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10 mai 2013

GUEULE DE RAT - JEAN-PIERRE ANDREVON

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De sa naissance en janvier 1981 à sa mort le soir du passage à l’an 2000, l’histoire de la courte et insignifiante existence de Bernard Garcin dit « Gueule de rat ». 

La vie de Bernard Garcin c’est un peu celle d’un Forest Gump français. L’histoire d’un type pas trop futé (c’est un euphémisme) et encombré d’une existence qu’il subit sans jamais tenter d’en changer le cours. 

Mais à l’inverse du fier américain à qui tout réussi, notre pauvre Bernard semble doté d’une scoumoune sans nom : un père qui abandonne sa famille, une mère qui se prostitue et le bat comme plâtre, un physique ingrat et, comme si ça n’était pas suffisant, il se trouve affublé d’une dyslexie qui ruine son cursus scolaire mais lui permet au moins de parler verlan sans effort. 

Pour compléter le tableau précisons qu’il vit à La Cargat (La Ciotat ?) au moment de la fermeture des chantiers navals et de la prise de la municipalité par le Front Français (Front National ?). Bref, une existence bien mal engagée et que l’auteur résume très justement par ces quelques mots : « Un destin, on se le forge. Simplement, on n’a pas toujours les instruments pour ». 

Cela permet en tout cas à Jean-Pierre Andrevon de nous repasser en accéléré l’histoire de la société française en cette fin de vingtième siècle. Une société qui oscille entre espoir socialiste et racisme, pauvreté et montée du FN. Une sorte de chronique de la misère ordinaire, servie par une écriture intelligente, savoureuse et un humour grinçant mais qui fait mouche.

Tout le monde en prend pour son grade : les milices du FN et les extrémistes musulmans, la police et les vigiles, les services sociaux et le système pénitentiaire. Le constat implacable d’un système à bout de souffle.

La Table Ronde - 1999

 

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10 mai 2013

LE 32 JUILLET - KURT STEINER

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Espion pourvu de quelques connaissances scientifiques, Ken Broad est chargé par la CIA d'enquêter sur l'activité d'un chercheur polonais passé à l'ouest depuis peu. Son enquête le mènera dans une autre dimension spatio-temporelle où il sera un temps l'hôte d'une "cité vivante" avant de lutter aux côtés d'êtres humanoïdes contre l'expansion de cet organisme. 


Etonnant et court roman doté d'un côté surréaliste très marqué alors que rien dans les premiers chapitres ne le laisse entrevoir. J'ai même un instant cru m'être trompé et avoir acheté par mégarde un roman d'espionnage. Mais une fois les 30 premières pages avalées, plus de doute, nous sommes bien en présence d'un livre de SF, et des plus débridée.

La description de cette ville/organisme vivant est plaisante et la progression de nos héros à l'intérieur de ses organes donne lieu à quelques scènes amusantes qui ne sont pas sans rappeler "Le voyage fantastique" film des années 60 dans lequel un groupe de scientifiques était miniaturisé afin d'explorer un corps humain.

En revanche les chapitres consacrés à la civilisation des humanoïdes et à la guerre contre la "ville" sont nettement moins intéressants. Le récit devient bâclé et donne l'impression que l'auteur a hâte d'en finir. Ce n'est d'ailleurs pas le seul aspect du livre qui soit survolé.

Les personnages aussi ne sont qu'esquissés, sans grande profondeur, et l'on ne peut que s'étonner de la rapidité avec laquelle ils tombent amoureux les uns des autres ou sympathisent avec les autochtones. De ce fait la cohérence de l’histoire en prend un coup sévère et le livre perd de son attrait au point de ne plus constituer qu’une honnête distraction.

Pocket SF - 1981

 

10 mai 2013

CEUX QUI NE VOULAIENT PAS MOURIR - P-J HERAULT

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Kajerhorn est un vieux briscard des troupes d’assaut de la fédération. Le voici pourtant à terre, irradié au cours d’un engagement sur une petite planète des confins. Ses heures sont comptées et il le sait. Aucune aide à attendre et surtout pas des siens car, dans la guerre qui oppose la fédération terrienne à ses anciennes colonies, voilà bien longtemps que l’on a cessé de secourir les blessés. Pourquoi perdre du temps et de l’argent à rétablir ces combattants, alors que les centres d’Edu vous fournissent une inépuisable chair à canon.

Il sera pourtant secouru par des colons, un médecin et son équipe. Lui et bien d’autres, des deux camps. Et quant les troupes de la fédération débarqueront de nouveau, c'est ensemble qu'il leur faudra résister. Mais cette alliance contre nature ne se fera pas sans mal et il faudra à Kajerhorn beaucoup de persuasion pour y parvenir et encore bien des combats pour écarter toute menace.


Ce court roman de P. J. Herault, son dernier au Fleuve Noir, est loin d’être son meilleur. La faute au nombre de pages limitées de la collection ? Sans doute. Mais pas seulement car le monsieur a déjà fait bien mieux sans beaucoup plus de place pour s’exprimer. Le sujet choisi n'est pas non plus à incriminer même s’il est très classique pour qui connaît l’œuvre de l’auteur.

Non, ce qui manque ici, c’est une intrigue un peu plus fouillée, un scénario qui nous tienne en haleine et nous pousse à nous interroger sur le sort des personnages, à tourner fébrilement les pages. Car même si c'est sans déplaisir que nous suivons le combat de ces hommes pour surmonter leurs inimitiés et tenter de s'inventer un avenir commun, le récit demeure beaucoup trop linéaire pour nous apporter son lot de surprises et de rebondissements. Les obstacles sont finalement bien vite gommés, les récalcitrants disparaissent fort opportunément et les nouveaux alliés acquièrent beaucoup trop rapidement l’habitude de combattre ensemble.

Il s'agit donc d'un livre à réserver aux inconditionnels de P-J, tandis que les autres lui préféreront ses grands cycles (Cal, Gurvan) ou bien ses romans plus récents dont certains reprennent le thème d'anciens ennemis contraint de coopérer (La fédération de l'amas, Les ennemis).

Fleuve Noir Anticipation - 1996

 

 

10 mai 2013

NOIR DUO - SYLVIE MILLER & PHILIPPE WARD

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Ce recueil comprend des nouvelles écrites soit par Philippe Ward, soit par Sylvie Miller, soit par les deux, et dont certaines ont déjà été publiées et même récompensées.

A deux, trois exceptions près, c’est le fantastique qui est ici mis à l’honneur. Mais un fantastique très subtil, insidieux, qui prend son temps avant de se révéler dans toute son horreur. Les auteurs nous plongent ainsi dans des situations tout à fait banales et nous mettent en présence d'individus également normaux. Puis, l’air de rien, un petit quelque chose vient troubler leur quotidien : un mur qui se met à onduler, un reflet un peu persistant dans un miroir, une randonnée qui n’en finit pas, une source qui se tarit, la saveur particulière d’un vin….Alors, le mystère se dévoile, les personnages ne peuvent plus reculer et sont contraints d’accepter cette irruption du merveilleux et les conséquences qu’elle leur impose. 

Deux autres nouvelles se distinguent par le cadre de leur action : l’Egypte.

« Mau » qui nous mène à Alexandrie sur les traces d’une ancienne race de chat qui maintient vivant le culte de la déesse Bastet et « Pas de pitié pour les pachas » nous contant à grand renfort d’humour les mésaventures d’un détective privé dans une Egypte des années 30 où les dieux ne dédaignent pas de se mêler aux humains. 

Citons encore « Un futur inimitable » parodie de « Independance day » et « Mars attaque » revus, corrigés et assaisonnés à la sauce Roquefort ou « Ventres d’airains » qui propose une vision futuriste de l’enfantement à vous glacer les os !  

Beaucoup de bonne chose donc et j’espère que ce duo, aussi noir qu’il soit, n’en restera pas pour autant obscur.

Black Coat Press - rivière Blanche - 2008

 

 

10 mai 2013

SAIGNEUR DES LOUPS - PIERRE GRIMBERT

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Rémi Tiberger n'est pas un loup-garou à la petite semaine. Il est l'ultime avatar du berserker originel chargé jadis par un fils d'Odin de retrouver et d'anéantir un émule du dieu-loup Fenrir. Le voici donc à la recherche de cette bête monstrueuse et intelligente qui s'apprête à déchaîner sur Terre le Ragnarök : la fin du monde version viking. Il pourra heureusement compter sur le soutien de Hugo Van Helsing et l'appui de son immense fortune... 

Je connaissais déjà Pierre Grimbert pour avoir lu « Le secret de Ji » un cycle de fantasy plutôt dédié à un jeune public.

Avec « Saigneur des loups » il rejoint le Club Van Helsing pour nous livrer sa représentation de la lutte du bien contre le mal, de l'homme contre la bête. Ou plutôt de la bête contre la bête car cette fois, chasseur et gibier partagent la même malédiction : la lycanthropie. 

Mais les loups-garous de Grimbert sont d'un genre un peu particulier puisque issus de la mythologie scandinave. C'est en tout cas ce que l'auteur cherche à nous prouver à grand renfort de noms imprononçables (Midgard, Muspellheim, ....) et grâce à des raccourcis un peu fumeux. Ainsi apprend-on que les berserkers ne seraient pas seulement de redoutables guerriers mais aussi les loups-garous du Walhala !

Le récit alterne, un chapitre sur deux, le passé et le présent. Nous suivons donc en parallèle la traque du grand méchant loup et la confession de Rémi sur les origines de sa transformation en bête à fourrure. C'est rondement mené, sans temps morts, jusqu'à un affrontement final dont on devine à l'avance l'issue. 

Une intrigue bien légère heureusement compensée par le compte rendu des sensations qui animent le héros à l'occasion de ses mues. La crainte qui l'habite à l'approche des trois pleines lunes mensuelles, le dégoût qu'il éprouve en se découvrant des penchants bestiaux, la douleur physique et les tortures morales qu'il endure sont plutôt bien rendus. C'est le petit plus du livre. Sa valeur ajoutée au mythe du loup-garou.

Court, simple et efficace, "Saigneur des loups" respecte donc parfaitement le cahier des charges du CVH. Contrat rempli. Sans plus.

Baleine - Club van Helsing - 2008

 

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10 mai 2013

PIECES DETACHEES - CHRISTOPHER STORK

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Au XXIème siècle, les techniques chirurgicales ont fait de tels progrès qu’il est désormais possible de se faire greffer à peu près n’importe quoi : reins, cœur, sexe et même un nouveau cerveau. Encore faut-il avoir de l’argent et, comme l’on peut sans douter, la société a tôt fait de se diviser entre ceux qui peuvent payer et conserver ainsi jeunesse et santé, et les autres contraints de se vendre « à la découpe ».

Douglas Chambers, patron de l’Organs Guaranty Trust qui règne sur le marché mondial de la greffe d’organe, est atteint d’une tumeur au cerveau. Il décide donc de se faire greffer celui d’un éminent scientifique qui vient de mourir fort opportunément. Mais tout ne se passera pas comme prévu et il lui faudra compter avec une concurrente acharnée, un journaliste un peu trop curieux, un jeune idéaliste et même les services secrets et le gouvernement.   

 

A vouloir courir trop de lièvres à la fois on prend le risque de n’en attraper aucun. Christopher Stork aurait dû faire sien cet adage et éviter de trop se disperser. Ce roman est en effet très confus et l’on fini par ne plus trop savoir quelle est en est la véritable intrigue : le vol de cerveau d’un génie, la lutte « boursière » de deux sociétés, l’enquête sur les origines de la fortune de l’un des personnages ou encore les déboires sentimentaux d’un autre.

Et pourtant, cette histoire de société où le commerce est roi et la vente d’organes banalisée était alléchante tout comme les premiers chapitres qui nous invitent à suivre le parcours d’un étudiant démuni et contraint de gager son corps en échange d’un prêt.

Malheureusement l’auteur s’éparpille et même ses critiques (contre le capitalisme à outrance, les scientifiques dépourvus d’éthique, l’impunité du gouvernement…) sont trop nombreuses pour être convaincantes.

L’autre reproche que je ferais à ce livre concerne la complaisance avec laquelle il s’attarde sur les transsexuels et les changements de sexe pour finir par verser dans le grotesque avec ce couple dans lequel Madame est devenue Monsieur et vice versa !

Fleuve Noir Anticipation - 1984

 

10 mai 2013

TRANCHECAILLE - PATRICK PECHEROT

untitledJuin 1917, alors que l'offensive sur le Chemin des Dames vire à la boucherie, que le moral des troupes est au plus bas et que l'état major craint une mutinerie, le soldat Jonas est accusé d'avoir assassiné son supérieur. Chargé de sa défense, le capitaine Duparc va tenter l'impossible pour lui assurer un procès équitable face à un haut commandement qui souhaite faire un exemple.  

"Tranchecaille" est un roman intéressant tant sur le fond que par la forme puisque Patrick Pécherot y donne la parole aux différents protagonistes de son histoire par le biais de dépositions, de témoignages ou de lettres.

Nous voyons ainsi défiler devant l'enquêteur, les camarades de tranchées de l'accusé, simples soldats ou sous-officiers, médecin ou aumônier mais aussi une prostituée, une marraine de guerre, un garçon de café resté à l'arrière... le tout nous donnant une très jolie galerie de portraits.

Il y a les sympathiques tels le commandant de Guermantes, officier supérieur désabusé sombrant dans l'alcoolisme mais conservant une part d'humanité, le major Campion, médecin chef qui cache son dégoût de la guerre derrière un humour féroce et un athéisme non moins forcené ou encore Duparc lui-même qui jette sur tout çà un regard acerbe et ironique.

Et il y a les autres, malheureusement tout aussi nombreux : l'officier supérieur pour qui les soldats ne sont que des pions ou le curé qui parle de sacrifice nécessaire...

Grâce à ces tranches de vies nous découvrons le quotidien des poilus : les combats bien sûr mais aussi la "roulante" et son rata immonde, le courrier censuré, les perms qui laissent un goût amer, les hôpitaux et les gueules cassées, la fraternisation avec l'ennemi, les mutineries, les marraines de guerre, l'obusite (ou shell-shock)...

La situation à l'arrière n'est pas forcément plus joyeuse et Patrick Pécherot prend le temps de nous en toucher deux mots. L'occasion de constater que la vie y est dure et que le rationnement et les mensonges de la presse rendent l'attente des familles encore plus pénible.

Si l'atmosphère du roman est prenante et le contexte historique bien restitué, l'intrigue policière m'a en revanche moins emballé. Le duo d'enquêteurs (Duparc et son caporal) est certes bien sympa mais leurs caractères ne sont pas assez développés pour que l'on vibre avec eux au fur et à mesure de leurs découvertes.

On se contente donc d'observer tout cela de très loin et la résolution de l'enquête n'est pas attendue avec beaucoup d'impatience. Néanmoins, le doute sur la culpabilité de l'accusé laisse planer ce qu'il faut de suspens sur une affaire qui aura des prolongements inattendus.

On notera aussi en manière d'anecdote, les allusion aux écrivains de la grande guerre, Maurice Genevoix, Henri Barbusse, Jean Meckert et Roland Dorgelès. Malgré sa présence en "Série Noire", ce livre est donc davantage un roman sur la grande guerre qu'un véritable polar, mais il mérite sans conteste le détour.

Gallimard - Folio Policier - 2008

10 mai 2013

LA CEINTURE EMPOISONNEE - ARTHUR CONAN DOYLE

untitledTrois ans après leurs aventures en Amérique de sud, Challenger, Summerlee, Roxton et Malone sont de nouveau réunis. Cette fois-ci, ils vont être confrontés à un phénomène astronomique qui pourrait entraîner la disparition de toute forme de vie sur Terre. Mais l'irascible professeur Challenger à plus d'un tour dans son sac et les quatre amis vont vivre une fois de plus une expérience hors du commun..

La ceinture empoisonnée permet à Conan Doyle de renouer avec ses célèbres héros du Monde perdu. Nous retrouvons ainsi le colérique Challenger, le dubitatif Summerlee, le flegmatique Roxton et l'impétueux Malone réunis pour assister à ce qu'ils croient être la fin du monde.

On ne peut guère qualifier cette histoire de palpitante puisqu'il s'agit surtout pour l'auteur de nous montrer les réactions de ses personnages confrontés d'abord à l'imminence de leur mort puis, une fois le danger écarté, à la certitude d'être les survivants de l'humanité.

Il y a malgré tout matière à quelques tableaux drôles et surprenants. Je pense en particulier aux délires de Summerlee, Roxton et Malone dans le wagon du train qui les emmène chez leur ami, à la description des villageois cueillis par la "mort" alors qu'ils se livraient à leurs activités habituelles, à celle de Londres peuplée de corps sans vie ou encore au dernier repas de nos héros.

Le tout est entrecoupé de discussions fort intéressantes sur la place de l'homme dans l'ordonnancement du monde, la dignité face à la mort et la probabilité de voir les amibes succéder à l'homme.

C'est donc la bonne humeur et l'émotion qui président à ce roman catastrophe qui n'en est finalement pas un, mais qui offre à Challenger une nouvelle occasion d'asséner ces réflexions cinglantes dont il a le secret et à Conan Doyle de toucher à la quintessence de l'humour british, tout de finesse et de non sens :

- J'attends pour aujourd'hui la fin du monde, Austin. - Bien, Monsieur. A quelle heure, Monsieur ? - Je ne sais pas, Austin. Avant ce soir. - Très bien, Monsieur.

Les deux nouvelles qui complètent ce recueil paru chez NéO, ne mettent en scène que Challenger et Malone. Dans La machine à désintégrer, il sont chargés par Mc Ardle, le directeur du journal où officie notre sympathique reporter, d'aller vérifier la véracité des allégations d'un savant letton. Celui-ci prétend en effet avoir mis au point une machine permettant de désintégrer la matière et de la recomposer à volonté.

L'intrigue s'y résume à une discussion tendue entre les deux chercheurs ainsi qu'à l'expérimentation de l'appareil (Challenger y laissera pour un temps sa célèbre tignasse et sa barbe hirsute). Rien de bien fantastique mais la chute est extrêmement drôle.

Quand la Terre hurla se distingue des autres récits par le fait que Malone laisse sa place de narrateur à un ingénieur embauché par Challenger pour achever une expérience aussi monumentale qu'étrange. Cette fois-ci, l'incorrigible professeur entend prouver que la Terre est un organisme vivant doté d'une épaisse carapace et qu'il se nourrit de l'éther pendant ses révolutions autour du soleil.

Pour confirmer son hypothèse il a entrepris de creuser dans l'écorce terrestre un puits profond de plus de 13 kilomètres afin d'aller chatouiller la planète. Là encore rien d'exceptionnel, mais les rapports conflictuels de Challenger avec les journalistes, sa susceptibilité à fleur de peau et sa mégalomanie sont toujours aussi savoureux.

Editions NéO - 1983

10 mai 2013

LE DERNIER CATON - MATILDE ASENSI

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Ottavia Salina est un véritable rat de bibliothèque. A 39 ans cette religieuse d’un ordre relativement libéral dirige le service de paléographie des archives secrètes du Vatican et passe l’essentiel de son temps au milieu de vieux manuscrits et de parchemins poussiéreux. Mais sa vie prend un tour nouveau lorsque ses connaissances sont requises par les autorités religieuses pour élucider des vols de reliques de la vraie croix. 

Associée à un capitaine des gardes suisses et à un universitaire égyptien, elle se lance alors sur la trace des Stavrophilakes, membres d’une secte créée au troisième siècle afin de protéger la croix sur laquelle Jésus a été crucifié. Leur enquête les conduira à surmonter sept épreuves dans sept villes différentes afin de découvrir la retraite et les motivations de ces mystérieux voleurs. 

Malgré la mention « thriller » apposée sur sa couverture, ce livre est plutôt un roman d’aventure agrémenté d’énigmes ésotériques et sa lecture m’a irrésistiblement fait songer à l’intrigue du film « Indiana Jones et la dernière croisade ». Il faut dire que les similitudes sont nombreuses puisque, dans ces deux œuvres, les personnages sont à la recherche d’un objet sacré protégé par une secte et accessible après avoir résolu plusieurs épreuves initiatiques.

Tout comme dans le film, le rythme est enlevé et on ne s’ennuie pas une seule minute. On voyage d’un bout à l’autre de la Méditerranée, on découvre le patrimoine historique de plusieurs grandes villes et on devient incollable sur l’histoire du christianisme et l’organisation des différents clergés. 

Malheureusement, la trop grande linéarité de l’intrigue et la répétition des épreuves induisent, sur la fin, une petite lassitude. Mais que l’on se rassure car, à ce stade de notre lecture, nous sommes déjà bien trop ferré pour songer à abandonner sans connaître le fin mot de l’histoire. Et puis il faut reconnaître que le temps passe vite en compagnie de nos trois sympathiques héros. Matilde Asensi a su leur conférer, grâce à de nombreux apartés et quantité d’informations sur leur passé et leur famille, suffisamment de profondeur pour nous les rendre attachant et nous donner envie de savoir ce qu’il advient d’eux.

Pour finir, un petit mot sur la chute du livre afin de signaler qu’elle risque de dérouter les lecteurs de polars puisqu’elle flirte avec le fantastique et la science-fiction. Les amateurs du genre se trouveront, eux, en terrain de connaissance et lui trouveront sans doute un air de parenté avec les livres de Burroughs (civilisation cachée au cœur de l’Afrique) et de Jules Verne (organisation et description d’une cité souterraine).

Gallimard - Folio Policier - 2008

 

10 mai 2013

GENOCIDES - THOMAS DISCH

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Des extra-terrestres ont ensemencé notre planète d'une plante qui a bientôt recouvert la moindre parcelle disponible, entraînant destructions, bouleversements et famines. L'espèce humaine est quasi décimée et les rares rescapés tentent de survivre, disputant leur espace vital à cette plante immense et prolifique et à ses mystérieux gardiens. 

J'avais cru déceler en "Génocides" un petit récit post-apocalyptique comme je les aime. Hélas, je fus bien déçu. 

Certes, il y est question de la lutte pour la survie d'un groupe d'individus, en l'occurrence une petite communauté rassemblée sous l'égide d'un patriarche un peu illuminé. Mais, passées les cinquante premières pages, l'intrigue se resserre sur la vengeance d'un homme dont la compagne a été tuée par la communauté ainsi que sur la rivalité entre les fils du chef. 

Dès lors, nous suivons surtout les développements de ces deux fils conducteurs qui n'ont malheureusement pas grand chose de passionnant. Ajoutons à cela qu'une bonne part de l'histoire se déroule sous terre, dans les racines de la plante où les survivants ont trouvé refuge, restreignant encore le champ du récit et transformant l'histoire en un huis clos poussif. 

Bref, malgré ses 180 petites pages, ce livre traîne en longueur et, là où il y avait matière à une excellente nouvelle, je n'ai trouvé au final qu’un roman assez moyen. 

Ceci étant, il faut avouer que l’idée de départ est surprenante et originale et cette Terre transformée en culture pour extra-terrestres avec des humains ravalés au rang d’insectes nuisibles me restera un temps en mémoire ! 

Livre de Poche SF - 1990

 

 

10 mai 2013

LE PAYS D'ESPRIT - ROBERT YOUNG

untitled"Le pays d’esprit" est une anthologie de 11 nouvelles sélectionnées par Jean-Pierre Fontana. 

Anticipation, fantastique, science-fiction, toutes les littératures de l’imaginaire y sont abordées et nous permettent de découvrir l’univers de Robert Young. Un univers où science rime avec humanisme et dans lequel le rêve constitue une alternative logique à une triste réalité. 

J’ai particulièrement apprécié : 

- « L’ascension de l’arbre », une fable écologique dans laquelle les habitants d’une planète se rendent compte un peu tard que leur survie est étroitement liée à celle d’arbres gigantesques qu’ils s’acharnaient jusqu’ici à détruire. 

- « Sur le fleuve », petit bijou onirique nous contant comment deux suicidés se rencontrent dans une espèce d’antichambre de la mort et reprennent goût à la vie au contact l’un de l’autre. 

- « Saint- Georges et la Drangonmotive » où un  envoyé de la police internationale du passé enquête sur des inventions anachroniques apparues dans l’Angleterre médiévale. 

Mais toutes les nouvelles de cet auteur possèdent un charme indéniable, une douceur et un romanesque qui en font des lectures agréables et revigorantes. 

Editions NéO - 1982

 

10 mai 2013

LA VERMINE DU LION - FRANCIS CARSAC

untitledFabuleusement riche en métaux rares, la planète Eldorado excite bien des convoitises à commencer par celle du tout puissant Bureau International des Mines. Henderson, son directeur, est prêt à tout pour obtenir du gouvernement mondial la charte large qui lui permettrait de l'exploiter sans soucis des populations indigènes. Mais ses projets sont tenus en échec par Teraï Laprade, un géologue qui, avec l'aide des tribus Ihambés et de son paralion, tente d'éviter la mise sous coupe réglée de ce monde sauvage où il s'est installé. Il lui faudra cependant beaucoup de ténacité pour venir à bout des manigances du BIM et convaincre Stella Henderson, la fille du magnat, de la justesse de ses idées. 

Sixième et dernier roman de Francis Carsac, La vermine du lion est aussi son plus complet. Un roman protéiforme qui embrasse aussi bien le récit d'aventures tel que le concevaient Burroughs ou Haggard et le planet opera de Sprague de Camp et Poul Anderson.

Avec ce livre, Carsac se hisse au niveau de ces grands noms de la SF anglo-saxonne auxquels il adresse d'ailleurs de nombreux clins d'œil : la caméra miniature de marque Barnevelt de Camp et surtout Dom Flandry, le contrebandier au célèbre patronyme à qui il fait dire : «...je crois que dans le futur, quand la Terre aura fondé pour de bon son empire galactique, il y aura des Flandry dans l'armée ou dans la flotte, et je puis même parier que l'un d'entre eux s'appellera Dominique».

Anecdote mise à part, Carsac nous offre une histoire particulièrement dense qui ne laisse pas au lecteur le temps de reprendre son souffle. On est de suite embarqué dans cette lutte disproportionnée entre une multinationale et un idéaliste, happé par ses ramifications sur une planète primitive qui sera le théâtre de bien des aventures. Guerre civile, conflit religieux, faune sauvage, sacrifices humains, espionnage, vengeance, les péripéties s'enchaînent et les personnages ont fort à faire.

Ajoutons-y un background galactique cohérent et développé ainsi qu'une jolie petite idylle et cela nous donne une histoire romanesque mais jamais gnangnan portée par un personnage hors du commun, véritable condensé de tous les héros de la littérature populaire.

Teraï Laprade, c'est Tarzan qui sauve la femme blanche des périls de la jungle, c'est Allan Quatermain qui découvre la cité perdue, c'est Butch Cassidy la terreur des saloons, c'est l'impétueux pilote spatial. Un homme tel que Carsac a sans doute rêvé d'être : beau, grand, fort, terrible..., fait tout d'une pièce, impulsif, extrême dans ses amours comme dans ses haines. Mais c'est aussi un homme de cœur et d'esprit qui s'interroge sur le devenir de l'humanité et aspire à la liberté pour tous.

Quelques unes de ses réflexions illustrent fort bien son état d'esprit : "Non ce ne sont pas des hommes. Comme je vous l'ai dit, 54 chromosomes et 40 dents. Et aussi le foie à la place de la rate, etc. Mais ils ont des corps magnifiques, et leurs âmes valent bien les nôtres, si toutefois l'âme existe." "...les explorateurs, les scientifiques, les médecins, certains missionnaires, sont la partie noble de l'humanité. Malheureusement, bientôt arrivent les marchands, les militaires pour les protéger, et les exploiteurs qu'ils traînent derrière eux comme Léo traîne sa vermine. La vermine du lion, voilà ce que sont le BIM et les autres." "Les fanatiques, Stella ! La chose la plus vile, la plus horrible et la plus dangereuse du monde !"

Eloge de la tolérance, condamnation en règle du colonialisme des états et de l'impérialisme des consortiums, rejet des fanatismes, ce roman, comme d'autres de l'auteur, est un hymne à la liberté et au savoir vivre ensemble. C'est en tout cas une vraie réussite et un excellent moment de lecture qui, aussi, vous fera penser à Avatar.

Fleuve Noir Anticipation - 1967

9 mai 2013

LES MEMOIRES DE ZEUS - MAURICE DRUON

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Après deux longs millénaires de silence, Zeus s’adresse de nouveau aux humains et leur conte l’histoire de sa vie tumultueuse. 

Lorsque l’on entame un livre sur la mythologie grecque rédigé par un membre éminent de l’académie française, on s’attend généralement à découvrir un ouvrage d’érudit, excellemment écrit mais un rien ennuyeux. Et bien ce n’est absolument pas le cas et si l’écriture est élégante, le vocabulaire riche et les tournures choisies, la lecture de ce livre n’est à aucun moment rébarbative.

Et pourtant le pari était loin d’être gagné, car Maurice Druon s’est attaché à nous raconter les hauts faits des dieux grecs en respectant la chronologie de leur histoire alors que les grands anciens, Platon, Aristote et consorts, n’en faisaient aucun cas. 

Mieux, il a réussi à conférer à ces vieux mythes un aspect moderne en parvenant à trouver des points de convergence avec notre époque et en glissant, ici et là, des exemples et des commentaires souvent très intéressants et toujours amusants.

Bref, un fantastique bouquin qui nous permet de nous y retrouver dans cette pléthore de dieux, déesses, naïades, parques et autres divinités, de connaître leurs fonctions au sein de l’olympe et de découvrir leurs histoires de cœur et leurs rivalités. 

Une lecture à conseiller donc, et qui vous rappellera vos cours d’histoire ou d’initiation au grec de collège.

Bragelonne - 2007

 

9 mai 2013

LA GUERRE DES ETOILES - GEORGE LUCAS

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Grâce à l’étoile noire, une gigantesque station spatiale surarmée, l’abominable Empire galactique est sur le point de mettre à genoux la rébellion. Mais c’est compter sans la princesse Leia Organa qui dispose des plans du dangereux astronef et tente de les faire parvenir aux généraux rebelles. Elle sera heureusement aidée par un vieux chevalier Jedi, un jeune héros plein de fougue, deux contrebandiers et une irrésistible paire de droïdes. 

Voilà une lecture qui m'a rappelé mes 10 ans et l’émerveillement que j’avais éprouvé à suivre les aventures de Luc, Han et Leia sur la toile du Grand Rex. 

Alors, bien évidemment, je n’ai pu m’empêcher de confronter ma lecture aux images du film qui me sont restées en mémoire et, première constatation, livre et film coïncident en tous points, sans la moindre divergence, le moindre manque ou le moindre ajout. 

Cela m’amène à me demander si c’est bien le roman qui a inspiré le film (comme précisé en quatrième de couverture), où s'il ne s'agirait pas au contraire d'une novellisation. Mais il y a fort à parier que roman et scénario aient été rédigés conjointement pour donner au final deux œuvres identiques.

Deuxième point à aborder, le style de l’auteur. On connaît en effet les qualités de metteur en scène de Georges Lucas, sa maîtrise technique et ses innovations dans le domaine des effets spéciaux, mais qu’en est-il de ses talents d’écrivain ? Et bien je dois dire que le monsieur ne s’en sort pas trop mal dans ce livre ou l’action domine mais où il parvient néanmoins à introduire une bonne dose d’humour.

Enfin, et ce sera mon troisième et dernier commentaire, il convient de dire un mot sur l’histoire elle-même. « La guerre des étoiles » est un exemple de space opéra et rien n’y manque de ce qui fait la particularité du genre : vaisseaux spatiaux, planètes lointaines, voyages sub-luminiques, pistolets lasers et bon nombre d’extra terrestres. 

Mais ce qui a fait sa réussite c’est d’avoir su y adjoindre des ingrédients qui, de tout temps, ont fait le bonheur et le sel de la littérature populaire. Nous retrouvons ainsi les personnages bien connus du vieux sage (Obi Wan Kenobi), du jeune héros (Luc), de la blanche vierge (Princesse Leia), du malfrat qui dissimule un cœur pur (Yan Solo) et de l’incarnation du mal en la personne de Dark Vador. Ajoutons à cela un rien de roman d’apprentissage (celui de l’aspirant Jedï) ainsi qu’une menace mortelle pesant sur le monde et nous avons au final un livre à la fois moderne et intemporel.

Pocket SF - 1978

 

9 mai 2013

LE TRAVAIL DU FURET - JEAN-PIERRE ANDREVON

untitledParis, deuxième moitié du XXIème siècle. La recherche scientifique a fait d'immenses progrès et malgré un environnement pollué à l'extrême, l'espérance de vie ne cesse de croître. Mais les ressources demeurent limitées et l'état doit juguler une démographie galopante. Aussi, un super ordinateur procède chaque jour à un tirage au sort à l'issu duquel une liste de victimes est établie puis remise à des exécuteurs assermentés. Notre héros est justement l'un de ceux-là. Un furet qui traque et abat son lot quotidien de cibles anonymes, sans se poser de questions. Jusqu'au jour où il en vient à douter de l'impartialité du système.


Encore un bien chouette roman de Jean-Pierre Andrevon. Pourtant, le sujet et l'univers décrits ne comptent pas parmi les plus originaux et constituent presque des classiques de la SF. L'intrigue rappelle notamment celle du roman de E. C. Tubb Le vaisseau monde à cette différence près qu'ici, la "régulation démographique" est connue et acceptée de tous.

Quant au monde dans lequel se déroule l'action, il paraîtra encore plus familier aux lecteurs de SF. Il est vrai que les villes du futur sont rarement décrites comme des modèles d'urbanisme ou d'écologie et le Paris d'Andrevon n'échappe pas à la règle. Ses descriptions sont dures et nous présentent quelques visions dantesques d'un monde triste et sans espoir : démarcation stricte entre quartiers riches et pauvres, ville écrasée par l'industrie, les transports, la publicité, extrême concentration de la population; déshumanisation des services...

Le réalisme dont il fait preuve pour dépeindre les scènes de meurtres ajoute encore à la noirceur du décor. Rien ne nous est épargné ; les crânes explosent en expédiant des bouts de cervelles un peu partout, les artères tranchées vomissent des torrents d'hémoglobine et les viscères se répandent avec leur merde et leurs sanies.

Pour autant, l'humour n'est pas totalement absent. Un humour noir, décalé, parfois incongru telles les nombreuses références cinématographiques qui parsèment les monologues du furet, les noms des rues (allée Mireille Mathieu, rue Ronald Reagan…) ou encore les différentes marques de produits (les bars COKE AND SMOKE, les filtres PETITS BATEAUX).  

Quant à notre héros, et bien… il n'a précisément pas grand-chose d'un héros. Juste un fonctionnaire consciencieux qui fait son boulot. Sans passion, mais sans trop de dégoût non plus. Un professionnel du meurtre qui à aucun moment ne remet en question le système. Sa révolte ne sera d'ailleurs pas dirigée contre ceux qui truquent les règles mais contre les assassins de la femme qu'il aime et contre le mensonge de son chef. Une révolte passagère. Avant de rentrer dans le rang.  "

Le travail du furet " nous offre une vision très noire de notre futur, désabusée mais peut-être réaliste !

Galimard - Folio SF - 2004

9 mai 2013

LE JEU DES SABLIERS - JEAN-CLAUDE DUNYACH

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"Quatre suffiront pour mener la quête, Guerrière et Bouffon, Jongleur et Poète, Quatre seulement iront jusqu'au bout, Ils seront choisis parmi les atouts". Décidé à s'emparer des sabliers qui maîtrisent le cours du temps, le poète Olym recrute à prix d'or les trois compagnons dont parle un très vieux parchemin. Il espère ainsi arrêter son vieillissement et même conquérir l'immortalité. Ensemble ils se rendent sur La Face, une planète étrangement sculptée où se trouve l'objet de leur convoitise. Mais sont-ils bien les maîtres de leur destinée ?


J'ai lu je ne sais plus où que ce roman était un bel exemple de science-fantasy à la française. Je trouve pour ma part que cette étiquette ne rend pas bien compte de son contenu quand bien même on y rencontre des vaisseaux spatiaux ou des pistolets lasers, et c'est plutôt à un univers de fantasy pure qu'il m'a semblé avoir affaire. Les combats s'y font à l'arme blanche, le mode de vie des peuplades rencontrées est plutôt primitif (vêtements, montures, villes fortifiées...) et si la magie est résolument absente de l'histoire, les facultés hors normes des personnages s'en rapprochent considérablement.

L'histoire elle-même est un classique de la fantasy puisqu'il est question d'une quête menée par un groupe de personnages aux talents complémentaires. Mais pas d'inquiétude, il ne s'agit pas d'une tolkienerie de plus. Avec Dunyach, l'important n'est pas l'objectif à atteindre mais le voyage en lui-même. Il s'attarde d'ailleurs beaucoup sur les préparatifs du départ, nous permettant par la même occasion de lier connaissance avec nos quatre aventuriers. 

Et là, question individualités, nous sommes servis. Il y a d'abord Jern, le jongleur globes-trotter que le mal des voyageurs contraindra bientôt à retourner sur sa planète d'origine. Il y a ensuite Aléna, la guerrière surentraînée et quasi invulnérable grâce à son symbiothe, Dorian l'enfant-encyclopédie qu'un trop plein de connaissance oblige à des logorrhées incessantes et enfin Olym le vieux poète en quête d'immortalité dont la voix recèle d'étranges pouvoirs. 

Quatre héros fort dissemblables et pas forcément sympathiques. Ils se jalousent, se tirent dans le pattes, se disputent le leadership mais sont également capables d'altruisme et parfois même d'amour. 

Heureusement d'ailleurs, car de l'entraide et de l'esprit d'équipe il leur en faudra une bonne dose pour surmonter les périls du voyage ! Religions curieuses ou dangereuses (les Paulhistes, les lanceurs de pierres), peuplades soupçonneuses ou hostiles, cauchemars-vivants des enfants-dormeurs : ils trouveront largement de quoi employer leurs talents avant l'ultime épreuve. 

Entre-temps, nous auront découverts avec eux les coutumes et les objets les plus surprenants tels les Kades, ces fruits nocifs dont les habitants de Manne se débarrassent en les offrant aux touristes, les cristaux de Ta'Ha qui boivent lentement la vie de ceux qu'ils embellissent ou les mues des nageurs des sables améliorant le toucher et l'agilité de ceux qui s'en font des gants.

C'est donc à un joli voyage plutôt qu'à une épopée guerrière que nous convie l'auteur. Une aventure où les découvertes de lieux et de personnes priment les combats et ou les personnages se révèlent dans leur entièreté. Personnellement, je ne m'en plaindrais pas.

Fleuve Noir Anticipation - 1987

 

9 mai 2013

LE BOURG ENVOUTE - B. R. BRUSS

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A la recherche de "matière" pour son prochain roman, un jeune écrivain de littérature fantastique décide de séjourner à Guilclan, petit bourg médiéval de la côte écossaise. Malgré une ambiance pesante et des habitants peu diserts il s'attarde dans la petite bourgade et s'éprend d'une jeune héritière de la noblesse locale. Mais ses amours vont se trouver contrariées par une série de morts suspectes et les révélations de sa dulcinée.


Bien qu'écrit en 1964 par un auteur français, ce livre possède toutes les caractéristiques du roman gothique britannique. La présence du surnaturel (malédictions, sortilèges), des personnages bien typés (la beauté tentatrice, la pure vierge, les sorciers) et un rien d'exotisme (les origines égyptiennes des Ludmar) constituent en effet autant d'éléments propres à ce courant littéraire du XIXème siècle. 

Sans oublier bien sûr le décor médiéval avec ce qu'il faut de châteaux ou de souterrains et, pour faire bonne mesure, une lande de sinistre réputation. Tout cela contribue à distiller une ambiance sombre et angoissante encore renforcée par un climat gris et pluvieux et la morosité des villageois. Des individus souvent inquiétants (les poète fou, les trois boiteuses) et semblant dissimuler de terribles secrets.

L'intrigue est elle aussi conforme à ce que l'on s'attend à trouver dans un roman gothique, savoir la résurgence d'évènements lointains. Ici, nous assistons aux derniers rebondissements d'une vendetta pluri-centenaire entre deux clans : les Salforth et les Ludmar.

On s'y affronte à coups d'envoûtements, de sorts et d'amulettes sans dédaigner à l'occasion le revolver ou l'arme blanche. Quant au pauvre héros il ne sortira pas indemne de son séjour, à la fois enjeu entre les deux camps et amant déchiré entre deux femmes.

Alors on a beau savoir que l'inéluctable se produira, (le narrateur nous le laisse entrevoir dès les premières pages), on se laisse malgré tout happer par l'atmosphère de mystère qui règne à Guilclan et on attend avec impatience le tragique dénouement de cette lutte souterraine.

Fleuve Noir - Super Luxe - 1980

 

9 mai 2013

EMERGENCY ! - PIET LEGAY

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Le haut conseil galactique a décidé d’envoyer une expédition scientifique sur Myzar, planète dont on subodore qu’elle recèle une forme de vie intelligente. C’est Univers-T, un astronef gigantesque dont l’équipage est composé de techniciens et de chercheurs, qui est chargé de la mission sous la protection d’un vaisseau commandé par l’intrépide Rod Tilly. Pendant ce temps, sur une lointaine station orbitale, un journaliste cherche à connaître les raisons qui motivent ces recherches. 

Ce roman, le premier que je lis de cet auteur, m’a laissé un sentiment mitigé. A première vue, Piet Legay semble avoir du métier. Il sait en tout cas nous faire pénétrer rapidement dans un univers de space opera convaincant, concocter une petite intrigue accrocheuse et mettre en scène des personnages crédibles. 

Et pourtant, une fois le livre terminé, j’ai eu la sensation que tous ces efforts avaient été déployés en vain. Un peu comme si on utilisait l’Orient Express sur une ligne de banlieue ou le concorde pour un Paris Orléans ! 

A quoi sert en effet de prendre son temps pour décrire station orbitale et vaisseaux spatiaux de façon très précise (et très plaisante je tiens à le préciser) pour n’en faire qu’un usage très limité ? Pourquoi gaspiller tout un chapitre à nous présenter deux des personnages, leur physique et leurs traits de caractère, initier une idylle entre eux et finalement les utiliser à minima ? A quoi bon consacrer presque un chapitre sur deux à l’enquête que mène un journaliste si cela n’a aucune influence sur l’histoire ?

C’est dommage. D’autant plus que la chute n’est pas mal trouvée et a le mérite de nous présenter une rencontre du troisième type (ou plutôt une non rencontre) assez originale. 

Ce livre aurait assurément mérité une cinquantaine de pages supplémentaires et surtout un peu plus d’action.

Fleuve Noir Anticipation - 1990

 

9 mai 2013

LE BARON BAGGE - ALEXANDER LERNET-HOLENIA

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En Hongrie, pendant la première guerre mondiale, une escouade de cavalerie autrichienne subit une violente attaque au cours de laquelle le lieutenant Bagge est blessé. Ses camarades et lui-même trouvent refuge dans une petite bourgade où de sympathique villageois les accueillent chaleureusement. Bagge y est soigné et, à quelques jours de là, rencontre une jeune femme dont il tombe éperdument amoureux. Mais bientôt, des indices le font douter de la réalité des choses. Les villageois sont-ils bien vivants ? Et lui-même, n’est-il pas en train de rêver ?  

Le baron Bagge est un bel exemple de réalisme fantastique, genre qui se joue de la frontière parfois ténue entre monde réel et univers merveilleux. 

Dans ces récits la réalité la plus prosaïque est corrompue par l'irruption d'un élément d'ordre surnaturel ou pour le moins étrange (Mars en bélier). D'autres fois, c'est le rêve qui a toutes les apparences de la réalité et nous le prenons pour tel jusqu'à ce que l'on réalise notre erreur à quelques menus indices (Le baron Bagge). Dans les deux cas nos certitudes sont mises à mal et, toujours, l'auteur nous laisse le soin de nous déterminer en faveur de l’une ou l’autre explication. 

Au cas présent, l’hypothèse la plus crédible est celle du délire d’un homme blessé au combat. Pourtant, le principal intéressé a fait le choix inverse. Un choix assumé et jamais démenti puisque, vingt ans plus tard, il est toujours fidèle à celle qu'il considère comme son épouse. 

J'ai trouvé cette volonté de croire en l'impossible particulièrement touchante, à la fois infiniment pathétique et incroyablement belle. Quelque chose comme une profession de foi romanesque, une adhésion au rêve charmante bien que vouée à l'échec.

Un livre à rapprocher de l’Atlantide de Pierre Benoît, et particulièrement de sa fin qui voit le capitaine Morhange retourner vers Antinéa alors même qu’il sait qu'elle n'est pas d'essence divine et qu'un sort funeste l'attend.

Actes Sud - Babel - 1993

 

9 mai 2013

LE GUERRE DES MOUCHES - JACQUES SPITZ

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Partie des plaines du Laos, une gigantesque invasion de mouches se répand sur tout le continent asiatique. Sur son passage, les épidémies se multiplient et déciment les populations. Bientôt c'est au tour de l'Afrique d'être touchée et l'Europe elle-même se prépare à affronter l'assaut des dangereux insectes. Car la musca errabunda ne semble pas être un diptère ordinaire et Juste-Evariste Magne, un jeune entomologiste français, lui soupçonne même une certaine forme d'intelligence. Les faits lui donneront raison et, devant un ennemi innombrable et déterminé, l'espèce humaine va devoir lutter pour sa survie. 

« Juste-Evariste Magne, né à Cahors, dans le lot, troisième fils d'un tonnelier, avait échappé de justesse au ridicule d'être prénommé Charles, comme son père. Il le devait à sa mère, dont le jugement fut peut-être éclairé par l'approche de la mort : elle mourut en effet trois jours après la venue au monde du nouveau-né ». Ces premières lignes de "La guerre des mouches " donnent le ton de ce roman, véritable petit chef d'œuvre d'humour et de dérision. 

Porté par une écriture extrêmement plaisante, il distille une ironie acerbe mais furieusement drôle. Mine de rien, avec l'air de ne pas y toucher, Jacques Spitz assène petites piques et banderilles sanglantes. Il brocarde les militaires et les scientifiques plus avides d'honneur que d'efficience. 

Il dénonce l'incurie des institutions incapables d'agir en dehors de leurs schémas habituels et l'égoïsme des nations refusant de s'unir contre la menace bourdonnante pour des raisons souvent ridicules : les britanniques se croient protégés des mouches par leur insularité, les soviétiques voient en elles des agents troskystes et le Vatican s'interroge sur l'opportunité de les évangéliser ! 

Jacques Spitz s'amuse aussi énormément à nous décrire une géopolitique de fantaisie ou les noirs du sud des Etats-Unis font sécession et rétablissent l'esclavage...des blancs, où Israël et les pays arabes sont contraints de faire cause commune et où la péninsule ibérique connaît sa seconde guerre d'Espagne. 

Bref, un roman absolument jouissif, regorgeant de situations cocasses ( ah l'attaque de Bayonne !) et de sentences bien choisies dont voici, pour finir, un fort bel exemple : "L'homme, plantigrade pesant, de constitution fragile, aux sens assez obtus, n'ayant que quatre membres dont deux consacrés à la locomotion, n'avait, pour assurer sa suprématie sur les espèces animales, que son intelligence". Une intelligence dont il ne conservera plus longtemps le monopole, pour son plus grand malheur mais aussi pour notre plus grande joie. 

Alors, si ce n'est déjà fait, précipitez-vous sur cette vieillerie de 1938 que tout amateur de SF et de bonne humeur se doit d'avoir lu !

Marabout - 1970

 

8 mai 2013

LE MONDE VERT - BRIAN ALDISS

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Quelques millions d’années dans le futur, la Terre est une planète proche de sa fin, qui a cessé ses révolutions autour du soleil et présente toujours le même hémisphère à cet astre. Conséquence de cette situation, la flore s’est mise à se développer de façon anarchique et incontrôlée jusqu’à devenir l’espèce dominante de la planète. Les rares humains ayant survécus ont régressé à un stade tribal et mènent une vie précaire dans les bas étages de la sylve monstrueuse. 

J’ai éprouvé beaucoup de difficultés à m’intéresser aux mésaventures de ces pauvres humains bien démunis face à un environnement plus que périlleux. Et périlleux est un euphémisme. Il en meure tant dès les premières pages du livre qu’on a peine à croire que d’aucuns survivront assez longtemps pour permettre à l’auteur de finir son récit. Et cette hécatombe rend vaine toute tentative de s’attacher à l’un ou l’autre des personnages, tant leurs désirs, leurs envies semblent illusoires et voués à l’échec.

L’intrigue se résume bientôt à une longue fuite en avant, ponctuées de rencontres souvent désagréables, parfois drôles, mais toujours dangereuses. D’ailleurs, le véritable intérêt du roman réside dans la descriptions des quelques peuplades rencontrées par les héros et surtout dans l’infini variété de forme et d’aspect empruntée par la végétation. Ces descriptions sont l’occasion pour l’auteur de lâcher la bride à son imagination et d’inventer les plantes les plus folles qui soient ainsi que leurs noms bien jolis et forts évocateurs.

Le tout m’aura tout de même paru bien longuet, peu intéressant et ne me laissera pas un souvenir impérissable.

J'ai Lu - 1984

 

8 mai 2013

COURSE VERS PLUTON - VARGO STATTEN

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Un météore d'une taille peu commune a heurté Pluton et provoqué des radiations qui menacent de faire exploser la planète, bouleversant ainsi l'équilibre du système solaire. Le président de la fédération mondiale décide d'affréter au plus vite un vaisseau chargé d'enrayer la menace radioactive. Le commandement en est confié à Mark Rapier alias "Côtes de fer", le meilleur mais aussi le plus intransigeant des capitaines de l'armée sidérale. En compagnie de deux volontaires et d'un équipage recrutés dans les bas fonds, il s'envole bientôt pour un voyage long et périlleux. Mais arriveront-ils à temps ?


Le thème de ce livre est proche de celui « d'Armaggedon », film dans lequel Bruce Willis et une bande de bad boys sauvent la Terre d'un dangereux météore. Un bon gros nanar que j'ai visionné sans trop de conviction mais qui s'avère finalement bien meilleur que ce bouquin insipide. 

Car que dire de cette course contre la montre désespérément plate et ennuyeuse où l'auteur se borne à nous décrire les accélérations successives du vaisseau pour tenir ses délais et leurs redoutables effets sur l'organisme des passagers ? Ma foi pas grand chose ! 

Oh, il y a bien une tentative de sabotage et quelques escapades de passagers qui semblent tous avoir quelque chose à récupérer dans l'espace (qui un frère sur Jupiter, qui des diamants sur Uranus, qui des lichens sur Neptune...), mais ces péripéties n'apportent absolument rien au récit. 

De plus, Vargo Statten a une conception complètement désuète des voyages dans l'espace et des vaisseaux spatiaux. Le sien est doté d'une chambre de chauffe où des mécaniciens en bras de chemise enfournent du minerai dans une chaudière, il y des hamacs pendus dans la cambuse et les uniformes de l'équipage sont en flanelle !!! 

Enfin, comme si cela n'était pas suffisant, il faut aussi supporter une conclusion militaro-bienpensante sur l'honneur et le sens du devoir triomphant des intérêts particuliers. 

Alors bien qu'il s'agisse d'un des tous premiers FNA et que la couverture de Brantonne soit comme toujours superbe, ce livre n'ira pas prendre la poussière dans ma bibliothèque.

Fleuve Noir Anticipation - 1953

 

8 mai 2013

FAUSSE AURORE - CHELSEA QUINN YARBRO

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Sur une terre ravagée par la pollution et les catastrophes nucléaires, l’errance d’un homme et d'une femme, entre espoir et résignation.  

"Fausse aurore" est l'un des post-apo les plus triste et désespéré qu'il m'ait été donné de lire. Et ce n'est pas peu dire s'agissant d'un genre où il est rarement question de jolies fleurs et de petits zoziaux. 

Le livre reprend d'ailleurs la plupart des canons propres à ce type de littérature et c'est sans surprise que l'on y croise des communautés repliées sur elles-mêmes, des religieux illuminés et des pillards sans pitié. 

Mais, alors qu'il est souvent question de repartir de zéro et jeter les bases d'une nouvelle société, Chelsea Quinn Yarbro prend le chemin inverse et choisit de nous peindre l'agonie de la civilisation.

Grâce aux pérégrinations de Théa et Evan, elle nous fait découvrir des terres empoisonnées où les rares survivants trouvent à peine de quoi subsister. Elle nous fait ressentir la vacuité de leurs efforts dans un monde où méfiance exacerbée et violence aveugle règnent en maîtres. Un monde où tout espoir en l'avenir semble risible devant le manque de ressources, les malformations des nouveaux nés et la folie meurtrière des hommes. Les deux héros eux même n’ont plus guère d’illusions et cherchent juste à profiter au mieux des rares moments de joie qui s’offrent à eux. 

Un roman empreint d’une profonde tristesse mais néanmoins fort beau : le chant du cygne d'une planète moribonde.

Denoël - Présence du Futur - 1980

 

8 mai 2013

L'ERREUR D'ALEXEI ALEXEIEV - A. POLEISCHUK

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Alexeï Alexeïev vient à peine d'annoncer à l'un de ses amis une découverte qui selon lui va révolutionner le domaine de la physique, que son laboratoire est l'objet d'une inexplicable explosion. Le chercheur et toute son équipe se retrouvent prisonniers d'une masse translucide et incassable, à l'instar d'un bloc de glace. 

A peu de temps de là, un mirage céleste apparaît à heure fixe en divers points de la planète. Les scientifiques chargés de faire la lumière sur les causes du sinistre vont très vite soupçonner un lien de causalité entre les deux évènements. Mais leurs hypothèses les plus folles seront encore en-deçà de la réalité.


Ce roman est un curieux exemple "d'enquête scientifique". J'entends par là une enquête menée par des chercheurs (physiciens, météorologues, astronomes...) qui unissent leurs efforts pour déterminer la nature d'un curieux phénomène stellaire ainsi que le contenu des recherches auxquelles se livrait l'un des leurs. Par le biais d'observations, d'expérimentations, en interrogeant divers témoins ou en consultant notes et correspondance d'Alexeïev, ils essayent de remonter le fil de ses expériences et d'en appréhender toutes les conséquences. 

A première vue, cela peut paraître un peu aride et j'avoue m'être senti un peu perdu au milieu des champs gravitationnels et autres rayonnements électromagnétique. Mais, grâce à beaucoup de vulgarisation et quelques scènes plus légères, l'auteur parvient à rendre accessibles les discussions de toutes ces grosses têtes. Qui plus est, il réussit à maintenir le suspens jusqu'à une chute qui doit beaucoup à Einstein et sa théorie de la relativité. 

J'ai également été amusé de voir évoluer les personnages dans cette URSS qui n'existe plus, mais où il faisait apparemment bon vivre. Les paysans y sont heureux, le directeur du kolkhoze local est incroyablement serviable et même les rapports avec les affreux impérialistes américains sont on ne peux plus cordiaux. 

Mais Poleischuk pouvait-il écrire le contraire en 1963 ? Rien de moins sûr et les réflexions du professeur Topanov, très « soviétiquement correctes », en sont la preuve : "Ce que je crois, camarade, ce que je crois, ami, c'est que l'avenir de l'homme n'a pas plus de limites que le cosmos lui-même. Je crois que tout est Vie, que tout est résurrection. Voilà la vraie découverte d'Alexeï et en quoi résidera son authentique gloire. Grâce à lui, désormais, tout espoir raisonné peut-être certitude." 

Voilà qui témoigne d'une confiance absolue en l'être humain. Le triomphe de la raison sur la croyance, de la science sur l'obscurantisme. Tchernobyl n'était pas encore passé par là !

Hachette - Le Rayon Fantastique - 1963

 

8 mai 2013

CHUTE LIBRE - ALBERT & JEAN CREMIEUX

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Cinq terriens sont kidnappés par des extra-terrestres et emmenés sur la planète 54 pour d'y être étudiés.

Je ne suis pas certain que l'objectif premier des frères Crémieux ait été de nous proposer une histoire de pure science-fiction. 

Pour ma part, j'y ai plutôt vu un moyen de critiquer notre société bien « terrienne » au travers de certains de ses représentants les plus caricaturaux : le militaire, l'industriel, le poète... 

Certes, ces derniers évoluent sur une planète lointaine où ils découvrent des objets et des institutions surprenants ainsi qu'une façon de penser radicalement différente de la leur. Mais c'est surtout de leurs propres mentalités dont il est question et l'on découvre, en négatif et par opposition, leurs petits travers et leurs grands défauts. 

Cela nous donne une intrigue fort mince et  guère passionnante mais heureusement compensée par un humour agréable et une écriture solide. Un livre qui a beaucoup vieilli mais qui, justement, est sauvé par ce charme légèrement désuet que possède la SF des années 50.

Editions NéO - 1980

 

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