LA FEMME DU Ve - DOUGLAS KENNEDY
Douglas Kennedy est un maître du "page turner". Déjà avec "Cul de sac", j'avais été immédiatement conquis par les mésaventures tragicomiques d'un américain au pays des kangourous. Même chose avec "La femme du Ve". Il a suffi de quelques pages pour que je me retrouve embarqué dans ce livre sans plus pouvoir le lâcher avant la fin. Pourtant, l'histoire n'est pas fondamentalement originale - pas superbement écrite non plus - mais on est littéralement aspiré par la spirale calamiteuse dans laquelle se débat son héros.
On assiste à sa chute, à sa déchéance, à ses tentatives pour s'en sortir et on attend avec impatience de le voir enfin sortir la tête de l'eau. Mais non, malgré tous ses efforts, les emmerdes continuent à pleuvoir sur le pauvre Harry, le faisant retomber chaque fois plus bas. Le malheureux est confronté à une kyrielle d'individus répugnants - réceptionniste arrogant, voisin maître-chanteur, mari jaloux, marchand de sommeil pourri jusqu'au trognon - qui semblent s'être ligués pour lui rendre la vie impossible. Et quand, enfin, son avenir s'éclaircit et que les méchants qui lui menaient la vie dure reçoivent un juste châtiment, il apparaît que ce qui l'attend est encore pire...
Roman essoufflant, La femme du Ve est aussi un roman particulièrement immersif. Le Paris de Douglas Kennedy est très réaliste. On sent qu'il connaît bien la capitale et qu'il a parcourues les rues dont il nous parle (sauf que la station "Château d'eau" c'est boulevard de "Strasbourg", pas "Sébastopol"). Il a aussi le mérite de situer une bonne part de l'action dans un quartier pas franchement glamour à savoir le très cosmopolite « Strasbourg-Saint-Denis ». Ce petit bout de Paris extrêmement populaire qui regroupe sur quelques pâtés de maisons l'Inde, l'Afrique et le Moyen-orient est rarement évoqué par les romanciers américains. L'auteur lui, nous y plonge jusqu'au cou en nous immergeant au cœur de la diaspora turque dont sont originaires la plupart des tourmenteurs de son infortuné héros.
Mais en dépit de son cadre et de l'habileté avec laquelle les personnages sont croqués, l'histoire serait tout de même un peu poussive sans l'irruption soudaine du fantastique. L'apparition de Margit et l'aura de mystère qui l'entoure vont en effet relancer l'intrigue et permettre de lier entre eux les différents fils conducteurs : le passé lointain de Margit, celui plus récent de Harry et les activités douteuses de son logeur. Les évènements s'enchaînent et l'histoire s'accélère vers un dénouement tout à la fois heureux et dramatique.
Ma seule petite réserve concernant ce sympathique roman tient à la nature de Margit et à ses capacités somme toute assez prodigieuses. Est-ce un fantôme, un ange vengeur, un succube assoiffé de sexe ? Qu'elles sont ses motivations ? Nous n'aurons malheureusement pas d'explications franches. Le mystère demeure, et nos interrogations itou.
Pocket - 2010

























