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13 septembre 2020

JARDIN DE PRINTEMPS - SHIBASAKI TOMOKA

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Tarô occupe un petit appartement dans un immeuble promis à la démolition où ne résident plus que deux autres locataires, la vieille « Mme Serpent » et Nishi, pétulante dessinatrice de mangas. Celle-ci est intriguée par une maison dont le jardin borde la cour de leur immeuble et dans laquelle résida, vingt ans plus tôt, un couple d’artiste qui réalisa un livre de photos dans lequel ils se mettent en scène dans diverses pièces de la demeure. Persuadée que la maison a conservé des traces de leur histoire, la jeune femme n’a de cesse d’y pénétrer… 

Le début de ce roman m’a fait penser aux bouquins que je lisais quand j’étais gosse, les « bibliothèques roses et vertes », « Club des cinq » ou « Six compagnons », ces romans dans lesquels il était souvent question d’une demeure mystérieuse excitant l’imagination des détectives en herbe. Qui-a-t ‘il derrière le mur ? Quel secret renferme la maison ? Qui sont ses occupants ? Ces questions, les protagonistes de l’histoire se les posent également. A ceci près qu’ils ont un avantage sur les gamins de mes lectures d’enfance puisqu’ils disposent d’un album de photographies qui leur dévoile une partie de l’objet de leur convoitise.

J’ai d’emblée été happé par cette histoire toute simple. Le caractère des deux personnages principaux, le trentenaire un peu effacé et la mangaka délurée, ainsi que l’ambiance légèrement contemplative dans laquelle baigne le récit y sont sans doute pour beaucoup. Et puis il y cette aura de mystère qui entoure la fameuse maison et qui laisse présager des découvertes sur ce qui a pu s’y dérouler jadis.

Bon, je préfère vous le dire de suite, si le défilement des saisons et des petits évènements qui marquent la vie de Tarö et Nishi sont parfaitement rendus, on reste en revanche tout juste au niveau des bonnes intentions pour ce qui est de l’aspect « investigation ». Pas de cadavre dans le placard ni de révélation honteuse et, si nos apprentis détectives parviennent à pénétrer dans la maison, ce sera d’une façon tout à fait conventionnelle !

En fait, qu’il s’agisse d’une maison qui survit à l’histoire d’amour de ses occupants ou de locataires qui, après que leur immeuble eut été détruit, s’en vont hanter d’autres demeures, c’est du temps qui passe qu’a choisi de nous parler Shibasaki Tomoka. Ce temps qui, inexorablement, transforme tout et tous, ne laissant derrière lui que de vagues souvenirs et quelques photos.

Philippe Picquier - 2016

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5 décembre 2021

LES MIRACLES DU BAZAR NAMIYA - KEIGO HIGASHINO

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Pour échapper à la police après un cambriolage, trois jeunes gens se réfugient dans une boutique désaffectée. Alors qu’ils attendent que l’aube se lève pour se mêler à la foule des citadins partant travailler, une lettre apparait mystérieusement dans la boite aux lettres du commerce. Plus étonnant encore, elle semble avoir été écrite trente ans plus tôt… 

Après avoir lu les tout premiers chapitres de ce roman, je me suis fait la réflexion que j’allais avoir du mal à en venir à bout. Un huis-clos avec seulement trois personnages pas forcément très profonds, des dialogues qui sonnent franchement faux et un jeu de questions/réponses tout juste agrémentée de quelques surprises sur les conséquences de ces échanges, voilà qui ne laissait rien présager de très passionnant.

Heureusement, Keigo Higashino a eu la bonne idée de nous livrer un récit déstructuré. On quitte assez vite le bazar, ses petits délinquants et même le XXIème siècle pour se retrouver balloté en différents lieux et différentes époques. Les intrigues se télescopent, les fils narratifs s’imbriquent et les personnages se croisent et se recroisent, mêlant leurs existences et leurs destinées. Cela apporte du rythme à son histoire tout en la faisant baigner dans une ambiance doucement nostalgique.

Ceci dit et malgré la virtuosité dont l’auteur fait preuve dans la conduite de son récit, j’ai été déçu par ce roman où le thème du voyage dans le temps m’a paru sous employé. Il y a bien quelques idées sympathiques ainsi qu’un petit paradoxe temporel à la fin de l’histoire, mais cela reste assez anecdotique. En fait, « Les miracles du bazar Namiya » est davantage une fable qu’un véritable roman de SF. Il n’est qu’un prétexte permettant à l’auteur de nous immerger dans le Japon de ces cinquante dernières années au travers de divers évènements, marquants ou non, de son histoire récente.

Il sera ainsi question du boycott des jeux olympiques de Moscou, de la Beatlemania, de l’éclatement de la bulle spéculative à la fin des années 80, de la révolution internet… L’occasion aussi pour l’auteur d’évoquer des sujets aussi divers que la place des femmes et des jeunes dans une société encore très patriarcale, la mutation vers un mode de vie résolument occidental ou les inégalités sociales.

Cela nous donne un de ces romans « feel good » comme en écrit Ito Ogawa : une petite douceur pleine de bons sentiments. C’est mignon et un peu moralisateur mais l’auteur parvient heureusement à ne pas sombrer dans le sirupeux. Il n’y a pas à proprement parler de happy-end et le seul miracle qu’accomplit le bazar Namiya, c’est de redonner confiance à des personnes un peu perdues qui ont juste besoin de croire en elles : « Tout dépend de vous. Votre liberté est infinie, comme vos possibilités. »

Actes Sud - Babel - 2021

15 juillet 2017

DE LA PART DES COPAINS - RICHARD MATHESON

product_9782070434527_195x320Chris et Helen Martin coulent des jours paisibles dans les environs de Los Angeles entre leur boutique de disques et leur joli pavillon de banlieue. Alors qu'ils se préparent à passer une soirée tranquille en famille, un appel téléphonique va les plonger dans un engrenage infernal.

Richard Matheson est un grand nom de la Science-Fiction et des romans comme « Je suis une légende » et « L’homme qui rétrécit » font désormais partie des classiques du genre. Il a aussi versé dans le polar et donné à la Série Noire trois titres parmi lesquels celui dont je vais vous entretenir aujourd’hui.

« De la part des copains ». Un titre qui annonce plutôt bien le thème du roman à savoir la vengeance de trois truands envers celui qui les a trahis. Je lui préfère toutefois le titre original (« Ride the nightmare ») qui restitue beaucoup mieux son contenu et son ambiance puisqu’il s’agit d’un thriller très rythmé qui met en scène un couple d’américains moyens soudainement confrontés à des malfrats de la pire espèce.

Matheson ne laisse en effet aucun répit à ses personnages. Chris et Helen sont plongés sans crier gare dans un véritable cauchemar. Agression, enlèvement, chantage, les épreuves s’enchaînent à une cadence effrénée sans leur laisser le temps de beaucoup réfléchir. De fait, l’histoire ne laisse que peu de place à l’introspection et l’on apprend finalement peu sur les époux Martin, juste quelques pans de leur passé et presque rien de leur caractère.

D’un bout à l’autre du récit, on reste au niveau de l’émotion et des réactions primaires, peur, haine, révolte. Instinct de survie aussi, car ils devront faire preuve d’une détermination sans faille pour sauver leur peau et celle de leur fille. La tension est permanente et l'auteur nous réserve quelques scènes palpitantes dont un face à face éprouvant entre Helen et ses deux geôliers.

Un roman à lire d’une traite, sans reprendre son souffle.

Gallimard - Carré Noir

 

29 janvier 2017

JEAN-BERNARD POUY - NOUS AVONS BRULE UNE SAINTE

product_9782070419630_195x320Une jeune femme violée et estropiée par des touristes anglais décide de se venger de la perfide Albion en s’en prenant à toutes ses représentations en France. La nouvelle Jeanne d’Arc et ses trois compagnons se lancent alors dans une randonnée morbide ponctuée de gags douteux et d’attentats sanglants.

Publié en 1984 dans la série noire de Gallimard "Nous avons brûlé une sainte" est seulement le second roman de Jean-Bernard Pouy. On y trouve déjà cette façon bien à lui de raconter une histoire, en particulier sa préférence pour des héros hors système et son goût pour des constructions tarabiscotées.

Ici, il a choisi de bâtir son intrigue sous le double signe de Jeanne d'Arc et d'Arthur Rimbaud. Si la présence du poète maudit se manifeste essentiellement par des extraits de ses poèmes qui illustrent d’ailleurs parfaitement certaines scènes de son histoire, le patronage de la pucelle de Domrémy le contraint à calquer l'épopée sanglante de ses héros sur le parcours johannique, d'Orléans à Rouen en passant par Reims et Compiègne.

Le mode de narration est aussi un tantinet déconcertant avec un découpage en chapitres extrêmement courts et un changement incessant de point de vus - des différents policiers ou des quatre jeunes terroristes - au milieu desquels s'intercalent des fragments de dépêches sur la chute imminente d'un satellite ou les états d'âmes du leader d'un groupe de rock. Tout cela est un peu brumeux et on se demande parfois où l'auteur veut nous emmener mais J-B Pouy s'en sort néanmoins parfaitement. Mieux il parvient à fournir une fin flamboyante où tout est bien en place, Rouen, le bûcher, Cauchon et les bourguignons…

« Nous avons brûlé une sainte » est donc un roman dont on appréciera le rythme et l’inventivité mais un peu moins son intrigue fort ténue puisque, à moins d’avoir séchés les cours d’histoire au collège, on sait dès le début comment, et même où, tout cela se terminera.

Galliamrd - Folio Policier - 2001

 

27 août 2017

LA GUERRE DES MONDES - H. G. WELLS

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En 1896, la paisible campagne du Surrey est le théâtre de la première rencontre avec des extra-terrestres. Mais ce qui devait être un évènement scientifique considérable se transforme rapidement en cauchemar. Les martiens ne sont en effet pas animés de bonnes intentions et entreprennent de conquérir la planète. 

H. G. Wells est à juste titre considéré comme le père de la science-fiction moderne. En seulement quatre ou cinq romans il a jeté les bases des grands thèmes de ce genre littéraire, du voyage temporel ( La machine à explorer le temps) au savant fou (L’homme invisible, L’île du docteur Moreau) et du voyage interplanétaire (Les premiers hommes dans la lune) à l’invasion extra-terrestre, sujet de cette « Guerre des mondes » dont je vais vous entretenir.

Le roman se présente comme un long témoignage, celui d’un écrivain philosophe, une qualité qui permettra à l’auteur quelques apartés et réflexions sur la nature humaine. Ce narrateur, personnage principal de l’histoire, n’a cependant rien d’un héros et c’est tout à fait par hasard qu’il se retrouve au plus près des évènements dont il nous parle. Il n’y jouera cependant aucun rôle et restera de bout en bout un simple observateur. Il va néanmoins faire œuvre de journaliste en nous contant le plus exactement possible cette invasion dont il vécut la plupart des péripéties ou dont il eut connaissance par le biais de son frère ou de quidams rencontrés en chemin.

Nous n’ignorerons donc rien des différentes phases de l’attaque, de l’atterrissage des premiers « cylindres » martiens aux ultimes combats. Il s’étend tout particulièrement sur les destructions spectaculaires provoquées par les envahisseurs : campagnes ravagées, villes anéanties, populations massacrées. Il s’attarde aussi beaucoup sur leur technologie en nous expliquant assez précisément le fonctionnement de leurs machines et de leur armement. Enfin, il consacre également quelques pages aux martiens, à leur particularités anatomiques et leur curieuse façon de s’alimenter.

Ce qui surprend toutefois le plus dans son récit c’est le ton dépassionné et raisonné avec lequel il relate son histoire. Il est bien sûr choqué par ce qu’il voit et horrifié par les effets de l’invasion. Il se sent comme tous les autres, démuni face à cet ennemi tout puissant et sera bien évidemment soulagé de leur échec final. Pour autant, il ne vitupère pas contre les martiens et semble même comprendre les raisons de leur attaque, presque les justifier. Il assimile d’ailleurs leur attitude à celle des hommes envers la gent animale qu’ils dominent et exploitent. Il compare aussi à plusieurs reprises les hommes à des fourmis qu’on écarte de son chemin lorsqu’elles vous gênent, qu’on écrase sans presque s’en rendre compte et se demande même si les martiens ont conscience de l’intelligence des hommes.

C’est paradoxalement à l’espèce humaine qu’il réserve ses jugements les plus sévères ; Au travers des quelques portraits qu’il brosse – la couardise du vicaire, la forfanterie de l’artilleur – et des scènes de sauve qui sait général où l’égoïsme et les plus bas instincts réapparaissent rapidement, il montre le peu d’estime et de confiance qu’il porte à ses congénères. Et finalement on peut se demander si son roman, avec ses engins de guerre futuristes (véhicules blindés, mise au point d’engins volants, gaz asphyxiants), ses scènes de destructions massives et ses exodes, ne préfigurerait pas davantage les futures guerres mondiales qu’une véritable guerre des mondes.

Gallimard - Folio - 1987

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21 juillet 2017

LE DIEU JAUNE - HENRY RIDER HAGGARD

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Désireux de faire fortune afin d’obtenir la main de la femme qu'il aime, Alan Vernon s'embarque pour l'Afrique. Il espère y retrouver le pays des Asikis où son oncle missionnaire se rendit vingt ans plus tôt et dont il ramena le souvenir d'une contrée sauvage particulièrement riche en or. Accompagné de Jeekie, son vieux serviteur originaire de la région, il entreprend donc une dangereuse expédition sous la menace des éléments déchainés, des tribus sauvages et de divinités particulièrement redoutables. 

Henry Rider Haggard est le maître incontesté du « Lost Race Tale » ces histoires de mondes perdus et de civilisations cachées qui connurent leur heure de gloire au début du vingtième siècle. Son œuvre regorge de récits de ce genre qu’il a plus qu’aucun autre contribué à codifier. Nous lui devons notamment ces merveilleux romans que sont « Les mines du roi Salomon » ou « She », lesquels ont donnés naissance aux figures désormais classiques de l’aventurier blanc et de la grande prêtresse. Quant à ses descriptions de l’Afrique, ce continent qu'il connaissait bien pour y avoir longuement séjourné, elles sont depuis belle lurette tombées dans le domaine public et quantité d'auteurs se sont appropriées depuis ces pages pleines de jungles, de déserts, de pygmées agressifs et de guerriers cannibales. 

Roman mineur dans l'œuvre de l'auteur, "Le dieu jaune" s'inscrit pleinement dans ce cadre. Il comporte même de nombreux points communs avec le fameux "She" puisqu'il est question d'une cité cachée au cœur du continent africain sur laquelle veille une déesse immortelle attendant depuis plusieurs millénaires la réincarnation de l'homme qu'elle aime. De plus, si la divinité, les rites où la géographie de ce royaume perdu sont bien différents de ceux du royaume de Kôr, on retrouve cependant des ressemblances frappantes dont la moindre n'est pas cette salle où reposent les momies des amants qui se sont succédés dans le lit de la jolie souveraine. 

Ecrit avant « She », « Le dieu jaune » pourrait donc être regardé comme une intéressante ébauche du chef-d’œuvre de Rider Haggard. Rédigé sept ans plus tard il n’en est qu’une pâle copie. L’histoire et ses principaux développements ne présentent que peu d'intérêt et le couple grande prêtresse/aventurier ne souffre pas la comparaison avec celui formé par Aysha et Leo Vincey. Ici, Azika paraît plus colérique que dangereuse et sa passion à l'égard de Vernon plus démonstrative que véritablement profonde. A aucun moment il n'émane d'elle cette froide détermination qui sourdait de toute la personne d'Aysha et faisait d’elle une quasi déesse. Quant à Alan Verrnon il est encore plus insipide. Rien à voir là encore avec un Leo Vincey partagé entre sa passion pour Aysha et le rejet de son côté sombre. Lui n’a d’autres ambitions que de rapporter suffisamment d’or en Angleterre pour épouser sa dulcinée. Bon chrétien et soucieux de sa réputation, c'est un personnage beaucoup trop raisonnable qui se fait manœuvrer d'un bout à l'autre de l'histoire, par ses associés d'abord puis par Azika et enfin par son serviteur. 

Mais ce roman n’est pas pour autant dénué de qualités. Il présente tout d’abord, et ce n'était sans doute pas si courant à l'époque, une critique sévère de la bourse, de la spéculation et de la City de Londres comparée à un panier de crabes. Il comporte ensuite quelques réflexions sur la religion qui me plaisent beaucoup (« Je suis convaincu que nous sommes simplement des mammifères très évolués nés par hasard et que, lorsque notre heure est venue, nous regagnons le noir néant d’où nous sommes venus ») même s’il les met dans la bouche du grand méchant de l’histoire et non dans celle de son gentil héros, laissant ainsi entendre que, peut-être, il ne les partage pas. Il est enfin bourré d’humour grâce à la personnalité et aux réparties de Jeekie, le serviteur noir de Alan. 

Ce personnage truculent, matois et fort en gueule est sans conteste le véritable héros du roman. Avec son caractère surprenant, mélange de puritanisme anglican et de fatalisme africain, il anime à lui seul le récit grâce à ses interventions toujours très drôles, exprimées dans un sabir savoureux ponctué de dictions populaires. Sa bonhomie ne l'empêche toutefois pas d'agir toujours très à propos et de sauver à plus d'une reprise la mise de son maître, faisant ainsi preuve d'une intelligence et d'un courage que son apparente couardise ne parvient pas à dissimuler. Et quant à la façon dont il se débarrasse du grand rival d'Alan, elle vaut bien à elle seule de lire ce livre jusqu’au bout !    

Garancière – Aventures Fantastiques - 1985

 

30 décembre 2015

LE PONT DES ASSASSINS - ARTURO PEREZ-REVERTE

9782021078732Alors qu'ils se reposent à Naples après la terrible bataille navale des Bouches d'Escanderlu, le capitaine Alastriste et Inigo Balboa sont approchés par leur vieil ami Francisco de Quevedo. Celui-ci leur propose de participer à une mission secrète extrêmement risquée où il est question, ni plus ni moins, d'assassiner le doge de Venise. Et voici nos deux héros et quelques un de leurs compagnons en route vers la sérénissime où va se jouer l'une des parties les plus dangereuses de leur aventurière existence.

J'ai découvert le Capitaine Alatriste en 2000 lors de la sortie en poche des trois premiers épisodes de ses aventures. Je me rappelle les avoir lus d'une traite et avoir ensuite guetté avec impatience la sortie des suivants. Pourtant, j'ignore pourquoi, la sortie de ce septième opus m'avait totalement échappée. Erreur désormais réparée : je l'ai englouti en un week-end, retrouvant avec plaisir tous les ingrédients qui m'avaient alors enchanté.


Ce cycle de romans de cape et d'épée est en effet un must en matière de roman historique. Arturo Perez-Reverte se glisse juste ce qu'il faut dans les interstices de l'Histoire pour conférer à son récit toute les apparences de la vérité sans pour autant dénaturer la réalité historique. Une réalité qu'il connaît parfaitement comme en attestent les nombreuses références aux évènements de l'époque, diplomatiques ou politiques. Il est d'ailleurs tout aussi pointu dans l'ensemble de ses descriptions qu'elles concernent les objets usuels (vêtements, armes, repas) ou les mœurs d'alors.


J'apprécie tout particulièrement le fait que ses personnages agissent et raisonnent en individus de leur époque. Ici pas d'actes ou de sentiments anachroniques. L'époque est rude et les hommes le sont tout autant. Soldats ou sicaires, l'auteur les dépeint tels qu'ils sont vraiment, c'est à dire des hommes dont le métier est de tuer et qui ne s'encombrent pas de réflexions superflues. Le capitaine Alatriste ou le jeune Inigo Balboa ne bénéficient d'ailleurs d'aucun traitement de faveur. On les verra même à l'occasion abandonner leurs compagnons pour sauver leur peau ou frapper une femme pour lui faire avouer sa trahison. Il n'y a ni bons ni méchants, ni blancs ni noirs. Chacun est à sa place, ni plus ni moins.


Sa Venise est également fort bien évoquée avec son grand canal et ses monuments emblématiques (on visite l'Arsenal et la basilique Saint-Marc) mais surtout le dédale de ses ponts, places et ruelles si propices aux embuscades. Le fait que l'action se déroule en hiver apporte une touche supplémentaire de mystère. La neige étouffe le bruit des pas, le brouillard estompe les silhouettes conférant au tout une atmosphère délicieusement fantomatique.


Côté intrigue, "Le pont des assassins" revient à une trame plus classique après un sixième volume empreint de guerre et de fureur. Un épisode très intéressant puisqu'il réunit côte à côte et non l'un contre l'autre, le brave capitaine et son plus fidèle adversaire : Gualterio Malatesta. Cette cohabitation forcée des deux ennemis jurés constitue l'un des aspects les plus plaisants du roman. Les conversations entre les deux bravi usés par l'âge et les blessures ne manquent pas de lucidité et de dérision. L'inimitié reste entière mais un respect mutuel se fait jour.

Je suis en tout cas ravi du retour de l'assassin italien (que j'avais cru ne plus revoir après son arrestation à la fin du 5ème volume) car, l'avouerai-je, il est sans conteste mon personnage favori. Pour le reste, complot, espionnage et coups de main font de ce volume un fort bon millésime qui démontre que Perez-Reverte n'a rien perdu de son talent.

Editions du Seuil - 2012

25 janvier 2016

RAX - MICHAEL CONEY

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Comme chaque année, Pastour et ses parents vont passer leurs vacances d'été à Pallahaxi, une petite ville portuaire du sud. Mais cette fois les circonstances sont particulières puisque leur pays vient d'entrer en guerre avec la puissance voisine, imposant à son peuple des restrictions d'autant plus mal vécues que la caste dirigeante y échappe. Fonctionnaire au service du Régent, le père de Pastour fait justement partie de ces privilégiés. Cela n'empêche pas l'adolescent de préférer la compagnie des humbles et particulièrement celle de Prunelles d'Or, une jeune fille rencontrée l'an passé à laquelle il brûle de déclarer sa flamme. Alors que la guerre se rapproche inexorablement et que la révolte gronde parmi le peuple, le soleil Rax fait planer sur leur avenir une menace autrement plus grave.

La SF de Michael Coney est décidément très discrète. Je m'étais déjà fait cette réflexion en lisant ces deux petits bijoux que sont "Syzygie" et "Brontomek" où, mis à part une faune et une flore particulière et deux ou trois détails technologiques, l'on pouvait se croire dans n'importe quelle petite ville de notre bonne vieille Terre.

Il en va ainsi de "Rax" qui nous donne la même impression d'intemporalité et le sentiment de connaître les lieux et les personnages dont il est question. Mais ce n'est pas le seul point commun entre ces trois romans qui partagent aussi un même cadre (une cité portuaire), une même atmosphère (la méfiance et la rébellion d'une petite communauté contre le pouvoir central) ainsi qu'une menace d'ordre astronomique. Qu'on se rassure cependant, la comparaison s'arrête là. L'intrigue de « Rax » est totalement différente et le roman se distingue aussi par son côté steampunk  (véhicules à vapeur et fusils à ressort) et par la personnalité de son narrateur.

Le récit nous est en effet conté par un jeune homme de 16/17 ans décidé à profiter de ses vacances en bord de mer pour échapper un peu à l'autorité parentale. Cela donne à l'histoire des allures de livre pour ados et même un petit côté "Club des cinq" puisque Pastour et ses amis, gagnés par l'ambiance belliqueuse, explorent égouts et épaves à la recherche de contrebandiers ou d'espions. Le récit baigne dans une ambiance ludique et estivale ; nous sommes témoins de leurs premiers émois amoureux, de la rivalité entre les garçons et, bien sûr, des inévitables conflits avec leurs parents.

Mais cette légèreté n'est qu'apparence. Michael Coney nous a jeté de la poudre aux yeux. Il a détourné notre attention des évènements dramatiques qui se préparaient et lorsqu'on s'en aperçoit, il est déjà bien trop tard. Comme ses jeunes héros occupés à leurs amours ou comme les habitants de Pallahaxi qui cherchent désespérément un moyen de se protéger de la flotte ennemie, nous n'avons pas vu arriver le coup. Nous avons été trop naïfs. Or, « Rax » est précisément un roman sur la perte de l'innocence. Il nous montre toute la différence qu'il y a entre l'univers acidulé de l'enfance et la réalité parfois cruelle des adultes. Il dévoile surtout le fossé qui existe entre la simplicité des gens du commun et la duplicité des puissants, l'égoïsme des nantis.

Alors vous l'aurez compris, Michael Coney m'a une nouvelle fois séduit avec cette histoire toute simple et dramatiquement belle qu'il conclue d'ailleurs de façon magistrale avec une chute à double détente. Et puis, n'en déplaise aux cyniques, « Rax » est aussi une bien jolie histoire d'amour et Pastour et Prunelles d'Or méritent assurément d'entrer au panthéon des amoureux maudits de la littérature.

Albin Michel - Super Fiction - 1977

21 septembre 2013

L'ARAIGNEE DE YOSHIWARA - FELIX BRENNER

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C'est à la demande de son ami, le journaliste Toshihiro Mirayama, qu'Adam Legrissard débarque à Tokyo pour enquêter sur une série de morts suspectes. Pourtant, Adam n'est ni policier, ni détective. Son terrain de prédilection c'est l'occultisme et le surnaturel, un domaine où il est reconnu comme une sommité. Et précisément les décès dont Toshihiro souhaite l'entretenir n'ont rien de très naturel puisque les cadavres retrouvés portent tous les mêmes stigmates : le corps couverts de coupures, les yeux expulsés de leurs orbites et un sourire d'extase figé sur les lèvres. Leurs investigations les mèneront dans les bas-fonds du Tokyo d'hier et d'aujourd'hui et leur feront côtoyer quelques créatures étranges et dangereuses.

Il n'est pas très fréquent qu'un auteur de fantastique français choisisse le Japon pour cadre de son récit. Alors félicitons Félix Brenner d'en avoir eu l'idée même s'il a bien un peu triché en allant y vivre quelques années (c'est la 4ème de couv' qui me l'a dit).

A première vue sa description de Tokyo semble tenir la route. Ville immense et banlieue tentaculaire, échangeurs gigantesques, gares bondées, agitation fiévreuse à toute heure du jour et de la nuit, ça fait peut-être un peu docu-télé, mais ça fonctionne. Idem pour les vieux quartiers et leurs maisons de bois, les portes coulissantes, les cloisons de papier... Le Japon de tradition et de modernité est bien au rendez-vous.

Il y a aussi quelques détails qui viennent ajouter une touche de vécu : Shibuya et son célèbre carrefour, la statue d'Hachiko chien fidèle et les parties de Pachinko. Et au milieu de tout ça, des millions de tokyoïtes. Si, si ! C'est bien comme ça qu'on dit même si ça sonne bizarre à l'oreille. A la nôtre en tout cas, parce que Félix, lui, les tokyoïtes, il aime. Au point de nous en causer à tout bout de champs.

Mais son livre n'est pas un guide touristique ni un condensé de lieux communs sur le Japon et, s'il y a bien des geishas et des yakuzas, ils sont d'un genre un peu particulier. Son histoire n'est pas trop mal ficelée. Après une entrée en matière sur fond de règlement de comptes au sein de la mafia nippone, on bascule rapidement dans le fantastique le plus pur en compagnie d'une femme-araignée dont le baiser n'est pas de cinéma.

La donzelle est en effet la vedette d'une attraction mortelle et la cause d'une véritable hécatombe chez les riches industriels du soleil levant. Et ce n'est pas le courageux journaliste ni son ami français qui y pourront grand-chose, coincés qu'ils seront entre un vampire modern-style, des mamies-san dopées aux amphets. et un trio de freaks que n'aurait pas désavoué Tod Browning. Notre gentil héros est d'ailleurs vite dépassé. Il a beau être docteur es bizarreries, il ne sera finalement que le simple témoin de ce qui s'avère être la conclusion d'une histoire d'amour pluri séculaire.

Eh oui, L'araignée de Yoshiwara, c'est une sorte de Tristan et Yseult made in Japan. En un peu plus gore tout de même car, Collection Frayeur oblige, nous aurons droit à une série de meurtres bien cracra. Éventrations, gorges savamment tranchées, explosion de globes oculaires, l'amateur d'hémoglobine ne sera pas déçu. Il le sera en revanche par une conclusion un peu hâtive et étonnamment romantique. Qui l'eut cru !

Fleuve Noir - Frayeur - 1994

 

30 juillet 2013

CIGALE EN CHINE - PAUL D'IVOI

jl1471-1983

Chargé par le tsar de remettre une missive à son ambassadeur à Pékin, Cigale arrive dans une capitale chinoise en pleine effervescence. Menés par le prince Tuan et avec l'accord tacite de l'impératrice Tsou-Hsi, les boxers s'en prennent aux intérêts des puissances occidentales. Les chrétiens sont persécutés, des missions religieuses attaquées et même les ambassades semblent menacées.

Par un fâcheux concours de circonstance Cigale se retrouve enfermé dans la cité interdite où il rencontre René Loret, un jeune diplomate captif de la princesse Roseau Fleuri. Eprise du beau français, celle-ci est prête à tout pour en faire son époux. Bien que répondant à ses sentiments, René entend rester fidèle à son pays et aspire à rejoindre ses compatriotes dans l'adversité. Ils devront tous les trois en passer par bien des épreuves avant de récolter le fruit de leur détermination.

Et revoilà Cigale, le titi parisien en compagnie duquel nous avons vagabondé dans l'Inde des brahmanes et des tigres dans le précédent volume des "Voyages excentriques". Le gamin de Paris a bien grandi. Après un long séjour en Russie dont l'auteur ne nous dévoile pas grand-chose, il est devenu un bel adolescent de dix-sept ans qui s'est affranchi de la tutelle du Dr Mystère et a pris son destin en mains. Le voici donc en Chine, juste à temps pour venir mettre son grain de sel dans un évènement de portée internationale : la révolte des boxers.

D'emblée, Paul d'Ivoi annonce la couleur en faisant dire à son héros dès la deuxième page : Ils me dégoûtent, les chinois. Alors pas de doute ce sont bien les macaques jaunes qui devront supporter le fiel de ses critiques moqueuses et parfois même violentes.

Cela fera des vacances aux anglais qui, une fois n'est pas coutume, sont les alliés des français. Ils ne sont d'ailleurs pas les seuls puisque toutes les puissances occidentales se voient contraintes de faire cause commune à l'occasion du célèbre "siège des légations" que Hollywood portera à l'écran dans "Les 55 jours de Pékin". Mais alors que le film met en avant le rôle des américains, ce sont ici les soldats français qui sont à l'honneur, faisant preuve d'un courage et d'un mépris du risque extraordinaires tandis que leurs femmes sont exemplaires de dévouement et de bonté.

Ceci excepté, la relation de Paul d'Ivoi semble assez exacte quant à la chronologie des évènements et les noms des principaux protagonistes. L'ouvrage est écrit en 1901 soit un an après cet épisode sanglant qui lui fournit ce qu'il faut d'héroïsme et de romanesque pour ne pas être tenté de trop en rajouter. Cela explique sans doute aussi que l'on y trouve pas une once de SF.

Le reste de l'histoire est placée sous le signe de la claustration puisque les héros se trouvent enfermés à deux reprises dans la cité interdite de Pékin. L'occasion pour l'auteur de nous promener dans cette ville dans la ville (une carte est insérée dans le livre) et de nous faire découvrir toute la complexité du protocole de la cour chinoise. L'occasion aussi de mettre en scène quelques-unes de ces évasions rocambolesques dont il est friand.

Entre ces deux "incarcérations" s'intercale une périlleuse mission à travers un pays sillonné par les bandes armées et au cours de laquelle Cigale en profitera pour participer au débarquement de Takou et faire le coup de feu à Tien Tsin.

Mais si l'adolescent se démène comme un beau diable et se trouve toujours à l'initiative des mauvais coups joués à l'ennemi, ce sont bien les amours contrariées de René Loret et Roseau Fleuri qui constituent le fil conducteur du roman.

Ces Roméo et Juliette au pays des boxers, lui diplomate français et patriote jusqu'au bout des ongles, elle princesse chinoise habituée au luxe et à l'obéissance, se trouvent en effet au centre de la tourmente. Victimes du conflit qui oppose leurs pays, il leur faudra beaucoup de temps et d'efforts pour faire triompher leur idylle. Ils y parviendront néanmoins en surmontant les préventions et les préjugés séparant leurs communautés.

Encore faut-il préciser que c'est surtout la jeune et jolie asiatique qui fera l'essentiel du chemin. Mais pouvait-il en aller autrement tant Paul d'Ivoi semble convaincu de la supériorité de la culture occidentale : Le courage, cette vertu innée de la race blanche ou encore Combien vous êtes supérieurs à ceux qui vous combattent.

Tout au long du roman, les chinois seront systématiquement dénigrés. Ils sont superstitieux, cruels, machiavéliques et cupides et, malgré son raffinement, leur culture demeure arriérée. L'auteur consacre d'ailleurs une dizaine de pages à nous démontrer la pauvreté de la langue chinoise en dépit de ses 40000 caractères.

Mais ce qu'il oublie, c'est que si Roseau Fleuri et son oncle Liang finissent par adopter la manière de penser des occidentaux, c'est au bout d'un long débat avec eux-mêmes, après avoir eu le courage de se remettre en question et de faire leur auto critique alors que nos chers français demeurent confits dans leurs certitudes...

Le roman sait aussi être plus léger. Les scènes amusantes ne manquent pas qui voient les chinois faire les frais de leur cupidité et de leur superstition. Tour à tour, un aubergiste, un roué banquier et un mandarin seront ainsi les victime d'un Cigale en grande forme.

Signalons encore que, même s'ils ne sont pas les grands méchants de l'histoire, les anglais restent la cible de vilaines petites piques dont celle-ci n'est pas la moins savoureuse : Tous ces officiers comprenaient le français, cette langue des lettrés de toutes nationalités, car si l'anglais est l'idiome commercial, le « parler de France » est demeuré le préféré de la diplomatie, des hauts commandements militaires, des savants. Répartition juste entre deux langues nées, l'une dans le pays où l'on vend, l'autre dans le pays où l'on rêve.

Et pour finir, je vous laisserais sur cette jolie citation qui nous change agréablement des discours patriotiques de l'auteur : La pensée domine le monde, se rit des calculs étriqués des souverains, des classes privilégiées. Elle triomphe parce qu'elle émane de l'âme de l'humanité.

J'ai Lu - Voyages Excentriques - 1983

 

17 mai 2013

SURVIVANCE - BUDY MATIESON

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Recueilli tout enfant par le vieux Webley, Cri fait avec lui l'apprentissage du métier de tueur professionnel. Devenu adulte, il se fait connaître sous le nom de Claymore (comme son épée) et devient l'un des exécuteurs les plus redoutés. Les contrats s'enchaînent alors jusqu'à ce que l'un d'eux le conduise dans une vallée épargnée par la misère et la violence. Il y découvre l'amour et un mode de vie qu'il n'imaginait pas pouvoir exister. Mais ses obligations mercenaires se rappellent à son bon souvenir. 

Ce sont les bonnes critiques lues sur les blogs de Fantasio et d'Arzak qui m'ont données envie de lire ce roman. Une lecture que je ne regrette pas, même si je serais pour ma part un peu moins élogieux."Survivance", c'est un récit de futur post-apocalyptique comme il en existe des dizaines. Déserts parsemés de restes d'autoroutes, bourgades informes où tout s'achète et se vend, tyrans avides de pouvoir, combats à l'arme blanche ou avec de vieilles pétoires : son contenu ne le distingue en rien des canons du genre et rappelle énormément l'opus 3 de Mad Max.

Là aussi, l'histoire est centrée sur un héros solitaire. Un tueur professionnel dont la vie est régie par un code d'honneur et des pratiques rituelles semblables à celles des samouraïs. Discipline stricte, contrôle de soi, respect absolu de la parole donnée, son quotidien est proche de celui du guerrier japonais. L'auteur à même recours aux maximes du vieux maître censées éclairer son élève, du genre : Les réflexions dont les réponses n'ont pas d'aboutissement direct gâchent les réflexes et d'une manière ou d'une autre raccourcissent la survivance.

Tout ceci explique le manque de libre arbitre de Claymore. Mais pas totalement. Car après tout, c'est lui qui a accepté, sinon choisi, ce métier. Il profite d'ailleurs sans états d'âmes du confort de cette vie bien réglée malgré ce qu'elle peut avoir d'austère et de dangereuse. Cela nous donne au final un personnage assez détestable, borné et égoïste. Et c'est sans doute parce que je me foutais éperdument de ce qui pouvait lui arriver que je n'ai pas accroché à l'histoire.

D'ailleurs, celle-ci se résume bien vite à un récit de vengeance et, quelques combats et poursuites plus loin, tout est dit. Survivance est le premier volume des "Chroniques du retour sauvage". J'attendrais un peu avant de lire le suivant.

Fleuve Noir Anticipation - 1980

 

 

28 novembre 2014

LA VIE EST DEGUEULASSE - LEO MALET

9782266201995

Jean Fraiger n'a pas eu une vie facile. Orphelin à quatre ans, ouvrier à quinze, il n'a connu que la misère des sales besognes et des boulots sous payés. De malchance en mauvaises rencontres il est passé du mauvais côté et se livre désormais au vol à main armé pour le compte d'anarchistes partisans de l'action directe. Seule oasis de pureté dans cet océan de merde : Gloria la superbe rousse qu'il courtise sans imaginer pouvoir un jour la séduire... 

Si Léo malet a consacré la majeure partie de son oeuvre aux enquêtes "capitales" de Nestor Burma, il n'en a pas moins écrit quelques romans avec des personnages bien différents du sympathique détective. La vie est dégueulasse est de ceux-là. Récit à la première personne centré sur la personnalité d'un assassin, il nous dévoile une face extrèmement sombre du Paris de l'après-guerre. Celui des anars et des truands, des prolétaires et des manifs réprimées dans le sang, des gamines paumées qui finissent en maison de correction ou sur le trottoir avec, comme seul horizon, une existence de merde.

Oui, la vie est dégueulasse. Son narrateur de héros ne cesse de le répéter. Mais lui-même l'est tout autant : « La vie était dégueulasse et je l'avais dégueulassée davantage. ». Une confession qui m'en rappelle une autre, celle de Jean-Paul Belmondo dans un film de Louis Malle : « Je suis un voleur ! Je fais un sale métier, mais j'ai une excuse... je le fais salement. »

C'est un individu qui n'a pas de passion, pas d'idéal, tout juste mené par son amour pour une femme, une seule, qu'il idéalise. C'est un inadapté. Un homme qui n'est pas parvenu à trouver sa place dans la société ni auprès de la gent féminine et qui, à cause de cela, veut les détruire... et se détruire par la même occasion : « Je n'avais réalisé que plus tard quel misérable naufragé j'étais. Je ne savais pas me conduire dans la vie. J'étais un nihiliste. Je ne savais m'exprimer que par le truchement des aboiements de plomb de camarade Browning. Je me frayais un chemin sanglant vers Gloria, éliminant les obstacles et en suscitant d'autres, par le fait même. Et le plus redoutable obstacle, je le portais en mon âme. » Alors il tue. N'importe qui. Avec ou sans raison. Les banquiers, les convoyeurs de fonds et les flics bien sûr. Mais aussi plein d'autres, au gré des circonstances : le mari de la femme qu'il convoite, un complice qui lui déplait, une prostituée... tous ceux qui ont la malchance de croiser sa route. Une espèce de tueur fou. Un Bonnot à la petite semaine, un Clyde sans sa Bonnie.

La vie est dégueulasse est donc un roman extrêmement noir, Noir et sang, pour paraphraser l'auteur. Son style est nerveux, âpre, avec un vocabulaire qui va droit au but, qu'il soit question de sexe ou de mort. Un langage un peu surprenant pour un roman écrit en 1947 : « J'apprêtai mon arme pour le coup de grâce et lui tirai deux balles dans le bas ventre. Des réflexes mécaniques lui firent exécuter un saut de carpe qui le retourna et il eut quelques soubresauts comme s'il besognait le tapis. Seulement, il éjaculait du sang. »

Ce roman est le premier de la Trilogie noire. Je vais de ce pas me procurer les deux autres.

Pocket - 2010

 

12 mai 2024

PROJET "KING" - JIMMY GUIEU

Jimmy Guieu a écrit ce roman en 1963, c'est à dire en pleine guerre froide, quand occidentaux et soviétiques se tiraient la bourre dans à peu près tous les domaines et notamment celui de la conquête spatiale. Il n'a donc pas été chercher très loin cette histoire de rivalité russo-américaine sur fond de course à la planète Mars.

 

Après une entrée en matière qui a toutes les apparences d'un roman d'espionnage, l'histoire se déporte sur la planète rouge où un équipage d'astronautes américains va se trouver confronté aux manigances de leurs homologues russes. Pas de doute, Jimmy Guieu a choisi son camp. D'un côté de braves GIs et de sympathiques scientifiques explorant la faune et la flore martienne dans le respect du droit international, de l'autre d'infâmes soviétiques prêts à toutes les bassesses pour faire triompher le marteau et la faucille.

 

Le récit est rondement mené. Après un voyage sans anicroches, quelques explorations des célèbres canaux de Mars et une ou deux altercations plus ou moins musclées entre les deux expéditions, c'est déjà la fin. Une fin plutôt bien amenée avec une chute à double détente que je n'avais pas vu venir et qui renvoie dos à dos les militaires des deux camps.

 

Fleuve Noir Anticipation - 1963

5 mai 2024

KAIRO - KIYOSHI KUROSAWA

Oulà ! J’ai eu bien du mal à venir à bout de ce court roman de Kiyoshi Kurosawa. Pourtant, l’idée d’une invasion de fantômes venus reprendre leur place sur Terre au détriment des vivants n’était pas mauvaise, tout comme le choix de l’ordinateur et d’internet comme vecteurs entre le monde des vivants et celui des morts. Les personnages, pour la plupart de jeunes adultes, ne sont pas non plus en cause même si certaines de leurs réactions m’ont parfois semblé étranges ou surfaites. 

 

Ce qui m’a vraiment gêné avec ce roman c’est son style. Bien sûr il faut faire la part de l’influence de la traduction sur l’œuvre originale mais, sauf à considérer que la traductrice débute dans le métier, il m'a semblé que l’écriture de l'auteur manquait de rigueur. Quant aux dialogues, ils sonnent particulièrement faux et frisent même parfois le ridicule.

 

Heureusement, l’atmosphère générale du roman est de meilleure qualité. L'auteur maîtrise très bien la montée du mystère et l'installation de la peur dans le quotidien de ses personnages. Ses descriptions finales de Tokyo à peu près vidée de ses habitants composent quelques images saisissantes et ajoutent également à cette ambiance triste et morbide. Aussi, sachant que l’auteur a adapté lui-même son roman au cinéma, je ne peux m’empêcher de penser qu’il l’a conçu davantage comme un scénario que comme une véritable œuvre littéraire. Mais alors, que vaut le film ?

 

Philippe Picquier - 2004

 

 

 

 

28 avril 2024

CRASH ! - J. G. BALLARD

"Crash !" est un roman si particulier, si étrange, si dérangeant qu'il s'avère bien difficile de le chroniquer. D'ailleurs, je me demande encore quel était le but recherché par l'auteur et je ne suis pas franchement certain d'avoir saisi le fond de sa pensée. Bien sûr, on comprend qu'il s'y livre à une attaque en règle contre une société qui aliène et qui déshumanise. Un monde qui vous force à adopter une conduite essentiellement consumériste et vous oblige à vivre dans des espaces et des lieux dont la nature a été presque totalement bannie.


Tout le récit se déroule en effet dans une portion de banlieue complètement artificialisée : parkings aériens, voies rapides, échangeurs, hypermarchés, cités dortoirs, aéroport, les personnages semblent prisonniers de "ce nexus de béton et de structures d’acier". Ils ne sont plus eux-mêmes que des éléments quelconques de ce décor, s’effaçant derrière leurs véhicules auxquels ils finissent par s'identifier.


J. G. Ballard met en scène des hommes et des femmes qui, à la suite d'accidents de la circulation dont ils ont été victimes, continuent de hanter les lieux de leur calvaire et cherchent à revivre par le biais du sexe, l'expérience traumatisante qu'ils ont vécue. Dès lors, leur voiture cesse d'être un simple outil de mobilité pour devenir un objet de fantasme. 

 

Les scènes de cul, osées et crues, sont nombreuses mais totalement dénuées de tendresse ou de sentiments. L'acte sexuel y est purement mécanique et observé d’un point de vue quasi médical. On sent que l'auteur veut choquer et sans doute y est-il parvenu à l'époque où le livre est sorti. Aujourd'hui l'impact ne serait évidemment plus le même. Pour autant "Crash !" illustre avec encore beaucoup de vigueur le rejet de la morale sexuelle et du consumérisme triomphant dont la voiture est le symbole.

 

Pocket SF - 1987

10 décembre 2023

LES FEUX DE SIRIS - MAX-ANDRE RAYJEAN

D'étranges feux-follets sont aperçus dans les marécages de Floride et de Tanzanie. Aux mêmes endroits, de nombreuses disparitions d'hommes et de femmes sont signalées. Joe Maury et Joan Wayle, reporters vedettes du Star Tribune sont envoyés en Afrique pour enquêter sur ces curieux phénomènes. Ils vont se trouver confrontés à des visiteurs d'outre espace tout en devant composer avec une surveillance particulièrement sévère des services secrets américains.

 

Ce roman de Max-André Rayjean est tout à fait représentatif du genre de textes que le Fleuve Noir Anticipation proposait à ces lecteurs dans les années 60/70. Une science-fiction très classique et très sage qui lorgne encore du côté des pulps américains. Il ne faut donc pas s'étonner d'y trouver des voitures à turbine, des visiophones et des vaisseaux spatiaux dans une Amérique où les hommes sirotent leur whisky, les directeurs de journal fument le cigare et les femmes s'évanouissent.

 

Si le récit débute ans une ambiance "fantastique" au milieu des cimetières et des marécages, il s'oriente très vite vers la pure science-fiction, pour nous emmener sur Mars et Vénus à la rencontre des mystérieux Xurals. Une rencontre du troisième type finalement assez banale où, une fois évacuées la question des différences physiologiques entre les humains et leurs visiteurs et après s'être appesanti sur la capacité de ces derniers à déplacer la matière à travers l'espace en faisant vibrer les ondes lumineuses, il ne reste plus grand-chose à se mettre sous la dent. Les tribulations du couple de reporters, leurs allers retours Washington/Tanzanie et Terre/Mars finissent par être lassantes et la partie de cache-cache avec les autorités manquent cruellement de peps.

 

Peu de mystère, guère de suspens, à peine plus d'action, on tourne les pages en sachant d'avance que les héros triompheront de toutes les difficultés et que la planète bleue sortira indemne de cette énième invasion martienne. Alors, s'il ne faut retenir qu'une seule chose de ce roman, c'est qu'en dépit du sort fatal qu'ils sont contrant d'infliger aux humains qui tombent entre leurs pattes, les ET n'y sont pas présentés comme d'affreux d'envahisseurs ennemis de l'humanité mais comme une espèce confrontée à sa propre survie. Les vrais méchants de l'histoire, ce sont les pontes du pentagone qui refusent de chercher à comprendre une espèce différente et s'en tiennent à leurs bonnes vieilles méthodes (napalm et bombe nucléaire) pour résoudre leurs problèmes de sécurité.

 

Fleuve Noir Anticipation - 1974

 

Et si vous souhaitez découvrir un autre titre de la collection, ça se passe ici :

fl no

 

14 avril 2024

PARIS PERDUS - FABRICE SCHURMANS

Avec ce chouette petit recueil joliment illustré par Caza, Fabrice Schurmans nous démontre que ce ne sont pas l'apocalypse nucléaire ou le réchauffement climatique qui conduiront l'espèce humaine à sa perte, mais son égoïsme. Chaque nouvelle nous montre en effet une société de plus en plus divisée, le fossé ne cessant de se creuser entre le pouvoir et le peuple, entre les puissants et les faibles, les riches et les pauvres.


On commence en douceur avec "Etoiles en pagaille" où il est question des excès que peuvent se permettre les classes dites supérieures. Une nouvelle un peu angoissante mais non dénué d'un certain humour avec en prime la présence de Brad Pitt himself !


"Le dernier niveau", "Les intrus" et "Le revers du silence"  illustrent chacune à leur manière, le pouvoir de l'argent et la monétarisation de la vie humaine. Qu'il s'agisse de privilégiés qui s'offrent un "shoot them all" grandeur nature, d'un groupe de jeunes graffeurs plongés à leur insu dans une téléréalité mortelle ou d'un bobo de la haute qui se donne le grand frisson en chassant du pauvre, toutes nous montrent les dérives auxquelles peuvent coduire l'absence de mixité sociale. Les différentes classes sont hermétiques les unes aux autres. Le pauvre est relégué en périphérie. Il devient un intrus, un danger, un ennemi.


Avec "L'inconnue du mur", la peur change de camp. Entre New Paris et les vieux quartiers, les liens ont été définitivement rompus. La caste au pouvoir vit derrière de hauts murs dans des résidences ultra sécurisées. Au dehors, la populace a régressé à un stade quasi animal et la colère gronde. L'argent ne protège pas de tout. Pollution, émeutes, guerres : de quelques côté du mur que vous soyez, l'addition sera salée.


C'est ce que nous démontre "La nuit des morts vivants", le dernier texte du recueil. Paris n'est plus qu'une coquille vide où survivent péniblement quelques groupes de rescapés. L'esprit de domination n'a pas pour autant disparu et les femmes subissent encore et toujours la loi du plus fort.

Flatlland Editeur - 2024

3 décembre 2023

NOSFERATU MEMOIRES D'UNE LEGENDE DES TENEBRES - ALAIN POZZUOLI

John Nathan n'en revient toujours pas. Lui, l'obscur petit journaliste londonien est parvenu à décrocher une interview avec le mystérieux Nosferatu, l’artiste qui affole les Charts et sur lequel courent les rumeurs les plus folles. Le voici donc parti pour la Roumanie où la star vit retirée dans une étrange demeure…

 

Alain Pozzuoli est un spécialiste reconnu en matière de littérature fantastique et notamment de tout ce qui concerne le mythe du vampire. Il a consacré à Dracula et ses petits copains quantité d'ouvrages de références, rédigé une biographie de Bram Stocker, réalisé des documentaires et dirigés des anthologies, bref c'est une pointure. Son érudition est énorme et ses connaissances sur le sujet presque infinies. Son roman est rempli de références passionnantes sur tous ceux qui ont apporté leur pierre à l'édifice, écrivains, cinéastes, acteurs ou spécialistes ès sciences occultes. Il multiplie les anecdotes de tournage, les "private joke" ou les clins d'oeuil à Matheson, à Murnau, à Klaus Kinski… D’ailleurs le livre de Pozzuoli est presque autant une réécriture romanesque de ses travaux qu’une véritable oeuvre de fiction. 

 

Un hommage aussi. Son intrigue reprend le canevas du roman de Stocker et notamment la plupart des scènes concernant le séjour de Jonathan Harker en Transylvanie, avec juste quelques légères différences liées à l'époque moderne à laquelle il situe son histoire. Son personnage principal, John Nathan (vous aurez remarqué la référence) sera tout aussi dépassé par les évènements que son illustre prédécesseur. Il subira de bout en bout l'ascendant de son hôte et ne pourra que constater l’étendue des dégâts et sa responsabilité dans le désastre final. 

 

En revanche, sa conclusion est beaucoup plus rockn’roll que celle de Bram Stocker. Au propre comme au figuré. Alain Pozzuoli est aussi fin connaisseur en musique du genre et s’en sert habilement pour apporter à son livre une touche finale aussi délirante qu’amusante. Et que dire de sa chute ! « Nosferatu » est donc un livre qui plaira aux fanatiques éclairés de l'affreux des Carpathes mais qui laissera peut-être sur la touche les simples amateurs de frissons et d'aventures.

 

Terre de Brume - Terres Fantastiques - 2023

14 janvier 2024

ACHERON - ALAIN PARIS

Le thème des mutants possédant des pouvoirs psy est un classique de la SF. La plupart du temps, ce type d'histoires s'attarde sur la lutte qui s'installe entre ces derniers et les humains "normaux" qui s'inquiètent de l'émergence d'une race qui risque de les supplanter. Or, très vite, le combat tourne court en raison de ces pouvoirs fabuleux qui viennent facilement à bout des politiques ségrégationnistes ou génocidaires des autorités. Le roman d'Alain Paris parvient à éviter cet écueil. En premier lieu parce qu'il se termine précisément au moment où ses personnages prennent la mesure de l'étendue de leurs pouvoirs. Ensuite parce qu'il met l'accent sur la façon dont ceux-ci leurs sont révélés.

 

L'auteur s'attarde en effet longuement sur l'origine de ces capacités hors normes et sur leurs premières manifestations. Sa théorie concernant les éruptions solaires et le clignement de temps m'a semblé un peu tirée par les cheveux et le lien entre cet évènement et les pouvoirs psy fort ténu. En revanche, leurs premières manifestations sous la forme de rêves prémonitoires, sont plutôt bien amenées.

 

Mais les pages les plus intéressantes sont celles qui ont trait au recrutement des "mutants" et à leur installation dans une propriété coupée du monde. Les liens qui se tissent entre les six cobayes, les examens qui s'enchainent, le manque de liberté et la surveillance constante, tous les aspects de leur vie sous contrôle sont détaillés et parfaitement rendus. De même des premiers doutes sur les véritables motivations des scientifiques qui les évaluent.

 

A partir de là, tout va très vite. Deux des cobayes s'évadent. Ils sont poursuivis, se défendent et contre-attaquent. Rien que de très classique mais c'est rondement mené et l'auteur n'hésite pas à trancher dans le vif en faisant disparaître des personnages de premier plan sans soucis d'une hypothétique happy-end. "Achéron" est donc un roman efficace que l'on rapprochera avec intérêt de celui que Gilles Thomas a écrit sur le même sujet, dans la même collection (cf : Les ratés).

 

Fleuve Noir Anticipation - 1993

 

Et si vous souhaitez découvrir un autre titre de la collection, ça se passe ici : 

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27 décembre 2020

MOI, SURUNEN, LIBERATEUR DES PEUPLES OPPRIMES - ARTO PAASILINNA

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Ce roman de 1986 se démarque de la production habituelle de l’auteur puisqu’on y trouve un héros beaucoup moins individualiste qu’à l’accoutumée. Ici, pas de finlandais frondeur ou  décidé à vivre en marge de la société. Viljo Surunen est au contraire un individu doté d’une immense empathie qui milite pour Amnesty International et défend la cause des prisonniers politiques. Las de voir ses pétitions demeurer sans effets, le bouillant idéaliste décide de prendre le taureau par les cornes et de libérer l’un de ses « protégés » détenu dans les geôles d’une dictature sud-américaine.

Le récit de Paasilinna va donc nous emporter vers des horizons plus lointains que la campagne finlandaise où ses personnages évoluent la plupart du temps. Ces derniers vont aussi y vivre des aventures plus mouvementées ou du moins plus dangereuses. A l’instar d’un agent secret infiltré en territoire ennemi, l’inconscient mais courageux Surunen va se retrouver confronté aux périls les plus divers. Il lui faudra ainsi surmonter les tortures, les tremblements de terre, les maladies vénériennes et la faune tropicale. Puis, à peine revenu de ces nombreux dangers, il prendra de nouveau des risques insensés pour faire franchir le rideau de fer à un opposant politique interné en hôpital psychiatrique.

Ce qui en revanche ne change pas c’est l’humour qui imprègne le roman. Un humour savoureux tenant aux situations cocasses et décalées qui trouvent cette fois leur origine dans l’idéalisme et la naïveté de Surunen et non dans d’alcool qui imprègne bien souvent les héros paasilinniens. On s’amusera aussi des noms des pays visités (Macabraguay et Vachardoslavie) et de leurs monnaies respectives (truanderos et escorniflores, mahoussovs et kepouicks) ainsi que des interventions remarqués de personnages secondaires forts drôles dont un reporter américain alcoolique, un russe  malheureux en ménage et un papy cleptomane.

Tout cela nous donne un excellent Paasilinna qui, sous ses allures de grosse farce, dissimule une sévère critique des dictatures de droite ou de gauche qui, idéologie mise à part, se ressemblent étonnamment. Dictateurs de tous les pays, unissez-vous !

Denoël & D'ailleurs - 2015

22 avril 2020

LE PATRIMOINE DE L'HUMANITE - NICOLAS BEAUJON

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Lorsque j’ai commencé à chercher du travail, la gueule de mon CV m’a vite fait comprendre que je ne parviendrai jamais à décrocher un entretien d’embauche. Je me suis donc rapidement persuadé que mon salut était à chercher du côté de la fonction publique et son recrutement par voie de concours. L’un des premiers que je passai était organisé par le ministère de la culture afin de fournir les musées de notre beau pays en gardiens, oh pardon, en agents de contact. Je ne l’ai pas réussi mais, après avoir lu le roman de Nicolas Beaujon, je ne pense pas devoir le regretter.

C’est que la description qu’il nous fait de cette profession ne nous incite pas à mettre nos pas dans ceux de son personnage. Celui-ci ne se résout d’ailleurs à embrasser cette carrière qu’à titre provisoire et à des fins purement alimentaires. Sa véritable ambition c’est star du rock. Mais, nécessité faisant force de loi, il est bien obligé de se faire une raison et d’aller tirer ses huit heures en compagnie de collègues guère plus motivés que lui.

L’équipe du secteur G à laquelle il est affecté est un ramassis de barjots. On y trouve pêle-mêle un obsédé sexuel, un crétin des Alpes, un paranoïaque, un punk, une vacataire nymphomane et quantité de tire-au-flanc. Et, comme dans toute administration qui se respecte, il y a aussi des chefs de service pointilleux, des délégués syndicaux accros à la grève et des provinciaux qui ne rêve que mutation et retour au pays. Toute une galerie de personnages pas piqués des vers, grâce auxquels nous découvrons la vie ô combien monotone mais non dénuée d’intérêt des protecteurs du patrimoine culturel français.

Si l’on en croit l’auteur, la vie de gardien de musée n’a rien d’une sinécure. Certes, le métier n’impose pas une dépense d’énergie trop considérable. La station assise y semble assez fréquente et lorsque sonne la fin de la journée, le valeureux surveillant n’est pas trop fatigué. Mais quid de l’épuisement moral ? Comment effectuer jour après jour la même ronde au milieu des mêmes salles ? Comment fréquenter les millions de touristes, tous semblables et posant toujours les mêmes questions : où est la sortie ?, où sont les toilettes ? Mais surtout, comment supporter le lent écoulement du temps et cette sensation d’inutilité, de vacuité de leur fonction, le sentiment d’être invisible aux yeux des visiteurs et aussi peu vivant que les œuvres d’art qui les entourent ?

Pour échapper à cette monotonie, le héros déjanté de cette histoire loufoque a trouvé la solution : beaucoup de recul, de l’imagination et… de la coke. L’intrigue du roman, assez légère au demeurant, tourne d’ailleurs autour de la consommation de cette substance qui va se répandre comme une trainée de poudre – désolé ! – dans la vénérable institution où il travaille. Pour notre plus grand bonheur, elle va y causer des ravages dans le personnel et être à l’origine d’une série de catastrophes hilarantes et malheureusement aussi, tragiques. Il sera ainsi question d’un trafic de stupéfiant, de vol dans les réserves, de parties de jambes en l’air dans le local électrique et d’un piquet de grève monumental. Bref, si les gardiens de musée s’emmerdent, le lecteur, lui, ne voit pas le temps passer.

 « Le patrimoine de l’humanité » est un roman qui se dévore d’une traite, comme un paquet de chips au moment de l’apéro. C’est méchamment drôle, parfaitement jouissif et, petit plus non négligeable, on y trouve aussi quelques pistes en matière de rock dont l’auteur est semble-t-il un spécialiste. Et comme apparemment il n’aime pas les Doors, je pense qu’on peut lui faire confiance !

Le Dilettante - 2006

13 janvier 2015

LES ENFANTS DU SANG - LAURENT COURTIAUD

imgLorsque son voisin décède dans des circonstances étranges, Eric Marquand, jeune dilettante expert en arts martiaux, décide de dénouer les fils d'une histoire étrange qui plonge ses racines en Thaïlande, vingt ans plus tôt.

C'est sans doute pour nous dépayser que Laurent Courtiaud  a choisi de situer une partie de son histoire en Asie du sud-est. Mais si l'idée ne manque pas d'originalité, son traitement l'est beaucoup moins. Sa description de la Thaïlande est très convenue et reste au niveau des souvenirs de vacances. Bangkok et son quartier chaud, Ayutthaya et ses temples, les montagnes près de Chiang Mai et Mae Hong Son, les Tuk-Tuk : n'importe quel touriste pourrait nous en raconter autant.

De la même manière, le démon Pak Luad n'a rien de particulièrement original. Comme ses cousins d'Europe, il aime le sang frais et les sacrifices humains et, s'il ne craint ni eau bénite ni crucifix, il demeure sensible aux symboles religieux. Représentations de bouddha, robes safran et mantras lui sont insupportables tandis que ses affidés à face de chien craignent particulièrement les armes en argent. Qui a parlé de loups-garous ?

Pour autant, « Les enfants du sang » n'est pas un mauvais livre. Les premiers chapitres, menés à un rythme d'enfer, nous font rapidement pénétrer dans une intrigue où il question de trafic d 'œuvres d'arts, d'amitié trahie et de vengeance tardive. L'action est omniprésente et le sympathique héros a fort à faire pour contrer les attaques de ninjas indestructibles et d'enfants-chiens enragés. Les combats s'enchaîneront d'ailleurs jusqu'à la fin avec juste quelques passages plus calmes histoire de permettre aux personnages d'apprendre à quel ennemi ils ont affaire et comment ils pourront le vaincre.

Bref, de la littérature de gare dans le bon sens du terme, c'est à dire un livre qui se lit rapidement en offrant un bon moment de détente. What else !

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

9 décembre 2013

LE JOUR AVANT LE LENDEMAIN - JORN RIEL

poster_61424La vieille Ninioq est chargée par son fils d'aller faire sécher le fruit de la chasse et de la pêche de la tribu sur la petite île de Neqe, dans le nord est du Groënland. Manik, son petit fils âgé de 11 ans, se joint à elle pour ce séjour de quelques semaines. Mais lorsque l'hiver s'abat sur le minuscule îlot sans que la tribu n'ait donné signe de vie, les deux robinsons commencent à s'inquiéter. Leurs conditions de vie se dégradent rapidement et les connaissances de la vieille femme ne seront pas de trop pour surmonter les périls qui s'amoncellent.


Malgré le silence du grand nord et l'infini solitude de la banquise, c'est un livre plein de bruit et de fureur (merci Faulkner) que nous propose Jorn Riel.
L'histoire d'un combat pour l'existence, grandiose parce que quotidien. Une lutte de tous les instants où le danger est sans cesse renouvelé et la mort jamais bien loin. Qu'il s'agisse de combattre l'ours polaire ou les loups, chasser le phoque et le requin, affronter le froid extrême ou la tempête, Ninioq et son petit-fils font preuve d'un courage exemplaire.

Pourtant, en dépit de tout ce qu'elle a de rude et d'incertaine, la vieille esquimaude ne changerait sa vie pour rien au monde. "La vie était ainsi. Naître, vivre et mourir. Tout était si simple ". Elle a appris à aimer cette existence austère mais riche de ces menus évènements que l'homme moderne a cessé d'apprécier à leur juste valeur. Aucune résignation chez elle, juste l'acceptation de la vie dans ce qu'elle peut avoir de terrible et de merveilleux :"La vie était combat et mort, cruauté et angoisse, mélangés à une joie tout à fait inexplicable, la joie du simple fait de vivre."

Cet hymne à la vie et à la nature sauvage est aussi un superbe témoignage sur la culture esquimaude dans le Groenland de la fin XIXème. C'est encore une belle histoire de transmission du savoir ainsi qu'une merveilleuse démonstration d'amour d'une femme envers son petit-fils. A lire absolument.

Editions 10/18 - 2003

12 avril 2014

LES VOYAGEUSES - JEAN ROLLIN

imgSéparée des orphelines vampires au cours de leur combat contre le Minotaure, Anissa a du se résoudre à reprendre une vie normale. Elle a donc retrouvé sa petite chambre de la rue de la Réunion et son travail de secrétaire dans le garage près du Père Lachaise. Mais alors qu'elle se morfond de l'absence de ses deux amies, les petites diablesses lui apparaissent en rêve. Répondant à leur appel, elle se lance immédiatement à leur recherche avec l'aide de l'Homme Chantant. Mais c'est compter sans les maléfices de l'Homme Pourpre...

Ce troisième volume des « Orphelines vampires » se démarque à peine des précédents. La trame en est même quasi identique, alternant vagabondages et rencontres fantastiques. Une sorte de jeu de piste énigmatique qui voit Anissa remonter la trace de ses deux amies et, une fois ces dernières retrouvées, chercher le moyen de les ramener à la vie.

Un épisode plus urbain que les autres puisqu'il nous emmène tour à tour à Bordeaux, Amiens et Paris. Pour autant, les lieux fréquentés confirment le goût de l'auteur pour l'insolite. Outre les cimetières, l'action se déroule dans une base sous-marine désaffectée et au Jardin des Plantes, entre animalerie et serre tropicale. Des décors inattendus qui se se prêtent à merveille aux chausse-trappes que Jean Rollin ne cesse de glisser sous les pas de son héroïne.

En revanche les personnages ne changent guère. Exception faites de la « danseuse masquée », on y croise les mêmes protagonistes que dans les deux premiers opus. On retrouve même la petite Nicole qui fait une apparition toujours aussi éphémère et qui assistera une fois de plus au décès des deux orphelines. Ce seront d'ailleurs les seules morts de cet opus qui ne compte aucun meurtre, aucune scène d'anthropophagie, pas même une petite giclée de sang.

Rien de neuf non plus côté intrigue puisque nous n'apprenons pas grand chose de ce mystérieux jeu auxquels se livrent les morts et dans lequel Anissa a trouvé sa place. Mais il reste encore deux épisodes pour le découvrir.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

13 mai 2013

L'HOMME SANS VISAGE - JACK VANCE

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Principal continent  de la planète Durdane, le Shant est divisé en une soixantaine de cantons aux coutumes aussi étranges que disparates. Il demeure néanmoins soumis à l'autorité unique de l'Anome, également appelé « l'homme sans visage », qui veille aux respects des lois grâce au torque que portent tous les habitants et qu'il peut faire exploser à tout moment. C'est dans ce monde que Mur, un jeune enfant, cherche à s'émanciper de la société fondamentaliste à laquelle il appartient puis, devenu adulte, entreprend d'infléchir la politique de l'Anome.


Ce premier volume des chroniques de Durdane ne souffre d'aucun temps mort. L'auteur parvient avec un nombre de pages pourtant limité, à planter un décor vaste et fouillé, initier une intrigue captivante et conter par le menu les aventures qui conduisent notre jeune héros à sa révolte contre le pouvoir. 

Le récit fourmille de trouvailles surprenantes, tels ces dirigeables reliés à des voies ferrées et formant un « chemin d'air », "l'indenture" qui constitue une forme d'esclavage sous condition de rachat ou encore un alphabet basé sur les associations de couleurs. 

Mais si la richesse de cet univers est pour beaucoup dans le plaisir que l'on prend à suivre la destinée du jeune Mur, ses efforts pour débusquer l'Anome ne leur cède en rien et l'on devine que bien des développements sont à venir. La suite, vite !

 

Pocket SF - 1980

 

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FLEUVE NOIR
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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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