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8 mai 2013

LES CAVERNES DE L'ID - L. P. DAVIES

untitledDans une petite bourgade de la campagne anglaise, Edward Garvey semble être possédé par l'esprit d'un personnage étrange. Sa nièce, un voisin et surtout son médecin unissent leurs efforts pour lui venir en aide et parviennent à "l'exorciser". Mais l’entité a tôt fait de prendre possession du corps d’un vagabond et entreprend d’accomplir sa destinée... 

L. P Davies nous démontre avec ce roman qu'il ne suffit pas d'avoir une bonne idée pour écrire un bon livre. Et pourtant, la sienne était particulièrement originale et aurait pu aboutir à quelque chose de grandiose. 

Imaginez le personnage principal d’un roman s'emparer du corps de son lecteur et tenter de réaliser « pour de vrai » l’intrigue de l’écrivain. Vous en conviendrez, il y avait là matière à quantité de bonnes choses ! 

Malheureusement l’auteur n’a pas su exploiter toutes les possibilités qui s’offraient à lui et s'est contenté de nous proposer une banale histoire de possession. 

Un petit exemple de son manque d'envergure : c’est tout juste si les héros envisagent un instant de mettre la main sur l’ouvrage pour prendre connaissance de l'intrigue du livre et savoir à quoi s’attendre ! 

Bref, de l'imagination, mais bien mal exploitée. Presque de la confiture aux cochons.

Le Masque SF - 1975

 

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8 mai 2013

OSE - PHILIP JOSE FARMER

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Sur Ose cohabitent plusieurs races douées d'intelligence dont les humains et les Horstels. Les premiers, lointains descendants des terriens, sont regroupés en cité-états rivales et s'adonnent principalement à une activité agricole. Les seconds, semblables aux hommes exception faite de la longue crinière qui prolonge leur chevelure le long de la colonne vertébrale et se termine en une queue majestueuse, forment des communautés pacifiques et travaillent à l'occasion avec les humains pour les travaux des champs.

Jack Cage, fils aîné d'un propriétaire terrien, prend conscience de l'amour qu'il éprouve pour R'li, une horstel qu'il connaît depuis l’enfance. Mais dans une société où l'attirance pour une horstel est punie de mort, il aura fort à faire pour surmonter les préjugés de sa famille et les lois de son peuple et devra prendre une part active dans le conflit qui opposera les différentes cités humaines. 


"Ose" est un mélange réussi de planet opera et de steampunk. Philip José Farmer nous y propose une histoire palpitante où l'intrigue va s'épaississant et où il est question de sociétés secrètes, de progrès techniques, d'espionnage et de trahison, le tout dans un univers baroque où même les dragons ont leur mot à dire.

L'ambiance XIXème siècle y est très bien rendue, que ce soit grâce au décor ou aux mentalités, et l'on a un peu l'impression de revivre les premiers temps des colons britanniques en Amérique et leurs relations tendues avec les autochtones. De fait, l'attitude des humains à l'égard des Horstel rappelle irrésistiblement le racisme et l'extermination dont furent victime les amérindiens.

Dans ces conditions particulières, l'amour qui unit Jack et R'li est un véritable plaidoyer en faveur de la tolérance qui n'est pas sans rappeler celui d'un autre roman de Farmer : "Les amants étrangers".

L'action est également bien présente et l'on ne s'ennuie pas un instant. Evasions, meurtres et combats en tout genre rythment l'histoire et l'on frémira à plus d'une reprise pour la sauvegarde de nos héros.

Finalement, le seul petit bémol que j'apporterais à ce commentaire plutôt élogieux à trait à la conclusion du bouquin. Je l'ai trouvée un peu précipitée et l'intervention d’humains d’une autre galaxie n’était, à mon sens, pas franchement nécessaire à l’intrigue.

J'ai Lu - 1975

 

 

8 mai 2013

LE SIECLE DE L'ETERNEL ETE - JAMES BLISH

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Alors qu'il travaille sur un télescope révolutionnaire, l'esprit de John Martels est propulsé en l'an 25000. Là, il se retrouve prisonnier du réceptacle contenant le cerveau de Qvant, mémoire vivante et quasi immortelle de l'humanité. Il apprend de celui-ci que la Terre est entrée dans une ère tropicale et surtout que les humains ont considérablement régressé, à tel point que les oiseaux sont sur le point de les supplanter en tant qu'espèce dominante. 

Seul peut-être, l'accès à un super ordinateur situé au pôle sud permettrait à Qvant d'enrayer cette évolution et à John de retourner à son époque. Les deux "cerveaux" s'introduisent donc dans l'esprit d'un homme primitif et entreprennent de rallier l'antarctique. Mais ils devront auparavant échapper à des nuées d'oiseaux et se disputer le "leadership" dans cette entreprise.


La quatrième de couverture de ce bouquin m'avait semblé annoncer un chouette petit roman de voyage dans le temps. Une histoire classique et sans prétention dans laquelle un homme moderne viendrait à l'aide d'aimables barbares grâce à son astuce et ses connaissances. 

Mais au lieu de centrer son récit sur la lutte pour la suprématie entre une humanité déclinante et des oiseaux qui s'éveillent à l'intelligence tout en conservant le meilleur de leur instinct, James Blish s'attarde sur la rivalité entre deux esprits humains. Il se perd dès lors en discussions sans fin, agrémentées de notions absconses qui alourdissent l'histoire au lieu de l'éclairer. 

Le seul moment où l'on vibre un peu concerne la capture de Martels par les oiseaux. L'action semble alors décoller. On découvre les vilains zoziaux, leur organisation sociale et l'on se prend à espérer que l'heure du combat ait sonné. Grave erreur ! 

A l'exception d'une rapide évasion et d'un voyage dans les airs, le récit retombe dans ses travers et le verbiage scientifique reprend de plus belle. Quant à la guerre ultime entre humains et volatiles elle sera expédiée en quelques courts paragraphes. 

Ce livre de James Blish est donc en tout point décevant exceptées quelques notes d'humour à propos de la discrimination dont sont victimes aux Etats-Unis, les noirs, les mexicains et les pauvres en général.

Albin Michel - Super Fiction - 1975

 

9 mai 2013

OEDIPE ROI - DIDIER LAMAISON

untitledLe mythe d'oedipe, roi de Thèbes marqué par une destinée tragique.


Sur la couverture de ce roman il est indiqué "Traduit du mythe par Didier Lamaison". Une façon pour l'auteur de faire preuve de modestie et de s'éclipser derrière le célèbre mythe d'Œdipe.

Il faut dire que passer derrière Sophocle pour nous conter la triste histoire de ce roi parricide et incestueux relève de la gageure. Mais, à la différence du grand tragédien, il ne s'agit pas ici de théâtre mais d'une enquête policière, d'où la présence de ce livre dans la série noire.

Et c'est Oedipe lui-même qui joue les détectives pour confondre les meurtriers de Laios, le roi auquel il a succédé. Son enquête est bien sûr un peu particulière puisqu'il interroge aussi bien les témoins oculaires que les devins mais surtout parce que l'assassin qu'il recherche n'est autre que lui-même !

Cela nous donne en tout cas l'occasion de nous replonger dans ce classique grec auquel l'approche originale de l'auteur donne un petit coup de jeune. Le résultat en est vraiment sympathique, plus facile d'accès que la pièce de théâtre et cependant très respectueux de son illustre prédécesseur. J'en retiendrais plus particulièrement les dialogues entre Oedipe et Tirésias que j'ai trouvé forts savoureux.

Gallimard - Série Noire

7 mai 2013

LA FLAMME NOIRE - STANLEY G. WEINBAUM

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Après le gigantesque cataclysme qui a ravagé la planète, les Etats-Unis comme le reste du monde, sont retourné aux ténèbres de la féodalité et le territoire est morcelé en une multitude de villes-états et de communautés paysannes rivales et inégalitaires. Toutefois, une nouvelle renaissance s'annonce sous la houlette de Joaquin et Margareth Smith, des conquérants visionnaires et immortels qui tentent d'imposer leur paix au monde. A plusieurs siècles d'intervalle, il trouveront sur leur route deux hommes bien déterminés à s'opposer à leur projet.  

"La flamme noire" est un roman de SF qui aborde de nombreux thèmes à commencer par le post apo qui donne au récit son cadre général, mais aussi l'immortalité, le voyage dans le temps ou les manipulations génétiques. Mais ce livre est aussi et surtout un bel exemple de récit dystopique. 

La société mise en place par Joaquin Smith a en effet toutes les apparences de l'utopie qui a mal tourné. Son régime est quasi dictatorial et concentre tous les pouvoirs entre les mains de quelques immortels. La population est étroitement surveillée (des hologrammes qui vous suivent pas à pas, des caméras partout...) et toute protestation sévèrement réprimée. Pourtant, ce sont des considérations humanistes qui l'ont poussé à accaparer le pouvoir. 

L'expérience d'une longue vie et le retour à la barbarie dont il a été le témoin l'ont convaincus que les hommes faisaient trop souvent un mauvais usage de leur liberté et qu'il était nécessaire de leur imposer la paix, fut-ce au prix de leur libre arbitre. 

La peinture de ce monde sous contrôle permet à l'auteur quelques jolies réflexions sur le pouvoir mais aussi de chouettes descriptions d'une technologie qui se veut futuriste. Il est à ce propos amusant de constater que Stanley Weinbaum, enfant de son époque, a axé les découvertes de ses savants sur l'électricité et le nucléaire, des énergies encore relativement neuves et pleines de promesses dans les années trente. 

Il s'est aussi laissé aller à quelques idées farfelues dont ces "dormeurs" plongés en catalepsie volontaire pendant plusieurs siècles et qui espèrent à leur réveil jouir des intérêts accumulés de leurs placements. 

Il me faut enfin dire un mot de cette "Flamme noire" qui donne son titre au roman et illustre de si belle manière la couverture de ce livre. Immortelle comme son frère, Margaret Smith n'est malheureusement pas soutenue par le même idéal. Elle n'a pas devant elle de grand œuvre à réaliser et continue d'être la proie de ses désirs et de ses émotions. Elle succombera d'ailleurs à deux reprises à des hommes pourtant déterminés à entraver la politique de son frère et déjà engagés auprès d'une autre femme. Heureusement pour elle ces deux aventures ne connaîtront pas la même conclusion et Steinbaum terminera son récit sur une happy-end un peu surprenante et à contre-courant de son histoire. 

Un peu trop romanesque à mon goût, ce livre n'a pas trop mal vieilli et mérite qu'on lui consacre quelques heures. A condition de mettre la main dessus !

Hachette - Le Rayon Fantastique - 1956

 

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7 mai 2013

LE VIEUX ET SON IMPLANT - PAUL BERA

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L'implant de Laura vient de mourir et il lui faut en trouver un autre au plus vite. Les implants ce sont les vieux, les seuls à ne pas être atteint par l'épidémie de choléra qui a ravagé la majeure partie de la population mondiale. Les jeunes, eux, doivent vivre à proximité d'un implant, rester à son contact pour ne pas subir les assauts de la maladie. Sans lui c'est la mort assurée, en 3 jours, pas plus. Laura finira par trouver son implant, des implants même. Des ordures qui profitent de la situation et d'autres, plus sympas, qui la protégeront. Elle rencontrera aussi quelques jeunes dont Pil échappé d'un de ces mystérieux refuges et qui détient sans le savoir la clé d'un vaccin

La lecture de ce roman m'a laissée une impression mitigée. Il comporte d'excellentes idées au premier rang desquelles cette maladie qui n'épargne que les anciens et oblige les jeunes à rechercher leur présence, quitte à accepter toutes les compromissions. 

Une thème intéressant qui, une fois n'est pas coutume, fait la part belle aux personnes âgées. D'aucuns y verront même un gigantesque pied de nez au culte de la jeunesse et, à tous le moins, un clin d’œil ironique sur la place et le rôle de nos aînés.

Mais Paul Béra n'en fait pas pour autant des saints car, pour être vieux, ils n'en sont pas moins des homme avec leurs qualités et, bien sûr, leurs défauts. On en croisera donc de toutes sortes. Des profiteurs et des revanchards mais aussi des victimes "parasitées" par des groupes de jeunes qui se relayent auprès d'elles comme des puces sur un chien.

On trouve aussi dans ce livre, par touches, une jolie démonstration sur la façon dont une religion peut voir le jour. Comment, le temps aidant, un chercheur acquiert le statut de divinité. Comment ses discours ou les écrits qu'il a pu laisser sont "récupérés", dénaturés puis transformés en "parole d'évangile". Comment des rites sont initiés et un culte créé. 

Bref, de bien bonnes choses, mais traitées un peu par-dessus la jambe, comme si l'auteur était pressé d'en finir et se contentait de jeter ses idées sur le papier sans chercher à en tirer le meilleur. 

C'est dommage car, au final, nous n'avons qu'un petit livre sympathique et original au lieu de l'excellent roman post-apocalyptique auquel Paul Béra aurait pu aboutir. Mais ça n'est déjà pas si mal !

Fleuve Noir Anticipation - 1975

 

 

 

6 mai 2013

DERIVE - MILAN

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Eden est une île spatiale, un immense satellite artificiel où l'humanité à trouvé refuge lorsque la Terre est devenue inhabitable. Enfin, une petite part de l'humanité. Dix millions d'individus seulement dont la moitié de clones. Car sur Eden, chaque citoyen à son clone, copie conforme de l'original à l'exception de ses mains noires. Parce que, tout de même, faudrait voire à ne pas se tromper de personne. Les clones ont beau être le reflet fidèle de leurs originaux, ils n'ont pas les même droits. Ils n'en ont même aucun et sont, la plupart du temps, honteusement exploités, quand ils ne servent pas de banque d'organe. Et si, par extraordinaire, l'original décède avant lui, le clone est supprimé dans la semaine qui suit ou bien finit dans l'arène.

Aussi, quand Roy Gurdhal est assassiné, son clone sait qu'il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre...mais peut-être assez  pour tenter de faire triompher l'idée de l'égalité entre hommes et clones. D'autant que celle-ci a ses défenseurs, à commencer par la fiancée du défunt Roy. Mais elles a aussi de redoutables ennemis dont Manuel Rissi, le dangereux chef de la secte des pénitents.


Confus et inabouti sont les deux mots qui me viennent à l'esprit à propos de ce roman.

Confus parce que le lecteur s'y trouve submergé par une multitude de personnages dont beaucoup ne font pourtant que des apparitions brèves et guère essentielles au déroulement du récit. Et comme il faut, la plupart du temps, compter avec leurs clones qui, à une lettre près, portent le même nom que leur modèle, je vous laisse imaginer le bordel !

Confus aussi parce que l'auteur multiplie les pistes et les points de vue ce qui, au lieu d'ajouter de la perspective au roman, nous embrouille davantage. On se perd ainsi entre l'enquête sur l'assassinat de Roy, les actions politiques ou terroristes des mouvements de libération des clones, les assassinats perpétrés par les pénitents, le complot ourdi par les K... Bien sûr, on imagine que les différents fils du récit se rejoindront tôt ou tard mais il n'empêche que çà ne facilite pas la compréhension de l'histoire.

Inabouti car, si l'assassin de Roy fini par être démasqué, bien des questions restent en suspens. Nous ne saurons notamment pas si le statut des clones est appelé à changer, et si oui quel peut-être leur avenir. D'ailleurs, en ont-ils seulement un, puisque, étant stériles, ils ne peuvent se reproduire. Dès lors, pourquoi donc continuer à en fabriquer de nouveaux si l'on met fin à l'exploitation dont ils étaient l'objet ?

Alors, malgré les révélations finales sur le Klone et l'identité de l'assassin, ce roman m'a paru bâclé. C'est d'autant plus dommage qu'avec deux volumes à sa disposition, Milan aurait pu prendre le temps de fignoler intrigue et ambiance. Il avait d'ailleurs de la matière comme le prouvent les têtes de chapitre qui apportent un éclairage intéressant sur la genèse des îles spatiales et sur la façon dont la société "édenite" s'est organisée autour du clonage.

Fleuve Noir Anticipation - 1988

4 mai 2013

LE MAITRE DES OMBRES - ROGER ZELAZNY

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Désormais immobile, la Terre est scindée en deux hémisphères que tout oppose. Une moitié éclairée où science et modernité s’épanouissent et une face obscure livrée aux ténèbres de la magie et de la féodalité.

Parce qu’ils l’ont trahit et lui ont volé l’une de ses vies, Jack des ombres s’est juré de punir les seigneurs du royaume de la nuit. Il lui faudra pour cela affronter les turpitudes de sa renaissance et les dangers de la face lumineuse. 

 

Ce court roman de Zelazny ne tient pas ses promesses.

Je m’attendais à découvrir une fantasy subtile jouant de l’opposition entre deux mondes, l’un moderne et cartésien, l’autre fantastique et médiéval. Or ce n’est pas le cas. La quasi totalité de l’histoire se déroule sur la face obscure tandis que l’autre n’est évoqué que le temps de deux brefs chapitres. 

C’est dommage, d’autant que le héros est censé y avoir passé plusieurs années, s’y être fait une situation, des relations, un ennemi et surtout, y avoir trouvé la clé de Kolwynia, c’est à dire le moyen d’accroître sa puissance. Nous n’en saurons d’ailleurs pas plus sur la nature de cette clé ni sur la façon dont il se la procure. C’est comme çà. Il faut l’accepter, un point c’est tout.  Comme il faut accepter que sa vengeance soit expédiée en deux coups de cuillères à pot. Et là, c’est encore plus frustrant puisque cette vengeance constituait le moteur même de l’intrigue.

Alors que reste-t-il à évoquer dans la seconde partie de ce roman ? A vrai dire pas grand chose. L’auteur s’y perd en considérations pseudo philosophiques sur le pouvoir, l’immortalité et la conscience tandis que son personnage passe le plus clair de son temps en vaines discussions avec son âme. C’est lent, bourré d’allégories et j’ai beaucoup peiné pour en venir à bout.  

Je préfère Zelazny lorsqu’il est plus léger, moins ambitieux peut-être, mais en tout cas plus distrayant. Je garderais néanmoins en mémoire l’évocation de son royaume de la nuit, nouveau tartare où les immortels sont les prisonniers volontaires du rayon d’action de leurs pouvoirs.

Pocket SF - 1978

 

6 mai 2013

NOTRE CHAIR DISPARUE - G. MORRIS

untitledSerge Breguet est un ingénieur d'une quarantaine d'année qui travaille avec une équipe de chercheurs sur un générateur révolutionnaire. Mais, lors de son premier essai, la machine explose laissant Bréguet et deux autres scientifiques sur le carreau. Notre bonhomme a alors la surprise de se contempler de "l'extérieur" et de voir son corps ensanglanté emporté par les secours. Le voici devenu pur esprit, ectoplasme, fantôme.

Désorienté mais finalement pas si malheureux qu'on pourrait le penser, il assiste aux réactions de ses proches et à ses propres obsèques avant de se retrouver catapulté dans une autre dimension. Là, il retrouve les deux chercheurs victime du même accident et tous trois partent alors à la découverte de leur nouvel environnement. Mais alors qu'ils essaient d'en apprendre davantage sur leur situation, leur statut, leur avenir, une mystérieuse boule d'énergie s'en prend à eux...


Les cinquante premières pages de ce roman sont fort sympathiques. La prise de conscience par le héros de son statut de fantôme y est très bien rendue et donne lieu à quelques scènes sinon originales du moins très amusantes.

La suite, c'est à dire les deux autres tiers du livre, n'est en revanche guère passionnante. L'action y est quasi nulle et l'auteur nous noie dans un galimatias de considérations scientifico-métaphysiques assez indigeste. Il faut même se coltiner des jeux de mots assez passables et une philosophie de comptoir qui laisse à désirer. En voici d'ailleurs un petit bout : "J'y pense donc j'y suis", "Le suicide : un petit moment de courage pour une bien grande lâcheté", "L'enfer, ce n'est pas les autres, mais soi-même".

On a aussi l'impression qu'il ne sait pas très bien où il va ni comment clore son récit. Alors il balade ses personnages dans un univers dont la nature est indéterminée, leur fait rencontrer de vieux sages, une jolie naïade et laisse planer une menace d'origine inconnue.

Bref tout y est flou et le restera puisque la chute n'apporte que peu d'éclaircissements, les "qui suis-je ?, où suis-je ? où vais-je ? ne trouvant pas d'écho.

Heureusement, Gilles Morris a un style solide et sait manier l'humour. J'ai ainsi relevé quelques remarques acerbes quoique très justes sur la religion et les bigots et je ne résiste pas au plaisir d'en citer au moins une : "La communion, cette routine du symbole, cette satisfaction vague du rite accompli par prudence...une prime d'assurance sur la survie, payée à tempérament, chaque dimanche, dans le chœur suraigus des bigotes qui, n'ayant plus rien, décident subitement de tout donner à Dieu."

Rien que pour cette petite réflexion, je serais indulgent avec ce livre et ne vous inciterais pas à l'éviter. Alors, si vous l'avez dans votre bibliothèque...

Fleuve Noir Anticipation - 1981

6 mai 2013

FUHRER PRIME TIME - JOHAN HELIOT

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Shakira Miuy, présentatrice vedette de l'émission Elixir ADN et Cuzco son assistant,  peuvent être ravis. Ce soir les téléspectateurs sont au rendez-vous et la courbe d'audience atteint des sommets. Quoi de plus normal lorsqu'on anime un débat entre Elvis Presley et Adolph Hitler ! Ou plutôt entre leurs zombots, ces clones provisoires fabriqués à partir de leur ADN et appartenant aux états où reposent leurs restes. Mais, alors que l'émission prend fin, un commando parvient à kidnapper la réplique de Hitler et le pauvre Cuzco, va se retrouver mêler à un complot dont les enjeux le dépassent.


Sous ce titre un rien racoleur se cache un petit roman percutant et bien sympathique. 

Avec seulement une centaine de pages pour s'exprimer (collection Novella SF oblige) Johan Heliot  ne perd pas son temps en digressions superflues. Nous sommes de suite dans le vif du sujet, catapultés à une époque où les multinationales imposent leurs règles aux États et où marketing, parts de marchés et audimat règnent en maîtres. 

L'intrigue, menée tambour battant, s'avère finalement assez secondaire et sert de prétexte à une satire des programmes télés et, par ricochet, de notre société de consommation. Tout y passe. La présentatrice botoxée à outrance, les sondages d'opinion ridicules et orientés, l'absence d'éthique et la téléréalité la plus répugnante. Il y est aussi question de collusion entre élus et grands patrons et bien sûr, de clonage. 

Vive et acide, cette critique ne se prend toutefois pas au sérieux. Que ce soit dans la présentation décalée des personnages historiques (Hitler peroxydé et sans moustache), dans les patronymes utilisés (Salam Bo) ou encore dans le petit clin d'œil à Isaac Asimov (les lois de la zombotiques), l'humour est partout présent et nous donne une petite heure de lecture, le sourire aux lèvres. 

Editions du Rocher - Novelle SF - 2005

 

5 mai 2013

CHIEN BLEU COURONNE - RAYMOND MILESI

untitledEn cette fin de XXIème siècle, la Terre est une planète en sursis, menacée par la proximité d'un astre géant. Les survivants ont trouvé refuge au plus profond de ses entrailles et placent leurs derniers espoirs dans un hypothétique départ ou dans les travaux du Dr Muller. Celui-ci ambitionne en effet de faire remonter le temps à deux volontaires jusqu'en 1994, l'année de l'apparition de la planète géante. Son objectif : ramener Gaspar, seul astronaute à l'avoir visitée et qui, peut-être, détient une information qui permettrait d'enrayer l'inéluctable...


Roman étrange et déroutant que ce "Chien bleu couronné". Récit de fin du monde ? Histoire de voyage dans le temps ? Parabole sur l'existence et sur le rêve d'immortalité de l'espèce humaine ? Il y a un peu tout cela dans ce livre. Pelle-mêle.

Alors, il faut bien se concentrer pour ne pas perdre le fil et comprendre où l'auteur veut nous emmener. Les époques (1978, 1994 et XXIème siècle) s'entremêlent et les destins se croisent. Les scènes se répètent ou sont rejoués par des protagonistes différents. Les lieux (une maison, une rue) ou les objets les plus anodins (une serpillière) peuvent avoir leur importance. Sans compter ce fameux chien bleu et sa couronne de sang, personnage récurrent et ô combien important.

Mais malgré cette apparente confusion, tout se tient et trouvera sa justification ou son explication. Pas de fin avortée ou tournant en eau de boudin, mais une vraie conclusion, noire et assez surprenante. A découvrir.

Fleuve Noir Anticipation - 1991

5 mai 2013

L'OEIL DERRIERE L'EPAULE - JEAN-PIERRE ANDREVON

untitledParce que sa femme ne supporte plus de vivre à Los Angeles, Jon Woolwright accepte d'emménager à Harmony, une petite bourgade située à plus de deux heures de route de la mégalopole. Mais il a tôt fait de regretter sa décision. L'existence trépidante qu'il menait auparavant lui manque et, surtout, l'intrusion de plus en plus insistante de ses voisins dans sa vie de famille l'agace au plus haut point. Déterminé à ne rien changer à son mode de vie, il entre en résistance face à la petite communauté bien pensante. Mais il ignore à qui il a réellement affaire. 


Voici un excellent thriller qui monte lentement en puissance jusqu'à un dénouement que l'on sent bien un peu venir mais qui tient quand même toutes ses promesses.

Jean-Pierre Andrevon prend tout son temps pour mettre en place ses personnages en s'attachant plus particulièrement à la personnalité de Jon Wolwright, narrateur et principal acteur de l'histoire.

Ce récit à la première personne nous permet de ne rien ignorer des pensées et sentiments qui l'animent et nous pouvons ainsi observer son bon vouloir des premiers temps céder la place à l'exaspération, puis à l'inquiétude et la colère. Ses relations avec son épouse sont également au centre de l'histoire puisque cette dernière va suivre le cheminement inverse et accepter de se couler dans le moule communautaire.

Il est d'ailleurs particulièrement intéressant de découvrir la "persuasion" dont la communauté d'Harmony fait preuve à l'égard de ses nouveaux membres. De petites remarques (ce n'est pas très convenable) en reproches, de séances d'autocritiques (ou plutôt des confessions publiques, nous sommes au USA que diable !) en menaces, l'araignée dévoile l'étendue de sa toile et la férocité de ses appétits !

Au final, un bien bon roman sur le thème de la difficile coexistence entre libre arbitre et poids des conventions, individualisme et société, mais surtout une vive critique de l'Amérique des WASP et de la sécurité à tous crins.

Le Masque - Collection de romans d'aventures - 2001

5 mai 2013

LES FORCEURS DE BLOCUS - JULES VERNE

untitledEtranglés par les troupes de l'union, les États confédérés sont prêt à vendre à vil prix leurs stocks de coton en échange d'armes et de munitions. Le jeune et fougueux James Playfair parvient à convaincre son oncle, un riche négociant de Glasgow, de l'intérêt de commercer avec eux et obtient ainsi le commandement d'un steamer. Accompagné d'un équipage expérimenté le voici donc fermement décidé à faire fortune en déjouant la surveillance des navires nordistes. Mais deux passagers de dernière minute vont venir lui compliquer la tâche...

« Les forceurs de blocus » est une novella assez méconnue dont on se demande si elle a réellement sa place parmi les "voyages extraordinaires". On n'y rencontre pas de savant visionnaire ni de maître du monde, pas d'invention révolutionnaire, pas de contrées sauvages ou de terres inexplorées.

En fait, n'était son intrigue au demeurant bien mince, cette petite centaine de pages tiendrait presque davantage du reportage que du roman puisqu'il y est surtout question de l'un des épisodes clé de la guerre de sécession : le siège de Charleston.

Jules Verne a montré plus d'une fois son intérêt pour ce conflit qui ensanglanta les États-Unis. Il y fit allusion à plusieurs reprises (L'île mystérieuse) et lui consacra même un roman au titre on ne peut plus explicite : "Nord contre Sud".

Ici, il joue quasiment les journalistes en nous exposant de quelle manière les troupes de l'union firent le blocus de la ville de Charleston. Sa relation s'avère d'ailleurs très précise et riche de toutes sortes de détails (le nom des forts, l'emplacement des batteries de canons) et nous rappelle que Jules Verne était contemporain des faits.

Ceci étant dit, il faut bien admettre que ce roman est tout à fait mineur dans l'œuvre de l'auteur. Ainsi que je l'ai déjà dit, l'intrigue y est ramenée à sa plus simple expression : un allez-retour Glagow/Charleston émaillée de quelques combats et poursuites navales et d'une évasion à peine décrite.

Le tout est romanesque à souhait (ah la courageuse enfant partie sauver son pauvre papa, oh le brave capitaine prêt à risquer sa vie pour les beaux yeux de sa dulcinée !) et comporte quelques traces d'humour dues aux facéties de Crockston et au sens du commerce de Vincent Playfair !

Alors, pour la petite heure de lecture qu'il vous en coûtera, laissez vous tout de même tenter !

Glénat - Marginalia - 1978

5 mai 2013

ECHOS - RICHARD MATHESON

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Pour Tom Wallace et son épouse, tout pourrait aller pour le mieux. Ils viennent d'emménager dans un joli pavillon de banlieue, Tom à un bon emploi, les voisins sont charmants et Madame attend un heureux événement. Mais le soucis – car forcément il y en a un – c'est que depuis une ridicule séance d’hypnose, Tom est visité chaque soir par le fantôme d’une jeune femme assassinée quelques années plus tôt. Et comme si cela n'était pas suffisant, il se découvre aussi des dons de médium ainsi que la faculté de lire dans les pensées. Sentant confusément que sa vie ne reprendra son cours normal que s’il découvre l’assassin de la revenante, il se décide à mener l'enquête. 


Ce livre aurait pu n'être qu’une énième histoire d’enquête policière résolue par un individu doté de pouvoirs paranormaux. Un peu comme dans ces séries américaine à rallonge, les « Dead zone » ou « Médium », qui enchaînent les saisons comme on enfile des perles. 

Mais, fort heureusement, l'auteur n'est pas tombé dans le piège du héros tout puissant qui fait systématiquement échec aux hordes de psychopathes qui menacent les jolies femmes et les petits n'enfants. Il a au contraire choisi de présenter les dons de son héros comme un fardeau difficile à porter. 

Ainsi, les apparitions du fantôme lui font craindre la tombée de la nuit et l’empêchent de trouver le sommeil, l’irruption dans sa tête des pensées de ses voisins plombent leurs relations et ses prémonitions finissent par miner son couple (surtout depuis qu’il a prédit la mort prochaine de sa belle-mère). 

C’est donc un homme physiquement et psychiquement amoindri qui se retrouve contraint d’utiliser des capacités qu’il ne comprend ni ne maîtrise afin de résoudre une énigme qui ne le concerne même pas. 

Thriller original et palpitant, « Échos » parvient à conserver son suspense intact jusqu'à la fin.

Rivages - Noir - 2000

 

5 mai 2013

LE RAT BLANC - CHRISTOPHER PRIEST

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Une situation économique et humanitaire désastreuse pousse l'ensemble des africains à immigrer vers l'Europe occidentale. En Angleterre, les autorités sont très vite dépassées par les problèmes liés à cet afflux massif d'hommes et de femmes et les moyens de subsistance commencent de manquer. La tension ne tarde pas à monter entre les communautés et bientôt les affrontements ethniques commencent. Un homme à la recherche de sa femme et de sa fille se souvient des prémices de la catastrophe et tente de survivre dans cet environnement hostile.


C'est à une apocalypse originale que nous convie Christopher Priest. Une apocalypse sans extra-terrestres, sans bombe atomique ni épidémie. Ici, la fin du monde est beaucoup moins spectaculaire mais tout aussi redoutable puisque c'est la société britannique qui se délite et implose sous l'effet d'une confrontation entre anglais de souche et immigrés de fraîche date.

Le fil du récit est un peu difficile à suivre en raison d'une chronologie approximative (la mémoire du narrateur fait des va et vient !) mais permet de revenir sur tous les moments clés de ces évènements dramatiques.

Nous assistons de la sorte à l'arrivée des premiers réfugiés sur des "boat peoples" et ressentons l'émoi et la compassion que leur calvaire suscite au sein de la population britannique. Puis vient le temps des premiers heurts lorsque logements, travail et nourriture viennent à manquer et qu'il faut choisir entre générosité et repli sur soi. Enfin les dernières traces d'humanité disparaissent lorsque la guerre civile entre "Blancs" et "Afrims" s'installe avec son cortège d'atrocités.

Tout cela nous est raconté fort simplement sans que l'auteur prenne parti pour l'un ou l'autre camp. Personne, pas même le personnage principal, n'y est ni tout blanc, ni tout noir et chacun essaye de survivre dans cette société qui se désagrège.

Un bouquin franchement pas gai mais bien intéressant car les évènements qu'il relate nous renvoient à un futur peut-être pas si lointain !

Presses de la Cité - Futurama - 1976

 

 

4 mai 2013

SHAMBLEAU - CATHERINE L. MOORE

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Recueil de neuf nouvelles mettant en scène Northwest Smith, aventurier spatial confronté aux mystères des civilisations millénaires de Vénus et de Mars. 

Bien que se déroulant très clairement dans un univers de science-fiction, les nouvelles de ce recueil sont plutôt d’inspiration fantastique.  

Dans la plupart d’entre elles, Northwest Smith est le témoin et parfois la victime, d’entités étranges et dangereuses, vestiges d’anciennes civilisations. Ainsi dans « Songe vermeil », « Juhli » ou encore « L’arbre de vie », il doit tour à tour combattre une chose qui se nourrit de sang, une sorcière qui s’abreuve d’émotions et un arbre qui capte la vie de ses victimes. 

Ma préférence va toutefois à deux nouvelles dont les intrigues diffèrent un peu de ce schéma : « La soif noire » où un curieux personnage entretient un élevage de femmes toutes plus belles les unes que les autres et « Yvala » sorte de nouvelle Circé qui asservit l’esprit des hommes dans le corps de divers animaux. Il convient aussi de dire un mot de la nouvelle qui donne son titre au recueil et de cette Shambleau, vampire moderne se nourrissant de la force vitale des hommes qu’elle séduit.

Pour ce qui est du style il faut convenir que l’écriture de C. L Moore est irréprochable (elle était universitaire), et que les mots et expressions sont parfaitement pesés et choisis. Mais Dieu ce que cela est lent, ennuyeux et peut manquer de punch ! L’ami Northwest est pourtant présenté comme un dur à cuire qui n’hésite pas à se servir de son pistolet thermique. Or, la plupart du temps, il reste étonnamment passif et ne doit son salut qu’à l’intervention d’une charmante compagne ou de Jarol, son ami vénusien.

En bref, une SF bien sage, mais inventive et remarquablement écrite.

J'ai Lu - 1973

 

4 mai 2013

TRANSE DE MORT - GRAHAM MASTERTON

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La vie de Randolph Clare bascule le jour où sa femme et ses trois enfants sont sauvagement assassinés. Accablé par le chagrin, il hésite sur le sens à donner à son existence lorsqu’il apprend que certains hindouistes ont le pouvoir d’entrer en contact avec les morts. Voyant là le moyen de retrouver ses proches il se lance à la recherche de l’un de ces initiés. Mais sa route sera semée d’embûches et il lui faudra affronter la dangereuse déesse Rangda ainsi que les tueurs psychopathes responsables de la mort de sa famille. 

Ames sensibles s’abstenir ! Graham Masterton ne ménage pas la sensibilité de ses lecteurs et il faut avoir le cœur bien accroché pour supporter la description des sévices qu’il fait subir à ses personnages. C’est, paraît-il, sa marque de fabrique. On m’avait prévenu et je savais donc à quoi m’en tenir. J’ai malgré tout été désarçonné par la crudité de certaines scènes ainsi que par la froideur et la précision dont il fait preuve pour dépeindre tortures et mutilations.

L’histoire est en revanche plus conventionnelle. Il s’agit d’une intrigue criminelle relativement classique sur laquelle vient se greffer un peu de fantastique en la personne de la déesse Rangda, membre éminent du panthéon hindouiste. Mais cet aspect surnaturel n’apporte finalement pas grand-chose au récit sauf, peut-être, une conclusion moins banale que l’arrestation ou la mort des « méchants ».

Ceci étant, le style et l’ambiance de ce livre m’ont bien accroché et cet auteur est pour moi une vraie bonne découverte.

Editions NéO - NéO Plus - 1991

 

4 mai 2013

LA TERRE ENDORMIE - ARCADIUS

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A la suite d'une expérience qui a mal tourné, tous les mammifères de la planète, dont les hommes, se trouvent plongés dans un profond sommeil. Seuls sont demeurés éveillés les quelques savants responsables de la catastrophe, leur commanditaire et ses hommes de mains. Tandis que les premiers cherchent un remède à Londres ou Paris et que les autres jouissent de la situation, la végétation en profite pour reprendre ses droits ! 


C'est la couverture de ce livre trouvé chez mon bouquiniste favori, qui m'a incité à en faire l'acquisition. Difficile en effet de résister à la vision de ces immeubles submergés par une végétation luxuriante et à son titre accrocheur quand on est, comme moi, amateur de récits post-apocalyptique.
Car voyez-vous, ces quelques indices associés au résumé de la quatrième de couv' m'ont immédiatement fait penser à un livre du genre. Ce en quoi je n'avais pas tout à fait raison. 

On ne peut en effet pas vraiment parler de post-apo à propos de ce roman puisque c'est surtout la catastrophe, sa genèse, son déroulement et les bouleversements qu'elle induit qui intéressent l'auteur. L'après, le comment les survivants s'organisent n'est pas envisagé et, de toute manière, l'histoire se termine sur la promesse d'un retour à la normale. 

En fait, si je devais lui trouver une filiation, ce serait plutôt avec les romans catastrophes de "l'école britannique" et plus particulièrement avec les "Triffides" de John Wyndham car, dans ces deux livres, l'humanité est victime d'un fléau qui permet au règne végétal d'occuper le devant de la scène. 

Pour ce qui est de l'écriture, des dialogues ou du rythme, on est bien dans le ton de ce qui se faisait en France au début des années soixante. C'est particulièrement sensible avec les personnages qui demeurent assez convenus : un héros fort et néanmoins intelligent (c'est un chercheur !), une héroïne belle et volontaire (c'est une journaliste !) et un méchant tout à fait caricatural, à la fois savant fou et milliardaire mégalomane. Il y a même le petit détail qui tue avec cette inquiétante main métallique dont paraissent dotés tous les affreux de la littérature populaire ! 

On notera malgré tout quelques scènes de violence gratuite qui surprennent et dénotent dans ce livre par ailleurs bien sage. On y voit ainsi des soudards faire des cartons sur les passants endormis, en défenestrer quelques autres ou assister comme au spectacle au déraillement de trains que la main de l'homme n'est plus en mesure d’arrêter. 

Nous avons aussi quelques belles descriptions d'un Paris non pas désert, mais figé. Un peu comme si le temps s'était arrêté, transformant la ville en un gigantesque musée Grévin. Plus loin, l'auteur nous propose une jolie peinture d'une nature émancipée et comme prise de frénésie. Des rosiers barbelés, des lianes serpentines et des fleurs carnivores s'attaquent à de pauvres humains transformés en gibier. 

Lisez-le ! C'est classique mais néanmoins surprenant, désuet mais original.

Hachette - Le Rayon Fantastique - 1961

 

3 mai 2013

LES HOMMES STELLAIRES - LEIGH BRACKETT

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La vie de Michael Trehearne bascule le jour où il rencontre Kerrel et Shairn, deux représentants de la race des Varddas qui reconnaissent en lui l'un des leurs et acceptent de le ramener sur leur planète natale : Llyrdis. C'est ainsi qu'il découvre la société Vardda et son peuple de commerçants et d'infatigables voyageurs, les seuls à avoir accompli la "mutation" qui permet de supporter les voyages interstellaires. 

Or, la technique permettant cette mutation a disparue 1000 ans plus tôt en même temps que son inventeur, Orthis. Depuis, les Varddas profitent d'un monopole commercial incontesté qui n'est pas sans soulever quelques rancœurs parmi les autres peuples. 

Après quelques aventures sur de lointaines planètes, Michael se rangera aux côtés des orthists, ces opposants qui souhaitent retrouver le vaisseau du célèbre inventeur et partager sa découverte avec tous les peuples de l'univers. 


J'aime bien de temps à autre me plonger dans un bon vieux space-opera comme en écrivaient les anglo-saxons dans les années 50/60. Cette fois-ci, mon choix s'est porté sur un roman de Leigh Brackett, connue pour ses cycles martiens mais aussi comme épouse de Edmond Hamilton, le papa du capitaine Flam. 

Le résultat fut conforme à mon attente. Des vaisseaux spatiaux en pagaille, des planètes à foison, des constellations, des spatioports, des humanoïdes, bref, tous les fondamentaux du genre étaient fidèles au rendez-vous. J'ai donc pu, quelques heures durant, goûter au charme un peu naïf de la science-fiction d'antan. 

Certains passages m'ont tout de même fait sourire et il ne faut pas être trop regardant sur les explications qui nous sont fournies concernant la propulsion des fusées ou la prédominance de la race humanoïde à travers l'univers. Un peu d'indulgence aussi pour la charmante idylle, très sage et bien proprette, vécue par le couple de héros et sur laquelle pèse la menace d'un dangereux rival ! 

Ceci étant et malgré son déroulement simple et conventionnel, ce roman est un peu plus profond qu'il n'y parait. Il pose en effet une importante question qui constitue d'ailleurs le cœur même de l'histoire : une nation peut-elle conserver pour elle seule une découverte scientifique ou bien doit-elle la partager avec les autres peuples ? Je dois avouer que j'ai été surpris de trouver une réflexion de ce genre dans ce roman. L'époque (1956) et la nationalité de l'auteur ne m'y avait pas préparés. La preuve qu'il ne faut jamais se laisser guider par ses préjugés !

Le Masque SF - 1974

 

3 mai 2013

LE MONDE AVEUGLE - DANIEL GALOUYE

untitledJared Fenton est le fils du Premier Survivant, chef de l'un des deux clans qui se partagent l'immense réseau de cavernes constituant tout leur univers. Un univers plongé dans une obscurité permanente et où tous ont appris à évoluer en se passant de la vue. Doté d'un esprit curieux, il espère trouver un jour la lumière dont parlent les légendes de son peuple. Mais ses recherches sont mal vues (ou plutôt mal entendues !) de la petite communauté déjà confrontées à bien des menaces. Les sources d'eau chaude nécessaires à leurs cultures se tarissent en effet les unes après les autres tandis que les Ziveurs, ces déviants dotés d'une vision infra rouge, multiplient les razzias dans leurs cavernes. Et comme si cela n'était pas suffisant, des êtres étranges semblent hanter leur monde souterrain.


Cela faisait longtemps que je n'avais lu un roman de SF aussi complet, avec des personnages au caractère fouillé, un univers cohérent et une intrigue simple et bien menée.

C'est donc avec beaucoup de plaisir que j'ai suivi les aventures de Jared à la recherche de la lumière. Ses doutes sur le bien fondé de sa quête, ses premiers émois amoureux, son sens du devoir et son dévouement envers sa communauté en font un héros particulièrement attachant.

Les autres personnages ne sont pas en reste et la jeune Della qui souffre de sa différence, les rivaux malintentionnés, les religieux dogmatiques et les chefs pragmatiques apportent au récit une jolie palette d'individualités.

L'univers souterrain où tout ce petit monde évolue bénéficie lui aussi d'une description minutieuse et les nombreux détails qui parsèment le récit (politique, agriculture, mythologie) contribuent à le rendre encore plus convaincant.

Quant à l'intrigue, mélange de roman d'apprentissage, de quête et de post-apo, elle est suffisamment dense pour nous tenir en haleine jusqu'à une chute qui se devine certes dès le début du livre mais qui est malgré tout fort bien amenée.

Mais le plus intéressant est sans conteste la façon dont l'auteur a su restituer les sensations de ces hommes et femmes évoluant dans une obscurité totale et permanente. Privés de la vue depuis plusieurs générations, ils ignorent à quoi ressemble la lumière et ont dû s'adapter en utilisant leurs autres sens : le toucher, l'odorat et surtout l'ouïe.

Pour mettre en scène le résultat de cette adaptation Daniel Galouye fait preuve d'une belle imagination. Les "pierres à échos" qui permettent de projeter des ondes sonores sur les parois et les objets afin de "visualiser" son environnement (à l'instar du sonar des chauves souris) en sont un bon exemple.

Plus étonnante encore est l'influence que cette primauté de l'ouïe sur les autres sens a eut sur le langage. Tous les mots ou expressions associés à la vue ont été bannis du vocabulaire ; le verbe "entendre" a totalement remplacé le verbe "voir" (on dira donc "audiblement" plutôt que "visiblement") et des mots désormais privés de signification comme "jour" ou "nuit" ont disparus au profit d'autres termes ("période" plutôt que "jour", "mi-sommeil" au lieu de "minuit").

Quelques mots encore au sujet de la religion de ce peuple qui trouve son fondement dans le cataclysme nucléaire survenu quelques générations plus tôt. Les références à la catastrophe y sont nombreuses et fort drôles, tels les noms des démons (Cobalt et son jumeau Strontium) ainsi que la Sainte Ampoule qui n'a pas grand-chose à voir avec celle de la cathédrale de Reims !

Remarquablement écrit, " Le monde aveugle " constitue à mon sens un exemple de SF intelligente et très abordable, ainsi qu'un bel exercice de style.

Denoël - Présence du Futuer - 1987

2 mai 2013

LE MONDE PERDU - ARTHUR CONAN DOYLE

untitledL'excentrique professeur Challenger prétend avoir découvert au coeur de l'Amazonie un plateau isolé et peuplé d'espèces animales du Jurassique. Mais, ne pouvant apporter la preuve de ses allégations devant l'assemblée de l'institut de zoologie, sa parole est mise en doute par le professeur Summerlee.

Afin de tirer les choses au clair il est alors décidé de monter une nouvelle expédition qui, outre Challenger et son détracteur, comprendrait deux observateurs impartiaux. Lord Roxton, chasseur émérite, et Edward Malone jeune et fougueux journaliste, se portent aussitôt volontaires. Après un long périple en Amérique du sud ils aborderont ce territoire plein de surprises extraordinaires et d'innombrables dangers. 


Ce roman de Conan Doyle est, après ceux consacrés à son célèbre détective, l'un de ses plus connus en raison des nombreuses adaptations au cinéma ou à la télévision dont il fut l'objet. Mais les adaptations étant rarement d'une fidélité exemplaire, je souhaitais découvrir l'œuvre originale.

Résultat : pas de déception mais pas d'enthousiasme non plus. Les personnage sont plutôt stéréotypés même si j'ai tendance à penser que l'auteur a volontairement forcé le trait pour leur apporter une dimension humoristique. Les professeurs Challenger et Summerlee sont présentés comme des caricatures de scientifiques, imbus d'eux même, avides de postérité et oubliant tout, même le danger, lorsqu'ils découvrent une espèce nouvelle ou un spécimen rare. Lord Roxton est le prototype de l'aventurier britannique, sûr de lui, dominateur et gardant son calme (pour ne pas dire son flegme) en toutes circonstances. Finalement, seul Malone apparaît tout à fait normal, ce qui, à la réflexion, est logique puisque ces aventures ne sont relatées par nul autre que lui-même.

Très amusantes également, les séances à l'institut de zoologie qui sont l'occasion d'insérer une petite critique de la société britannique, de son conservatisme ou de son snobisme. Les scènes d'action sont en revanche bien classiques et ne constituent pas, loin s'en faut, le principal intérêt du roman. Exception faite d'une bataille opposant une tribu primitive à des hommes singes, il n'est question que de survie dans ce monde primitif et de quelques dangereuses rencontres avec la faune locale.

En conclusion ce roman n'est pas le meilleur ni le plus étonnant de ceux traitant de la découverte de civilisations oubliées ou de terrae incognitae. Henry Rider Haggard ou Edgar Rice Burroughs ont fait beaucoup mieux et, question dinosaure, rien ne nous étonne plus depuis Jurrassic Park. Néanmoins, la lecture en demeure plaisante grâce à un humour très présent et à des personnages aux individualités très marquées.

Editions NéO - 1982

1 mai 2013

POLYMATH - JOHN BRUNNER

untitledLe soleil de la planète Zaratousthra s'est brusquement changée en Nova obligeant ses habitants à fuir au plus vite à bord de vaisseaux de fortune. Deux d'entre eux, chargés de quelques centaines de réfugiés, ont été contraints d'atterrir sur une planète inhospitalière en marge des systèmes solaires connus.

Après un hiver calamiteux, tout espoir de secours étant envolé, les survivants se résignent à jeter les bases d'une nouvelle société. Mais des dissensions et des rivalités apparaissent rapidement et la bonne volonté des uns se heurte à l'appétit de pouvoir des autres.

La présence d'un " polymath ", l'un de ces hommes entraînés depuis l'enfance à gérer la terraformation des planètes, sera-t-elle suffisante pour désamorcer les conflits ?

 

Ce roman de John Brunner a pour sujet l’un de mes thèmes favoris : la réaction d’individus confrontés à un bouleversement radical de leur mode de vie. Il s’agit d'ailleurs de l’un des aspects les plus communément développés (et le plus intéressant à mon goût) des romans post-apocalyptiques ou des "Robinsonnades".

Je trouve en effet captivant de découvrir comment ces survivants réagissent en présence d'un environnement nouveau et souvent périlleux. La destruction des infrastructures qui leur facilitaient la vie, la disparition de la société qui les prenait en charge, la perte de leurs repères familiers sont autant d'épreuves à surmonter mais peut-être aussi l'occasion de créer quelque chose de neuf et de meilleur.

Ici, c'est la capacité de certains à prendre en main la destinée de leurs compagnons d'infortune qui est au coeur de l'intrigue. Les rênes du pouvoir doivent ils être dévolus à ceux qui font la démonstration de leurs talents ou revenir aux anciens détenteurs de l'autorité. La réponse peut paraître évidente mais l’auteur nous démontre que bien des facteurs peuvent interférer sur la logique la plus élémentaire et pousser les hommes vers les pires solutions.

J’ai en tous cas pris un immense plaisir à suivre les mésaventures de ces naufragés de l’espace et aurais même souhaité une petite centaine de pages supplémentaires. Cela aurais permis de découvrir plus en détail la naissance de cette micro société et peut-être aussi d'éviter certains raccourcis tel le côté un peu trop omniscient du polymath.

Presses de la Cité – Futurama - 1977

 

 

 

5 mai 2013

DEPRESSION - FRANCOIS SARKEL

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La pluie tombe sans discontinuer sur Durocor, petit bout de terre perdu au milieu d’immenses étendues d’eau. Dans cet univers borné et sans perspectives quelques personnages tentent de trouver une raison d’espérer encore : Jarine la prostituée au grand cœur prête à tout pour un avenir meilleur, son amie Vavette atteinte de la rouille ou encore Sarg le pêcheur de rats et Zam le pustuleux tous deux amoureux de la belle hétaïre… 

Le moins que l’on puisse dire c’est que François Sarkel ne fait pas dans la publicité mensongère et il faut faire preuve d’un bel optimisme pour ne pas chopper le bourdon à la lecture de ce bouquin. Tout y est triste à mourir, laid, gris et humide, sale et boueux. Les corps y sont couverts de champignons, de mycoses et de pustules et les esprits ne sont guère plus reluisants. Seuls motifs d’espérance : l’amour et la religion. Mais là encore, tout est détourné, dévoyé, avili. Côté atmosphère donc, l’objectif est sans conteste atteint avec cet univers d’une rare noirceur.

En revanche nous sommes moins bien lotis côté intrigue puisqu’il faut se contenter d’une petite énigme guère passionnante et accepter de n’avoir pas la réponse à certaines questions posées (l’origine de la rouille par exemple). Mais ce petit défaut est finalement sans importance tant le roman fourmille d’idées hallucinantes, un peu comme dans un Brussolo de la meilleure eau. 

Elles sont même tellement nombreuses que l’auteur ne peut les exploiter comme elles le mériteraient en raison du nombre de pages bien trop restreint en vigueur chez Fleuve Noir. C’est frustrant car bon nombre d’entre elles eussent mérité d’être développées. Je pense notamment aux églises concurrentes des « hydrolâtres » et des « Compagnons de l’arche » et aux terribles maladies que sont la rouille ou le syndrome de la sirène…

En tout cas François Sarkel nous offre une bien belle évocation d’un monde qui s’enlise (au propre comme au figuré) mais où les hommes s’acharnent à vivre encore et à faire perdurer inégalités et passions, amour et violence.

Fleuve Noir Anticipation - 1990

 

5 mai 2013

LE CERVEAU DU NABAB - CURT SIODMAK

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A Washington Junction, patelin paumé des Etats-Unis, le Dr Cory se livre en toute discrétion à des expériences sur le cerveau. Malheureusement, l'absence de cobaye humain freine l'avancée de ses recherches. Aussi, lorsqu'un avion s'écrase à proximité de sa résidence et que l'une des victimes décède alors qu'il tente de la secourir, le bon docteur saute sur l'aubaine et récupère le cerveau. Parvenu à maintenir en vie cet organe puis à entrer en contact avec lui grâce à la télépathie, il s’apercevra un peu tard que ce cerveau n’est pas celui de monsieur tout le monde. 

Encore un joli mélange de SF et de littérature policière issu de la célèbre série noire de Gallimard. 

Dans ce roman, c'est l'aspect SF qui prend le dessus puisque l'intrigue policière est quasi inexistante. Tout juste une petite énigme afférente aux motivations du cerveau ainsi qu'une histoire de chantage vite expédiée. 

Heureusement la partie « expérimentale » est beaucoup plus fouillée et plaisante à suivre à condition de ne pas s'arrêter au côté un peu kitch du pitch de départ (que de itch !). Car c’est vrai qu’une grosse cervelle surnageant dans un bocal et communiquant par télépathie, çà peut paraître légèrement ridicule. 

Mais Curt Siodmak s’en tire parfaitement en choisissant de nous conter l’expérience du Dr Cory sous la forme d’un journal. Cela donne au récit toutes les apparences du vécu et lui permet de gagner en crédibilité.

A partir de là on prend un réel plaisir à suivre l’histoire de ce cerveau qui, tel la créature de Frankenstein, échappe à la volonté de son créateur.

Gallimard - Série Blème - 1949

 

5 août 2020

LE SOURIRE NOIR - SERGE BRUSSOLO

ldp7686-1996

David sarella, auteur à succès de romans d’aventures, n’aurait pas dû accepter de participer à l’atelier d’écriture organisé par la gérante d’un hôtel de Mother Lode Lake, petite station de vacances aux portes du Lassen Volcanic National Park. A peine arrivé dans la résidence, il se rend compte que les choses ne tournent pas rond. Il y a d’abord ces trois touristes retrouvés atrocement brûlés après avoir fait trempette dans une « marmite »  volcanique. Il y a ensuite les autres résidents de l’hôtel qui se comporte comme des gamins et passent leur temps à faire des farces de mauvais goûts et à risquer leur vie dans des activités insensées. Il y a enfin ces étranges touristes en costume trois pièces qui semblent s’intéresser davantage à sa personne qu’aux beautés naturelles du parc national. Très vite, David en vient à soupçonner un lien entre ce vent de folie qui souffle à Mother Lode Lake et un produit amaigrissant révolutionnaire : l’Amazing Diet. 

Quand il est passé de la science-fiction au thriller, on aurait pu craindre que Serge Brussolo ne s’assagisse et que ses romans perdent ce grain de folie qui fait toute leur saveur. Heureusement pour ses fans, il n’en fut rien. Le bonhomme a su conserver intacte cette imagination incroyable qui lui permet de construire des intrigues démentielles à partir d’une matière à priori très commune. Avec lui, tout prend des proportions démesurées. Un produit amaigrissant se transforme en une puissante drogue qui lève toutes les inhibitions, un club de lecture prend des allures de secte et une simple vengeance dégénère en complot à l’échelle d’un pays. Et pourtant, on reste toujours dans le domaine du plausible. Il ne fait que repousser légèrement les frontières de la logique, juste ce qu’il faut pour nous embarquer dans ses délires sous contrôle mais pas assez pour sombrer dans le fantastique pur et dur.

Cette fois-ci pourtant, je n’ai pas été enthousiasmé par son récit. Alors qu’elle démarre sur les chapeaux de roues avec une excellente idée, l’histoire s’avère très vite assez décevante. Elle m’a paru manquer d’unité et j’ai eu le sentiment qu’il s’était contenté de broder sur un fil conducteur assez ténu (la traque d’un chimiste mégalomane) quelques poncifs de la littérature d’angoisse et d’horreur (le savant fou, le village de demeurés façon « Délivrance ») et quelques figures imposées du thriller (mafia et course contre la montre pour trouver un antidote). Il a bien sûr ajouté à tout cela quelques-uns de ses thèmes favoris et on retrouve ses obsessions sur la folie et les corps martyrisés ou encore quelques-uns de ses lieux fétiches (Venice, Los Angeles, la demeure d’une star hollywoodienne…).

Quant aux personnages, ils sont là encore tout à fait typiques de son œuvre. Solitaires, hantés par leur passé, malmenés par leurs phobies et il faut bien l’avouer, peu sympathiques, David, Emmy, Marvin et les autres n’ont rien de ces gentils héros auxquels on aimerait s’identifier. Et pourtant, en dépit de notre absence d’empathie à leur égard, on est comme subjugués par leurs mésaventures. La succession de scènes stupéfiantes auxquelles l’auteur les confronte nous maintient sous pression et l’on est littéralement absorbés jusqu’à la toute dernière page. C’est ça l’effet Brussolo !

On notera aussi les nombreux clins d’œil que le grand Serge adresse à ses fidèles lecteurs par le biais de références à ses autres romans (les aventures de Conan Lord) ou, plus intéressant, sur la façon dont il s’imagine que ses livres sont perçus : « Il était assez doué pour faire peur, distiller des atmosphères vénéneuses… Tout le monde s’accordait à lui reconnaître une imagination hors du commun, même si ce compliment cachait en réalité une méfiance entachée d’un léger dégoût. »

Livre de Poche - Thrillers - 1996

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