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13 avril 2015

LA FEMME DU Ve - DOUGLAS KENNEDY

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Douglas Kennedy est un maître du "page turner". Déjà avec "Cul de sac", j'avais été immédiatement conquis par les mésaventures tragicomiques d'un américain au pays des kangourous. Même chose avec "La femme du Ve". Il a suffi de quelques pages pour que je me retrouve embarqué dans ce livre sans plus pouvoir le lâcher avant la fin. Pourtant, l'histoire n'est pas fondamentalement originale - pas superbement écrite non plus - mais on est littéralement aspiré par la spirale calamiteuse dans laquelle se débat son héros.

On assiste à sa chute, à sa déchéance, à ses tentatives pour s'en sortir et on attend avec impatience de le voir enfin sortir la tête de l'eau. Mais non, malgré tous ses efforts, les emmerdes continuent à pleuvoir sur le pauvre Harry, le faisant retomber chaque fois plus bas. Le malheureux est confronté à une kyrielle d'individus répugnants - réceptionniste arrogant, voisin maître-chanteur, mari jaloux, marchand de sommeil pourri jusqu'au trognon - qui semblent s'être ligués pour lui rendre la vie impossible. Et quand, enfin, son avenir s'éclaircit et que les méchants qui lui menaient la vie dure reçoivent un juste châtiment, il apparaît que ce qui l'attend est encore pire...

Roman essoufflant, La femme du Ve est aussi un roman particulièrement immersif. Le Paris de Douglas Kennedy est très réaliste. On sent qu'il connaît bien la capitale et qu'il a parcourues les rues dont il nous parle (sauf que la station "Château d'eau" c'est boulevard de "Strasbourg", pas "Sébastopol"). Il a aussi le mérite de situer une bonne part de l'action dans un quartier pas franchement glamour à savoir le très cosmopolite « Strasbourg-Saint-Denis ». Ce petit bout de Paris extrêmement populaire qui regroupe sur quelques pâtés de maisons l'Inde, l'Afrique et le Moyen-orient est rarement évoqué par les romanciers américains. L'auteur lui, nous y plonge jusqu'au cou en nous immergeant au cœur de la diaspora turque dont sont originaires la plupart des tourmenteurs de son infortuné héros.

Mais en dépit de son cadre et de l'habileté avec laquelle les personnages sont croqués, l'histoire serait tout de même un peu poussive sans l'irruption soudaine du fantastique. L'apparition de Margit et l'aura de mystère qui l'entoure vont en effet relancer l'intrigue et permettre de lier entre eux les différents fils conducteurs : le passé lointain de Margit, celui plus récent de Harry et les activités douteuses de son logeur. Les évènements s'enchaînent et l'histoire s'accélère vers un dénouement tout à la fois heureux et dramatique.

Ma seule petite réserve concernant ce sympathique roman tient à la nature de Margit et à ses capacités somme toute assez prodigieuses. Est-ce un fantôme, un ange vengeur, un succube assoiffé de sexe ? Qu'elles sont ses motivations ? Nous n'aurons malheureusement pas d'explications franches. Le mystère demeure, et nos interrogations itou.

Pocket - 2010

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18 novembre 2014

LE DOCTEUR OMEGA - ARNOULD GALOPIN

imgGrâce à l'héritage d'un vieil oncle, Denis Borel s'est retiré dans un petit cottage de province où il s'adonne à sa passion : jouer du violon sur son Stradivarius. Sa tranquillité est hélas troublée par les recherches auxquelles se livre son voisin, un individu que les paysans du cru prennent pour un sorcier. Pourtant, malgré des dehors farfelus, le Dr Oméga est un scientifique de haute volée qui vient tout juste de mettre au point un alliage réfractaire à la pesanteur qu'il compte bien utiliser pour fabriquer un vaisseau spatial...

Le Docteur Oméga est un pur exemple de ce "merveilleux scientifique" qui fit les beaux jours de la littérature populaire au XIXème siècle et jusque dans la première moitié du suivant. Ce n'est donc pas un hasard si l'on y trouve de grandes similitudes avec les œuvres des plus grands représentants du genre, H. G. Wells et Jules Verne.

Au premier il emprunte l'idée de la « Répulsite », cette matière "... qui n'est pas attirée par le sol mais au contraire repoussée par une force tout aussi constante que la pesanteur" et qui ressemble à s'y méprendre à la « Cavorite » des "Premiers hommes dans la lune". De Jules Verne il reprend la forme d'obus de son vaisseau spatial tout en profitant de l'occasion pour lui faire un clin d'œil appuyé : "Je vous parle sérieusement dit-il... Vous n'allez pas comparer au notre un voyage imaginaire ?... La conception de Jules Verne était purement hypothétique, tandis que la mienne..." Tandis que la sienne n'est guère plus rationnelle... mais tout aussi merveilleuse. Plus même, puisqu'il dépasse en témérité ses illustres confrères en expédiant ses personnages jusque sur la planète Mars.

Pour autant, son histoire ne se démarque pas des récits de l'époque et se décompose en trois parties bien classiques : construction du vaisseau spatial et voyage dans l'espace, découverte de la planète et de ses habitants, préparation du retour sur Terre. Les premiers chapitres ne présentent guère d'autre intérêt que de nous présenter les trois personnages principaux.

Nous lions donc connaissance avec Denis Borel le narrateur, un cartésien pur jus qui apporte un regard posé et dubitatif sur les aventures dans lesquelles ils s'est laissé entraîner, le Docteur Oméga, prototype du savant pour qui rien n'existe hors la science et Fred, son serviteur, personnage fruste mais dont le bons sens populaire et les réflexions apportent une touche de gaieté à leurs mésaventures.

Après ces présentations, nous enchaînons très vite sur le voyage vers Mars à bord d'une fusée qui se transformera aussi bien en sous-marin qu'en automobile. Des fonctionnalités bien utiles pour arpenter ce nouveau monde et faire face à ses nombreux périls : hommes poissons ou volants, pachydermes, serpents gigantesques ainsi qu'une flore surprenante qui éclot, pousse et s'étiole en une seule journée.

Il feront ensuite connaissance avec les martiens, de petits être chétifs aux membres débiles en raison de la faible densité de l'atmosphère. J'ignore si cette explication tient scientifiquement la route, mais ces petits personnages dotés d'une tête démesurée sont plutôt sympathiques. Après une première rencontre mouvementée, ils vont adopter nos trois aventuriers et leur faire découvrir leur civilisation permettant ainsi à l'auteur de laisser courir son imagination.

Il nous dévoile alors une société dominée par les scientifiques et entièrement automatisée grâce à une utilisation optimale de l'électricité. On y découvre des inventions surprenantes pour l'époque (les mobylettes volantes, les pilules nutritives, les villes mobiles posées sur des cylindres...), on rencontre leur chef, le grand Razaïou, et on les accompagne dans leur guerre contre les cococytes. Tout cela nous donne un roman enlevé que l'on lira aussi pour son ton léger et gentiment ironique.

Albin Michel - Les belles aventures - 1949

5 octobre 2014

LES PILLARDES - JEAN ROLLIN

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Alors qu'elle dîne en famille dans un restaurant du XXème arrondissement, Anissa se sent irrésistiblement attirée par le cimetière du Père Lachaise. Là, elle rencontre une vieille connaissance en la personne de L'homme chantant qui lui propose de lui conter la suite des aventures de ses deux redoutables amies.

"Les orphelines vampires", quatrième ! Eh oui, voici déjà le quatrième volet des aventures des vilaines petites goules de l'ami Rollin. Pas vu le temps passer, moi. Faut dire que ces petits romans ont une fâcheuse tendance à tous se ressembler et j'ai eu cette fois encore l'impression de lire la même histoire... à quelques différences près.

On retrouve ainsi les mêmes héroïnes qui, après s'être appelées Henriette et Louise puis Judith et Edith, se prénomment désormais Ethel et Rachel, et l'on côtoie les mêmes personnages (L'homme chantant, L'homme pourpre, le renard, Nicole...), les mêmes lieux (le père Lachaise et les falaises de craie de la côte d'albâtre) et les mêmes décors (horloges, rails...). Maisen dépit de toutes ces ressemblances, il y a quand même un peu de nouveauté.

Tout d'abord, cet opus est de loin le plus sanglant des quatre. Il s'ouvre sur un véritable massacre au cours duquel les convives d'un repas d'anniversaire sont trucidés à coup d'épée et de tisonnier puis enchaîne tout du long les scènes de meurtres et d'anthropophagie. Il y a ensuite quelques nouveaux personnages dont Fleur de rail, une dangereuse hyène-garou à l'appétit insatiable, et Maurice, le mari d'Anissa qui jouera un rôle non négligeable dans le cours du récit.

Enfin,ce roman dévoile un peu du mystère qui entoure l'existence des deux héroïnes. Quelques indices laissent en effet penser que tout ne serait qu'un rêve issu de l'imagination d'Anissa : « Tu sais bien qu'Anissa vit tout un tas d'aventures qu'elle se raconte à elle-même » confesse son époux à ses enfants. Une révélation qui semble se confirmer puisqu'à deux reprises elle parvient à changer le cours de l'histoire que l'homme chantant est en train de lui raconter.

L'histoire se terminera néanmoins par la traditionnelle chute des sanguinaires petites pestes dans une fosse commune et par la promesse d'une suite prochaine.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

22 mars 2014

LA FLECHE JAUNE - VIKTOR PELEVINE

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Un train sans fin circule à travers une contrée indéterminée vers une destination inconnue. A son bord, des voyageurs qui vivent sans se préoccuper de l'absence d'arrêts, mangent, dorment, travaillent. Seuls Andreï et son ami Khan semblent se poser des question...

Dans les romans de Science-Fiction, un vaisseau-monde est un engin spatial gigantesque affrété pour un voyage d'une durée indéterminée et qui emporte dans ses flancs une population nombreuse avec tout ce qui est nécessaire à sa survie. "La flèche jaune" m'a fait penser à ce type de vaisseau. Un train-monde. Un convoi gigantesque dont on ne voit ni le début, ni la fin, parti pour on ne sait où ni pour combien de temps.

Le roman de Pelevine a un côté surréaliste très marqué et parfaitement assumé. Une sorte de Brazil sur rails. Il se résume à une suite de déambulations dans les différents wagons et aux rencontres qui s'ensuivent. Andreï, le narrateur, semble être le seul voyageur à avoir conscience du dehors et à s'interroger sur sa condition. Il multiplie les contacts et explore les compartiments, du wagon restaurant aux toits des voitures. Ce faisant il nous fait découvrir un univers étrange qui en rappelle un autre, bien réel celui-là.

La flèche jaune est bien sûr une métaphore de la Russie post-soviétique. Un pays qui ne sait plus très bien d'où il vient ni où il va, hésitant entre la pompe de la Russie millénaire et son héritage communiste. Le train de Pelevine est à son image. On y trouve un peu de tout : des businessmen décomplexés qui se livrent à toutes sortes de trafics sur le dos du bien public (les poignées de porte en laiton, les petites cuillers), des vieux qui regrettent le bon vieux temps de l'union soviétique, des exclus, des étrangers. Les riches y occupent des compartiments luxueux tandis que les plus démunis campent à même le sol. Quant à ceux qui dirigent tout ce petit monde, les conducteurs, il est impossible d'en tirer la moindre information. Ils ne savent peut-être pas eux-même où ils vont mais n'en détiennent pas moins le pouvoir. Notamment celui de vous attribuer un compartiment, une couchette ou de déclasser votre voiture sans la moindre justification. Bref, un pouvoir pas franchement démocratique.

Ce train étrange est aussi une métaphore de notre vie. Nous sommes lancés dans une longue fuite en avant sans plus prendre le temps d'observer et comprendre ce qui nous entoure : « Où vont-ils tous ? Pourquoi N'entendent-ils jamais le cliquetis des roues ? Ne voient-ils pas les plaines nues derrière les fenêtres ? Ils connaissent tout sur cette vie, mais ils continuent d'aller dans le couloir, des chiottes au compartiment, de la plate-forme au restaurant en transformant peu à peu aujourd'hui en un nouvel hier, et ils pensent qu'il existe un Dieu qui les récompensera ou les punira pour cela. » Dans La flèche jaune nul ne s'occupe de l'extérieur ni du but du voyage. Toutes les conversations, toutes les activités ont trait au ferroviaire : les livres, les chansons, les dessins... Le train n'est plus un moyen mais devient un but en soi. Son tac à tac lénifiant endort les consciences. Personne n'imagine plus vivre et penser autrement.

Andreï lui, finira par trouver le courage de descendre du train. Il saura arrêter le temps pour reprendre le contrôle de sa vie : « Comme le tintamarre des roues, derrière son dos s'estompait, il commença à distinguer clairement des bruits qu'il n'avait jamais entendus auparavant : la sèche stridulation de l'herbe, le bruit du vent, et le son étouffé de ses propres pas. » A nous de faire de même.

Denoël - & d'Ailleurs - 2006

17 mars 2014

A DIEU VAT... - BERNARD DELAFOSSE

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Pour échapper à la guerre thermo-nucléaire qui vient de se déclencher sur Terre, Alain Castro a décidé d'embarquer à bord de la fusée du défunt professeur Khor dont il était l'assistant. Sonia, la fille du professeur, l'accompagne. Les voici donc partis « à la recherche d'une planète accueillante et d'une humanité qui n'aurait pas pour but son propre anéantissement. » 

Avec sa couverture fade et sa fusée qu'on croirait dessinée par un enfant de 6 ans, ce roman fantastique d'anticipation", comme l'éditeur a cru bon de le qualifier, n'a pas grand chose d'engageant. Le premier tiers de l'histoire semble d'ailleurs confirmer cette mauvaise impression.

Il s'agit d'une longue entrée en matière qui s'attache tout juste à nous présenter les deux héros ainsi que les raisons de leur fuite dans l'espace. Nous rencontrons donc Alain Castro, matérialiste convaincu, intelligent et protecteur et Sonia Khor, une jeune femme ignorante des choses de la science mais portée par sa foi en Dieu.

Cette introduction comporte également un peu de vulgarisation scientifique qui fait parfois sourire concernant le fonctionnement de la fusée, la vitesse de la lumière, l'espace-temps et la théorie de la relativité. Heureusement, les choses se décantent lorsque nos voyageurs de l'espace commencent à explorer leurs première planètes.

Ils atterrissent d'abord sur Antigaea, monde désertique où la chaleur et le manque d'eau ont contraint la population à se réfugier sous terre. Ils y trouvent une société troglodytique qui ressemble beaucoup à la Corée des Kim. Un régime collectiviste et militariste dans lequel l'ensemble des moyens humains et matériels sont utilisés dans le seul but de continuer la guerre séculaire qui les oppose à leur satellite voisin. Tout individualisme y est formellement proscrit et l'impersonnalité de corps et de pensée est poussée à l'extrême. Les uniformes, les habitations, même les noms sont communs à tous (colonel X37, collective Z63) et leur crédo, la Prière impersonnelle, fait froid dans le dos :

Dieu, monstre d'égoïsme, n'existe pas.

Je ne dois pas adorer un créateur.

Qui ne serait que la projection pernicieuse

De l'amour de moi-même.

Je n'aime que l'état

Auquel je dois dévouement total et vie entière.

Ils parviendront heureusement à s'en échapper et, après un bref intermède sur une planète pourvue d'une faune du jurassique, ils atteignent Harmone, l'exact opposé d'Antigaea.

Ils y découvrent ce qui pourrait être la société idéale, « un monde qui a résolu les problèmes de l'équilibre social et du bonheur matériel de l'humanité ». Après des siècles de guerre, la paix mondiale y a été instaurée et la population baigne dans le bonheur. Emploi, urbanisme, santé, loisirs, science, tout concours à son épanouissement. Et nos deux voyageurs de s'extasier sur les inventions qui facilitent la vie de ce peuple remarquablement évolué (routes magnétiques et voitures automatiques, cinéma en couleur et relief), mais qui n'ont plus grand chose de fictionnel de nos jours.

Ce roman de 1958 fait donc tout à fait son âge. Il contient néanmoins quelques bons moments et quelques réflexions tout à fait intéressantes dont celle-ci : Le niveau de vie, c'est le niveau des besoins. Malheureusement, trop de clichés romanesques et bien pensants gâchent un peu ces bonnes intentions.

Editions Copelat - Aventures - 1960

 

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26 septembre 2013

LA MISSION DE RUN LE TORDU - LEON LAMBRY

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Aux premiers âges du monde, la vie est dure pour tout un chacun et plus encore pour ceux qui souffrent d'un handicap. Run, qu'un accident a rendu infirme, va toutefois prouver aux membres de sa tribu que la sagesse peut remplacer avantageusement la force. Il parviendra même à prendre la tête de son clan et à le mener vers un avenir plus serein.

J'aime beaucoup les ouvrages de la "collection bleue" de chez Tallandier dont les jolies couvertures et les titres évocateurs sont de véritables invitations à la lecture et au rêve. Aussi, lorsqu'il m'arrive d'en dénicher un pas trop cher dans une brocante ou un vide grenier, je me laisse presque toujours tenter. C'est ainsi que j'ai acquis ce roman de Léon Lambry qui, en dépit de son âge et du public visé, ne verse pas trop dans le fleur bleue ou les bons sentiments.

Run le Tordu est l'un de ces livres dont l'action se déroule aux temps préhistoriques, ces fameux âges farouches qui virent cro-magnon quitter sa caverne pour entamer son long chemin vers la connaissance. Il nous relate la quête du savoir et d'un mode de vie civilisé menée par un homme plus évolué que ses congénères.

Le récit ne comporte pas de véritable intrigue mais nous invite à suivre la dure existence de deux clans alliés puis la longue marche qui les conduira des rives de la Loire au bord du lac Léman. Un chemin semé d'embûches au cours duquel le jeune héros prendra l'ascendant sur sa tribu grâce à la vivacité de son esprit.

Tout au long de l'histoire, Run fera la démonstration de la prééminence de l'esprit sur la force brute. Son sens de l'observation, ses capacités de réflexion et son don pour la parole lui permettront de créer des inventions, d'anticiper les évènements et d'influer sur les décisions de la tribu.

Il fera également preuve d'un sens politique assez remarquable. Evitant de heurter les anciens, s'attachant la fidélité de ses alliés par les cadeaux et la flatterie, il use de toutes les ficelles de la diplomatie. Il comprend aussi très vite l'avantage qu'il peut avoir à installer l'un de ses amis dans les fonctions de chamane ; l'alliance séculaire entre les pouvoirs temporel et spirituel vient de naître.

Bien entendu, le récit est aussi ponctué de nombreux épisodes héroïques. On y affronte l'ours des cavernes ou le chat sauvage, on abat l'aigle voleur d'enfant et l'on se bat avec les tribus voisines. On trouve aussi le temps d'améliorer le quotidien (vêtements, armes et outils) et même d'inventer l'écriture quelques siècles avant les mésopotamiens !

Au final, cela nous donne une petite lecture toute gentillette qui ne souffre cependant pas la comparaison avec les romans du grand Rosny.

Editions Jules Tallandier - Grandes Aventures & Voyages Fantastiques - 1931

 

 

17 mai 2013

CONAN L'IRREDUCTIBLE - STEVE PERRY

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Neg le maléfique est un nécromancien de la pire espèce qui dispose du pouvoir de transformer les morts en zombies puis de les asservir. Désirant accéder à davantage de puissance, il a chargé un voleur de mettre la main sur la Source de la lumière, une pierre précieuse aux pouvoirs incommensurables. Parvenu à s'emparer du joyau, Skeer s'apprête à retourner près de son maître. Mais trois personnes sont prêtes à tout pour l'en empêcher. Conan et Elashi la jeune khauranienne, qui désirent tous deux venger le meurtre d'un proche et Tuanne, une zombie qui a besoin de la pierre pour mettre fin à sa malédiction. 

Ma dernière lecture des aventures de Conan remontant à près de 25 ans, c'est par pure nostalgie que je me suis laissé tenté par ce bouquin de Steve Perry. Je savais pourtant par ouïe dire que ces pastiches étaient particulièrement mauvais et que le Fleuve noir ne les édita que pour profiter de la mode de l'eroïc fantasy.

C'est donc sans beaucoup d'illusions que je commençais une lecture qui se transforma vite en supplice. N'ayons pas peur des mots, c'est nul de bout en bout. Il n'y a absolument rien a sauver et même la couverture, avec son barbare bodybuildé, est hideuse.

C'est mal écrit ou mal traduit. Sans doute les deux. Le récit est tronçonné (des coupes ont vraisemblablement été pratiquées) et impose d'incessants va et vient entre personnages et scènes différentes. Aucune surprise, aucun suspens, aucune intensité. Les descriptions sont minimalistes et les dialogues ineptes. Jugez plutôt :

- Je dois aller aux cabinets, dit Elashi.

- Je reste ici.

- Je t'envie de ne plus éprouver ces besoins naturels.

- Tu ne devrais pas..., dit la zombie avec un triste sourire.

Quant à l'histoire, elle est au ras des pâquerettes. Ce n'est qu'une longue équipée dans laquelle Conan et ses compagnes poursuivent Skeer le voleur, tout en étant eux même poursuivis par des zombies, un moine guerrier, un espion revanchard et des araignées ensorcelées. Tout cela n'est entrecoupé que de quelques combats sans panache et de parties fines entre Conan, la chaude khauranienne et la glaciale zombie !

C'est le degré zéro de la fantasy conanesque. A éviter absolument.

Fleuve Noir Anticipation - Conan - 1994

 

17 mai 2013

SOLEIL NOIR - PATRICK PECHEROT

untitledLa maison de l'oncle Pierre, Félix aurait pu la vendre. Il en aurait tiré un peu d'argent. Oh pas beaucoup, mais quant on est au chômage, hein, tout est bon à prendre. Mais Félix a été trop gourmand et s'est laissé convaincre par Simon de braquer le fourgon blindé qui, justement, passe tous les jours devant la bicoque.

En attendant le bon moment, les apprentis braqueurs feignent donc de retaper la maison. La couverture idéale selon Simon. Sauf que les convoyeurs se mettent en grève, les contraignant du même coup à repousser leur projet. Alors, pour tuer le temps, Félix va farfouiller dans les affaires de son oncle. Une photo et quelques vieux journaux font faire resurgir les fantômes d'un lointain passé. 

Avec déjà trois Pécherot à mon compteur, je commence à connaître le loustic et avoir une bonne idée de ce que je vais trouver dans ses romans. Une belle écriture, puissante, évocatrice. De l'humour, bien noir, décapant et corrosif. Un peu d'histoire de France période entre deux guerre et un chouïa de critique sociale.

Soleil Noir, c'est tout çà à la fois et même un peu plus... Pour le cadre, c'est le nord de la France. Celui d"hier avec ces mines et ses filatures, ses ouvriers et sa misère. C'est aussi celui d'aujourd'hui, sans mines, sans filatures, sans rien. Rien que la misère. Sans cesse recommencée. Eternelle.

L'intrigue policière conjugue également passé et présent. Un braquage hasardeux entrepris par un quarté de paumés. Quatre victimes du marasme économique dans lequel baigne la région : Simon, le caïd à la petite semaine qui a foiré tout ses coups, Brandon le rappeur survolté, Félix le chômeur en fin de droits et enfin Zamponi, l'artisan au bord de la faillite.

Il y a ensuite la disparition d'un apprenti boulanger huit décennies plus tôt. Un fait divers auquel l'oncle de Félix ne semble pas étranger et qui va le plonger dans des années trente pas jolies-jolies. Deux histoires parallèles qui verront Félix passer de chasseur à gibier. Deux enquêtes qui, malgré leur intérêt, servent surtout de prétexte pour faire vivre le microcosme de la misère quotidienne.

On côtoiera ainsi les Pinto qui savourent la renaissance momentanée de leur "routier", la journaliste en quête de scoop pour conserver son CDD, les grévistes qui voient leur détermination fondre au rythme de leurs économies et bien d'autres encore.

Enfin, il y a derrière tout cela une petite leçon d'histoire. Celle de ces immigrés polaks renvoyés dans leur pays en 1934 pour cause de crise économique et de préférence nationale. Ah tiens déjà !

Gallimard - Folio Policier - 2009

11 septembre 2013

LA MALLE SANGLANTE - MAURICE LEVEL

glenat-marginalia08-1977

Pour constituer son catalogue, l'éphémère collection Marginalia a pioché dans les œuvres mineures d'écrivains reconnus (Les forceurs de blocus de Jules Verne, Le pourvoyeur de cadavres de Robert Louis Stevenson, Les clés mystérieuses de Maurice Leblanc) mais a aussi exhumé les textes d'auteurs plus confidentiels. Maurice Level est l'un de ceux-là. La préface nous apprend que cet écrivain né en 1875 et mort en 1926 a surtout œuvré pour le Grand-Guignol, ce théâtre qui faisait la part belle aux pièces horrifiques et macabres. Les deux longues nouvelles, ou plutôt novellas comme c'est qu'on dit de nos jours, ne versent pas précisément dans ce genre mais distillent néanmoins une bonne dose de suspens.


La malle sanglante est un huis clos prenant qui se déroule dans un petit appartement parisien. Nous sommes chez Fred et Guiret deux étudiants en médecine criblés de dettes qui viennent de voir s'envoler leurs derniers espoirs de se refaire après une partie de poker malchanceuse. Une fois leurs compagnons de jeu partis, les deux amis envisagent sérieusement de se suicider lorsqu'ils découvrent sur le sofa la bourse de Chouchou, une demi-mondaine qui accompagnait l'un des joueurs. Bijoux, louis d'or, billets de banque, le sac contient largement de quoi les sortir d'affaire.

Aussi, quand la belle réapparaît quelques heures plus tard pour récupérer son bien, ils prétendent n'avoir rien trouvé. Le ton monte, les insultes volent, une lutte s'ensuit au cours de laquelle Guiret poignarde la jeune femme. Dès lors il ne reste plus aux assassins qu'à s'enfuir non sans avoir au préalable dissimulé le cadavre dans une malle. Mais le sort s'acharne sur eux et les contretemps s'enchaînent.

C'est d'abord le concierge de l'immeuble qui réclame leurs termes impayés et refuse de les laisser partir sans avoir reçu la quittance du propriétaire ; c'est ensuite l'amant de la défunte en quête de nouvelles et enfin un huissier venant faire son constat. A chacune de ces visites la pression monte d'un cran et la peur s'épaissit.

L'auteur fait parfaitement ressentir l'angoisse qui étreint les deux personnages : la nuit éprouvante passée à proximité du corps de la victime, la crainte que le corps ne soit découvert par l'amant éploré qui fouille l'appartement ou par l'huissier qui souhaite inventorier le contenu de la malle, les remords de Fred qui font craindre à Guiret des révélations intempestives... D'abord insidieuse, la tension se fait de plus en plus insupportable jusqu'à l'explosion finale et son dramatique dénouement. 

Le second texte, Laquelle ?, est beaucoup plus anodin. Il s'agit d'un drame passionnel ayant pour cadre la bonne société en villégiature en bord de mer.

Le suspens est cette fois beaucoup moins présent et l'auteur ne parvient pas à éviter une atmosphère un peu mièvre. On s'y échange des missives sous le sceau du secret, on se bat en duel pour l'honneur d'une demoiselle, on ne quitte pas le chevet de l'être aimé. Bref, c'est terriblement ennuyeux et l'auteur aurait pu tirer un bien meilleur parti du thème de la gémellité.

L'idée de deux sœurs absolument identiques refusant d'avouer laquelle d'entre elles est coupable d'une tentative de meurtre et compliquant du même coup la tâche de la justice offrait en effet de jolies perspectives. Mais, plutôt que de nous entraîner sur le terrain de l'enquête policière, Maurice Level s'englue dans le sentimental et l'eau de rose. D'ailleurs l'interrogation contenue dans le titre ne concerne pas tant l'identité de la coupable que celle de l'amoureuse éconduite. C'est tout dire.

Glénat - Marginalia - 1977

 

 

16 mai 2013

MADEMOISELLE ELSE - ARTHUR SCHNITZLER

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La jeune Else séjourne en Italie lorsqu'elle reçoit un télégramme de sa mère : pour sauver son père de la prison pour dette et la famille du déshonneur, il lui faut trouver au plus vite 30000 florins. Elle se voit donc contrainte de solliciter M. Von Dorsday, une connaissance de la famille qui, justement, réside dans le même hôtel. Le vieil homme accepte de lui donner l'argent mais à une condition : la contempler nue pendant une dizaine de minutes. Ecartelée entre dévouement familial et sentiment de honte, le jeune femme hésite sur la conduite à tenir. 

"Mademoiselle Else" est un très beau et très court roman qui nous relate une journée, la dernière, de la vie d'une jeune femme. Un morceau de vie tragique qui voie les rêves d'adolescente de l'héroïne brutalement confrontés à une réalité sordide.

Il se présente sous la forme d'un long monologue intérieur entrecoupé de quelques dialogues et passages dynamiques. On découvre ainsi les pensées de la jeune héroïne, sa crainte devant l'acte à accomplir, ses résolutions et ses hésitations, ses envies de fuite, la tentation du suicide.

Toute la palette de sentiments d'une jeune femme défile devant nous. Ses rêves d'amour et ses premiers émois sensuels, ses aspirations à un bonheur tout simple (mariage et enfants) ou à une vie de femme libérée (actrice ou danseuse, amants et villas). Une succession de pensées contradictoires qui reflètent son désarroi mais aussi la versatilité d'une femme à peine sortie de l'adolescence.

Ce roman est aussi une critique discrète de la bourgeoisie autrichienne évoluant dans le décor feutré d'un hôtel somptueux où tout n'est qu'apparence et superficialité. Une société où l'argent est roi et l'honneur plus important que le bonheur de ses enfants.

Stock - Bibliothèque Cosmopolite

 

15 mai 2013

LA PLANETE FOLLE - P-J HERAULT

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Bien des épreuves, mais aussi une belle surprise, attendent Cal à l’occasion de son nouveau réveil. Après avoir été obligé de détruire quelques fusées de technologie Loys qui menaçaient la planète Vaha, il entreprend d’aider ses lointains descendants, des nobles désargentés et menacés par d’infâmes rivaux (cinq siècles se sont écoulés depuis sa dernière visite et ces derniers évoluent à une époque « renaissance »).

Dans le même temps, il lui faut trouver le moyen de détourner une planète qui, sortie de son orbite originelle, menace d’entrer en collision avec Vaha. Il pourra heureusement compter sur le soutien de l’ordinateur HI, de ses nombreux androïdes et, surtout, de son vieil ami Giuse qu’il retrouvera dans des circonstances étonnantes. 

P. J. Herault  apporte un peu de nouveauté dans ce troisième épisode de l’épopée de Cal de Ter.

C’est tout d’abord un nouveau personnage qui fait son entrée dans l’histoire, et pas des moindre puisqu’il s’agit de Giuse, le meilleur ami de notre héros avec lequel  nous avions fait brièvement connaissance dans le premier livre de la saga. Cal n’est donc plus le seul « Deus ex machina » de la planète Vaha. Il peut désormais compter sur l’appui de son ami et échanger ses idées et ses impressions d’égal à égal.

C’est ensuite l’intrigue qui rompt un peu avec les premières aventures puisqu’elle a ici une dimension extra planétaire. Cela permet d’éviter que s’installe la routine du héros tout puissant qui châtie les méchants grâce à ses « pouvoirs » exceptionnels.

Enfin, nous faisons pour la première fois connaissance avec quelques-uns des descendants de notre héros et assistons à quelques scènes amusantes entre Cal, Giuse et ces derniers.

Je suis en tout cas ravi que P. J. Herault ne se soit pas contenté de transposer une même histoire dans un contexte historique différent. Cela m’encourage à lire les 4 derniers volumes….quand je serais parvenu à mettre la main dessus.

Fleuve Noir Anticipation - 1977

 

16 mai 2013

MAUVAISE CHAIR - DENIS LEROUX

untitledA peine arrivée à Grisemuraille, Capucine regrette déjà d'y avoir suivi Maël pour sa visite parentale annuelle. La bourgade lui paraît triste et arriérée, les habitants antipathiques et sa future belle-mère ne semble pas la porter dans son cœur. Il règne aussi au village une atmosphère pesante. Les habitants semblent partager un lourd secret qui a peut-être quelque chose à voir avec le repas dominical que tous vont prendre à l'auberge de "L'os trouble". Désorientée, Capucine aimerait partir au plus vite mais son compagnon ne semble pas décidé à écourter sa visite. Une mauvaise rencontre va faire basculer son existence dans l'horreur.

 

Ce petit roman de la collection Frayeur remet à l'honneur le bon vieil ogre des contes de notre enfance. Un ogre toujours aussi laid et monstrueux mais un peu rajeuni tout de même puisqu'il a quitté ses forêts profondes pour les cuisines d'un restaurant.

Craeb Derg, puisque c'est son nom, officie en effet entre poêles et casseroles, four et frigo, la toque sur le crâne et le hachoir à la main. Une place somme toute assez logique pour un amateur de bonne chair ! La brute sanguinaire forme un duo infernal avec Gru-de-Mil, un nabot pervers avec lequel il dirige une auberge au nom évocateur : L'os trouble. Tout deux imposent leur loi aux habitants d'un village dont ils ont fait leurs complices en partageant avec eux une cuisine assez particulière.

Ce lien abominable et honteux, agissant à la façon d'une malédiction, est l'idée la plus intéressante du livre. Prisonniers d'une coutume ancestrale, paralysés par la peur, les villageois finissent par devenir aussi monstrueux que la bête qui les tyrannise. Il en va notamment ainsi de la mère du héros qui, confondant amour filial et haine de sa bru, est capable de passer en un instant de la ménagère attentionnée à la virago la plus impitoyable.

Malheureusement le récit souffre de quelques maladresses et de nombreuses invraisemblances dont la moindre n'est pas la liberté de mouvement de Maël que tout un chacun devrait pourtant avoir à l'œil. On peut aussi, à juste titre, se demander comment la communauté parvient à cacher les disparitions aux autorités et surtout, pourquoi ses membres croient encore que le cannibalisme les rend immortels alors qu'ils continuent de subir les outrages du temps.

Honnête mais sans plus, ce livre ne procure pas les délicieux frissons que l'on est en droit d'attendre d'un titre de cette collection. Son épouvante est finalement bien trop sage et tient surtout à quelques images saisissantes (le vivier où sont engraissées les futures victimes, l'alignement des crânes des précédents repas de l'ogre...).

Fleuve Noir - Frayeur - 1994

17 mai 2013

LE JOUR DE LA GRATITUDE AU TRAVAIL - AKIKO ITOYAMA

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Je n'ai fait jusqu'à présent que de rares incursions dans le domaine de la littérature nippone. Je me rappelle avoir lu Le pavillon d'or de Yukio Mishima parce que, ben, c'était Mishima. Mais çà m'avait passablement barbé ; trop contemplatif à mon goût. J'ai ensuite eu une période Yasushi Inoue, en particulier pour ses romans historiques. Et puis surtout, j'ai dévoré l'excellentissime Femme des sables de Abe Kobo, lu après avoir visionné le non moins superbe film éponyme de Hiroshi Teshigahara.

Et c'est à peu près tout. Il était donc plus que temps de retourner faire un tour du côté du soleil levant. C'est en furetant dans les rayons de ma bibliothèque municipale que mon choix s'est arrêté sur ce livre dont le titre a interpellé le français de base que je suis.

"Le jour de la gratitude au travail" est le récit enjoué quoique teinté d'amertume d'une journée de la vie d'une japonaise d'aujourd'hui. Trente six ans, toujours célibataire, Kyöko a un caractère bien trempé. C'est d'ailleurs en remettant vertement à sa place un patron indélicat qu'elle a perdu son boulot et pointe désormais au chômage. Une situation difficile à vivre dans un Japon où l'emploi est autant un signe d'intégration sociale qu'un moyen de subvenir à ses besoins.

Retournée vivre chez sa mère qu'elle aide chichement avec ses maigres allocations, elle se sent obligée d'accepter le "rendez-vous arrangé" proposé par une voisine. Comme on peut sans douter, l'entrevue ne sera pas à la hauteur des espérances de l'entremetteuse. Entre la pétulante trentenaire et le cadre supérieur imbu de sa personne, l'atmosphère sera glaciale mais aura le mérite de pousser Kyöko à s'interroger sur sa situation.

On sent chez elle, malgré sa bonhomie naturelle, beaucoup de déception à l'égard d'une société japonaise encore très traditionaliste. Un pays où les mentalités évoluent trop lentement et dans lequel les femmes ne sont pas encore tout à fait reconnues à l'égal de l'homme.

Elle éprouve aussi de la rancœur envers ces entreprises où elles doivent en faire davantage pour progresser quant elles ne sont pas cantonnées à des tâches subalternes (mais c'est aussi vrai en France). Tout cela génère un gros ressentiment qui s'exprime dans ce véritable cri du cœur : "c'est chiant d'être une femme". 

"J'attendrai au large" est plus drôle et plus tendre malgré un thème à priori plus dramatique. Futo et Oïkawa, deux collègues de travail, se promettent qu'au cas où l'un d'eux venait à mourir, le survivant ferait disparaître de l'ordinateur du défunt les dossiers qu'il juge gênants.

La plus grande partie de l'histoire nous conte le parcours professionnel de ces deux jeunes diplômés embauchés par la même société. Nous découvrons par leur biais la vie dans une entreprise japonaise. Un univers finalement plus humain que ne le laissent supposer les clichés qui ont cours en France.

Les journées sont certes longues, on n'y compte pas ses heures supplémentaires et les mutations sont régulières. Néanmoins, les rapports entre collègues semblent aussi cordiaux que chez nous. Preuve en est de ce pacte entre Futo et Mlle Oïkawa qui est au cœur de l'histoire et qui mettra la jeune femme en présence du fantôme de son ami.

Cette petite touche de fantastique est traitée sur un mode humoristique qui enlève toute sa tristesse au décès de Futo (le pauvre est mort pour avoir reçu un suicidé sur le crâne). L'histoire s'en trouve allégée et nous laisse une agréable sensation de bonhomie et de fraîcheur.

Bien que récents, on sent dans ces deux récits beaucoup de nostalgie. Celle des années de fac et des copains de promo, celle des débuts dans la vie active, celle de la bulle économique des années 90, époque bénie où le Japon ne connaissait pas le chômage. Deux jolies tranches de vies rédigées à la première personne par des japonaises actives et indépendantes.

Picquier Poche - 2010

 

 

14 mai 2013

NIOURK - STEFAN WUL

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Sur Terre, après un cataclysme d’origine inconnue qui a notamment eu pour effet d’assécher l’océan Atlantique, l’espèce humaine a régressé à un stade néolithique. Dans cet environnement profondément modifié, un jeune enfant noir, en butte aux brimades de sa tribu, découvre sur les hauteurs de l’île de Cuba les restes de l’ancienne civilisation. A l’aide d’une arme puissante et d’un ours apprivoisé, il parviendra à sauver sa tribu de la menace de poulpes mutants, puis entreprendra un long voyage à la découverte de la légendaire Niourk. Là, il rencontrera d'autres humains plus évolués. 

Niourk est un roman dont la construction s’avère étrange et la chute surprenante.

La première partie à la saveur d’un récit d’aventures préhistoriques à la façon de Rosny Aisné. Elle nous met en présence de la classique tribu avec guerriers obtus, vieux sorcier détenant quelques bribes de savoir et jeune héros en quête de reconnaissance.

La seconde partie est en revanche plus ancrée dans la SF. Le jeune héros découvre les vestiges de Niourk (contraction de New-York) et commence à entrevoir la possibilité d’une nouvelle existence avant d’être mis en présence de voyageurs de l’espace.

On le voit,  les thèmes évoqués sont très classiques. Mais ce qui surprend c’est la coupure très nette entre les deux parties, coupure encore renforcée par la trop rapide évolution du personnage principal dont le QI passe en un rien de temps du stade de l’huître à celui d’un Einstein (oui, d’accord, les radiations, mais quand même !).

Ce qui surprend aussi, c’est la présence de cet équipage vénusien, dont la présence n’apporte finalement pas grand-chose au récit à part nous délivrer une information capitale : ils sont asexués !

Et que dire de la fin et de sa petite morale selon laquelle la seule vie qui vaille la peine d’être vécue c’est celle du bon sauvage de Rousseau…

En entamant ce livre, je m’attendais à bien mieux car un roman publié au FNA et réédité en Présence du Futur m’apparaissait comme un gage de qualité. On est finalement  loin du compte et ce livre conviendra davantage à de jeunes lecteurs qu’à de vieux briscards de la SF.

Denoël - Présence du Futur - 1984

 

14 mai 2013

LES LUTTEURS IMMOBILES - SERGE BRUSSOLO

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Parce que les villes ont failli disparaître sous des montagnes de déchets, parce que le règne de l’éphémère et du jetable a mis en péril l’équilibre de la planète, parce que les objets étaient parfois jetés avant même d’avoir servis, pour toutes ces raisons une prise de conscience générale s’imposait.

C’est la Société Protectrices des Objets qui s’est chargé de ce redressement moral et ses méthodes se sont avérées radicales. Désormais, plus question de se débarrasser d’un vêtement avant qu’il soit usé jusqu’à la corde ou de jeter une assiette ébréchée. Chaque objet est estampillé au nom de son acheteur, doté d’un témoin d’usure et de capteurs, et malheur à qui s’en sépare avant le terme, le brise, le déchire, le détériore.

Pour les cas les plus graves, la sanction est exemplaire. Le délinquant est physiologiquement couplé avec un ou plusieurs objets et tous les impacts, les fêlures, les tâches se répercutent sur sa peau ou son squelette.

Alors que ses compagnons d’infortune sont devenus les frères siamois d’objets fragiles (livres, vêtements, microsillons), David se retrouve associé à un Tank. Pourquoi ? Quel est le but recherché par la SPO et y a-t-il un rapport avec les meutes de vandales qui les menacent ? 

 

Sur le thème du rapport de l’homme à l’objet, Serge Brussolo nous déroule une fois de plus une histoire passionnante. En un superbe crescendo qui nous fait passer de la simple anticipation (réglementation anti-gaspillage, marquage des objets, contrôle des poubelles) à la science-fiction la plus poussée (couplage physiologique), il exploite son idée de l’objet roi jusqu’à son paroxysme.

Cela lui permet de nous livrer des descriptions cocasses et sordides de la vie d’hommes et de femmes qui, par un pervers renversement de situation, sont contraints de servir les objets qu’ils « maltraitaient » jusqu’alors.

Mais, là où il excelle particulièrement, c’est lorsqu’il imagine le monstrueux mimétisme qui s’opère sur le corps des victimes : grains de beauté qui restituent les imprimés des vêtements ou les lignes d’un livre, épiderme qui se calcifie jusqu’à prendre la consistance de l’acier…

Voici en tout cas un livre à conseiller en ces temps de surconsommation et de gâchis de matières premières. Bien qu’écrit il y a plus de vingt ans, il illustre assez dans sa première partie les mauvaises habitudes qui nous conduisent vers un désastre écologique sans précédent.  

Un peu de décroissance ne faisant pas de mal, j’ai acheté ce bouquin d’occasion. Aucune nouvelle forêt n’aura donc été coupée pour imprimer un exemplaire neuf. On se donne bonne conscience comme on peut !

Fleuve Noir Anticipation - 1983

 

12 mai 2013

LE TEMPS DU GRAND CRI - DANIEL GALOUYE

untitledA peine remise du conflit nucléaire qui a ravagé la plupart des grandes capitales, la Terre continue d'être confrontée à un autre fléau : l'épidémie de hurleurs. Cette maladie, qui a pour effet de plonger ses victimes dans un état proche de la folie, ne cesse de progresser et même le tout-puissant "bureau de la sécurité" ne parvient pas à l'enrayer.

Il faut dire que cet organisme supra-étatique a d'autres chats à fouetter puisque des extra-terrestres semblent vouloir profiter des circonstances pour s'approprier notre planète et Gregson, agent secret plein de ressources mais amoindri par la maladie, comprend qu'il aura fort à faire pour les contrer.

Mais les circonstances vont l'amener à douter de ses certitudes (les extra-terrestres ont-ils vraiment de mauvaises intentions ? ; l'omnipotent bureau de la sécurité ne jouerait-il pas un double jeu ?) et il se retrouvera plongé au cœur d'un vaste complot.


Daniel Galouye semble beaucoup s'intéresser à la façon dont l'homme perçoit son milieu, évolue dans son environnement et utilise ses sens. Déjà dans "Le monde aveugle", il imaginait ce qu'il adviendrait si des hommes et des femmes étaient privés du sens de la vue, comment ils pallieraient ce manque, comment ils s'adapteraient. Ici, il s'interroge sur les conséquences de la découverte d'un sens supplémentaire et sur l'usage, bon ou mauvais, que l'on serait amené à en faire.

Son récit commence dans une ambiance de fin du monde et nous invite à suivre une guerre larvée entre extra-terrestres et terriens qui n'est pas sans rappeler David Vincent et ses envahisseurs (même si ce n'est pas à leur petit doigt qu'on les reconnaît mais par leur absence d'ongles !).

Puis l'histoire prend des allures de roman d'espionnage. Il y est question de complot et de "pouvoirs psy", on y passe des salons somptueux de Versailles aux ruines austères d'un château médiéval et l'on finit dans le décor futuriste d'une station spatiale !

Mais tout cela manque de cohésion. Les transitions, lieux et temps, sont trop abruptes ; les personnages apparaissent et disparaissent à volonté et l'on a du mal à croire aux actions d'éclat de Gregson qui, du coup, parait incroyablement chanceux dans ses entreprises.

Quant à ce sixième sens qui est au cœur du récit, Daniel Galouye passe un peu trop de temps à nous le décrire sans parvenir, c'est un comble, à nous le faire "toucher du doigt". J'ai donc un avis plutôt mitigé sur ce roman d'autant que, si j'ai apprécié dans "Le monde aveugle" ses efforts pour créer un vocabulaire, ses tentatives linguistiques m'ont ici parues ridicules et éminemment dispensables (sylpher le rault hors de la stygumnité !!!).

Opta - Galaxie-Bis - 1985

10 mai 2013

LE TIGRE AFRICAIN - PHILIP JOSE FARMER

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Un richissime admirateur de l’œuvre d’Edgar Rice Burroughs entreprend de donner vie à son héros le plus emblématique : Tarzan. Grâce à son immense fortune il acquiert une réserve au cœur de l'Afrique et y fait élever un enfant blanc par un couple de nains africains. Puis, à l'instar d'un dieu tout puissant, il surveille l'évolution de sa créature et influence le cours de son existence conformément aux romans de l'écrivain américain. Devenu adulte, le jeune Ras Tyger va s'affranchir de cette tutelle et, avec l'aide d'une aviatrice égarée, tenter de faire la lumière sur ses origines. 

On le sait, Philip José Farmer aime s’attaquer aux mythes littéraires et Finéas Fogg, Mark Twain et bien d'autres personnages ou auteurs sont ressuscités sous sa plume. Il a également eu recours à un double de Tarzan dont il a conté une sorte d’histoire parallèle au fil des trois volumes qui composent les Mémoires intimes de Lord Grandrith : La jungle nue, Le saigneur des arbres et Tarzan vous salue bien.

Le tigre africain, lui, n’appartient pas à ce cycle, mais Ras Tyger possède toutes les qualités athlétiques de l'homme singe. Comme lui, il n'hésite pas à affronter les animaux les plus dangereux de la jungle et lions, gorilles ou crocodiles ne sauraient l'effrayer. 

En revanche, point de cités perdues ou d'infâmes crapules à se mettre sous la dent. La seule quête qui soit à sa portée est celle de ses origines. Son seul ennemi : l'homme qui a confisqué sa vie pour faire de lui un personnage de roman. 

Mais avant qu'il ne lui règle son compte, nous aurons pu assister à quelques unes de ses aventures hautes en couleur dont l’extermination quasi-complète d’une tribu, un duel aussi épique que comique, sa captivité chez les très susceptibles Sharrikt et nous n’ignorerons plus rien de sa découverte de la sexualité. Du Farmer pur jus !

Jean-Claude lattès - Titres SF - 1984

 

10 mai 2013

CELLULAIRE - STEPHEN KING

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Boston, 15 heures. Alors qu'il fait la queue devant le stand d'un glacier, tout bascule autour de Clayton Riddell : les habitants de la ville semblent être pris de folie et commencent à s'entre tuer. Échappant de peu au massacre, Clay se rend compte que cette "épidémie" a été provoquée par un message relayé par tous les téléphones portables. 

En compagnie d'un vieil homme et d'une adolescente, il décide alors de rejoindre son fils avec l’espoir qu’il ait échappé à la sonnerie fatidique.  Mais leur chemin sera jalonné de rencontres dangereuses tandis que plane sur leur destin une menace plus grande encore. 


Avant " Cell " je n'avais lu qu'un seul roman de Stephen king, "Rage", il y de çà une quinzaine d'années. L'expérience n'avait pas été concluante et je me souviens que le style de l'auteur m'avait paru assez médiocre. Aussi n'est-il pas étonnant qu'il m'ait fallu plus de seize années pour tenter une nouvelle approche de cet écrivain. Hélas la lecture de " Cell " n'est pas parvenue à me faire changer d'opinion. Deux raisons à cela. 

Tout d'abord l'intrigue et son déroulement. Nous sommes à priori en présence d'un livre ayant pour thème le post-apo et les zombies (la dédicace à Richard Matheson et Georges Romero le laisse en tout cas supposer), mais finalement ce roman ne fait qu'emprunter aux deux genres sans parvenir ni à s'en démarquer réellement, ni à s'y insérer tout à fait. 

Et pourtant, côté post-apo, çà ne s'annonçait pas trop mal. La description de la catastrophe qui met fin au monde tel que nous le connaissons est même assez spectaculaire et donne lieu à quelques scènes bien violentes et bourrées d'hémoglobine. En tous cas, elle suffit à jeter les bases du genre et voilà nos survivants formant de petits groupes qui s'arment pour se défendre et résister aux affreux " zombies ". 

Mais, alors que l'on s'attend à assister à leur lutte quotidienne contre l'adversité en général et les morts-vivants en particulier, Stephen King introduit un nouvel élément, d'ordre fantastique cette fois. 

Alors, exit le post-apo. Soit. Mais que nous propose-t-on en échange ? Malheureusement, rien de très convaincant, juste une histoire de zombies télépathes et télékinésistes (c'est à dire quasi tout puissants) acharnés à se venger des vilains humains qui leur ont mis des bâtons dans les roues. 

Ce n'est pas que l'idée elle-même soit inepte mais il faut avouer qu'elle est tout sauf passionnante et qu'il est difficile de s'intéresser au destin de personnages qui ne disposent plus de leur libre arbitre. Dès lors, à l'instar des héros, nous ne faisons plus que subir. Subir une sorte de " road movie " sans relief, subir une histoire qui peine à trouver une conclusion satisfaisante et subir aussi le style de l'auteur. 

Style qui constitue d'ailleurs le second point noir de ce roman. Ce n'est pas à proprement parler mal écrit, loin de là, mais la narration souffre de trop nombreuses longueurs et digressions qui n'apportent pas grand-chose à l'intrigue. Ajoutons y cette manie de citer des marques à tout bout de champs (de sport, de véhicule, d'aliments, d'armes...) et cela nous donne un résultat légèrement horripilant.  

Ce qui me surprend avec Stephen King c'est que, autant j'ai pu apprécier certaines adaptions cinématographique de ses romans, autant ces deux lectures m'ont parues particulièrement pénibles. Mauvais choix ? Peut-être. Mais pour m'en assurer il faudrait faire une nouvelle tentative. En aurais-je le courage ? 

Albin Michel - 2006

 

9 mai 2013

DARWINIA - ROBERT CHARLES WILSON

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En 1912, un événement aussi extraordinaire qu'inexplicable  frappe l'Europe. En l'espace d'une nuit, toute trace de civilisation y est effacée et, si les contours du continent demeurent inchangés, habitants et bâtiments ont disparus, remplacés par une faune et une flore nouvelle. 

Quelques années plus tard, Guilford Law, un jeune photographe américain, laisse femme et enfant dans une nouvelle Londres en cours de construction pour participer à une expédition au cœur du « nouveau » continent. Seul rescapé de cette aventure, il découvrira une partie des mystères de la Darwinie ainsi que le rôle qu’il est appelé à jouer dans un conflit qui dépasse l'entendement. Parallèlement, un médium corrompu tombe sous la coupe de puissances que l’on devine malfaisantes. 

Ce qui frappe en premier à la lecture de "Darwinia" c'est un côté "XIXème siècle" très marqué. Les débuts de l'ère industrielle, une terre inexplorée, une expédition réunissant savants et aventuriers, tout ces éléments concourent à créer une ambiance "vernienne" assez crédible et c'est avec beaucoup de plaisir que l'on suit le périple de ces découvreurs. 

Mais, si la description de la flore et de la faune est riche et imaginative, si l'ambiance générale est fort bien rendue, l’intrigue met en revanche beaucoup trop de temps à se mettre en place. On finit par se lasser du voyage du jeune Guilford et l'on souhaite qu'il se passe quelque chose de neuf, que l'auteur nous mette sur la piste.

Or, il faudra attendre le dernier tiers de ce gros pavé pour qu'enfin les révélations tombent. Un complot à l’échelle de l’univers se fait alors jour ainsi que la lutte entre deux factions hostiles. Tout s'accélère, le temps comme les évènements. Les différents fils de l'histoire et les personnages convergent vers un même but et nous comprenons enfin où l'auteur voulait nous emmener. 

La fin du roman m’a néanmoins laissé un goût d’inachevé : de tels développements pour un final qui se résume à une improbable bataille entre ersatz d’archanges et insectes humanoïdes. Tout çà pour çà serait-on tenté de dire ! Voilà qui est bien décevant. 

Reste que la langue est belle et que l’on se retrouve un temps plongé dans le souvenir de nos lecture d'enfance. Finalement, "Darwinia" aura surtout eu le mérite de me donner envie d'ouvrir un vieux Jules Verne. Chouette !

Denoël - Lunes d'encre - 2000

 

8 mai 2013

LA CENTRALE D'ENERGIE - JOHN BUCHAN

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Un concours de circonstances conduit un jeune avocat à soupçonner l'existence d'une organisation criminelle qui s'est donnée pour objectif de saper les fondements de la société. Avec l'aide d'un parlementaire et grâce à ses relations il va tout mettre en œuvre pour s'opposer au cerveau de la "centrale d'énergie" et sortir de ses griffes l'un de ses amis. 

Lorsque j'entame la lecture de ce roman, John Buchan ne m'est pas inconnu. De lui, j'ai déjà lu un bon récit d'aventures africaines (Le collier du prêtre Jean) et je le sais auteur des « 39 marches » dont l'adaptation cinématographique d'Alfred Hitchcock a fait la célébrité. Bref, deux bonnes raisons d'espérer une lecture plaisante d'autant que j'apprécie grandement cette catégorie d'écrivains que l'Angleterre a su produire au début du XXème siècle. 

Malheureusement, la meilleure des introductions n'est pas forcément gage de qualité et ce premier opus des aventures d'Edward Leithen est bien décevant. 

Il contient pourtant un certain nombre d'ingrédients qui, pour être classiques, n'en demeurent pas moins digne d'intérêts : une société secrète puissante et mystérieuse, un cerveau dénué de scrupules, des hommes de main prêts à tout, voilà qui promettait du fil à retordre à notre avocat justicier. 

Mais exception faite d'une tentative d'enlèvement et de manœuvres d'intimidations, l'intrigue est désespérément plate et l'adversaire ne semble pas à la hauteur. Finalement, cette centrale d'énergie, malgré des moyens humains et financiers évidents, ne fait peur qu'à l'auteur. 

Peut-être faut-il y voir les effets de la crainte qu'inspire à la "bonne société" de l'époque, les anarchistes et les communistes qui commencent à se faire entendre (le roman date de 1916). Ceci étant, et pour être tout à fait juste, je dois avouer que ce livre est très bien écrit et restitue à merveille l'atmosphère cultivée, élégante et feutrée de la "high society" londonnienne. 

Aussi me laisserais-je peut-être tenté par quelques autres aventures d'Edward Leithen en espérant qu'elles soient plus pimentées que celle-ci.

Editions NéO - Le Miroir Obscur - 1979

 

7 mai 2013

OTAGES DE LA NUIT - RICHARD MATHESON

untitledEllen et David Cooper ont loué une petite maison en bord de mer et espèrent mettre à profit leurs vacances pour faire le point sur leur couple. Mais ils ignorent qu’une ravissante jeune femme hante les lieux et qu’elle a la fâcheuse habitude de séduire tous les hommes qui passent à sa portée.  Très vite, David succombe à la tentation et ne parvient plus à s’affranchir de sa dépendance vis à vis d’elle. Mais qui est donc cette Marianna ? Une bombe sexuelle dépourvue de la moindre parcelle de moralité ou un succube se nourrissant de l’énergie de ses victimes ? 

J’aime assez la façon dont Richard Matheson aborde le thème du fantôme. Une approche plus psychologique que spectaculaire qui nous fait hésiter un temps avant de reconnaître la présence du surnaturel.

Ainsi, dans ce roman, l’esprit cartésien demeure longtemps indécis et partagé entre deux explications : pur esprit ou projection des fantasmes d’un quadragénaire, fantôme ou délire né d’un sentiment de culpabilité ?

Finalement, c’est l’auteur qui, délibérément, met fin au suspense pour nous brosser le portrait diabolique d’un esprit, certes désincarné, mais qui aspire à goutter encore aux plaisirs de la chair. Ces plaisirs sont d’ailleurs abondamment illustrés et donnent lieu à quelques scènes très chaudes et particulièrement explicites !

L’autre intérêt de ce roman réside dans la peinture très réaliste d’un couple au bord de la rupture. Tout y est : les aspirations différentes et parfois contraires d’un homme et d’une femme, les non-dits, les ressentiments et même les pathétiques tentatives de réconciliation sur l’oreiller.

Après « Echo », Matheson signe donc une nouvelle réussite dans le domaine du fantastique et des histoires de fantômes et de possession.

Denoël - Présence du Fantastiques - 1991

 

3 mai 2013

LE CERCUEIL DE CHAIR - PASCAL FRANCAIX

untitledIl se passe de drôles de choses à Noordpeene, triste petit village des Flandres françaises. Un indien meurt dans de mystérieuses circonstances, de vieilles dames s'adonnent au spiritisme, un curé de campagne se voit confier la garde d'une étrange enfant, des personnes disparaissent... Horla, vieil érudit vivant à proximité de la bourgade, y décèle les manifestations d'un culte ancien et démoniaque. Décidé à intervenir, il sera confronté à un puissant sorcier et sa protégée : une jeune goule.

Malgré quelques scènes morbides et repoussantes à souhait, ce tout petit roman m'a déçu par son manque de cohésion. Je n'y ai vu qu'une succession de tableaux qui se veulent percutants mais qui n'ont malheureusement rien de très neufs. Une scène de spiritisme, une cérémonie impie dans une église, une violation de sépulture et pour finir un exorcisme un peu particulier, il n'y a pas vraiment là de quoi fouetter un chat, même noir.

Et puis cette manie de vouloir utiliser à tout prix des mots rares ou compliqués ! On ne compte plus les «térébrant», «vastitude», «intrados» et autres «ébrasements». Je conçois que l’auteur ait à cœur d’utiliser le mot juste, mais le plus souvent, cela n'apporte rien au récit et alourdit au contraire la narration.

Mais soyons tout de même indulgent puisqu'il s'agit (dixit la 4ème de couverture,) d'un premier roman et retenons surtout sa description d’un nord pluvieux et cafardeux que n’aurait pas désavoué Jean Ray.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

2 avril 2014

LA RIVIERE AUX LUCIOLES - MIYAMOTO TERU

410N1ENAXBLLes deux récits qui composent ce recueil ont beaucoup de points communs, à commencer par une unité de temps et de lieu : de petites bourgades dans les environs d'Osaka, une quinzaine d'années après la fin de la seconde guerre mondiale. Ils abordent aussi des sujets forts proches tels que les rapports entre parents et enfants, l'amitié entre deux garçons et les premiers émois sensuels des jeunes personnages. Il y a enfin une grande ressemblances au niveau du style avec notamment de nombreux dialogues et des scènes figurant de forts beaux tableaux, des instantanés riches d'émotions contenues.

C'est particulièrement vrai dans La rivière aux lucioles qui multiplie les images symboliques : la chute des fleurs de cerisiers dans un parc, un vol de lucioles, l'écho d'un shamisen sur les bords d'un promontoire... Il est vrai que ce roman est sans doute le plus poignant des deux, de par les thèmes abordés. Tatsuo, un garçon de 14 ans, est confronté aux derniers jours de son père victime d'une attaque cérébrale. Alors que son avenir laisse présager bon nombre de bouleversements, il multiplie les rencontres... Dans ce joli récit qui se déroule en 1962, l'auteur nous dévoile un Japon qui a presque achevé sa transition vers un mode de vie occidental. C'est d'autant plus frappant que des flash-backs nous font éprouver la dureté de ses anciennes coutumes (une femme inféconde répudiée et une autre qui n'obtient le divorce qu'à condition d'abandonner son bébé à sa belle famille).

Le fleuve de boue nous montre en revanche un pays pas tout à fait remis de la guerre. Nous sommes en 1955 et les traces du conflit sont encore visibles. Son ombre demeure vivace dans la mémoire des vétérans et le pays compte des millions de miséreux contraints d'exercer de petits boulots, ferrailleur, pêcheur de vers de vase. C'est le cas des parents de Nobuo qui tiennent une petite gargote au bord d'un fleuve. C'est là que le jeune garçon va sympathiser avec Kiichi et sa sœur Ginko, des enfants de son âge qui vivent sur un bateau amarré en face de chez lui. Il pénétrera peu à peu leur intimité et découvrira que le vieux rafiot dissimule aussi l'activité de prostituée de leur mère.

Ces deux petits romans nous font donc découvrir un Japon populaire où le poids des traditions est encore grand mais qui laisse deviner d'importants bouleversements du mode de vie et de pensée. Les deux récits se terminent d'ailleurs sur un déménagement, promesse d'un nouveau départ. Celui du Japon lui-même. La rivière aux lucioles et Le fleuve de boue font partie d'un cycle de trois romans : la Trilogie des rivières. J'ai hâte de mettre la main sur le troisième.

Picquier Poche - 1999

 

11 septembre 2022

LE REGNE DU GORILLE - LYON SPRAGUE DE CAMP

neosff064-1982

Maintenus en état d'hibernation par un mystérieux gaz, les passagers d'un car accidenté dans un tunnel se réveillent quelques millénaires plus tard. Ils découvrent alors que la Terre a bien changé. Les humains semblent avoir disparu tandis que les autres espèces animales ont subi toutes sortes d’évolutions. Les singes notamment, dont l’intelligence s’est considérablement développée…

Treize ans avant que Pierre Boulle n'écrive sa "Planète des singes", Lyon Sprague de Camp publiait ce roman qui met en scène une poignée d'humains catapultés dans un futur où les gorilles sont devenus l'espèce dominante. Non, non, pas de plagiat et, s'il y eut inspiration, celle-ci fut extrêmement légère. Mis à part le contexte général, les seules ressemblances entre les deux  récits se limitent à la capture des humains par des gorilles utilisant de grands filets, à leur captivité dans des enclos à bestiaux et aux tests qu'on leur fait subir pour mesurer leur degré d'intelligence.

De plus, l'histoire de Sprague de Camp offre beaucoup moins matière à réflexion que celle de l'écrivain français. C'est un pur récit d'aventure où l'action et l'humour prédominent. La première partie ressemble d'ailleurs à une robinsonnade dont elle reprend les codes avec ses habituelles scènes de survie (chasse, pêche, exploration) et d'organisation sociétale (factions, prise du pouvoir). Rien de bien original mais le récit alterne agréablement le comique (conflits entre les scientifiques et les membres d'une revue de cabaret) et le dramatique (les premiers décès) alors que les personnages découvrent une faune et une flore pour le moins surprenantes.

Après leur capture par les grands singes, c'est la découverte de la société simiesque qui est au cœur du récit. Humains et gorilles apprennent à se connaître et l'on découvre que ces derniers sont plus évolués que ne le laisse supposer leur société préindustrielle. Leur organisation politique semble harmonieuse, les rapports entre mâles et femelles également et, s'il n'y avait de belliqueux babouins dans les environs, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possible.

Hélas ces derniers passent justement à l’attaque et les derniers chapitres du roman sont consacrés au conflit qui s’ensuit. Escarmouches, batailles rangées, les combats se succèdent auxquels les humains prendront une part déterminante. Cela donne une fin un peu bâclée qui ne donne guère d’informations sur le devenir de nos rescapés du passé et leur acclimatation à ce nouveau monde.

Nouvelles Editions Oswald  - 1982

12 juin 2022

LA PORTE DES SERPENTS - GILLES THOMAS

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Je n’ai été déçu qu’une seule fois par un roman de Gilles Thomas. C’était avec « La flûte de verre froid », un récit de fantasy insipide sur le thème du héros invincible lancé dans la quête d’un objet magique. Aussi, passés les premiers chapitres du présent roman qui donnent à penser au lecteur qu’il s’est embarqué dans une histoire de SF assez classique, qu’elle ne fut pas ma déception de me retrouver à nouveau plongé dans un univers médiéval fantastique. Heureusement, mes craintes s’avérèrent injustifiées.

Aucun des défauts que j’avais reprochés à « La flûte de verre froid » ne se retrouvent ici. Le back-ground est étoffé juste ce qu’il faut pour permettre une immersion de qualité dans un univers attrayant à défaut d’être foncièrement original. Quant à l’action, si elle est bien présente, elle cède souvent sa place à des passages plus calmes permettant de faire évoluer les rapports entre les différents personnages et d’enrichir les caractères. Des personnages qui, justement, ne sont pas de simples faire-valoir du héros. Nombreux et variés (une tenancière de bordel, un vieux sage, un maître d’arme…), approfondis autant que cela est possible pour un livre de ce format, ils apportent l’essentiel de sa saveur à ce petit roman d’aventures où il est question, comme souvent chez l’auteur, de dépassement de soi et d’amitié forgée dans l’adversité.

L’intrigue est en revanche bien légère… pour ne pas dire inexistante. A la suite d’une expérience sur la téléportation, un homme se retrouve sur un autre monde peuplé de créatures légendaires telles que des centaures ou des faunes. Prisonnier d’une planète étrange sans espoir de retour, il est contraint de s’adapter à son nouvel environnement. Ce qu’il fera très bien. On a d’ailleurs un peu de mal à croire qu’il puisse s’acclimater aussi vite à une civilisation radicalement différente de la sienne. Mais le bonhomme a du caractère. C’est un routard habitué à faire contre mauvaise fortune bon cœur et l’on est vite sous le charme de sa bonne humeur et de ses reparties.

Le récit est en effet très « parlé ». Raconté à la première personne avec une gouaille et un argot de titi parisien, il fait naître une impression de décalage avec l’ambiance médiévale, une espèce d’anachronisme qui lui va plutôt bien. On prend donc grand plaisir à suivre les aventures de Jérôme sur la planète Lada et à partager la joie immense qu’il éprouve à vivre dans un monde neuf où tout semble possible…

Et pour conclure, je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager une petite citation de l’auteur, hélas très juste, sur la nature humaine : « Comme les hommes aiment à se partager entre « nous », et « eux ». « Nous » sommes aryens, « eux » sont juifs. « Nous » sommes blancs, « eux » sont noirs. « Nous » sommes catholiques, « eux » sont protestants. « Nous » sommes de Sapin-sur-Pré », « eux » sont d’Olivier-sur-Vigne. « Nous »… « eux »… « nous »… « eux »… Depuis l’origine des temps, et jusqu’à la fin des temps. Il y avait du « nous-eux » entre les gars de Cro-Magnon et ceux de Néandertal, et il y aura du « nous-eux » entre Solariens et Arcturiens. Indéracinable, ce truc… »

Fleuve Noir Anticipation - 1992

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FLEUVE NOIR
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