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12 mai 2013

LE PERIL VIENT DE LA MER - JOHN WYNDHAM

untitledUn couple de journalistes entreprend de raconter comment de mystérieux extra-terrestres ont tenté de s'approprier notre planète en livrant aux hommes une guerre sans merci.


En digne représentant de "l'école catastrophiste britannique", John Wyndham aime confronter les pauvres humains que nous sommes à toute sorte de périls...avec une nette préférence pour l'invasion extra terrestre. Et comme le bougre a de l'imagination, ses invasions sont toujours très originales. Chanceuse dans
La révolte des Triffides, sournoise dans Les coucous de Midwich, elle est ici à la fois plus classique et plus mystérieuse.

Classique parce qu'il s'agit d'une guerre ouverte entre deux races intelligentes bien déterminée à exterminer leur adversaire. Mystérieuse car nous ne saurons jamais à quoi ressemblent les envahisseurs, ce qui accroît encore le sentiment de menace et d'impuissance des humains.

Pour nous conter son histoire, J W a choisi un couple de journalistes. Cela donne à son récit la couleur de la vérité, celle des reportages et des articles de journaux, des interview de scientifiques et des comptes-rendus militaires. L'écrivain se cache derrière le reporter, le romanesque derrière la coupure de presse. Mais les deux journalistes ne se contenteront pas de relater le évènements. Ils en seront aussi des acteurs de premier plan et traqueront l'info aux quatre coins du monde.

Le récit se décompose en trois phases. La première est celle de l'intrusion, de l'apparition de sphères dans le ciel et des premiers symptômes d'une activité au fond des océans. C'est aussi la phase de l'incrédulité et du déni par les autorités. Le danger que représente cette espèce intelligente n'est pas pris au sérieux. Il est même minimisé par les gouvernements qui ne veulent pas paniquer leurs citoyens et par les compagnies maritimes qui craignent une chute du trafic et la baisse conséquente de leurs bénéfices.

Vient ensuite le temps des premières attaques. L'ennemi dévoile ses intentions en entreprend la conquête des continents. Passée la stupeur, la défense s'organise et les premières victoires viennent réconforter une humanité bien éprouvée, minée par les malaises sociaux, la hausse des prix, le bouleversement des structures économiques et des modes de vie.

Quant à la troisième phase, elle nous fait basculer d'un coup dans le post-apo. La fonte des glaces, (vous savez, celle qui nous pend au nez d'ici quelques années), est provoquée par les vilains aliens avec les conséquences qu'on imagine : montée des eaux, catastrophes en chaînes, famines... La lutte pour la survie commence alors dans une Londres submergée puis dans des Cornouailles transformées en archipel où chacun défend âprement son lopin de terre.

Tout cela nous est raconté avec beaucoup de minutie mais aussi pas mal de distance. Il faudra attendre la seconde moitié du livre (et surtout la troisième phase) pour que le récit prenne un ton plus personnel. Le narrateur dévoile enfin ses sentiments face à l'ampleur du désastre et ses craintes devant un avenir bien gris.

Mais, en dépit des apparences, Wyndham est un optimiste invétéré. Comme dans ses autres romans, l'humanité manquera d'un cheveu l'extermination totale avant de s'en sortir avec un peu de détermination et beaucoup de chance. Voilà qui témoigne d'une grande confiance en l'espèce humaine.

Denoël - Présence du Futur - 1984

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7 avril 2024

CAL DE TER - P-J HERAULT

Avec ce septième volume des aventures de son héros éponyme, P-J Herault met un terme à la saga qu'il a initiée dix ans plus tôt. Et il le fait plutôt bien avec une histoire dans laquelle on retrouve les grands thèmes de son oeuvre (lutte d'un petit groupe d'hommes et de femmes contre un gouvernement liberticide et création d'une communauté fondée sur la tolérance et l'entraide) et une petite surprise avec le retour de ces fameux Lloys auxquels Cal doit l'essentiel de ses connaissances et de sa technologie.

 

Nous retrouvons donc Cal et Giuse dans leur rôle de demi-dieux appelés à veiller sur la destinée des habitants de la planète Vaha. Cette fois, il leur faudra lutter contre un parti de va-t-en-guerre prêt à tout pour plonger le peuple dans un nouveau conflit. Mais c’est surtout du côté des Lloys que viendra le danger puisque les mystérieux extra-terrestres cherchent à récupérer par tous les moyens leur base secrète et le super ordinateur HI.

 

L'action va donc se situer sur deux plans. A terre où les deux héros vont prendre la tête d'un groupe de pacifistes et organiser leur exfiltration vers des territoires vierges. Dans l'espace où ils entament un véritable bras de fer avec leurs visiteurs d'outre monde. Deux intrigues plutôt bien menées mais qui ne parviennent pas à se distinguer suffisamment de celles que P-J herault nous a déjà proposées par le passé.

 

C'est donc surtout sur le plan psychologique qu'il faut aller chercher les idées les plus intéressantes du récit. L'auteur s'étend en effet sur les états d'âmes de ses deux héros confrontés à leur statut de démiurges et à la solitude qui en découle. Ils constatent aussi que, en dépit de leurs discrètes interventions pour les remettre sur le droit chemin, les vahussis, pas plus que les terriens, ne parviennent à s'affranchir de leurs mauvais penchants. Cela donne quelques jolies pages empreintes de spleen et de réflexions désabusées sur l'incroyable responsabilité qu'ils se ont imposée.

 

Fleuve Noir Anticipation - 1984

 

 

17 mars 2024

HRAM - CHRISTOPHE SIEBERT

Après "Vive le feu" sorti dans la collection Karnage des éditions Zone 52, "Hram" est le deuxième roman de Christophe Siébert à intégrer une collection Gore. Pourtant, l'un et l'autre ne sont pas de purs exemples du genre. Ils comportent certes bon nombre de scènes dérangeantes mais la violence et le sang ne constituent pas pour autant le fonds de commerce de l'auteur. Son propos est ailleurs. Dans la critique sociale notamment. C'est précisément le cas ici puisqu'il nous invite à suivre le quotidien de deux employés précaires chargés de trouver et d'identifier dans la chaine des Carpathes, les cadavres des nombreux citoyens de la RIM qui ont trouvés la mort en tentant de fuir le black-out et la dictature quelques années plus tôt.

 

La première est opératrice de drone. Mère célibataire, deux enfants, elle travaille à domicile. Ordinateur, internet, bureau, fauteuil, elle assure à distance la recherche des corps. Un travail physiquement et psychologiquement harassant. Les yeux flingués, le dos bousillé, elle enquille les vacations. Jour, nuit, week-end, un emploi du temps qui change constamment et des plages de repos insuffisantes pour s'occuper de soi et de sa famille.

 

Le second travaille sur le terrain. Au sein d'une équipe de six personnes, il récupère les corps et procède à leur identification. Pour mener à bien sa tâche il a accepté d'être "modifié" ou, plus joliment dit, "augmenté". Désormais hyper empathique il peut, par simple apposition des mains sur le crâne des victimes, entrer en contact avec leur mémoire. Avec tous les risques psychiques que l'opération comporte.

 

Deux portraits, deux visages d'un même esclavage moderne. La démonstration par l'exemple de la façon dont les plus fragiles sont livrés à l'appétit des multinationales avec l'aide bienveillante de l'Etat. Résultat : dérèglementation à tous les étages, fragmentation du travail, clauses abusives et autres belles saloperies d’un capitalisme triomphant ! 

 

Avec cette nouvelle vision glaçante de la République Indépendante de Mertvecgorod, Christophe Siébert nous donne à lire une anticipation qui, si l'on n'y prend garde, précède peut-être seulement de quelques décennies notre réalité.

 

Gore des Alpes - 2023

21 janvier 2024

FACE AU DRAPEAU - JULES VERNE

Thomas Roch a mis au point une arme nouvelle convoitée par toutes les nations. A défaut de payer le prix exorbitant exigé par l'inventeur, le gouvernement américain l'a fait interner dans une maison de repos où il est surveillé à son insu par un ingénieur français qui espère percer ses secrets au profit de la France. Mais les deux hommes sont bientôt enlevés par le richissime et mystérieux comte d'Artigas...

 

"Face au drapeau" n'est pas le plus connu des livres de Jules Verne et, après l'avoir lu, j'avoue ne pas en être autrement surpris. Il s'agit en effet d'une histoire assez insipide qui ne fait que recycler, sans rien leur apporter de neuf, les idées de certains de ses romans précédents. On n’est donc guère étonné d'y trouver un sous-marin révolutionnaire, une base secrète au coeur d'une caverne sur une île déserte et une arme incroyablement dévastatrice.

 

Certes le comte d'Artigas n'est pas mû par les mêmes motivations qu'un Némo ou un Robur. C'est un bandit de la pire espèce qui ne cherche ni à prouver la supériorité de ses idées, ni à faire disparaître les navires militaires qui souillent les océans. Il n'est pas non plus l'inventeur du fulgurateur, cette arme surpuissante capable de détruire des armées entières. Pour autant, les péripéties qui nous sont narrées rappellent irrésistiblement celles de "Vingt mille lieues sous les mers" ou de "Maître du monde". Le déroulement de l'histoire est d'ailleurs assez semblable à celui de ces deux chefs d'œuvres. Là aussi, il est question de scientifiques enlevés par un homme tout puissant et maintenus en captivité sur un engin de son invention ou dans son repaire. Là encore, les captifs parviendront à faire échec à ses entreprises en agissant de l'intérieur.

 

Pour le reste, " Face au drapeau" s'inscrit dans la veine pessimiste de l'œuvre de Jules Verne qui le voit pointer les dangers d'une science sans contrôle ou aux mains d'individus motivés par de mauvaises raisons : l'argent, la vengeance, le nationalisme...

 

Le Livre de Poche - Jules Verne - 1967

 

4 février 2024

APOLLO XXV - DANIEL WALTHER

Ma dernière lecture de l’un des romans de Daniel Walther paru au Fleuve Noir (Mais l’espace… Mais le temps…) m’avait laissé une impression mitigée. Une première moitié plutôt bien tournée avec un héros charismatique et une intrigue simple mais efficace suivie d’une seconde partie contemplative, obscure et ennuyeuse. « Apollo XXV » répète malheureusement le même schéma avec là encore une entame accrocheuse à laquelle succède une deuxième moitié extrêmement confuse bien que passablement mouvementée.

 

Je le regrette d’autant plus que cette histoire de privé enquêtant sur le meurtre d’un astronaute de retour d’une mission sur Mars offrait de belles perspectives. Pourquoi le commandant Erikson a-t-il sombré dans le mysticisme après son voyage spatial ? Quelle découverte lui et son équipage ont-ils faite sur la planète rouge ? Qui se cache derrière l'église de la New Flight Foundation ? Autant de questions et d'idées qui n'attendaient que d'être exploitées.

 

En reprenant certains clichés du roman noir (privé poissard, veuve joyeuse, commanditaire pas très franc du collier...) et en les assaisonnant d'un soupçon d'anticipation, Daniel Walther nous proposait une ambiance originale et un scénario qui promettait moult rebondissements et révélations. Hélas, il s'est une fois de plus laissé aller à ses mauvais penchants, privilégiant la forme au fonds et perdant ses lecteurs dans un embrouillamini de péripéties sans queue ni tête.

 

Seules émergent donc de cette histoire une amusante critique de ces églises qui se font du fric sur la crédulité de leurs adeptes et une sympathique idée concernant la possible nature extra-terrestre de nos dieux et de nos démons.

 

Fleuve Noir Anticipation - 1990

 

Et si vous souhaitez découvrir un autre titre de la collection, ça se passe ici : 

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24 mars 2024

GUERRE - LUDWIG RENN

Ludwig Renn est à peu près inconnu en France. Il a pourtant eu un destin étonnant et vécu au plus près les grands évènements de la première moitié du XXème siècle. Né Arnold Vieth von Golssenau, il est officier pendant la première guerre mondiale qu'il effectue sur le front français. Jeté en prison dès 1933 par le régime nazi, il rejoint l'Espagne à sa libération pour prendre part à la guerre où il s'illustre en occupant d'importantes fonctions dans la hiérarchie militaire républicaine. Il est ensuite contraint de s'exiler en France, en Angleterre puis au Mexique avant de se fixer en RDA jusqu'à sa mort. Cette installation derrière le rideau de fer explique sans doute que son roman ne soit aujourd'hui pas aussi connu que ceux de Remarque ou Jünger. On peut le regretter car il constitue un témoignage de premier ordre sur la première guerre mondiale vue du côté allemand.

 

Ses qualités sont en effet nombreuses. Tout d'abord il a le mérite de couvrir l'intégralité du conflit. D'août 1914 à novembre 1918, nous vivons avec le soldat Renn la plupart des grands moments de la guerre : le départ d'Allemagne la fleur au fusil, les premiers accrochages, la marche en avant des armées du Reich jusqu'à la bataille de la Marne puis la guerre de position et ses grands affrontements, l'Aisne, la Somme... et enfin le retour au pays pour les survivants. Outre une vision globale du conflit, cela permet de rendre compte de l'évolution des mentalités au sein de l'armée impériale. Le patriotisme et la confiance des débuts cèdent lentement la place aux doutes et à la lassitude. Les soldats ont de plus en plus le sentiment de n'être que des pions sur un échiquier géant et l'instinct de survie finit par l'emporter sur toute autre considération.

 

Ludwig Renn exprime tout cela dans une langue extrêmement simple. Pas de recherche stylistique particulière. Juste une retranscription exacte et sans fioritures des faits tels qu'ils ont été vécus. Cela donne un récit qui tient davantage du journal que du roman. Il en a en tout cas la précision journalière et vaguement répétitive. Une précision qui permet de prendre la mesure de l'horreur quotidienne vécue dans les tranchées et d'apprendre énormément sur l'organisation des troupes allemandes sur le front, les rapports hiérarchiques, les patrouilles, les relèves, l'évacuation des blessés, l'acheminement de la nourriture…

 

On regrettera par contre que l'auteur ait fait le choix d'un héros aussi désincarné. On ne saura en effet pas grand-chose de lui si ce n'est qu'il lui reste une mère, un frère, des neveux et qu'il était sans doute menuisier dans la vie civile. Aucun indice en revanche sur sa personnalité, ses amours ou ses opinions politiques. Il se livre peu et c'est à peine si l'on a connaissance de ses sentiments ou de ses réflexions. Tout juste se permet-il quelques commentaires sur ses compagnons et certains de ses supérieurs. Pour le reste, il demeure du début à la fin le sous-officier allemand modèle, doits dans ses bottes, fidèle et consciencieux. 

 

Le Temps des Cerises - 2023

11 décembre 2022

LA ROUTE OBSCURE - SERGE BRUSSOLO

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SOS Horoscope peut changer votre destin. Grâce à une technologie de pointe et une équipe de spécialistes, la société vous garantit un avenir radieux où la chance et la réussite seront au rendez-vous. Lorsque Marie, une paumée qui galère depuis bientôt deux ans tombe sur cette annonce, elle n’hésite pas longtemps. Il faut dire que la zonarde est aux abois. Il lui faut fuir au plus vite les forains chez qui elle a trouvé un refuge provisoire avant que les dangereux frères Zoltan ne mettent la main sur elle. Ses espoirs seront-ils bien placés ? 

C’est presque un euphémisme de le dire, Serge Brussolo est un conteur né. Je connais peu d’auteur capable comme lui, de vous embarquer en seulement quelques pages dans des histoires follement abracadabrantes mais aussi terriblement addictives.

En dépit de son côté assez minimaliste, « La route obscure » ne fait pas exception à la règle. En l’espace de quelques chapitres, tout est en place : la trame de l’histoire, le caractère de l’héroïne, un mystère, une menace… Le lecteur est pris à l’hameçon et l’auteur n’a plus qu’à jouer du moulinet pour l’amener exactement là où il veut.

C’est très dépouillé. Si l’on excepte la fête foraine des premiers chapitres, l’histoire se passe pour l’essentiel en milieu fermé. Plus précisément dans trois appartements que l’héroïne va occuper successivement. Trois huis-clos, presque trois prisons. Trois univers aussi qu’on explore l’un après l’autre, du grenier insalubre maquillé en jungle africaine à la bonbonnière pour jeune fille de bonne famille. Peu de personnages également puisque, hormis Marie, seuls cinq d’entre eux interviennent dans l’histoire, la plupart ne faisant d’ailleurs qu’une apparition éclair. En fait, l’essentiel de l’intrigue se déroule dans la tête de l’héroïne, dans ses réflexions et ses peurs, ses espoirs et ses hésitations, ses théories et ses habitudes.

Outre l’atmosphère d’angoisse et de folie qui imprègne ses pages, ce roman est aussi une très bonne critique des marchands d’espoir. Brussolo y égratigne les astrologues et les chiromanciens mais on pourrait étendre son réquisitoire aux sectes, aux religions et même à certains diététiciens et chirurgiens esthétiques, bref à tous ceux qui prétendent changer votre vie moyennant un petit effort et surtout beaucoup d’argent. Des vautours qui savent choisir leurs proies parmi les naïfs, les faibles et les accidentés de la vie.

« La route obscure » est donc une chouette histoire de machination qui rappelle un peu, en plus démentielle tout de même, celle du « Nuisible », premier thriller de l’auteur, suivi depuis par beaucoup d’autres.

Le Livre de Poche - 1997

20 novembre 2022

UNE COLONIE - HUGH HOWEY

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Après qu'une avarie de leur vaisseau ait causé la mort de la plupart de leurs compagnons, une soixantaine de jeunes colons se retrouvent isolés sur une planète inhospitalière. Dotés de maigres ressources, sans expérience, les robinsons commencent à s'organiser avec l'aide de "Colony", l'intelligence artificielle de leur engin spatial. Mais peuvent-ils réellement lui faire confiance ?

Même s'il peut être lu sans déplaisir par un lecteur de SF confirmé, "Une colonie" est indubitablement un roman "jeunesse". Le thème, les personnages, le style, tout concoure en effet à produire une œuvre accessible aux ados avec bien sûr, les limites du genre.

Dans ce planet opera qui flirte avec la robinsonnade, Hugh Howey a donc choisi de mettre en scène de jeunes héros. Je n'aurais rien vu de gênant à cela si la psychologie des personnages n'avait été aussi sommaire. Sentiments, intentions, réactions, dialogues, tout est très convenu. On reste à la surface sans que l'auteur ne parvienne à nous intéresser à l'avenir de ces gamins de quinze ans livrés à eux-même sur une planète assez peu accueillante. Les luttes d'influence pour le pouvoir, les rivalités amoureuses, les motivations des uns et des autres ne sont pas assez approfondies pour qu'on se passionne pour leurs tentatives de s'organiser en une petite société.

Cet aspect du récit est d'ailleurs assez vite abandonné et l'intrigue se focalise sur la découverte de leur environnement. Hélas, là encore, l'auteur se contente du service minimum. Ses descriptions se limitent à quelques arbres gigantesques dans les frondaisons desquels les jeunes héros vont vivre des aventures surprenantes. Certaines scènes vécues dans la canopée sont très naïves. (l'ascension à dos de chenille et la descente sur des feuilles transformées en luges), d'autres sont en revanche nettement plus dramatiques.

D'une manière générale, Hugh Howey n'épargne pas ses personnages. Il fait mourir bon nombre d'entre eux et les place devant des responsabilités qui ne sont pas de leur âge. Il a opté pour une littérature jeunesse sans mièvrerie ni bons sentiments et se permet même une jolie attaque contre les états et les entreprises toutes puissantes qui cherchent le profit au mépris de toute autre considération.

Au final, "Une colonie" est un roman distrayant qui se lit avec une grande facilité mais qui conviendra sans doute davantage aux jeunes lecteurs qu'aux vieux briscards de la SF.

Actes Sud - Exofictions - 2020

4 septembre 2022

LA PLANETE INQUIETE - CHRISTIAN LEOURIER

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La planète Oeagre est en émoi. Les autres, des extra-terrestres dont on ignore tout, ont lancé une offensive contre cette lointaine colonie terrienne. L’armée a décrété la mobilisation générale et tente, sans grand succès, d’entrer en contact avec l’ennemi tandis que la presque totalité de la population se lance dans un surprenant pèlerinage. A peine libéré de ses obligations militaires, Lorbeer se joint au vaste troupeau dans l’espoir d’y retrouver son épouse. 

Christian Léourier jouit d’une belle reconnaissance dans le milieu de la SF française. Son cycle du Lanmeur fait figure de classique et les éditions Critic viennent tout juste de sortir une intégrale de Jarvis », une série de planet-opera à destination de la jeunesse. C’est donc en toute confiance que je me suis lancé dans la lecture de ce roman écrit en 1981. Hélas mon optimisme fut bien vite douché.

« La planète inquiète » m’a fait l’effet d’une SF post-soixante-huitarde ennuyeuse où l’auteur se perd en considérations écolo-philosophico-théologico-spirituelles qui ne parviennent pas à suppléer l’absence d’une réelle intrigue.

L’essentiel de l’histoire consiste en effet à suivre l’odyssée de dizaines de milliers de personnes lancées à travers le désert vers une destination inconnue et pour des motifs tout aussi obscurs. Or, on ne saura à peu près rien de ce phénomène puisque ni sa cause, ni sa finalité ne nous serons expliqués. Et que dire de la scène finale dans les ruines d’une antique cité, qui s’apparente à un rassemblement de beatniks, ambiance sea, sex and sun, sans que, là encore, aucune explication ne soit avancée ?

Le héros du roman est aussi paumé que le lecteur. Désarçonné par le diktat des militaires terriens, par l’insaisissabilité des « Autres » et la disparition de la femme aimée, il ne fait que subir. Il erre, il cherche à comprendre mais la fin du récit le trouvera tout aussi dubitatif qu’à son commencement. Il ne pèse pas ou presque sur les évènements et ses réflexions, ses souvenirs ont une fâcheuse tendance à tourner en rond. Quant au mode de narration qui mélange le présent et des épisodes d’un passé plus ou moins lointain, il n’aide pas non plus à la compréhension du récit.

Il y avait pourtant deux bonnes idées qui auraient mérité d’être approfondies. Tout d’abord, la question des rapports un peu tendus entre les militaires terriens et les colons de la planète Oeagre qui ont développés leur propre culture. Ensuite et surtout, nous avons cette confrontation des humains avec une forme de vie radicalement différente de la leur. Comment affronter un ennemi que l’on ne voit pas ? Comment expliquer ses intentions ? Comment même s’assurer qu’ils cherchent à conquérir la planète ? Il y avait là de quoi développer une intrigue passionnante. Christian Léourier a fait un autre choix. Dommage.

Les Moutons Electriques - Hélios - 2019

9 octobre 2022

LA FORET DES HOMMES VOLANTS - G. J. ARNAUD

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Après de tumultueuses aventures dans l’Europe fascisante de 1936, Ugo Cardone, son équipage et son cargo ont jeté l’ancre à Manaus, porte d’entrée de l’Amazonie brésilienne. Le capitaine italien a accepté de servir de guide à un ethnologue en quête d’une mystérieuse tribu indienne. L’enjeu est d’importance car les Kouliks auraient découvert le moyen de voler grâce à des ballons en hévéa gonflés par un gaz aux propriétés exceptionnelles. Une découverte qui aiguise bien des appétits dont celui des militaires nippons qui cherchent à doter leur armée d’une nouvelle génération de zeppelins… 

Cette seconde incursion de G-J Arnaud dans la collection « Aventures et Mystères » est beaucoup plus aboutie que la première. Il nous propose cette fois une œuvre plus rythmée où la montée en puissance de l’intrigue est parfaitement maîtrisée.

L’histoire commence à la façon d’un récit d’aventures exotiques et tout l’arsenal commun à ce type de littérature est convié : chaleur et moiteur, bêtes sauvages et dangereux autochtones sans oublier les vilains concurrents nippons lancés à leurs trousses. Entre escarmouches et obstacles naturels à surmonter, il y a largement de quoi occuper nos héros. Mais, alors que l’on pense être parti pour une « lost race story » tout à fait classique, l’histoire prend une tournure tout à fait inattendue.

A peine arrivé à destination, Ugo tombe entre les mains de leurs ennemis japonais et nous quittons alors la jungle pour des hauteurs proprement stratosphériques. Si, si ! Il est bel et bien question d’une station orbitale gonflable à près de 15000 mètres d’altitude, dans laquelle des esclaves de toutes nationalités servent les desseins de l’impérialisme nippon. Une réalisation digne d’un roman de Jules Verne, délirante mais néanmoins crédible et parfaitement contrôlée.

Tout cela fait de « La forêt des Hommes Volants » un récit dynamique et malin dans lequel les deux versants de l’intrigue forment un tout cohérent malgré le grand écart entre les univers proposés.

Fleuve Noir - Aventures et Mystères - 1996

18 septembre 2022

SANCTIONS ! - TALION

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La petite ville de C est en émoi. La jeune Aïcha Boumedine a disparu et la police se perd en conjectures. Faut-il la chercher du côté des cités parmi les paumés et les trafiquants ? Aurait-elle fugué en compagnie d’un camarade de lycée ? A-t-elle été victime d’un maniaque sexuel ? Et si la réponse se trouvait plutôt dans le coquet pavillon de Gabriel et Barbara Lodi, deux profs apparemment sans histoires ? 

Depuis quelques temps, le roman gore semble bénéficier d’un regain d’intérêt et on ne dénombre pas moins de trois maisons d’éditions qui officient dans ce genre. Il y a d’abord les petits suisses de Gore des Alpes qui, à l’heure où je vous cause, ont déjà publiés dix-huit romans. Il y a aussi les éditions Faute de Frappe avec leur toute jeune collection Chris Anthem dont les couvertures uniformément noires annoncent parfaitement la couleur. Il y a enfin la Zone 52 et sa bien nommée collection Karnage dont « Sanctions ! » constitue le tout premier volume. Et là, il faut reconnaître que ça frappe fort d’emblée. Peut-être même trop fort. 

En tout cas, je ne m’attendais pas à autant de radicalité. Je pensais avoir affaire à une version gore de « Class of 1984 » ce film de Mark Lester dans lequel un professeur malmené par ses élèves employait la manière forte pour les amener à résipiscence. Or, si le couple de professeurs dont nous suivons les faits et gestes a effectivement quelques soucis avec la discipline, leur motivation première n’est pas de rétablir l’ordre. Avant toute chose les époux Lodi sont accros au sexe et leurs ébats vont occuper une large part du récit.

D’ailleurs, « Sanctions ! » est sans doute plus pornographique que véritablement gore. Scatophilie, coprophagie, nécrophilie, humiliations diverses et sévices en tous genres, l’auteur déroule toute la panoplie des déviances sexuelles les plus extrêmes, ne nous épargnant aucun détails et surtout pas les plus sordides. Ajoutons-y quelques meurtres bien cracra et des supplices qu’on ne souhaiterait pas même à son pire ennemi, et vous obtenez un roman assez malsain qui ne laissera personne indifférent. Pour ma part, je me suis senti réellement mal à l’aise en lisant quelques-unes de ces pages et j’ai même failli stopper ma lecture à deux ou trois reprises. D’autant que ce déchainement de violence, cette pléthore d’images glauques, cette puissance déployée pour décrire l’ignominie d’un couple de pervers sadiques, sont au service d’une intrigue somme toute bien légère. Il y avait pourtant des pistes intéressantes du côté des snuff movies et du dark web mais elles ne sont qu’évoquées et cèdent rapidement la place à une enquête policière des plus ordinaires.

Heureusement, les personnages ont de la consistance. Le couple infernal, les deux flics, les jeunes banlieusards, lycéens ou petits délinquants, son joliment croqués, avec justesse et humour. Leurs conversations, leurs remarques bien senties apportent un peu de légèreté au récit, quelques respirations bienvenues dans une histoire qui reste malgré tout sacrément oppressante.

Talion alias David Didelot, a-t-il voulu marquer un genre littéraire qu’il affectionne et dont il est un spécialiste reconnu ? Je l’ignore… mais si tel est le cas, le pari est réussi. Avec mention.

Zone 52 Editions - 2021

 

2 octobre 2022

LES COMPAGNONS D'ETERNITE - G. J. ARNAUD

fn-05370-1995

Après avoir échoué à exfiltrer des juifs du port de Hambourg, Ugo cardone se retrouve contraint d’accepter le marché que lui soumet l’obersturmführer Stackering. C’est ainsi qu’il se retrouve sur les traces d’un brigadiste italien qui serait rien moins que le fils d’Ashaverus, le juif errant de la légende…

G . J. Arnaud fut l’un des piliers du Fleuve Noir. En plus de soixante de carrière il a alimenté presque toutes les collections de la célèbre maison d’éditions qu’il s’agisse de SF, d’espionnage ou de polar. Il était donc tout à fait logique de le retrouver dans l’éphémère collection « Aventures et Mystères » dont il a parfaitement respecté le cahier des charges.

Côté aventures, difficile en effet de faire mieux. Le récit nous emmène dans l'Europe de 1936 mise à feu et à sang par les fascistes de tout poil. Après une introduction dans l’Allemagne nazie, les personnages feront route vers une Espagne en pleine guerre civile avant d'aborder l'Italie de Mussolini. Emprisonnements, attentats, combats sur terre, mer et dans les airs, l'auteur ne nous laisse pas un instant de répit. D'ailleurs, son héros, tout comme les aventures qu'il traverse, rappelle beaucoup l'Indiana Jones de Steven Spielberg. Outre la période historique, Ugo Cardone partage avec le célèbre aventurier un même goût du risque et une tendance affirmée à prendre la défense de la veuve et de l'orphelin. Et si en plus la veuve est mignonne... Il y a aussi pas mal d’humour comme en témoigne cette scène où Ugo tente de mettre la main sur le chapeau d'un cardinal dans le port de Gênes et se retrouve poursuivi par une horde de mammas en colère ou encore sa rencontre avec André Malraux dans une prison barcelonaise.

Coté mystère, on est tout aussi copieusement servi. G. J. Arnaud convie aussi bien le golem de la tradition yiddish que le trésor des Vaudois ou le mythe du juif errant. Il y a des souterrains et des passages secrets, des messages codés et des pièges, des chausse-trappes et des trahisons. C'est très manichéen. Les méchants sont vraiment très méchants et ne reculent devant rien pour s'approprier le secret de l'immortalité. Heureusement, les gentils ne manquent pas de ressources et, comme on pouvait s'y attendre, le bon droit triomphera.

G. J. Arnaud a donné deux suites aux aventures d’Ugo Cardone. Alors on en recause bientôt !

Fleuve Noir - Aventures & Mystères - 1995

19 juin 2022

L'HOMME QUI S'EST RETROUVE - HENRI DUVERNOIS

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La soixante passée, Maxime-Félix Portreau mène une agréable vie de rentier. Mais ni son aisance financière ni la charmante cocotte qu’il entretient ne parviennent à dissiper le sentiment de vacuité qu’il ressent. C’est donc avec plaisir qu’il accepte de financer le projet d’un jeune inventeur qui souhaite construire un vaisseau capable de rallier Proxima du Centaure. Mieux encore, il décide de servir de cobaye et de prendre sa place dans l’engin spatial. Si le voyage se passe bien, une surprise de taille l’attend à son arrivée. Ce n’est pas sur une lointaine planète qu’il vient de débarquer mais sur notre bonne vieille Terre… plus jeune de 40 années. 

Qui n’a jamais rêvé de remonter le temps pour rectifier le cours de sa vie ? Oh, un tout petit peu. Juste ce qu’il faut pour éviter quelques erreurs anodines ou certains choix plus lourds de conséquences. Les auteurs de SF sont nombreux à l’avoir fait, nous proposant des histoires où il est question d’empêcher l’avènement du nazisme ou, plus modestement, de modifier la destinée de leur héros.

Sur ce thème encore assez neuf à l’époque où il écrit son roman (1936), Henri Duvernois nous propose de suivre le destin paradoxal d’un homme revenu de tout qui, cherchant à se fuir, va finalement aller à la rencontre de lui-même. Mais un lui-même beaucoup plus jeune qu’il va tenter de faire profiter de son expérience.

Tout le roman repose donc sur les tentatives de l’homme mûr pour orienter le cours de l’existence de son double immature. Hélas rien n’y fera ! Qu’il s’agisse de lui éviter les décisions professionnelles calamiteuses, les mauvaises fréquentations ou les déceptions amoureuses, il se heurtera à l’incrédulité et à l’impatience du jeune homme.

Ainsi que le dit l’adage, « Il faut bien que jeunesse se passe ». Notre héros sera forcé d’admettre que chaque période de l’existence a ses besoins et ses attentes et qu’il est vain de vouloir sauter les étapes. Après tout, l’expérience des vieillards ne se nourrit-elle pas des échecs des enfants qu’ils ont été ?

Dans un style délicieux où l’ironie affleure continuellement, Henri Duvernois nous livre un roman plus social que véritablement science-fictif. Une petite histoire anodine qui n’a pas révolutionné le thème du voyage temporel, mais offre de sympathiques réflexions sur le temps qui passe et le sens de la vie.

L'Arbre Vengeur - 2009

 

27 février 2022

ABYMES - MARC FALVO

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Il y en aura sans doute d'autres, mais « Abymes » est ma première lecture d'un roman dont l'histoire se déroule pendant la pandémie de Covid 19. On pourrait bien sûr se dire qu'il y a là comme un effet d'aubaine, un opportunisme visant à alpaguer le lecteur à peu de frais. Mais non. Ce choix n'est pas neutre. La peur diffuse induite par le virus apporte au récit de Marc Falvo une ambiance particulière. Les personnages évoluent dans un environnement où les gens s'observent, se suspectent, se jugent. Les masques gomment les expressions des visages. Ils renforcent l'anonymat et accentuent la méfiance des uns et des autres. Égoïsmes et antagonismes s'en trouvent exacerbés.

Cette atmosphère anxiogène n'est pas de nature à aider l'héroïne de cette histoire. Axelle Mann n'est pas un modèle d'équilibre. Une enfance pas très heureuse au sein d'une famille mal aimante, une existence précaire, un désert affectif, l’ont considérablement fragilisé. Aussi n'est-elle pas dans les meilleures dispositions pour affronter la nuit traumatisante par laquelle elle va passer. Agression dans le métro, séquestration par un pervers, Axelle joue de malchance. Sa raison n'y résistera pas et, sans que l'on puisse déterminer avec précision le point de rupture, la jeune femme va basculer dans la folie homicide.

Si les premières morts sont accidentelles ou surviennent dans le feu de l'action, les suivantes sont données avec détermination. Il ne s'agit plus de se défendre mais de se faire justice. Un fonctionnaire tatillon, un serrurier qui gonfle sa facture, un voisin trop envahissant en feront les frais. Le rythme s’accélère, les meurtres sont de plus en plus nombreux et leur brutalité va crescendo. La damoiselle sait varier les plaisirs et use avec un même bonheur du scalpel, du godemiché et du marteau…

La narration à la seconde personne du singulier, loin d'être une simple coquetterie stylistique, apporte au récit un ton particulier. On a le sentiment qu'il s'agit d'injonctions faites à l'héroïne, que sa conduite lui est dictée par une puissance supérieure contre laquelle elle ne peut aller. Cela renforce l’impression de démence et d’inexorabilité qui entoure sa mortelle équipée.

Alors si votre pass vaccinal est à jour, n’hésitez plus ! Lancez-vous dans le récit sec et nerveux d’une colère blanche qui se transforme en folie rouge.

Faute de Frappe - Chris Anthem - 2021

Et pour acheter le truc, ça se passe là : ABYMES - Chris Anthem | Faute de frappe (editionsfautedefrappe.fr)

26 décembre 2021

LES AVENTURES DE JEAN-MARIE CABIDOULIN - JULES VERNE

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Ne pouvant différer davantage le départ du Saint Enoch pour sa nouvelle campagne de chasse à la baleine, le capitaine Bourcart est contraint d’engager le seul tonnelier disponible : Jean-Marie Cabidoulin. Ce n’est pas que le vieil homme ne connaisse pas son affaire mais il traîne derrière lui une réputation de porte-poisse et a déjà miné le moral de plus d’un équipage en colportant la légende d’un dangereux serpent de mer. Très vite pourtant, des faits étranges surviennent. Le monstre marin existerait-il vraiment ?

On sait l'intérêt que Jules Verne portait aux choses de la mer. La marine à voile tient une place importante dans son œuvre et il a lui-même effectué de nombreuses croisières sur ses propres bateaux. Il est donc parfaitement à son aise pour nous conter l’histoire de ces navires qui, au XIXème siècle, partaient pour des campagnes de pêche, souvent fort longues.

C’est de chasse à la baleine qu’il a choisi de nous parler dans ce petit roman assez méconnu. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il maîtrise parfaitement son sujet. Qu’il s’agisse du matériel utilisé, de la composition de l’équipage, des zones de pêche, des comptoirs de ventes ou de tout ce qui touche aux cétacés (harponnage, dépeçage, transformation en huile…), Jules Verne est d’une érudition sans faille. Avec un vocabulaire technique parfois un peu hermétique, il nous narre par le menu le rude métier de ces hommes contraint de prendre de grands risques pour gagner de quoi vivre.

C’est très instructif mais il faut bien l’avouer aussi, guère passionnant. Car côté aventure, on n’a pas grand-chose à se mettre sous la dent si ce n’est les multiples dangers qui guettent les marins d'alors (tempêtes, récifs...) et quelques épisodes illustrant la rivalité du Saint Enoch avec un baleinier anglais.

Finalement le seul vrai suspens de cette histoire repose sur le fait de savoir si le serpent de mer évoqué par le tonnelier est bien réel et s'il fera son apparition avant la fin du récit. Les amateurs de fantastique resteront toutefois sur leur faim puisque l’on en restera aux conjectures. A chacun de se faire son opinion. Celle de Jules Verne semble toute faite et l’on devine sans mal qu’il se rallie à la raison et à la science plutôt qu’à la crédulité populaire !

Avec ses personnages qui manquent de profondeur et le peu d’ambition de son intrigue, « Les aventures de Jean-Marie Cabidoulin » n’est donc qu’un récit bonasse qui n’enflamme jamais l’imagination du lecteur. Dommage.

Les Humanoïdes Associés - Bibliothèque Aérienne

14 novembre 2021

SILOS GENERATIONS - HUGH HOWEY

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Après avoir surmonté bien des épreuves, Juliette est devenue le nouveau maire du silo 18. Forte de sa toute nouvelle autorité, elle entreprend de secourir les quelques survivants du silo voisin. De son côté, Donald tente également de leur venir en aide tout en continuant sa quête de vérité sur la construction des silos et le sort qui leur est promis. 

Quand on écrit un cycle, une saga ou une trilogie, le plus dur doit être de lui apporter une conclusion satisfaisante. A défaut le lecteur éprouvera une déception à la hauteur des attentes suscitées, un « tout ça pour ça » qui risque bien de le détourner de l’auteur pour un bon bout de temps. Alors, Hugh Howey est-il parvenu à se tirer de ce délicat exercice ? On va dire que oui. Mais tout juste. Mention passable et service minimum.

En fait, le principal défaut de cet ultime volume de la trilogie « Silo » est qu’il n’apporte pratiquement rien de neuf à l’histoire. Il se contente de confirmer les postulats et les déductions initiés dans les tomes précédents et d’aller jusqu’au bout de la destinée, assez prévisible, de chacun de ses héros.

On sent que l’auteur est un peu à cours d’idée et n’arrive plus à relancer la machine. Alors il ressasse (mêmes lieux, mêmes personnages), se perd dans des détails sans importances (la disparition d’Elise) ou dans des intrigues secondaires qui ne font qu’alourdir son propos (la nouvelle église du Pacte).

Résultat, alors que j’aurais dû être impatient de connaître la chute de l’histoire, j’ai éprouvé bien du mal à venir à bout  de ce roman pourtant beaucoup moins épais que ses devanciers. On saluera néanmoins l’entreprise colossale de Hugh Howey qui signait là ses tout premiers romans, son sens du rythme et sa capacité à croquer des personnages qu’il sacrifie dès que besoin sans s’encombrer de trop de sentimentalisme.

Acte Sud - Exofictions - 2014

 

19 septembre 2021

TREMBLEMER - ALAIN LE BUSSY

fna1908-1992

"Tremblemer" est la suite immédiate de "Deltas", l'histoire n'ayant été scindée en deux volumes que pour les besoins de la politique éditoriale du Fleuve Noir Anticipation. Nous retrouvons donc les personnages exactement là où nous les avions laissés. L'attaque des pirates sur l'île de Grande-Terre a été repoussée. L'Extase et son équipage se refont une santé dans les arsenaux de Montfort tandis que la planète Octa se rapproche dangereusement d'Aqualia faisant craindre le pire à ses habitants.

Ce sont d'ailleurs les effets dramatiques de cette conjonction planétaire qui sont cette fois au cœur du récit. Les premières catastrophes (tremblements de terre et raz de marées) ont fait prendre conscience du danger aux habitants des rares terres émergées. L'évacuation semble inéluctable et la population se prépare à prendre la poudre d'escampette à bords des plateformes volantes. Intrigue a priori fort légère et pourtant cela fonctionne. L'atmosphère d'urgence qui préside aux aventures de nos héros est bien rendue avec son lot d’émeutes et ses heurts entre les réfugiés et les membres d'équipage. Les rapports entre terriens et aériens donnent aussi à l'histoire une petite dimension politique. Les anciens tenant du pouvoir qui régnaient jusqu'alors sur les îles, gérant les arsenaux et contrôlant le commerce des denrées alimentaires, supportent mal de passer sous la coupe des capitaines de vaisseaux et la fusion des deux "peuples" aux coutumes si différentes ne se fera pas sans mal.

De la nouveauté aussi côté personnages. Si "Deltas" tournait presque exclusivement autour de Carvil, "Tremblemer" accorde plus de place à ses compagnons de route. A Judd tout d'abord, le neveu de Carvil qui vivra une dure épreuve parmi les pirates du grand nord. A Jobig ensuite, le jeune scientiste dont les inventions permettent à la plateforme volante de bénéficier d'avantages non négligeables sur les vaisseaux concurrents. Mais ce sont surtout les femmes qui bénéficient ici d'une belle mise en lumière alors qu'elles étaient à peu près absentes de la première partie. Je pense bien sûr à Myriam, l'audacieuse pilote dont Carvil tombe amoureux, à Marga sa rivale dans les airs et surtout à Sornia la technicienne qui conquiert la place de numéro deux de l'Extase grâce notamment à ses qualités de meneuse d'hommes. Tout cela fait de "Tremblemer" une suite réussie qui permet d'enrichir et d'approfondir un univers attachant et des personnages qui ne le sont pas moins.

Fleuve Noir Anticipation - 1993

26 septembre 2021

ENVERCOEUR - ALAIN LE BUSSY

FnAnt1931-1993

Près de vingt ans se sont écoulés depuis que la conjonction entre les planètes Octa et Aqualia failli provoquer l’extinction de l’espèce humaine sur cette dernière. Les plates-formes aériennes et le courage de quelques hommes ont  heureusement permis de sauver l’essentiel et la vie a fini par reprendre son cours. Alors que Carvil songe à céder le commandement de L’Extase, une étrange épidémie s’abat sur les rares archipels de la planète. Les malades deviennent allergiques à la lumière du jour et, pire encore, semblent décidés à propager le mal partout sur la planète.

Ces quelques lignes de ma composition résument presque entièrement l’histoire du troisième volume de ce qu’il est désormais permis d’appeler le cycle d’Aqualia. Un scénario assez mince dont on retiendra surtout une longue course poursuite entre deux nefs et de jolis combats aériens. En fait, ce qui fait défaut à ce roman, comme d’ailleurs aux deux premiers, c’est une intrigue un peu fouillée et non pas une menace globale (une catastrophe planétaire, une épidémie…) agrémentée de quelques péripéties.

Il aura aussi manqué d’explications. D’où vient cette épidémie ? Pourquoi des visiteurs d’outre espace aident-ils les contaminés ? Quel est le but recherché par les uns et les autres ? On ne saura rien de rien si ce n’est que Carvil parviendra une fois de plus à sauver son équipage et les autres communautés.

Pour le reste, il faut reconnaître qu’Aqualia est un monde attachant et qu’Alain Le Bussy est parvenu à créer une civilisation originale décrite avec une grande précision. Et c’est amplement suffisant pour me donner envie de lire les préquelles publiées une dizaine d’années plus tard.

Fleuve Noir Anticipation - 1993

5 septembre 2021

PARIS AU XXe SIECLE - JULES VERNE

ldp13941-1996

Il y a peu encore, en rédigeant l’une de mes chroniques, je qualifiais Jules Verne d’admirateur béat de la technologie. Ma lecture de « Paris au XXe siècle » m’oblige à tempérer mon jugement. Ce roman écrit aux environs de 1863, refusé par Hetzel et oublié jusqu’en 1994, est une sorte de dystopie dans laquelle l’auteur entend nous montrer à quoi pourrait ressembler la France et sa capitale à un siècle de distance.

Comme on pouvait s’y attendre, le monde qu’il nous dépeint est extrêmement évolué comparativement à celui de son époque. Les sciences et techniques y sont partout vénérées et mises à contribution dans tous les domaines : transports, éclairage public, communications… Mais c’est surtout dans la sphère économique que leur utilisation est la plus forte. Le Paris de 1960 est une société de l’industrie, du commerce et de la finance où tout ce qui n’est pas travail et productivité est regardé comme inepte, à commencer par les arts.

Malheureusement pour lui, le héros de cette histoire n’est attiré que par la poésie. Et c’est en s’attachant aux pas de ce jeune rêveur, en le suivant dans ses différents emplois ou dans ses promenades dans une ville transfigurée que l’on découvre une humanité corrompue par la recherche effrénée du profit. Jules Verne et ses personnages continuent pourtant de s’extasier devant les prodiges accomplis car ce n’est pas la science qu’ils critiquent mais l’usage qui en est fait. Ce qu’ils condamnent c’est cette société où la machine n’est plus un outil au service de l’homme mais une monstruosité qui l’écrase et l’asservit en le condamnant à des tâches abrutissantes.

Hélas, « Paris au XXe siècle » est un roman inachevé. Il se termine donc prématurément alors que le jeune Michel se trouve dans une bien mauvaise passe. Sans emploi ni argent, ayant perdu la femme qu’il aime, il ère de nuit dans un Paris où l’électricité règne en maître, lui rappelant combien il est étranger à ce monde.

Sa situation s’améliorera-t-elle ? Parviendra-t-il à trouver sa place dans ce monde austère et laborieux ? Les mentalités changeront-elles ? Difficile d’imaginer vers quel dénouement s’acheminait l’histoire. Pour ma part, je me rallierai à l’opinion de l’un des personnages : « N’y a-t-il donc aucun remède à cela ? Aucun, tant que règneront la finance et la machine ». A méditer,  encore - et surtout - aujourd’hui.

Le Livre de Poche - 1996

13 juin 2021

SILO ORIGINES - HUGH HOWEY

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En terminant « Silo », le lecteur était fort logiquement amené à se poser deux questions : pourquoi et comment ? Pourquoi  un pareil projet fut mis sur pied ? Comment fut-il mené à bien et réussit à perdurer dans le temps ? Ces deux interrogations, «  Silo Origines » entend y répondre. Et il y parvient. Du moins partiellement.

Le « comment » occupe l’essentiel du roman. De la genèse du projet jusqu’à  sa réalisation, nous suivons toutes les étapes de cette entreprise titanesque. Nous rencontrons les décideurs et les petites mains et découvrons les circonstances qui les poussèrent dans cette voie. Mais le récit ne se limite pas, loin s’en faut, à la construction des silos. Il ne s’agit là que d’une étape, essentielle, incontournable, mais pas fondamentale. Le silo n’est qu’un moyen de sauvegarder une portion d’humanité. Ce que cet opus nous montre, c’est l’incroyable organisation mise sur pied pour pérenniser la survie de générations d’hommes et de femmes cloitrés dans un espace restreint.

 La vie dans les silos a en effet été pensée dans ses moindres détails.  Le récit se concentre donc fort logiquement sur le silo numéro 1, centre névralgique du projet et véritable tour de contrôle. C’est Donald, le concepteur des silos, qui nous sert de guide tout au long des 300 années qui vont s’écouler sous nos yeux. Enfin presque, puisque les quelques milliers d’hommes chargé du contrôle et de la maintenance effectuent des vacations de 6 mois avant d’être cryogénisés pour une cinquantaine d’années. Comme les différentes factions de  Donald, malgré les révélations et surprises que chacune apporte au lecteur, seraient à la longue assez lassantes, l’auteur a eu la bonne idée de les faire alterner avec des séquences de la vie dans les autres silos.

Or, ce sont précisément ces passages où l’on côtoie le petit peuple des silos qui m’ont le plus séduit. Je pense notamment aux chapitres consacrés à Mission, le jeune porteur du silo 18 qui, à peine sortie du nid douillet de son école, se trouve mêlé à un dangereux complot. Je pense aussi à ceux où l’on suit Jimmy, un ado qui tente de survivre à la révolte du silo 17 et qui doit faire face à la férocité de ses congénères puis à une incommensurable solitude. Je préfère nettement ces passages plus intimes aux grands évènements du silo 1, la petite histoire à la grande. L’humain, les sentiments y sont bien mieux traités, à hauteur d’individu. On est loin des problèmes de conscience de Donald, de sa nostalgie d’un monde révolu, de ses souvenirs de couple et de sa quête, finalement assez secondaire, de la vérité.

Voilà donc pour le « comment ». Quant au « pourquoi », il faudra se contenter d’une réponse moins complète et pour tout dire, moins définitive. Certes, on sait désormais ce qui déclenchât le projet et comment les évènements furent précipités mais, plus on avance dans le récit et plus les motifs deviennent opaques. On devine que bien des voiles restent à lever et que de nombreuses surprises nous attendent encore… et pas que des plus plaisantes.

Finalement, plus qu’une préquelle, ce roman sert de passerelle entre le premier volume de la saga et le troisième qui s’annonce. Une sorte de main tendue par-delà les siècles pour permettre l’improbable rencontre entre Donald et Juliette, les héros des deux premiers opus.

Livre de Poche SF - 2016

16 mai 2021

L'HOMME DEMOLI - ALFRED BESTER

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Si "L'homme démoli » baigne indiscutablement dans une atmosphère de science-fiction, le ressort dramatique de l'histoire s'apparente bien davantage au roman policier. Car de quoi est-il question en définitive ? Un homme d'affaire veut se débarrasser d'un puissant concurrent. Il engage des complices pour réaliser son méfait, a recours à des hommes de main pour éliminer des témoins gênants et utilise son immense fortune pour corrompre les autorités. Face à lui, un procureur convaincu de sa culpabilité cherche à prouver son implication mais peine à le confondre en raison du cadre légal qui entoure ses fonctions. Voilà bel et bien un scénario de polar, et des plus classiques !

La plupart du temps la SF n’y joue aucun rôle, n’apportant au roman qu’une petite touche futuriste, histoire de rappeler que le récit ne se déroule pas au XXème siècle mais dans un avenir beaucoup plus lointain. On se déplace donc en bondisseur, les brouilleurs neuronals ont remplacé les armes à feu et l’on part en vacances sur Vénus ou Ganymède. Pour le reste rien n’a véritablement changé. Les mentalités sont peu ou prou les mêmes, les conventions demeurent et l’argent, le pouvoir et le sexe continuent à faire tourner le monde.

Bon, je suis un peu injuste. Il y a aussi les extrapers, ces puissants télépathes capables de lire au plus profond de votre esprit et qui forment une caste qui occupe les plus hautes fonctions. L’idée est intéressante, elle était sans doute même novatrice en 1953 lorsque le roman fut couronné du tout premier Hugo. Mais Dieu qu’elle a été sous exploitée ! Rien ou pas grand-chose sur ses conséquences sociales, sur la façon dont les non télépathes vivent cette mise à nu permanente et sur les dérives qui pourraient en découler. Réduit la plupart du temps à des dialogues en italiques censés figurer la transmission de pensées entre télépathes, le don des extrapers ne jouera finalement pas un grand rôle dans ce roman qui fait beaucoup trop son âge. 

Denoël - Présence du Futur - 1977

25 avril 2021

CONAN LORD CARNETS SECRETS D'UN CAMBRIOLEUR - SERGE BRUSSOLO

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Un trio de voleurs est engagé par un mystérieux commanditaire afin de mettre la main sur un tableau qui permettrait d’identifier le responsable d’une série de meurtres particulièrement horribles commis une dizaine d’années plus tôt. Usant d’un subterfuge pour s’introduire dans la demeure où le tableau est censé être dissimulé, les trois cambrioleurs vont découvrir que l’antique demeure recèle bien d’autres secrets. 

Ce premier opus des aventures de Conan Lord est un Brussolo pur jus. Les fans du maître français du thriller y seront donc en terrain connu et retrouveront avec plaisir l’habituel cortège de personnages hors normes, d’idées géniales et farfelues, de rebondissements incessants. Ici, c’est un trio de freaks qui donne le La. Derrière le nom de Conan Lord et la légende de la gueule cassée reconvertie en gentleman cambrioleur se cache en effet trois enfants de la balle contraints de voler pour survivre à la faillite de leur cirque. Nous accompagnons donc la dompteuse de fauves, le lilliputien et l’homme obus dans leur tentative de s’emparer d’un tableau d’une valeur toute particulière.

Si les trois personnages sont assez attachants grâce à leurs faiblesses et leurs addictions, le décor et l’époque n’apportent pas grand-chose à l’intrigue. Le Londres d’après-guerre avec ses ruines, ses rationnements et sa populace encore groggy offrait sans doute beaucoup plus de possibilités. Ici, ce back-ground n’est qu’entre aperçu, sous employé même, et l’on doit se contenter comme souvent dans les romans de l’auteur, d’une mystérieuse et labyrinthique demeure qui fut le théâtre d’évènements dramatiques.

L’ambiance est donc plutôt décevante mais c’est surtout la construction du roman qui constitue son principal défaut. L’intrigue autour du fameux tableau se déplace vite vers d’autres mystères et les suspects (de vol, de recel, de meurtre…) se multiplient au fur et à mesure que de nouvelles découvertes se font jour. Ce jeu de fausses pistes et de révélations multiples est certes la marque de fabrique de l’auteur mais ici, il m’a semblé moins convaincant que d’habitude, plus artificiel. Un peu comme si l’auteur s’était aperçu en cours de route que l’idée de départ n’allait pas le mener assez loin et qu’il lui fallait alors meubler du mieux qu’il pouvait. Cela nous donne au final un roman assez prenant mais qui laisse un goût légèrement insipide, comme un bonbon périmé.

Le Masque - 1995

28 mars 2021

JOURNAL DES ANNEES DE POUDRE - RICHARD MATHESON

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Je suis d’une génération élevée au western. Celle qui n’aurait manqué pour rien au monde les rendez-vous du mardi soir avec Eddy Mitchell et pour qui John Wayne, Gary Cooper, ou Audy Murphy ne sont pas d’illustres inconnus. Alors forcément, il m’en reste un petit quelque chose et c’est toujours avec grand plaisir que je regarde les rares rediffusions de ces vieux films en cinémascope où les peaux rouges affrontent les tuniques bleus tandis que le gentil sheriff triomphe de l’ignoble pilleur de banque. 

« Journal des années de poudre » a donc très logiquement fait resurgir en moi un tas de vieux souvenirs : l’attaque de la diligence par les indiens, les parties de poker dans le saloon,  les règlements de compte à OK Corrall… Mais si Matheson fait admirablement revivre ces images d’Epinal de l’ouest légendaire, son propos est un peu plus complexe que cela.

D’abord, son Far West est beaucoup moins romancé que celui d’Hollywood. Plus réaliste aussi. Sur la frontière, la civilisation est balbutiante et la loi approximative. La force ou l’argent dominent encore très largement les relations humaines et les représentants de l’ordre ont bien du mal à se faire respecter. Shérifs et hors la loi ne sont d’ailleurs pas bien différents et seules les circonstances les font basculer d’un côté ou de l’autre.

Clay Halser, le héros de l’histoire, est le parfait représentant de ce monde jeune et sauvage où les fortunes et les réputations se font à coups de revolvers. C’est son journal que nous lisons, à peine révisé par un journaliste de ses amis. Il a la simplicité de son auteur et la même franchise.  Il s’y livre sans filtre, jour après jour, sur ses  rencontres, ses amours, ses espoirs… Cela ne l’empêche pas d’être lucide sur lui-même et les autres et de porter un regard pénétrant sur son statut de légende de l’ouest.

Cela permet aussi à Richard Matheson de décortiquer la construction d’un mythe. Il nous montre qu’il peut suffire d’un journaliste en mal de copie et de lecteurs avides de frissons pour transformer un cow-Boy agile de la gâchette en héros invincible. En suivant le parcours de Clay Halser, on comprend aussi comment la réputation d’un homme peut prendre le pas sur la réalité et de quelle manière elle en vient à influer sur sa destinée. Se dessine alors le portrait infiniment triste d’un homme qui voit sa vie lui échapper, prisonnier de sa légende, solitaire et malheureux.

Denoël - Lunes d'Encre - 2003

15 février 2021

L'ENFANCE ATTRIBUEE - DAVID MARUZEK

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« L’enfance attribuée » est une novella intelligente et finement construite dont il faut attendre d’avoir lu les deux tiers pour comprendre où l’auteur veut nous emmener. Jusque-là, on a le sentiment de lire une histoire d’amour sympathique mais sans grand intérêt.

La romance de Sam et Eleonora est en effet relativement banale même si le premier est un artiste de renom et la seconde une procureure internationale, et seul le fait que l’histoire se déroule dans un lointain futur apporte un peu de piquant au récit. De leur rencontre par hologramme interposé jusqu’à la « naissance » de leur enfant, nous découvrons donc les différentes phases de leur idylle et certains aspects de leur monde. Un monde où l’on part en voyage de noces sur la Lune et où quelques jours en clinique spécialisée vous font rajeunir de vingt ou trente ans. Un monde luxueux et sophistiqué où l’intelligence artificielle et la réalité virtuelle ont envahis le quotidien, facilitant la vie et aplanissant toutes les difficultés. 

Une existence de rêve ? Peut-être. Sauf qu’un évènement dramatique va nous amener à reconsidérer ce qui ressemblait à une magnifique utopie. Et alors, toute l’horreur de cette société nous saute aux yeux : les manipulations génétiques, l’eugénisme et le clonage, l’immortalité au profit de quelques-uns avec pour corollaire un sévère contrôle des naissances. Une société 2.0 où la technique a asservit l’homme et dénaturé les relations humaines. Une société totalitaire où la police est toute puissante, la surveillance constante et intrusive.

Aussi subtile que bien amenée, la démonstration est parfaite. Le souci c’est que, justement, le roman n’est que démonstration. Rien de moins, rien de plus. Le pourquoi et le comment de cette société, le sort réservé aux citoyens moins favorisés, l’auteur n’en dira pas un mot. C’est dommage même si le format court du récit ne permettait sans doute pas d’approfondir cet univers.

Le Bélial - Une Heure Lumière - 2019

21 février 2021

FATALE - JEAN-PATRICK MANCHETTE

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Qu’est-ce qui pousse Aimée Joubert à s’installer à Bléville ? Pourquoi cherche-t-elle à intégrer au plus vite les cercles huppés de la petite ville portuaire ? Qu’a-t-elle à gagner en s’informant sur tous les membres de l’élite locale ? Pourquoi cache-t-elle une arme dans ses bagages ? 

« Fatale » est ma seconde incursion dans l’œuvre de Manchette et force est de constater que je suis de nouveau tombé sous le charme de son style nerveux et dépouillé. Pas de fioriture ni d’effets de style. L’auteur va à l’essentiel sans se soucier de faire joli ou harmonieux. Pour preuve, sa description d’un bar où son héroïne trouve refuge : « Il y avait du côté droit un comptoir plastifié rouge, de l’autre côté quatre tables à dessus plastifié rouge, dans des boxes à banquettes rouges et un juke-box silencieux. » Malgré ou à cause de cette sécheresse de ton, le récit est d’une redoutable efficacité. Il maintient tout du long un rythme haletant qui instille une atmosphère d’urgence et de tension constante.

Pour autant l’auteur sait prendre son temps quand il s’agit de nous présenter son héroïne et la petite ville sur laquelle elle a jeté son dévolu. Entre cocktails, fêtes paroissiales et parties de bridge, il nous fait pénétrer le charme discret et vénéneux d’une petite ville de la côte d’albâtre et de sa bourgeoisie locale qui, sous les apparences de la respectabilité, dissimule bien des cadavres dans ses armoires normandes. Car Aimée le sait bien, dans chaque vile mijote la même soupe nauséabonde élaborée avec les mêmes ingrédients : « corruption, trafic d’influence, arnaques en tous genres et histoires de fesses ». Elle sait aussi qu’il suffit d’être patient et d’observer « par les fentes des murs, les fêlures des gens, les trous de serrures » pour faire remonter toute cette fange à la surface.

Ses raisons, on les comprendra petit à petit même si l’on sait dès le début que la demoiselle n’est pas une oie blanche. Pourtant, malgré toute sa volonté et sa détermination, elle n’arrivera pas à se faire aussi pourrie que les ordures dont elle se sert. Elle se résoudra donc à les faire payer, tous, « les loups, les porcs, les chiens ». Et cela nous donne trente dernières pages hallucinantes, bourrées de violence et d’hémoglobine.

« Fatale» est une critique sociale radicale et sans concession. La condamnation sans appel d’une société pourrie, gangrenée jusqu’à l’os par l’argent et la politique. Une seule solution : l’amputation. Manchette taille dans le vif. Sans anesthésie.

Gallimard - Folio Policier - 2019

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SF EMOI
  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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