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2 avril 2023

DIX JOURS AVANT LA FIN DU MONDE - MANON FARGETTON

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Parties de Nouvelle-Zélande, deux lignes d’explosions d’origine inconnue ravagent tour sur leur passage. La côte Atlantique devant être la dernière touchée, les routes de France sont prises d’assaut par une foule compacte qui souhaite repousser l’échéance fatidique. 

Avant d’avoir les honneurs de la collection Folio SF, le roman de Manon Fargetton est paru dans une édition jeunesse. Je ne suis pas sûr que Gallimard ait eu raison de lui faire franchir ce pas. Ce n’est pas que la littérature jeunesse ne soit pas digne d’intérêt ou ne puisse donner de bons romans. Des livres comme « Le deuxième matin du monde » de Manuel de Pedrolo sont là pour nous prouver le contraire, notamment dans le genre apocalyptique choisi par l’autrice. Ce n’est pas non plus parce que celle-ci aurait trop édulcoré son propos, même si les scènes les plus dures de son récit (pillages, morts, sexe) sont très vite expédiées. Non, ce qui à mon sens, justifie de cantonner son roman dans une collection à destination d’un jeune public est son absence quasi totale d’originalité.

Les histoires de fin du monde, la SF en a produit des centaines et il est désormais bien difficile d’apporter sa petite pierre à l’édifice. Manon Fargetton n’y est pas parvenue. Son histoire n’est qu’une succession de scènes « déjà vues » ou « déjà lues », et plutôt deux fois qu’une. L’alliance entre individus issus de milieux divers, l’alternance de comportements égoïstes ou altruistes, le tout dans un contexte de pagaille généralisée, tout cela a déjà été écrit, maintes et maintes fois.

Elle insiste aussi beaucoup sur la psychologie de ses personnages, mais cela reste superficiel, sonne faux et frise même parfois le ridicule. Je pense notamment à ce passage où deux personnages abordent le thème du viol et où l’un d’entre eux a cette réflexion surprenante : « Tout le monde est un violeur potentiel. Sauf les violeurs avérés. ». Ben oui ma pauv’ dame. Et puis tout le monde est aussi un fraudeur potentiel, un voleur potentiel, un assassin potentiel. Dans quel monde vivons-nous !

Il y a quand même, ici où là, quelques scènes touchantes : le suicide d’une femme dépressive qui souhaite libérer son fils du poids de sa présence ou encore ces alzheimers qui s’éclatent comme des petits fous dans leur maison de retraite vidée de son personnel médical.

Signalons enfin que le récit de Manon Fargetton flirte aussi avec le fantastique sans que cela  n’influe sur les évènements ou n’éclaire certains aspects de l’intrigue, notamment les raisons de l’apocalypse.

« Dix jours avant la fin du monde » est donc un roman que j’aurai peut-être apprécié à 13/14 ans quand ma culture SF était encore balbutiante. Quarante ans plus tard, ça ne passe plus.

Gallimard - Folio SF - 2021

 

 

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8 janvier 2023

LA DECOUVERTE DE L'ATLANTIDE - DENNIS WHEATLEY

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Le mythe de l‘Atlantide a inspiré un grand nombre d’écrivains et je pourrai citer de mémoire une bonne demi-douzaine de romans où il est question de la redécouverte de ce continent légendaire. Celui de Dennis Wheatley se situe dans une honnête moyenne, sans toutefois se démarquer de la production de ses compatriotes britanniques. Qu’il s’agisse du style ou de ses descriptions du monde des atlantes, on y trouve en effet bien des points communs avec les livres que Rider Hagard, Conan Doyle ou Bulwer-Lytton ont consacrés à ce thème.

Pourtant, c’est aux romans d’Agatha Christie que « La découverte de l’Atlantide » m’a tout d’abord fait songer. Avec ses personnages issus du beau monde (il y a une riche héritière, un prince roumain, un acteur américain, un militaire en retraite, un savant allemand…) ses parties de tennis ou de bridge, ses diners à l’hôtel et ses sorties en mer, on se croirait dans un remake de « Mort sur le Nil ». Et puis il y a aussi une sombre histoire de rapt et d’escroquerie qui vient renforcer cet aspect « detective novel », à tel point que la plongée au fond des océans apparaît presque comme une conséquence involontaire de cette intrigue policière.

Cette immersion va se faire au moyen d’un bathyscaphe tout ce qu’il y a de commun. Dennis Wheatley n’est pas Jules Verne et l’aspect technique des aventures qu’il nous propose n’est pas sa priorité. La descente dans les profondeurs abyssales s’avère néanmoins tout à fait crédible, davantage en tout cas que la façon dont ses héros émergent dans une Atlantide préservée des flots et du manque d’oxygène.

Rien de grave cependant. On suspend notre incrédulité et on découvre une sorte de jardin d’Eden où une vingtaine d’atlantes vivent en harmonie depuis des siècles. Une vie simple et austère, très proche de la nature en dépit de leurs connaissances extrêmement évoluées. En fait, ces ultimes rescapés du continent perdu sont presque parvenus à se détacher de la matière et passent le plus clair de leur temps en longues stases hypnotiques qui leur permettent de voyager par l’esprit. Quant aux relations sociales, elles sont peu codifiées. Les mœurs y sont fort libres et l’amour se donne et se reçoit selon l’envie du moment.

Hélas, l’immixtion d’étrangers au sein de cette société libertaire va rompre son délicat équilibre. Dennis Wheatley nous refait le coup de la pomme et du serpent et, tels Adam et Eve, ses aventuriers involontaires seront bannis du paradis terrestre.

Nouvelles Editions Oswald - 1984

14 août 2022

PIERRE DE VIE - JO WALTON

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Contrainte de fuir la vengeance de la déesse Agdisdis, Hanethe s’en retourne au village d’Applekirk qu’elle a quitté quelques décennies plus tôt. Dans cette région des Marches, le temps s’écoule beaucoup plus vite qu’au pays des dieux. Aussi n’y retrouve-t-elle que les lointains descendants de la famille qu’elle avait abandonnée. Très vite, sa présence va bouleverser l’harmonie et la sérénité de la petite communauté villageoise…

Dans ce roman écrit quelques années avant "Morwena" et "Mes vrais enfants", Jo Walton montre déjà l'intérêt qu'elle porte aux rapports humains et plus particulièrement à la notion d'épanouissement personnel. La pierre-de-vie qui lui donne son titre est en effet synonyme de libre arbitre. Qu'il s'agisse d'exercer telle ou telle profession, de s'engager ou non dans des liens matrimoniaux, de croire ou pas en une divinité, chacun à Applekirk est libre de ses choix.

La petite société imaginée par l’auteur a des allures d’utopie et reflète sans doute ses vues en matière sociétale. Les hommes et les femmes y sont égaux, l’homosexualité, la polygamie ou l’amour libre vont de soi et les enfants ne sont pas considérés comme des êtres inférieurs qui n’ont pas voix au chapitre.

Bien que toute l’histoire soit circonscrite aux strictes limites d’un domaine agricole, il se passe quantité de choses et pas que des plus anodines. On y cuisine certes beaucoup, les travaux de la ferme occupent énormément les personnages mais la lutte contre les fléaux qui, de tout temps, ont empêché les hommes et les femmes de vivre à leur guise n'en est pas moins passionnante. La religion, la guerre, la recherche du profit éprouveront durement la petite communauté. Les histoires de cœur mettront également à mal sa cohésion.

La très grande quantité de détails et de menus faits étoffe le cadre de l’histoire et lui donne une profondeur remarquable. Les personnages aussi, nombreux, variés, travaillés en profondeur et parmi lesquels les femmes jouent les premiers rôles. Quant à la magie, si elle est partout présente, elle n’écrase pas pour autant l'existence des personnages. Il faudra en effet attendre le dernier tiers du roman pour que prêtres et divinités jouent un rôle de premier plan. Et encore, puisque seule la raison et la concertation permettront de véritablement résoudre les conflits.

Tout cela nous donne une fantasy champêtre et familiale qui invite à réfléchir sur notre rapport aux autres et à apprécier à leur juste valeur les gestes du quotidien. Le passé est révolu, le futur viendra bien assez tôt, alors profitons au mieux de l’instant présent.

Gallimard - Folio SF - 2021

16 octobre 2022

L'ATOLL DES BATEAUX PERDUS - G. J. ARNAUD

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Créée en 1997, la collection SF du Fleuve Noir est une collection fourre-tout dans laquelle la maison d’édition recycla certains de ses auteurs après l'arrêt de la plupart de ses autres collections, Anticipation et Angoisse notamment. C’est le cas de G-J Arnaud qui put ainsi publier le troisième volet des aventures d’Ugo Cardone, capitaine de paquebot et aventurier au grand cœur.

Nous l’avions laissé à l’issue du second opus au cœur de la forêt amazonienne où il venait de contrecarrer les sinistres projets de l’armée japonaise. Nous le retrouvons cette fois à l’autre bout du monde, en Australie où lui et son équipage attendent patiemment le fret qui leur permettrait de mettre du charbon dans la chaudière et de lever l’ancre. En désespoir de cause, Ugo accepte la proposition de trois individus qu’on croirait tout juste sortis d’un mauvais film de pirates. Et justement, des pirates, c’est bel et bien ce qui attend notre héros.

"L'atoll des bateaux perdus" est une Lost Race Tale particulièrement originale qui met en scène les descendants de flibustiers et de mutins qui, depuis le XVIIIème siècle, ont trouvés refuge sur un minuscule atoll perdu au fin fonds du pacifique sud. Là sur quelques hectares de terre ingrate se sont agglutinés au cours des siècles les bateaux les plus divers, brigantins, caravelles, jonques… Une sorte de cimetière de la marine à voile où survivent les enfants de ces naufragés volontaires.

Après quelques chapitres qui permettent au lecteur de découvrir les lieux ainsi qu’une société étrange avec son histoire et ses rites, le récit s’emballe. Fantom Harbor est une poudrière et Ugo et ses compagnons sont très vite précipités dans le conflit qui oppose deux factions rivales. Les scènes de combats s’enchaînent. Infiltrations en territoire ennemi, attaques et contre-attaques jusqu’à la très logique scène d’abordage, le tout avec les armements les plus divers : épées, mousquets et mitraillettes !

Une intrigue plutôt simpliste qui, malgré quelques bons moments et quelques images frappantes (le vieux galion recyclé en cathédrale), ne rend pas franchement hommage à la chouette idée de départ.

Fleuve Noir - SF Mystère

 

22 janvier 2023

HORS NORMES - P-J HERAULT

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Après que l'ordinateur de leur centre-édu ait bogué alors qu'ils n'avaient que treize ans, les enfants qui y résidaient se sont retrouvé livrés à eux-mêmes. Pendant les douze années suivantes ils ont donc occupé leur temps libre comme bon leur semblait, étudiant les matières de leur choix et s'adonnant aux occupations les plus diverses sans soucis de leur avenir. Lorsque deux enquêteurs en mission de contrôle s'aperçoivent de la situation ils lancent la procédure d'élimination physique afin de supprimer ces inadaptés, incapables de s'intégrer au monde civilisé. Ayant échappés de justesse à l'extermination, Kavan et huit autres "hors normes" doivent désormais survivre dans un monde hostile et sous la menace constante des autorités.

"Hors normes" est un Herault pur jus où l'on retrouve les thèmes chers à l'auteur : la lutte d'un petit groupe d'amis contre des institutions liberticides et la recherche d'un havre de paix où vivre en accord avec ses principes et en harmonie avec la nature. Il diffère toutefois de ses autres opus par la nature de ses personnages. Alors que la plupart du temps ses héros sont des soldats confirmés, militaires d'active ou vétérans, les hors-normes n'ont en revanche aucune connaissance des armes et pas la moindre idée de la vie sur le terrain.

Cette inexpérience est d'ailleurs l'un des aspects les plus forts du roman puisque la survie des neuf jeunes gens en milieu hostile occupe la plus grosse partie du récit. Leur fuite désespérée dans un environnement inconnu et dangereux, la mise en commun de leurs maigres connaissances pour se sortir d'affaire et leur rencontre avec des trappeurs au grand cœur en constituent les étapes clés mais l'histoire s'agrémente aussi de quelques combats bien menés et d'une jolie idylle.

L'autre intérêt de ce roman est qu'il lève une partie du voile sur les centres-édu, ces espèces de couveuses où les enfants conçus par procréation artificielle sont "fabriqués" puis élevés jusqu'à l'âge d'homme et de femme. L'auteur les évoque dans presque tous ces livres sans jamais s'appesantir sur la question. On a donc ici l'occasion de découvrir ces installations entièrement automatisées où les futurs citoyens grandissent en vase clos et où chacun reçoit une éducation spécialisée qui lui permettra de tenir son rôle dans la société.

Malgré un format trop court pour lui permettre d'approfondir la psychologie des personnages et l'environnement dans lequel ils évoluent, P. J. Herault nous propose avec "Hors-normes" une histoire plaisante et rondement menée ou action et bons sentiments sont au rendez-vous.

Fleuve Noir Anticipation - 1992

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23 octobre 2022

LES PORNOGRAPHES - AKIYUKI NOSAKA

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Difficile de croire que "Les pornographes" et "La tombe des lucioles" ont été écrits par le même auteur. Le premier est un roman truculent qui met en scène un quintet d'escroc décidés à faire son trou dans l'industrie du sexe. Le second est un petit chef-d’œuvre de sensibilité et d’émotion sur fond de seconde guerre mondiale. Et pourtant, en y regardant de plus près, c'est bien des mêmes personnes qu'Akiyuki Nosaka nous parle, des mêmes quartiers modestes et du même petit peuple. Comme les deux malheureux gamins qui tentent de survivre aux privations qui suivent la capitulation du Japon, ses pornographes cherchent aussi à se sortir de la mouise. Ils vivent d'expédients, de petits boulots, d'arnaques lamentables. Ils habitent dans des cahutes insalubres ou squattent le logement de leur bonne amie. Ils jonglent avec les dettes et la peur de la prison.

En s'intéressant aux activités louches de ces professionnels de la démerde, l'auteur nous montre ses compatriotes sous un angle sans doute plus réaliste que celui des médias qui nous proposent toujours les mêmes images d'un Japon de tradition et de technologie. Sans fausse pudeur, il nous dévoile les phantasmes et la sexualité de ceux qui font appel aux bons soins de ses pieds-nickelés du sexe. Ouvrières d'usine, salarymen, chefs d'entreprises ou étudiants se croisent donc au gré des désirs des uns et de l'argent escomptés par les autres.

En ce sens, "Les pornographes" est presque un reportage sur l'état des mœurs de la société japonaise dans les années soixante. Une société qui change, qui s'occidentalise mais qui n'est pas tendre avec ceux qui ne veulent ou ne peuvent s'adapter. C'est aussi un chouette témoignage sur la condition de la femme à cette époque. Malmenées par une société très patriarcale, elles commencent néanmoins à s’émanciper, notamment sur le plan sexuel. Elles n’attachent plus aucune importance à leur virginité, couchent avec qui bon leur semble et entendent faire ce qu’elles veulent de leur corps. Une attitude qui semble désarçonner les hommes, conscients que leur longue domination vient de commencer à vaciller.

Philippe Picquier - 1996

10 juillet 2022

L'EVENTREUSE - STEPHANIE GLASSEY

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Ce quatrième opus de la collection Gore des Alpes me laisse perplexe. J’y ai trouvé de bonnes idées, un personnage et un sujet intéressants ainsi qu’une jolie plume. En revanche, l’irruption à mi-parcours du fantastique dans une histoire qui jusque-là s’en passait très bien ne m’a pas convaincu.

Il faut dire que le récit de Stéphanie Glassey commence de fort belle manière. Elle nous embarque dans le Valais rural de la fin du XIXème siècle à la rencontre de ces villages reculés des alpages où les populations vivent misérablement. Là, au milieu de paysans rustiques et crédules, nous faisons la connaissance d’une avorteuse. Marie-Ange est la dernière d’une longue lignée de faiseuses d’anges, femmes respectées pour leurs connaissances et les services qu’elles rendent à la communauté mais également craintes et suspectées en raison des légendes et des ragots qui circulent à leur endroit. Elle ne tardera d’ailleurs pas à faire les frais de cette réputation sulfureuse et devra fuir pour éviter les représailles d’une populace vindicative.

J’ai beaucoup aimé cette première partie qui décrit avec beaucoup de précision la profession de cette femme. L’auteur semble s’être pas mal documenté sur les méthodes d’avortement qui se pratiquaient alors ainsi que sur les pratiques religieuses concernant les bébés morts nés. On apprend ainsi beaucoup sur les limbes, ce lieu entre enfer et paradis où sont censé être précipitées les âmes des enfants non baptisés, sur « l’ondoiement », sorte de baptême in utero ou encore le « répit » qui consiste à mener le petit corps dans une chapelle et guetter un signe de vie (plutôt un réflexe physiologique) permettant de procéder au plus vite aux sacrements.

Arrivé à ce point du récit nous avons donc une héroïne singulière, une atmosphère bien cafardeuse et plein de chouettes connaissances intelligemment intégrées à l’intrigue. Hélas, les choses se gâtent avec l’introduction du fantastique en la personne, justement, des âmes des enfants avortés. L’idée n’était pourtant pas mauvaise et pour le coup parfaitement raccord avec ce qui précédait. Hélas la construction de l’histoire devient alors un peu mécanique et suit un schéma sans surprises : présentation d’une famille assez détestable dont les membres se livrent à toute sorte de perversions sur leurs employés, description des sévices subis par leurs victimes, intervention de Marie-Ange et de ses petits démons, punition des affreux pervers.

Les scènes gore, relativement sobres, sont assez conformes à nos attentes et les tortures infligées donnent à l’amateur de tripaille sa ration d’horreur. Il y manque néanmoins un petit quelque chose. Peut-être un peu plus d’implication de l’héroïne. J’eusse aimé qu’elle n’agisse pas seulement en tant que redresseuse de torts mais qu’elle soit plus directement concernée par son œuvre de vengeance. Mise en danger aussi. Là, on a le sentiment d’être en présence d’un ange exterminateur auquel il ne peut rien arriver de fâcheux, ce qui enlève tout de même un peu d’intérêt à l’histoire.

Ceci dit, « L’éventreuse » est un gore tout à fait recommandable. Il est même un peu plus que cela : un petit brûlot contre une société patriarcale et arriérée où les puissants (les hommes, les notables, les religieux), profitent de leur force ou de leur statut pour imposer leur volonté. Les choses n’ayant guère changées depuis un siècle, le roman de Stéphanie Glassey est une piqure de rappel salutaire.

Gore de Alpes - 2020

3 juillet 2022

QUAND SOUVENIRS REVENIR, NOUS SOUFFRIR ET MOURIR - DAGORY

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Voilà cinq ans que le Royaume-Uni est sans nouvelles du reste du monde. Pour comprendre les raisons de ce silence, les autorités britanniques décident de renvoyer sur le continent des prisonniers français condamnés à des peines plus ou moins lourdes. Commence alors pour la trentaine de délinquants une bien étrange équipée sauvage… 

Il est rare que le titre d’un roman en dise autant sur son contenu. L’essentiel de cette histoire repose en effet sur la façon dont les personnages affrontent la matérialisation de leurs souvenirs. Qu’il s’agisse d’un vol dans un magasin, de l’incendie d’un cinéma ou d’une tempête de neige, toutes ces plongées dans le passé s’apparentent à une véritable lutte pour la survie. Chaque évocation, chaque réminiscence se trouve démultipliée et les personnages livrent selon les cas un combat contre leurs remords ou contre l’imagination de leurs camarades.

Pour le reste, c’est un roman bien étrange que ce 1425ème opus de la collection Anticipation. Un décor post-apocalyptique, une invasion extra-terrestre très particulière, des personnages aux noms improbables, on a un peu le sentiment de se retrouver au beau milieu d’une farce grotesque et surréaliste. Heureusement, le style de l’auteur et les notes d’humour qui parsèment le récit en font une lecture assez plaisante. Et puis il y a aussi une vraie intrigue avec moult rebondissements et une révélation finale qui tient la route.

Fleuve Noir Anticipation - 1986

15 mai 2022

DU PASSE FAISONS TABLE RASE - THIERRY JONQUET

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Avec Jean-Bernard Pouy, Jean-Patrick Manchette et Didier Daeninckx, Thierry Jonquet fait partie de mon panthéon personnel d'auteurs de romans policiers. Leur point commun : le néo-polar, ce genre littéraire où l'environnement social des évènements qui nous sont narrés est souvent plus important que l'intrigue elle-même. J'ai ainsi adoré des romans tels que "Mémoire en cage", "Mygale" ou "La bête et la belle" qui, chacun à leur manière, brouillent les pistes et fond plonger le lecteur dans des abîmes de noirceur. J'ai en revanche été passablement déçu par ceux de ses romans qui flirtent avec l'espionnage ("Comedia", "Le secret du rabbin"). Or, "Du passé faisons table rase" se situe précisément à la croisée des deux genres. Il y a des espions soviétiques et des barbouzes bien de chez nous, on y croise des militants communistes et des petits délinquants et il est question du passé trouble d'un dirigeant du parti Communiste Français.

Cette intrigue, l'auteur n'est pas allé la chercher bien loin. Il s'est inspiré des reproches adressés à Georges Marchais, secrétaire général du PCF de 1972 à 1994, à propos de son travail dans les usines Messerschmitt d'Augsbourg qui produisaient les avions de combat du IIIème Reich. Thierry Jonquet s'est donc contenté de pousser le bouchon un peu plus loin en imaginant que son personnage aurait en plus quelques délations sur la conscience. On y verra peut-être une petite pique de l'ancien trotskyste adressée au sempiternel adversaire communiste, mais une petite allusion à l'affaire Boulin remet les pendules à l'heure : les scandales politiques ne sont l'apanage d'aucun parti en particulier.

Le récit mélange les époques. Nous y suivons l'existence d'un jeune ouvrier pendant la seconde guerre mondiale, une série d’assassinats en 1972 et l’affolement du bureau politique du PCF confronté à un corbeau six ans plus tard. Bien entendu, ces trois fils narratifs finissent par se rejoindre en une intrigue bien sombre qui verra une fois de plus les humbles - militants de bases,  petits fonctionnaires, exclus des quartiers chauds - faire les frais de la soif de pouvoir des grands de ce monde.

Gallimard - Folio Policier - 2006

6 mars 2022

LA REPUBLIQUE DU BONHEUR - ITO OGAWA

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Hatoko a épousé Mitsuro, le père de la petite fille dont elle était devenue très proche. Ravie, la jeune femme n’en est pas mois assaillie de doutes. Parviendra-t-elle à créer une famille harmonieuse et à s’occuper d’un enfant, elle qui ignore ce qu’est l’amour d’une mère 

En dépit du plaisir que j’ai éprouvé à retrouver les personnages de « La papeterie Tsubaki », je n’ai pas été enthousiasmé par cette suite qui n’apporte pas grand-chose de nouveau au lecteur. Ito Ogawa y applique la même recette que dans son précédent roman pour nous conter la vie toute simple de son héroïne dans la petite ville de Kamakura.

Au programme : ballades dans la cité et visites de ses nombreux temples, cueillette de feuilles de thé et de bourgeons de pétasites, repas préparés en famille ou dégustés au restaurant et bien d’autres menus faits qui forment le quotidien et vous font une vie bien remplie. Bien entendu, il est aussi question des clients d’Hatoko et de leurs requêtes parfois fort surprenantes. Mais son activité d’écrivain public passe cette fois au second plan et s’efface derrière les scènes de vie de sa famille toute neuve.

Il ne faut donc pas attendre de ce roman qu’il vous surprenne ou qu’il vous bouleverse. « La république du bonheur » est une ode à la simplicité et aux petites joies de l’existence. C’est aussi un éloge du temps retrouvé qui nous invite à apprécier le lent défilement des saisons et nous pousse à nous extraire du tourbillon technologique que la société de l’immédiateté veut nous imposer.

Pris séparément, les romans d’Ito Ogawa sont plutôt sympas. Mis bout à bout, on se rend compte qu’ils sont tous plus ou moins construits sur le même modèle et développent les mêmes idées. Il n’est donc pas sûr que j’y retourne. A moins que l’auteur ne change de registre…

Philippe Picquier - 2020

23 janvier 2022

LE ROI DES MONTAGNES - EDMOND ABOUT

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De passage en France, un jeune botaniste allemand rend visite à un célèbre écrivain. Il va lui conter l’histoire de sa captivité dans les montagnes grecques soumises à la loi d’un puissant chef de bande. 

« Le roi des montagnes » fait partie de ces œuvres à mi-chemin du roman et du récit de voyage tel qu’il s’en écrivait au XIXème siècle. La classe aisée d’alors s’initie au tourisme et s’enthousiasme pour les civilisations de l’Antiquité dont ils découvrent les vestiges. Ils vagabondent autour des pyramides, s’extasient devant le Parthénon et louent le génie des latins et des anciens grecs. Les auteurs de l’époque n’échappent pas à cette mode. Flaubert, Gautier, Maupassant et bien d’autres feront le « voyage d’Orient » dont ils tireront parfois la matière de leurs livres.

Edmond About ne partage pas cet engouement. S’il n’est pas insensible au passé glorieux de la Grèce, il est beaucoup plus réservé sur sa grandeur présente. Il critique ses institutions et se moque sans vergogne de la figure du pallicare, le bandit grec symbole de la résistance à l’occupation ottomane. Tout au long de son livre les hellènes en prennent donc pour leur grade. Sous sa plume, les hommes politiques, les banquiers, les gendarmes sont corrompus jusqu’à la moelle tandis que les fameux bandits agissent comme de vulgaires boutiquiers. Hadji Stavros, le fameux roi des montagnes, est certes décrit comme un personnage charismatique et courageux mais aussi comme un véritable usurier plaçant le produit de ses rapines dans les banques anglaises.

Les grecs ne sont pas les seuls à subir le vitriol de ses commentaires. Il se moque aussi des anglais et de leur tendance à croire que la puissance de leur empire leur donne tous les droits. Il égratigne le cartésianisme un peu obtus des allemands et le seul personnage tricolore de l’histoire est un petit bonhomme falot, craintif et avare.

Comme on le voit, le roman d’Edmond About est plutôt placé sous le signe de la satire et de l’humour. Les déboires des otages et leurs tentatives d’évasion sont l’occasion de scènes souvent fort drôles et l’évocation du chef des voleurs régissant son petit monde de malfrats et de coupe-jarrets comme le ferait un capitaine d’industrie vaut à elle seule le détour. On est donc d’autant plus surpris de voir la comédie exotique prendre un tour plus dramatique lorsque le pauvre Hermann Schultz subit la vengeance de ses geôliers et se voit infliger d’éprouvantes tortures : verges sur la plante des pieds, cheveux arrachés, brûlures diverses sur  le corps…

Le roman se terminera néanmoins sur un ton plus léger quoique sans happy-end. S’il sort vivant de son aventure parmi les brigands, le héros de cette histoire n’obtiendra pas la main de sa dulcinée, constatant à ses dépens que la parole des puissants - d’Angleterre et d’ailleurs -  a moins de valeur que celle d’un voleur grec !

Phébus - 2005

9 janvier 2022

LE TEMPLIER DU PAPE - JEAN-MICHEL THIBAUX

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Lorsque je suis arrivé au terme de ce livre, je me suis dit que Jean-Michel Thibaux devait avoir prévu une suite qu’il n’a pas eu le temps d’écrire (il est décédé en 2018). Difficile autrement d’expliquer une construction aussi déséquilibrée. Tout au long de son roman, il alterne en effet l’histoire d’une orpheline dans les états latins d’Orient à l’époque de la troisième croisade et celle d’un jeune clerc dans la Provence de la même période. Deux existences, deux destinées bien éloignées l’une de l’autre mais dont on imagine qu’elles doivent finir par se rejoindre. Et la rencontre a bien lieu avec à la clé son inévitable idylle. Le souci, c’est qu’elle intervient au bout de 300 pages alors que le roman n’en compte que 340 ! Résultat, on a un peu le sentiment d’avoir assisté à un long prologue qui déboucherait directement sur l’épilogue.

Heureusement, cette très longue entrée en matière ne manque pas d’intérêt. On y découvre sur une bonne dizaine d’années la vie des deux enfants, bientôt des adolescents, et les univers où ils évoluent. D’un côté la précarité d’une existence parmi les combats, les complots et les assassinats, de l’autre la relative sécurité d’un monastère puis d’un palais épiscopal. En dépit de la dimension épique qui entoure l’histoire de Gisla dans les faubourgs de Jaffa et son évocation de Saladin et Richard Cœur de Lion, j’ai une petite préférence pour le drolatique parcours d’Asselin parmi les ors et les excès de la cour de l’évêque Rainier.

Pour autant, cela ne suffit pas à faire un roman. En guise d’intrigue l’auteur se contente de glisser ses personnages dans les interstices de la grande histoire, en l’occurrence le détournement de la quatrième croisade et la prise de Constantinople. Mais le plus décevant est qu’il se soit cru obligé de les transformer en guerriers, faisant d’Asselin un templier et métamorphosant Gisla en une sorte de chevalier d’Eon des croisades.

Il avait pourtant des héros tout à fait valables avec cette jeune femme initiée aux secrets des poisons et qui évolue au plus près des cercles du pouvoir dans un orient objet de tous les appétits ou même avec ce jeune clerc doué pour les langues et passant des embrouilles Marseillaises aux arcanes de la politique pontificale. Hélas, Jean-Michel Thibaux semble faire partie de ces auteurs pour qui moyen-âge rime immanquablement avec chevalier et gente dame et pour qui les gens du commun n’ont pas leur mot à dire dans ce type de fresque. Dommage.

Presses de la Cité - Terres de France - 2013

4 août 2021

ANTHOLOGIE DES DYSTOPIES - JEAN-PIERRE ANDREVON

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Auteur, chroniqueur, scénariste de BD et même cinéaste, voilà près de de cinquante ans que Jean-Pierre Andrevon défriche et laboure les champs de la SF française à laquelle il a donné quelques-uns de ses plus beaux fruits. On pouvait donc difficilement trouver mieux pour nous parler de l’un de ses thèmes majeurs : la dystopie.

Après nous avoir judicieusement rappelé qu’une dystopie est une utopie dévoyée ou détournée de son but, il commence sa démonstration par la présentation des quatre romans qu’il estime être les piliers du genre :

-          « Le talon de fer » de Jack London qui illustre la domination d’une classe sur une autre et l’inévitable confrontation qui en découle,

-          « Nous » d’Evgueni Zamiatine, qui constitue l’un des exemples les plus purs de société dystopique où tous les aspects de la vie quotidienne ont été pensés et conçus pour maintenir les populations dans la dépendance et les empêcher de penser par elles-mêmes.

-          « Le meilleur des mondes » d’Aldous Huxley et « 1984 » de George Orwell pour ce qui est des moyens mis en œuvre pour asservir les masses, le premier grâce aux manipulations génétiques et mentales, le second par un contrôle absolu et une réécriture de l’histoire.

Toutes les autres dystopies ne sont donc qu’une déclinaison ou un mélange des idées abordées par ces oeuvres. Ainsi, en termes d’affrontement entre groupes sociaux, on retrouvera souvent l’opposition patronat/ouvriers comme chez Jack London mais aussi des oppositions jeunes contre vieux ou hommes contre femmes. De même le thème de la surveillance et de la société policière sera abordé de façon différente en fonction de l’évolution des progrès techniques (informatique, connectique…) tandis que le contrôle des pensées sera évoqué au travers de sociétés théocratiques aux dogmes parfois surprenants. Mais bien d’autres thèmes sont abordés dans cet essai tels que la censure, la manipulation des corps, la surpopulation…

Sans viser l’exhaustivité, le livre de Jean-Pierre Andrevon est très complet. Il n’ignore ni les exemples les plus anciens ni les plus récents et, s’il est beaucoup question d’œuvres françaises et anglo-saxonnes, il n’hésite jamais à citer un film mexicain ou un obscur roman tunisien. Il nous livre aussi de très nombreux résumés avec peut-être une petite tendance à trop nous dévoiler l’intrigue.

Je ne suis pas toujours d’accord avec lui comme par exemple lorsqu’il fait du mythe de l’Atlantide l’une des premières dystopie et qu’il présente l’Antinéa de Pierre Benoit comme « le prototype de la déesse immortelle » alors qu’elle n’est qu’une pâle copie de l’Aysha de Rider Haggard. Qui plus est, il s’agit dans un l’autre cas de Lost Race Tales, un genre conjectural bien à part qui se rapproche davantage du fantastique et de la fantasy que de la SF.

J’ai également été très surpris qu’il ne fasse pas figurer au rang des dystopies fondées sur une société du spectacle, le « Wang » de Pierre Bordage qui, dans un registre similaire à celui du célèbre Hunger Games, se montre bien supérieur grâce à la qualité de ses personnages et la portée de son message. Mais JP Andrevon a du faire des choix, sans quoi son ouvrage eu été trois fois plus épais.

Enfin, et pour en finir avec mes petits bémols, il me semble qu’il perde parfois de vue son sujet tant est grand son désir de nous parler de tel livre ou de tel film. Il m’a ainsi paru que les chapitres consacrés aux robots et aux futurs post-apocalyptiques n’avaient pas tout à fait leur place dans cette étude. Rien de bien grave cependant puisque, là encore, son propos demeure passionnant et riche en pistes de lectures. Je crois que ma PAL va encore prendre quelques dizaines de centimètres dans les semaines à venir !

Dans sa jolie robe noire « Anthologie des dystopies » est donc un fort bel ouvrage appelé à devenir un texte de référence. Je regrette d’autant plus les nombreuses coquilles qu’on y rencontre, lesquelles ne m’empêcheront toutefois pas de me procurer son « Récits de l’apocalypse » paru chez le même éditeur et qui promet lui-aussi de fort belles découvertes.

Vendémiaire - 2020

21 novembre 2021

ELLES SE RENDENT PAS COMPTE - BORIS VIAN

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Lorsqu’il se rend compte que son amie Gaya est tombée sous la coupe de trafiquants de drogue, Francis Deacon entreprend de la tirer d’affaire. Il va trouver face à lui des femmes particulièrement coriaces. 

Boris Vian est un artiste adulé par des générations d’adolescents pour ses romans décalés tels que « L’écume des jours » et « L’arrache-cœur ». Pour ma part, je n’ai lu que « L’automne à Pékin » et, le moins que je puisse dire, c’est que la rencontre ne s’est pas faite. J’avais alors une petite vingtaine d’années. Trente ans sont passés depuis et je me suis dit qu’il était peut-être temps de lui donner une nouvelle chance. Et c’est ce que j’ai fait avec l’un de ses polars publiés sous le pseudo de Vernon Sullivan.

S’il eut à l’époque quelques problèmes avec la censure, je pense qu’il aurait aujourd’hui des soucis à se faire du côté des ayatollahs du politiquement correct. Le roman est en effet truffé de remarques machistes et homophobes. Mais il faut replacer le bouquin dans son contexte et se rappeler qu’il date de la fin des années quarante. Les mentalités n’étaient pas les mêmes et le regard porté sur les femmes et les homosexuels a depuis, et c’est heureux, largement changé. Et puis on signalera à sa décharge que les femmes sont très présentes dans cette histoire qui met en scène, et ce n’était alors pas si fréquent, un gang de femmes.

Pour le reste, on est en présence d’un roman noir tout à fait classique mais traité sur le mode comique. Une sorte de bon gros pastiche avec ce qu’il faut de filatures, de fusillades, de malfrats et de pépées en détresse. Le rythme est trépidant. On n’a vraiment pas le temps de s’ennuyer et les impressions et reparties du héros/narrateur apportent au récit  une note de gaieté et d’humour qui lui va bien.

Le livre de Poche - 2000

7 novembre 2021

VAGUE A L'ÂME AU BOTSWANA - ALEXANDER McCALL SMITH

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Si JLB Matekoni était sans conteste le « héros » du second volet des enquêtes de Mma Ramotswe, le futur époux de la détective botswanaise est en revanche quasiment absent du troisième. Une bonne raison à cela : le pauvre homme est victime d’une sévère dépression. Mma Ramotswe va donc devoir gérer de front son agence de détective et le garage du pauvre homme. Elle va heureusement pouvoir compter sur le soutien sans faille de sa secrétaire.

Mma Makutsi, dont le personnage s’était déjà étoffé dans l’épisode précédent, va prendre encore davantage de carrure. Elle sera notamment amenée à résoudre l’une des deux enquêtes dont il est ici question tout en parvenant à s’imposer face à des apprentis mécaniciens récalcitrants. Ses rapports avec ces derniers nous donnant par ailleurs les pages les plus drôles du roman.

Ainsi qu’on le voit, les problèmes domestiques auxquels sont confrontés les personnages sont au moins aussi intéressants que leurs enquêtes. Des enquêtes sans meurtres ni véritables dangers mais dont chacune illustre un aspect de la société botswanaise. Il sera ainsi question de la mainmise des riches propriétaires terriens sur la classe politique du pays et du changement des mentalités induits par l’avènement d’une société de l’apparence.

10/18 - Grands Détectives - 2007

23 mai 2021

IKEBUKURO WEST GATE III Rave d'une nuit d'été - ISHIDA IRA

 

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A la différence des deux premiers volumes consacrés au « solutionneur d'embrouille » d'Ikebukuro, "Rave d'une nuit d'été" n'est pas un recueil de nouvelles. Il s'agit ici d'un court roman qui permet à l'auteur de se laisser aller à quelques digressions dans le cheminement de son intrigue. On verra ainsi Makoto s’octroyer une charmante petite idylle et, le croirez-vous, quitter son quartier et sa bonne ville de Tokyo le temps d’une virée à la montagne. Pour le reste, Ira Ishida continue d’explorer le mal être de la jeunesse nippone. Il s’intéresse cette fois aux raves party et à la consommation de psychotropes inhérente à ce genre de manifestations.

Je suis pour ma part complètement étranger à cette culture. Sauf exception, la musique électronique me gonfle et j’ai toujours été plus attiré par l’alcool que par les stupéfiants. A chacun ses vices… Tout ça pour dire que le sujet de ce roman se situe à des années lumières de mon expérience et de mes goûts. Et pourtant, Ira Ishida est parvenu à m’intéresser à cet univers particulier. Il donne une idée je crois assez juste, de ce que les ravers recherchent dans ces rassemblements où ils peuvent se déchaîner sans contrainte et d’une certaine façon, communier : « Les religions étaient mortes, la pensée sociale de gauche était morte, les protestations antérieures aux années soixante-dix n’avaient rien donné. Nous vivions une époque où seule cette danse insensée permettait de partager une extase collective. »

L’intrigue est en revanche assez fine et réserve peu de surprises. Il s’agit d’une enquête sur une bande de dealers qui écoule une nouvelle drogue aux effets dévastateurs. Elle débouche cependant sur des sujets qui ne manquent pas d’intérêt tels que la fidélité aux idéaux de sa jeunesse, la récupération commerciale des mouvements spontanés et l’inévitable corruption de l’argent.

Bref, un bon roman dans lequel Makoto, héros discret mais efficace, brille une fois encore par ses réflexions toujours pertinentes et le regard à la fois désabusé et amoureux qu’il porte sur son quartier et ses habitants.

Philippe Picquier - 2010

18 avril 2021

QUINZINZINZILI - REGIS MESSAC

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Alors que la coalition germano-japonaise et le bloc russo-américain se livrent une guerre enragée, Gérard Dumaurier visite une grotte sur les hauteurs de la Lozère en compagnie d'un groupe d'enfants. Miraculeusement sauvés des effets dévastateurs des armes chimiques et du cataclysme écologique qui s'ensuivit, les survivants se trouvent soudainement ramenés à une existence extrêmement précaire.

Ceux qui suivent ce blog le savent, j’ai un gros faible pour les récits post-apocalyptiques. J'en ai déjà lu une bonne centaine et parmi ceux-là, « La terre demeure » est incontestablement l’un de mes favoris. Dans cet excellent roman, George Stewart met en scène un personnage qui vit dans la crainte d’un retour à la barbarie et s’acharne, envers et contre tous, à entretenir la flamme de la connaissance.

Des scrupules que le héros de « Quinzinzinzili » ne partage assurément pas. Lui se moque éperdument de ce qui peut advenir des quelques enfants dont il partage le quotidien. A sa décharge, on signalera que l'humanité dont il est l'un des derniers représentants vient de s'annihiler avec une férocité et une bêtise inouïe. Désabusé, profondément déçu par la nature humaine, il en vient à se demander s'il ne vaudrait pas mieux que celle-ci disparaisse définitivement : "Quand je songe à l'avenir, je vois un nouveau calvaire collectif, une nouvelle ascension pénible et douloureuse vers un paradis illusoire, une longue suite de crimes, d'horreurs et de souffrances."

Il n'est donc pas très enclin à venir en aide aux neuf petits survivants et c'est d'un ton éminemment sarcastique qu'il nous décrit leurs tribulations. Sous son œil moqueur nous assistons à une régression intellectuelle aussi rapide que totale. Trop peut-être car, s'il est amusant de voir le "parler" des jeunes sauvageons se simplifier à l'extrême, si l'on rit de leurs réactions apeurées face aux vestiges de la civilisation, si l'on suit avec intérêt les querelles de pouvoir et d'ego, on a tout de même un peu de mal à concevoir que tout cela survienne en si peu de temps.

Cet aspect du roman fait bien entendu penser à "Sa majesté des mouches" qui met également en scène un groupe d'enfants livrés à eux-mêmes. Mais le roman de William Golding nous montre avec beaucoup plus de finesse les mécanismes à l’œuvre dans la mise en place d'une société tribale. C'est donc plutôt du roman d'Ernest Perochon (Les hommes frénétiques) que celui de Régis Messac se rapproche le plus. Les deux histoires partagent en effet les mêmes descriptions cauchemardesques des conséquences d'une guerre totale et l'idée que la survie de l'espèce sera le fait de jeunes crétins.

L'Arbre vengeur - L'Alambic - 2007

8 août 2021

LES LARMES DE LA GIRAFE - ALEXANDER McCALL SMITH

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Suite des aventures de Mma Ramotswe, première femme détective du Botswana. Alexander McCall Smith y applique la même recette que dans le premier opus avec un récit où se côtoient enquêtes policières et scènes de la vie familiale et sociale de son héroïne. Le quotidien de cette dernière s'apprête à subir un changement radical. La sémillante quadragénaire a en effet accepté d'épouser son vieil ami, le garagiste de Tlokweng Road Speedy Motors. Et comme si cela n'était pas suffisant pour transformer son existence, son futur époux se retrouve père adoptif de deux jeunes orphelins.

Ce volume est davantage axé sur les seconds rôles. On peut même dire que c'est J.L.B. Matekoni qui occupe cette fois le devant de la scène. Qu'il s'agisse du choix du futur foyer du couple, de ses problèmes avec les apprentis de son garage ou de ses démêlées avec sa femme de ménage, le récit tourne principalement autour de lui. Son rôle ainsi que sa personnalité s'étoffent et l'on découvre un individu fort sympathique et attachant. De nouveaux personnages font aussi leur apparition, à commencer par les deux orphelins dont on imagine qu'ils joueront un rôle grandissant dans les prochains volumes. Quant à Mma Makutsi, la secrétaire de l'agence de détective privé, elle prend du galon et se voit même confier sa première enquête.

Les enquêtes justement passent un peu au second plan. Le roman n'en compte que deux. La première n'est qu'une banale histoire d'adultère qui ne posera que des problèmes d'ordre moral aux deux enquêtrices. La seconde est nettement plus intéressante puisqu'il s'agit de découvrir ce qu'il est advenu d'un jeune américain disparu dix ans plus tôt. Cette affaire sera aussi l'occasion pour l'auteur d'adresser une petite pique à certaines organisations caritatives qui croient savoir mieux que les africains ce qui leur convient et veulent imposer leur point de vue en dépit des réalités.

Pour le reste, on continue à s'imprégner de l'atmosphère, du rythme et de la philosophie d'un pays où s'affrontent énergie et fatalisme, occidentalisation de la jeunesse et traditions encore très présentes.

U. G. E - 10/18 - Grands Détectives

13 décembre 2020

LE PARADOXE DE FERMI - JEAN-PIERRE BOUDINE

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Assurément, ce roman de Jean-Pierre Boudine ne va pas révolutionner le genre post-apocalyptique. Exception faite de ce fameux paradoxe et de sa théorie à laquelle j’adhère pleinement, il n’y a absolument rien de neuf dans son récit. Tout ce qu’il nous décrit, la désagrégation des sociétés, la résurgence des féodalités, les pillards, les chiens redevenus sauvages, les îlots de connaissances qui subsistent çà et là, tout cela a déjà été écrit maintes et maintes fois. Mais passe encore ce manque d’originalité. Le sujet est ancien et a été exploré sous tous ses aspects. Ce qui cloche ici, c’est la façon dont les évènements nous sont rapportés, trop générale et surtout trop distanciée.

L’histoire prend la forme du journal d’un homme réfugié dans une caverne au fin fond d’une vallée alpine. Son récit alterne ses souvenirs du cataclysme économique qui précipita l’humanité à sa perte et la description de son quotidien alors qu’il a fui le monde et s’attend à mourir d’un jour à l’autre. Un bon tiers de sa narration est donc consacré aux causes de l’effondrement (une crise de la dette) et à ses conséquences géopolitiques. Puis l’exposé passe de l’international au local et nous suivons alors le narrateur dans les différentes phases du naufrage social de la France et dans son apprentissage d’une vie chaque jour plus précaire et dangereuse. C’est assez complet et plutôt bien vu mais tout cela manque de présence et d’incarnation. On ne ressent jamais ni l’angoisse, ni les maigres espoirs des personnages et il ne reste des pérégrinations de ce survivant qu’une désagréable impression de survol.

Les scènes qui illustrent ses derniers jours sont heureusement plus convaincantes. Le dénuement presque total auquel il est réduit, ses préoccupations pour se chauffer, s’alimenter et se vêtir, sa peur des bêtes sauvages et des derniers de ses congénères, nous montrent un homme au bout du rouleau, qui n’a plus d’autre ambition que de témoigner. Une aspiration qui semble assez vaine puisque l’espèce humaine ne lui survivra sans doute que pour très peu de temps.

« Le paradoxe de Fermi » est donc un post-apo très sombre auquel je préfère cependant, dans une veine tout aussi pessimiste et avec une approche assez similaire, le roman de Christophe Siebert, plus désespéré, plus radical. Tel quel, il constitue néanmoins une bonne porte d’entrée vers un genre dont il constitue presque une synthèse.

Gallimard - Folio SF - 2017

15 juillet 2020

BREBIS GALEUSES - KURT STEINER

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Pour avoir osé émettre une opinion contraire au dogme étatique, le pauvre Rolf B40 se voit inoculer le virus du rhume. A première vue la peine peut paraître bien légère mais, dans une société où toutes les maladies ont été éradiquées, une toux, un reniflement ou un nez qui coule vous conduisent inexorablement à la déchéance. Relégué parmi les tuberculeux, les cancéreux et les exclus de tout poil, Rolf va faire le difficile apprentissage de la survie. 

Si ma dernière rencontre avec Kurt Steiner m’avait laissé perplexe, voilà une lecture qui me réconcilie avec l’auteur. Pourtant, le thème et l’atmosphère de « Brebis galeuses » sont au premier abord, très proches de ceux de « Tunnel ». Même société totalitaire, même exclusion des déviants dans les zones les plus pourries, même personnage mis au banc de la société et qui entreprend de mener la révolte populaire. Sauf qu’ici, un peu plus de légèreté dans le ton et davantage de simplicité dans le style permettent au lecteur de plonger très facilement dans ce roman pourtant très pessimiste.

L’auteur nous y raconte la descente aux enfers d’un petit fonctionnaire du Centre de Coordinations des Opérations. Une journée abominable qui le verra enchainer les mauvaises rencontres et les mésaventures et passer du statut de bon citoyen à celui de paria. Quoiqu’il fasse tout se retourne en effet contre lui. Qu’il agisse honnêtement ou se conduise comme un malfrat, qu’il tente de conserver son emploi ou de se livrer au trafic de médicaments, qu’il use de la violence ou de la fuite, le sort lui demeure contraire et le pauvre Rolf s’enfonce encore et encore. Heureusement, tout cela nous est narré avec pas mal d’humour même s’il faut convenir qu’il est plutôt noir. Un ton et un contenu qui ne sont pas sans rappeler le « Brazil » de Terry Gilliam avec lequel ce roman partage le loufoque de certaines situations et la critique d’une société individualiste et autoritaire.

Celle que nous décrit l’auteur est d’un égoïsme forcené. C’est le règne du chacun pour soi et de la satisfaction immédiate de ses envies et de ses petits plaisirs. Aucune solidarité, pas la moindre empathie envers ceux qui souffrent. Ignorés, craints, les malades, comme les SDF de nos villes, sont impitoyablement rejetés. Ils suscitent un sentiment de dégoût et, au lieu de leur venir en aide, on les chasse ou on les tue. Mais n’allez surtout pas croire que Kurt Steiner fasse dans le manichéisme le plus grossier avec les vilains riches d’un côté et les gentils pauvres de l’autre. Dans son monde, il n’y a pas plus d’aide et de réconfort entre les nantis qu’entre les réprouvés et ces derniers s’exploitent les uns les autres sans le moindre remord et avec un acharnement plus marqué envers les moins mal lotis : « Au pays des aveugles, on attrape les borgnes à tâtons et on leur crève l'œil ».

En fait, seul son héros parviendra à surmonter ses préventions et tentera de venir en aide à ses compagnons d’infortune. Sans doute parce qu’il aura partagé leur sort mais peut-être aussi parce que, au passage, il aura découvert la beauté et la force de ces drôles de sentiments que sont l’amour et l’amitié.

Fleuve Noir Anticipation - 1989

6 décembre 2020

LE CAHIER VOLE - REGINE DEFORGES

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Dans ce roman quasi autobiographique, Régine Deforges revient sur un évènement marquant de sa jeunesse : le vol de son journal intime et la divulgation de la relation amoureuse qu’elle entretint avec l’une de ses camarades. Des faits qui semblent aujourd’hui bien anodins mais qui, au début des années cinquante, pouvaient prendre des proportions étonnement dramatiques. Certes la France d’alors subissait encore le joug de la morale chrétienne et l’étroitesse d’esprit d’une société très conservatrice. Pour autant il est bien difficile d’imaginer, à plus d’un demi-siècle de distance, que l’histoire d’amour entre deux adolescentes ait pu mettre en émoi une ville entière et provoquer des réactions aussi démesurées.

La petite Léone de son roman va en effet subir un lynchage psychologique d’une violence inouïe. Une véritable persécution accompagnée d’attaques verbales et physiques de la part de presque tous les habitants de la petite ville de Montmorillon. Frappée d’un ostracisme quasi-total, guère soutenue par sa famille ou ses amis, la jeune fille va vivre des heures extrêmement pénibles et sera bien près de sombrer dans la dépression et le suicide.

A plusieurs reprises, Régine Deforges compare cette populace haineuse à celle qui tondit des femmes à la fin de la seconde guerre mondiale. Pour ma part, j’y ai vu les mêmes mécanismes qui, au moyen-âge ou à Salem, conduisaient de pauvres femmes au bûcher parce qu’elles refusaient de se conformer aux règles de leurs communautés ou tout simplement parce qu’elles étaient rousses, comme l’autrice et son personnage… Ici comme là, ce sont les mêmes mécanismes qui sont à l’œuvre, la jalousie haineuse de quelques-uns, la joie malsaine des autres, un effet d’entrainement et de dissolution des responsabilités.

Heureusement, la petite Léone a du caractère. Délurée et volontaire, intelligente et libre, vive et sensible, elle m’a rappelé la Claudine de Colette. Son ascendant sur ses camarades, la liberté que lui laissent un père absent et une mère dépassée par les évènements, son plaisir à baguenauder dans la nature, sont autant de traits qu’elle partage avec l’héroïne de cette autre femme de lettre indépendante et libérée.

Le Livre de Poche - 1993

8 novembre 2020

VIGILANCE - ROBERT JACKSON BENNETT

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« Vigilance » est un roman choc par lequel Robert Jackson Bennett entend faire réagir ses compatriotes en les mettant face à leurs contradictions et face à leurs peurs. Il y aborde les aspects les moins flatteurs de la société américaine, la dépouillant de son image d’Epinal - Thanksgiving, pom-pom-girls et cow-boy Marlboro – pour nous montrer son véritable visage, celui de l’hyper-consumérisme et de l’argent tout-puissant.

Sous sa plume apparaît un pays violemment clivé qui a perdu ses repères et commence à douter de sa puissance. Une nation désemparée par sa propre violence et perturbée par un avenir incertain. Une Amérique déclassée qui n’est plus la locomotive du monde et qui se raccroche à ses certitudes et à ses vieux réflexes, l’individualisme et l’auto défense.

Pour illustrer son propos l’auteur a choisi de placer son histoire sous le double patronage de la téléréalité et des tueries de masse. Il imagine un futur pas si lointain où les médias ne se contentent pas de filmer les tristes conséquences de la vente libre des armes à feu. Désormais, pour mieux placer leurs publicités, ils organisent et filment des scènes de carnage sensées démontrer aux spectateurs que les victimes n’ont pas été suffisamment vigilantes. Ils comptent que la peur ainsi générée provoquera des achats compulsifs dans les domaines de la sécurité, de la protection, de la santé…

L’idée n’est pas nouvelle. Robert Sheclkey (Le prix du danger) ou Stephen King (Marche ou crève) ont déjà écrits ce genre de dystopie dans lesquelles il est question d’émissions TV et d’épreuves où les participants risquent leur peau. Sauf qu’ici, la technologie de pointe rend la chose encore plus intrusive et les participants ne sont pas, loin s’en faut, tous volontaires…

Si le livre est très rythmé et se lit en un rien de temps, j’ai néanmoins eu un peu de mal à entrer dedans. La faute à un style très « parlé », à tout un charabia informatico-technique difficile à suivre et à quantité de personnages qui se heurtent et se télescopent. Deux d’entre eux (le concepteur de l’émission et une serveuse de resto) finissent heureusement à émerger de la masse et l’attention se fixe sur leurs destins croisés

Si, au vu des thèmes abordés, « Vigilance » s’adresse surtout au lecteur américain, il interpellera aussi tous les autres. Pour ma part, ce qui m’a fait le plus froid dans le dos ce sont les nombreuses apartés nous montrant une planète totalement dégradée et proche de sa fin, un monde sans espoir où l’on continue pourtant à vivre, désirer, consommer. L’homme s’habitue à tout, même au pire. Mais en attendant, il est toujours possible de changer de chaîne ou, mieux encore, d’éteindre le téléviseur.

Le Bélial - Une Heure Lumière - 2020

8 avril 2020

CRIMINELS DE GUERRE - P-J HERAULT

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A la fin de guerre qui a opposé la Confédération de Persée à ses colonies de Cassiopée, Erell Cathal s’est retiré sur Kappa XII, une planète des confins où il se consacre à l’élevage de gnous. Dans la solitude des grandes plaines, avec ses chats sauvages pour seule compagnie, il mène une vie paisible, propice  au calme et à l’oubli. Mais quand son vieux frère d’arme lui lance un S.O.S, il est contraint de quitter son petit paradis et de retourner dans le monde. Il découvre alors qu’un peu partout dans la Confédération, les anciens combattants sont victimes d’une véritable chasse à l’homme… 

« Criminels de guerre » fait partie des quatre romans de SF que P-J Herault a publié aux éditions de l’Officine entre 2005 et 2008 soit une bonne dizaine d’années après ses dernières parutions dans la collection Anticipation du Fleuve Noir.  Ces quatre romans - ainsi que ceux publiés aux éditions Rivière Blanche – marquent un tournant dans l’œuvre de l’auteur parce qu’ils signent son retour dans le petit monde de la science-fiction française mais surtout parce qu’ils lui permettent de s’affranchir du format limité en termes de pages auquel il avait été astreint jusqu’alors. Il va dès lors avoir les coudées plus franches pour développer son univers et apporter ainsi davantage de profondeur à ses histoires.

Cela se ressent dans la précision de ses descriptions, dans son soucis du détail et ce, quelques soient les lieux visités (planètes, satellites, stations orbitales…), les outils utilisés (machines, systèmes informatiques et de transmission, vaisseaux spatiaux…) et les modes de vies des hommes et des femmes du futur. La SF de P-J Herault est une SF du quotidien où tout est expliqué, où le moindre fait, la plus petite invention semble non pas seulement possible ou même plausible, mais vrai.

De la même manière l’auteur prend tout son temps pour introduire ses personnages. Il le fait tranquillement et de façon presque anodine. Cela lui permet de faire émerger les caractères petit à petit, sans être contraint de recourir à des stéréotypes brossés en deux ou trois lignes. Et c’est d’autant plus important  que les rapports humains sont au centre de ses romans, lesquels sont presque toujours des histoires d’amitié, de rencontres et d’honneur. « Criminels de guerre ne fait pas exception à la règle puisqu’on y suit un ancien soldat qui se porte à l’aide d’un ancien camarade de combat et qui va devoir s’appuyer sur l’expertise et le soutien d’individus rencontrés en cours de route pour sauver son ami puis faire cesser un gigantesque complot. Amitié, rencontres, honneur, un schéma héraultien classique au service d’une intrigue un peu moins guerrière qu’à l’accoutumée.

L’action, la vraie, avec combats au thermique et au désintégrateur moléculaire, n’intervient que dans le dernier tiers du roman. Elle est plutôt bien orchestrée et permet d’évacuer la tension qui s’était accumulée. Elle permet aussi de clore rapidement le récit et de démontrer que notre retraité de héros en conservait encore sous la semelle ! Mais il faut bien avouer que cette partie du roman avec ses scènes d’infiltration et d’interrogatoires ou ses opérations commando n’est pas la plus passionnante. Je lui ai préféré, et de loin, tout ce qui précède, les démarches entreprises pour se protéger d’institutions dévoyées, la réunion de toutes les bonnes volontés pour faire front, la préparation de la contre-attaque…

Quant au thème du roman, il est bien évident que c’est la guerre d’Algérie et certaines de ses conséquences qui le lui ont inspiré. Une guerre opposant une confédération à ses colonies, l’envoi au combat de simples appelés du contingent, les porteurs de valises… : le parallèle avec ce conflit auquel l’auteur a lui-même participé, est en effet incontestable. P-J Herault n’hésite d’ailleurs pas à nous faire part de ses réflexions, notamment sur la responsabilité des politiques qui se défaussent sur les militaires des tragiques résultats de décisions qu’ils ont pourtant prises. Et pour ce qui est de ces fameux criminels de guerre, le sujet est expédié en une phrase définitive mais ô combien vraie : « La guerre elle-même est un crime, un point c’est tout ».

Editions Critic - 2019

23 février 2020

DERRIERE L'ABATTOIR - ALBERT-JEAN

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La réédition de ce roman de 1923 a le double mérite de sortir son auteur de l’oubli et d’attirer notre attention sur un épisode peu connu de la première guerre mondiale. En 1917, la boucherie dure depuis déjà quatre ans et les généraux continuent de lancer des offensives aussi inutiles que couteuses en vies humaines. Le besoin de renfort se faisant cruellement sentir, le commandement militaire a alors l’idée de faire appel aux réformés, faisant ainsi d’une pierre deux coups : agrandir le réservoir à chair à canons et satisfaire une opinion publique qui voit partout des embusqués.

Les borgnes, les épileptiques, les cardiaques et les tuberculeux sont donc rappelés sous les drapeaux. Peu d’entre eux verront le front. La plupart seront confinés dans des casernements de l’arrière où des militaires en retraite sont chargés d’en faire des soldats acceptables. C’est dans l’un d’eux, en Bourgogne, qu’Albert-Jean nous emmène à la rencontre de ses fameux "récupérés de 17". De la visite d’incorporation aux derniers honneurs rendus à ceux qui laisseront leurs dernières forces dans cette épreuve, nous suivons le tragique parcours de quelques-uns de ces malheureux. Nous les voyons s'épuiser dans des marches inutiles ou s’exténuer dans les basses tâches que l’on confie avec dédain à ces « fonds de tiroir ». Nous espérons avec eux la réforme qui les rendrait à la vie civile, au bureau ou à la ferme, à leur femme ou à leur mère. Et nous les voyons finalement mourir bêtement, sans même la triste consolation d’avoir servi leur pays.

Tout le récit est porté par une écriture d’une ironie cinglante. On devine derrière l’humour une colère rentrée et l’on sent que l’auteur se retient pour ne pas exploser devant tant de bêtise, de lâcheté et de méchanceté. Son livre est un vibrant hommage à ces victimes d’une souffrance inutile, « ces bêtes malades que l’on poussait vers l’abattoir, sans besoin, sans raison, pour grossir le troupeau ».

L'Arbre Vengeur - L'Alambic - 2017

12 janvier 2020

MOI, MIKKO ET ANNIKKI - TIITU TAKALO

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« Un quartier qui nous ressemble. Un quartier qui nous rassemble – et se battre pour le préserver ». Me fiant à la quatrième de couverture, je m’attendais à découvrir l’histoire d’un couple d’idéalistes bien décidés à sauver de vieux immeubles historiques de la cupidité des promoteurs. Or, s’il est bel et bien question de la vie de Tiitu et de Mikko, de leur installation dans le quartier d’Annikki et du combat qu’ils menèrent pour sa sauvegarde, cette BD va bien au-delà. En fait, c’est toute l’histoire de la ville de Tampere qui nous est dévoilée et, par ricochet, celle de la Finlande.

Le livre de Tiitu Takalo commence même par un petit cours de géologie qui nous explique comment s’est formé le « socle » de la ville et pourquoi la conjonction d’une moraine, de deux lacs et d’un fleuve impétueux décidèrent les populations locales à s’installer dans ces parages.  Puis, remontant le fil de l’histoire, on voit la petite bourgade passer du giron de la Suède à la tutelle de la Russie pour devenir un centre industriel de premier plan. Gonflée par l’afflux de migrants venus chercher du travail, la cité se transforme. Les usines fleurissent et de nombreux logements sont construits en périphérie pour loger cette multitude besogneuse. L’indépendance, les guerres, les révoltes se succèdent. L’urbanisme et une certaine idée du modernisme ont raison de l’habitat ouvrier du XIXème siècle. Mais, grâce à l’engagement et la ténacité d’une poignée d’hommes et de femmes, des îlots de briques et de bois sont préservés de la voracité des lotisseurs afin que soit conservé un témoignage de la façon dont on vivait dans le Tampere d’hier : un lien entre le passé, le présent et le futur.

Entre ces pages d’histoire, s’intercalent des moments plus contemporains et plus intimes. Nous y suivons l’auteur et son compagnon, des prémisses de leur vie commune jusqu’à l’emménagement dans un appartement de ce fameux quartier d’Annikki. Travaux, combat contre la municipalité, manifestations culturelles, nous assistons à  ces étapes de leur vie qui se confondent avec celles de leur futur foyer. Nous découvrons également les sujets qui leur tiennent à cœur, leur envie de partager et d’inventer de nouveaux modes de vie. Tout un idéal écolo et altermondialiste illustré par des planches qui nous parlent de façon toujours amusante de surconsommation, de récup’ et d’entraide.

Parlons un peu graphisme à présent. Le livre de Tiitu Takalo est un joli pavé de 250 pages, une sorte de gros carré de 20cm/20cm, format inhabituel mais néanmoins agréable en main. Si je regrette que les planches soient pour la plupart conçues sur le même modèle – feuille carrée divisée elle-même en quatre carrés d’égales dimensions – j’ai en revanche beaucoup apprécié le gros effort porté sur la colorisation. Classiquement blanc pour les chapitres qui traitent de la vie de Tiitu et Mikko, le fond des pages devient gris, ocre ou beige pour celles qui nous font revivre le passé de la ville. Loin de n’être qu’une originalité, ce « code couleur » structure le livre et permet au lecteur de mieux suivre le cheminement du travail du dessinateur.

Les couleurs des dessins ont aussi une « identité » très marquée. Il s’agit de couleurs un peu passées, un camaïeu de vieux rose et de bleu délavé avec, parfois, des tons plus éclatants pour illustrer des scènes particulièrement joyeuses ( un concert ou une fête) ou au contraire plus sombres lorsqu’il s’agit d’aborder des moments tristes. Ces couleurs estompées sont évidemment liées à la technique de l’aquarelle qui prédomine dans cette BD même si de nombreuses planches sont dessinées de façon plus conventionnelle à l’aide de crayons graphites ou de pastels. Mais, quel que soit la technique utilisée, le rendu est toujours parfaitement raccord avec le sujet et nous donne au final un ouvrage très personnel et bien attachant.

Rue de l'Echiquier - BD - 2019

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