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8 mai 2013

PAR LE SABRE DES ZINJAS - ROGER FACON

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Moko, un jeune novice de l'ordre des moines guerriers Zinjas, s'inquiète de la disparition du supérieur du temple des Oiseaux de feu. Soupçonnant certains dignitaires de son ordre, il mène une enquête discrète. Elle lui fera découvrir l'existence d'un vaste complot qui risque de mettre en péril l'équilibre précaire des forces qui veillent sur Paris. Mais il ignore encore que les enjeux sont bien plus vastes et que les sous-sols de la capitale recèlent bien des secrets. 

Après avoir lu les cent premières pages de ce roman, on se demande ce qu'il peut bien faire dans la collection anticipation du Fleuve Noir. La SF en est totalement absente. La fantasy itou et, n'était le fait que l'action se déroule dans un Paris que l'on devine post -apocalyptique, on croirait avoir affaire à un roman historique ayant pour décor le Japon féodal. 

Pas déplaisantes d'ailleurs les aventures de ce jeune moine confronté à un complot qui mêle samouraïs et courtisanes, hauts dignitaires et petit peuple. La reconstitution des us et coutumes est crédible, l'enquête intéressante et les combats à l'arme blanche sonnent justes. 

Mais, d'un coup, l'auteur semble se rappeler qu'il doit écrire un livre de SF et qu'il ne lui reste plus que 90 pages pour ce faire (rappelons qu'un FNA compte environ 190 pages). Alors il enchaîne les révélations. 1° Nous sommes bien dans un univers post-apo et Paris serait un îlot de vie au milieu des « terres empoisonnées » ; 2° Les sous-sols de la ville renferment des éléments de technologie fabuleux que se disputent deux factions rivales : le Consortium et l'Alliance ; 3° La vie a repris un peu partout dans le monde et si Paris est maintenue dans l'ignorance c'est pour des motifs bien inavouables. 

Dès lors il ne lui reste plus qu'à faire échec aux vilains comploteurs, châtier les méchants (des combats, un duel, un seppuku) et récompenser les gentils. 

Cela nous donne un roman bâclé et sans grand intérêt malgré quelques idées amusantes (le découpage de Paris en fonction des différentes ethnies) et quelques combats bien menés.

Fleuve Noir Anticipation - 1987

 

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8 mai 2013

LE FELIN GEANT - J. H. ROSNY AINE

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Alors qu’ils explorent une caverne profonde, Aoûn, le fils de Naoh, et Zhoûr, le dernier des hommes sans épaules, découvrent un passage vers une autre vallée. Ils décident alors d’explorer ce nouveau monde, sa faune et sa flore, ses ressources et ses dangers. Ils feront ainsi connaissance avec une tribu de femmes et un lion gigantesque avec lesquels ils affronteront les hommes-dholes, une horde de terribles anthropophages. 

Sensé être une suite à « La guerre du feu », ce livre en constitue plutôt une copie à l’identique. 

A l’instar de son illustre prédécesseur il nous narre en effet les aventures d’un courageux guerrier confronté aux multiples dangers d’un environnement hostile. 

Rosny aîné s’y livre de nouveau et avec toujours autant d’emphase à d’abondantes descriptions d’une nature encore intacte et des bêtes fabuleuses qui la peuplent. 

Il en profite également pour évoquer les balbutiements d’une humanité encore bien fragile et notamment les premières tentatives de l’homme pour vivre en harmonie avec son environnement et en bonne entente avec ses semblables.

« Le félin géant » constitue donc une lecture dont on peut aisément se dispenser à moins d’être un adepte du grand Rosny ou amateur de récits sur les temps préhistoriques.

Marabout - 1975

 

8 mai 2013

L'HEURE PERDUE - GUY CHARMASSON

untitledIl y a trois siècle, la folie des hommes a conduit la Terre vers un désastre écologique sans précédent. Devenus vecteurs de la peste jaune, les humains ont répandus la maladie partout sur la planète, détruisant toute forme de végétation. Alors, pour préserver les quelques îlots de verdure subsistants encore, ce qui restait de l'humanité s'est réfugié dans deux cités jumelles : Solon et Hadès.

Trois cents ans plus tard, les quelques milliers de solonais qui vivent encore ont perdus l'espoir de quitter un jour leur prison. Seul Renaud, alias "Quatre-vingt", espère encore et recherche dans les profondeurs de la cité la preuve d'un renouveau du règne végétal. Mais les dirigeants de Solon ne semblent pas prêts à le laisser faire...

 

Le hasard de mes acquisitions de "Fleuve Noir Anticipation" m'a fait découvrir ce nouvel auteur et son sympathique petit roman.

Son sujet n'est pourtant pas des plus original puisque l'idée d'une société coupée du monde après une catastrophe et maintenue dans l'ignorance du "dehors", n'est pas neuve et a déjà été exploitée avec plus ou moins de réussite ; "Malterre" de Hugues Douriaux ou "Quand ton cristal mourra" de William Nolan en sont de bons exemples. Mais cela n'empêche pas la version de Charmasson d'être bien plaisante, inventive et riche de détails.

Vous découvrirez dans cet univers clos une société oiseuse où le voyeurisme et le libertinage sont les passe-temps favoris de tout un peuple, vous frémirez en assistant à un procès où la population entière est à la fois juge et bourreau et, bien sûr, vous haïrez des dirigeants corrompus et jaloux de leurs privilèges (les O pour oligarques) et leurs miliciens brutaux (les Rouges).

Vous vous laisserez happer par une intrigue qui se développe tranquillement au gré de chapitres alternant narration à la troisième personne (les scènes d'action ou les passages descriptifs) et monologue intérieur lorsque c'est le point de vue du héros qui domine. Un héros travaillé en profondeur et qui s'étoffe au fur et à mesure que la force brute de Quatre-vingt (je vous laisse découvrir l'origine de son sobriquet) s'efface derrière la froide intelligence de Renaud.

Vous assisterez enfin à l'emballement final qui vous réserve moult révélations et rebondissements.

Vous l'aurez compris, "L'heure perdue" est un chouette roman qui compense son manque d'originalité par la qualité de son traitement.

Fleuve Noir Anticipation - 1986

7 mai 2013

LE VENT DE NULLE PART - J. G. BALLARD

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Un vent violent, soufflant toujours dans la même direction et dont la vitesse croît chaque jour de 8 km/heure, balaye l’ensemble de la planète. Nous suivons, jour après jour, la croissance de la tempête et les déboires de quelques personnages cherchant selon les cas à accomplir leur mission ou à sauver leur peau… 

Le vent se lève… Il faut tenter de vivre. Cette citation de Paul Valery pourrait presque résumer ce roman de J. G. Ballard, le deuxième de sa tétralogie consacrée aux apocalypses.

Après le feu (Sécheresse) et avant l’eau (le monde englouti) et la terre (la forêt de cristal) c’est donc au vent que l’auteur a choisi de confronter l’humanité. Mais la confrontation tourne court et les éléments déchaînés ont tôt fait de mettre à genoux nos pauvres fourmis humaines qui en sont réduites à se réfugier sous terre.

L’intrigue de ce livre est incontestablement un peu mince. J’ai néanmoins apprécié les descriptions hallucinantes d’une Terre dévastée, lacérée, pelée par cette gigantesque tornade. Le seul petit reproche que je ferais à ce livre concerne sa fin, un peu trop abrupte à mon goût et ne donnant aucune idée de ce que sera l'après catastrophe. Mais il faut faire avec puisque Ballard s'intéresse surtout aux réactions d'humains confrontés à l'extraordinaire.

Juste pour l’anecdote, le personnage principal de ce livre se nomme Maitland comme dans « L’île de béton ».

Pocket SF - 1986

 

7 mai 2013

LES FURIES - KEITH ROBERTS

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Des essais nucléaires simultanés ont provoqué de terribles séismes qui ont bouleversé la surface de la Terre. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, des guêpes d’une taille et d’une férocité hors normes s’attaquent aux survivants de la catastrophe. A peine sortis des décombres de sa maison, Bill Sampson et son amie doivent donc faire preuve d’audace et d’ingéniosité pour leur échapper et rallier les secours.

Mais il leur faut bientôt se rendre à l’évidence : les guêpes constituent désormais la seule force organisée d’Angleterre et, sans doute, du monde. Fait prisonnier par ces insectes, puis interné dans un camp de travail, Bill parviendra à s’évader et, avec une poignée de compagnons, entrera en résistance face à l’envahisseur. 

Voici un bel exemple de roman catastrophe tel que les britanniques s’en sont fait une spécialité. Ici, Keith Roberts a la main lourde puisque ce sont deux calamités qui s’abattent sur ces concitoyens : une catastrophe naturelle (encore qu’un peu aidée par l’homme) et une invasion extra-terrestre.

Un schéma qui n’est pas sans rappeler « Le jour des Triffides » de John Wyndham, dans lequel les hommes étaient confrontés à un aveuglement général de la population et à une invasion extra-terrestre. C’est d’ailleurs cette conjonction des catastrophes qui explique dans l’un et l’autre cas, la rapidité avec laquelle la société s’effondre et se retrouve à la merci de ses assaillants.

Mais la comparaison s’arrête là car, si Wyndham s’attache très vite à nous décrire la façon dont les survivants se réorganisent et entament une lente reconstruction de leur monde, « Les furies » est davantage le récit d’une lutte. Ce côté « roman de guerre » est d’ailleurs particulièrement sensible dans la seconde moitié du livre où il est question de camps de prisonniers, de maquisards et de coups de mains.

J’ai beaucoup moins apprécié cette partie et l’aurait même trouvée bien terne n’eut été la richesse psychologique des personnages. Keith Roberts nous fait parfaitement ressentir l’état d’esprit qui les anime et les différentes phases par lesquelles ils passent. L’espoir né de leur évasion, l’euphorie des premières victoires, la tristesse liée à la mort d’un camarade ou l’accablement face à l’ampleur de la tache à accomplir, tout cela est décrit avec beaucoup de justesse et de sobriété. Et comme l’auteur a une jolie plume, cela donne lieu à de fort jolies pages qui compensent largement la faiblesse du dénouement.

Le Masque SF - 1979

 

 

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7 mai 2013

LE JOUR J DU JUGEMENT - GRAHAM MASTERTON

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Alors qu'il met à profit ses vacances en Normandie pour effectuer quelques recherches sur les combats qui s'y sont déroulés en 1944, l'attention de Daniel McCook est attiré par un vieux tank Shermann abandonné en bord de route. De découvertes en confidences, il en vient à suspecter la présence d'une entité maléfique à l'intérieur du char d'assaut. Avec l'aide d'une jeune femme et d'un curé versé en démonologie, il entreprend alors de libérer la campagne environnante de son influence néfaste et pernicieuse. Mais il apprendra à ses dépend que l'on n'embête pas impunément l'un des 7 de Rouen. 


Pour le lecteur français le premier intérêt de ce roman réside dans le fait que l'action se déroule pour une large part dans le bocage normand, parmi ses vertes pâtures, ses haies ombragées, ses fermettes isolées et ses petites routes de campagne. 

La description que nous en donne l'auteur sonne plutôt juste même s'il ne parvient pas à éviter un certain nombre de clichés et l'on sourira à l'évocation de paysans portant béret, fumant des gitanes et se baladant avec leur baguette de pain à la main. D'autres images sont heureusement plus réalistes, tels ces paysans soupçonneux et peu diserts, la soupe à l'oignon mangée sur un coin de table ou encore le vieux et sympathique curé de campagne. 

Cocorico également du côté des démons puisque Elmek et ses petits copains viennent aussi du terroir normand. Des démons peut-être moins impressionnants que de coutume, plus doués pour les palabres que pour l'action mais aussi un peu victimes d’hommes qui usent et abusent de leurs services si particuliers. D’ailleurs, l'utilisation à des fins militaires de ces êtres démoniaque et les risques qui en découlent comptent parmi les aspects les plus intéressants de ce roman. 

Au final, un Masterton moins percutant et moins sanglant que la plupart de ses autres productions mais distillant une chouette atmosphère, sombre, morose et nostalgique.

Editions NéO - 1987

 

4 mai 2013

SPACE OPERA - JACK VANCE

untitledLa neuvième compagnie, une troupe musicle originaire de la lointaine planète Llaru, achève à peine une tournée triomphale sur Terre que, déjà, des voix s'élèvent pour crier à l'imposture. Il est vrai qu'à première vue rien ne les distingue du commun des terriens et leur qualité d'extra terrestre est donc sujette à caution. Pour ne rien arranger, ils disparaissent comme par enchantement, laissant Dame Isabel Grayce, la secrétaire de la ligue de l'opéra, en plein désarroi. Celle-ci décide alors d'organiser une grande tournée à destination de Llaru afin de déterminer si les autres races sont également sensible à la musique et surtout, faire la lumière sur la mystérieuse 9ème compagnie.

Outre l'équipage, un orchestre au grand complet et une troupe de chanteurs, elle se fait accompagner de Bernard Bickel un musicologue averti, de son neveu Roger, un charmant dilettante et surtout d’Adolph Gondar pilote d’astronef et impresario de la fameuse compagnie. Dans le même temps, Madoc Roswyn, belle et mystérieuse jeune femme, cherche par tous les moyens à rallier l'expédition...


Si Jack vance est un fantastique créateur d'univers, il sait aussi manier l'humour. La preuve avec ce roman dont rien que le titre annonce la couleur. Car de "space opéra" il sera bel et bien question, au propre comme au figuré ! Mais entendons nous bien. L'humour de Vance est léger. Pas question pour lui de nous servir une grosse farce ou une comédie burlesque et c'est plutôt sur le mode ironique qu'il nous conte les mésaventures de sa troupe de mélomanes.

La cible de ses moqueries ? L'élitisme d'une certaine partie de la société. Celle qui a des idées préconçues sur toutes choses. Celle qui pense que seules les classes sociales les plus "élevées" sont à même d'apprécier l'opéra, que les autres formes de musique ne présentent pas le moindre intérêt ou que les malfaiteurs ont nécessairement un faciès de brute.

Mais cette élite, dont Dame Isabel Grayce est le prototype absolu, en sera pour ses frais. Chacune de ses confrontations avec les races extra-terrestres qu'elle rencontre au cours de son périple fera ressortir le ridicule de sa position : les "striades" les prennent pour des représentants de commerce essayant de placer leurs instruments, un dirigeant des "aquatiques" juge leur musique indigne d'être jouée et les habitants de Rlaru, musiciens accomplis, leur préfèrent le jazz improvisé par les membres de l'équipage !

Côté suspense, action ou aventure, peu de chose à se mettre sous la dent et c'est à peine si l'attitude étrange de Madoc Roswyn puis d'Adolph Gondar éveillent notre intérêt.

En revanche, la profondeur des personnages (le flegmatique Roger, l'inébranlable Dame Isabel...), la richesse des descriptions et l'humour des dialogues nous font passer un agréable moment.

Roman finalement bien classique pour qui connaît l'auteur et sans doute même mineur si on le compare à ses grands cycles, "Space opera" permet néanmoins à Monsieur Vance d'enrichir sa palette de personnages et de planètes. On ne s'en plaindra pas.

Pocket SF -1983

4 mai 2013

LA GUERRE DU FEU - J. H. ROSNY AINE

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A la suite d’un combat qui a mal tourné, le clan des Oulhamr se retrouve décimé et, pire encore, sans feu. Désemparé, privé de chaleur et à la merci des bêtes sauvages, les survivants sont au désespoir. Faouhm, leur chef, s’engage alors à prendre pour successeur celui qui saura reconquérir le feu sacré et à lui donner pour épouse sa jeune sœur, Gammla.

Amoureux de la jeune femme, Naoh, un jeune et intrépide guerrier, se lance immédiatement dans l’aventure avec l’aide de deux compagnons. Mais avant de conquérir sa belle, il devra affronter des fauves gigantesques, apprivoiser les mammouths, combattre les terribles tribus de dévoreurs d’hommes et de nains rouges et triompher d’Aghoo le félon. 

« La guerre du feu » est l’un de ces livres que chacun croit connaître sans jamais les avoir lus et je pensais moi-même ne rien y découvrir. C’était une grave erreur et ce fut une belle surprise car ce roman nous conte bien plus que les pérégrinations de nos lointains ancêtres à la recherche du feu.

Il s’agit en fait d’une véritable œuvre de fantasy dotée de tous les stéréotypes du genre : un guerrier aussi brave qu’intelligent, un traître particulièrement fourbe, une jeune vierge, une quête, des bêtes fabuleuses, bref, autant d’ingrédients que l’on retrouvent dans quantité de romans de « sword ans sorcery ». Même les descriptions de combats ne sont pas sans évoquer celles des récits de Howard.

Finalement, il n’y a guère que son style pour nous rappeler que ce livre a été écrit en 1909. Rosny Ainé est adepte des longues phrases et des envolées lyriques célébrant la nature et le devenir de l’humanité. Cela surprend, donne au tout un genre particulier, mais n’est pas désagréable. Un peu comme si Proust avait entrepris de réécrire les aventures de Conan. Au final nous avons un livre bien plaisant qui mérite d’être redécouvert ne serait-ce que comme un précurseur de « l’éroïc fantasy ».

Marabout - 1975

4 mai 2013

LA FEDERATION DE L'AMAS - P-J HERAULT

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Après bien des années de guerre et quelques millions de victimes, Procyion et Altaïr ont mis fin au conflit qui les opposait. Peu désireux d’assumer leurs actes, les gouvernements des deux fédérations rejettent la responsabilité de ce conflit sur les militaires des deux camps.  Devenus de parfaits boucs émissaires, ces derniers subissent partout la vindicte de la populace. 

C’est dans ce contexte qu'Ael et Michelli, deux anciens des troupes d’assaut d’Altaïr, viennent en aide à Katel, une ancienne combattante de Procyon. Contraints de fuir une planète peu accueillante ils découvrent par hasard une étoile inconnue autour de laquelle gravitent deux planètes. Très vite, ils décident d’en faire un asile pour tous les anciens militaires dont la vie est désormais menacée. Leur tâche sera heureusement facilitée par les pouvoirs que leur confère leur séjour sur l’une de ces planètes. 

 

Ce roman s’inscrit dans la droite ligne de biens d’autres livres de l’auteur puisqu’il nous décrit la lutte d’une poignée d’individus face à des institutions qui attentent à leur liberté. Ce pourrait même être une suite directe de son roman « Ceux qui ne voulaient pas mourir » dans lequel il nous contait l’alliance d’anciens ennemis contraints de s’opposer à leurs gouvernements respectifs. 

Mais à la différence de ce dernier livre, P.J.  Herault dispose ici de beaucoup plus de pages pour s’exprimer. L’intrigue peut donc se mettre tranquillement en place, permettant à l’auteur de nous décrire minutieusement l’environnement dans lequel évoluent nos héros. Nous apprenons ainsi beaucoup sur leurs mondes, leur technologie et leurs institutions. Les personnages bénéficient aussi de ce rythme et l’on prend plaisir à s’attarder avec eux sur leurs réflexions et leur état d’esprit.

Seul petit bémol : les pouvoirs dont ils se trouvent investis. Car, si l’idée de communiquer avec l’aura de leurs défunts compagnons d’armes est intéressante, leurs autres capacités me semblent outrancières. Disposer à la fois de la transmission de pensée, de la manipulation mentale, de la téléportation et de la télékinésie cela fait tout de même un peu beaucoup. A tel point qu'on ne les sent jamais vraiment en danger. 

Mais ne boudons pas notre plaisir car ce roman n’en procure pas moins un grand moment de détente et permet d’enrichir l’univers que M. Hérault nous peint livre après livre.

Black Coat Press - Rivière Blanche - 2004

 

4 mai 2013

ASYLUM - ANNE DUGUEL

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On peut vivre dans un château au milieu d’un grand parc, entouré de ses parents, son oncle, sa tante, et être malheureux. Julien, petit garçon d’une dizaine d’année, en fait l’amère expérience. Le château n’est qu’une prison dont il ne sort jamais et ses parents (mais sont-ils vraiment ceux qu’ils prétendent être) ne lui témoigne aucun amour. Et comme si cela n’était pas suffisant, il lui faut subir jour après jour des examens sans nombre. Mais le parfum d’une délicate orchidée va sonner le vent de la révolte ! 

Roman d’épouvante agrémentée de quelques scènes bien gore, « Asylum » est le récit d’une double vengeance. Celle d’un enfant à l’égard des meurtriers de ses parents, et celle d’un cobaye contre ses bourreaux. 

Par les yeux du petit Julien nous découvrons le monde qui l’entoure et le suivons sur le chemin de sa révolte, hésitant sans cesse entre fantasme et réalité et nous demandant jusqu’à la fin s’il obéit au fantôme de son père ou s’il n’est que la victime d’une expérience qui a mal tourné. 

Il faut dire qu’Anne Duguël entretient le doute en multipliant les références au merveilleux et à l’étrange : un château rempli de pièces secrètes, un tombeau dissimulant un passage secret, une comptine obsédante et jusqu’à la petite Alice dont on se demande bien ce qu’elle peut dissimuler sous son masque de souris.

Ce petit roman parvient en tout cas à distiller, sinon de l’effroi, du moins un certain malaise, et cette petite tête blonde dénuée de morale sera la cause de quelques délicieux frissons.

Fleuve Noir - Frayeur - 1994

 

 

4 mai 2013

LES ABOMINATIONS DE YONDO - CLARK ASHTON SMITH

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Le présent recueil propose 3 courts poèmes en prose et surtout 14 nouvelles dont plusieurs appartiennent aux cycles les plus connus de Klarkashton à savoir, Zothique, Hyperborée, Poseidonis et Averoigne. 

L’univers de Zothique nous met en présence de royaumes fabuleux et exotiques issus d'un croisement entre les civilisations mésopotamienne et égyptienne et les contes des mille et une nuits. Des 3 nouvelles qui s’y apparentent on retiendra surtout « Le voyage du roi Euvoran » , petit conte drolatique et haut en couleur se concluant sur une note d’humour grinçant. 

Le cycle de l’Hyperborée nous convie, lui,  à la découverte de fascinants royaumes nordiques. C’est pour l’auteur l’occasion de nous décrire des paysages d’une tristesse absolue où le froid, la neige et la bise règnent sans partage et distillent dans l’esprit des hommes qui s’y aventurent, les plus terribles angoisses.

J’ai particulièrement apprécié « Le démon des glaces » et les déboires d’un groupe d’aventuriers parti à la recherche des joyaux d’un roi enseveli avec son armée dans une grotte gelée. La folie s’emparant progressivement de chacun d’eux, on demeure partagé entre une explication rationnelle ou l’acceptation du merveilleux. 

« Un grand cru de l’Atlantide » appartient au cycle de Poseidonis qui s’attache à l’histoire ancienne de Mu ou de l’Atlantide. Il y est décrit comment une mystérieuse et dangereuse cité de l’Atlantide apparaît aux yeux d’un équipage de pirates ayant absorbé le vin contenu dans une très ancienne amphore. 

Dernier texte appartenant à un cycle, « L’enchanteresse de Sylaire » se déroule dans les contrées d’Averoigne, sorte de double fantastique de l’Auvergne médiévale. Cette nouvelle possède la beauté candide d’un conte d’Andersen mâtinée de Bram Stocker et sa chute (le héros préférant le rêve à la réalité) est inattendue et émouvante. 

Des autres nouvelles, j’ai surtout retenu « Les âges sombres » : sur une planète revenue à l’état de barbarie, une forteresse isolée du reste du monde tente de maintenir un îlot de science. L’irruption d’un jeune sauvage et son amour pour la fille du maître des lieux mettront un terme à cet anachronisme mais apporteront l’espoir d’une renaissance.

Editions NéO - 1988

 

 

 

4 mai 2013

LA DIANE DE L'ARCHIPEL - PAUL D'IVOI

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Pour se venger de Nali, la jeune femme qui l’a éconduit et de son fiancé Jean Fanfare, le sculpteur Ergopoulos a conçu un plan diabolique : plonger la pauvre enfant en état de catalepsie et couler sur son corps un sarcophage d’aluminium à sa ressemblance. Puis, son forfait accompli, il s’avise de faire don de la statue ainsi obtenue au musée du Louvre. Dès lors, pour sauver sa belle, Jean Fanfare n’a d’autre solution que de récupérer la statue même s’il lui faut pour cela traverser la moitié de l’Europe. 

Ce roman fait partie de la série des « Voyages excentriques » que Paul d’Ivoi à conçue afin de surfer sur la vague des « Voyages extraordinaires » de Jules Verne. Mais on s’aperçoit vite que l’on est loin des œuvres du maître en matière d’imaginaire déployé et de sens du récit. 

Ici l’intrigue se résume à une longue course poursuite à travers l’Europe, émaillée de quelques rebondissements et quiproquos. Nous suivons ainsi nos personnages en Angleterre, en Allemagne, en Russie, en Grèce, en Italie et enfin en Espagne, chacun de ces pays servant de décor à une aventure ou étant l’occasion d’un intermède humoristique et ethnologique. J’ai d’ailleurs souvent eu l’impression de feuilleter le guide Michelin tant l’auteur s’y livre à d’interminables inventaires des richesses contenues dans les différents musées européens ainsi qu’à de non moins longs apartés sur l’histoire de ces nations.

Signalons au passage que les différents peuples rencontrés sont présentés selon l’imagerie populaire de la fin du XIXème siècle. Il ne faut par conséquent pas trop s’émouvoir d’y découvrir des allemands brutaux, des anglais ridicules quoique astucieux, des russes arriérés et des italiens voleurs... tandis que les français, parangons de l’honneur et de la fidélité, n’ont qu’un défaut : être des séducteurs !

Les personnages sont eux aussi stéréotypés  (héros intrépide, jeune vierge et sinistre crapule) mais j’ai néanmoins éprouvé quelque sympathie pour Lucien Vemtite, fonctionnaire en disponibilité et indécrottable rimailleur et pour le trio de clowns britanniques : Frig, Frog et Lee. 

Pour ce qui est de l’action je suis en revanche moins indulgent et regrette d’avoir eu à me contenter d’un ou deux vols, deux, trois kidnappings et quelques évasions, d’autant qu’il y a toujours un passage secret, un outil ou une main secourable pour aplanir toutes les difficultés.

Et la SF dans tout çà me direz-vous ? Et bien elle se fait fort discrète et réside toute entière dans l’invention du professeur Taxidi : le Karrovarka (chariot-barque), sorte de véhicule électrique, blindé et amphibie.

Ceci dit, et malgré toutes ces réflexions, je dois avouer que je ne regrette pas cette lecture. Son côté délicieusement désuet et le style solide de son auteur (Monsieur d’Ivoi a des lettres et du vocabulaire) en font une lecture éminemment sympathique que je compte bien renouveler avec l’un des 20 autres volumes de cette série.

J'ai lu - Voyages excentriques - 1982

 

 

4 mai 2013

HOMO DIVISUS - KONRAD FIALKOWSKI

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Lorsque Stef Korn se réveille à l'hôpital après le terrible accident de voiture dont il a été victime, il se rend vite compte que les choses ont bien changées pendant son sommeil. S'il retrouve bien par moment certains repères familiers, c'est un univers futuriste qui, la plupart du temps, s'impose à lui. 

Combien de temps a donc duré son coma ? Pourquoi cette sensation de vivre sous contrôle ? D'où vient l'impression que son corps vit une vie indépendante pendant son sommeil ? Voici quelques-unes des questions auxquelles il va tenter de trouver une réponse. 

Ces réponses, Julius Terton les détient, lui dont l'esprit a été introduit dans le cerveau de Stef lorsque son propre corps est arrivé en fin de vie. Une situation qui ne l'enchante guère. C'est qu'il n'est pas partageur Julius, et il va tout faire pour rester seul...

 

Pour autant que je m'en souvienne je n'avais encore jamais lu de SF polonaise. C'est donc avec curiosité que j'ai entamé ce livre acheté au hasard d'un marché pour un euro symbolique. Mal m'en pris ! J'ai dû déployer des trésors d'obstination pour venir à bout d'une histoire incroyablement confuse et sans grand intérêt. 

A vrai dire, je soupçonne Konrad Fialkowski d'avoir voulu écrire un roman à la manière de Philip K. Dick, une histoire où réalité et monde virtuel s'imbriquent et interagissent. Le résultat est cependant à des années lumières d'œuvres comme "Ubik" ou "Le maître du haut château". 

Les repères manquent, le fil conducteur est ténu et l'on se demande sans cesse à qui ou quoi l'on a affaire, où l'on se trouve... Il m'aura ainsi fallu attendre la moitié du livre pour comprendre que deux personnages cohabitaient dans un même corps qui lui-même évoluait sur deux plans différents. 

J'ai peut-être l'esprit un peu lent mais tout cela m'a paru beaucoup trop embrouillé et ne débouchant finalement sur pas grand chose. Et comme les personnages, hormis le "héros", manquent cruellement de profondeur, ne sont qu'esquissés ou ne font que de brèves apparitions, on aboutit à un résultat extrêmement pauvre. 

Alors, rien a retirer de ce livre ? Eh bien non ! Sauf peut-être une réflexion assez juste sur la perception du temps qui passe et la difficulté à s'adapter à un environnement qui évolue trop vite. 

«Homo divisus» est le dernier roman de la série Super-fiction publiée chez Albin Michel. Ce n'est pas ce qui s'appelle "finir en beauté" !

Albin Michel - Super Fiction - 1983

 

3 mai 2013

TRAIN PERDU WAGON MORT - JEAN-BERNARD POUY

untitledAlors que le train de nuit Paris- Hailwan traverse la plaine du Maalburg en direction de la capitale de Zoldavie, le wagon de queue se détache mystérieusement. Lorsque la voiture s'immobilise, ses 18 passagers quittent leurs couchettes et s'aperçoivent avec stupeur qu'ils sont désormais isolés en rase campagne, à plus de quarante kilomètre de la première bourgade. Les heures, et bientôt les jours, s'écoulant sans qu'aucun secours ne s'annonce, la confiance des débuts fait place à l'inquiétude puis à la peur. Nos robinsons ferroviaires sont alors contraint de s'organiser pour survivre au milieu d'une contrée inconnue et peut-être dangereuse.


Surprenant, angoissant, captivant. Tels sont les qualificatifs qui me viennent à l'esprit à propos de ce tout petit roman d'à peine 150 pages. Sur un thème original (l'abandon de quelques voyageurs le long d'une ligne de chemin de fer), Jean-Bernard Pouy nous concocte un petit bijou où le suspens le dispute à la psychologie sociale.

Les personnages sont joliment croqués et les rapports qui se créent entre eux, dans ces circonstances exceptionnelles, sont passionnants à suivre. Il est vrai que l'on trouve de tout parmi ces voyageurs. Des chefs naturels, des suiveurs, des râleurs, des mécontents, des angoissés, des peureux...bref un panel assez juste de messieurs-dames tout le monde, pas plus courageux ou sympathique que la moyenne, mais pas moins non plus. Certaines individualités se démarquent toutefois, prennent l'ascendant sur leurs compagnons et imposent leur point de vue. Pour tous les autres, ce sont les réflexes ancestraux qui dominent, le besoin de sécurité, de chaleur humaine : l'instinct grégaire est à l'œuvre.

Mais ce qui accroît la tension et donne tout son piquant à l'intrigue, c'est l'incertitude totale dans laquelle se trouvent nos infortunés voyageurs. Coupés du monde, perdus au fin fonds d'un pays étranger lui-même assez secret (on devine que la Zoldavie est un pays d'Europe de l'est comme on il en existait au temps du "Rideau de fer"), les spéculations vont bon train. D'abords simples et frappées au coin du bon sens (l'incurie des chemins de fer zoldaves), les hypothèses les plus folles sont envisagées tour à tour (un jeu de téléréalité, une guerre) et le moindre indice prend dans ce contexte une importance démesurée.

Au milieu de tout çà, il y a aussi la rencontre de François, le narrateur, et de Violette. Deux être forts différents mais que rapproche une même détermination à vivre et qui, face à un futur incertain, sont bien décidés à profiter pleinement du présent. Leur relation est une petite oasis de fraîcheur qui permet de souffler un peu entre des scènes tragiques ou mouvementées.

Une chose est en tout cas certaine, c'est que l'on a hâte de connaître le fin mot de l'histoire et, le roman étant court, on ne le quitte plus jusqu'à son dénouement. Un dénouement un peu déroutant avec une fin ouverte mais qui s'accorde parfaitement à l'étrangeté du récit. Qui laisse aussi une petite chance à François et Violette, au rêve autant qu'à la réalité. Moi, j'ai fais mon choix. A vous d'en faire de même !

Points Roman Noir - 2009

3 mai 2013

LA PIERRE PHILOSOPHALE - COLIN WILSON

untitledSoupçonnant une relation de cause à effet entre longévité et activité cérébrale intense, Howard Lester entreprend des recherches afin de confirmer son intuition. Avec l'aide d'un universitaire qui partage les mêmes convictions, il parvient à mettre au point une très légère opération du cerveau permettant d'élargir le champ de la conscience humaine.

Ayant expérimenté sur eux même le résultat de leurs recherches, ils se découvrent alors de nouvelles capacités. Outre une intelligence accrue, les voici désormais capables de remonter le temps par la pensée lorsqu'ils sont mis en présence d'un objet ou d'une photographie. Cette " technique " leur fait entrevoir l’existence d'entités toutes puissantes ayant précédé l'apparition de l'homme. Mais ne risquent-ils pas de réveiller ces terribles puissances ? 

 

Nombreux sont les romans fantastiques se présentant sous la forme de mémoires. Racontées à la première personne, sous le sceau de la confidence, elles confèrent aux évènements incroyables qu’elles rapportent toute l’apparence de la vérité. Et lorsqu’en plus leur auteur précise qu’il s’agit d’un simple témoignage n’ayant pas vocation à être diffusé, il ne nous est plus possible de douter de sa bonne foi ; quelle raison aurait-il de mentir puisqu’il n’attend rien de ses révélations ? 

Les mémoires d’Howard Lester comportent deux parties. La première n'est guère passionnante et pour tout dire je l'ai même trouvée assez rébarbative. Il s'agit purement et simplement du compte rendu des recherches auxquelles se livre le héros. Ce n'est pas à proprement parlé inintéressant. C’est même sans doute nécessaire pour planter le décor. Mais il faut faire preuve d'une bonne dose de persévérance pour venir à bout de cette longue énumération de réflexions, voyages, études et expériences.

Heureusement, tout se décante dans une seconde partie qui nous réserve quelques révélations surprenantes. Attention tout de même, l'action demeure quasi inexistante et reste cantonnée aux salles de musées. Toutefois, si les voyages n'ont lieu que par la pensée, les découvertes réalisées par les personnages n’en sont pas moins palpitantes. Un véritable suspens s’installe au fur et à mesure que leur enquête progresse et qu’un terrible bras de fer intellectuel et psychique s’engage avec leur ennemi.

Il faut dire que nos héros ont fort à faire puisque leurs adversaires ne sont autres que les Grands Anciens dont Lovecraft nous a tant parlé. Il sera d’ailleurs un peu question du «Maître de Providence» considéré par l’auteur comme un précurseur sur le chemin de la vérité. Mais si Lovecraft était guidé par sa seule sensibilité artistique,  Howard Lester entend apporter des preuves irréfutables de l’existence de Chtullu et Cie.

Et c’est d’ailleurs toute l’originalité de ce livre que de donner une explication «rationnelle» à ce grand mythe de la littérature fantastique. Mû, l’Atlantide et les Grands anciens sortent ainsi du domaine de la légende et prennent pied dans la réalité historique de notre planète.

Ce roman d’un abord difficile n'est sans doute pas un chef d'œuvre du genre, mais constitue en tout cas une approche neuve de l’œuvre de Lovecraft, entre hommage et réécriture. Une curiosité à découvrir !

Editions NéO - 1982

9 mai 2013

LA GUERRE OLYMPIQUE - PIERRE PELOT

untitledTerre, année 2200. La planète est divisée en deux camp : d'un côté les pays d’idéologie capitaliste et libérale, les blancs, de l'autre la fédération socialo-communiste, les rouges. Tous les deux ans la guerre olympique est déclarée entre ces deux blocs. Les participants : des athlètes sur-entrainés, conditionnés et dopés qui risquent leur vie dans des épreuves où la défaite est synonyme de mort.

L’enjeu : la suppression dans le camp des perdants d’un certain nombre de citoyens, à raison de quelques centaines de milliers pour une épreuve perdue et de plusieurs millions pour une déroute totale. Les victimes : les délinquants, les condamnés, les asociaux, les déviants de tout poil, à qui l’on a greffé dans la tête une micro-bombe programmée pour exploser en cas de défaite de leur camp.

Nous suivons le parcours de quelques personnages dont le sort est intimement lié au déroulement de cette olympiade : un athlète français et sa petite amie ainsi que deux « condamnés », un rouge et un blanc, l’un résigné et fataliste, l’autre décidé à échapper à son destin en se faisant retirer son implant. 


Les compétitions sportives utilisées comme alternative à la guerre. Voilà un thème bien intéressant mais pas si éloigné que çà de la réalité.

En effet il n’est que de se rappeler les années de guerre froide pendant lesquelles les jeux olympiques étaient l’occasion pour les Etats-Unis et le bloc soviétique d’affirmer leur suprématie. Les athlètes dopés, endoctrinés, asservis à une cause n’avaient finalement guère plus de libre arbitre que les personnages de ce roman et ce ne sont pas les nageuses est-allemandes qui me contrediront.

L’auteur a donc juste forcé le trait et ajouté à cette confrontation idéologique l’idée que les perdants doivent payer leur défaite en vies humaines, permettant ainsi à leur gouvernement de se débarrasser de leurs opposants à peu de frais. Comme qui dirait l’occasion de faire d’une pierre deux coups.

On éprouve en tout cas un léger malaise à voir des populations entières suivre avec passion ces olympiades sanglantes. Heureusement, Pierre Pelot a su alterner les scènes d’action au cours desquelles nous voyons les athlètes s’étriper à qui mieux mieux au cours d’épreuves que l’empereur Néron n’aurait pas désavouées, et des passages plus introspectifs nous permettant de ressentir l’angoisse des condamnés.

De la belle ouvrage, mon cher monsieur Pelot !

Denoël - Présence du Futur - 1980

6 mai 2013

CORSAIRE TRIPLEX -PAUL D'IVOI

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L'amirauté britannique est en émoi. Trois de ses ports militaires distants de plusieurs milliers de kilomètres les uns des autres, ont été détruit simultanément par le mystérieux corsaire Triplex. Mais qui est donc cet individu qui paraît doué du don d'ubiquité ? Pourquoi réclame-t-il un procès à charge contre Toby Allsmine, le tout puissant chef de la police du pacifique ? Comment fait-il pour narguer si effrontément la flotte britannique ? Et que viennent faire dans cette histoire un célèbre journaliste français et un prisonnier égyptien ? C'est ce que nous découvrirons dans ce roman.


Bien que le héros de ce cinquième épisode des "voyages excentriques" soit un anglais contraint de lutter contre son pays, nous y retrouvons également les très gaulois Armand et Robert Lavarède. Toutefois, seul le second joue un rôle de quelque ampleur dans ce livre où il est aussi question de Lothia, sa fiancée égyptienne, et des évènements qui secouent la terre des pharaons sous le joug britannique (voir "Le cousin de Lavarède). 

Mais ici, ce sont les possessions australiennes de l'Angleterre qui servent de cadre à une gentille petite histoire de vengeance. Gentille mais guère passionnante. L'auteur y utilise les thèmes éculés d'un romanesque très XIXème siècle (assassinat pour hériter d'une riche veuve, enlèvement d'enfant et réapparition bien des années plus tard, confusion d'identité) et le mystère qui entoure la personnalité de triplex est trop vite levé pour maintenir l'intérêt du lecteur.

Heureusement, quelques scènes d'action et un peu d'humour nous sauvent in extremis de l'ennui. On frémit donc un tantinet chez les Dayaks réducteurs de têtes, on sourit aux patronymes de certains personnages ( Allsmine = tout est à moi, ....) et l'on s'amuse des déboires et des petits travers des militaires anglais (notamment leur amour du Gin et du rosbif). 

Je soupçonne à ce propos Paul d'Ivoi d'avoir pris un plaisir très cocardier à ridiculiser l'Angleterre dans ce qu'elle a de plus fort : sa puissance navale. D'autant qu'il ne se prive pas de critiquer sa politique colonialiste tout en soulignant la grandeur de l'empire français. 

Pour le reste signalons que, comme à son habitude, l'écrivain en profite pour instruire et faire rêver ceux de ses lecteurs qui n'ont pas la chance de voyager. Cette fois, c'est l'Océanie qui est à l'honneur. Nous visitons donc l'Australie des kangourous et ses immenses déserts, la jungle de Bornéo peuplée d'orangs-outangs, le détroit de Malacca et les chapelets d'îles qui parsèment l'océan pacifique. Son récit s'agrémente également de nombreux apartés que l'on croirait directement issus d'un dictionnaire et qui nous permettent d'apprendre bien des choses sur la culture de l'huître perlière ou la formation des récifs coralliens. 

L'auteur se montre en revanche moins prolixe en matière de spéculation scientifique et se contente de puiser sans vergogne dans l'œuvre de Jules Verne : Triplex doit beaucoup à Némo, ses sous-marins ressemblent énormément au Nautilus (jusqu'au piano dans le salon du navire) et l'île d'or rappelle étrangement l'île mystérieuse. 

Pourtant, malgré ces petits défauts, les livres de Paul d'Ivoi constituent une lecture naïve et rafraîchissante dont on aurait tort de se priver sous prétexte qu’ils ont mal vieillis. Alors si vous voulez entendre parler de bicyclistes ou d’automédon, et revenir à une époque où les femmes se laissent mourir à cause d’un amour malheureux, n’hésitez plus. 

Pour ma part je vais me laisser tenter par le volume suivant qui doit voir Robert Lavarède prendre la tête des insurgés égyptiens. Encore un rude coup porté à la couronne britannique !

J'ai Lu - Voyages Excentriques - 1983

 

6 mai 2013

LA VALLEE MAGIQUE - EDMUND HAMILTON

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Eric Nelson est un mercenaire américain engagé sous la bannière d’un chef de guerre chinois en lutte contre la jeune république populaire. A la suite d’un engagement plus rude qu’à l’accoutumée, sa petite troupe a été décimée et attend l’estocade finale dans un village du sud de la Chine. 

Alors qu'ils ont perdus tout espoir d'échapper à la mort, Nelson et ses compagnons sont abordés par un individu étrange : Shan Kar. Ce dernier se fait fort de les tirer de ce mauvais pas en échange de leur intervention dans le conflit séculaire qui opposent deux clans rivaux. Soulagés de sauver leur peau et attirés par la promesse d’une riche récompense, les mercenaires acceptent. 

C'est ainsi qu'ils découvrent L’lan, vallée perdue au cœur de l’Himalaya, monde étrange où certains animaux sont doués d'intelligence et reconnus comme leurs égaux par les humains du camp de la "Fraternité". Mais Nelson et ses hommes ont été engagés par les "Humanites" qui s'opposent farouchement à cette parité. Ont-ils choisis le bon camp ?


"La vallée magique" est un chouette petit roman, rafraîchissant, dépaysant et inventif. 

Il débute pourtant de façon bien conventionnelle puisqu'il y est question d'aventuriers découvrant une civilisation oubliée, de lutte entre deux clans rivaux et de l’existence d’un mystérieux secret. Mais, alors que nous croyons avoir affaire à une ènième histoire de "lost race" à la Haggard ou à la Burroughs, l’auteur déjoue les pronostics et se démarque de ses illustres prédécesseurs. 

Il y parvient surtout grâce à ses personnages, plus profonds et complexes qu'il n'est d'usage dans ce type de récits. Il y a bien des bons et des méchants, des cœurs purs et d'infâmes crapules, mais les caractères sont suffisamment étoffés pour qu'on y décèle les changements de mentalité et l'ouverture à autrui qui s'opèrent chez certains. 

Cette absence de manichéisme est surtout sensible chez le héros qui combattra un temps au côté des agresseurs et ne rejoindra le camp de la sagesse qu'à la suite d'une expérience d'une nature toute particulière. 

La présence d’animaux doués de raison (comme aurait dit Robert Merle) est également pour beaucoup dans l'originalité de ce roman. Chevaux, loups et aigles y ont des rôles aussi importants que les humains et constituent des personnages à part entière. L'auteur nous fera même vivre, le temps de quelques chapitres, les évènements par les yeux d'un loup. 

Enfin, Edmond Hamilton a su ajouter à ce roman de pure fantasy une petite touche de science-fiction lui permettant d'y apporter une conclusion astucieuse. 

Le tout constitue donc une agréable distraction qui plaira particulièrement aux plus jeune grâce à la présence de nombreux animaux.

Le Masque SF - 1975

 

4 mai 2013

BLIZZARD - GEORGE STONE

untitledQuelques jours avant les fêtes de Noël, la côte est des Etats-Unis est touchée par une une tempête de neige et une chute des températures sans précédents. Dans le même temps, un scientifique de renom disparaît mystérieusement. Paul Garfield, éminent climatologue ayant un temps travaillé pour le ministère de la défense, devine un lien entre ces deux événements et entreprend d'alerter les autorités. Il recevra l'aide d'une journaliste et d'un jeune sénateur.

 

Malgré un argument général qui s'apparente à la SF ce livre me paraît surtout relever du roman d'espionnage. Nous retrouvons ainsi bon nombre des figures imposées du genre (des satellites espions, des militaires bornés, des scientifiques sans éthique, des politiciens de tout poil...) et la recherche de la vérité constitue le véritable cœur de l'intrigue.

Une vérité que l'on devine bien vite tout comme l'identité des coupables. Mais çà n'est pas bien grave puisque l'intérêt du bouquin réside surtout dans la course contre la montre et contre les éléments déchainés, menée par une poignée d'individus. Nous n'échapperons d'ailleurs pas à certains clichés des « films catastrophes » dont celui du scientifique qui détient seul la vérité mais qui peine à la faire reconnaître par les autorités.

Roman d'anticipation sans prétention « Blizzard » nous propose une lecture honnête et sans surprises, émaillée de jolies descriptions des States paralysés par le froid, la neige et le vent. Une curiosité.

Marabout -1978

6 mai 2013

SILENCE ROUGE - FRANCOIS SARKEL

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Francine et Stéphanie partagent une petite maison dans un quartier populaire de Reims. Une cohabitation pas toujours évidente pour Francine qui doit supporter la musique assourdissante de sa cadette, une ado fan de hard rock. Malgré tout, les deux sœurs sont très proches. Aussi, lorsque Stéphanie est abominablement assassinée, Francine plonge dans une profonde dépression et seule la volonté de débusquer l'assassin l'empêche de sombrer définitivement. 

Pressentant l'inefficacité de la police, elle décide de mener sa propre enquête avec l'aide de Maxime, un garçon sympa bien qu'un peu porté sur la bouteille et avec lequel elle entretient une relation épisodique. Ensemble, ils seront confrontés à la dangereuse secte des "Zélateurs du silence" et à leur chef, un psychopathe de la pire espèce... 

 

Avec quelques scènes absolument écœurantes et gorgées d'hémoglobine, ce livre aurait eu toute sa place dans la collection "Gore" du Fleuve Noir. Pour le reste, il s'agit d'un roman un peu faiblard et quasi dénué de suspens. 

Dans ces conditions, on ne s'intéresse guère qu'à la façon dont les malheureuse victimes de cette secte "décibelophobe" vont être trucidées. Et là, l'auteur se lâche carrément. On y tue avec beaucoup de recherche et un grand sens de la mise en scène. Une sorte d'esthétisme macabre qui frise parfois le grand guignol. D'ailleurs, l'auteur emploi lui-même cette expression à une ou deux reprises, comme s'il entendait de la sorte prendre un peu de recul avec son histoire, nous rappeler que tout cela est à prendre au second degré, voire au troisième... 

De fait, plus que toutes ces descriptions sanguinolentes, c'est surtout l'atmosphère qui baigne le récit qui a retenu mon attention. Une ambiance cafardeuse, grise et pluvieuse qui n'est pas sans rappeler celle de "Dépression", un autre roman de François Sarkel. Les gouttières ne cessent de glouglouter, les murs suintent, l'humidité est partout. Les coupures d'électricité plongent régulièrement la ville dans l'obscurité et une odeur nauséabonde imprègne toute chose. 

Les héros eux même sont parfaitement raccords puisque l'on est coincé entre une dépressive profonde et un alcoolique notoire ! Bref, tout cela n'est pas bien gai et ce n'est pas la fin qui viendra y changer quelque chose, loin s'en faut.

Fleuve Noir Angoisses - 1993

 

27 mai 2020

ALMURIC- ROBERT ERVIN HOWARD

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Menacé d’être lynché après une rixe qui a mal tourné, Esau Cairn trouve un refuge provisoire dans le laboratoire du professeur Hildebrand. Ce dernier lui propose alors d’utiliser une machine de son invention qui devrait le propulser à travers l’espace vers une planète habitable. N’ayant plus rien à perdre, Esau accepte la proposition et se retrouve sur un monde étrange peuplé d’une race d’humanoïdes particulièrement agressifs : les guras. 

Ce roman est l’une des rares incursions de Robert Erwin Howard dans le domaine de la science-fiction. Une incursion extrêmement timide puisque, malgré l’absence d’ingrédients d’ordre fantastique, la planète Almuric ressemble fort à ses habituels univers de fantasy et notamment à l’âge hyborien de son célèbre barbare. Pas de sorciers donc, pas de démons ni autres magiciens mais un environnement très « médiéval fantastique » avec force goules, araignées gigantesques et monstres ailés. L’intrigue est aussi totalement tournée vers le fait guerrier et les combats à l’arme blanche, les duels et les sièges se succèdent en un crescendo de fureur et de sang.

En fait la SF se limite à un postulat de départ, une idée vite expédiée, sensée expliquer la présence d’un terrien sur une planète radicalement différente de la sienne. Howard est visiblement très peu à l’aise avec ce genre. Il est vrai que nous sommes alors en 1936 et la science-fiction « moderne » n’en est encore qu’à ses débuts. Burroughs lui-même n’avait pas fait un gros effort de vraisemblance avec son John Carter, vingt ans plus tôt. Le grand Bob, lui, n’en fait aucun. Le voyage intersidéral de son héros et la façon dont il communique avec le scientifique qui nous relate ses aventures, sont à peine évoqués et, à chaque fois qu’un élément de son récit mériterait un éclaircissement, il botte en touche. Son personnage maîtrise ainsi parfaitement la langue locale et se découvre des qualités de bretteur hors pair sans que rien ne vienne jamais le justifier. Quant à ses explications concernant l’incroyable différence physique entre les mâles et les femelles guras, elles auraient sans doute fait hurler de rire ce pauvre Darwin ! Il ne faut toutefois pas trop s’émouvoir de ces incohérences et de ces petites facilités mais les accepter telles quelles, en se contentant de découvrir Almuric avec la même joie enfantine que son héros. Un héros qui constitue d’ailleurs la seule véritable curiosité de ce roman.

A première vue, Esau Cairn ressemble pourtant à n’importe quel personnage howardien. Grand, musclé, appréciant les combats et les beuveries, c’est le prototype même du guerrier invincible qu’affectionne l’auteur. Il constitue néanmoins une exception notable dans son œuvre puisqu’il s’agit cette fois d’un américain du XXème siècle autrement dit l’un de ses contemporains. Cela lui permet de glisser dans une intrigue essentiellement guerrière, les nombreuses réflexions qu’inspirent à Esau Cairn son passage d’homme civilisé à celui de barbare ainsi que les comparaisons qu’il fait entre sa vie d’avant et sa nouvelle existence sur Almuric. Et le moins que l’on puisse dire c’est que la comparaison n’est pas flatteuse pour notre bonne vieille Terre. Esau se sent en effet comme un poisson dans l’eau sur sa planète d’adoption. Il ne cesse de faire l’éloge de ce monde où tout peut se régler à la force du poignet et loue la simplicité et la franchise de ses habitants qu’il oppose à la sophistication et à l’hypocrisie des terriens.

Pour autant, ce n’est pas tant la barbarie ou la sauvagerie que recherche son héros, mais la liberté absolue, l’absence totale de contraintes légales ou institutionnelles. Ce qu’il apprécie, c’est de vivre désormais sur un monde jeune où tout est possible, comme celui des hommes et des femmes à l’aube de l’humanité ou celui des pionniers américains qui se lançaient à l’assaut de l’ouest pour y construire leur avenir à la seule force de leurs bras et de leur six coups. En fait, Almuric est le rêve éveillé d’un Howard qui, à l’instar de son héros, ne se sentait à sa place ni dans son pays, ni dans son époque et qui comme lui décida, quelques mois après avoir écrit ce roman, de s’embarquer pour un voyage sans retour.

Nouvelles Editions Oswald - Fantastique/SF - 1986

20 juin 2019

UN HIVER A MANNHEIM - BERNHARD SCHLINK

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Et revoilà Selb, le vieux privé qui traîne ses 69 ans, son souffle court et ses problèmes domestiques dans l’Allemagne tout juste réunifiée des années 90. Cette fois-ci c’est le terrorisme et l’ombre de la bande à Baader qui sont au menu d’une enquête qui lui fera côtoyer des psychiatres, des militaires, des journaleux, des militants écologistes et des agents immobiliers. Si l’intrigue ma semblée plus aboutie que la précédente (cf : Brouillard sur Manheim), en tout cas plus touffue et plus riche en surprises et en rebondissements, j’ai en revanche trouvé qu’elle en perdait un peu au niveau du background. Est-ce parce que l’effet de surprise ne fonctionne plus, mais j’ai été beaucoup moins emballé que la première fois par les scènes de sa vie quotidienne et ses rapports avec son petit monde, famille, amis, voisins, bref tout ce qui faisait le charme du premier opus.

Pour autant, Selb demeure un héros attachant. Cet ancien magistrat du IIIème Reich bien revenu de l’idéologie nazie, est un privé atypique. Limité par son âge avancé, il compense ses faiblesses physiques par son expérience des rouages politico-policiers et sa connaissance de la nature humaine. Désabusé mais pas encore misanthrope, il va cette fois voler au secours d’une jeune femme piégée par d’anciens idéologues d’extrême gauche. Une histoire où les intérêts particuliers et la raison d'état s'unissent comme souvent pour dissimuler la vérité et où les idéaux de jeunesse se transforment en réalisme mercantile.

Gallimard - Folio Policier - 2003

1 décembre 2017

LA CHANSON DE COLOMBANO - ALESSANDRO PERISSINOTTO

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Dans les alpages au-dessus de la petite ville de Chiomonte, au mois de mai 1533, une famille de bergers est retrouvée morte au milieu de ses bêtes. Après que l’hypothèse de la peste eut été écartée les soupçons se portent sur Colombano Romean, leur voisin tailleur de pierre qui a entrepris de creuser un tunnel pour irriguer la vallée. Appolito Berthe, jeune juge fraîchement nommé dans la petite paroisse est chargé par le prévôt d’Oulx de tout faire pour innocenter l’accusé. Il va vite se rendre compte que l’affaire est plus complexe qu’elle n’y parait.

C’est en effectuant des recherches pour sa thèse de doctorat sur le folklore alpin qu’Alessandro Perissinotto a découvert l’existence de la chanson de Colombano. Le texte, chanté par une vieille montagnarde dans un patois mélangeant le piémontais et le provençal étant malheureusement incomplet, il ne put sans servir pour sa soutenance. Des années plus tard, devenu un éminent sémiologue et un jeune écrivain, il entreprend de plus amples investigations afin de découvrir si l’histoire de Colombano Romean est fondée sur des faits réels. Son roman est donc pour partie le résultat d’une enquête minutieuse menée dans les archives régionales de France et d’Italie et d’autre part le fruit de son imagination.

Ceci dit, la reconstitution de cette histoire de meurtre et du procès qui s’ensuivit, pour pertinente qu’elle soit n’est pas la qualité première de ce roman. La quatrième de couverture de la présente édition évoque « Le nom de la rose » d’Umberto Eco et « Les piliers de la terre » de Ken Follett ce qui est tout de même bien exagéré puisqu’on y trouve ni l’érudition du premier ni le côté « grande fresque historique » du second. L’enquête policière proprement dite n’est pas exceptionnelle. On est très vite aiguillé vers le mobile et vers les coupables et si la façon dont le héros démasque ces derniers n’est pas dénuée d’intérêt, elle est loin d’être captivante.

En revanche l’immersion dans une petite communauté montagnarde de la première moitié du XVIème siècle fonctionne parfaitement. La méfiance, les jalousies, le qu’en-dira-t’on mais aussi les silences et les non-dits de ces populations généralement peu disertes, l’auteur les rend parfaitement. Il restitue également très bien les rapports entre humbles et puissants dans ces régions isolées où, plus qu’ailleurs, l’aristocrate, le riche marchand et le savant peuvent écraser le petit peuple du haut de leur pouvoir et de leur science.

Quant au juge enquêteur héros de cette histoire, il est, et ce n’est pas si fréquent en matière de roman historique, parfaitement en phase avec son époque. J’ai beaucoup aimé ce personnage de paysan pauvre qui a embrassé la vie religieuse puis le métier de juge moins par conviction que pour s’assurer un avenir. Son attitude mêlée de curiosité et de crainte, de bonté naturelle et d’égoïsme, de révolte et d’obéissance servile est très juste. Son empathie pour l’accusé le poussera certes à faire la lumière sur les crimes qu’on impute à Colombano mais, dès que sa propre sécurité est en jeu et notamment lorsque l’inquisition pointe le bout de son nez, il fait profil bas et assure ses arrières. Bref, un individu normal, totalement raccord avec les mentalités de ce siècle et qui apporte au récit sa crédibilité.

Gallimard - Folio Policier - 2004

6 février 2022

LE MANUSCRIT HOPKINS - R. C. SHERRIFF

arbrevengeur49-2009

La Lune ayant dévié de sa trajectoire, une collision avec la Terre semble inévitable. Après avoir longtemps gardé le secret, le gouvernement britannique entreprend de préparer le pays au cataclysme qui s’annonce. 

« Le manuscrit Hopkins » est un curieux mélange de roman catastrophe,  de post-apo et de satire politique.

Roman catastrophe tout d’abord puisque ce thème occupe une bonne moitié de l’histoire. De la découverte du phénomène astronomique qui menace la Terre jusqu’à sa réalisation, l’auteur nous invite à suivre la progression du danger et ses conséquences sur les activités humaines. Il se concentre sur un petit bout d’Angleterre : Beadle, bourgade rurale du Hampshire où réside Edgar Hopkins . Et c’est avec ce personnage qui n’a rien, mais alors vraiment rien d’un héros, que nous allons vivre ces évènements qui vont révolutionner le monde.

Au premier abord, Edgar Hopkins est un individu qui n’inspire guère de sympathie. Mesquin, égoïste, avide d’honneurs, il ne songe qu’à son petit confort de vieux célibataire et n’a d’attention que pour son élevage de poules primées. Mais le petit bonhomme détestable va se révéler beaucoup moins ridicule qu’il n’y parait. Il saura se rendre utile à sa communauté, prendra en charge deux orphelins et résistera, seul ou presque, aux trompettes guerrières du nationalisme. C’est donc par la bouche de cet insignifiant quidam que l’auteur nous raconte les sept mois qui précèdent le cataclysme. Sept mois pendant lesquels il sera question du secret qui entoure l’incroyable nouvelle, des demi-mensonges du gouvernement pour éviter la panique puis des moyens pour y faire face et enfin, de la catastrophe elle-même.

Cette partie du roman a un petit côté old school, quelque chose de Wells ou de Verne dans sa façon de nous narrer le quotidien de Hopkins et les réunions de la très british Société britannique de la Lune où savants et notables discutent fin du monde en buvant le thé. Le décalage entre le drame qui se joue et l’existence très terre à terre de notre éleveur de poules apporte au roman une note d’humour bienvenue qui lui évite de sombrer dans le pathos.

Une fois survenue la catastrophe, l’intrigue tourne fort logiquement au post-apocalyptique. Nous découvrons alors comment l’Angleterre se reconstruit, au triple niveau de l’état, de la ville et de la cellule familiale. L’auteur nous donne ainsi quelques indications sur la façon dont les institutions anglaises se relèvent et entreprennent de rétablir leur autorité sur le pays. Mais c’est surtout la ville de Beadle que nous voyons renaître peu à peu grâce  aux efforts des survivants qui saisissent là l’occasion de repartir d’un meilleur pied. Là encore Hopkins et les deux jeunes gens qu’il a pris sous son aile sont aux premières loges pour nous montrer comment la survie puis la reconstruction s’opèrent.

Malheureusement, ces bonnes intentions feront long feu. Ecrit en 1939, le roman de Robert Cedric Sherriff est marqué par la situation internationale du moment. On retrouve d’ailleurs dans les discussions entre grandes puissances au sujet du partage des richesses de la Lune, un peu des tractations avec l’Allemagne nazie. L’auteur pressent la guerre qui s’annonce et semble très pessimiste quant à l’avenir de l’Europe. Il est tout cas persuadé que ce n’est pas un danger d’outre espace qui causera la fin de l’humanité. L’homme s’en chargera lui-même. Comme un grand !

L'arbre Vengeur - L'alambic - 2009

12 novembre 2023

PLUS NOIR QUE VOUS NE PENSEZ - JACK WILLIAMSON

pp5017-1978

Tout juste rentré d'une longue expédition en Asie, le professeur Mondrick est terrassé par une crise cardiaque alors qu'il s'apprêtait à faire d'importantes révélations sur les origines de la race humaine. Will Barbee, un de ses anciens élèves devenu journaliste, est persuadé que son décès n'est pas naturel. Il soupçonne aussi April Bell, sa consœur et concurrente, de ne pas être étrangère à ce drame...

« Plus noir que vous ne pensez » est une histoire de loup-garou qui sort de l'ordinaire. Jack Williamson y fait le postulat selon lequel deux espèces humanoïdes se livrent depuis l’aube des temps un combat pour l’hégémonie. D’un côté les humains, de l’autre les hommes-sorciers capables de se jouer de la matière et de se transformer en animal. L'idée est originale et l'auteur l'intègre fort bien à l'histoire de l'humanité, expliquant par exemple les mauvais penchants de l'homme et ses tendances à la schizophrénie par le métissage entre les deux races ou présentant l'inquisition comme l'un des épisodes de cette lutte séculaire.

Le développement de son intrigue est en revanche beaucoup moins passionnant. En dépit d’une chouette ambiance façon « film noir » avec journaliste alcoolo, vamp, et tout, et tout, le récit manque cruellement de punch. Il est aussi affreusement répétitif. Chaque soir le personnage principal prend l'apparence d'un animal différent (loup, boa, tigre...) et va supprimer l'un des membres d’une l'expédition scientifique de retour du désert de Gobi. Chaque matin il se réveille, ignorant s'il a rêvé ou s'il est bel et bien responsable du meurtre commis pendant la nuit. Cela finit par être lassant d'autant que Will Barbee n'a aucune prise sur les évènements et semble n'être qu'un pantin entre les mains de la séduisante April Bell.

Le récit traîne donc en longueur et peine à soutenir l'intérêt du lecteur en dépit des révélations qui se succèdent. Heureusement la chute est plutôt bien amenée et récompense amplement la ténacité de ceux qui auront tenus jusqu'au bout. Ouf !

Pocket SF - 1978

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