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SF EMOI
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14 mai 2013

L'ENIGME DU REDOUTABLE - J. H. ROSNY JEUNE

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Mais que fait le Redoutable au large des côtes bretonnes ? Pourquoi cet imposant navire de guerre britannique stationne-t-il à la limite des eaux territoriales françaises ? Que cherche-t-il de si précieux au fond de la Manche pour s'entourer de tant de précautions ? Voilà des questions auxquelles Castrec, un ancien agent de renseignement retiré à Saint-Malo, aimerait avoir des réponses. Devant l'inertie des autorités françaises, il décide de mener sa petite enquête. Il ignore encore quelle fabuleuse découverte l'attend au fond de la mer. 

Y'a pas à dire, une petite vieillerie d'avant-guerre, de temps à autre, çà fait du bien ! La preuve avec ce roman écrit en 1920 par J. H. Rosny Jeune. Non, pas celui de La guerre du feu. L'autre. Le p'tit frère. Qui se débrouille d'ailleurs aussi bien que son frangin dans le domaine de la littérature d'évasion. Il nous propose ici un cocktail d'aventures maritimes, d'espionnage et surtout, de merveilleux. Une histoire de monde perdu. De Terre Creuse plus précisément.

Comme dans la plupart des récits du genre, c'est la découverte du mode de vie de cette civilisation oubliée et de son environnement qui constitue le plus gros de l'intrigue. Un gros chapitre est ainsi consacré au récit du cataclysme qui isola sous la mer un petit bout de Bretagne et à la façon dont ses habitants s'adaptèrent à leur nouveau milieu.

Rosny Jeune décrit avec humour et minutie cet univers sous-marin où les champignons sont devenus des arbres, les fourmis prospères faute de prédateurs et dans lequel l'air parvient grâce à un piston naturel actionné par les marées. La SF n'est pas en reste. Les douariens (de Douar, domaine en breton) ont une avance technologique considérable. Ils disposent ainsi du visiophone, de la télévision, de bathyscaphes et de quantité d'inventions domestiques ou militaires liées au contrôle de la pression sous-marine. Une pression dont les effets ce sont faits sentir sur leur morphologie puisque les traits de leur visage se sont aplatis et leur donne une allure de batraciens.

Ils sont aussi très en avance sur le plan de la philosophie. Résolument pacifiques, ils répugnent tout particulièrement à user de la force et ne s'opposeront à l'intrusion des britanniques que lorsque ces derniers passeront les bornes.

L'auteur se montre d'ailleurs assez critique vis-à-vis de ses congénères et son héros exhortera plus d'une fois ses nouveaux amis à se méfier des hommes et particulièrement de leur cupidité.

Albin Michel - Les belles aventures - 1941

 

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14 mai 2013

L'OURAGAN DES ENFANTS-DIEUX - FRANCOIS RAHIER

untitledA la tête d'une caravane de trois engins chenillés et avec 8 hommes sous ses ordres, Hilberto parcourt l'arrière pays provençal pour recueillir les enfants abandonnés et les orphelins. C'est ainsi que Jori et Mogo, dont les parents viennent d'être assassinés, rejoignent la quarantaine de gamins qu'il a déjà récupéré et qu'il achemine vers un centre de regroupement du gouvernement.

Une route semée d'embûches puisqu'il leur faut éviter les bandes de pillards qui écument la région et composer avec les caprices du climat. Sans compter les dissensions qui agitent l'équipe et les velléités d'émancipation de certains gamins. Car Jori, Mattio et quelques autres ont des doutes sur leur véritable destination. Certains pensent même qu'ils pourraient n'être qu'une simple marchandise que Hilberto entend vendre au plus offrant. La révolte gronde et, bientôt, l'ouragan va se déchaîner.


En entamant ce roman j'ignorais que j'aurais affaire à un récit post-apocalyptique que ni la belle couverture de Florence Magnin, ni la présentation elliptique au dos du livre ne laissait prévoir.
C'est donc avec une agréable surprise que je me suis plongé dans sa lecture pour découvrir un univers somme toute assez basique.

La catastrophe y semble assez récente, quelques dizaines d'années tout au plus, puisque les adultes en gardent le souvenir et que les infrastructures (routes, immeubles, supermarchés...) sont encore debout bien que fort endommagées. Quant à la nature du grand chambardement, on la devine nucléaire eu égard à cet hiver qui parait sans fin et à la persistance de zones contaminées.

Les conséquences sur la société sont, là aussi, celles que l'on s'attend à trouver en pareil cas : disparition de l'état et de toutes ses manifestations (police, armée, administrations), maigres îlots de vie rassemblés pour le commerce ou la protection, pillards, bandes armées, lutte pour la survie. Et bien sûr, c'est la loi du plus fort qui prédomine avec son cortège de violence et d'anarchie.

Une situation dont pâtissent les plus faibles, à commencer par les enfants dont l'avenir se limite à l'esclavage et la prostitution pour les plus chanceux, au trafic d'organes pour les autres. Ce ne sera heureusement pas le cas de nos petits héros qui vont s'affranchir de la tutelle de ces adultes sans scrupules. Mais leur rébellion ne se fera pas sans mal car ils comptent dans leur rang quelques belles individualités. C'est d'ailleurs cette lutte d'influence entre les meneurs, cette rivalité, qui donne au roman ses meilleures pages.

Pour le reste, l'action demeure convenue à l'exception peut-être des expériences obscènes du docteur Vitreuse, personnage qui n'est pas sans rappeler le Dr Frankenstein de Mary Shelley avec son château médiéval et sa chambre froide pleine de cadavres.

Et puisque j'en suis aux références, j'ajouterais que ce roman m'a aussi fait songer à Sa Majesté des mouches de William Golding. Nous y retrouvons la même innocente cruauté dont font preuve des enfants qui n'ont plus de repères et aussi, en plus embryonnaire, la même tentative de se créer leur propre cosmogonie avec ses règles et ses tabous.

Fleuve Noir Anticipation - 1991

14 mai 2013

LA GUERRE DES OCEANS - JOSE MOSELLI

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Afin de se venger des Etats-Unis et du Royaume-Uni, le savant fou Fiodor Sarraskine se livre à un odieux chantage. Soit ces deux nations s’acquittent d’une fantastique rançon, soit il continue de couler leurs navires. Un témoignage laissant penser que le repaire du maître chanteur se situe dans les parages du Cap Horn, des navires de guerre sont dépêchés sur place. Un journaliste sans scrupules et un « noble cœur » seront également de l’affaire. 

De la SF de grand-papa, désuète à souhait et débutant à la façon d’une fiction romanesque avec un vilain criminel qui cherche à se venger, une jeune héritière en danger et un courageux officier prêt à tout pour la sauver.

Le problème, c’est que l’auteur n’arrive pas à faire décoller l’action. Il y a pourtant de nombreux rebondissements, comme dans tout roman feuilleton qui se respecte, mais çà reste très convenu.

Les héros triomphent grâce à une chance insolente et les méchants, pourtant incroyablement puissants, sont battus à plate couture. Cà fini par irriter, puis par lasser, et les éléments de SF introduits dans le récit ne parviennent pas à relever le niveau.

Des sous-marins révolutionnaires, une base secrète au fond d’une grotte et un savant acharné à détruire des navires de guerre, çà peut faire un grand roman quand on s’appelle Jules Verne, mais là, çà tombe à plat !

Marabout - SF - 1975

 

14 mai 2013

LES FLEURS BLEUES - RAYMOND QUENEAU

untitledCidrolin est un individu paisible vivant sur une péniche en région parisienne. Il partage son temps entre la sieste, la liqueur de fenouil et l'observation des occupants du terrain de camping tout proche. Sa seule occupation consiste à repeindre sa barrière qu'un inconnu couvre régulièrement d'insultes. Le duc d'Auge est un chevalier peu conformiste qui a fort à faire pour marier ses trois filles, trouver une nouvelle épouse, combattre la mauvaise influence de son chapelain et modérer les ardeurs langagières de ses chevaux.

Lorsqu'il s'endort, Cidrolin rêve qu'il est le duc d'Auge. Quand ce dernier s'assoupit, c'est de Cidrolin qu'il rêve. Où est le songe, où se trouve la réalité ? Et qui fait ces graffitis sur la barrière de Cidrolin ? C'est ce que Raymond Queneau nous propose de découvrir ainsi que quantité d'autres choses.

 

J'avais déjà tâté de la jolie plume de Raymond Queneau avec Exercices de style, essai dans lequel il explore tout les modes narratifs que lui permet la langue française et même quelques autres de son cru. Avec Les fleurs bleues, il surfe un peu sur le même concept.

C'est un roman bourré de jeux de mots et de calembours où l'auteur triture en tout sens notre jolie langue. Il la malaxe, l'étire, la forme à sa convenance pour lui donner les sonorités les plus belles ou les plus drôles. Il use et abuse du néologisme, du double sens et de la répétition. Il revisite les proverbes, prend des libertés avec l'orthographe tout en nous donnant des leçons d'étymologie. C'est d'une virtuosité rare doublée d'une grande érudition.


L'histoire de France y est tout aussi malmenée. On y passe sans coup férir des croisades à Louis XIII, de la guerre de cent ans à la révolution française. Les anachronismes, notamment ceux qui touchent au langage, sont nombreux et sa relecture de quelques uns des grands événements de notre passé sont irrésistibles. C'est aussi parfaitement loufoque, joyeusement anticlérical et pas du tout politiquement correct.

Cà part dans tous les sens avec des personnages fantasques mais attachants et des seconds rôles récurrents et bien amusants (le passant, le clergyman à mobylette, les campeurs...). Ce livre est une véritable leçon d'écriture et un petit chef d'œuvre d 'humour. Lisez-le vite !

Gallimard - Folio

14 mai 2013

LE RETOUR D'ATAÏ - DIDIER DAENINCKX

untitledTrois quart de siècle après les évènements relatés dans « Cannibales », Gocéné est de retour en Métropole. C'est désormais un vieil homme de près de 90 ans qui, malgré son âge, n'a rien oublié de sa triste aventure dans le Paris d'avant guerre, l'humiliation subie et la mort de son ami.

Cette fois-ci, il est déterminé à retrouver la tête d'un guerrier kanak tué lors de la révolte de 1878 afin de la restituer à ses descendants.

 

Ce second voyage de Gocéné en France est l'occasion pour Didier Daenickx de mettre en lumière une autre manifestation du colonialisme français : le vol d'objets rituels de la culture Kanak et leur transformation en pièces de musée ou objets de collection. Au fil des recherches de son sympathique papy, il nous dévoile aussi quelques bribes de l'histoire de la Nouvelle-Calédonie : sa colonisation par des militaires et d'anciens communards condamnés à l'exil, la spoliation des terres, la répression mais aussi les révoltes. Car les évènements d'Ouvéa ne furent pas la première manifestation d'hostilité des Kanaks à l'égard de la puissance coloniale.

Mais c'est surtout au sort des « restes humains » détenus dans les musées français qu'il s'intéresse et, si sa tête de guerrier conservée dans le formol est imaginaire, d'autres sont hélas bien réels comme la tristement célèbre Vénus hottentote.

C'est en tout cas avec beaucoup d'intérêt que l'on suit ce vieil homme lancé dans une quête aussi surprenante que palpitante. Elle nous conduira des salles de ventes aux réserves des musées, des baraques foraines aux vitrines des collectionneurs et nous fera rencontrer quelques personnages peu ordinaires...

Hasard du calendrier de mes lectures, j'achève ce roman quelques mois seulement après la restitution par la France au gouvernement néo-zélandais d'une tête Maorie : la réalité rejoint parfois la fiction.

Editions Verdier - 2002

 

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14 mai 2013

VISITEURS D'APOCALYPSE - JEAN-PIERRE ANDREVON

untitledUne dizaine de personnes se retrouvent coincés à l'intérieur d'une grotte alors que des événements tragiques (guerre nucléaire, catastrophe naturelle ?) semblent se dérouler au dehors. Lorsqu'ils émergent, aucune trace de conflit mais un brouillard épais qui dissimule tout et quelques militaires qui leur enjoignent de rallier un camp de regroupement dans le sud. Mais, de la Bresse à la Camargue, le chemin est long et la route dangereuse...

 

Lorsqu'il écrit ce livre en 1990, Jean-Pierre Andrevon compte déjà à son actif un grand nombre de récits post apocalyptiques, romans ou nouvelles. Dans ces conditions, pouvais-je raisonnablement espérer un peu de neuf de sa part dans ce genre qu'il a évoqué à tant de reprises ?Sans doute, puisqu'il s'agit d'un thème qui offre de vastes perspectives et dans lequel il s'est encore illustré par la suite et jusqu'à tout récemment avec « La maison qui glissait ».

Avec ce roman toutefois, la surprise n'est pas au rendez-vous et les mésaventures de sa poignée de français moyens ont un côté «déjà lu» très marqué. Les circonstances de leur survie, leur errance dans une France déserte, les mauvaises rencontres (chiens, rats ou bandes armées) sont certes bien rendues mais ne sont pas franchement originales, loin s'en faut.

Il y a bien quelques jolies séquences telles l'attente au fond d'une grotte, dans l'obscurité totale et l'incertitude quant aux évènements du dehors ou une superbe scène d'agapes dans un hypermarché, mais cela ne suffit pas à le démarquer de bons nombre de récits du genre. Malgré tout, ce roman ne manque pas d'intérêt. Jean-Pierre Andrevon a assez de métier pour entretenir ce qu'il faut de suspens et nous entraîner à la suite de ses personnages.

Des personnages qui forment un joli panel de notre société et qui, malgré la minceur du livre, bénéficient d'un traitement en profondeur. Leurs sentiments, crainte, désespoir, désirs, petites et grandes lâchetés nous sont dévoilés au fil du récit et lui apportent un "plus" certain.

Et puis il y a la révélation finale qui, j'en suis sûr, en surprendra plus d'un ! Car si l'on s'attend bien à ce que l'histoire ne se termine pas avec du champagne et des confettis, la noirceur de la chute n'en est pas moins étonnante et m'a fait songer au "Génocides" de Thomas Disch.

Alors, malgré un scénario un peu trop classique, « Visiteurs d'apocalypse » est un petit roman très recommandable que vous lirez d'une traite !

On notera aussi que la jolie couverture du bouquin est de J-P Andrevon himself. Pas mal non !

Fleuve Noir Anticipation - 1990

13 mai 2013

ASUTRA ! - JACK VANCE

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Les Roguskoïs vaincus et rejetés hors du Shant, Gastel Etzwane, a abandonné avec soulagement les rênes du pouvoir. Hésitant désormais sur le sens à donner à son existence il apprend que ses ennemis seraient réapparus au fin fond du Caraz. Voyant là un dérivatif à son ennui, il décide de s’en assurer par lui-même et de s'aventurer au cœur de ce mystérieux continent. 


"Asutra !" est le moins captivant des trois volumes qui composent les « Chroniques de Durdane ». Non qu’il s’y passe moins de choses, loin de là, mais le côté « space-opera » de sa seconde partie se démarque trop du reste du récit. Pour tout dire il m’a paru presque « anachronique », malgré la dimension interplanétaire déjà suggérée par l’intrigue et sa chute trop précipitée. 

Certes nous aurons, in fine, toutes les réponses aux questions soulevées. Mais ces révélations nous serons assenées d’un coup, un peu comme si l’auteur, lassé de son récit, avait hâte d’en finir. Néanmoins, j'ai apprécié de retrouver une dernière fois la planète Durdane, la diversité de ses coutumes, ses habitants hauts en couleur et je regretterais longtemps les superbes descriptions de Jack Vance et ses personnages attachants.

 

Pocket SF - 1981

 

13 mai 2013

MISSION SUR TERRE - PHILIPPE RANDA

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Un vaisseau spatial et son équipage s’étant abîmé sur Terre, l’officier Xagène est envoyé sur cette planète « attardée » afin de porter secours aux éventuels survivants. Pour agir en toute discrétion, il est contraint de prendre la place et l’apparence de Raymond Lebland, un champion de boxe. Mais avant de venir en aide à ses compatriotes il lui faudra faire le ménage dans la vie de son personnage d’emprunt. 

 

Dire que ce livre m’a déçu tient de l’euphémisme. Pourtant cette idée d’extra-terrestres naufragés sur Terre aurait pu déboucher sur quelque chose de pas trop mal à condition de faire preuve d’un peu d’inventivité. Hélas Philippe Randa se contente du service minimum. Deux soucoupes volantes, quelques boules soporifiques et un peu de morphing sont ses seules concessions en la matière. Pour le reste, le roman tient plus du mauvais livre d’espionnage que de l’honnête roman de SF.

Précisons encore que l’écriture est au ras des pâquerettes, que l’intrigue compte bon nombre d’incohérences (si vous souhaitez passer inaperçu vous évitez de prendre l’apparence d’un champion mondialement connu !) et que la conclusion est plutôt prévisible ! Ah oui, j’oubliais, il y a aussi cette vision désopilante à force de convention de l’Allemagne de l’est derrière son rideau de fer.

En tous cas, je comprends mieux maintenant pourquoi la collection Anticipation a pu avoir une réputation de « littérature de gare » : c’est à ce type de livre qu’elle le doit.

Fleuve Noir Anticipation - 1981

 

13 mai 2013

LA DEESSE AUX YEUX VERTS - SAX ROHMER

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Parce qu’un meurtre a été commis à proximité de son domicile et que certaines de ses relations semblent  être mêlées à l’affaire, Jack Addison, journaliste de son état, est sollicité par son ami, l’inspecteur Gatton. Ensemble, ils tenteront de démêler les fils d’une mystérieuse affaire prenant sa source dans l’Egypte des pharaons et seront confronté à une mystérieuse femme-chat. 

J’ai un penchant très affirmé pour les romans fantastiques anglo-saxons du début du XXème siècle et je lis avec toujours beaucoup de plaisir des auteurs tels que Henry Rider Haggard, Rudyard Kipling, Conan Doyle ou Edgar Wallace.

J’ignore à quoi cela tient. Sans doute à ce mélange savamment dosé de conformisme très british et de fantastique décomplexé. Les personnages évoluent dans le meilleur monde, respectent les conventions, font preuve d’une politesse à toute épreuve et en toutes circonstances mais n’hésitent pas à envisager les hypothèses les plus improbables !

Et c’est précisément le cas avec ce roman policier où il est question de femme fatale, de château presque hanté, de savant fou et de possession et où les mystères de l’Egypte éternelle viennent brouiller les pistes. Sax Rohmer nous concocte une intrigue sympathique qui nous fait passer un bon moment même si les scènes d’action manquent un peu de nerf.

Une dernière remarque : le meurtrier, docteur aux origines orientales, me semble préfigurer son très célèbre docteur Fu Manchu.

Editions NéO - Le Miroir Obscur - 1985

 

13 mai 2013

LE FOUILLEUR D'AMES - MICHEL HONAKER

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Brian Shadley est un écrivain raté. Lâché par son éditeur, méprisé et trompé par sa femme, vivant dans un taudis, il aspire à des jours meilleurs. Il est partiellement exaucé le jour où l’espèce de bon génie qui réside dans la masure dont il vient d’hériter, s’attache à ses pas. Un génie qui n’a d’autre raison de vivre que de réaliser ses moindre désirs, formulés ou non. Mais doit-il vraiment s’en réjouir ? Est-ce vraiment une bénédiction que de voir s’accomplir toutes ses envies ? Même les plus intimes, les moins avouables et, peut-être, les plus dangereuses !

 J’ai beaucoup aimé ce petit roman qui renouvelle de façon originale et diabolique le thème du bon génie. Ici, pas de lampe merveilleuse ou de bonne marraine, mais une entité qui a une façon bien à elle de rendre service et une nette prédilection pour les pensées les plus malsaines de son maître. 

Sur la trame classique d’un roman d’horreur, Michel Honaker nous propose de découvrir non seulement les actes monstrueux commis par le démon Mash, mais aussi l’état d’esprit et les réflexions qui animent son héros. D’abord ravi de voir sa situation s’améliorer et ses ennemis ou rivaux punis, celui-ci finit par se rendre compte de la part de noirceur que recèle son âme et des terribles conséquences qui en découlent. 

Au final, cela nous donne un roman gore mâtinée de psychologie, mélange peu commun mais plutôt réussi.

Fleuve Noir Anticipation - 1991

 

12 mai 2013

L'ERE DES MIRACLES - JOHN BRUNNER

untitledIl n'aura fallu qu'une journée aux extra terrestres pour mettre la Terre à genoux. 24 petites heures pour faire sauter tout le combustible nucléaire de la planète et implanter une cité sur chaque continent. Et comme toutes les attaques lancées sur ces dernières ont lamentablement échouées, transformant les agresseurs en débiles profonds, il a bien fallu en prendre son parti et laisser faire les Aliens.

D'ailleurs, ils ne sont pas bien gênant, ne sortent pas de leurs villes et ne manifeste leur puissance qu'à l'encontre de ceux qui auraient de mauvaises intentions. Le véritable danger viendrait plutôt des humains eux-mêmes et notamment de ceux qui se sont installés à proximité de ces villes et qui commencent à menacer les états.

Dans ce contexte incertain, un petit groupe de chercheurs et de responsables locaux tente de comprendre la technologie extra terrestres tout en essayant d'échapper à ces mercenaires.

 

Dans ce roman, John Brunner ne perd pas de temps en préambules et introductions superflues et nous plonge immédiatement dans l'atmosphère chaotique et précaire qui règne sur cette Terre bouleversée par une invasion extra terrestre.

L'environnement géopolitique y est en effet profondément modifié et nous mesurons rapidement l'étendue du désastre. Entre une présence extra terrestre toujours dangereuse et la montée en puissance de chefs de guerre, les gouvernements (ou ce qu'il en reste) de la Russie, du Canada et des États-Unis ont du pain sur la planche.

Et c'est cette double menace qui donne l'orientation générale de l'intrigue puisque nous suivons d'une part les recherches entreprises par une poignée de scientifiques américains et russes pour pénétrer dans les cités stellaires et d'autre part la lutte des autorités contre l'inquiétant Grady ou le terrible Buishenko.

L'essentiel de l'action se déroule d'ailleurs dans l'un des territoires gouvernés par ces petits despotes et la description de ce nouveau Far West occupe une bonne part du récit. On y croise de tout : des trafiquants et des prédicateurs, des porte-flingues et des mendiants, des truands et des mystiques. Les fortunes s'y font et s'y défont en un tournemain et la vie humaine n'y a pas grande valeur. C'est pourtant là, à proximité des mystérieuses cités aliens, que se joueront l'avenir des dernières démocraties et de l'humanité ainsi que les destinées de quelques personnages.

C'est très rapide, peut-être un peu trop puisque quantité de détails nous échappent, mais l'essentiel de l'intrigue se déroule tranquillement jusqu'à son terme. Il m'aura juste manqué un personnage charismatique au pas duquel on aurait envie de s'attacher.

Mais passons et signalons une fin intéressante qui, bien que ne répondant pas à toute les questions (qui sont les extra terrestres, d'où viennent-ils, qu'elles sont leurs motivations?), ouvre de vastes perspectives et fait sacrément penser à « Stargate » et ses portes des étoiles. Mais j'en ai déjà trop dit...

Albin Michel - Super Fiction - 1977

12 mai 2013

L'OMBRE ET LE FLEAU - OSCAR VALETTI

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Lorsque vous êtes recherché par le roi d'Ampelogne pour avoir tué son "maître des rêves" et par celui d'Andalogne pour n'avoir pas su protéger son rejeton, votre avenir semble assez compromis. C'est ce que Ombre, garde du corps au chômage, apprend à ses dépens.

Mais heureusement pour lui, tout est possible dans l'Overmonde. Découvrir qu'on est un demi dieu pouvant pénétrer les failles temporelles, communiquer par télépathie avec ses pairs ou voler dans un bombardier avec un équipage de morts vivants... Et puis, il y a les amis. Moustik le demi-dieu à tête de poulpe et Carlotta la jolie guerrière à la cuisse légère.

Et c'est tant mieux car ils ne seront pas trop de trois pour venir à bout des voleurs à têtes de Porval, des zombies GI's, et d'un sorcier incandescent ! 

 

Je ne suis plus guère attiré par la Fantasy mais il m'arrive encore, de temps à autre, de me laisser enjôler par un titre accrocheur ou une présentation élogieuse. Avec "L'ombre et le fléau" ce n'est pourtant pas le cas. Le titre est commun, le résumé ne résume rien et en plus la couverture est laide. J'ai dû l'acheter il y a fort longtemps, au milieu d'un lot. Mais bon, puisqu'il traîne dans ma bibliothèque... 

J'ouvre donc le machin et je tombe sur une carte. Je ne suis pas surpris, neuf livres de fantasy sur dix en propose une, même quand elle n'est d'aucune utilité. Comme qui dirait une figure imposée du genre. Celle-ci est tout à fait classique avec ses montagnes, ses fleuves et ses villes. Au nord les noms ont une consonance scandinave, au centre l'orthographe se germanise puis laisse sa place au latin et, ô surprise, c'est l'arabe qui règne sur les régions méridionales. Quant à l'Andalogne, royaume où se déroule l'histoire, il évoque sans doute le lieu des dernières vacances ibériques de l'auteur ! 

A ce stade j'ai presque envie de refermer le livre sans même en lire une ou deux lignes. Mais comme je suis confortablement installé dans mon canapé et que j'ai la flemme de me lever pour aller en chercher un autre, je persévère. Et je fais bien ! Parce que le bidule est loin d'être mauvais.

Overmonde est un univers de fantasy assez classique avec une atmosphère médiévale mâtinée de magie. Il y a des dragons, des sorciers et des mages, des voleurs et des assassins. Ça combat, çà incante, çà complote et çà assassine, bref rien de particulièrement neuf. 

Mais il y a une énergie et un humour indéniables. Pas exactement une parodie. Juste une sorte de funny fantasy où tout est prétexte à la rigolade. Les dieux sont pêchés dans les rivières et asservis par les hommes, on y  mange des larves de Bricandogs ou des rognons de Gilmugs et les failles temporelles vous transportent dans le Vietnam de Coppola ! 

Oscar Valetti se lâche dans tous les registres et force le trait. Les noms de ses personnages (Lucilius Hygnivöom, Carlotta Von Sacher-Boulba) sont improbables, son héroïne est une guerrière intrépide sacrément portée sur le sexe tandis que son héros de frangin serait plutôt fleur bleue.

Il y aussi quelques morceaux d'anthologie dont une partie d'échecs grandeur nature où chaque pion perdus est atrocement exécuté ou bien encore l'attaque d'une forteresse par un commando de GI's. 

Tout cela nous donne une lecture bien réjouissante et sans prise de tête, idéale pour les deux ou trois heures de train qui vous séparent de la plage.

Fleuve Noir Anticipation - 1992

 

12 mai 2013

LA PETITE ECUYERE A CAFTE - JEAN-BERNARD POUY

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Deux adolescents menottés aux rails et affreusement broyés par le Rouen/Dieppe de 22 h 04, voilà de quoi susciter l'intérêt de Gabriel Lecouvreur. D'autant que la thèse du suicide accréditée par la police, il n'y croit pas beaucoup. Le voici donc parti pour Dieppe, bien décidé à comprendre comment et pourquoi une fille de l'aristocratie locale et un minot de la classe moyenne ont finis en purée sanglante éparpillée sur le ballast. 

 

La petite écuyère a cafté est la première des innombrables aventures du poulpe et l'une des deux seules écrites par son créateur : J-B Pouy. Cette paternité explique certains traits de caractère de cet anti héros, redresseur de torts gauchiste et solitaire. Cela explique aussi la présence de quelques-uns des thèmes favoris de l'auteur : les trains, la RN 86, le spectre de la guerre d'Espagne... ou que l'on y retrouve son goût pour les jeux de mots foireux (les habits çà sert d'auto) et les sentences anarchisantes (une Leffe, la seule chose valable que des moines puissent faire).

Mais il s'agit avant tout d'une enquête palpitante menée à un rythme endiablé. Un condensé d'action et de révélations. Car le poulpe a une façon bien a lui de mener une enquête. Il ne s'embarrasse pas de préambules et se fout de passer inaperçu même s'il dispose d'une impressionnante collection de faux papiers. 

Sa technique, c'est le grand coup de pied dans la fourmilière. Ça soulage et çà fait flipper les affreux. Et c'est bien suffisant quant on ne cherche pas vraiment à faire triompher la justice, l'officielle avec ses flics et ses magistrats, mais juste à empêcher les coupables de dormir sur leurs deux oreilles. 

Là, ce sont les cathos qui vont en prendre pour leur grade. Pas les grenouilles de bénitiers ou les croyants du dimanche. Non, les ultras, les intégristes. Ceux qui mélangent garden party et réunions d'extrême droite, rallye et commando anti IVG, le crucifix dans une main et le Beretta dans l'autre ! 

J'ai également beaucoup aimé ses descriptions de Dieppe et de ses environs. Une cité pas tout à fait balnéaire et pas totalement industrieuse malgré sa centrale nucléaire toute proche. J'y ai retrouvé quelques-uns de mes souvenirs de vacances dont le trajet en train depuis Rouen, les éclats de verres polis par les galets et bien sûr, les falaises de craie. 

Voilà qui me fait regretter de n'avoir pas lu plus tôt l'un des épisodes de ce héros collectif, grand échalas qui a conservé intacte sa faculté de s'indigner des horreurs du monde, qui aime la stout irlandaise, conchie la Budweiser et rêve de faire voler un vieux clou. 

Je compte bien réparer ce tort très prochainement. Avec un nouvel opus signé Daeninckx ou Andrevon ou Raynal ou Quadruppani ou G. J. Arnaud ou...

Baleine -Le Poulpe - 1996

 

12 mai 2013

LES TUEURS D'ELMENDORF - GUY CHARMASSON

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Voilà déjà fait vingt ans que les Raffs, une race d'extra-terrestres à l'aspect de félins, ont imposés leur domination à la Terre. Si la plupart des humains ont accepté leur défaite et collaborent avec l'envahisseur, d'autres continuent de refuser leur autorité. C'est le cas des zonards qui survivent misérablement dans la région arctique. C'est aussi le cas du M.O.R.T, le Mouvement Organisé de la Résistance Terrienne, qui tente de rallumer le flambeau de la révolte. La réapparition soudaine de Daniel Ivols, l'un des cinq tueurs d'Elmendorf encore en vie, va peut-être lui fournir l'occasion tant attendue. A condition qu'il coopère...  

Si les deux mille parutions du FNA recèlent incontestablement quelques petites merveilles, il faut aussi admettre qu'on y trouve du moins bon, pour ne pas dire du franchement moyen. C'est malheureusement le cas pour ce diptyque de Guy Charmasson qui m'avait pourtant laissé un fort bon souvenir avec son heure perdue. Mais là, je suis allé de déception en déception.

Pour commencer son bouquin ressemble davantage à un roman d'espionnage qu'à une œuvre de SF. Il y a bien le pitch général de l'invasion alien, quelques gadgets futuristes et de vilains matous humanoïdes mais à part ça, l'auteur se contente d'égrener les poncifs du mauvais polar. Un agent qui reprend du collier pour venger la mort des siens, une exfiltration, des planques, une mission foireuse, le double jeu de ses employeurs et même la jolie et secourable jeune femme qui tombe à point nommé pour aider le héros fatigué. Rien que du fade, du déjà lu, du réchauffé sans saveur.

Ensuite, l'action m'a parue passablement figée. Ça discute bien plus que çà n'agit et le héros, prétendument un dur à cuire, passe plus de temps à dormir dans un igloo ou se prélasser dans son bain qu'à mener sa vengeance à son terme. Il se fera d'ailleurs balader d'un bout à l'autre du récit par tous les camps en présence et n'influera que peu sur le cours des évènements. Sa destinée lui échappe totalement, sa vengeance aussi et le livre se clôture de telle manière que l'on reste dans l'ignorance de la réussite ou de l'échec de sa dernière entreprise.

Je vous conseille donc d'éviter ce bouquin au scénario extrêmement faiblard qui ne méritait assurément pas deux tomes. En méritait-il seulement un ?

Fleuve Noir Anticipation - 1988

 

 

 

 

11 mai 2013

LA BELLE DE FONTENAY - JEAN-BERNARD POUY

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Après une vie de dur labeur et de combats politiques, Enric Jovillar a bien mérité sa retraite. Au programme, lecture et jardinage dans son petit jardin ouvrier de Fontenay sous Bois. Là, au milieu des pommes de terre qu'il cultive avec amour, il reçoit de temps à autre la visite de Laura, une élève du lycée tout proche. Laura, c'est un peu son rayon de soleil, sa bouffée d'air pur dans sa banlieue triste et grise. Aussi, lorsque le cadavre de la jeune fille est retrouvé dans sa citerne, Enric se lance à corps perdu à la recherche des coupables, autant pour se disculper que pour venger la belle ado.  

En dépit de son titre, ce roman est avant tout le très beau portait d'un homme que la vie et l'histoire, celle avec un grand H, n'ont pas épargné. Jeune espagnol que la balle d'un fusil franquiste a rendu sourd, Enric Jovillar a vécu une existence laborieuse, partagée entre son travail à la SNCF et le syndicalisme ouvrier. Une vie entière dédiée aux trains, aux manifs musclées et aux coups de poings contre l'extrême droite. Bref, un homme qui n'a jamais renié son engagement politique et qui, aujourd'hui encore, est prêt à risquer gros pour faire triompher sa conception de la justice.

Et justement, il va se trouver confronté à d'anciens militants qui, eux, n'ont pas eu la même ténacité, des profs qui se sont embourgeoisés et n'ont gardé de leurs convictions d'antan qu'un certain folklore, une aura de combattants qui leur permet de briller aux yeux de leurs jolies élèves.

Ce sont d'ailleurs les relations entre profs et lycéens qui sont au cœur du récit et J-B Pouy nous peint avec pas mal de justesse l'univers de ces derniers : les après-midi passés au café du coin entre devoirs et flipper, les groupes de rock et leur groupies, les apprentis philosophes et les écrivaillons, les journées portes ouvertes au bahut... Il fait vivre toute une jeunesse à qui la société n'a pas encore rogné le bout des ailes et qui peut encore tenter, essayer, se tromper.

Mais La belle de Fontenay est aussi un bon polar, une enquête peu commune, menée par un homme qui ne peux poser ses question que par écrit et qui aussi, constitue le suspect idéal aux yeux de la police. Cela donne à l'auteur l'occasion de nous concocter quelques jolies bafouilles et de faire preuve de cet humour pince sans rire qui n'appartient qu'à lui.

Sans oublier bien sûr une bonne dose d'action car papy Jovilar a conservé de bons réflexes et, comme tout jardinier qui se respecte, manie fort bien le sécateur !

Gallimard - Folio Policier - 1999

 

 

 

11 mai 2013

TUNNEL - ANDRE RUELLAN

untitledRefusant de voir son épouse comateuse transformée en banque d'organes, Manuel Dutôt fuit Paris pour se réfugier sur le territoire des Crânes. Là, au milieu de l'immense dépotoir qu'est devenue la proche banlieue, il est enrôlé par les opposants au régime et fait le dur apprentissage de leur mode de vie et de leur coups de mains contre la société. Dans le même temps, il continue de prendre soin du corps de sa femme afin de mener sa grossesse à son terme. Mais une terrible épidémie et les prémices d'une nouvelle guerre mondiale vont bouleverser ses plans. 

Tunnel est un roman de SF assez peu original avec un univers futuriste qui ne se distingue guère de ce qu'on peut trouver chez Andrevon (Le travail du furet) ou Pelot (Parabellum Tango): même ville tentaculaire et déshumanisée, même oppression d'un gouvernement hégémonique, mêmes gadgets futuristes, même contraste entre modernité et archaïsme, richesse et pauvreté crasse.

Cela ne l'empêche pas d'être très bien écrit, avec un soucis constant du détail (transport, environnement, techniques médicales...) et des images qui frappent l'imagination telles ces montagnes d'ordures qui ceinturent Paris ou la rue de Rivoli transformée en un Golgotha sans fin.

La société dans laquelle évoluent les personnages est caractérisée par un consumérisme poussé à l'extrême. L'unité monétaire est le temps, la publicité est partout présente et la violence presque banale. Dans ces conditions, on a le sentiment que tout un chacun est lancé dans une longue fuite en avant et, à défaut d'espoir en l'avenir, cherche le bonheur dans de petites joies fugaces (les sex-party, le dernier fauteuil à la mode).

On ne peut d'ailleurs pas franchement leur donner tort. Le contexte international est plus que tendu et les armes les plus redoutables projettent leur ombre partout sur la planète. Même les opposants au système n'attirent pas la sympathie et leur violence aveugle associée à un discours catho-anarchiste n'en font pas une alternative réjouissante.

Mais malgré ce décor bien travaillé, l'histoire s'enlise très vite et le récit est plombé par les nombreux et trop longs soliloques du héros. Ces divagations poétiques grâce auxquelles André Ruellan nous montre la beauté de sa prose révéleront certes leur utilité à la fin de l'histoire mais d'ici-là, que d'ennui !

Tout cela nous donne un roman décevant : sujet éculé, style déconcertant, action à dose homéopathique, révélation qui tombe à plat, Docteur Ruellan/Mister Steiner m'avait habitué à beaucoup mieux.

J'ai Lu - SF - 1979

11 mai 2013

LES SOSIES DE L'OMBRE JAUNE - HENRI VERNES

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Bob se trouve en villégiature à Londres lorsqu'il reçoit un appel de lord Bardsley lui demandant de le rejoindre au plus vite. Alors qu'il se précipite à son domicile au milieu d'un épais brouillard il lui semble le reconnaître sans toutefois parvenir à l'approcher. Quelques instants plus tard, il découvre son cadavre dans le bureau de sa demeure tandis que les hommes de mains de l'Ombre Jaune tentent de l'assassiner. Sorti indemne de ce guêpier, Bob va tenter de contrecarrer les projets de son ennemi en faisant le jour sur une série de meurtres étranges. 

Ma première incursion dans l'univers pléthorique et inusable de Bob Morane m'a laissée sur ma faim. Sans doute suis-je tombé sur un épisode peu représentatif de l'œuvre de Henri Vernes même si l'on y croise plusieurs personnages récurrent dont son meilleur ennemi, la très célèbre Ombre Jaune.

Toujours est-il que je me suis senti bien loin de cette vallée infernale chantée par Indochine et que le seul exotisme auquel j'ai eu droit c'est ce fameux smog qui enveloppe la capitale britannique. Mais à part cette atmosphère estompée et propice aux mystères, le dépaysement et le souffle de l'aventure m'ont fait cruellement défaut.

L'histoire se résume à une succession de guet-apens et de chausses trappes dans lesquels le commandant Morane semble se faire un plaisir de tomber. Demeures isolées, docks déserts, immeubles abandonnés, il visite sans beaucoup de précautions ces lieux suspects et fonce tête baissée dans tous les pièges que lui tend l'infâme docteur Ming.

Le seul élément vraiment digne d'intérêt ce sont ces fameux sosies (en réalité de simples androïdes) auxquels le machiavélique Ming donne l'apparence de ses futures victimes. Cela nous donne l'occasion, sans doute unique, d'assister à un combat entre Bob et son ami Ballantine et même, quelques pages plus loin, entre Bob et sa réplique.

Ce livre m'aura en tout cas permis de faire connaissance avec l'intrépide aventurier et je renouvellerais l'expérience avec un opus un peu plus dépaysant, histoire de voir si la magie peut encore opérer sur un quadra un peu difficile mais qui n'a pas encore totalement perdu son âme d'enfant !

Marabout Junior - Bob Morane - 1961

 

 

11 mai 2013

LE DIABLE EN GRIS - GRAHAM MASTERTON

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A Richmond, Virginie, des meurtres d’une rare violence sont commis par un assassin invisible qui ne laisse pas le moindre indice derrière lui. Toutes les victimes sont pourtant tuées à l'arme blanche non sans avoir été au préalable horriblement torturées. Chargé de l’enquête, le lieutenant Decker réalise rapidement que ces crimes sont le fait de puissances surnaturelles et qu’il pourrait bien être l’une des prochaines victimes. Avec l’aide inattendue du fantôme de sa défunte compagne et d’une jeune trisomique, il va enquêter dans le milieu de la religion Santeria et sur une page d’histoire de la guerre de sécession.


"Le diable en gris" est un petit roman horrifique et bourré d'hémoglobine dans lequel Graham Masterton se montre fidèle à lui-même. On ne s'étonnera donc pas que ses descriptions des tortures infligées aux victimes, reflet du martyr des saints du calendrier catholique, soient parfaitement écœurantes.

On ne sera pas non plus surpris d'y rencontrer un anti-héros, en l'occurrence un policier un peu has been, aidé par une femme dévouée (ou plus précisément son fantôme ce qui exclue du même coup les petites scènes de sexe dont l'auteur est coutumier). On retrouvera enfin, comme toujours serait-on tenté de dire, un démon bien méchant, bien pervers et sacrément revanchard.
Pour ce qui est de l'intrigue, Masterton semble peiner à se renouveler et celle-ci m’a paru emprunter beaucoup à l'un de ses précédents bouquins : "Le jour J du jugement". On y retrouve notamment l'idée de l'utilisation de démons à des fins militaires et la captivité de l'un deux dans un objet détourné de son usage. Ici Chango, le dieu de la foudre, est enfermé dans un cercueil de plomb en lieu et place du char Sherman retenant prisonnier le démon Elmek...

Malgré ces petits défauts et son manque d'originalité, on prendra quand même plaisir à cette histoire qui constitue une immersion intéressante dans l'univers de la Santeria, ce culte d'origine cubaine, mélange de christianisme et de vaudou.

Bragelonne - L'ombre - 2006

 

 

11 mai 2013

ETOILES, GARDE-A-VOUS - ROBERT HEINLEIN

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La Terre, dans un  lointain futur. Sitôt ses études terminées, le jeune Juan Rico décide de s’engager dans l’armée malgré l’opposition de son père. Affecté dans l’infanterie mobile, il découvre le dur apprentissage des recrues ainsi qu’un système de valeurs différent de celui qu’il connaissait. Plus tard, après ses classes, il se retrouvera plongé dans la guerre opposant la fédération terrienne aux « punaises », race extra-terrestre ressemblant à des araignées. 

 

Robert Heinlein est considéré, sans doute à juste titre, comme l’un des meilleurs écrivains américains de SF. J’abordais donc ce livre avec confiance bien qu’ayant lu, ici ou là, qu’il y prônait une idéologie militariste et fasciste. En tout cas, le moins que l’on puisse dire, c’est que le Monsieur a la nostalgie de ses années passées sous les drapeaux. L’essentiel du livre nous relate en effet les classes du soldat Rico, ses premiers combats puis, de nouveau, son apprentissage de la carrière militaire afin de devenir officier. 

Je n’ai pas d’attrait particulier pour tout ce qui touche aux armes ou à la guerre. J''ai donc trouvé le temps un peu long en compagnie de notre apprenti soldat d'autant que le background SF n’est pas très fouillé et constitue plus un prétexte qu’une fin en soi.

D’ailleurs, plus que le témoignage d’une idéologie quelconque, c’est cela qui m’a gêné : trouver un roman de guerre en lieu et place du roman de SF que l’on nous vend. Un peu l’impression d’avoir été trompé sur la marchandise. 

Quant aux idées ou opinions qui affleurent dans ce livre, elles semblent en effet indiquer que Monsieur Heinlein est un tantinet conservateur. Il s’y montre partisan de la peine capitale et des châtiments corporels et pense que les citoyens qui ont accompli leur service militaire sont les seuls à mériter le droit de vote ! C’est un point de vu. 

Notons tout de même que le style de l’auteur est agréable, très fluide et que, malgré un sujet à mon goût peu intéressant, je suis parvenu au terme de ce livre presque sans m’en rendre compte. Je ferais donc sûrement une autre tentative.

J'ai Lu - SF - 1974

 

11 mai 2013

LA TRAQUE - RICHARD MATHESON

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Ayant besoin de "matière" pour son prochain roman, Bob Hansen accepte d'accompagner un de ses amis pour une randonnée de quelques jours. Mais, très vite, l'attitude de son guide change à tel point que Bob en vient à craindre pour sa sécurité. 


Richard Matheson est décidément excellent lorsqu'il s'agit de décrire avec minutie la personnalité de ses personnages (L'homme qui rétrécit), les conflits entre personnes (Echos) et leurs difficultés à communiquer (Otage de la nuit).

Ici, nous sommes particulièrement bien servis puisqu'une bonne moitié du roman est consacré à la détérioration des relations entre deux amis ou plutôt la désagrégation de ce vernis de civilité qui, bien souvent, tient lieu d'amitié. 

De ce point de vue, le personnage de Doug est remarquablement dépeint. Ses sentiments envers Bob explosent sous les coups de boutoir de son mal être et de sa jalousie. Sa rancœur se dévoile et envenime ses actes et ses propos. Les remarques acerbes se transforment en insultes, les petites mesquineries font place aux coups et dégénèrent en un véritable déchaînement de violence.

Les derniers chapitres sont en revanche plus quelconques. La narration y devient répétitive avec un héros qui alterne phases de découragements et regain d'énergie tout en s'interrogeant sur la nature profonde de son poursuivant. 

A ce point du récit le lecteur devine que le meilleur est derrière lui et ne se pose finalement plus qu'une seule question : comment Bob va-t-il s'en sortir ? Signalons aussi quelques petites invraisemblances, dont la moindre n'est pas la scène du sauvetage du puma. Parce que tout de même, prendre le temps de porter secours à un animal aussi dangereux alors que vous êtes blessé, exténué et poursuivi par un psychopathe qui souhaite vous couper en rondelles, c'est assez difficile à avaler. 

En tout cas, à l'instar de son écrivain de héros, Richard Matheson s'est copieusement documenté et son roman constitue presque un manuel de survie en milieu naturel. Emportez-le donc lors de vos prochaines sorties en forêt, mais surtout, choisissez bien vos amis !

Flammarion - Noir - 2003

 

11 mai 2013

LES INDES NOIRES - JULES VERNE

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James Starr est dubitatif. Il vient de recevoir coup sur coup deux missives. La première est signée du contremaître de la mine d'Aberfoyle dont il fut directeur, qui le presse de venir le rejoindre. La seconde, anonyme, lui enjoint au contraire de ne pas répondre à cette invitation. N'écoutant que sa curiosité il retrouve son ancien employé qui lui annonce avoir découvert un gisement qui permettrait peut-être de reprendre l'exploitation de la mine. Après quelques recherches leurs espoirs sont exaucés et l'extraction de la houille repart de plus belle. Mais des incidents étranges font suspecter la présence d'individus malintentionnés. Qui se cache dans les recoins inexplorés de Coal City? Y-a-t-il un rapport avec la lettre anonyme ?  

Je me souviens que ce roman figurait au programme de ma classe de 4ème dans le cadre d'un thème consacré au travail dans les mines. J'avais pour ma part opté pour "Qu'elle était verte ma vallée" de Richard Llewellyn et ne l'avais pas regretté. Mais les exposés de mes petits camarades sur ce roman de Jules Verne m'avaient donné envie de le lire. Trente ans plus tard c'est chose faite ! Mais, si la promesse est tenue, le plaisir escompté ne fut pas au rendez-vous.

Cela démarrait pourtant bien. Un scientifique courageux, de fidèles compagnons, une plongée dans un univers sombre et mystérieux, tout concourrait à la production d'un Jules Verne de bonne facture. La mine et son dédale de galeries proposaient un décor propre à susciter le mystère tandis qu'une menace d'origine inconnue et l'apparition d'une étrange jeune femme fournissaient l'essentiel de l'intrigue. 

Mais très vite celle-ci passe au second plan et l'ami Jules se contente de jouer les guides touristiques. Il célèbre les beautés de l'Écosse, son patrimoine culturel et ses paysages variés. Il discoure sur les patriotes écossais, encense l'œuvre de Walter Scott et nous abreuve de références historiques ou folkloriques. Cela devient vite lassant et ce n'est pas l'amourette entre Harry et Nell qui relève ce récit bien trop romanesque et contemplatif. 

J'ai également été gêné par sa peinture idyllique du monde de la mine. Ses ouvriers ravis de leur sort m'ont parus quelque peu suspects et je n'ai pu m'empêcher de les comparer aux mineurs miséreux et révoltés de Germinal. Certes Jules Verne ne fait pas dans le roman social. Mais pouvait-il ignorer que les conditions de travail dans les houillères britanniques n'étaient pas plus reluisantes que dans celles du nord de la France ?

Alors oui, sa vision de cet univers souterrain donne lieu à quelques belles images dont Coal City, la ville érigée au fond de la mine, n'est pas la moindre. Oui le personnage de Nell, jeune femme née dans la mine et n'ayant jamais vu la lumière du jour, est attendrissant. Ça ne suffit pourtant pas à combler le vide laissé par une intrigue extrêmement légère.

Livre de poche - 1976

 

11 mai 2013

LE CANTIQUE DE L'APOCALYPSE JOYEUSE - ARTO PAASILINNA

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Pour respecter les dernières volontés de son grand-père, Eemeli Toropainen entreprend l’édification d’une église dans le grand nord finlandais. Une fois le bâtiment construit, il décide de s’installer à proximité, bientôt rejoint par des écolos en rupture de ban, des ouvriers au chômage et quelques autres hurluberlus.

Une petite communauté à tôt fait de se constituer puis de prospérer et se révélera finalement mieux armée que bien des états quant-il s’agira d’affronter les périls du nouveau millénaire. 

 

On pourrait classer la plupart des romans d’Arto Paasilinna dans deux genres littéraires :

- les « road books » qui mettent en scène les tribulations chaotiques d’un ou plusieurs personnages à travers la Finlande et l’Europe : « Le lièvre de Vatanen », « La cavale du géomètre », « Petits suicides entre amis »…

- les « robinsonades » décrivant l’existence d’une communauté en marge de la société : « Prisonniers du paradis », « La forêt des renards pendus », «  Le potager des malfaiteurs ayant échappés à la pendaison »...

Dans les deux cas il s’agit pour l’auteur de mettre en scène des personnages au caractère entier, anticonformistes, individualistes et refusant le carcan que leur impose la société. Le présent roman ne fait pas exception à la règle. Nous y trouvons des personnages truculents, bien décidés à conserver leur mode de vie et leur joie de vivre malgré les soucis que leur cause l’état finlandais, les institutions européennes et les évènements dramatiques de cette fin de XXème siècle. 

L’auteur y décline tous les thèmes qui lui sont chers : un certain retour à la nature, mère nourricière et source de toute vie, le bon sens paysan opposé à l’absurdité des règles administratives et bien sûr la liberté. Liberté d’entreprendre, liberté d’aimer, de croire, de boire…

A première vue, tout cela n’a que peu de choses à voir avec la Science-Fiction. Et pourtant je n’hésite pas à classer ce roman dans le courant  post-apocalyptique. Pourquoi ? Parce que la plupart des sujets inhérents à ce courant de la SF y sont présents, que ce soit dans les causes de la catastrophe (crise économique globale, incident nucléaire, 3ème guerre mondiale) que dans ses conséquences (effondrements des gouvernements, repli communautaire, lutte pour la survie…).

Bien sûr, l’apocalypse selon Paasilinna est une apocalypse joyeuse (c’est écrit dans le titre), pleine de finlandais rougeauds et hilares, adeptes de sauna et de bonne chère, et l’amateur de SF classique n’y trouvera sans doute pas son compte. Peut-être reprochera-t-il aussi à ce roman son manque d’intensité dramatique ou bien l’absence d’une réelle intrigue. 

Mais tout cela n’est pas bien grave tant l’humour et la bonne humeur de Paasilinna sont communicatifs. Une lecture à conseiller donc,  pour chasser la morosité et découvrir que post apo ne rime par forcément avec désolation, désespoir et violence.

Gallimard - Folio - 2009

 

10 mai 2013

LA SORCIERE DU MARAIS - THEODORE STURGEON

untitledLes quatre nouvelles qui ouvrent ce recueil sont toutes d'inspiration fantastique.

Deux histoires de vaudou tout d'abord. L'une, assez classique, met en scène une abominable sorcière cajun qui terrorise une famille dans un bayou de Louisiane (L'araignée d'eau). L'autre voit les amis de la victime d'un envoûtement se venger de l'agresseur de façon assez inattendue (Une tournure d'esprit). Dans chacune, les personnages sont d'abord désemparés face aux forces obscures qui s'invitent dans leur existence. Ils parviennent toutefois à surmonter ce traumatisme dès lors qu'ils admettent le surnaturel et commence à s'en servir. Deux histoires agréables qui ont aussi en commun une chute amusante sur le thème de l'arroseur arrosé.

C'est aussi l'humour qui préside à L'abominable invité où un chat doué de parole dit ses quatre vérités à un parasite mondain avant de se débarrasser de celui qu'il estime être un dangereux rival dans l'affection de sa maîtresse. Douce-Agile ou la licorne n'est en revanche qu'un petit conte de fée vaguement moralisateur et sans grand intérêt.

Les deux nouvelles suivantes illustrent chacune à leur manière l'égoïsme de l'homme ou tout au moins sa vision égocentrique du monde.

Dans La peur est une affaire,un individu médiocre est témoin d'une manifestation extra-terrestre. Par un concours de circonstance, il devient le gourou de millions d'illuminés croyant à une prochaine invasion. Contacté par de gentils aliens qui lui proposent de servir d'intermédiaire entre eux et l'humanité à laquelle ils ont beaucoup à offrir, il décline leur offre pour conserver son fonds de commerce.

L'homme qui apprit à aimer est une parabole sur le poids des conventions et le regard d'autrui. Un jeune hippie met au point un moteur révolutionnaire. Afin d'être crédible face aux décideurs et pouvoir diffuser son invention il décide de rentrer dans le rang. Adieu cheveux longs et guitare, bonjour costard-cravate. Il réalisera son ambition mais à quel prix ?


Case et le rêveur
est une jolie histoire d'amour par delà le temps. Un homme ramené à la vie se souvient de ses derniers jours passés en compagnie d'une femme sur une planète isolée. Une allégorie toute mignonne sur la recherche du bonheur et les petites joies toutes simples dont on ne mesure pas toujours la valeur.

Le dossier Verity appartient au genre épistolaire. L'action nous est contée par le biais d'un échange de notes de service au sein d'une entreprise pharmaceutique. Là encore, Sturgeon nous fait une remarquable démonstration de la cupidité humaine qui, trop souvent, empêche l'homme de faire le bonheur du plus grand nombre.

Le scalpel d'Occam est sans doute la nouvelle la plus étrange du recueil. Elle débute par le long portrait d'un individu doté d'une intelligence remarquable et s'achève sur une mystification dont ce dernier sera la victime. Mais il n'est pas le seul puisque le lecteur tombe lui aussi dans le panneau avant que le fin mot de l'histoire ne lui soit révélé.

Le point commun de la plupart de ces nouvelles est une vision sans concession des travers de l'homme mais néanmoins teintée d'optimisme. Lorsque les humains s'entre aident, lorsqu'ils s'ouvrent aux autres et essayent de penser différemment tout devient possible. La SF de Sturgeon est délicate, sensible et engagée. Sa critique du mercantilisme de la société américaine est corrosive (l'avidité des multinationale dans Le dossier Verity, la cupidité des télévangélistes dans La peur est une affaire) et sa défense de l'écologie (Le Scalpel d'Occam) ou des modes de vie alternatifs (Le dossier Verity, Case et le rêveur) évidente.

Editions NéO - 1981

10 mai 2013

LE NAVIRE ETOILE - E. C. TUBB

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Voilà presque 300 ans que le vaisseau (son nom a disparu avec ses premiers habitants) s’est élancé dans l’espace en direction de Pollux. 300 années, seize générations. Le temps nécessaire pour parcourir les 32 années lumières qui sépare la Terre de la lointaine étoile. Pour y parvenir, il faut donc tout économiser : l'énergie, l’oxygène, les matières premières et soumettre l'équipage à des lois draconiennes pour éviter gaspillage et surpopulation. Mais cela n'étant pas suffisant, il fallut se résoudre à supprimer toute personne atteignant l'âge fatidique de 40 ans. Secrètement bien sûr, et en maquillant les meurtres en accidents. 

Jay West, l’un des exécuteurs, se trouve confronté à un cas de conscience lorsqu'on lui ordonne de tuer le père de sa fiancée. Cherchant une solution à son dilemme, il découvre que certains membres de l’équipage jouissent pourtant d’une longévité peu commune et que des rebelles se dissimulent dans la zone d’apesanteur…


"Le vaisseau étoile", également intitulé "Objectif Pollux" chez Ditis et "Fils des étoiles" chez Futurama, est un excellent roman de SF mettant en scène ce qu'il est convenu d'appeler un "vaisseau-genérationnel". Il s'agit d'une gigantesque nef spatiale permettant à une importante population de vivre en autarcie pour un voyage dont seule la destination est connue. Quant à la durée....on l'imagine plutôt longuette. 

Cet espace énorme mais néanmoins clos et limité impose des conditions de vie particulières. Or, c'est précisément la découverte de la société miniature qui y prospère et des lois qui la régissent qui confère au livre une bonne part de son intérêt. Nous y apprenons par exemple que les femmes ne peuvent enfanter que pendant un nombre restreint d’années, que l’enseignement des sciences et techniques est dispensé par le visionnage de vidéos, que les conflits sont réglés au cours de duels et que le crime de gaspillage est sanctionné par le recyclage…..du délinquant. 

L'enquête du policier-renégat est également bien plaisante. Haletante et riche en découvertes, elle ne nous laisse aucun instant de répit jusqu'à la révélation finale. Une révélation un peu surprenante puisque l'on s’attend à ce que des dirigeants qui ont gouvernés avec un manque d’humanité évident subissent une juste punition. Or, il n’en est rien et, mieux encore, l’épilogue semble même leur donner raison et justifier leur conduite !

Fleuve Noir Anticipation - 1958

 

10 mai 2013

LES ETOILES S'EN BALANCENT - LAURENT WHALE

untitledDans la France de 2065 mieux vaut avoir quelques talents à monnayer si l'on souhaite s'en sortir. C'est heureusement le cas de Tom Costa à qui sa qualité de seul aviateur disponible confère un statut particulier. Avec son ULM il est en effet l'un des seuls à maintenir le contact avec les autres cités, faire du troc et signaler les périls de l'extérieur. Mais un danger bien plus important que les hors-murs se rapproche des cités états de Seine et Marne. Un péril qui va plonger le jeune aviateur au cœur d'une guerre sans merci où il jouera un rôle de première importance. 

Des post-apo français, il y en a déjà eu beaucoup, et de très bons : Ravage de Barjavel, Malevil de Robert Merle, plusieurs bouquins d'Andrevon ou même la célèbre trilogie de Gilles Thomas. Dans ce contexte on se doute bien que l'auteur ne va pas révolutionner le genre, même hexagonal. Pourtant il réussit à occuper le terrain à sa manière, intelligente et sensible. 

Premier bon point il y a une vraie histoire. Laurent Whale ne se contente pas de se reposer sur le background bien connu du genre : héros solitaire, communautés exsangues, petits despotes et chiens sauvages. Son synopsis est parfaitement maîtrisé et nous dévoile à son rythme ce qu'il faut d'indices et de révélations pour aboutir à un final cohérent.

Il y a ensuite une bonne alternance entre des scènes mouvementées (combats, exfiltrations) ou instructives (débriefings et réunions) et les passages descriptifs (la vie à Pontault ou à Meaux).

Il y a enfin une bonne dose d'introspection puisque, le récit se faisant à la première personne, nous avons tout loisir de nous imprégner de l'état d'esprit du héros et de faire nôtres ses joies, ses peines et ses espoirs. On découvre ainsi un personnage bien sympathique, un grand cœur, fidèle et non violent précipité dans un monde de brutes. 

Un héros qui n'est pas sans rappeler ceux d'un autre sociétaire de la Blanche Rivière. Eh oui ! La filiation avec P. J. Herault est évidente. On trouve dans son roman le même rejet de la violence sous toutes ses formes, le même éloge de l'amitié et bien sûr, la même passion du pilotage et des vieux coucous. 

Et des coucous on en verra de toute sorte : des petits et des gros, des avions, des ULM, des gyros... On les côtoie au sol ou dans les airs, en combat et à l'atelier. C'est peut-être un peu too much pour les non passionnés et c'est d'ailleurs mon seul bémol avec l'ambiance « roman de guerre » extrêmement prégnante. 

C'est sans doute pourquoi j'ai préféré la première partie du récit qui couvre environ un gros tiers du roman. La vie dans la communauté citadine de Pontault y est particulièrement bien rendue avec ses habitants vivant d'expédients, le troc généralisé, la démerde. On y voit des véhicules roulant au méthane ou à la force du mollet, on s'y nourrit du maigre produit de la ferme collective mais aussi de chats ou de rats. C'est précis et très crédible et j'aurais aimé traîner davantage avec le Kid pour découvrir un peu plus cet univers de bric et de broc.

Pour faire bonne mesure, signalons encore une foule de second rôles bien travaillés, des apartés forts intéressants sur les origines de l'apocalypse économique qui causa l'effondrement de la société, et... une absence quasi totale de personnages féminins. 

Eh M'sieur Whale, elles sont où les filles ? San ! Oui, Ok il y a San. La muse de l'ami Tom, son cœur, sa vie. Il en parle beaucoup le bougre. Il l'a dans la peau c'est sûr. Mais pour ce qu'on la voit. A peine le temps d'un p'tit vol en ULM et d'une partie de jambes en l'air. Le reste de l'histoire, elle le passe à jouer les otages. Tu parles d'une vie !

Quant aux autres nénettes, on en voit pas lerche. Alors la prochaine fois, un peu plus de place au beau sexe, hein ! Malgré tout, le résultat est plutôt satisfaisant. Laurent Whale a parfaitement mené sa barque avec ce fringant mélange de post-apo et de roman guerrier. J'espère même que, à l'instar de Géha et Blondelon, il nous concoctera rapidement une petite suite. 

Black Coat Presss - Rivière Blanche

 

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SF EMOI
  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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