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22 octobre 2023

COMME SI NOUS ETIONS DES FANTOMES - PHILIP GRAY

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Tous ceux qui ont déjà lu "Un long dimanche de fiançailles" ne pourront s'empêcher de penser que Philip Gray est allé y chercher un peu de son inspiration. Cette histoire de femme amoureuse lancée à la recherche de son fiancé disparu au front rappelle en effet beaucoup le célèbre roman de Sébastien Japrisot. La recherche de la vérité, la rencontre avec les témoins et les acteurs du drame, l'espoir chevillé au corps de l'héroïne, les ressemblances entre les deux oeuvres sont nombreuses. Pour autant, "Comme si nous étions des fantômes" possède ses qualités propres.

D'abord, parce qu'il a le mérite d'aborder des sujets rarement évoqués dans les romans qui traitent de la première guerre mondiale. Il y est notamment question du recours aux auxiliaires chinois pour les travaux de terrassement, de l'utilisation massive de la drogue par les troupes britanniques que ce soit de manière officielle ("pilules de marche" à base de cocaïne) ou officieuse (opium et laudanum) ou encore de la recherche et de l'identification des corps des soldats disparus.

Ensuite parce qu'il rend très bien l'atmosphère de désolation et de tristesse qui plane sur les champs de bataille en ce début d'année 1919. Des champs de bataille désormais silencieux mais qui ont conservés les stigmates des horreurs qui s'y sont déroulés. Villes et villages détruits, paysages ravagés par les obus et, parmi les ruines, des populations hagardes et des soldats déboussolés. La fin de la guerre, le retour à la paix et au pays s'avère aussi difficile pour les tommies marqués à vie par les combats que pour les familles qui ont perdus un père, un frère, un fils.

En revanche le côté policier du roman m'a moins emballé. Les motivations de l'assassin et les tréfonds de sa personnalité ne m'ont pas convaincu. Il me semble que l'auteur aurait pu s’en tenir à une explication moins alambiquée pour expliquer ses actes. L’horreur quotidienne vécue dans les tranchées, la banalisation de de la mort et de la souffrance suffisent largement à faire perdre tout sens moral et tout respect pour la vie humaine.

Quoi qu’il en soit, « Comme si nous étions des fantômes » est un beau roman qui rappelle fort justement quel enfer ont été contraint de vivres des millions d’hommes et, par ricochet, de femmes.

Sonatine - 2023

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1 octobre 2023

HIROCHIMIO MON AMOUR - NICOLAS MILLIE

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Condamné à brève échéance par un cancer particulièrement agressif, Gilbert a décidé d’en finir au plus vite pour s’éviter des souffrances inutiles et épargner à son épouse l’image de sa déchéance. Un médecin semble prêt à l’accompagner dans sa démarche. Mais le docteur Grandiot est-il vraiment aussi compatissant qu’il le prétend ?

Premier auteur français à participer à l’aventure du gore made in Switzerland, Nicolas Millié à placé son roman sous le signe du savant fou. Et dans le genre scientifique bien frappadingue, son docteur Grandiot se pose là. Digne successeur des Frankenstein et autre Jekyll, il ajoute à la mégalomanie de ses illustres prédécesseurs une bonne dose d’intégrisme religieux. Cela le conduit à se livrer non seulement aux expériences les plus douteuses mais aussi à recourir aux protocoles les plus extrêmes et les plus douloureux. L’abominable bonhomme entend en effet faire souffrir ses cobayes afin de leur rappeler que leur séjour terrestre est, ou devrait être, une vallée de larmes.

Une bonne partie du roman se déroule donc dans son laboratoire où deux hommes et une femme subissent non seulement ses traitements délirants mais aussi les sévices de son homme à tout faire. Les descriptions des uns et des autres sont proprement abominables. Nicolas Millié prend un malin plaisir à s’attarder sur les chairs martyrisées, les organes boursouflés, les humeurs, les escarres et tous ces fluides peu ragoutants que le corps humain sécrète.

Le défilement de toutes ses scènes écœurantes pourrait paraître un peu redondant s’il n’y avait, en contrepoint, l’histoire de l’épouse de Gilbert qui se démène pour sauver son époux, aidée dans son entreprise par une amie quelque peu envahissante. Cela apporte au récit un soupçon de tendresse et d’humour, une respiration bienvenue au milieu des miasmes de l’horreur médicale, jusqu’à ce que le récit s’emballe et que la déchéance physique change de côté…

Dénonciation de l’intégrisme religieux et des laboratoires pharmaceutiques prêts à tout pour augmenter leurs profits, « Hirochimio mon amour » est aussi un plaidoyer pour l’euthanasie car, rappelons-le, la France oblige encore ses citoyens à l’exil belge ou suisse pour trouver une fin de vie digne et exempte de souffrances.

Gore des Alpes - 2021

 

 

28 mai 2023

WILD BILL CLANTON - ROBERT ERVIN HOWARD

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Les huit nouvelles qui composent ce recueil ont été rédigées à partir de 1935. Il s'agit d’œuvres de commande destinées à alimenter la revue Spicy Adventure Stories qui s'était spécialisée dans l'édition d'histoires d'action et d'aventures mâtinées d'érotisme. Il ne faut donc pas s'attendre à y trouver des intrigues alambiquées ni une profusion de lieux et de personnages. Le format trop calibré (20 pages seulement) ne permet pas à Howard d'étoffer son back-ground ou de multiplier les rebondissements. La plupart du temps, l'action se déroule en intérieur (une maison, un tripot, la cabine d'un navire) et seuls quelques détails vestimentaires, les noms et la nationalité des différents protagonistes, permettent d'apporter au récit une petite touche d'exotisme.

Rien de bien grave toutefois puisque le principal objectif de ces textes était de fournir au lecteur masculin de l'époque quelques petits frissons au niveau de l'entrejambe. De fait, on n'attend jamais plus de deux ou trois pages pour que l'héroïne se retrouve en petite tenue, voire même dans le plus simple appareil. Qu'il s'agisse d'une danseuse hispanique, d'une intrigante russe, d'une riche héritière américaine ou d'une lady britannique, toutes les femmes que l'on croise dans ces nouvelles se retrouvent immanquablement dans les situations les plus scabreuses, leur pudeur menacée par le désir exacerbé d'infâmes crapules. Qu'on se rassure cependant, l'érotisme qui imprègne ces pages est très, très léger. Il n'est question que de la blancheur ivoirine d'une fesse, du satiné d'une cuisse et de globes de chair d'une rose splendeur... bref, pas de quoi enflammer la libido d'un ado d'aujourd'hui.

Les six premiers textes mettent donc en scène celui qui donne son titre au recueil, le dénommé Wild Bill Clanton, terreur des sept mers, trafiquant d'arme, pirate, voleur. Si le bonhomme a beaucoup de points communs avec les autres héros howardiens, notamment sa carrure et son goût du risque, il ne suscite en revanche que peu d'empathie. C'est un personnage assez grossier qui n'a que trois passions dans la vie : l'alcool, les femmes, la bagarre, et pas forcément dans cet ordre. S'il ne manque pas d'un certain bon sens comme en témoigne la façon dont il se sort d'affaire dans certaines de ses aventures, il s'en remet la plupart du temps à ses poings pour se tirer des guêpiers où son impétuosité le plonge invariablement.

"Le démon des mers du sud" et " Mutinerie à bord" sont les seuls textes à nous proposer une ambiance maritime. On y trouve sans surprise de vieux gréements et des équipages patibulaires ainsi que quelques-unes de ces tribus primitives qui peuplent les îles de l'océan Pacifique. Si le cadre est dépaysant, le sujet manque en revanche d'intérêt. Il s'agit à chaque fois de savoir qui d'un capitaine pirate ou d'un roi canaque obtiendra les faveurs de la jolie Raquel, seul personnage féminin à avoir les honneurs de deux nouvelles. Heureusement pour la jolie donzelle, le grand Bill veille au grain et c'est lui qui remportera la mise !

C'est ensuite l'extrême Orient et ses ténébreux mystères qui servent de cadre aux aventures de l'intrépide marin. "Le cœur pourpre d'Erlik" et "Le dragon de Kao Tsu" nous plongent dans l'univers des collectionneurs d'antiquités et des trafiquants d'art. Marchands roublards, chefs de gangs et voleurs s'entremêlent dans ces deux récits où chacun cherche à posséder son rival pour finalement se retrouver la dupe de plus malin qu'eux. Wild Bill Clanton y joue le rôle du chien dans un jeu de quilles et s'ingénie à mettre à mal les projets des uns et des autres.

"Le grog du meurtrier" nous emmène à la frontière de l'Inde et de l’Afghanistan, zone de non droit en proie aux guerres tribales. Alors qu'il cherche à négocier une cargaison de fusils, Wild Bill Clanton est victime des machinations de la séduisante Sonya. Une nouvelle sans grand intérêt où le marin agit comme un taureau dans l'arène et qui se conclue par le viol de la machiavélique intrigante présenté comme la juste punition de ses mauvaises actions. Les mentalités ont bien changées depuis les années trente et c'est heureux !

Changement de continent avec "Le sang du désert". Nous voici cette fois dans l'Algérie coloniale où notre aventurier se retrouve au centre d'un jeu de pouvoir entre chefs berbères. Beautés voilées (pas pour longtemps) et cheikhs sourcilleux sont au menu de cette nouvelle amusante où l'on constate que le désert n'est pas si vide qu'il n'y parait.

Si Wild Bill Clanton est absent des deux derniers textes, ses remplaçants ne lui cèdent en rien question bravoure et témérité.

"Les canons de Khartoum" met en scène Emmet Corcoran, un chasseur américain qui se retrouve bloqué dans Khartoum assiégée par les troupes du Mahdi. Le célèbre épisode historique sert surtout de décor à ce récit ponctué de nombreuses scènes de combats à l'arme blanche, au revolver ou à mains nues. Un récit typiquement "howardien".

C'est finalement "Filles de la haine", le dernier texte du recueil, qui s'avère être le plus intéressant. Le plus surprenant aussi puisqu'il se déroule tout bonnement aux Etats-Unis et que son héros est un simple instituteur. Braxton Brent vient de prendre son poste dans une bourgade isolée qui est le théâtre d'une vendetta entre les Pritchard et les Kirby. Contraint de punir des rejetonnes de chaque clan, le jeune homme devient la cible des deux familles. Sans doute la nouvelle la plus "olé olé" avec notamment une scène de fessée appliquée à de grandes et jolies élèves.

Nouvelles Editions Oswald - 1984

27 novembre 2022

LA GRANDE PANNE - THEO VARLET

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J'aime bien fouiner dans les brocantes ou les vides greniers. On y trouve parfois quelques raretés, quelques vieilleries surprenantes. Il en va de même en littérature. Lorsque je pioche dans les vieux romans de SF, je tombe de temps à autre sur des œuvres étonnantes qui ont ouvert la voie à de nouvelles idées ou contribué à codifier tel ou tel genre. C'est un peu le cas de ce roman écrit en 1930 dans lequel Théo varlet nous décrit les conséquences politiques, économiques et sociales d'une invasion de lichen extra-terrestre qui prolifère au détriment de toutes les sources d'énergie électrique.

D'une écriture très fluide qui ne fait absolument pas son âge, l'auteur nous montre comment la "xénobie" est introduite sur Terre et de qu'elle manière elle se répand à travers la France. Il le fait très intelligemment, passant l'air de rien de la farce scientifique au roman catastrophe. Ainsi, ce qui n'est tout d'abord qu'un léger désagrément entraînant selon les cas des démangeaisons ou une baisse d'intensité lumineuse des ampoules se transforme en une calamité qui affecte la société dans son entier. Désorganisation des transports, fermetures des usines,  chômage généralisé, émeutes... la disparition progressive de l'électricité provoque des réactions en chaîne qui mettent à mal la sécurité du pays et du monde.

Théo Varlet nous montre ainsi que notre dépendance à l'électricité n'est pas neuve. Il démontre surtout la fragilité de nos économies qui peuvent s'écrouler du jour au lendemain dès lors qu'elles ne disposent plus de l'énergie ou des matières premières sur lesquelles elles sont fondées. Serge Simon Held dans "La mort du fer" et Georges Blond dans "Les naufragés de Paris" suivront un schéma identique avec le fer et le papier. Malheureusement, si la démonstration de l'auteur est bien amenée, elle est parasitée par l'histoire d'amour entre les deux principaux protagonistes du roman. Les serments d'amour de l'un, le dévouement filial de l'autre et toutes ces minauderies très XIXème siècle appesantissent le récit sans lui apporter la moindre valeur ajoutée.

Le roman se conclue sur la question de la responsabilité des scientifiques dans l'utilisation, notamment militaire, de leurs découvertes. Une réflexion d'autant plus intéressante que le roman a été écrit peu avant la seconde guerre mondiale qui vit, entre autres monstruosités, la première utilisation de l'arme nucléaire.

L'Amitié par le Livre - 1936

13 novembre 2022

LA BANDERA - PIERRE MAC ORLAN

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Recherché pour meurtre, Pierre Gilieth est contraint de passer en Espagne pour fuir la justice française. Après quelques semaines de misère à Barcelone, il s'engage dans la légion étrangère. Un membre de la police secrète espagnole s'enrôle en même temps que lui dans l'espoir de le démasquer et toucher la prime promise pour sa capture. Bientôt les deux hommes sont expédiés au Maroc où Gilieth fait la conquête d'une entraîneuse...

Entamer ce roman de Mac Orlan en ayant déjà vu le film que Julien Duvivier en a tiré oblige à faire de gros efforts d’abstraction. Difficile en effet d’oublier la fantastique interprétation de Jean Gabin et Robert Le Vigan ou les superbes paysages du Rif marocain. Les images du film se juxtaposent à celles suscitées par la plume de l’auteur et le lecteur paresseux a tendance à mettre en veille son imaginaire. Pourtant, le roman en vaut la peine. Bien des scènes ont été passées sous silence sur la pellicule et le cheminement psychologique des personnages est beaucoup plus nuancé dans le livre.

L'histoire ne s'y résume pas à un récit d'aventures coloniales célébrant les vertus militaires et l'amitié virile. Le cadre exotique avec sa casbah, ses bédouins et ses fortins perdus dans le djebel lui apporte bien cette dimension, mais il s'agit surtout pour l'auteur de créer les conditions d'un bouleversement radical dans l'existence de ses héros.

Loin de chez eux, coupés de leurs habitudes et de leur relations, ils subissent une transformation profonde. Gilieth devient un autre homme à mesure qu'il se fait une place dans la légion et bénéficie d'une forme de confiance de ses supérieurs et de respect de ses compagnons d'armes. Il conserve bien une attitude de marlou dans ses relations avec la belle Aïscha mais c'est surtout parce qu'il se sert d'elle pour se prémunir contre Lucas. Chez ce dernier, la métamorphose est encore plus radicale. La fidélité à ses supérieurs et l'appât du gain vont s'effacer derrière l'amour fou qu'il éprouve pour cette même Aïscha.

Mac Orlan décrit très bien le jeu du chat et de la souris qui s'instaure entre l'assassin et le policier puis la lutte ouverte qui les oppose pour la possession de l'envoûtante prostituée.  Un combat qui s'avérera finalement assez vain et dont ni l'un ni l'autre ne sortiront véritablement gagnant.

Gallimard - Folio

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16 janvier 2022

CE QU'IL Y AVAIT DERRIERE L'HORIZON... - JEAN-PIERRE ANDREVON

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Les statistiques sont formelles. Plus on lit de livres d’un même auteur, plus on a de chance de tomber sur un titre décevant. Alors voilà. C’est fait. J’ai lu un mauvais Andrevon. Enfin mauvais n’est pas le mot. Disons plutôt un Andrevon très moyen. Parce qu’il y a quand même sa belle écriture, riche et fortement évocatrice avec sa façon bien à lui de faire vivre ses personnages en toute simplicité, au plus près de leur quotidien. Mais ici, elle ne suffit pas à sauver le livre.

Pourtant le truc était prometteur. Intriguant, angoissant, haletant, il happe instantanément le lecteur et le plonge dans un abîme de conjectures sans toutefois lui laisser le temps de se pencher sur les mystères qui s’accumulent face à un héros complètement débordé. Le pauvre Joseph Wong a en effet le plus grand mal à comprendre ce qui lui arrive. A peine rentré chez lui après sa partie de pêche dominicale, le pauvre homme est agressé par tous les membres de sa famille. Son fils tente de l’électrocuter, son bébé veut lui croquer les mimines et sa moitié l’accueille avec un couteau de cuisine. Et ce n’est pas fini ! Ses parents, sa belle famille, ses vieux potes se mettent à le courser avec apparemment une seule idée en tête : le trucider. Avouez qu’il y a là de quoi se poser quelques questions, chercher à comprendre le pourquoi et le comment. Et on s’attend à du lourd, du surprenant, de l’atypique.

Et ben non ! Comme une baudruche qui fait pschitt, l’intrigue accouche d’une très banale histoire d’invasion extra-terrestre. Oui je spoile. Mais rassurez-vous, rien de bien grave à cela. L’auteur nous dévoile assez vite les dessous de l’affaire et cet affrontement entre les Andromorphes et les Scyncomorphoïdes pour la domination de la Terre n’a malheureusement rien de particulièrement original. La façon dont ils s’y prennent pour désigner le vainqueur, se livrant à une sorte de jeu afin d’éviter de se détruire réciproquement, a déjà été exploitée et l’intervention d’entités supérieures pour mettre de l’ordre dans tout ce bordel m’a fait l’effet d’un raccourci un peu grossier pour clore fissa le roman.

Au final, celui-ci  se résume donc pour l’essentiel à une longue course poursuite entrecoupée de combats extrêmement violents. Pas de quoi fouetter un chat donc. Andrevon m’a habitué à tellement mieux que j’en deviens peut-être trop exigeant !

Fleuve Noir Anticipation - 1991

14 mars 2017

XENOCIDE - ORSON SCOTT CARD

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Sur Lusitania, la planète où humains, piggies et doryphores essayent de vivre en bonne entente, l’heure et grave. Le congrès stellaire a envoyé une flotte avec mission de détruire la planète pour éviter que le virus de la descolada ne soit exporté sur d’autres mondes. La résistance s’organise et Ender essaye de regrouper autour de lui toutes les bonnes volontés. Il aura fort à faire pour concilier des conceptions de l’existence et des points de vue radicalement opposés.

Si « La voix des morts » nous parlait avant tout de tolérance et d’ouverture à autrui, le thème principal de « Xénocide » est sans conteste le libre-arbitre et son corollaire la responsabilité. Agir, décider, pour soi ou pour les autres, s’affranchir de l’autorité de sa famille, des lois de la société ou de celles de son espèce, tels sont quelques-uns des combats qu’Ender et ses compagnons vont devoir mener. Des choix pas toujours faciles et dont il leur faudra aussi assumer les conséquences parfois redoutables.

Parmi les différents principes régissant leur existence qu’ils vont devoir affronter, la religion fait figure d’ennemi  public numéro 1. Qu’elle soit utilisée pour asservir un peuple (les habitants de la planète de la Voie) ou pour servir les ambitions de quelques-uns (l’hérésie de Planteguerre), elle est ici présentée sous son aspect le plus sombre. L’auteur se garde toutefois de raccourcis trop simplistes et s’interroge davantage qu’il ne critique, sur l’intelligence, l’âme ou les origines de la création. Il n’hésite cependant pas à mettre les croyants face aux contradictions de leur culte à l’instar des catholiques de Lusitania contraints d’adapter leurs rites aux spécificités des races autochtones.

Alors vous l’aurez compris, « Xénocide » est un roman dans lequel on utilise davantage sa cervelle que ses muscles. Hormis une scène d’émeute, il n’y a pas la moindre action violente, pas le moindre combat. Cela ne signifie pas pour autant que le roman soit exempt de confrontations, bien au contraire. Les multiples débats entre les nombreux personnages sont éprouvants. Il s’agit de véritables affrontements où l’on domine son adversaire par la seule force de son raisonnement et où certains arguments ont la puissance d’un d’uppercut. Certes il faut faire un petit effort pour suivre l’auteur dans ses théories et les concepts qu’il manie, mais il vulgarise juste ce qu’il faut pour rendre son propos aussi précis que passionnant et chaque découverte fait avancer l’intrigue mieux que n’importe quel autre agissement.

Cela nous donne une intrigue assez proche de celle du tome précédent. Menace, confrontation d’idées et de personnalités, recherches scientifiques puis découverte finale qui résout, momentanément, les problèmes : le canevas est en effet quasi identique. Orson Scott Card a cependant eu l’heureuse idée d’introduire un peu de nouveauté grâce à la planète de la Voie et quelques-uns de ses habitants. Nous faisons ainsi connaissance avec Han Fei-Tzu, sa fille Quing Jao et leur servante Si Wang Mu, des personnages extrêmement intelligents mais atteints de Troubles Obsessionnels Compulsifs qu’ils croient être le signe d’une connexion avec les dieux. Leur histoire, d’abord parallèle, puis intimement imbriquée dans l’intrigue générale permet de s’évader de l’atmosphère parfois pesante de Lusitania et de découvrir un autre petit morceau de l’univers d’Ender Wiggin.

Au final, le seul défaut de ce livre est qu’il appelle une suite puisque la destinée de Lusitania et de ses habitants reste une fois encore en suspens. Ceci étant, si le quatrième volet est de même qualité que les précédents je suis preneur.

J'ai Lu - 1996

 

13 avril 2016

LES COMPAGNONS DE JEHU - ALEXANDRE DUMAS

sqkrqa1799, les chouans bretons avec à leur tête Georges Cadoudal continuent de narguer la toute jeune république. Ils sont aidés par les Compagnons de Jéhu, de jeunes royalistes qui les soutiennent financièrement en attaquant les transports de fonds du gouvernement. Décidé à mettre un terme à l’insurrection, Bonaparte charge son aide de Camp, l’intrépide Roland de Montrevel, de traquer ces insaisissables voleurs. Le jeune officier ignore encore que sa sœur s'est mariée en secret avec leur chef...

Chronologiquement parlant, "Les compagnons de Jéhu" est la suite immédiate de "Les Blancs et les bleus". Il débute en effet par le retour en France de Bonaparte après sa campagne d'Egypte et nous conte encore quelques-unes des grandes heures de l'histoire de France, notamment le coup d'état du 18 brumaire qui lui permit de s'emparer du pouvoir. Mais si dans "Les blancs et les bleus", Alexandre Dumas faisait davantage œuvre d'historien que de romancier,  ici le romanesque reprend tous ses droits.

Duels, société secrètes, passages dissimulés et refuge dans les cavernes, les grands thèmes du roman d’aventures ont été conviés pour nous donner une histoire enlevée et sans temps morts. D’Avignon à Paris en passant par la Bretagne et la Bresse, on chevauche à brides abattues, on attaque les diligences et on s’écharpe entre gentils républicains et vilains royalistes, à moins que ce ne soit le contraire.

Amour, honneur et dévouement, tous les personnages sont animés de nobles sentiments. Les jeunes filles se meurent d'amour, (au propre comme au figuré) et les jeunes gens montent à l'échafaud le sourire aux lèvres. Parmi ceux-ci on distingue bien sûr les deux héros, Charles de Saint-Hermine et Roland de Montrevel, le bandit par devoir et l’officier suicidaire, qui se livrent  tout au long du roman à une partie de cache-cache qui se terminera dans le sang et les larmes.

L’histoire est donc assez mélodramatique mais il y a tout de même un peu d'humour dont le moindre n’est pas le sort paradoxal de Roland de Montrevel qui cherche une mort héroïque mais que ses ennemis épargnent  pour respecter une promesse faite par leur chef à la sœur du jeune officier !

Marabout Géant

 

 

2 mars 2016

LE CYCLE DE TSCHAÏ - JACK VANCE

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Le cycle de Tschaï est sans le moindre doute la plus connue et la plus emblématique des œuvres de Jack Vance, celle qui caractérise le mieux son univers et qui a fait de lui le maître incontesté du planet opera. Son intrigue est pourtant d’une grande simplicité puisque toute l’histoire repose sur la volonté d’un terrien échoué sur une planète inconnue, de trouver le moyen de retourner chez lui. Tout au long des quatre volumes qui composent ses aventures, Adam Reith cherche à mettre la main sur un vaisseau spatial capable de le ramener sur Terre. Ce faisant, il parcourt en tous sens la planète Tschaï et découvre les multiples races qui la peuplent. On le voit, il n'y a là rien de particulièrement fouillé et pourtant ses romans se dévorent en un rien de temps.

C’est que Jack Vance a du métier et sait varier ses effets. Chaque tome baigne dans une ambiance différente, médiévale pour le Chasch (caravanes commerciales, despotes régnant sur une citadelle, culte mortifère), renaissance italienne dans le Wankh (pirates, guildes d’assassins, duels) et enfin plutôt XIXème siècle, genre ruée vers l’or, pour le Dirdir. Cela lui permet d’éviter des situations par trop semblables et empêche la monotonie de s’installer. Et puis soyons honnêtes, il se passe quand même pas mal de choses. En compagnie de notre héros, nous voyageons sur mer, dans les airs et sous terre ; il y a des batailles, une chasse au trésor, des jeux du cirque et bien d'autres scènes d'action.


Mais surtout il y a son talent de créateur d’univers. L’imagination de Jack Vance est stupéfiante lorsqu’il s’agit d’inventer de toutes pièces des sociétés originales et de concevoir leur organisation et  leurs particularismes dans les moindres détails.  Il nous emmène ainsi dans la steppe du Kotan où vivent les Kruthes dont le rôle, le rang et le comportement sont définis en fonction de l’emblème qu’ils portent sur leur casque ; il nous fait débarquer à Vervodeï  en ce pays de Cath où les habitants disposent de plusieurs noms qu’ils utilisent en fonction des circonstances, nous assistons aussi aux étranges pratiques sexuelles des khors, nous baguenaudons dans Urmank la ville dédiée aux jeux d’argent et partons même à la pêche aux sequins dans les redoutables Carabas où les Dirdir chassent le gibier humain… C’est un véritable melting pot de races et de peuples, un gigantesque brassage de cultures et de traditions, un continuel mélange de modernisme et d’archaïsme.

Le très grand nombre de personnages qui peuplent ces romans compte aussi pour beaucoup dans la qualité du récit. Je passerai rapidement  sur Adam Reith qui campe un héros particulièrement monolithique, parfait représentant de cette Amérique des années soixante sûre d’elle et qui ne dévie jamais de l’objectif qu’elle s’est fixé.  Ses compagnons sont heureusement beaucoup plus nuancés et par là même plus attrayants. On voit leur personnalité évoluer au fil des romans et des expériences vécues. C’est ainsi un plaisir que de voir Zap 210 faire l’expérience de sa féminité et découvrir la sexualité ou d'assister aux changements qui s’opèrent chez Traz Onmale qui passe de l’état de barbare un peu fruste à celui de jeune homme à l’aise dans un monde moderne, sans oublier bien sûr la mauvaise foi de Anke at afram Anacho.

Mais il y a aussi quantité de seconds rôles qui apportent de l’épaisseur à l’histoire et font vivre tous ces lieux enchanteurs. J’ai ainsi pris plaisir à détester l’abominable Aïla Woudiver qui jouera plus d’un mauvais tour à notre héros ou à m’agacer du mercantilisme de Zarfo Detwiler le sympathique mais ô combien intéressé technicien lokhar. Je pense encore à Ylin-Ylan, la fleur de Cath qui sombrera dans la folie de l’Awaile, à son compatriote Dordolio Or et Cornaline le gandin insupportablement arrogant, à Baojian, à Artilo, à Cauch et tant d’autres.

Alors, si d’aucun hésitent encore à se lancer à l’assaut de ces quatre volumes, qu’ils se rassurent, le temps passe bien vite en compagnie d’Adam et de ses compagnons. Beaucoup trop vite !

J'ai Lu

10 novembre 2016

LE COUP DE VAGUE - GEORGES SIMENON

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Au Coup-de-Vague près de la Rochelle, ce sont les femmes qui portent la culotte. Emilie s’occupe de la ferme tandis qu’Hortense à la haute main sur l’élevage de moules qu’elle exploite avec l’aide de leur neveu Jean, un gaillard de 28 ans qu’elles ont élevé ensemble. Une vie de routine qui convient parfaitement au jeune homme libre de s’adonner à ses menus plaisirs, le billard, la moto et les bals où il multiplie les conquêtes. Lorsqu’il met enceinte  Marthe, la fille de l’ancien maire, il s’en remet tout naturellement à ses tantes pour trouver une solution. Ces dernières vont alors prendre les choses en mains. Sérieusement. Un peu trop même…

Ce n’est pas un hasard si mon premier Simenon ne fut pas un Maigret. Je voulais en effet éviter de tomber sur un livre dont j’aurais déjà vu l’adaptation au ciné ou à la télé avec un Gabin, un Jean Richard ou un Bruno Krémer sous les traits du fameux commissaire à pipe. Je n’ai pas regretté ce choix.

« Le coup de vague » c’est avant tout la peinture d’une époque – 1939 – où le médecin et l’instituteur peuvent mépriser les paysans du haut de leur science, où l’Algérie est un département français et où l’avortement est illégal. C’est aussi celle d’une certaine ruralité où l’on respecte les convenances à grand renfort d’hypocrisie tout en pratiquant la médisance avec assiduité. Ne rien laisser paraître, dissimuler, sauver les apparences envers et contre tout, on est bien loin de Facebook et de notre culture nombriliste et exhibitionniste.

Cela donne une ambiance étouffante et poisseuse, pleine de non-dits, de racontars et de secrets de famille. Un récit âpre et sans concessions, sans bons ni méchants, sans assassin ou enquêteur, sans même un crime. On peut d’ailleurs se poser la question de sa présence dans la collection Policier de Gallimard puisque l’intrigue repose essentiellement sur le mystère qui entoure les origines de Jean et sur les motivations de ses tantes.

C'est d'ailleurs presque essentiellement à une étude de caractères que se livre l'auteur en nous brossant le portrait de cet homme et de ces femmes, lui, trop lâche et trop paresseux pour faire entendre sa voix, elles, bien décidées à n’en faire qu’à leur tête. Oui, Emilie et Hortense sont froides, dures et calculatrices mais ont elles d’autre choix si elles souhaitent rester maîtresses de leur vie ? Peuvent-elles se comporter différemment si elles ne veulent pas être battues par un mari violent, comme Adélaïde la mère de Marthe ou bien engrossée puis mariée de force comme cette dernière ? Ce ne sont pas elles qui sont monstrueuses, mais l’époque et le milieu dans lequel elles vivent.

Gallimard - Folio Policier - 1999

 

 

 

 

 

28 octobre 2014

LES NOMBRES - VIKTOR PELEVINE

ACH003558619_1412913479_320x320Dès son plus jeune âge, Stepan Arkadievitch Mikhaïlov a passé un pacte avec le nombre 34. En échange d'une dévotion sans faille, il espère s'attirer ses bonnes graces et l'utiliser comme une sorte d'oracle dont les manifestations le guiderait sur le chemin de la réussite. Mais dans une Russie qui se transforme en profondeur, la conviction de Stiopa sera-t-elle suffisante ?

Viktor Pelevine a l'habitude de nous offrir des romans qui ne ressemble à nuls autres, innovants, surprenants, décapants. C'est une nouvelle fois le cas avec cette histoire d'homme convaincu de l'influence des nombres sur sa vie. Il faut dire que la confession de ce jeune loup de la finance ressemble, du moins dans ses débuts, à un conte merveilleux, une sorte de récit initiatique avec son apprenti sorcier, sa bonne fée-chamane, une malédiction qu'il faut conjurer et un double maléfique.

Et ça marche plutôt pas mal. On est de suite accroché par l'itinéraire de ce russe qui cherche à se faire sa place au soleil dans cette Russie fin de siècle qui découvre les « bienfaits » du capitalisme. Comme lui, on se prend au jeu de la numérologie et l'on en vient à croire qu'il parviendra à surmonter tous les obstacles grâce à cette aide surnaturelle.

Avec une grande virtuosité, Viktor Pelevine construit tout son roman autour des nombres. Chaque chapitre est d'ailleurs précédé de l'un d'eux qui, bénéfique ou néfaste, donne le ton de la tranche de vie qui nous est contée. L'auteur déploie des trésors d'inventivité pour faire surgir une référence à tel ou tel d'entre eux et se livre à d'étranges constructions intellectuelles pour déterminer leur valeur : une fourchette avec ses quatre pointes et les trois espaces entre celles-ci représente-t-elle un quatre et un trois (43) ou un trois et un quatre (34) ? Peut-on se fier au 6, ce chiffre ambigu qui se camoufle trop aisément en 9 ? Et que penser de certains caractères de l'alphabet cyrillique qui ressemblent de façon troublantes à des chiffres ?

Les nombres et toutes leurs combinaisons déterminent donc l'existence du héros. Elles influencent toutes ses décision, ses investissements, sa façon de manger et même ses pratiques sexuelles. Bien sûr, cette marotte sera cause de bien des situations rocambolesques et on hurlera de rire à certaines des mésaventures du pauvre Stiopa.

Mais derrière le récit joyeux et déjanté se cache une redoutable satyre. L'histoire de Stiopa se confond en effet avec celle de la Russie post-soviétique et lui-même dissimule sous son allure de Pikachu rondouillard un financier prêt à tout pour réussir. L'air de rien, Pelevine nous retrace ces années troubles qui, de Eltsine à Poutine, virent l'ascension et la chute des fameux oligarques, ces hommes d'affaires qui s'engraissèrent sur le cadavre de l'URSS.

Il nous montre de quelle manière ils s'y sont pris pour s'enrichir, achetant la protection des mafiosis, pratiquant le pot de vin à grande échelle et la collusion avec le politique. Sur le ton de la comédie, il dénonce les meurtres et le chantage, les comptes off shore, les "banques de poche" qui ne servent qu'au blanchiment de l'argent sale, bref tous les rouages du capitalisme à la sauce slave. Il en profite aussi pour se moquer de ce microcosme vain qui gravite autour d'eux, publicitaires escrocs, pseudo artistes et mannequins prostituées sans oublier bien sûr le sommet de l'état qui en prend aussi pour son grade : « Le pouvoir russe possède deux fonctions principales qui ne changent pas depuis de très nombreuses années. La première, c'est de voler. La deuxième, c'est d'étrangler tout ce qui est sublime et pur. » Pas sûr que Poutine apprécie beaucoup.

Avec « Les nombres » Viktor Pelevine dresse donc un nouveau portrait au vitriol de cette société russe tellement désorientée qu'elle préfère s'en remettre à la superstitions et à ses gourous plutôt qu'à leurs dirigeants.

Editions Alma - 2014

20 octobre 2016

LE JOUR DES FOUS - EDMUND COOPER

neosff056Des radiations solaires d’une ampleur inaccoutumée provoquent sur Terre une véritable épidémie de suicides. Seuls survivent les inadaptés et les anormaux, les fous ou les génies. Matthew Greville est l’un d’eux. Misanthrope avec des tendances meurtrières, hanté par la mort de sa femme, il vit désormais seul à l’écart des autres groupes de survivants. Des rencontres, bonnes et mauvaises, vont le forcer à quitter sa retraite. 

« Le jour des fous » n’est pas mon premier post-apo - Malevil et Ravage l’avaient précédés de beaucoup - mais c’est sans aucun doute celui qui m’a rendu accro à ce sous-genre de la SF qui nous parle de cet instant effroyablement angoissant mais aussi incroyablement exaltant où le monde bascule dans l’inconnu.

Ce roman est pour moi l’un des plus purs modèles du genre. Il contient et exploite de la meilleure façon qui soit tous ses ingrédients, la coexistence d’attitudes désintéressées ou égoïstes, le repli solitaire ou la rémanence de l’instinct grégaire, le refuge dans la religion fut-t-elle la plus folle, le choix d’une nouvelle société… Ajoutons à tout cela les images désormais traditionnelles mais toujours efficaces de villes à peu près vidées de leurs populations et le retour de la faune sauvage, chiens et rats en tête.

Tous ces thèmes classiques du post-apo, ses poncifs diront certains, sont présents mais utilisés avec discernement et justesse. Edmund Cooper n’en fait jamais trop. Il réussit un dosage parfait entre scènes violentes et introspectives, entre espoir et renoncement. Mais sa meilleure réussite est sans doute son personnage principal. Un homme ambigu, une sorte de héros malgré lui que les circonstances conduisent à prendre en main la destinée d’un groupe de survivants.

Et puis j’aime particulièrement la chute de ce roman, à la fois optimiste et désabusée. L’auteur y exprime sa confiance dans la capacité de l’espèce humaine à se tirer d’affaire mais demeure aussi conscient de sa propension à s’autodétruire. Pour toutes ces raisons, « Le jour des fous » reste aujourd’hui encore mon post-apo favori et l’un des rares roman qu’il m’arrive de relire.

Editions Néo - 1982

15 juin 2016

IL FAUDRA BIEN SE RESOUDRE A MOURIR SEUL - JEAN-PIERRE ANDREVON

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Ainsi que l’indique la quatrième de couverture, la thématique commune aux huit nouvelles qui composent ce recueil est la solitude. Mais pas n’importe laquelle. C’est de la solitude du dernier homme ou de la dernière femme que nous parle Jean-Pierre Andrevon. Ce sont les derniers jours de l’espèce humaine qu’il évoque ou, à tout le moins, la fin de sa présence sur Terre. Celle-ci ne s’en trouve d’ailleurs pas plus mal. Le berceau de l’humanité peut très bien se passer de ses enfants turbulents et si peu reconnaissants. Les animaux sont prêts à prendre la relève, à moins que l’avenir ne soit aux machines, ordinateurs ou robots.

Huit textes divisés en quatre catégories : Les femmes, Les machines, Les enfants, Les animaux, chacun illustrant une facette du suicide généralisé auquel se livre l’homme avec ses guerres incessantes, ses pollutions ou, plus généralement, son mépris pour son milieu naturel.

C’est « Durer, c’est s’économiser » qui ouvre le bal. Une nouvelle amusante et sinistre à la fois, avec un personnage absolument détestable, égoïste, raciste et misogyne. Un récit habilement construit qui dévoile progressivement l’étendue de ses turpitudes.

« Haute solitude » m’a beaucoup moins emballé même si elle confirme l’idée que je me fais d’une humanité tellement égoïste qu’elle n’hésitera pas à laisser la Terre face à ses problèmes sitôt qu’elle aura trouvé une planète de remplacement.

Comme son titre le laisse deviner « Un nouveau livre de la jungle des villes » est un hommage au célèbre roman de Rudyard Kipling. Bagheera et Baloo ont laissé leur place à Kasawaki 530 et IBM 2060 mais l’histoire est bien celle d’un enfant qui découvre sa vie d’homme en compagnie d’une autre espèce que la sienne. La chute est en revanche radicalement différente…

« Les enfants ont toujours raison » est la seule nouvelle fantastique du recueil. Si comme l’a dit Sartre « L’enfer c’est les autres », Jean-Pierre Andrevon nous démontre que sans les autres, c’est aussi l’enfer.

« La tigresse de Malaisie » est sans doute la nouvelle la plus triste du roman, la plus classique aussi. Une jolie balade post-apocalyptique dans la moitié sud de la France, émaillée de rencontres amusantes ou dramatiques. Si la mort n’est pas absente de l’histoire, celle-ci est en revanche exempte de violence. Les hommes et femmes ne sont plus assez nombreux pour s’exterminer. L’entraide a pris le pas sur la convoitise mais elle arrive un peu tard pour laisser encore une chance à l’humanité. Dans cette France désertée, une femme essaie désespérément de trouver un homme qui puisse la féconder.

Au désespoir de cette femme en manque d’enfant répond celui du héros de « Alpha » qui, au terme d’un long voyage dans l’espace, découvre la vie de tristesse et de frustration qui l’attend. Une nouvelle qui baigne dans une atmosphère onirique jusqu’à ce que le personnage se réveille et se prenne (et nous avec) la réalité en pleine gueule.

« La nuit des bêtes » et « Le temps de la nuée grise » sont deux nouvelles qui, peut-être, préfigurent ce roman majeur de l’auteur qu’est « Le monde enfin » On y trouve notamment quelques jolies visions d’un Paris réinvestit par la faune sauvage.

Denoël - Présence du Futur - 1983

5 juin 2018

MARINA - CARLOS RUIZ ZAFON

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Dès qu’il le peut, le jeune Oscar s’échappe du pensionnat où il est interne pour déambuler dans les quartiers les plus reculés de Barcelone. A l’occasion de l’une de ces virées il rencontre Marina, une fille de son âge qui vit avec son père malade dans une villa décrépite. A l’affut de la moindre aventure, les deux ados s’intéressent à une femme qui, chaque dimanche, vient fleurir une tombe ornée d’un étrange papillon noir. Qui est-elle ? Quelle est l’identité de l’occupant de cette tombe anonyme ? Déterminés à percer ces secrets, Oscar et Marina vont se trouver confrontés aux ultimes rebondissements d’un mystère vieux de trente ans.                                                            

Bien que paru en France après les deux immenses succès littéraires que furent « L’ombre du vent » et « Le jeu de l'ange », « Marina » a été rédigé quelques années auparavant. On s’en rend immédiatement compte en constatant qu’il contient en germe ce qui fera le succès de ses œuvres futures. La ressemblance avec « L’ombre du vent » est d’ailleurs pour le moins frappante puisque la plupart des thèmes de ce roman s’y trouvent déjà abordés avec cet d’adolescent qui enquête sur la vie d’un homme disparut trente ans plus tôt, des amours contrariées et une relation père/fille qui n’est pas sans rappeler celle qui unit Daniel Sempere à son père. Sans oublier bien sûr cette Barcelone d’ombres et de mystère qu’il affectionne tant et où tout semble possible.

Carlos Ruiz Zafon a un véritable don pour créer des ambiances étranges et ténébreuses. Villa en ruine, cimetière, égouts, théâtre abandonné, il aime évoquer des lieux sombres et déserts, propres à susciter l’angoisse des protagonistes de son histoire et l’intérêt de son lecteur. Ici une foule de détails (les mannequins, la serre…) et de personnages (l’assassin à l’odeur infecte, la femme défigurée…) viennent ajouter à cette atmosphère inquiétante et embrouiller à plaisir une intrigue retorse. Plus le récit avance, plus nous en apprenons sur les méandres de cette sombre histoire et plus la vérité semble nous échapper.

C’est d’ailleurs une habitude de l’auteur que de faire progresser les recherches de ses héros grâce à une succession de confessions qui, bien souvent, compliquent les choses davantage qu’elles ne les éclairent. Ici, nous commençons par une simple énigme concernant une tombe sans nom pour nous retrouver emportés dans une vaste affaire de malversation financière, d’expérience interdite et de vengeance. Une histoire où il sera aussi question de monstres et d’immortalité car, si les romans du « Cycle du cimetière des livres oubliés » ne faisaient que flirter avec le fantastique, « Marina » y entre de plain-pied.

Il lui manque finalement peu de choses pour se hisser au niveau des opus suivants, un style un peu plus solide et quelques respirations dans le défilement des péripéties. Il eut aussi fallu travailler davantage sur le back-ground afin de parvenir à une immersion plus complète dans la capitale catalane. On s’y déplace beaucoup, on visite quantité d’endroits, on y prend le tramway ou le téléphérique mais il manque ce qui faisait l’une des qualités des autres romans : ce petit peuple barcelonais qui apportait au récit sa véracité et sa saveur. Ici, la toile de fond est à ce point délaissée que, si l’auteur ne l’avait précisé, on serait incapable de deviner que l’histoire se déroule en 1980 !

« Marina » est donc un roman mineur dans l’œuvre de Zafon mais il préfigure sans conteste ses réussites à venir.

Robert Laffont - 2011

21 mars 2016

LA BÊTE DE MISERICORDE - FREDRIC BROWN

9782757824818

Découvrir un cadavre dans son jardin n'est jamais très agréable, surtout si la police se met à vous suspecter. John Medley est pourtant un paisible retraité qui semble bien incapable de tuer qui que ce soit. Pourquoi donc l'inspecteur Ramos semble convaincu du contraire ?

 

J'ai déjà lus quelques livres de Fredric Brown. L'un de SF humoristique (bof) et deux excellents romans policiers : L'esprit de la chose qui mélange SF et enquête policière et La nuit du Jabberwock qui est aussi un superbe hommage à Alice au pays des merveilles. Sans être tout à fait du même niveau, La bête de miséricorde est un bon polar, original et déconcertant.


On est en effet un peu surpris d'être informé si tôt dans l'histoire de l'identité et des motivations de l'assassin. Dès lors, les investigations des deux policiers manquent un peu d'intérêt d'autant qu'elles n'aboutissent pas malgré la conviction, justifiée, de l'un d'eux. La recherche de l'assassin semble d'ailleurs devenir secondaire et s'efface derrière une foule de menus faits quotidiens.


Il faut préciser que La bête de miséricorde est un roman choral dans lequel chaque chapitre nous est raconté par l'un des personnages, principalement les deux policiers chargés de l'enquête. Cela permet bien sûr de vivre celle-ci de l'intérieur et de suivre le cheminement de leurs réflexions et de leurs déductions. Cela permet aussi d'avoir accès à leurs impressions, de connaître leur état d'esprit et même de découvrir leur univers extra-professionnel. On apprend ainsi beaucoup sur l'état de la société américaine des années soixante, sur les relations de couple, les problèmes d'ordre économique ou les préjugés raciaux.


Mais alors que l'on commence à trouver le temps long et à penser qu'il ne se passera plus grand chose, deux rebondissements viennent nous contredire pour amener une chute que l'on croit d'abord deviner pour finalement se rendre compte qu'on s'est fait blouser. Grâce à une pirouette finale, Brown déjoue tous les pronostics et parvient, in extremis, à nous surprendre. Chapeau l'artiste !

Points Romans Noirs - 2011

30 novembre 2015

LE VENTRE DE LA SIRENE - DENIS LEROUX

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Ulysse est un jeune informaticien dilettante qui vit avec ses deux amantes, Hélène et Marie-Anne. Un ménage à trois où chacun semble avoir trouvé la place qui lui convient. Mais le fragile équilibre va s'écrouler à l'occasion de l'emménagement dans leur immeuble de la mystérieuse Thelxiopé.

Denis Leroux aime piocher dans les contes et légendes le sujet de ses petits romans horrifiques. Déjà dans "Mauvaise chair", il avait ressuscité le bon vieil ogre des contes de fées. Avec "Le ventre de la sirène" c'est le bestiaire mythologique qui est mis à contribution. Mais attention à ne pas se tromper de créature. Ici, c'est la sirène de la mythologie grecque dont il est question, une demoiselle qui n'a rigoureusement rien à voir avec la petite copine d'Andersen. Chez les hellènes, la sirène n'a ni écailles ni nageoires mais des ailes et des plumes. Et des serres aussi, qu'elle manie avec dextérité et précision pour déchiqueter ses victimes !

L'histoire commence en Italie dans les environs du détroit de Messine où Homère situe justement l'épisode au cours duquel Ulysse se fit attacher au mat de son navire afin d'écouter le chant des perfides femelles sans risquer de succomber à leur appel mortifère. Mais très vite l'action se déplace en France, dans une banlieue quelconque. Un environnement populaire que Denis Leroux évoque assez justement avec son petit immeuble HLM et ses rues piétonnes en bordure d'un canal un peu sordide. Le quotidien de ses personnages est tout aussi crédible et on prend un réel plaisir à vivre l'irruption du surnaturel dans la vie d'Ulysse (coïncidence ?!!) et de ses deux copines. Les caractères sont bien marqués, les relations et les réactions bien étudiées bref il ne s'agit pas de simples faire-valoir qui attendent de se transformer en victimes.

Le roman comprend finalement peu de scènes violentes. Elles sont cependant suffisamment intenses pour justifier la présence de ce titre dans la collection Frayeur. Mais plus que tout, c'est la personnalité de Thelxiopé qui donne à l'histoire sa dimension horrifique. Au-delà des quelques meurtres qu'elle ou ses harpies commettent, c'est la transformation de la sympathique adolescente anthropomorphe en impitoyable virago qui nous tient en haleine. L'histoire mêle adroitement présent et passé pour nous faire revivre les moments clés de son existence jusqu'à la conclusion violente et dramatique à laquelle on s'attend depuis le début.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

5 novembre 2015

LA FIN DU MONDE - FABRICE COLIN

9782253164777-T

L'impensable a eu lieu. La Chine a expédié deux missiles thermonucléaires sur les Etats-Unis, réduisant à l'état de ruines San Francisco et Los Angeles. La réplique est immédiate et c'est bientôt le monde entier qui se lance dans une guerre totale. A Seattle, à Paris, à Pékin et au Caire, quatre adolescents aux préoccupations bien différentes sont confrontés à la même catastrophe. Comment vont-ils réagir ? Parviendront-ils à s'assurer un avenir dans un monde qui n'en a plus guère ? 

 

Avant d'être réédité au Livre de Poche, ce livre est paru chez Mango, une maison d'édition spécialisée en littérature jeunesse. Cela explique certains aspects du roman, son style très simple, certaines notes (ce que sont Tchernobyl et Fukushima, ce qu'est un hiver nucléaire...) ou encore le fait que les personnages principaux soient tous de grands adolescents.


C’est d’ailleurs par  les yeux de quatre d'entre eux que nous assistons à l'apocalypse nucléaire et découvrons comment elle est vécue en différentes parties du monde.  Si l'incrédulité puis l'incompréhension dominent dans les premiers temps, c’est rapidement  l'abattement ou la colère qui prennent le dessus. Certains demeurent prostrés et attendent sans réagir la suite des évènements. D'autres se révoltent, s'en prennent aux institutions, aux riches, aux étrangers, ajoutant encore au chaos général. La plupart cherche cependant à se mettre à l'abri et surtout à quitter les capitales qui constituent les cibles privilégiées des missiles. Les mieux informés font route vers le nord, jusqu'à ce fameux 60e degré de latitude nord au-delà duquel la vie est parait-il encore possible. Mais le chemin est long et difficile. Pour Xian surtout, qui se lance dans un périple dangereux à travers Chine,  Mongolie et Russie, croisant sur sa route toutes les formes de la misère et du désespoir.


Bien que s'agissant d'un roman jeunesse, Fabrice Colin n'a pas édulcoré ses descriptions. C'est là une qualité qu'il faut lui reconnaître. Pour le reste il faut bien avouer que le vieux lecteur de post-apo n'a presque rien de neuf à se mettre sous la dent. Les situations sont assez convenues avec leur alternance de rencontres bonnes ou mauvaises, les effets des radiations, l'hiver nucléaire... Son roman a donc pour principal intérêt de nous présenter le scénario plausible d'un conflit nucléaire à l'échelle mondiale. Il décrit très bien le ridicule jeu des alliances, l'enchaînement infernal qui, comme en 14, conduit les grandes puissances à entrer en guerre les unes après les autres.


L'histoire quant à elle, se termine  un peu abruptement, nous promettant des nouvelles des quatre jeunes héros dans une suite intitulée  "Après". Espérons que ce ne soit pas là le début d'un cycle interminable.

Mango - Le livre de Poche - 2013

4 janvier 2015

LE FORMIDABLE EVENEMENT - MAURICE LEBLANC

ldp4995Le pauvre Simon Dubosc est au désespoir. Le richissime Lord Hatfield, ne consent à lui donner la main de sa fille que s'il accomplit des exploits dignes à la fois de Guillaume le conquérant et de Don Quichotte. Qui plus est, il ne lui laisse que vingt jours pour y parvenir ! Heureusement, un enchaînement de circonstances extraordinaires va lui permettre d'exaucer ses vœux.

Quand bien même il lui donne son titre, ce formidable évènement qu'est l'émersion du plancher de la Manche n'est pas à proprement parlé au cœur du roman de Maurice Leblanc. Certes, on assiste bel et bien au soulèvement des fonds marins avec force tremblements de terre et inondations. Certes encore, on voit disparaître Dieppe et Hastings sous le coup des effroyables convulsions de la Terre. Certes toujours, on découvre ces contrées nouvelles qui relient désormais la France à l'Angleterre.

Pour autant, l'histoire que l'auteur a choisi de nous raconter n'utilise cet évènement exceptionnel qu'à titre de décor. Un décor qui permet à ses personnages d'évoluer dans un gigantesque no man's land, sorte de nouveau far-west où tout est à découvrir, à s'approprier à la force du poignet et du revolver : «  La prairie ! La prairie de Fenimore Cooper!.. Le Far West !.. Tout y est : l'attaque des sioux, le blockhaus improvisé, l'enlèvement, le combat dont sort vainqueur le chef des visages pâles... ».

De fait, la comparaison avec l'ouest américain n'est pas usurpée. Ces terres inexplorées sur lesquelles l'autorité des Etats ne s'exerce pas encore, attirent la lie de la société à la recherche d'épaves à piller et d'hypothétiques trésors. C'est donc au milieu de bandits et de vauriens de la pire espèces que nos héros vont devoir tracer leur route et affronter moult dangers : combats au revolver et à l'arme blanche, sièges en règle, cavalcades, poteau de torture, l'ambiance western est effectivement au rendez-vous.

Il manque néanmoins au roman une intrigue plus poussée, une de ces mystérieuses énigmes comme Arsène Lupin en a résolue des dizaines. Ici, on doit se contenter de la folle équipée d'un brave jeune homme désireux de porter secours à sa belle, prisonnière d'un affreux jojo.

Le récit eut également gagné à mêler à la petite histoire un peu de la grande, à la ressituer dans un contexte plus général. Ainsi, c'est à peine si les relations entre la France et l'Angleterre sont abordées et le risque de conflit territorial n'est évoqué que dans le dernier chapitre. Il y avait pourtant matière à davantage de développements s'agissant de deux pays si longtemps rivaux et qui d'un coup deviennent voisins. Et que dire de la perte de son insularité par la Grande-Bretagne, la crainte de l'invasion, les bouleversements politiques et économiques...

Quant aux personnages, c'est peu dire qu'ils manquent de nuance avec, d'un côté, des brutes qui se vautrent dans l'alcool et la luxure et de l'autre, de belles âmes désintéressées. Simon Dubosc est particulièrement irritant avec son attitude chevaleresque d'un autre temps : « La seule réalité, c'était Isabel. Le seul but, c'était de s'illustrer comme un preux qui combat pour l'amour de sa dame ». Et dire qu'il préférera la blonde Isabel qui lui impose pourtant d'en passer par les exigences outrancières de son père avant de consentir à l'épouser alors que la brune Dolorès est prête à se donner à lui sans marchander ! Il est vrai qu'Isabel est blanche... et riche. En 1921 (et sans doute encore un peu aujourd'hui) cela avait son importance.

On retiendra donc surtout de ce livre quelques belles images d'un monde tout neuf  (« C'est un univers qui se crée sous nos yeux ») avec ses terres vierges peuplées d'un véritable cimetière d'épaves. Un paysage que les amateurs de SF ancienne ne manqueront pas de rapprocher de celui des Buveurs d'océans de Henri-Georges Magog parut quelques années plus tard.

Le Livre de Poche - 1977

25 décembre 2014

LES SOUTERRAINS DE L'ENFER - BRIAN STABLEFORD

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Hasgard est une planète bien singulière. Un monde artificiel et glacial construit par des extra-terrestres dont on ignore à peu près tout. Administrée par les paisibles Tétrax, elle est peuplée de toutes sortes d'aventuriers venus là dans l'espoir d'y découvrir des artefacts qu'ils pourraient monnayer auprès de scientifiques ou d'industriels. C'est le cas de Mike Rousseau, un terrien fort en gueule qui va se trouver bien malgré lui embarqué dans une sombre affaire...

Les cinq ou six premiers chapitres de ce roman (de loin les plus intéressants) donnent l'impression d'avoir affaire à un petit space-op à l'ancienne, c'est à dire sans prétention mais bourré d'humour et d'action.

L'histoire débute par une prise de contact avec un personnage fort sympathique doté d'un sens de l'auto-dérision particulièrement marqué. Baroudeur individualiste et un tantinet vénal, Mike Rousseau a un petit côté "Han Solo". Son don pour se fourrer dans les emmerdes, ses démêlés avec un mafieux local ou son irrévérence vis-à-vis des autorités rappellent en effet le célèbre pilote de Star Wars.

En sa compagnie, nous sommes rapidement plongés dans une histoire qui mêle plusieurs intrigues et quantité de protagonistes. Il y a là une histoire de meurtre, un gigantesque complot et la menace d'une guerre interplanétaire. Il y a aussi des malfrats, des scientifiques, des soldats et, bien sûr, de mystérieux ET. Bref, beaucoup de monde pour une seule planète. Mais pas n'importe laquelle ! Hasgard, la planète creuse. Une gigantesque poupée gigogne dont chaque niveau en dissimule un autre et ce, probablement jusqu'en son centre.

Voilà qui promettait quantité de surprises et de rebondissements. Hélas les découvertes réalisées par nos explorateurs n'ont pas été à la hauteur de mes espérances. Ils y trouveront certes la réponse aux questions soulevées et rencontreront même les fameux concepteurs de ce monde étrange mais tout cela se fera de façon un peu trop distanciée. On a le sentiment que les personnages ne pèsent pas franchement sur les évènements et que tout était écrit d'avance. Dommage. Je ne retiendrais de ce roman que quelques débats forts intéressants sur la politique, la biologie et la sociologie.

Opta - Galaxie-Bis - 1983

 

10 septembre 2014

LE HAUT-LIEU - SERGE LEHMAN

imgC'est avec beaucoup d'espoir qu'Anne Murat entame avec son client la visite d'un immense appartement sur l'ïle Saint-Louis. L'affaire s'annonce bien. L'immeuble est exceptionnel et l'acheteur est un jeune artiste américain pour qui les questions d'argent semblent secondaires. Mais alors qu'ils s'apprêtent à quitter les lieux, les deux visiteurs s'aperçoivent que l'entrée à disparue, remplacée par une fresque en trompe-l'œil. Pris aux piège d'une souricière qui rétrécit peu à peu leur espace vital, les deux captifs n'auront de cesse de trouver une échappatoire.


Le Haut-lieu
reprend le thème, ô combien classique, de la maison hantée, en lui apportant toutefois de subtiles nuances. Ici, pas de vieille demeure gothique ou victorienne, pas de malédiction ou de fantômes mais un appartement au cœur de Paris qui piège ses occupants en se refermant littéralement sur eux.

L'impression de captivité domine le récit et conditionne tous les rebondissements de l'histoire. Tout tourne en effet autour de la façon dont les captifs ressentent leur situation et tentent de s'échapper.

L'auteur les fait passer par différentes phases psychologiques, jouant avec leurs nerfs et leurs émotions. L'incrédulité tout d'abord et la recherche d'une explication rationnelle (jeu ou farce réalisé à leur dépens) et de solutions plausibles (issue cachée, tentative de contact avec l'extérieur, escalade sur les balcons... ). Puis, quand le surnaturel s'impose, vient le temps de l'apathie et enfin, le rebond, l'acceptation de l'impossible et la recherche d'une solution tout aussi extraordinaire.

Le roman alterne parfaitement scènes d'action et périodes introspectives permettant de faire connaissance avec deux personnages légèrement stéréotypés tandis que sa conclusion, très bien amenée, répond à toutes les questions que l'on a pu se poser : Qui ? Pourquoi ? Comment ?

De la quinzaine de romans de cette modeste collection Frayeur que j'ai lus jusqu'à présent, celui-ci compte parmi les tout meilleurs et Serge Lehman est à n'en pas douter un auteur à découvrir plus avant.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

 

26 mai 2024

PEPLUM - AMELIE NOTHOMB

A. N., romancière de son état, doit subir une intervention chirurgicale. Elle se réveille au XXVIème siècle en compagnie du savant Celcius qui entreprend de lui présenter l'état du monde et les raisons de son "enlèvement". Entre le scientifique et la femme de lettres commence alors une discussion à bâtons rompus où tous les coups sont permis.

Amélie Nothomb est une autrice clivante. On l'adore ou on la déteste. Elle a ses lecteurs inconditionnels et ses détracteurs. J'ai pour ma part une attitude plus mesurée à son égard et, si je trouve qu'il y a beaucoup de facilités dans ses livres, je lui reconnaît des idées souvent originales et une certaine virtuosité d'écriture.


Péplum", comme bien d'autres de ses romans, se résume à une longue conversation entre deux personnages. L'occasion d'une joute verbale parsemée de traits d'esprits et de remarques acerbes et amusantes. C'est à la fois agréable à lire et profondément agaçant. Les sujets abordés (le mariage, l'éducation des enfants, les relations Nord/Sud, l'art et la postérité...) ne manquent pas d'intérêts mais sont traités de façon superficielle. Quant à sa recherche constante du bon mot ou du terme rare (vous savez ce que c'est, vous, une aporie ?), elle finit elle aussi par irriter le lecteur. Heureusement, Amélie Nothomb possède aussi le sens de l'auto-dérision. Elle s'égratigne volontiers, se moque aussi bien de son physique que de ses capacités intellectuelles et n'hésite pas à porter un regard critique sur son oeuvre.

 

Quant à l'aspect 'science-fiction" de son récit, on sent bien que ce n'est pas son domaine de prédilection. Elle évacue rapidement tout ce qui touche aux questions de voyage dans le temps, se contentant de faire allusion à de vagues notions scientifiques sans prendre la peine de les expliciter et en se retranchant derrière sa prétendue inculture. On l'aura compris, la SF n'aura été pour elle qu'un moyen de confronter son personnage et son époque au jugement des humains du futur.

 

Albin Michel – Le Livre de Poche

17 décembre 2023

LA VIE COMME ELLE VA - ALEXANDER MCCALL SMITH

La vie va, la vie vient, au Bostwana comme partout ailleurs. Certaines choses ne changent pas (le dilettantisme des apprentis du Tlokweng Road Speedy Motors, l'opiniâtreté de la directrice de la ferme des orphelins), d'autres évoluent (la situation financière de Mma Makutsi, la maladie de son frère) et chacun suit sa route avec de bons et de mauvais moments, devant ou derrière soi. Ainsi de Mma Ramotswe, de sa famille, de ses collègues, de ses amis.

 

Dans ce cinquième opus des enquêtes de la désormais célèbre détective bostwanaise, ce sont les relations entre les hommes et les femmes qui sont à l'honneur. Il est question de la façon dont ces dernières s'y prennent pour pousser les hommes à tenir leurs promesses ou à accomplir des actes auxquels ils n'avaient même pas pensé, tout en ménageant leur susceptibilité en leur faisant croire que l'idée vient d'eux. On y parle aussi des attentes des unes et des autres qui ne sont finalement pas si différentes que cela, notamment celles de la jeunesse perméable aux sirènes de la richesse et de la notoriété.

 

Côté enquête, c'est en revanche le calme plat. Cet épisode n'en compte qu'une seule, guère compliquée, puisqu'il s'agit de découvrir si les quatre prétendants d'une riche femme d'affaire sont motivés par l'amour ou par l'argent.

 

Un volume très moyen mais qui se termine sur un évènement important et sans doute très attendu de toutes les lectrices !

 

10/18 - Grands Détectives - 2005

10 septembre 2023

CHERBOURG - CHARLES DAUBAS

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Rade de Cherbourg, été 2012. Une explosion emporte une partie de la digue Est. Conséquence de la démolition des HLM du tout proche quartier des Provinces ? Incident lié au démantèlement d'un sous-marin nucléaire dans les chantiers de l'Arsenal ? Alors que l'enquête est sur le point d'être enterrée, l'inspectrice Frédérique Pierre recueille le témoignage d'un adolescent qui affirme qu'un camarade a disparu dans l'incident.

Une chose est certaine, ce n'est pas l'office de tourisme de Cherbourg qui sponsorisera le roman de Charles Daubas. L'image qu'il donne de la capitale du Cotentin n'a en effet rien de particulièrement glamour. De la pluie, une atmosphère cafardeuse, un horizon borné par sa gigantesque rade et par-dessus tout ça, la chape de plomb du nucléaire, du « secret défense » et des mensonges d'une industrie très, très sensible : voilà qui ne donne pas franchement envie d'aller passer ses vacances dans la presqu'île.

Roman d'ambiance plus que véritable polar, "Cherbourg" nous fait donc découvrir une ville et un petit coin de France finalement assez méconnus. Il faut dire que le Cotentin est un autre Finistère. Une petite excroissance de granit assez peu peuplée, sans doute l'une des raisons pour laquelle le département de la Manche a le triste honneur d'être le plus nucléarisé de France avec sa centrale de Flamanville, l'usine de retraitement des déchets radioactifs de La Hague et l'Arsenal où sont construits les sous-marins nucléaires français.

Le nucléaire justement est au cœur de ce roman. Il plane sur l'enquête de l'inspectrice Frédérique Pierre et touche, d'une manière ou d'une autre, presque tous les protagonistes de l'histoire. A tel point que la résolution du mystère devient presque secondaire et s'efface derrière les conséquences des multiples utilisations de l'atome. Conséquences sociales d'un secteur opaque soutenu contre vents et marées par tous les gouvernements, conséquences sanitaires sur des populations mal informées. Avec ce polar sans meurtre ni cadavre, mais pas sans victimes, Charles Daubas met le doigt sur le sans gêne d'un lobby tout puissant et sur la passivité des populations qui le subissent.

Il est en effet assez surprenant de constater à quel point les populations, comme les personnages de ce roman, sont résignées. Par paresse ou par crédulité, les gens continuent de faire confiance aux autorités. Ils ferment les yeux sur les mensonges et les demi-vérités qui entourent une industrie pourvoyeuse d'emplois et se contentent le plus souvent d'un :" qu'est-ce qu'on peut y faire ?". Et bien s'indigner déjà. Et puis en causer, partout, avec tout le monde. Répandre et relayer les infos afin d'éveiller les consciences des électeurs que nous sommes. Parce qu'il n'y a pas que le nucléaire. Il y a aussi les pesticides interdits mais toujours utilisés, la pollution des sols par les nitrates, l'assèchement des nappes phréatiques pour contenter l'industrie céréalière... Oups ! Ma chronique s'est transformée en pamphlet écolo. Tant pis !

Gallimard - Folio Policier - 2019

 

4 juin 2023

LE PRIMITIF - E. C. TUBB

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Sur la primitive planète Rhome, Léon Vardis est vite confronté à la méchanceté et à l’égoïsme de ses congénères. Après avoir surmonté de dures épreuves et supporté bien des peines, il décide de faire payer ceux qui l’ont maintenu dans la misère et l’ignorance. 

E. C. Tubb est l’un des pionniers de la SF britannique et un spécialiste du space-opera comme en témoignent les trente-trois volumes qu’il a consacrés à sa série de « L’aventurier des étoiles ». Ici, il s’agit au contraire d’un one-shot très court mais néanmoins rudement efficace.

J’ai d’abord été un peu désarçonné par la construction un peu étrange de ce roman qui laisse s’écouler des périodes de quatre ou cinq ans entre chaque chapitres et passe ainsi sous silence une bonne part des aventures de son héros. Certes, il suffit à chaque fois de quelques pages pour reprendre le fil de l’histoire et comprendre ce qui lui est advenu entre temps, mais cette façon de faire m’a laissé un peu sur ma faim.

Elle permet en revanche à l’auteur de dérouler son histoire sur une période assez longue en ne s’attardant que sur les moments clés de l’existence de Léon Vardis. Le récit va donc à l’essentiel sans rien nous laisser ignorer de son cheminement intérieur. Et c’est important puisque ce sont les épreuves subies à différents moments de sa jeunesse - le supplice de sa mère, le rejet de la famille qui l’avait recueilli, la mort de sa femme - qui vont forger son caractère et lui donner une irrépressible soif de vengeance.

Cela permet aussi d’alterner les ambiances. Chaque épisode se déroule sur une planète différente, plus ou moins évoluée et sur lesquelles Léon Vardis va enchaîner les métiers. Voleur puis apprenti médecin sur la féodale Rhome, paysan sur l’aride Jolsen, mercenaire pour le compte de seigneurs de la guerre, marchand galactique, prospecteur de pierres précieuses, il multiplie les expériences et gravit un à un les échelons vers le pouvoir et le terme de sa quête de revanche. Mais si le châtiment de ses ennemis sera bien à la hauteur de sa longue attente, il fera aussi l’amer constat qu’une vie dédiée à la vengeance n’apporte rien de plus qu’une satisfaction éphémère.

Presses de la Cité - Futurama - 1977

5 février 2023

CUGEL L'ASTUCIEUX - JACK VANCE

jl0707-1976

Parce qu'il a tenté de dérober quelques-uns de ses trésors au magicien Iucounu, Cugel est envoyé aux confins du monde pour y retrouver une mystérieuse lentille de verre. Pour prévenir toute tentative de désertion de son nouveau serviteur, le magicien a implanté dans son ventre une créature qui le fait horriblement souffrir dès qu'il s'écarte de l'objectif qui lui a été fixé. Contraint de s'exécuter, Cugel commence ses recherches non sans garder dans un coin de son esprit l'idée de se venger de son tourmenteur.

Deuxième opus du cycle de « La terre mourante », « Cugel l’astucieux » se distingue du précédent sur bien des points. Tout d’abord, nous sommes ici dans une ambiance de fantasy tout à fait classique. Alors qu'Un monde magique nous proposait un univers dans lequel subsistaient les traces technologiques des anciennes civilisations Terriennes, on ne trouve plus ici que de vagues allusions à ce lointain passé. On y croise d'ailleurs davantage de monstres et de démons que d'artefacts et seul le premier chapitre nous laisse entrevoir les bribes d'un savoir qui a presque disparu.

En second lieu, il s’agit cette fois d’un roman et non d’un recueil de nouvelles. L’ouvrage perd donc en diversité ce qu’il gagne en unité. Un seul fil conducteur, une seule intrigue, une quête entrecoupée d’une succession d’épreuves et de rencontres souvent dangereuses. Tout au long de son voyage, Cugel va en effet découvrir des communautés qui vivent selon des principes surprenants. On retiendra notamment son séjour dans une ville où, après une vie de labeur, les plus méritants de ses citoyens se voient attribuer une paire de lunette qui déforme la réalité et leur donne l'illusion de vivre une existence princière. Malheureusement, le héros de Vance ne s'attarde jamais bien longtemps et les descriptions des us et coutumes de ces villages et de ces cités restent assez superficielles.

Enfin, "Cugel l'astucieux" est entièrement consacré au personnage qui lui donne son titre. Tous les autres ne sont que des faire-valoir et, à l'exception peut-être du sorcier Iucounu, ils ne font que passer sans laisser grande impression ou souvenir. Mais cela n'est pas bien grave car Cugel occupe avantageusement le devant de la scène. Astucieux sans doute mais aussi égoïste, envieux, rancunier et sans scrupules, capable de provoquer la mort d'une caravane de pèlerins ou la destruction d'un village si cela sert ses intérêts, il compose un héros assez peu sympathique mais néanmoins attachant. Je le préfère en tout cas aux colosses bodybuildés ou aux valeureux guerriers qui hantent les pages de la plupart des romans de fantasy. Les vilains tours qu'il joue à ses ennemis, ses entourloupes et ses mensonges mais aussi les déconvenues dont il est victime sont toujours fort drôles et j'ai passé en sa compagnie quelques heures bien réjouissantes. 

J'ai Lu - Science-Fiction - 1976

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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