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8 septembre 2019

VESTIAIRE DE L'ENFANCE - PATRICK MODIANO

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« Vestiaire de l’enfance », tout petit roman d’à peine 150 pages, est ma première lecture de cet auteur nobélisé en 2014. J’ignore s’il est très représentatif de son œuvre mais je suis immédiatement tombé sous le charme de son écriture toute simple mais terriblement précise et de l’atmosphère étrange et vaguement onirique qu’elle suscite. Car tout est mystère dans cette histoire, à commencer par la ville qui lui sert de cadre. Difficile en effet de déterminer où nous sommes. Pas en Espagne puisque certains personnages parlent de s’y rendre mais sans doute dans une de ses anciennes colonies ou quelque part en Afrique du nord. Une place forte en bord de mer devenue cité balnéaire où de nombreux touristes croisent de non moins nombreux expatriés venus chercher le soleil ou l’oubli.

Jimmy Sarano est l’un d’eux. De lui on ne saura pas grand-chose, ou alors incidemment, et le peu que l’on apprend vient encore ajouter au brouillard qui l’entoure. A-t-il fuit les conséquences d’un accident de voiture qu’il aurait provoqué ? Quelles étaient ses relations avec cette milliardaire qui, même morte, continue de le faire surveiller par son chauffeur ? On n’en saura rien. Une seule chose est certaine, c’est un écrivain qui connut un certain succès et qui se contente aujourd’hui de rédiger un roman feuilleton historique dont un chapitre est diffusé chaque jour sur Radio-Mundial. Sa vie solitaire semble désormais faite de petits cérémonials : l’observation de son voisin, des balades dans les ruelles du quartier historique, un café au Rosal, sa visite journalière aux locaux de son employeur, le tout dans une ambiance de torpeur et de farniente. Sa rencontre avec une jeune femme un peu paumée va mettre fin à sa tranquillité en ravivant les souvenirs de son ancienne vie.

A partir de ce moment, l’histoire se fait moins passionnante. Alors que c’est l’étrangeté de son présent qui nous intrigue, Jimmy s’étend sur un épisode de sa jeunesse parisienne, quand il servait de chaperon à la fille d’une comédienne qu’il voulait séduire. J’ai cru un instant que son passé allait nous donner les clefs de son existence actuelle mais ce ne sera pas franchement le cas. On ne découvrira finalement qu’un homme hanté par les rendez-vous manqués et par le désir de rattraper le cours du temps.

Cela nous donne au final un roman empreint de nostalgie et de nonchalance… ainsi qu’une grosse envie de vacances au soleil ! 

Gallimard - Folio - 1991

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11 août 2019

L'HEURE - WALTER LEWINO

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« L’heure » est un post-apo qui reflète bien l’angoisse de la bombe qui pesa sur le monde pendant les quatre décennies qui suivirent la fin de la seconde guerre mondiale. Walter Lewino part du postulat que la menace s’est réalisée. La bombe est tombée sur Paris et sur la France, provoquant la mort de la plus grande partie de la population mais sans provoquer le moindre dégât dans les infrastructures. Bombe à neutrons, gaz mortels, nul ne sait et les rares survivants ne peuvent qu’émettre des hypothèses. Le récit se concentre sur les premiers jours qui suivent la catastrophe. L’espace d’une semaine nous suivons la trajectoire de quelques-uns de ces rescapés et plus particulièrement celle du narrateur et d’Agnès, une jeune femme qu’il rencontre dans les premières heures de ce grand bouleversement. 

Le moment n’est pas encore à la reconstruction ou aux projets d’avenir, à l’utopie des uns ou aux appétits des autres. Il n’est donc pas question de sauveurs autoproclamés ni de despotes tentant d’imposer leur loi par la force des armes. C’est à peine si l’on commence à s’organiser et, si des groupes se forment, c’est plus par besoin de chaleur humaine que dans un véritable but. L’heure est à l’égoïsme et à l’anarchie, « quelque chose entre la colonie de vacances et la débâcle de 1940 ». C’est un joyeux capharnaüm où chacun est désormais libre d’agir à sa guise. Il y a bien, ici ou là, quelques actes désintéressés (déblayage des cadavres, soins aux malades) mais on en profite surtout pour faire ce dont on a toujours rêvé : emménager dans l’hôtel de Cluny, se servir dans les vitrines des magasins, s’habiller de neuf...

On ne sent pas non plus beaucoup d’empathie de la part des survivants. Est-ce parce qu’ils ont du mal à croire à une apocalypse qui n’a rien détruit, eux qui ont connus les bombardements de la seconde guerre mondiale et leur cortège de destructions et d’horreurs ? Est-ce parce que la catastrophe est trop vaste, le drame si important qu’il n’est plus mesurable et, partant, pas assimilable ? En tout cas, les héros de Lewino ne paraissent pas particulièrement émus. Les morts anonymes, les montagnes de cadavres leur sont presque indifférents et il faudra un drame personnel pour que le narrateur prenne véritablement conscience de la situation et des changements irréversibles qu’elle induit.

« L’heure » est un roman surprenant qui suscite des images assez spectaculaires, le plus souvent drôles mais parfois aussi, dérangeantes. Il nous invite également à nous interroger sur notre rapport à une société qui n’envisage le bonheur que sous l’angle matériel. En plaçant ses personnages dans la situation de tout posséder, il les met au défi de trouver la satisfaction et la joie dans un monde qui n’a plus ni règles ni repères.

Eric Losfeld - 1968

9 juin 2019

DANGER, PARKING MINE ! - SERGE BRUSSOLO

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Dans un monde et une société indéterminés mais qui semblent bien proches de sombrer, une unité de l’armée veille sur une zone protégée où vivent deux clans ennemis. Chaque année les deux peuples s’affrontent dans un combat épique, ceux du sol se lançant à l’assaut des tours où vivent leurs adversaires. Mais cette année pourrait bien être celle du dernier combat, de l’ultime bataille… 

« Danger, parking miné ! » est un Brussolo pur jus quoiqu’un peu en-deçà de sa production habituelle pour ce qui est du nombre et de la qualité de ces idées époustouflantes qui sont sa marque de fabrique. Ici l’histoire se résume à la confrontation entre deux tribus dont le mode de vie et les coutumes s’opposent à peu près sur tout. Une intrigue relativement faible heureusement compensée par la présentation passionnante de ces deux clans, peuples, sectes, on ne sait pas trop comment les qualifier. La description de leur univers est en effet d’une précision redoutable. L’auteur fait preuve d’une rigueur et d’un sens du détail quasi scientifiques et on a parfois l’impression de lire une étude anthropologique.

Le roman débute par deux chapitres qui servent d’introduction, un peu, et à planter le décor, beaucoup. Ce dernier se limite à un morceau de ville dominé par quelques buildings qui constitue une sorte de réserve naturelle dans laquelle vivent deux peuples qui ont considérablement régressés et que, pour d’obscures raisons, le pouvoir a décidé de protéger de toute influence extérieure afin d’observer leur évolution. Deux peuplades ennemies donc mais qui partagent une origine commune ou plutôt, qui se sont constitués sur un même rejet de la société.

Il y a d’abord les Anonymes qui ont colonisés les parkings au pied des immeubles et qui vivent parmi les ruines des infrastructures et les carcasses de voitures sans pouvoir pénétrer dans les tours dont les accès ont été murés. Leur crédo, on s’en doute vu leur nom, est l’anonymat. Afin de ne plus être fichés, répertoriés, archivés, ils ont décidés de s’affranchir de tout ce qui permettait de les individualiser et donc de les identifier. Finis les noms et les adresses, adieu les numéros, de téléphone, de compte bancaire, de sécurité sociale… La distinction est bannie, l’uniformité devient la règle. Tous les points de repères sont gommés. Il n’y a plus de couples ni de familles et les enfants changent de nourrice chaque année pour éviter le moindre attachement. Tous les anonymes sont vêtus du même imperméable de caoutchouc noir et leurs visages sont tatoués de trois bandes horizontales de manière à amoindrir les traits distinctifs que sont les yeux, le nez et la bouche…

Les Hypernommés ont en revanche un culte de la personnalité très affirmé dont la manifestation la plus évidente réside dans leurs noms à rallonge composés de surnoms et de qualificatifs qui résument les évènements qui ont jalonnés leur vie. Ils sont les descendants des agents de maintenances des buildings qui ont fini par emménager à demeure en haut des tours pour échapper à la pollution et à des conditions de vie au sol de plus en plus dégradées. Ils continuent désormais de vivre au sommet des immeubles où ils entretiennent avec dévotion les gigantesques enseignes néons qui les coiffent provoquant ainsi la haine des anonymes qui y voient une atteinte caractérisée à leur mode de vie.

La découverte de ces tribus rivales se fait par l’entremise de l’un de leur membre que nous suivons sur quelques journées. Deux héros qui n’en sont pas vraiment puisque Nath-Freuden-Yellow-Anchor-Sextant-bleu-du-cap-anglais et la jeune anonyme n’ont aucune prise sur les évènements et ne donnent pas franchement envie de s’identifier à eux ou de frémir pour leur sécurité. Ce serait de toute façon peine perdue puisque tout se termine sur un gigantesque combat entre les deux groupes ethniques et la mort de presque tous les protagonistes de l’histoire. Bref, une fin tout à fait brussolienne qui ne résout rien et qui se termine mal !

Fleuve Noir Anticipation - 1986

16 juin 2019

"HEURE ZERO" - VARGO STATTEN

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Gordon Fryer, jeune ingénieur sans le sou, accepte de servir de cobaye au Professeur Royd. Celui-ci a mis au point une machine permettant de lire le futur d’un individu dans les couches profondes de son cerveau et de faire des clichés de certaines scènes de son existence. L’expérience est une réussite. Le futur de Gordon lui est dévoilé et il a la mauvaise surprise d’apprendre qu’il ne lui reste plus que treize ans à vivre. Mais à 25 ans, une dizaine s’années constitue une quasi éternité qui devrait, pense-t-il, lui permettre de faire mentir les pronostics du Scruteur d’Avenir… 

Ma première rencontre avec l’œuvre de Vargo Statten n’avait pas été concluante. Il s’agissait d’un space-opera extrêmement daté dans lequel la représentation de l’espace et des vaisseaux spatiaux était tellement absurde et dépassée que le roman en devenait ridicule. Aussi étais-je légitimement réticent à l’idée de lire un nouveau titre de l’auteur mais, puisqu’il s’agissait cette fois d’un récit d’anticipation dont l’action se déroulait dans un futur pas trop lointain, je me suis dit que je pouvais lui laisser sa chance. Et bien m’en prit car « Heure zéro » est un petit roman de genre qui réussit le délicat pari de nous divertir tout en nous proposant quelques éléments de réflexion.

L’histoire repose pourtant sur une idée toute simple : « Que ferions-nous si nous connaissions à l’avance le terme de notre existence ? » Chercherions-nous à jouir le plus possible des plaisirs qu’elle a à nous offrir ou bien ferions-nous comme si de rien était, refusant de croire à la véracité du sort qui nous est échu ? Le héros lui, a choisi une troisième voie. Il est fermement décidé à se battre contre son avenir et à prouver que l’invention de son mentor se trompe. Nous assisterons donc tout au long du roman à ses nombreuses tentatives pour infléchir sa destinée, essayant notamment d’éviter les lieux et les personnes figurant sur les scènes de son futur qui lui ont été révélées. Comme un rat pris au piège d’un labyrinthe sans issue, nous le verrons s’agiter en tous sens, provoquant les évènements en pensant leur faire échec et perdant espoir à mesure que se rapproche la date fatidique et que ses chances de survie s’amenuisent.

Bien que cette idée soit indéniablement bonne elle ne suffit toutefois pas à meubler les cent-quatre-vingts pages du roman. Vargo Statten a donc ajouté à son intrigue d’autres fils conducteurs qui tournent tous autour des inventions que le jeune ingénieur et le vieux scientifique mettent au point. Il sera tour à tour question d’un carburant révolutionnaire qui leur vaudra des démêlés avec les grandes compagnies pétrolières, d’une montre à mouvement perpétuel, d’un œil bionique et même d’une potion qui rend invulnérable. Le plus clair du récit est donc consacré à ces recherches et à leurs développements, tout juste entrecoupés par une histoire d’amour sans grand intérêt et les sombres visées d’un dangereux rival.

Fleuve Noir Anticipation - 1955

19 mai 2019

AUTOUR DE LA LUNE - JULES VERNE

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Suite et fin des aventures des membres du Gun Club de Baltimore bien décidés à envoyer un boulet « habité » sur la Lune. 

J’ai lu « De la Terre à la Lune » lorsque j’avais dix ou onze ans c’est-à-dire il y a presque quarante ans. Inutile de vous dire qu’au moment d’entamer sa suite il ne m’en restait plus que de très vagues souvenirs. Fort heureusement, Jules verne débute son histoire par un chapitre préliminaire qui résume cette « première partie ». Cela permet de renouer connaissance avec le Président Barbicane et le Capitaine Nicholl, dont l’antagonisme scientifique aboutit à l’étonnant projet d’envoyer un boulet sur la Lune, ainsi qu’avec Michel Ardan, le fantasque français qui eut l’idée de s’enfermer dedans.

Le présent roman est donc le récit d’un aller-retour puisque, comme son titre le laisse supposer, nos héros ne mettront jamais les pieds sur l’astre de la nuit. Cela limite forcément les rebondissements et les découvertes d’autant que la face cachée de la Lune plongée dans une obscurité absolue, ne leur permettra rien de plus que quelques extrapolations et autres suppositions. Il n’y aura donc pas de rencontres avec de mystérieux sélénites, pas de civilisation extra-terrestre ou de merveilles lunaires. Tout juste auront nous droit à quelques petits rebondissements liés pour la plupart aux conditions particulières du voyage spatial. Nos trois héros devront ainsi composer avec l’absence de gravité, le froid intersidéral, l’ébriété due à un excès d’oxygène dans leur bolide ou encore le passage d’un météore. Cela permet, le temps de quelques pages, de rompre la monotonie du voyage mais ne suffit toutefois pas à secouer l’ennui qui nous guette.

Cat il faut bien l’avouer, cette histoire est dans l’ensemble assez soporifique. Enfermé dans leur « astronef », nos trois héros n’ont guère à se mettre sous la dent que les observations qu’ils peuvent faire au travers des hublots et qu’ils confrontent avec leurs connaissances. Le récit est donc fort logiquement émaillé de nombreux dialogues au cours desquels les hommes de science que sont Barbicane et Nicholl font étalage de leur culture devant un Michel Ardan qui joue le rôle du Candide de service. Un Candide heureusement fort drôle et qui évite au roman de sombrer dans une aridité technique absolument imbuvable. Ceci dit, on reconnaîtra à l’auteur le mérite de s’être copieusement documenté puisqu’il se montre capable de nous dresser un historique des observations humaines de la lune et de sa cartographie depuis Galilée ! Cela ne manque pas d’intérêt et permet de se faire une idée assez précise de l’état de l’astronomie au milieu du XIXème siècle mais ça ne suffit malheureusement pas à sauver le roman.

Heureusement, les trois aventuriers finiront par redescendre sur Terre pour nous faire vivre, in extremis, quelques instants de suspens suivit d’un happy end bien mérité !

Le livre de poche - 1969

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30 janvier 2019

LA TRAQUE D'ETE (CHRONIQUES DE L'ERE DU VERSEAU 6) - ADAM SAINT-MOORE

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« La traque d’été » ressemble beaucoup au premier volume de la série puisqu’il est de nouveau question d’un groupe de jeunes guerrières qui se lance dans une chasse à l’homme au cœur des zones d’insécurité et d’une jeune et athlétique Alpha qui va voir s’évanouir ses préjugés contre les hommes après sa rencontre avec un mâle aussi beau que courageux.

Ensemble, ils vont lutter contre les traditionnels périls des zones d’insécurité au premier rang desquels d’affreux mutants ainsi que les dangereux séquelles de l’antique technologie. Ils affronteront successivement les redoutables Yakis, humains dégénérés aux membres démesurés qui se nourrissent de sang frais et un androïde extrêmement puissant qui continue de veiller sur une cité souterraine.

Cet opus n’apporte pas grand-chose au cycle en termes de découvertes et de révélations et les aventures de Jova et d’Ouro seront sans doute bien vite oubliées. Ceci étant il remplit parfaitement son rôle d’ouvrage de détente, agréable à lire et sans prise de tête.

Fleuve Noir Anticipation - 1981

27 janvier 2019

3087 (CHRONIQUES DE L'ERE DU VERSEAU 3) - ADAM SAINT-MOORE

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Dans « 3087 », nous assistons à un retournement de perspective puisque la jeune Mouira va connaître un parcours exactement inverse à celui de son aïeule Goveka. Confrontée à l’organisation patriarcale de sa tribu et à la violence de certains hommes, elle prend la décision de quitter la Montagne Bleue après avoir sauvé une gradée de l’ORGA. Cette dernière lui propose d’intégrer les rangs de la SEGOR, le plus puissant des organes de contrôle de l’UMAT.

Adam Saint-Moore nous propose ici un récit assez simple et sans beaucoup de relief mais qui a néanmoins le mérite de montrer comment se fait l’éducation d’une jeune recrue. Nous assistons donc aux différents aspects de sa formation, l’embrigadement permanent, la discipline de fer, les nombreux examens médicaux et l’enseignement sexuel obligatoire visant à s’assurer que les recrues s’adonneront sans difficultés aux plaisirs de sapho…

On notera une fin particulièrement émouvante qui illustre avec beaucoup de finesse le regard que porte sur son passé l’ancienne sauvageonne parvenue au sommet de la hiérarchie, sa certitude d’un avenir dénué d’intérêt et ses regrets d’une autre existence.

Fleuve Noir Anticipation - 1980

19 août 2018

SILO - HUGH HOWEY

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Le silo est une structure souterraine de plus de 140 étages dans laquelle vivent les descendants d’une catastrophe de nature indéterminée, quelques milliers d’individus soumis à des lois strictes et une organisation rigoureuse destinée à permettre leur survie dans un espace extrêmement restreint. Chaque habitant se voit ainsi assigné un travail, un conjoint et seule une loterie détermine s’il aura ou non des enfants. Toute contestation, toute tentative d’émancipation ou de remise en cause du dogme officiel entraîne un bannissement immédiat hors du silo, c’est-à-dire la mort à très courte échéance. En enquêtant sur la mort du maire de la cité, le shérif Juliette Nichols se rend compte que l’organisation du silo est fondée sur un gigantesque mensonge. Elle va alors s’employer à faire éclater la vérité. 

Silo est un phénomène littéraire. D’abord publiées à compte d’auteur en version numérique, les nouvelles de Hugh Howey rencontrent un succès immédiat qui permet leur réédition en un volume, lequel va lui-même connaître une fantastique carrière de best-seller. Pour ma part, je n’avais pas prévu de céder à la « silomania », non pour me distinguer mais parce que son sujet me paraissait passablement éculé. Il faut dire que des récits de sociétés souterraines créées pour survivre à l’apocalypse, j’en ai déjà lus un bon nombre, quatre rien que dans la collection Anticipation du Fleuve Noir (« Malterre » de Hugues Douriaux, « L’heure perdue » de Guy Charmasson, « La légende des niveaux fermés » de Gilles Thomas et « Divine entreprise » de Roger Facon) sans oublier bien sûr le plus que célèbre « Age de cristal » adapté tant au cinéma qu’à la télévision. Dans ces conditions, difficile d’imaginer quelque chose de neuf sur un sujet aussi rabâché.

Et puis Noël est passé par là et je l’ai trouvé au fond de ma chaussette. Bien obligé de le lire, j’ai encore attendu quelques mois afin de profiter de mes deux semaines de farniente estival pour me plonger dans ce pavé de plus de 700 pages. Finalement, il ne m’aura pas fallu plus de trois jours pour en venir à bout, ce qui en dit long sur sa capacité à tenir le lecteur en haleine. Et pourtant ça n’était pas gagné d’avance. J’ai même cru que mes craintes allaient se réaliser en découvrant l’univers du silo qui correspondait en tout point à ce que je m’attendais à y trouver, c’est-à-dire une société hiérarchisée et compartimentée, une gestion stricte des ressources et ses conséquences sur la vie sociale, des cultures hydroponiques et bien sûr de vilains dirigeants qui mentent à leurs concitoyens pour faire perdurer un système qui les avantage. Mais cette impression de déjà lu n’a pas duré bien longtemps, ou plutôt, elle fut largement compensée par un traitement original et tout à fait nouveau du sujet.

Tout d’abord, le roman de Hugh Howey commence là où la plupart des récits du genre se terminent. Dès les premiers chapitres, nous savons à quoi nous en tenir sur la nature de la société et sur le fait que «  l’extérieur » est sans doute bien différent de ce qu’il paraît être. Le scénario ne repose donc pas sur cette seule découverte mais sur une succession de rebondissements. C’est d’ailleurs la grande force de l’auteur que de parvenir à relancer constamment l’intrigue. On est en présence d’un véritable page-turner où chaque chapitre se termine sur la promesse d’une révélation.

En second lieu il convient de signaler que l’action est épaulée par de nombreux personnages de premier plan. Cela permet de suivre différents fils narratifs et d’introduire un peu de variété dans le récit. On suit ainsi à tour de rôle les aventures de Juliette hors du silo, la révolte des mécanos dans les plus bas étages ou la formation de Lukas au difficile métier de dirigeant. Ces personnages ont de la consistance, un vécu qui nous est abondamment détaillé et des espoirs dans un futur pourtant incertain. On apprend à les connaître, on s’attache à eux même si Hugh Howey n’hésite pas à les faire disparaître parfois fort rapidement.

Enfin, l’épaisseur du livre lui permet de peaufiner son décor. On a tout le temps de s’imprégner de cet univers si particulier où il faut près de trois jours pour parcourir les 144 étages qui le composent. Il y a quelques jolies trouvailles comme les ombres, ces apprentis qui suivent pas à pas le travailleur qu’ils sont appelés à remplacer un jour et, d’une manière générale, l’atmosphère sonne plutôt juste.

Le livre se termine malheureusement sur une fin provisoire qui appelle une suite. Celle-ci a été publiée un an après et, pour faire bonne mesure, elle a été précédée d’une préquelle. L’apprenti écrivain qui s’auto-éditait sur le web a bien grandi…

Actes Sud - Le Livre de Poche - 2016

7 décembre 2017

DIVINE ENTREPRISE - ROGER FACON

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« Divine entreprise » est le genre de roman de science-fiction que j’ai l’impression d’avoir déjà lu dix fois. Une guerre totale, une de plus, a ravagé le monde et contraint ce qui reste de l’humanité à se réfugier sous terre, à l’abri des miasmes et des radiations. Le gouvernement chargé de la bonne marche de cette société recluse a viré totalitaire et maintient le peuple dans l’obéissance absolue et l’ignorance, dissimulant notamment la possibilité de retourner à la surface. Un policier chargé d’enquêter sur la mort de l’un des dignitaires du régime va mettre au jour les mensonges du système ainsi qu'un complot destiné à le renverser. Vous conviendrez qu’il n’y a rien là de très nouveau même si la recette fonctionne toujours comme l’a prouvé encore récemment Hugh Lowey avec son « Silo ».

De fait, la seule originalité du récit de Roger Facon a trait à la nature de sa société souterraine calquée sur la hiérarchie de l’entreprise. Nous découvrons ainsi comment elle fut progressivement érigée en modèle sociétal puis en religion, comment les PME et les multinationales échappèrent au contrôle de l’Etat puis, une fois devenues toutes puissantes, imposèrent leur lois (rétablissement du servage, euthanasie des chômeurs…), comment enfin l’église vint s’associer à ce nouveau pouvoir pour établir une théocratie.

Toutefois ce n’est pas par son manque de nouveauté que le roman pêche le plus mais à cause d’une intrigue mal maîtrisée. Il y a sans doute trop de personnages et trop de pistes à suivre pour un récit aussi court (les 180 pages réglementaires de FNA) et l’auteur est contraint de prendre des raccourcis pour mener l'histoire à son terme. Dans les trente dernières pages, le récit s’emballe. Les révélations pleuvent et de nouveaux personnages, des confréries, des groupuscules au rôle pourtant déterminant surgissent le temps d’un chapitre, font avancer les choses puis disparaissent sans crier gare. Tout cela est un peu frustrant et débouche sur une fin quelque peu bâclée.

L’auteur sait heureusement faire preuve de pas mal d’humour. Malgré un style parfois lourdingue (les fins de phrases du genre : « c'est le pactole, Anatole », « faut s’en servir, Casimir », ça va bien cinq minutes), il lui arrive de se lâcher et de faire montre d’une réelle inventivité. A preuve, cette présentation de Jésus façon « lutte des classes » : « Notre grand pote n’est-il pas né parmi les OS, dans une cave de Béthléem, n’a-t-il pas choisi d’être enfanté par une fille mère ? Son CAP de menuisier en poche, que fait-il ?... Il se coltine avec le fondé de pouvoir d’une multinationale qui colonise Israël, devient un exclu, recrute des copains chez les sicaires et les loubards. Et il est persécuté par le directeur de la PME Hérode Antipas ! On lui crache au visage, on le flagelle, on le crucifie ! On lui reproche de multiples infractions au code du travail parce qu’il guérit les malades et ressuscite les morts le dimanche ! On essaye de le faire passer pour un briseur de grève de boulanger parce qu’il multiplie les pains à l’issue d’un meeting ! ».

Fleuve Noir Anticipation - 1988

20 septembre 2017

LE PETIT GARCON QUI VOULAIT ETRE MORT - JEAN-PIERRE ANDREVON

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Avec ce recueil, Jean-Pierre Andrevon nous confronte à toutes nos angoisses, de la simple inquiétude à l'égard d'un futur que l'on pressent hostile aux peurs primales qui nous rongent face à la mort, la guerre, la vieillesse. Ce faisant, il nous met aussi face à nos responsabilités puisque c'est l'homme lui-même qui, la plupart du temps, est cause de cet environnement anxiogène, en détruisant son milieu naturel ou en s'en prenant à ses semblables.

Le petit garçon qui voulait être mort est une nouvelle qui nous invite à reconsidérer notre façon de nous adresser aux enfants, à éviter les périphrases et les métaphores pour aborder les sujets graves. Faute de quoi ils risquent de prendre nos explications au pied de la lettre.

Regarde-le ! nous rappelle que Jean-Pierre Andrevon est un écologiste convaincu. Il établit ici un parallèle entre la disparition des dinosaures et celles, déjà plus ou moins programmées, de nombreuses espèces animales.

Et si nous allions danser ? est une excellente démonstration de la façon dont une politique concentrationnaire se met en place. L’auteur met notamment en avant l'incrédulité des victimes, leur volonté de ne pas croire au pire ou encore la passivité des autres voire leur adhésion tacite (il y a bien une raison…).

Demain, je vais pousser donne à réfléchir sur le regard que nous portons sur l'autre, immigré ou étranger. Nos réactions épidermiques, notre égoïsme feutré tiendraient-ils longtemps au contact de réfugiés miséreux ?  Comment réagirions-nous face à des hommes et des femmes de chair et de sang et non face à la multitude anonyme que nous montre les écrans de nos télés ? Un texte de 1999 qui demeure d'une actualité brûlante.

Mort aux vieux ! est une métaphore sur le temps qui passe et sur la brièveté d’une vie qui n’a de valeur que ce que l’on en fait. On rapprochera bien sûr ce texte de la nouvelle « Chasseurs de vieux » de Dino Buzatti qui figure dans son excellent recueil : « Le K ».

Qu’est-ce qui va encore arriver ? et Condamné sont deux nouvelles assez semblables qui nous parlent, l’une de la guerre, l’autre de tortures et d'exécutions. Toute deux sont joliment écrites mais l'accumulation de scènes violentes finit par être ennuyeuse. Certes on comprend bien que cette répétition est voulue, qu'elle participe au propos de l'auteur en accentuant sa démonstration. Il n'empêche qu'elles m'ont parues un peu redondantes et guère significatives.

Une erreur au centre est le texte le plus long du recueil. Il met en scène un homme qui s’avère n’être qu’une réplique, la troisième, de l’individu original. L’histoire est bien menée et bénéficie d'une bonne chute mais elle laisse malheureusement dans l'ombre les raisons de ces dédoublements : clones, incident technologique, cause surnaturelle ?

Les Belles Lettres - Le Cabinet Noir - 1999

28 mai 2017

LE LIVRE DE SWA - DANIEL WALTHER

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Après la « Grande Déflagration » et la terrible « Guerre de Cristal » qui suivit, la Terre est revenue à sa sauvagerie primitive. Seuls subsistent quelques îlots de connaissance jalousement conservés dans des forteresses gouvernées par une oligarchie religieuse. Jeune apprenti promit à un brillant avenir, Swa trahit les siens et livre sa Citadelle à la horde de Visage-de-l’Ours, un chef nomade en qui il a décelé les qualités d’un dirigeant charismatique et impartial. Poursuivi par la vindicte des zélateurs du Grand Serpent, il doit fuir dans le Nomansland, territoire immense et dangereux qui conserve intactes les séquelles des cataclysmes passés. 

Cette trilogie parue au Fleuve dans les années 80 est l’une des rares incursions de Daniel Walther dans le domaine de la Fantasy. Encore s’agit-il d’une Fantasy timide où la SF n’a pas abdiqué tous ses droits mais qui respecte néanmoins la plupart des codes du genre. Les combats ont lieu à l’arme blanche, il y a des chefs de guerre et de bien méchants religieux et l’histoire s’ouvre sur le traditionnel apprentissage d’un jeune héros promis à un grand destin.

Après un premier tome très conventionnel mais néanmoins bien mené qui se termine sur la promesse d’une confrontation entre deux camps et deux modes de vie, l’histoire s’enlise quelque peu. Les deux volumes suivants traînent en longueur sans pour autant apporter beaucoup de nouveauté, se résumant à une succession de rencontres, presque toujours mauvaises.

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Swa et ses deux compagnons ne cessent de tomber de Charybde en Scylla et l’on ne compte plus les fois ou tantôt l’un, tantôt l’autre, tantôt les trois, se retrouvent prisonniers et doivent subir les sévices de leurs geôliers. Ils seront notamment captifs d’une vieille folle et de ses mutants assoiffés de sang, de robots pas si bêtes mais trop disciplinés et de peuplades nomades où ils subiront les derniers outrages.

Ils font aussi d’autres rencontres moins déplaisantes mais tout aussi répétitives pour le lecteur. Elles permettent cependant de se faire une idée de ce qu’est devenu le monde après une lointaine apocalypse. L’auteur confronte ses personnages aux débris de l'ancienne civilisation, leur faisant ressentir ce qu’elle pouvait avoir de superbement évolué mais aussi d’immensément dangereuse. Swa se frottera ainsi à divers peuplements humains qui survivent tant bien que mal des vestiges du passé mais dont l’avenir s’assombrit de jour en jour.

Car, et c’est une habitude  chez l’auteur, « Le livre de Swa » nous parle de lutte entre civilisation et barbarie, connaissance et ignorance. Mais qu’on ne s’y trompe pas, ses faveurs ne vont pas forcément aux tenants de la science. Les sociétés évoluées y sont décrites comme corrompues et proches de sombrer tandis que la sauvagerie des jeunes peuplades, sa force brute et destructrice semble porteuse d’un renouveau violent mais salutaire. Bref ses avis sont partagés.

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Pour le reste on se rend compte que Daniel Walther s’est beaucoup amusé à rédiger cette trilogie. Cela se sent notamment dans les noms donnés à certains personnages (Lord Vashar) ou à la longue litanie des titres de Dunja IV de Mahagonny Dumdum, Grande-Duchesse de Carniole, souveraine de Cambrie et régente d’Estrellasz qu’il aime à égrener tant et plus. Ce style un peu précieux ainsi que son goût pour les ambiances baroques et luxurieuses aident heureusement à surmonter l’absence d’une réelle intrigue et nous permettent d’arriver au terme de l’histoire sans trop d’ennui.

Fleuve Noir Anticipation - 1982

 

 

30 juin 2016

LA CHASSE ROYALE - PIERRE MOINOT

51T6G38F4HLHenri Guifred a convié son ami Philippe Lussac à venir chasser sur ses terres situées au cœur de la forêt vosgienne. A leur arrivée dans le Herrenberg, le garde-chasse les informe que des braconniers sont à l'œuvre dans la région et sollicite leur aide pour mettre fin à leurs activités nuisibles. Les trois hommes se lancent alors dans une fouille systématique du massif et enchaînent les séances d'affût. Mais c'est un tout autre gibier que Philippe va débusquer en la personne d'Hélène Servance, jeune et sauvage héritière de hobereaux locaux. 

Je ne suis pas adhérent à Greenpeace. Je ne suis pas non plus un militant de la cause animale. Je ne suis même pas végétarien. Pourtant s'il est une chose qui me hérisse le poil, c'est bien la chasse. Je n'arrive pas à comprendre comment des individus a priori sains d'esprit peuvent trouver du plaisir à abattre des animaux.

Lorsqu'ils évoquent leur passion, les chasseurs vous répondent que la chasse ne se résume pas à cela. Ils vous disent qu'il s'agit avant tout de partage entre amis et de respect des traditions. Ils vous parlent de leur amour de la nature, du plaisir qu'ils éprouvent à s'y promener et à observer les animaux dans leur milieu naturel. Mais alors, est-il vraiment nécessaire de les tuer ? Qu'est-ce donc qui, dans leur esprit, transforme soudain l'animal en gibier ?

J'ai trouvé dans ce roman de Pierre Moinot une petite phrase qui, me semble-t-il, donne un élément d'éclaircissement sur la motivation réelle du chasseur. Cette phrase, la voici : « Mais je ne tire pas non plus sur tout le gibier que je vois. Je passe des heures à le surprendre, pour le regarder, parce que je l'aime. Je l'aime, comprenez-vous ? Alors, parfois, je ne peux pas supporter de le voir m'échapper et je tire. ». Cet acte violent que rien ne justifie, ni le danger, ni la faim, est effectivement une manifestation d'égoïsme. Le chasseur ne se contente pas d'observer l'animal, il lui faut aussi le posséder. En ce sens la chasse est symptomatique de notre attitude vis à vis de notre environnement. Nous voulons à toute force nous l'approprier, le soumettre à nos besoins et à nos désirs, ne pensant qu'à nous-même et rarement aux autres espèces avec lesquelles nous le partageons.

Un petit mot tout de même de ce roman qui fut cause de cette longue digression. "La chasse royale" date de 1953 et cela se sent dans le romanesque de son intrigue. Je lui ai d'ailleurs trouvé une certaine ressemblance avec les œuvres de Pierre Benoit, notamment parce qu'on y trouve une héroïne au caractère bien trempé ainsi que des personnages marqués par le destin et prisonniers de leur famille, de leur milieu, de leur passé. L'histoire teintée d'un soupçon de violence est finalement assez secondaire. Elle passe en tout cas après la magnifique évocation de la forêt vosgienne qui vous donne envie d'enfiler vos chaussures de rando pour aller baguenauder par les bois et les prairies. Le livre me paraît enfin assez sérieux en matière de cynégétique mais je manque bien évidemment de connaissance en la matière pour l'affirmer.

Voilà, vous l'aurez compris, je n'aime pas la chasse même royale. Mais tout le monde ne partage pas mon sentiment. La preuve : la France compte un million de chasseurs. C'est beaucoup comparé à la vingtaine d'ours qui tentent de survivre dans les Pyrénées...

Gallimard - Folio - 1981

 

 

 

 

24 mai 2016

DANS LES BLIZZARDS DU TEMPS - R. M. HAHN & H. PUSCH

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Dawson City, Canada, 1897. Comme des dizaines de milliers d’hommes et de femmes venus des quatre coins du monde, Nick Scott vient de débarquer au Klondike.  Mais à la différence de ces aventuriers attirés par l’or et l’argent facile, il ne semble pas être là pour faire fortune. Il n’est même pas très sûr de ses motivations et à parfois le sentiment d’être étranger à son époque. De désagréables rencontres vont venir confirmer ses impressions. 

Le thème du voyage dans le temps est un classique de la science-fiction. Il lui a donné quelques un de ses chefs-d’œuvre et je dois avouer que la notion de boucle temporelle constitue à mes yeux l’un des concepts les plus vertigineux de ce genre littéraire. L’un des plus galvaudé aussi, usé jusqu’à la trame par quantité de piètres romans et de mauvais films. Or, ce roman de SF allemande me semblait aborder le voyage temporel sous un angle moins conventionnel que d’habitude.

 L’idée de touristes du temps, de « temponautes » comme les appellent Hanh et Pusch, n’est pourtant pas neuve. Ce qui en revanche l’est beaucoup plus, c’est de l’envisager d’un point de vue économique par le biais d’une guerre commerciale entre deux sociétés rivales se disputant les segments temporels les plus lucratifs. Une approche originale et particulièrement judicieuse mais qui n’a malheureusement pas dépassé le stade des bonnes intentions.

Une fois posée le principe d’une compétition acharnée entre des multinationales qui n’hésitent devant rien pour débusquer leurs concurrents et détruire leurs portes temporelles, le récit s’enlise et finit par se résumer à une longue course poursuite à travers le grand nord canadien. J’ai presque eu le sentiment que l’argument scientifique ne servait qu’à justifier cette balade dans le Klondike de la ruée vers l’or de 1896. Pas de réalité alternative, pas le moindre paradoxe temporel même si les personnages passent leur temps à en parler sans pour autant faire grand-chose pour les éviter.

Son évocation des étendues glacées et encore presque vierges de ce coin du Canada est somme toute assez réaliste. Les conditions de vie des pionniers attirés par l’appât du gain dans ce pays inhospitalier sont plutôt bien restituées et cela donne à l’histoire une allure de western hivernal avec trappeurs et chercheurs d’or, chiens de traîneaux et pisteurs indiens. Un ersatz de roman de Jack London auquel les auteurs ont d’ailleurs réservé un petit rôle dans leur histoire. Un clin d’oeuil sympathique mais qui ne suffit pas à sauver l’ensemble du naufrage dans les eaux glacées du Yukon.

Opta - Galaxie Bis - 1985

10 juillet 2016

LA TOURNEE D'AUTOMNE - JACQUES POULIN

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Alors qu’il s’apprête à entamer sa dernière tournée, un chauffeur de bibliobus se lie d'amitié avec les membres d'une compagnie de spectacle. Ces derniers décident alors de l'accompagner pour découvrir l'arrière-pays québécois, au plus grand plaisir du bibliothécaire tombé amoureux de leur régisseuse.

« La tournée d’automne » est un road-book mélancolique et délicat qui nous invite à un joli voyage le long de l’estuaire du Saint-Laurent. En compagnie d’un chauffeur de bibliobus et d’un groupe d’artistes de rue nous remontons le fleuve, de Québec à  Havre-Saint-Pierre, en passant par quantité de bourgades aux noms évocateurs : La Malbaie, Port-au-Persil, Rivière-au-Tonnerre… Chacun de ces arrêts est l’occasion de découvrir un élément du patrimoine naturel québécois (faune, flore, paysage) et de faire la rencontre des autochtones et de leur mode vie particulier (la salariée d'une pêcherie, un pilote d'hydravion..).


Mais le roman de jacques Poulin n'est pas qu'un récit de voyage. Il aborde, avec justesse et pudeur, d'autres thèmes et notamment celui de la fin de vie. Le chauffeur et Marie, les deux personnages principaux, sont aux portes du troisième âge. Ils sont donc naturellement confrontés aux craintes que leur inspirent la vieillesse et surtout à la peur de la déchéance physique et intellectuelle qui parfois l’accompagne. Ils découvriront cependant que chaque âge mérite d’être vécu et que la vieillesse réserve aussi son lot de bonnes surprises.


Et parmi les excellentes choses qui contribueront à embellir leur vie, il y a les livres. Plus que tout « La tournée d’automne » est une ode aux livres, à tous les livres. Romans, recueils de poésie, biographies, traités scientifiques, la bibliothèque ambulante regorge de bouquins et le maître des lieux sait faire partager le plaisir qu’ils lui ont apporté. Le lecteur se reconnaîtra sans doute dans l’un ou l’autre portrait des usagers de ce réseau itinérant, partageant à coup sûr leur soif de découverte et leur sensibilité. Il trouvera aussi quelques nouvelles idées de lectures et pourquoi pas d’autres auteurs québécois !

Acte Sud - Babel - 1999

31 août 2015

LES CINQ SOUS DE LAVAREDE - PAUL D'IVOI & HENRI CHABRILLAT

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Pour hériter de la fortune de son cousin Richard, le journaliste parisien Armand Lavarède doit respecter de biens étranges volontés : effectuer un tour du monde en une année avec cinq sous pour seul viatique. A défaut, l'héritage reviendra à sir Murlyton auquel échoit aussi le rôle d'arbitre. Deux autres personnes seront aussi du voyage : Bouvreuil, un usurier qui veut obliger Lavarède à épouser sa fille et qui, craignant de voir son débiteur s'émanciper, va tout faire pour le ralentir et Aurett, la fille de Murlyton qui ne tardera pas à tomber amoureuse du sympathique globe-trotter.

"Les cinq sous de Lavarède" est sans conteste le plus connu des roman de Paul d'Ivoi. Son adaptation au cinéma avec Fernandel dans le rôle-titre et sa ressemblance, tout sauf fortuite, avec "Le tour du monde en 80 jours" y sont sans doute pour quelque chose. Mais il faut aussi lui reconnaître des qualités intrinsèques au premier rang desquelles un rythme absolument échevelé.


Tout au long des cinq cent pages que compte le roman, les auteurs ne laissent pas une seconde de répit à leur héros. Faire le tour du monde avec seulement cinq sous en poche (ça fait combien en euros ?) n'est déjà pas chose facile. Si en plus des rivaux malintentionnés multiplient les embûches et les contretemps, cela devient carrément mission impossible. Mais impossible n'est parait-il pas français et Lavarède est le parangon de toutes les vertus cocardières. Grâce à son charme gaulois et son bagout parisien, il se tirera de tous les mauvais pas, tournant à son profit les coutumes locales, utilisant la superstition des uns et la crédulité des autres.


Pour voyager sans frais il exercera les métiers les plus divers, postier, camelot, peintre, mécanicien, pêcheur... On le verra aussi occuper des fonctions plus inattendues telles que président du Costa-Rica, réincarnation de Bouddha dans un monastère tibétain ou encore champion cycliste. Il traversera le pacifique dans un cercueil, l'Hymalaya en montgolfière et utilisera tous les moyens de transport imaginables : train, bateau, vélo, radeau, dirigeable, sous-marin, que sais-je encore ! Quant à l'action pure et dure, elle ne manquera pas non plus puisque notre brave journaliste affrontera tour à tour des bandits sud-américains, des guerriers kirghizes, la police autrichienne et la maffia sicilienne. Bref, un emploi du temps plutôt bien rempli.


Comme de juste, les différentes haltes des personnages nous permettent de découvrir les pays traversés tels qu'ils étaient à l'époque. Nous visitons ainsi un Japon en pleine mutation, quittant la féodalité pour un modernisme tout occidental, nous assistons aux travaux de percement du canal de Panama et parcourrons une Russie ravie de sa récente alliance avec la France. Les auteurs profitent également des conversations entre Lavarède et Murlyton pour "éduquer" leurs lecteurs sur des sujets aussi divers que le peuplement des Açores ou les origines du baptême de la ligne des tropiques.

Il faut bien avouer que la croyance populaire et le chauvinisme l'emporte parfois sur la rigueur scientifique ou la réalité historique. Ces apartés sont néanmoins intéressants et donnent une idée de l'état des connaissances à la fin du XIXème siècle et de l'état d'esprit qui avait cours. On ne sera donc ni surpris, ni choqué par des réflexions parfois un peu limites sur les populations rencontrées. Elles dénotent davantage le sentiment de supériorité de l'européen d'alors qu'un réel racisme. En revanche le sexisme est beaucoup plus notable. Tout au long du roman, Aurett est traitée comme une mineure qu'il faut protéger et éduquer, une belle chose un peu encombrante et parfois agaçante : « … une femme, pouvant parler deux fois plus vite et plus longtemps qu'un homme, finit toujours par avoir raison ».


Si l'action et omniprésente, l'humour ne l'est pas moins. Il est presque toujours lié aux mauvais tours joués à l'infâme Bouvreuil. Ce dernier, gros propriétaire, usurier, est en effet un anti-Lavarède, un reflet en négatif de l'intrépide voyageur.
Plus ridicule que véritablement mauvais, soumis à sa diablesse de fille, ce n'est donc pas lui qui joue le rôle de méchant de service. Cette fonction est échue à un personnage beaucoup plus rébarbatif et qui, cocorico oblige, n'est pas français mais colombien, j'ai nommé, José de Courramazas y Miraflor (précisons que Mazas était à l'époque une prison bien connue).

« Les cinq sous de Lavarède » ouvre donc de fort belle manière la série des « Voyages Excentriques » qui comptera pas moins de 21 volumes.

J'ai Lu - Voyages Excentriques - 1983

28 juillet 2015

CREATURE - BERNARD FLORENTZ

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Depuis l'horrible assassinat de son fils par sa propre épouse, l'écrivain Alain Tardieu vit reclus dans sa résidence marseillaise en dépit de l'énorme succès que remportent ses romans. C'est donc sans trop d'espoir que Carole Avedian, jeune étudiante en littérature, sollicite une entrevue. Contre toute attente sa demande est acceptée et la jeune femme est reçue par celui qui se fait désormais appeler le Spectre. Commence alors une longue nuit pleine de surprises et d'épouvante tandis qu'une entité mystérieuse trace une route sanglante dans leur direction.

Oui, ça y est, Bernard Florentz est enfin parvenu à nous concocter un bouquin qui tient la route ! Bon, soyons clair, "Créature" n'est pas le roman du siècle, loin s'en faut. Mais comparé aux précédents opus de l'auteur, il y a un monde.

Nous avons cette fois une intrigue digne de ce nom et des scènes d'horreur qui ne versent pas dans le ridicule. Ses personnages sont également mieux croqués y compris ceux qui se contentent de jouer le rôle de victimes. J'accorde même une mention particulière au duo formé par le mystérieux écrivain retiré du monde et la sympathique étudiante un peu trop curieuse.

Pour ce qui est du thème général on reste en revanche dans le très classique puisque l'auteur évoque pêle-mêle fantômes, créature visqueuse et serial-killer, le tout sur fond de vengeance. Rien de neuf donc même si l'aspect gore est plutôt réussi.


Par contre je suis un peu déçu par la chute qui laisse dans le flou une certain nombre de mystères : comment et pourquoi Judith se transforme après son suicide en une espèce de monstre protoplasmique capable d'hypnotiser ses victimes, pourquoi les fantômes se matérialisent-ils dans la maison de l'impasse de l'Etoile et pas ailleurs et enfin quid des motivations du véritable assassin du petit Nicolas ? Il est bien dommage que toutes ces questions restent sans réponses. Cela gâche un peu le plaisir du lecteur. Tant pis !

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

5 septembre 2015

LA BABY-SITTER - ANNE DUGUËL

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Ce week-end, Cyril et Violette seront gardés par Lucie. Leur nounou habituelle étant en congé, il a bien fallu lui trouver une remplaçante et la jeune femme semble avoir toutes les qualités requises pour s'occuper des jumeaux de 9 ans. Et puis, un week-end, c'est vite passé. Oui, mais ça peut aussi être très long...

Quel parent n'a jamais eu un petit pincement au cœur au moment de confier ses enfants aux bons soins d'un tiers, nourrice, fille au pair ou baby-sitter ? La crainte de l'accident ou du mauvais traitement, pour hypothétique qu'ils soient, vous titille toujours un peu et c'est avec soulagement que l'on récupère sa progéniture.

Anne Duguël a eu l'excellente idée de nous plonger au cœur de ce cauchemar parental. Il est vrai que le thème de l'enfance maltraitée est l'un de ses favoris. Elle l'a utilisé dans de nombreux romans qui nous parlent soit d'enfants confrontés à la violence des adultes (Asylum, La petite fille aux araignées), soit d'individus cachant un traumatisme survenu dans leurs jeunes années (Gargouille). La baby-sitter est un peu une synthèse des deux.

Lucie, son héroïne, joue à la fois le rôle de victime et celui de bourreau. Elle est l'enfant martyrisée dont l'enfance fut un calvaire entre un père incestueux et une belle-mère violente. Elle est aussi la jeune femme paranoïaque que la peur et la douleur vont conduire aux actes les plus extrêmes. Les contes - de Perrault ou des frères Grimm - qu'elle raconte aux enfants font en effet remonter à la surface les épisodes dramatiques de sa jeunesse. Elle revit alors ces instants d'horreur, perdant progressivement pied avec la réalité et basculant dans la folie.

Je regrette pour ma part que ce basculement ait lieu si tôt dans le récit. La confrontation avec les enfants arrive trop rapidement et tourne court. A partir de là chaque personnage vit son propre drame de son côté faisant perdre au récit toute son intensité et ce jusqu'à la chute, bien en-deçà de mes attentes.

Finalement, le principal mérite de ce roman est de mettre en évidence la violence contenue dans les contes pour enfants. Relisez-les. Vous constaterez qu'ils regorgent de sang et de violence. Barbe Bleue trucide ses femmes, l'ogre du Petit Poucet est un cannibale, Blanche Neige est empoisonnée et le Petit Chaperon Rouge dévorée. Dire qu'on les lit à nos gamins pour les endormir ; bonjour les cauchemars !

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

15 septembre 2015

NORD & LA PISTE DU SUD - THIERRY LASSALLE

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Clark n'a que peu de souvenirs de son enfance, juste quelques cauchemars qui viennent le hanter chaque nuits. Des rêves dans lesquels il se voit aux côté du roi son père sous le soleil du sud ; d'autres où il voit Cob, le chef de la Garde Noire, envahir leur pays et assassiner le vieux monarque. Pour faire la lumière sur ses origines et régler ses comptes avec Cob, il décide de s'évader du camp de travail où il est interné depuis de longue années. Mais la route est longue jusqu'à la capitale dans ce pays de glace et de neige, de blizzard et de loups.

Ce diptyque de Thierry Lassalle est représentatif d'une partie de la production du Fleuve Noir Anticipation, à savoir des romans qui se contentent de décliner des variations plus ou moins convaincantes des grands thèmes de la SF, sans véritablement chercher à faire du neuf.

Ici, l'auteur a choisi celui de la « destinée héroïque » avec un fils de roi privé de son trône et réduit à l'esclavage qui n'aura de cesse de se venger et reconquérir la place qui lui revient de droit. Un sujet que l'on trouve d'habitude dans les romans d'eroïc fantasy mais que l'auteur a choisi de placer dans une ambiance futuriste, limite post-apocalyptique. Un univers usé jusqu'à la corde avec l'habituel régime totalitaire, sa milice implacable et ses camps de travail. Rien de bien passionnant donc, juste une succession d'actions d'éclats (évasion et combats) facilitées par de braves compagnons de galère. Voilà pour "Nord" premier de ces deux romans.

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« La piste du sud » est légèrement plus intéressant, plus surprenant surtout puisqu'il détricote toute l'histoire du premier opus dont il est pourtant la suite immédiate. Toutes les actions d'éclats réalisées par le héros semblent en effet n'avoir eu lieu que dans son esprit. Mieux, le régime fascisant qu'il a affronté et croyait-il mis à bas, paraît s'amender. Commence alors pour lui une longue descente aux enfers, un retour en arrière au propre comme au figuré. Malheureusement l'histoire finit par reprendre une trame quasi identique à celle de « Nord » et le livre se conclue exactement de la même manière par une fin appelant une suite qui n'a cette fois jamais vu le jour.

Pour être plus convaincants il aura manqué à ces romans un petit surcroît de détails. Exception faite des personnages, les descriptions sont la plupart du temps assez sommaires et les noms de lieux réduits à leur plus simple expression : le territoire du Nord, la ville du Nord, le camp n°17 ou le poste n°2. Pas franchement glamour même si, d'une certaine manière, ces dénominations dépouillées collent avec le côté froid et tranchant du climat. Il y a ensuite un certain nombre de points qui auraient mérités d'être éclaircis : d'où provient la nourriture dans ce pays perpétuellement gelé et pourquoi les habitants du nord refusent de s'installer dans les territoires plus cléments qu'ils ont soumis ?

Je ne retiendrais donc de ces romans que quelques évocations de paysages balayés par le blizzard et cette ville du nord retranchée derrière ses murailles de béton, avec ses maisons serrées les unes contre les autres et sa gigantesque chaudière dévorant des forêts entières. 

Fleuve Noir Anticipation - 1984 & 1986

 



18 juillet 2015

LA PISTE DE BOHU - CHARLES SAUNDERS

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Cinq années se sont écoulées depuis les aventures vécues par Imaro et ses compagnons sur "La route du Cush". Les trois amis se sont installés dans ce puissant pays, fer de lance de la lutte contre les Dieux Démons. Pomphis a repris son rôle de conseiller auprès de la souveraine tandis qu'Imaro a appris le métier de forgeron. Une vie presque trop tranquille entre sa compagne Tanisha et le fils qu'elle lui a donné. Mais les Naamans qui le poursuivent toujours de leur haine implacable font assassiner sa famille renvoyant ainsi le bouillant guerrier sur le chemin de la vengeance.

Ce troisième volet des aventures d'Imaro confirme tout le bien que je pensais déjà de Charles Saunders et de son géant africain. Désormais, je vais même jusqu'à les placer dans le cercle très fermé des grandes sagas d'Eroïc fantasy", et quand je dis "grande", je parle de qualité et non du nombre de volumes.


"La piste de Bohu"  apporte en effet à Imaro une nouvelle dimension. Le format roman qui prend la place du recueil de nouvelles permet de diluer les scènes d'action et d'accorder une part plus importante à l'exploration de son univers. Nous découvrons ainsi de nouveaux royaumes, apprenons beaucoup sur leur organisation politique, leur religion, leur histoire et les rivalités qu'ils entretiennent. Tous ces renseignements ainsi que les nombreux détails ethnologiques (mœurs, architecture, métiers...) apportent une vraie profondeur au récit. Les héros n'évoluent pas dans un décor en carton-pâte. Autour d'eux, c'est tout un monde qui vit avec son petit peuple d'artisans, d'ouvriers et de pêcheurs.


Les personnages secondaires bénéficient aussi d'un meilleur éclairage. Si Imaro reste bien sûr au centre du récit, d'autres voient leur rôle s'étoffer. Ainsi de la Kandiss à qui revient la difficile tâche d'organiser la résistance face au Naamans ou de Rabir le sympathique capitaine de navire qui va devoir apprendre à vivre loin de la mer. D'autres encore font une première apparition remarquée tel le roi du Kitwara, jeune monarque déchu qui se révèle dans l'adversité ou bien côté "méchants" l'infâme Bohu, sorte de double maléfique d'Imaro.


Mais le point le plus important de ce volume réside sans conteste dans les révélations tant attendues sur les origines mystérieuses de notre héros. Au terme d'une longue et dangereuse équipée entre terre et mer, Imaro va en effet rencontrer son père et apprendre bien des choses sur les circonstances de sa naissance. L'aspect psychologique de sa personnalité est donc une fois encore mis en avant que ce soit à l'occasion de ses retrouvailles avec ses parents ou dans sa façon de gérer le deuil de sa femme et de son fils.

Garancière - Aventures Fantastiques - 1987

7 août 2015

LE VOYAGE D'ANNA BLUME - PAUL AUSTER

 

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Partie quelques années plus tôt chercher son frère dans un pays qui a sombré dans le chaos et la misère, la jeune Anna Blume survie depuis dans des conditions apocalyptiques. Elle décide un jour de conter son histoire à un ami d'enfance dans une longue lettre qui ne lui parviendra probablement jamais.

J'ignore qui du traducteur ou de l'éditeur a choisi le titre français de ce roman mais ce fut une belle erreur. L'histoire d'Anna Blume commence en effet alors qu'elle a déjà atteint ce "Pays des choses dernières" qu'évoque le titre original. S'il y a voyage, c'est donc un voyage immobile, un cheminement intérieur que l'héroïne accomplit.


Ce pays où vit désormais Anna, ou plutôt cette ville, est un bien étrange endroit. On ne sait pas où elle se situe exactement même si quelques allusions laissent supposer que c'est en Amérique. Cela n'a toutefois guère d'importance. Ce qui compte, c'est ce qui s'y passe, c'est l'état de délabrement généralisé où elle se trouve et dans lequel se débattent ses habitants. On ignore aussi l'origine de cette situation catastrophique mais l'Effondrement, comme le nomme les citadins, a sans doute plusieurs causes : économique assurément mais aussi climatique (hivers incroyablement rigoureux) et peut-être même chimique (absence de naissances).


Le premier tiers du roman, très immersif, fourmille de détails. Paul Auster n'avait sans doute pas prévu d'écrire un roman de Science-Fiction pourtant son récit a tout de la dystopie post-apocalyptique. Je lui ai même trouvé bien des ressemblances avec les bouquins de Serge Brussolo notamment dans sa description des différentes corporations et sectes qui prolifèrent dans la cité. Il y a d'abord de nombreuses associations de suicidaires comme les Coureurs qui se livrent à un jogging mortel ou les Sauteurs qui se jettent des plus hauts immeubles ainsi que des cliniques d'euthanasie qui font penser à celles de "Soleil vert" ou encore ces Clubs d'Assassinats qui rappellent le bureau du même nom imaginé par Jack London. Il y a ensuite des groupes religieux aux noms et aux croyances les plus fous tels les Tout-sourires ou les Rampants. Il y a enfin quelques rares professions dont les Fécaleux chargés de récupérer les déchets biologiques pour les transformer en méthane et les Charognards qui, dans ce monde qui ne créée plus grand chose, vivent de récupération.


Anna est justement l'une d'entre eux. Nous la suivons dans ses tournées à travers les différentes "zones de recensement", poussant le caddie dans lequel elle entasse ses maigres trouvailles, se défiant des voleurs et des concurrents pour gagner à peine de quoi se nourrir et même pas de quoi se loger. Une vie de misère et d'incertitude, jour après jour plus difficile. C'est d'abord le confort qui disparaît, puis l'utile, le nécessaire et enfin le vital. La précarité devient la règle et l'insécurité le lot de tous. Pourtant, les habitants de la cité s'habituent à ces conditions et s'adaptent à la détérioration de leur environnement. Ils continuent à espérer et font tout leur possible pour s'assurer une journée d'existence supplémentaire, puis une autre et une autre encore.


On se demande alors s'il faut s'émerveiller de cet acharnement à vivre ou si cela dénote au contraire une incroyable passivité face aux évènements, une sorte de renoncement à faire changer les choses. Il y a bien quelques émeutes lors des distributions de nourriture par exemple, mais jamais de révolte qui viendrait réformer la société en profondeur et la remettre sur de bons rails. Il est sans doute bien difficile de penser à faire bouger les choses lorsque la survie quotidienne occupe votre temps et vos pensées, néanmoins cette régression matérielle et culturelle, ce lâcher prise généralisé a quelque chose d'effrayant.


Heureusement, ce recul n'efface pas totalement les sentiments altruistes. L'amour, l'amitié, le dévouement subsistent encore. Pour Anna, ils se pareront des noms de Sam, Isabelle et Victoria, preuve qu'il est toujours possible de trouver un peu de bien au milieu du pire.

Actes Sud - Babel - 1995

31 mai 2015

L'ÎLE DU DOCTEUR MALO - STEPHEN FRY

sans-titrePrésident des élèves de son collège, capitaine de l'équipe de cricket, doté d'un physique avantageux et aimé de la ravissante Portia, Ned Maddstone semble béni des dieux. Mais tant de bonheur et de réussite ne sont pas sans éveiller quelques jalousies. La malveillance d'un trio de faux camarades et les hasards de la politique vont le conduire dans un asile de la pire espèce. Il n'en sortira que vingt longues années plus tard avec une seule idée en tête : se venger.

La quatrième de couverture (Editions j'ai Lu) compare ce roman au "Conte de Monte-cristo". Doux euphémisme. Le récit de Stephen Fry est en tout point calqué sur celui du grand Alex. Protagonistes, conspiration, évasion, vengeance, le déroulement de l'intrigue est absolument identique à celui de son modèle, l'auteur se contentant de la transposer dans l'Angleterre de la fin du XXème siècle et de changer les patronymes.

Pourtant, malgré cette ressemblance par trop évidente, l'histoire demeure plaisante à suivre. La plongée en enfer de Ned Madstone est aussi douloureuse que celle d'Edmond Dantes et l'hôpital psychiatrique du Dr Mallo vaut bien le château d'If. Alors, même si l'on comprend vite qu'il n'y a guère de surprises à en attendre, on continue à tourner les pages pour assister au châtiment ô combien mérité des vilains délateurs. Et on ne sera pas déçu.

Grâce à son immense fortune (non, non, pas de trésor enfoui mais un compte en Suisse, c'est plus pratique) et aux moyens illimités de la technologie moderne (télévision, internet) l'ange vengeur va anéantir leur réputation avant de régler leur compte de façon plus définitive. Mais cette fois encore, sa vengeance aura un goût amer et c'est bien seul que le héros implacable s'en retournera vers son île.

J'ai Lu - 2004

28 avril 2015

LA PARABOLE DU SEMEUR - OCTAVIA E. BUTLER

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2024. Les États-Unis subissent les effets conjugués du réchauffement climatique et d'un marasme économique sans précédent. Une grande pauvreté afflige la presque totalité de la population et l'insécurité règne partout. A Robledo en Californie, Lauren Olamina vit avec sa famille dans l'un des nombreux quartiers murés où ceux qui possèdent encore quelques biens ont trouvé refuge. Leur petit havre de sécurité résistera-t-il à la misère grandissante qui le cerne de toutes parts ?

Voilà bien un roman qui fait froid dans le dos. Il est vrai qu'il nous parle d'un futur d'autant plus angoissant que l'on commence à soupçonner qu'il pourrait bien être le notre. Octavia Butler nous décrit une société qui se délite. L'état n'a pas totalement disparu. Il y a toujours un gouvernement, des élections, une monnaie, mais il n'a plus les moyens ni la volonté d'assumer ses obligations envers ses citoyens.

La police ou les pompiers monnayent leurs interventions et c'est un libéralisme totalement décomplexé qui préside aux destinées du pays. Les multinationales rachètent des territoires entiers et des villes dont ils transforment les habitants en employés corvéables à merci en échange du gîte et du couvert. Les plus riches vivent dans des résidences protégées par une milice privée et se comporte comme de petits despotes. Partout ailleurs, des millions de chômeurs sont réduits à la misère. Des hordes de sans-abris parcourent les rues, vivant de récup' ou de rapines et ceux qui ont encore un travail et un toit deviennent la cible des pillards.

C'est le cas de l'héroïne et de ses proches qui, comme ce qui reste de la classe moyenne, doivent s'isoler derrière de hauts murs pour ne pas être volés ou assassinés. Par le biais de son journal intime nous partageons le quotidien d'une dizaine de familles réunies par les circonstances et contraintes de vivre en état de siège permanent. Le récit minutieux des menus faits qui animent la petite communauté permet de faire un véritable état des lieux de la situation.

On découvre une vie faite de débrouille et de promiscuité. Tout le monde doit s'adapter à la pénurie générale, à l'absence d'énergie, à la rareté de l'eau et, si les adultes espèrent encore le retour du bon vieux temps, les plus jeunes n'ont pour perspective qu'un esclavage moderne ou la délinquance. En attendant ils participent comme ils peuvent à la survie de la communauté, jardinant et s'entraînant au maniement des armes.

La seconde partie du roman nous entraîne sur les routes de Californie. Comme des milliers d'autres, Lauren tente de gagner les états du nord, pays de cocagne où il y aurait encore du travail et de la pluie. Une route semée d'embûches où chaque migrant est un ennemi potentiel et où il faut se battre sans cesse pour défendre son eau, sa nourriture, sa vie. Sans oublier les autres dangers : chaleur, chiens et drogués ivres de tueries. Un périple hallucinant au cours duquel elle fera tout de même de jolies rencontres car, malgré la dureté des temps, l'héroïne n'a pas perdu sa foi en l'homme.

En parlant de foi, je craignais un peu, vu le titre du roman, que l'histoire ne soit parasitée par un préchi-précha évangéliste. Or ce n'est absolument pas le cas. La religion de l'héroïne ressemble davantage à une philosophie ou une règle de vie. Elle prône l'adaptation mais aussi la tolérance. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les personnes qui se joignent à elle sont tous différents, hommes, femmes, enfants, blancs, noirs, hispanos ou asiatiques. Et ce n'est sans doute pas non plus une coïncidence s'ils sont douze. Comme les apôtres...

La parabole des talents est donc une plongée extrêmement dure et dérangeante dans une Amérique où l'ultra libéralisme a gagné la bataille instaurant du même coup le règne du chacun pour soi. Octavia Butler nous montre qu'il est néanmoins possible, avec de la volonté et de l'obstination, de semer une petite graine d'espoir dans ce monde qui en a cruellement besoin.

Au diable vauvert - 2001

3 avril 2015

DEJA DEMAIN - H. KUTTNER & C. L. MOORE

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Célèbres auteurs de l'âge d'or de la SF américaine, les époux Kuttner/Moore nous livrent leur vision du futur en neuf nouvelles.

Le recueil est divisé en trois parties. La première, «Mœurs de l'âge de science» nous présente quelques exemples de sociétés futures au travers de certaines innovations technologiques et de l'utilisation, bonne ou mauvaise, qui en est faite. Jour de l'An est un récit oppressant qui traite de la place plus qu'envahissante de la publicité. L'oeil était dans... nous transporte en une époque où les juges peuvent "visionner" le passé d'un accusé afin d'y repérer l'intention homicide. Camouflage met en scène un "transplant" c'est à dire un homme réduit à son seul cerveau placé dans un réceptacle artificiel. Homme ou robot, la nouvelle nous interroge sur la notion d'humanité. Dans Fantôme, il est à l'inverse question d'un super-ordinateur qui acquiert une véritable personnalité au point de développer des pathologies psychiatrique telles que la dépression ou la schizophrénie.

"Le ressac du futur" nous propose deux histoires de voyage dans le temps. Saison de grand cru est sans doute la plus jolie nouvelle du recueil. Elle met en scène des "touristes du temps", esthètes fortunés qui assistent aux évènement importants ou aux grandes catastrophes de l'histoire. Outre sa beauté formelle et la grande tristesse qui s'en dégage, ce texte comporte, en filigrane, une critique des riches oisifs et d'une certaine forme de téléréalité. Point de rupture est un texte beaucoup plus drôle. Un couple voit surgir du futur un groupe d'individus venus éduquer leur bébé qui, selon eux, deviendra le père d'une nouvelle humanité. Le bambin, dotés de capacités hors normes, va vite devenir insupportable...

Les trois dernières nouvelles regroupées sous le thème des "Abhumains", traitent de la confrontation entre les hommes et les extra-terrestres ou du moins certaines de leurs manifestations. Choc est une amusante histoire qui nous rappelle que les apparences sont parfois trompeuses. Le Twonky est une machine de conception extra-terrestre conçue pour prendre soin de son propriétaire, parfois même à son corps défendant. Heureusement fort courte, De profundis est une nouvelle assez faible qui joue de la confusion entre fantasme et réalité chez le pensionnaire d'un hôpital psychiatrique.

Gallimard - Le Rayon Fantastique - 1961

29 mars 2015

L'ILE DE BETON - J. G. BALLARD

ldp5326Robert Maitland, architecte de trente cinq ans, marié, deux enfants, une Jaguar et une maîtresse, est un homme qui a réussi. Mais un après-midi où il circule trop vite sur le périphérique londonien, sa voiture fait une embardée et atterrit sur un terrain vague coincé en contrebas de plusieurs bretelles d’autoroute. Blessé et incapable de franchir le flot des véhicules qui l’entourent ou d'attirer l’attention des automobilistes, il se retrouve prisonnier de cette "île de béton" qui accueille déjà deux Vendredi : Proctor, un ancien trapéziste un peu simplet, et Jane, une prostituée. Ayant besoin de leur aide pour parvenir à s'évader de sa "prison", Mailtand va chercher à prendre l'ascendant sur ses compagnons qui, pour d’obscurs motifs, ne souhaitent pas rompre leur isolement.

 

Ce roman de J. G. Ballard est le second de sa célèbre « Trilogie de béton » à laquelle appartiennent aussi Crash et I.G.H. Dans chacun d'eux, l'auteur explore divers aspects de la société moderne et étudie l’attitude d'hommes et de femmes confrontés à certaines de ses dérives. Il parvient de la sorte à peindre d’admirable façon leur désarroi face à un mode de vie qu’ils ne contrôlent plus et qui, par bien des aspects, ne répond plus à leurs besoins essentiels.

Pour cela, nul besoin de recourir à la SF ni même à l'anticipation. Le monde qui sert de décor à ses romans, c'est le notre, ni plus, ni moins. Ballard se contente juste de forcer le trait, d'exagérer un tantinet pour faire mieux ressortir les aberrations qu'il souhaite dénoncer. Ce faisant, il appuie là où ça fait mal et nous met face à nos contradictions.

L'île de béton est bien entendu une critique d'une l'urbanisation excessive et incontrôlé, un réquisitoire contre ces espaces totalement déshumanisés, pensés pour la circulation ou le commerce mais guère adaptés à la vie sociale. L'exemple retenu par Ballard est celui des nœuds routiers, périphériques, bretelles d'autoroutes et autres voies d'accès sur lesquels l'homme ne fait que passer. Des zones désertées de toute présence humaine, véritables no man's land où l'on ne peut circuler qu'en voiture, cet autre symbole de la société du XXème siècle.

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le récit emprunte au genre de la robinsonnade. Son roman est une histoire de survie en milieu hostile, une lutte d'autant plus paradoxale qu'elle se déroule à deux pas de Londres et de ses millions d'habitants. 

Ceci dit, nos trois robinsons sont-ils vraiment prisonniers de leur « île » ? Rien n'est moins sûr. D'ailleurs, dès lors qu'elle l'a décidé, Jane parvient à s'en échapper aisément. Assurément, Mailtand pourrait en faire de même. S'il ne le fait pas c'est que, en dépit des apparences, il accepte son isolement.

Il s'agit là encore d'une image. Par paresse et facilité nous acceptons l'existence toute faite que la société de consommation nous vend. Nous ne nous rendons même plus compte de notre asservissement et si, par extraordinaire nous en faisons le constat, nous n'avons pas le courage de lutter contre.

Le Live de Poche - 1979

9 mars 2015

LA ROSE DE JAVA - JOSEPH KESSEL

sans-titre

1919. Deux jeune aviateurs regagnent la France après une longue mission en Sibérie. En transit au Japon, ils s'embarquent sur un cargo hollandais qui doit rallier Shangaï. Alors qu'ils trompent leur ennui dans l'alcool et les cartes, ils découvrent que le navire abrite une femme d'une grande beauté,  confinée dans sa cabine. Dès lors, les deux amis n'auront de cesse de faire la conquête de la ravissante inconnu, sans conscience du danger qui les menace.

La lecture de ce roman de Joseph Kessel a été pour moi une petite déception. En premier lieu parce que je n'y ai pas trouvé l'histoire d'amour et d'aventure que je m'attendais à découvrir. Pourtant, avec son décor extrême oriental et ses personnages bien typés (l'ignoble contrebandier, les héros de la grande guerre et la troublante eurasienne), il y avait largement de quoi faire. Mais l'auteur a préféré s'en tenir à un huis-clos trouble et étouffant à bord d'un navire, nous embarquant dans un drame psychologique beaucoup moins passionnant à mon goût.

Le second point qui m'a un peu surpris est la façon dont les femmes sont traitées tout au long du livre. Volages, vénales et soumises, le moins que l'on puisse dire est qu'elles ne sont pas présentées sous leur aspect le plus flatteur. Pour autant, la façon dont les personnages masculins se conduisent envers elles est proprement ignoble. A leurs yeux elles ne constituent qu'un vaste troupeau dans lequel ils peuvent puiser sans remords pour satisfaire leurs désirs. De simples objets qu'ils peuvent acheter, violenter, prendre et laisser...

Je veux bien admettre que les héros de Kessel soient de jeunes hommes ayant survécus à la grande boucherie de 14-18 qui souhaitent s'étourdir dans l'alcool, le jeu et les femmes pour oublier les horreurs par lesquelles ils sont passés, mais leur comportement dépasse de beaucoup le simple égoïsme du séducteur.

On ne sent heureusement nulle sympathie de l'auteur à leur égard. Pas de condamnation non plus. Il se contente d'exposer les faits dans toute leur crudité. A nous de voir quel jugement porter sur leur attitude.

Gallimard - Folio

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FLEUVE NOIR
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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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