
Les huit nouvelles qui composent ce recueil ont été rédigées à partir de 1935. Il s'agit d’œuvres de commande destinées à alimenter la revue Spicy Adventure Stories qui s'était spécialisée dans l'édition d'histoires d'action et d'aventures mâtinées d'érotisme. Il ne faut donc pas s'attendre à y trouver des intrigues alambiquées ni une profusion de lieux et de personnages. Le format trop calibré (20 pages seulement) ne permet pas à Howard d'étoffer son back-ground ou de multiplier les rebondissements. La plupart du temps, l'action se déroule en intérieur (une maison, un tripot, la cabine d'un navire) et seuls quelques détails vestimentaires, les noms et la nationalité des différents protagonistes, permettent d'apporter au récit une petite touche d'exotisme.
Rien de bien grave toutefois puisque le principal objectif de ces textes était de fournir au lecteur masculin de l'époque quelques petits frissons au niveau de l'entrejambe. De fait, on n'attend jamais plus de deux ou trois pages pour que l'héroïne se retrouve en petite tenue, voire même dans le plus simple appareil. Qu'il s'agisse d'une danseuse hispanique, d'une intrigante russe, d'une riche héritière américaine ou d'une lady britannique, toutes les femmes que l'on croise dans ces nouvelles se retrouvent immanquablement dans les situations les plus scabreuses, leur pudeur menacée par le désir exacerbé d'infâmes crapules. Qu'on se rassure cependant, l'érotisme qui imprègne ces pages est très, très léger. Il n'est question que de la blancheur ivoirine d'une fesse, du satiné d'une cuisse et de globes de chair d'une rose splendeur... bref, pas de quoi enflammer la libido d'un ado d'aujourd'hui.
Les six premiers textes mettent donc en scène celui qui donne son titre au recueil, le dénommé Wild Bill Clanton, terreur des sept mers, trafiquant d'arme, pirate, voleur. Si le bonhomme a beaucoup de points communs avec les autres héros howardiens, notamment sa carrure et son goût du risque, il ne suscite en revanche que peu d'empathie. C'est un personnage assez grossier qui n'a que trois passions dans la vie : l'alcool, les femmes, la bagarre, et pas forcément dans cet ordre. S'il ne manque pas d'un certain bon sens comme en témoigne la façon dont il se sort d'affaire dans certaines de ses aventures, il s'en remet la plupart du temps à ses poings pour se tirer des guêpiers où son impétuosité le plonge invariablement.
"Le démon des mers du sud" et " Mutinerie à bord" sont les seuls textes à nous proposer une ambiance maritime. On y trouve sans surprise de vieux gréements et des équipages patibulaires ainsi que quelques-unes de ces tribus primitives qui peuplent les îles de l'océan Pacifique. Si le cadre est dépaysant, le sujet manque en revanche d'intérêt. Il s'agit à chaque fois de savoir qui d'un capitaine pirate ou d'un roi canaque obtiendra les faveurs de la jolie Raquel, seul personnage féminin à avoir les honneurs de deux nouvelles. Heureusement pour la jolie donzelle, le grand Bill veille au grain et c'est lui qui remportera la mise !
C'est ensuite l'extrême Orient et ses ténébreux mystères qui servent de cadre aux aventures de l'intrépide marin. "Le cœur pourpre d'Erlik" et "Le dragon de Kao Tsu" nous plongent dans l'univers des collectionneurs d'antiquités et des trafiquants d'art. Marchands roublards, chefs de gangs et voleurs s'entremêlent dans ces deux récits où chacun cherche à posséder son rival pour finalement se retrouver la dupe de plus malin qu'eux. Wild Bill Clanton y joue le rôle du chien dans un jeu de quilles et s'ingénie à mettre à mal les projets des uns et des autres.
"Le grog du meurtrier" nous emmène à la frontière de l'Inde et de l’Afghanistan, zone de non droit en proie aux guerres tribales. Alors qu'il cherche à négocier une cargaison de fusils, Wild Bill Clanton est victime des machinations de la séduisante Sonya. Une nouvelle sans grand intérêt où le marin agit comme un taureau dans l'arène et qui se conclue par le viol de la machiavélique intrigante présenté comme la juste punition de ses mauvaises actions. Les mentalités ont bien changées depuis les années trente et c'est heureux !
Changement de continent avec "Le sang du désert". Nous voici cette fois dans l'Algérie coloniale où notre aventurier se retrouve au centre d'un jeu de pouvoir entre chefs berbères. Beautés voilées (pas pour longtemps) et cheikhs sourcilleux sont au menu de cette nouvelle amusante où l'on constate que le désert n'est pas si vide qu'il n'y parait.
Si Wild Bill Clanton est absent des deux derniers textes, ses remplaçants ne lui cèdent en rien question bravoure et témérité.
"Les canons de Khartoum" met en scène Emmet Corcoran, un chasseur américain qui se retrouve bloqué dans Khartoum assiégée par les troupes du Mahdi. Le célèbre épisode historique sert surtout de décor à ce récit ponctué de nombreuses scènes de combats à l'arme blanche, au revolver ou à mains nues. Un récit typiquement "howardien".
C'est finalement "Filles de la haine", le dernier texte du recueil, qui s'avère être le plus intéressant. Le plus surprenant aussi puisqu'il se déroule tout bonnement aux Etats-Unis et que son héros est un simple instituteur. Braxton Brent vient de prendre son poste dans une bourgade isolée qui est le théâtre d'une vendetta entre les Pritchard et les Kirby. Contraint de punir des rejetonnes de chaque clan, le jeune homme devient la cible des deux familles. Sans doute la nouvelle la plus "olé olé" avec notamment une scène de fessée appliquée à de grandes et jolies élèves.
Nouvelles Editions Oswald - 1984