas truqué ? Et surtout, jusqu'où les candidats sont-ils prêts à aller ?


"Le thriller des ressources humaines" : c'est ainsi que la 4ème de couverture présente ce roman. Et ce n'est pas faux car, en plus d'être captivant, ce livre constitue une remarquable leçon de microéconomie et de sociologie.

Via les péripéties d'un jeu de rôle où les participants simulent le contrôle d'entreprises concurrentes, Michel Crespy y décrypte les rouages compliqués du monde des affaires et explicite des notions aussi absconses que "prises de participation", "OPA", "downsizing"...

Il nous dévoile un univers hallucinant où pour survivre, une entreprise ne doit plus seulement produire des biens de qualité, innover et conquérir des marchés mais plutôt éliminer la concurrence, prendre le contrôle des sociétés rivales ou dégraisser le personnel afin d'être plus compétitif. Bref, une démonstration spectaculaire de la vraie nature de l'économie mondiale et des entreprises, grandes ou petites.

Son approche est tout aussi passionnante pour ce qui est des rapports qui s'établissent entre les candidats (compétition, séduction, déstabilisation) ou au sein de chaque équipe (leadership, flatterie, chantage...). Nous assistons à un véritable combat (le vocabulaire guerrier est fréquemment utilisé) où tous les coups sont permis, surtout lorsqu'ils se situent en-dessous de la ceinture.

La psychologie des personnages, parfaitement développée, permet de suivre l'évolution des caractères et l'étendue des dégâts provoqués par leurs passes d'armes. Cela nous permet de frémir devant l'intelligence froide et dénuée de scrupule de Charriac, d'admirer la détermination de Carceville et compatir au désespoir de Laurence réalisant l'inutilité d'une vie dévouée à sa carrière.

Le final, avec son côté western, est peut-être un peu outrancier, mais il faut sans doute y voir une parabole de ce monde violent et sans morale qu'est devenu l'entreprise. L'accomplissement ultime de la lutte sans merci qui s'y livre.

Gallimard - Folio Policier - 2002

8 mai 2013

LA VILLE SOUS GLOBE - EDMUND HAMILTON

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A la suite d'une formidable explosion, la petite ville de Middleton et tous ses habitants font un bond dans le temps de plusieurs centaines de millier d’années. Le soleil y est devenu un astre mort et la Terre ne vaut apparemment guère mieux. Passés les premiers moments de stupeur, les miraculés entreprennent de s'organiser et découvrent à quelque distance de leur cité, une mystérieuse ville abritée par un globe transparent. Ils s'y installent et, peu après, y sont visités par les descendants des terriens. Bien plus évolués qu'eux, ces derniers leur enjoignent de quitter leur Terre agonisante et de migrer vers une autre planète. Opposés à un nouveau déracinement, la plupart refusent. D'autant qu'il existe peut-être une autre solution... 

 

Ce roman comporte deux parties qui, bien que complémentaires, sont très différentes l'une de l'autre.

La première s'apparente à un récit apocalyptique avec catastrophe, sauvetage des survivants et réactions de chacun face à l’adversité. Puis, sans crier gare, nous changeons radicalement d'atmosphère et sommes projetés dans un space opéra à l’ancienne mode. Des vaisseaux spatiaux, des voyages inter sidéraux, des planètes et des Extra-terrestres : tout le folkore de la SF des années 50 est au-rendez-vous.

Ça se lit facilement, c'est fort sympathique et plein de bons sentiments mais qu'est-ce que çà a vieilli ! Les déboires amoureux de Kenniston hésitant entre sa fiancée terrienne et une jeune et accorte spationaute en sont un bon exemple. Encore que ce peut-être le reflet de ce que ressentent tout les habitants de Middletown, savoir rester sur un monde qu’ils connaissent ou faire un bond vers l’inconnu.

De la SF de grand papa donc, mais qui se laisse lire sans déplaisir. C'est déjà çà !

Le Masque SF - 1974

 

 

8 mai 2013

TERRE BRULEE - JOHN CHRISTOPHER

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Après avoir ravagé les cultures de riz du continent asiatique et provoqué une famine sans précédent, le virus Chung-Li s’attaque désormais à l'Europe. Pour sauver ce qui peut encore l'être et éviter au pays de sombrer dans le chaos, le gouvernement britannique décide de limiter le nombre de bouches à nourrir en bombardant les grandes agglomérations. Prévenu par l'un de ses amis, John Custance décide de quitter Londres avec sa famille pour rallier la ferme de son frère dans le nord du pays. Mais la route sera longue et semée d'embûches...


Je classe sans hésitation cet excellent roman parmi les meilleurs post-apo que je connaisse, au côté de "Malevil", "Le jour des fous" et "La révolte des Triffides".

Ici, l’auteur a pris le parti de s’intéresser aux premiers jours qui suivent l’apocalypse, lorsque tout est encore possible, le meilleur comme le pire. Bien sûr, c’est souvent le pire qui survient et l’option du repli communautaire est presque toujours retenue. Une démarche d'ailleurs parfaitement compréhensible dans une société qui se délite, où les institutions ne jouent plus leur rôle et où l'on ne peut plus guère compter que sur soit, sa famille et ses amis. Progressivement, l'état de droit est remplacé par la loi du plus fort et seuls les plus déterminés conservent une chance de salut.

La force de John Christopher est justement de nous peindre avec beaucoup de crédibilité le changement de mentalité d'individus contraints de s'endurcir pour survivre. Ainsi, si les premiers meurtres des personnages ont lieu dans le feu de l'action et pour se protéger, les suivants seront commis froidement, d'abord par vengeance puis simplement pour se procurer ce dont ils ont besoin, pour voler.

Un autre aspect intéressant du roman concerne la façon dont se met en place un embryon de système féodal. Le retour à ce système politique est fréquent dans les romans du genre. L'absence d'état, d'armée ou de police donne des ailes aux mégalomanes de tout poil et seigneurs et vassaux réapparaissent rapidement. Mais c'est dans ce roman que les mécanismes qui conduisent à la féodalité sont le mieux décrits.

En effet, si John Custance devient le chef de la petite troupe qui l'accompagne ce n'est pas seulement en tant que "pater familias" ou en raison d'aptitudes particulières. C'est avant tout parce que lui seul est à même de les faire pénétrer sur les terres de son frère, protégées et exemptes de virus. C'est lui qui "possède" la terre et qui a, de facto, le pouvoir de les en faire profiter. C'est ensuite parce que ceux qui l'accompagnent le reconnaisse comme tel. Pirrie notamment qui, meilleure gâchette du petit groupe, lui apporte son soutien en échange d'une parcelle de son "pouvoir", une certaine immunité qui lui permet d'exécuter son épouse volage puis d'accaparer une jeune femme. Une forme d'aristocratie est née. Mais la scène du livre qui exprime le mieux cet état de fait est sans conteste celle du ralliement d'un autre groupe, chaque individu rendant hommage à Custance en s'inclinant devant lui.

Toutes ces transformations, ces changements de personnalité, cette violence qui devient ordinaire, sont d'autant plus frappants que l'environnement immédiat ne paraît pas avoir changé. Une fois posé le principe de l'imminence de la catastrophe (les bombardements) et la nécessité de rejoindre le nord du pays, aucun élément "hors du commun" n'apparaît plus. Cela donne à l'histoire un aspect "véridique", une proximité avec notre quotidien assez dérangeants mais, ô combien, intéressants.

Livre de Poche - SF - 1979

 

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