Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
SF EMOI
Publicité
31 octobre 2013

LA LEGENDE DES NIVEAUX FERMES - GILLES THOMAS

FnAnt1764-1990Voilà longtemps que Gerd cherche un moyen d'échapper à la condition d'esclave qui est le lot de tous les hommes de la Matriarchie. Mais quand on est un simple jardinier du secteur 42-23 Sud il n'y a guère d'espoir de voir son sort s'améliorer. Aussi, lorsque Josep le chanteur lui apprend que les "niveaux fermés" dont parle la légende existent bel et bien, il persuade ses amis de le suivre dans la recherche de cette zone de liberté où d'anciens révoltés auraient trouvés refuge. Josep les accompagnera. Ainsi que que son amante...

Gilles Thomas est décidément un fantastique conteur capable de vous embarquer dès la première page pour ne vous lâcher qu'à la toute dernière. Elle en fait une fois de plus la démonstration avec ce roman qui n'est pourtant pas des plus originaux.

Une société matriarcale où les femmes ont asservis les hommes ; déjà lu. Un monde souterrain dans lequel l'humanité à trouvé refuge des siècles plus tôt ; pas neuf non plus. Un groupe d'hommes déterminés à secouer leur carcan ; on s'en doute un peu. Quant à la chute, elle se laisse deviner quasiment dès le début (à votre avis que signifie "l'arli" pour des gens qui vivent sous terre ?).


Mais ce manque d'originalité disparait bien vite derrière la maîtrise avec laquelle tout cela nous est conté. Il lui suffit d'un petit chapitre pour tout mettre en place (décor, personnages, enjeux) et dès le second nous sommes plongés au cœur de l'action. Varappe dans les conduits d'aération, lutte contre une faune mutante, faim, soif, fatigue et désespoir. De quoi passer de bons moments d'angoisse et d'émotion.

Et ce n'est pas tout. Les relations tendues entre hommes et femmes viennent ajouter un parfum de haine et de suspicion dont on se demande sur quoi il va bien pouvoir déboucher. A cet égard, leur lente remontée vers la surface a des allures d'allégorie. Partageant les mêmes épreuves, contraints de s'entraider, les deux sexes finiront par surmonter leurs dissensions : "Nous étions deux, mais totalement unis. Un homme et une femme, qui avaient réussi à se rejoindre malgré l'abîme des coutumes de la Matriarchie, et qui s'acceptaient." Ils démontreront ainsi que pour vivre ensemble, il faut aller vers l'autre et apprendre à le connaître.

Ces éléments de réflexion qui n'entravent en rien le cours du récit sont l'une des choses que j'apprécie chez Gilles Thomas. Ses personnages ne sont jamais monolithiques. Ils ont des défauts, ils doutent, ils sont humains. Tout cela nous donne un bon roman, peut-être un tantinet en-deçà de ses meilleurs opus (L'ange aux ailes de lumière, Les voies d'Almagiel...) mais néanmoins fort recommandable.

Fleuve Noir Anticipation - 1990

Publicité
21 octobre 2013

LA CORRECTION - BERNARD FLORENTZ

fn-frayeur07-1994

Depuis le décès de son mari, Jackie reprend petit à petit goût à la vie. Finies les raclées et les insultes. Terminée la terreur quotidienne. Elle peut désormais penser à elle et, qui sait, refaire sa vie. Avec Louis Cornillon par exemple, le gentil pharmacien qui la couve de son regard énamouré. Mais le mistral qui souffle sur Marseille semble porteur d'une aura maléfique qui pourrait bien réveiller les morts et les esprits torturés. Et si son époux revenait la faire souffrir !

Décidément, Bernard Florentz aime bien les zombies. Déjà, La femme morte mettait en scène le cadavre d'une prostituée qui reprenait vie pour assouvir sa vengeance contre son proxénète. Cette fois, il s'agit d'un homme décédé depuis peu qui décide de sortir de sa tombe pour retourner emmerder une épouse pourtant bien contente de sa disparition.

Celle-ci a en effet toutes les raisons d'être satisfaite de son veuvage. Son époux était un individu détestable, alcoolique et violent. Il ne se passait pas un jour sans qu'il ne la batte. Sans compter les humiliations de toutes sortes, les viols et la torture psychologique (il la forçait à écouter du Richard Kledermann !). Bref, quand le bonhomme s'est aplati comme une crêpe après une chute du haut d'un échafaudage, elle ne l'a pas regretté bien longtemps. Elle demeure néanmoins un peu perturbée et hésite encore à refaire sa vie.

Ce portrait de femme battue est sans doute ce que le roman nous propose de mieux. La description du calvaire de Jackie m'a paru assez juste. Sont notamment bien rendus ses terreurs journalières, son incapacité à s'en sortir et le vague sentiment de culpabilité que son tortionnaire parvenait à instiller dans son esprit.

En revanche l'histoire frise, une fois encore, le ridicule. Passés les trois premiers chapitres et les nombreux flash-backs qui exposent la situation, l'action se résume à un long huis clos qui voit Jackie aux prises avec son époux d'outre-tombe et deux affreux ectoplasmes.

Bon, ça passe tout de même mieux que dans son précédent roman. C'est plus second degré. Beaucoup plus marrant aussi. La scène où l'affreux macchabée essaye de violer son épouse mais pars en morceaux avant d'y parvenir est assez comique.

Côté style, Bernard Florentz confirme son goût pour les images et les métaphores. Mais cette recherche constante de l'allégorie, ces effets de langage me semblent surtout destinés à masquer la faiblesse de l'intrigue. Ainsi de ce gimmick sur le mistral (imagine un faune dansant nu sur la plage, imagine un capitaine sans visage débarquant sur le quai, imagine l'affolement d'un homme jeté dans une benne à ordure... et bien d'autres) qui revient à de trop nombreuses reprise, chacune plus improbable que la précédente. Et le coquin en a d'autres dans son sac, et des pas piquées des vers : «La lune de novembre, lourde et pleine à craquer de vaisseaux engloutis et d'enfants morts. », « La bouche de Jackie se tordit comme un beignet chinois dans l'huile bouillante".

Ce roman est donc légèrement, mais alors vraiment très légèrement, meilleur que le précédent. Il y a donc une petite, mais alors une très petite chance pour que je lise le troisième qui traîne dans ma bibliothèque. Eh oui, j'ai toute la collection Frayeur achetée en lot pour un prix dérisoire !

Fleuve Noir - Frayeur - 1994

 

16 octobre 2013

LE MANOIR DES SORTILEGES - SERGE BRUSSOLO

ldp17203-2001

Lorsque son maître meurt au cours d'un sanglant tournoi, Gilles devient la propriété d'un bien étrange seigneur. Foulques de Braz est en effet un chevalier peu ordinaire qui ne quitte jamais son armure rouillée et prétend être la victime d'une malédiction qui l'oblige à se nourrir de chair humaine. Mais son invincibilité en fait le parfait candidat pour les missions les plus dangereuses. Le voici donc chargé par un inquisiteur de mettre la main sur un grimoire de sinistre réputation. En compagnie de Gilles et de Tara, une jeune égyptienne versée dans les écrits sataniques, il entreprend de fouiller le château de Lilith de Niel, la bergère devenue châtelaine grâce à ses formules démoniaques et ses philtres d'amour.

Lorsqu'il s'agit de donner dans l'étrange ou l'ambiguë Serge Brussolo n'est jamais en reste. Cette fois c'est l'imagerie populaire des contes de fées qui a les honneurs de son imagination sans limite. Ogre, sorcière, géant assoupi, loups et brebis son conviés à une drôle d'histoire où il ne faut toutefois pas se fier aux apparences.

Brussolo a du métier. Il s'est bien documenté et son moyen âge est plutôt réaliste. Le vocabulaire médiéval sonne juste tout comme le décor ou les mentalités des personnages. Des personnages guère sympathiques, victimes de leur passion ou de leur folie. Seul Gilles, l'écuyer narrateur, semble sain d'esprit même s'il demeure prisonnier de ses superstitions. Ces trois alliés de circonstances vont vivre un huis clos particulièrement délétère dans un château où chaque pièce recèle son lot de périls.

La demeure de la bergère diabolique est en effet truffée de pièges. Bibliothèques aux étagères à bascule déclenchant des avalanches de livres, grimoires empoisonnés, chandelles farcies de poudre, le moindre objet peut s'avérer mortel. Sans oublier le troupeau de moutons qui a élu domicile à l'intérieur des murailles et qui semble n'avoir de cesse de les précipiter du haut des remparts. Il leur faudra donc faire preuve de patience et de ténacité pour surmonter ces épreuves et mettre la main sur le mystérieux livre.

La chute est bien amenée et assez surprenante. Elle permet surtout de dégonfler la fantasmagorie qui imprégnait jusqu'alors le récit. Tout reprend de justes proportions, le surnaturel disparait et laisse place à une réalité bien plus prosaïque. Comme le dit la jeune Tara, une sorcière c'est avant tout une bonne empoisonneuse, une femme versée dans la chimie et connaissant les propriétés des plantes.

Mais avec Brussolo, le fantastique ne disparait jamais totalement tant est grande sa capacité à vous transporter vers les hypothèses les plus folles à partir de simples détails. Sous sa plume les moustiques se transforment en fées dont chaque baiser vous vole un souvenir et des enfants jouant au milieu des menhirs deviennent des lutins malintentionnés. De quoi espérer encore quelques jolies pages empreintes de mystère avec ses autres "romans médiévaux".

Editions du Masque - Le Livre de Poche - 2001

 

11 octobre 2013

LE JOUR DES TRIFFIDES - JOHN WYNDHAM

terrbrume246-2005

Pour avoir assisté à une spectaculaire pluie d'étoiles filantes, la quasi-totalité de l'humanité a perdu la vue. Seuls quelques chanceux ont échappé au fléau et se demandent comment venir en aide aux hordes d'aveugles qui tentent de survivre dans un monde devenu soudain périlleux. Mais le pire est encore à venir. Les triffides, des plantes d'origine extra-terrestre, carnivores, dotées de pseudopodes et de flagelles dont la piqure est mortelle, ont quittés les enclos ultra sécurisés où elles étaient cultivées pour leurs qualités nutritives. Elles menacent désormais les millions d'humains devenus des proies faciles. A Londres, William Masen est confronté à un choix cornélien : assurer sa survie sans s'occuper des autres ou sauver les non-voyants de ces terribles prédateurs.

Le jour des Triffides est l'un des tout meilleurs post-apo que je connaisse. C'est en tout cas l'un de ceux qui explore le mieux la question du choix de l'organisation sociale qui s'offre aux survivants. Quel type de société doit succéder à la civilisation qui vient de s'écrouler ? Lequel sera le plus à même d'assurer leur sécurité et de permettre un "redémarrage" ? Voilà l'enjeu fondamental qui s'impose aux personnages.

William Masen, le héros de ce livre, aimerait ne pas avoir à choisir. Profondément individualiste, il n'est pas prêt à troquer sa liberté contre n'importe quel projet de vie. Malheureusement pour lui, les circonstances font le faire à sa place et lui faire expérimenter différents modèles communautaires.

Le premier dont il tâtera est le régime théocratique instauré par Miss Durrant dans le manoir de Tynsham. Une société conservatrice qui prône la perpétuation des anciennes règles de vie et le respect des dogmes religieux. Une organisation sclérosée qui lui semble vouée à l'échec car incapable de s'adapter à un nouvel environnement.

Le second semble plus viable même s'il s'agit là encore d'un modèle fort ancien. Torrence cherche en effet à mettre en place un régime féodal avec résurgence du lien de vassalité. Il proposera ainsi à notre héros de « régner » sur une peite seignerie héréditaire et de bénéficier de la protection d'un suzerain en échange d'une totale soumission.

Finalement, la forme de société qui emportera l'adhésion de Masen est celle mise en place par le docteur Vorhess. Guidée par les seules considérations utilitaires, sans restrictions de liberté autres que celles rendues nécessaires par la vie en communauté, la colonie d'Elspeth Gary sur l'île de Wight, est aussi celle qui offre les meilleurs chances de succès sur les triffides.

En conclusion, et ce n'est pas une surprise, la religion, la force et la raison sont bien les fondements des systèmes politiques qui, de tout temps, se sont disputés le pouvoir. Bien sûr, aucun d'eux n'est exempt de défauts et Masen aurait préféré continuer à vivre en dehors de tout système. Toutefois, pour assurer sa sécurité et celle de ses proches, il devra choisir car, ainsi qu'il finira par l'apprendre, hors la société, point de salut !

Terre de brume - Poussières d'étoiles - 2005

 

 

6 septembre 2013

LE CHOIX DES DESTINS - PIERRE BAMEUL

FnAnt1489

Cinq siècle après les aventures d'Arne Marsson dans l'Amérique précolombienne, la monarchie aztéco-viking est à la tête d'un immense empire. Avec l'aide d'un clergé tout puissant et grâce à un système de caste extrêmement rigide, Motecuhzoma V règne sans partage. Son peuple est maintenu dans l'obscurantisme et dans chaque ville s'élève une pyramide où sont sacrifiés quotidiennement des dizaines de victimes. Mais dans les colonies européennes la révolte gronde et il suffirait de peu de choses pour mettre à bas la dynastie décadente.

Pierre Bameul a placé ce second volume sous le double signe de l'uchronie et des univers parallèles. Il nous plonge tout d'abord dans un XIXème siècle alternatif où les aztèques ont non seulement refoulés les espagnols mais aussi conquis une bonne partie du monde.

L'histoire débute en Franhuas, la France d'alors soumise au pouvoir de l'empereur. Nous y suivons Malic, un jeune ouvrier qui rejoint la dissidence puis la lutte armée afin de venger le sacrifice de sa jeune épouse. L'ambiance est délibérément steampunk. On croise des engins à vapeur et des dirigeables, les soldats sont équipés de fusils rudimentaires ou d'arbalètes à répétition et la société décrite est un mélange d'inquisition espagnole et d'Allemagne nazie.

L'auteur s'amuse d'ailleurs énormément à décrire cette France qui ressemble beaucoup à celle de l'occupation. On y trouve ainsi un maquis dans le Verkhoc et un général au long nez nommé Gallix qui s'est réfugié en Grande-Bretagne. C'est bourré d'action et plein d'humour mais c'est beaucoup trop rapide. A peine a-t-on eu le temps de s'attacher au jeune héros que tout est joué et qu'il faut s'acclimater à un nouvel environnement.

Nous nous retrouvons alors au vingtième siècle à Mexico où le pauvre Malic s'est trouvé « projeté ». Son irruption intempestive dans notre époque a été remarquée par Miguel Huixtocihuatl, un homme politique qui rêve de redonner sa grandeur au peuple amérindien. Ayant compris que Malic vient d'une "autre réalité" où les aztèques dominent le monde, il décide d'influer sur notre passé afin de reproduire les conditions de la victoire de son peuple.

Bref, une histoire de paradoxe temporel assez classique et, là encore, trop hâtive. La boucle sera néanmoins bouclée et nous retrouverons le temps d'un dernier chapitre le héros viking et son épouse face à un choix crucial. Le choix des destins.

Fleuve Noir Anticipation - 1986

 

Publicité
15 juillet 2013

LA MEUTE - SERGE BRUSSOLO

GdV-sb02

La vieille demeure des Mareuil-Mondesco abrite bien des choses inquiétantes : un grand parc retourné à l'état sauvage, une collection d'animaux empaillés, la statue de cire de Werner, le célèbre chasseur, géant séducteur et impitoyable et... deux personnages à l'esprit passablement dérangé. Il y a d'abord Georges, l'héritier des Mareuil-Mondesco, un psychopathe qui agresse les femmes pour leur "voler" chevelure et toison pubienne. Il y a ensuite Sarah, l'orpheline SDF qui a par hasard trouvé refuge derrière les murs de la grande maison. Entre ces deux individus si dissemblables s'est instauré un pacte de l'horreur. La jeune femme s'occupe des repérages avant chaque agression et aide Georges à surmonter les crises qui l'assaillent sitôt son forfait accompli. En échange, ses victimes sont choisies parmi les femmes dont Sarah souhaite se venger. Ce fragile équilibre tiendra-t-il encore longtemps alors que des forces mystérieuses semblent être à l'œuvre dans la mystérieuse demeure ? 

Les aficionados de maître Serge se trouveront en terrain de connaissance avec ce roman dans lequel leur écrivain favori donne libre cours à ses obsessions coutumières. Ils ne seront donc surpris ni par les lieux choisis, ni par la personnalité des héros, ni par le déroulement de l'intrigue. Pour autant, il s'agit encore une fois d'une histoire passionnante qui nous tient en haleine jusqu'à la dernière ligne. 

L'action se déroule dans l'un de ces lieux clos que l'auteur affectionne. Une maison gigantesque, enclave mystérieuse au cœur de Paris, dotée d'un parc protégé de hauts murs, d'une immense verrière, de balustres et de colonnades. Une demeure baroque et inquiétante qui joue un rôle de premier plan. Presque un personnage à part entière.  

Ses occupants sont tout aussi déroutants. Un duo de névrosés, paranoïaques, maniaques et agoraphobes. Deux individus pitoyables qui ont en commun une enfance éprouvante où ils ne connurent que brimades et discipline. Leur histoire nous est contée par bribes, nous livrant ainsi les clés de leur personnalité et les motifs de leurs agissements présents. On apprend ainsi à connaître ces deux âmes blessées dont les relations sont au cœur du récit. Unis par une complicité forcée, ils se serviront l'un de l'autre jusqu'à ce que les circonstances en fassent des ennemis. Ils se livreront alors une lutte sans merci au cours d'un huis clos aussi étouffant que palpitant.  

Le décor planté et les acteurs identifiés, le spectacle peut alors commencer. A partir d'une idée somme toute assez basique, l'auteur va construire l'une de ces histoires abracadabrantes dont il a le secret. Cette fois-ci, c'est la taxidermie qui est à l'honneur. Un thème bien appétissant pour cet écrivain qui n'aime rien tant que martyriser les chairs et transformer les corps. Un thème qui va lui permettre de distiller ses trouvailles en un crescendo époustouflant.  

Tout commence avec Mareuil-Mondesco père et son amour immodéré de la chasse. Une passion qui le pousse à empailler ses trophées puis à les faire poser en des copulations choquantes et morbides.C'est ensuite la paranoïa du fils qui s'imagine devoir réparer les crimes deson père en offrant aux animaux naturalisés une compensation sous la forme de scalps humains. C'est enfin l'idée géniale et démente qui voit ces mêmes animaux accoucher de fœtus monstrueux dotés d'un appétit insatiable.  

Mais La meute, c'est aussi et surtout un roman sur la folie. Qu'elle soit passion dévorante pour la chasse, vengeance exacerbée, délire paranoïaque, elle est partout présente. Elle explique tout, du moins jusqu'à ce que le roman ne bascule définitivement dans un fantastique qui n'était alors qu'une hypothèse de cerveaux malades. A noter que, comme dans La nuit du venin, l'héroïne ne pourra rien contre le mal contenu dans les limites de la maison et qu'elle sera même le vecteur de sa propagation dans le reste du monde. 

Editions Gérard de Villiers - Serge Brussolo - 1990

 

10 juin 2013

ABATTOIR 5 - KURT VONNEGUT JR

jl0470-1973

 

Farandole d'un bidasse avec la Mort

par

Kurt Vonnegut, Jr

Germano-Américain de quatrième génération

Qui se la coule douce au cap Cod,

Fume beaucoup trop

Et qui, éclaireur dans l'infanterie américaine

Mis hors de combat

Et fait prisonnier,

A été, il y a bien longtemps de cela,

Témoin de la destruction de la ville

De Dresde (Allemagne),

« La Florence de l'Elbe »,

Et a survécu pour en relater l'histoire.

Ceci est un roman

Plus ou moins dans le style télégraphique

Et schizophrénique des contes

De la planète Tralfamadore

D'où viennent les soucoupes volantes.

Paix

Il est sacrément difficile de chroniquer un roman qui jouit d'une aura de classique de la SF, voire de classique tout court. Tant d'autres, et de bien meilleurs que soi, se sont déjà prêtés à l'exercice et l'on se demande ce que l'on pourrait bien raconter de neuf. On a aussi un peu la trouille d'être passé à côté de quelque chose de capital, d'avoir loupé LE passage qui donne la clé, bref, de passer pour un con. Mais bon. Tant pis. Je prend le risque. Je me lance.

Abattoir 5 c'est avant tout un remarquable réquisitoire contre la guerre. Toutes les guerres. Et contre le cortège d'horreurs qui les accompagne. En l'occurrence il évoque l'un des épisodes les plus dramatiques de la seconde guerre mondiale : le bombardement de la ville de Dresde en février 1945 qui fit près de 135000 morts, civils pour la plupart.

Cela suffit-il pour autant à en faire un grand roman de SF ? Sans doute pas. Et puis d'ailleurs, s'agit-il seulement d'un roman de SF en dépit de sa soucoupe volante et des extra-terrestres de la planète Tralfamadore ? Non. La SF n'est qu'un prétexte.

C'est d'ailleurs sur celui-ci qu'est construit le roman. Elle ne sert qu'à camoufler la vérité. Une vérité que Billy Pèlerin, le personnage, et avec lui l'auteur, refuse de toutes ses forces. Une réalité qu'il cherche à repousser dans le domaine de l'imaginaire, comme pour la rendre plus supportable. Une façon de refouler l'innommable : "Juderose, par exemple, avait abattu un pompier de quatorze ans qu'il avait confondu avec un soldat allemand. C'est la vie. Et Billy avait assisté au plus grand massacre de l'histoire européenne, le bombardement et l'incendie de Dresde. C'est la vie. Voilà pourquoi ils tentaient de se recréer un univers et une personnalité. La sience-fiction leur facilitait beaucoup la tâche."

Alors il se construit une existence parallèle où les Tralfamadoriens l'auraient enlevé pour en faire une curiosité zoologique. Une existence où aucun évènement n'aurait plus d'importance qu'un autre, où le temps s'écoulerait à l'envers, à l'endroit et dans lequel il passerait d'une date à une autre sans choisir, du moins le croit-il.

Car malgré tous ses efforts, Billy ne parvient pas à oublier. Toujours, les souvenirs reviennent avec une douloureuse acuité. Il suffit que sa femme l'interroge sur la guerre ou qu'un mot, une chanson, le renvoient à son passé : "Billy se concentre sur l'effet que lui produit le quartette et établit un rapport avec un événement survenu bien auparavant. Il n'a pas à explorer le temps à la recherche des faits. Ils brillent encore au fond de lui."

Alors, petit à petit, on sent venir l'inéluctable, même s'il fait tout pour en retarder l'échéance : "Billy, sentant approcher la catastrophe, ferme les yeux, et à reculons dans le temps, se réfugie en 1944."

Mais cela ne sert à rien. Le déluge de feu a bien lieu, a déjà eu lieu, aura toujours lieu. Billy/Kurt ne s'attardera d'ailleurs pas longtemps dessus. Juste quelques pages sur le paysage lunaire qui s'offre aux yeux des survivants, sur le spectacle d'une ville rasée et emplie de cadavres. "C'est la vie".

Oui, c'est la vie. Cette petite phrase, ce leitmotiv qui revient à chaque fois qu'une mort est évoquée donne le ton d'un livre qui étonne aussi par sa forme. Qu'il s'agisse de phrases ou de scènes récurrentes (l'annonce de l'exécution de Edgar Derby), d'une utilisation originale de la SF (les romans de Kilgore Trout que personne ne semble avoir lus) ou de passages quasi surréalistes tel ce bombardement à l'envers qui nous montre des bombes réintégrant la soute des avions qui viennent de les larguer et s'en retournent à leur chaîne de montage puis à l'état de minerais, Abattoir 5 est d'une incroyable richesse stylistique.

Sans oublier cet air de légèreté qui parfume le récit et lui donne une atmosphère incongrue en parfaite opposition avec la gravité les évènements narrés. Le roman se termine d'ailleurs par une mort ridicule (celle d'un homme exécuté pour le vol d'une théière, alors même qu'une ville entière vient d'être vaporisée) qui montre bien toute la stupidité de la guerre.

J'ai Lu SF - 1973

 

 

31 mai 2013

POP ET KOK - JULIEN PELUCHON

seuil105506-2012Dans les ruines de Rouen ou sur la plage de Berk, vingt après le "grand souffle" qui a ravagé la France, l'Europe et sans doute le monde, deux amis tentent de se faire une place au soleil. Ils devront toutefois composer avec les barbares, les zombies et autres joyeusetés de ce monde d'après l'apocalypse.

Voilà bien un livre qu'il m'était absolument impossible d'ignorer. Deux raisons à cela. La première c'est que le post-apo est le sous-genre de la SF que je préfère. La seconde tient au fait que son action se déroule à Rouen, ville où je réside depuis bientôt huit ans. C'est donc avec beaucoup de curiosité que je me suis lancé dans la lecture de ce sympathique roman.

Ce qui étonne au premier abord, c'est l'apparente normalité qui préside à la vie de nos deux héros. Nous sommes pourtant en présence d'un univers tout ce qu'il de cataclysmique même si Julien Péluchon s'amuse à nous le présenter sur un mode comique. Les pillards, les zombies et les ruines sont bien au rendez-vous. Les canons du genre sont respectés.

Néanmoins, la vie que mènent les survivants est assez proche de la notre. Tout juste un peu plus précaire. Ils ont des problèmes de couple et vont voir leur psy (enfin leur chamane) ; ils ont le plus grand mal à gagner leur croûte et trouver un logement décent y est aussi difficile que pour un étudiant boursier à Paris. Bref, une existence presque ordinaire.

On se demande toutefois s'il faut se réjouir de voir la vie reprendre tranquillement son cours après un tel bouleversement ou au contraire désespérer de l'incapacité de l'homme à construire quelque chose de neuf. Les survivants de Rouen ne font en effet que reproduire l'ancienne société avec tous ses défauts et ses inégalités. On y retrouve une classe aisée qui prospère sur les hauteurs de Mont Saint Aignan (pour les non rouennais, il s'agit de la banlieue huppée de Rouen), la populace qui survit misérablement dans les ruines de la cité et, pour finir, la zombaille reléguée au rôle de machine outil. Il y a même les "barbares", des survivants régressifs passant leur temps à détruire ce qui tient encore debout et qui rappellent un peu les sauvageons de nos cités.

Comme je l'ai dit plus haut, Julien Péluchon nous conte tout cela à grand renfort d'humour. Un humour tantôt noir (la mort des parents de Kok, les zombies qu'on fait pédaler pour générer de l'électricité ), tantôt léger (la secte des adorateurs de la Verge dorée, les déboires sentimentaux de Kok ) mais toujours excellent.

Une jolie surprise donc que ce roman publié dans la collection blanche du Seuil. Eh oui ! Le post-apo est en train de gagner ses lettres de noblesse.

Seuil - Fiction et Cie - 2012

26 mai 2013

LE CONTINENT DECHIQUETE - LAURENT GENEFORT

FnSf25Sureau n'aura guère eu le temps de visiter Elikale. A peine quelques heures après son arrivé, le petit météore sur lequel il venait d'accoster pour conclure une affaire commerciale, est touché par un missile thermonucléaire. Tous ses habitants sont tués sur le coup à l'exception de Sureau et de son guide, Lemuel. Avant que le planétoïde n'explose définitivement, ils prennent place dans une capsule de survie en direction de Firmajo, un géo artefact conçu par les tout puissants Yuweh.

Une fois sur place, les deux naufragés vont devoir parcourir ce monde étrange afin d'y trouver de l'aide. Une recherche difficile encore compliquée par leurs relations plutôt tendues. Entrele commerçant austère, disciple du panislam, et l'arcologien exubérant le courant ne passe pas naturellement. Il leur faudra pourtant se serrer les coudes s'ils veulent conserver une chance de s'en sortir.

D'après ce que j'ai ouïe dire, Laurent Genefort serait un spécialiste du planet opera doublé d'un fantastique créateur d'univers. Un peu le Jack Vance de l'hexagone. Après avoir lu ce livre, je ne suis pas loin d'adhérer à cette opinion. Je lui reconnaît en tout cas un imaginaire bien développé et plutôt original.

L'histoire débute en effet sur un météore. Plus précisément une arcologie, c'est à dire un habitat clos dans lequel on a recréé les conditions propres à la vie : agriculture, cycle de l'eau et de l'air (merci wikipedia). Un espace déroutant, sorte de gigantesque labyrinthe creusé de galeries sans nombre dans lesquelles on vit en permanence en état d'apesanteur. Mais cette micro-société ne semble pas suffire à l'auteur qui a tôt fait de la faire disparaître pour expédier ses personnages sur un monde encore plus surprenant : Firmajo.

Cette fois, il s'agit d'un géo artefact, entendez par là un gigantesque planisphère, une Terre plate qui aurait bien plu à l'église catholique du XVIIème siècle. Cette réalisation monumentale construite par une race mystérieuse a vaguement la forme d'un rectangle dont les bords, relevés par une chaîne montagneuse, enserrent un océan immense. Manque de bol, l'océan en question vient de se prendre trois missile thermo nucléaires par le travers et ressemble désormais à une grande baignoire dont on aurait retiré la bonde et qui attire en son centre tout objet flottant à sa surface.

Ce sera d'ailleurs l'un des problèmes qu'auront à surmonter nos deux robinsons jetés sur ces curieux tropiques puisque l'essentiel de leur exploration s'effectuera à bord d'un radeau. Ils rencontreront aussi tout au long de leur périple, une multitude d'îles peuplés d'espèces animales et végétales étranges ou dangereuses, constituant chacune un éco-système miniature.

Ils côtoieront des biones, des êtres mi-droïdes mi-animaux, dotés de la parole et d'une certaine intelligence et des tribus d'humains nettement plus arriérés. Ils rencontreront enfin, au bout de leur voyage, les mystérieux Yuweh, peuple incroyablement évolué, aux pouvoirs quasi divins. Malgré cette débauche de moyens, l'histoire n'est pas parvenue à m'accrocher.

Le voyage de Lemuel et Sureau n'est jamais passionnant, tout juste divertissant. Les péripéties qui émaillent leur odyssée ne servent qu'à meubler et la chute nous laisse sur notre faim. On l'aurait aimé étonnante, riche de révélations, notamment sur les raison de l'attaque du météore de Lemuel et sur la nature des Yuweh.

Sans doute Laurent Genefort comptait-il sur les relations explosives entre ses personnages pour renforcer l'intérêt de leurs aventures. Mais là encore, cela manque de saveur. Sureau et Lemuel ont beau avoir des caractères diamétralement opposés, leurs querelles, scientifiques, morales ou philosophiques, tournent court. A part quelques petites bouderies, aucune réelle confrontation n'a lieu. Ils ont tôt fait de concilier leurs différences ou de les taire pour assurer leur survie. Ils finiront même (on s'en doutait) par s'apprécier et devenir de vrais amis.

Cette lecture est donc pour moi une petite déception qui aura cependant eu le mérite de me donner envie de découvrir l'œuvre de Laurent Genefort.

Fleuve Noir - SF Space - 1997

21 mai 2013

LES BUVEURS D'OCEAN - H. J. MAGOG

untitled

En 2050, le monde est partagé en cinq blocs continentaux : la confédération européenne, les États-Unis d'Amérique, les républiques africaine et océanienne et enfin, l'Asie sous la domination du tout puissant japon.

De Tokyo justement, le Docteur Kasuga s'embarque pour San Francisco pour aller y demander la main de la ravissante Suzanna, fille du Marquis de Glandèves et petite fille du richissime Jim Sandy. Mais la jeune femme étant déjà fiancée à un attaché d'ambassade français, la proposition de l'asiatique est rejetée sans ménagement.

Loin de s'avouer vaincu, le pugnace docteur propose alors au gouvernement américain un odieux marché : la moitié des bénéfices générés par un projet titanesque en échange de la femme qu'il convoite.  

 

Avec ce livre écrit en 1926, H. J. Magog nous offre une œuvre qui souffre sans problème la comparaison avec quelques uns des meilleurs Jules Verne. 

Il s'agit pourtant au premier abord d'un roman feuilleton tout ce qu'il y a de plus classique. Le récit semble même s'y cantonner à une succession d'enlèvements, d'emprisonnements et d'évasions rocambolesques au cours desquels presque tous les moyens de transports sont utilisés : voitures, trains, navires, pousse-pousse et même (c'est encore tout neuf) l'aéroplane. 

Les personnages y font exactement ce que l'on attend d'eux : Suzanna est une jolie héroïne qui s'évanouit toujours fort à propos, Jean d'Entrevaux est droit et fougueux comme il convient à un jeune premier tandis que Kasuga est un méchant vraiment très...méchant. En fait, ce sont les seconds rôles qui apportent leur touche de fantaisie à l'histoire, en particulier Guilledou, le valet neurasthénique poursuivi par sa guigne et Mr Big qui compose un modèle de savant misanthrope rarement égalé.Tout cela est donc extrêmement romanesque mais non dénué d'humour. Presque un vaudeville.

Mais que les amateurs de SF se rassurent, la seconde partie du roman verse totalement dans le genre qui les intéresse. Le mystérieux projet du Docteur Kasuga grâce auquel il espère asseoir sa puissance et accessoirement obtenir la main de Suzanna, consiste en effet à vider les océans pour coloniser les espaces sous-marins. Pour ce faire, les japonais ont entrepris de creuser la croute terrestre afin de précipiter ces milliards de mètres cubes d'eau salée dans le cœur incandescent de la Terre et les faire s'évaporer.

De longs passages sont consacrés à la vision de ce chantier incroyable qui s'étend à des kilomètres sous terre et dans lequel s'échinent des millions d'esclaves chinois et indiens. L'autre vision hallucinante que nous propose Magog, c'est celle de l'océan Pacifique totalement asséché, nous dévoilant ses fosses marines, la faune des hauts-fonds et les squelettes d'anciennes épaves.

Je n'ai pu me garder de voir dans cette entreprise, la vision quasi prophétique d'un Japon expansionniste ainsi que la préfiguration des horreurs de la seconde guerre mondiale puisqu'il est aussi question de camps de travail et de fours crématoires. 

On notera encore avec intérêt que le gouvernement de la confédération américaine est le fait d'un conseil des trusts dont les membres sont choisis parmi les plus puissants capitaines d'industrie. La finance dictant sa loi au politique : c'est bien de la pure SF !

Glénat - Marginalia - 1979

 

17 mai 2013

MON CHIEN STUPIDE - JOHN FANTE

untitled

Henry Molise est un auteur de second ordre qui gagne misérablement sa vie en écrivant des scénarios pour la télé ou le cinéma. Il parvient néanmoins à faire vivre sa femme et sa progéniture dans leur vaste maison au bord du Pacifique. Mais ses relations avec ses quatre grands enfants ne sont pas au beau fixe et sans l'entremise de son épouse la situation serait même intenable. L'arrivée intempestive d'un drôle de chien va dynamiter les habitudes de la famille et crever l'abcès. 

Ca faisait un paquet d'années que je tournais autour des bouquins de John Fante sans me décider à en entamer un. Et puis je suis tombé sur ce « chien stupide » dont la finesse a, je dois l'avouer, achevé de me convaincre. Ce n'est pas que je déteste les pavés mais quand on ignore si l'on va aimer la prose de l'auteur, il vaut mieux commencer petit.

En l'espèce le doute a été vite levé et j'ai littéralement dévoré ce roman, drôle et touchant. Il s'agit pourtant d'une histoire toute simple. Celle d'un couple de quinquagénaires qui voient leurs quatre enfants quitter l'un après l'autre le cocon familial. Quoi de plus naturel me direz-vous ? Certes. Mais les quatre rejetons de Henry et Harriett sont particulièrement remuants et les relations père/enfants assez tendues.

Le récit de cette situation triste et conflictuelle est heureusement effectué sur un mode humoristique. Un humour dont le principal vecteur est Stupide : le chien de la maisonnée, molosse capricieux et homosexuel qui sera cause de conflits sans nombre avec le voisinage.

Il jouera aussi le rôle de révélateur des tensions familiales et provoquera le départ de plusieurs des enfants. Ou plutôt, il servira de prétexte à ces derniers pour franchir le pas et laisser leurs parents derrière eux. Des parents qui se retrouvent seuls dans leur trop grande maison, qui n'ont plus grand chose à faire ensemble si ce n'est prendre leur repas et s'envoyer en l'air, de moins en moins souvent.

Henry, le narrateur, nous raconte tout çà d'un ton qui se veut détaché mais qui ne parvient pas à masquer son désarroi. Derrière l'humour, on sent poindre la tristesse, le constat amer du temps qui passe, les regrets, mais aussi l'espoir qu'il reste encore de bons moments à vivre (un voyage à Rome, un nouveau bull terrier...). Le tout, sur fond d'Amérique des sixties encore empêtrée dans ses contradictions et ses peurs, la guerre du Vietnam, le racisme.

Editions 10/18 - 2002

 

17 mai 2013

SHEA - BUDY MATIESON

untitled

Alors qu'elle pensait avoir échappé à Strike et ses sbires venus en expédition punitive dans sa vallée isolée, la jeune Shea est dénoncée par Chub, un prétendant éconduit. Contrainte de partager le sort de ceux qui l'ont toujours traitée comme une paria, elle semble promise à une vie d'esclave ou, pire, à la triste destinée de nana-l'amour dans les bouges du proctor fou. Mais Shea  ne se résigne pas. Une idée fixe la fait tenir et lui donne la motivation nécessaire pour se maintenir en vie envers et contre tout : tuer Chub. 

Après en avoir fini avec un premier volume qui m'avait passablement ennuyé, je m'étais promis de laisser passer un bon moment avant d'entamer la suite de ces Chroniques du retour sauvage (cf : Survivance). Finalement, je n'aurais pas attendu autant que prévu et je m'en félicite car cet opus est bien meilleur. Il se démarque pourtant peu du premier. On y retrouve la même atmosphère de violence et de désespoir ainsi que quelques éléments de décor et quelques personnages.

Le rythme est en revanche différent puisque l'histoire n'y couvre que quelques mois au lieu d'une quinzaine d'années. L'auteur a donc davantage de temps pour mettre en place intrigue et personnages.

Mais la vrai différence c'est que, cette fois-ci, l'empathie avec l'héroïne fonctionne à plein. On prend vite fait et cause pour cette petite sauvageonne, exclue de son village en raison de la couleur de sa peau et habituée à ne compter que sur elle-même. Son besoin de liberté, sa soif de vengeance sont bien rendus, tout comme les changements qui s'opèrent dans sa personnalité. Nous la verrons ainsi apprendre à faire confiance et découvrir l'amitié auprès d'une jeune tubarde qu'elle prend sous son aile.

Le roman comporte par ailleurs quelques jolies trouvailles formant des images saisissantes. Il y a d'abord la ville du proctor fou ceinturée par une murailles profonde de 200 mètres et entièrement constituées de carcasses de voitures et autres engins mécaniques. Une gigantesque décharge abritant une cour des miracles de nains difformes et lubriques. Il y a aussi le « temps des chutes », saison durant laquelle certaines régions sont balayées par des retombées de débris d'astéroïdes et autres satellites.

Manque de bol, alors que l'intrigue parvient à son comble, qu'une révolte contre le proctor fou se profile et que les jeux du cirque auxquels Shea doit participer sont tout proches, le roman s'achève brusquement. Un troisième tome était vraisemblablement prévu mais il n'a jamais vu le jour.

Du coup, j'hésite à vous conseiller ce livre car vous risquez, comme moi, d'être sacrément frustré.

Fleuve Noir Anticipation - 1982

 

17 mai 2013

LA TREIZIEME GENERATION - P-J HERAULT

untitled

Ayant découvert que le gouvernement terrien déporte sur de lointaines planètes toute personne suspectée d’avoir une attitude subversive, Ross décide de prendre les devants et organise avec l’aide de son ami Berkel sa propre déportation vers une planète accueillante. Treize générations et quelques siècles plus tard, leurs descendants sont de nouveau confrontés à l’impérialisme de la Terre… 

La première réflexion que je me suis faite en lisant ce livre, c’est d’avoir été induit en erreur par les titres des deux romans. L’on s’attend en effet à ce que le premier tome soit consacré à Ross et Berkel, à la façon dont ils quittent la Terre et mènent à bien leur installation sur leur planète d’adoption. Mais il n’en est rien. Seul un long prologue leur est consacré (histoire de planter le décor), tandis que le reste de l’histoire s’intéresse au sort de leur lointains descendants.

Rien de bien grave à cela bien sûr, à condition toutefois que l’histoire de ces fils de déportés confrontés à la civilisation terrienne tienne toutes ses promesses.

Malheureusement qu’avons-nous au final de vraiment excitant ? Pour l’action : deux crashs, celui d’un avion et celui d’un ULM. Pour le suspens : un soupçon d’enquête sur les motivations des envahisseurs ainsi que la menace que fait peser sur la vie du héros un groupe de terroristes. C’est tout de même bien peu pour un roman de plus de 300 pages !

Finalement, au travers de ce livre, P. J. Herault s’est surtout attaché à décrire sa société idéale. Un monde où la tolérance et le respect d’autrui seraient des valeurs cardinales, où l’homme vivrait en bonne intelligence avec son environnement et les autres formes de vie. Un monde enfin dans lequel bonheur collectif et qualité de vie constitueraient le credo de tout un peuple. Une utopie un peu naïve mais bien rafraîchissante.

Fleuve Noir Anticipation - 1990

 

17 mai 2013

LES HABITANTS DU MIRAGE - ABRAHAM MERRITT

untitled

Leif Langdon et Jim Two-Eagles prospectent au fin fond de l'Alaska lorsqu'ils tombent sur une étrange vallée dissimulée par un épais brouillard. Sous la nappe de brume prospère un monde surprenant où deux peuples cohabitent tant bien que mal de part et d'autre d'un fleuve infranchissable. L'une des rives est occupée par de farouches guerriers nordiques adorateurs du démon Khalk'ru tandis que l'autre abrite un peuple de pygmées pacifiques qui vouent un véritable culte à une ravissante jeune femme : Evalie.

Dès son arrivée, Leif s'éprend de la jolie déesse. Un amour partagé mais qui va relancer les hostilités entre les deux nations. Car Leif n'est pas un simple mortel. Depuis un séjour chez les Ouigours du désert de Gobi, il est habité par l'esprit de Dwayanu, un guerrier cruel et ancien serviteur de Khalk'ru. Il va ainsi se retrouver écartelé entre les deux peuples et partagé entre deux destinées, entre deux amours...  

Abraham Merritt est considéré par beaucoup comme un des pères fondateurs de l'eroïc fantasy. Une opinion à laquelle je souscrit sans réserve tant il est vrai que ses romans fourmillent des ingrédients qui feront le succès du genre. Ambiances médiévales, forteresses, combats à l'arme blanche et sanglantes chevauchées, nul doute que de telles histoires aient pu inspirer un Howard ou un Leiber. Nul doute aussi qu'il ait lui-même subi l'influence d'auteurs tels que Rider Haggard ou Burroughs puisqu'on y trouve également tout l'imaginaire des « Lost race tales ».

Les habitants du mirage est au confluent des deux genres. L'ancienne civilisation isolée du monde moderne est bien là, tapie au fond de sa vallée perdue. Présentes aussi les deux factions antagonistes, figées dans leur opposition ancestrale. Le principe bon d'un côté, personnifié par la vierge blanche et son petit peuple. Le mauvais d'autre part : le trio Khalk'ru, Tibur, Lur. Le démon, le guerrier et la sorcière. Et, au milieu de tout çà, le courageux héros qui va rompre l'équilibre millénaire et réaliser l'antique prophétie.

Malgré les apparences, ce roman n'est pas aussi manichéen qu'on pourrait le penser. Grâce à l'ambivalence de son héros, fruit d'un dédoublement de personnalité, Merritt procède à un renversement de point de vue. Ce n'est plus Leif Langdon qui s'exprime, mais Dwayanu. Ce n'est plus le sympathique aventurier mais le guerrier sanguinaire qui prend les choses en mains. L'auteur s'autorise alors à lui faire commettre des actions répréhensible et éprouver des sentiments que la morale de son époque réprouvait : envie, colère, luxure...

L'action en est totalement relancée. L'intrigue bascule dans les complots et les intrigues de cour. Les combats et les trahisons s'enchainent. On s'étripe et on s'ébouillante. Ca bouge et c'est tant mieux. Pour autant, l'action n'est pas le seul atout de ce livre qui possède bien d'autres cordes à son arc.

Signalons pêle-mêle d'intelligents rapprochements entre science et religion, dieux et extra-terrestres, une large place faite aux femmes et une écriture particulièrement raffinée. Trop peut-être. Merritt est à ma connaissance le seul auteur de fantasy chez qui les cascatelles déversent une eau pellucide au milieu de cannaies ! Et oui, il y a du Balzac chez lui. Peut-être même un peu de Proust. Tenez, voyez vous même : "Et je me dis, alors, que la science et la religion sont vraiment proches parentes, ce qui explique en grande partie pourquoi elles se haïssent si fort, que les hommes de science et les hommes de religion sont parfaitement semblables dans leur dogmatisme, leur intolérance, et que chaque âpre bataille religieuse sur telle ou telle interprétation de foi ou de culte a son équivalence dans les batailles scientifiques sur un os ou sur un rocher."

J'ai Lu SF - 1974

 

 

17 mai 2013

DEGENERESCENCE - LORI AHN

untitled

Fraîchement débarquée à Delacroix en compagnie de son père, Moïra a hâte de se faire des amis. Aussi, quand une fille de son âge rencontrée lors des festivités du 4 Juillet la convie à une party, elle n'hésite pas une seconde et se retrouve avec d'autres jeunes dans une maison à l'écart de la ville. Après avoir ingurgité quelques bières et joué à se faire peur, la vingtaine d'ados improvise une partie de cache-cache au fond d'un bois. Ils ignorent que les taillis dissimulent la tanière d'un être de cauchemar... 

Je m'appelle Moïra. J'ai quinze ans. Et je suis une pourriture vivante... Cette "accroche" qui orne la couverture du livre laissait présager un nanar de la pire espèce. Impression qui semblait d'ailleurs se confirmer à la lecture des premiers chapitres. Une bourgade de l'Amérique profonde, une fête entre ados et une partie de cache-cache au fond d'un bois près duquel plusieurs disparitions ont été recensées, voilà qui sentait la série Z à plein nez. Genre "Halloween" ou "Souviens-oi l'été dernier".

Mais alors qu'on s'attend à subir une succession de meurtres abominables commis par un psychopathe déguisé en hockeyeur ou en moine trappiste, l'auteure déjoue tous les pronostics. Elle nous emmène au fond d'un vaste terrier pour un huis-clos particulièrement étouffant entre une adolescente et une créature abominable.

Le portrait de cette chose, à la fois humaine et végétale, occupe d'ailleurs une bonne part du récit. Avec un style très simple, simpliste même, Lori Ahn donne vie à cet être monstrueux dont la peau semble d'écorce, habité par la vermine et grouillant d'insectes. Sa bestialité est aussi effroyable que son aspect et la scène où il désosse une jeune fille avant de s'en repaître est assez éprouvante.

Ce sera cependant le seul meurtre du roman, le reste de l'histoire ne relatant que les tentatives de la jeune femme pour s'échapper ou les sévices que lui fait subir son geôlier.

Fleuve Noir - Frayeur - 1994

 

17 mai 2013

LA PUISSANCE DU DESORDRE - PASCALE FONTENEAU

untitled

Avec un doctorat de physique en poche, Franck Tussier semble promis a un brillant avenir. Il est d'ailleurs rapidement engagé par une importante société pour laquelle il doit travailler à l'élaboration de nouveaux carburants. Mais l'ambiance dilettante qui règne dans son service le perturbe et lui semble un frein à ses ambitions. Aigri, il prend en grippe ses collègues et met sur pied une revanche qu'il veut éclatante... 

Il y a près de 20 ans, Beat Easton Ellis remportait un franc succès avec son désormais célèbre "American Psycho", roman choc mettant en scène un psychopathe de la pire espèce pourtant parfaitement intégré à la société américaine. Ce livre m'avait déçu. Trop long, trop répétitif, trop ennuyeux malgré la démonstration et le but recherché.

Sur un thème fort proche, le roman de Pascale Fonteneau est beaucoup plus réussi. Là encore, l'auteur nous fait pénétrer les pensées d'un psychopathe remarquablement intelligent.

Excellent cursus universitaire, présentant bien, Franck Tussier pourrait être l'employé modèle. Mais en y regardant de plus près on décèle quelques fêlures dans sa personnalité, des marottes, des idées fixes et, surtout, un irrépressible besoin de dominer.

Pourtant, et c'est là tout l'intérêt du livre, si l'on sent bien que Franck dérape de plus en plus, on ne remet pas pour autant en question son équilibre mental. J'ai pour ma part longtemps cru qu'il agissait selon un plan savamment monté et qu'il voulait réellement se livrer à une petite expérience de sociologie.

J'avais le sentiment d'être en présence d'un individu certes frustré, remonté contre la société, son entreprise et ses collègues, mais pas un dément capable des pires extrémités. Ainsi, ses « visites » des appartements de ses collègues me semblaient motivées par le désir d'en apprendre davantage sur eux et non par le besoin de se donner une illusion de puissance.

Ce n'est que lorsqu'il met ses projets à exécution et surtout à la façon dont il s'y prend, que l'on découvre à qui l'on a affaire. Mais il faudra encore attendre la fin du roman pour prendre toute la mesure de sa névrose. On considère alors d'un œil nouveau tout ce qui précède et l'on comprend mieux la mécanique intime du psychopathe, la façon dont il se ment à lui-même et rejette la responsabilité de ses actes sur les autres.

Court et intense, ce roman palpitant se lit d'une traite et vous fera passer une agréable soirée.

Gallimard - Filio Policier - 1999

 

 

17 mai 2013

LE SANG DES ASTRES - NATHALIE HENNEBERG

untitledLe conseil fédéral des civilisations galactiques est inquiet car des bouleversements astronomiques sans précédent ont été enregistrés à proximité de la planète Anti-sol. Les Elms, race terrestre constituée pour partie par les éléments primordiaux (eau, terre, feu) ont reconnu dans cette manifestation cosmique l'influence d’un Elm pur.

Celui-ci s’est incarné sur Anti-sol sous la forme de la ravissante Esclarmonde. Or, composée essentiellement de l’élément feu, elle fait courir un risque immense à cette planète, copie conforme de la Terre à l’époque des croisades. Les Elms décident donc de lui opposer Conrad de Montferrat, un Elm de l’eau, afin d’éviter qu’Esclarmonde ne porte les passions à leur paroxysme.


Curieux roman qui s’apparente davantage au fantastique et à la fantasy qu’à la Science-Fiction. D'ailleurs, l’argument scientifique censé expliquer la relation entre le personnage incarné et son influence néfaste sur l’équilibre astral n’est pas franchement convaincant.

J'ai peiné pour en suivre tous les développements et me suis passablement ennuyé. Il m’eut paru plus judicieux de n’évoquer que des motifs «merveilleux» qui eussent beaucoup mieux collés à ce «conte médiéval».

Néanmoins, l’auteur a trouvé là l’occasion de nous livrer une agréable vision de la Palestine féodale en proie aux luttes entre croisés et musulmans, et ce fut un plaisir que de se laisser emporter au rythme de sa jolie plume.

Le Masque Fantastique - 1976

 

17 mai 2013

LES CINQ RUBANS D'OR - JACK VANCE

untitledPour avoir tenté de s'emparer du secret de l'ultra propulsion, Paddy Blackthorn est emprisonné dans la forteresse d'Akhabats puis contraint de servir d'interprète aux cinq fils de Langtry lors de leur réunion annuelle. Ayant compris qu'il serait éliminé à la fin de ces débats ultra secrets, il tente une manœuvre désespérée pour s'évader au cours de laquelle les cinq sommités sont tuées.

Poursuivi par toutes les polices de l'univers il n'a plus d'autres choix que de décrypter les rubans prélevés sur les cinq victimes et mettre ainsi la main sur la fameuse formule. Heureusement pour lui, il pourra compter sur l'aide d'une espionne au caractère bien trempé avec laquelle il visitera bon nombre de planètes...


"Les cinq rubans d'or" est un petit space op sans beaucoup d'envergure ni d'intérêt qui nous conte une chasse au trésor interplanétaire menée par un couple de terriens. Une histoire assez banale qui n'est finalement qu'un prétexte pour permettre à Mister Vance de nous faire découvrir de nouveaux mondes et, surtout, de nouvelles races.

Car une fois n'est pas coutume, ses descriptions des planètes sur lesquelles se rendent les deux héros sont aussi courtes que leurs visites et ce sont surtout leurs habitants qui bénéficient de son imagination sans bornes. En l'occurrence, il nous présente un panel de cinq races humanoïdes issues de la souche terrienne mais ayant considérablement mutées, au physique comme au moral.

Mais ce travail "d'ethnologue" n'est guère passionnant et, n'était l'humour qui préside aux relations de Paddy et Fay, on s'ennuierait ferme. Ces deux personnages, l'irlandais irascible et vantard et la jolie et intrépide espionne, constituent un tandem comique assez réussi qui ne parvient toutefois pas à sauver un Vance en dessous de la moyenne. Les inconditionnels de l'auteur y trouveront sans doute leur compte, les autres trouveront le temps long.

Pocket SF - 1986

16 mai 2013

LE DOCTEUR MYSTERE - PAUL D'IVOI

untitled

Cigale est un orphelin d'une douzaine d'années qui a quitté son Paris natal pour la Bretagne où il travaille comme mousse à bord d'un bateau de pêche. Une nuit que son embarcation rejoint le port d'Audierne, il se jette à l'eau pour sauver une jeune indienne de la noyade. Retrouvés inanimés, les deux adolescents sont secourus par un étrange docteur, indien lui aussi, qui se propose de veiller sur la miraculée et la ramener dans son pays.

Cigale décide de l'accompagner pour l'aider à faire la lumière sur le passé de la petite Anoor. Commence alors un long périple à travers la péninsule indienne qui les verra secourir la sœur de leur petite protégée, dépositaire d'un lourd secret. Ils devront pour cela lutter contre la toute puissante caste brahmanique alliée de l'oppresseur anglais et déjouer les pièges de l'infâme Arkabad. Mais le docteur Mystère ne manque pas de ressources ni Cigale d'astuce. 

Exit la famille Lavarède, place à Cigale ! Ce septième volet des voyages excentriques nous propose en effet un nouveau héros. Un adolescent au grand cœur, l'un de ces orphelins courageux tels que les aime le roman populaire. Cigale, c'est l'éternel gavroche, le titi parisien, le gamin de Paris cher à Boussenard. Gouailleur et débrouillard, indépendant quoique fidèle, moqueur mais sentimental, il incarne aux yeux de Paul d'Ivoi la quintessence de l'esprit français.

Il ne sera toutefois pas seul à tenir le haut de l'affiche et cède même le premier rôle à ce mystérieux docteur qui donne son titre au roman. Un personnage qui doit beaucoup au capitaine Némo avec lequel il partage nationalité, connaissances scientifiques et famille décimée par les anglais et leurs alliés. D'ailleurs, comme le héros de Jules Verne, il s'en prendra aux intérêts britanniques et c'est donc sans surprise qu'il sera question de lutte et de rébellion contre l'occupant.

Mais sur un ton beaucoup moins dramatique que dans La capitaine Nilia. Certes, les anglais y sont toujours les dindons de l'histoire et leur empire colonial est une fois encore ébranlé. Mais les attaques de Paul d'Ivoi sont redevenues bon enfant et c'est avec humour qu'il continue ses piques envers les infortunés rosbeefs. Il se moque de leur flegme assimilé à de la fainéantise, les affuble de noms grotesques (Capitaine Bullfrog), souligne leur mercantilisme et les place dans les positions les plus ridicules. Somme toute rien de bien méchant. Les plus mauvais rôles ne leur sont pas dévolus et l'on se contente de rire à leur dépens.

On se moquera ainsi de Ellick et Loo, les gras et roses commissaires assermentés suant sang et eau sous le soleil indien, de Fathen père et fils, gouverneurs du Penjab aussi incompétents que âpres au gain et surtout de la tribu Sanders-Van Stoon, famille recomposée anglo néerlandaise en proie aux incessantes disputes entre mari et femme au sujet de la guerre du Transvaal.

Mais il y a bien d'autres personnages dont un couple d'italiens excessivement romanesques, un équipage de marins bretons transformés en pilotes de véhicule expérimental et un ours de Sumatra qui remplace avantageusement Hope l'orang-outang (cf : Corsaire Triplex et La capitaine Nilia). N'oublions pas non plus un méchant bien vicieux, j'ai nommé Arkabad, l'exécuteur des brahmes d 'Ellora, individu infâme qui dissimule sa duplicité sous toute sorte de déguisements.

Ainsi que je l'ai dit plus haut, l'intrigue ne se distingue guère des précédents romans de l'auteur. Une banale histoire de trésor caché et d'orphelines qu'il faut secourir. Le rythme est néanmoins effréné et nous voilà lancés dans une longue course poursuite ponctuée de nombreux enlèvements et de non moins nombreuses évasions. Il y a aussi des sacrifices et des rites initiatiques, des sectes et des sociétés secrètes, le tout dans des décors propres à frapper les imaginations : palais orientaux, temples souterrains, cromlechs et nécropoles. Bref, un joli voyage à travers une Inde de carte postale peuplée de fakirs, de tigres et d'éléphants.

Bien entendu, l'auteur nous donne notre habituelle leçon de choses. Il le fait au travers des explications que Mystère dispense à ses petits compagnons et qui portent cette fois-ci sur les méfaits de l'alcool et sur la nature des ondes électriques : volts, ampères, watts, ohms et coulombs.

Du côté des inventions, c'est encore la fée électricité qui est à l'honneur : cannes foudroyantes, cottes de maille électriques et la fameuse Maison d'aluminium, wagon d'une dizaine de mètres mu lui aussi par l'énergie électrique et qui n'est pas sans rappeler le Karrovarka de La Diane de l'archipel. Mais le plus innovant est sans conteste ce dispositif étrange qui permet de capter les flux électriques ou thermiques dégagés par tous corps, inanimés ou vivants, et de les restituer sous la forme d'images impressionnant une plaque de cuivre.

Je terminerais cette présentation en m'interrogeant sur l'état d'esprit de Paul d'Ivoi à l'égard des populations indigènes puisqu'il fait dire à Cigale au sujet de sa compagne : ...nulle européenne ne me semble aussi jolie, aussi digne de tendresse que vous, puis, quelques pages plus loin, s'exclamer à propos des frères de race de sa belle : Il s'agit de ne pas perdre la trace de ces macaques au teint de chocolat.

J'ai Lu - Voyages Excentriques - 1983

 

16 mai 2013

BARBE-GRISE - BRIAN ALDISS

untitledVers 2030, l'espèce humaine est au bord de l'extinction. Voilà bientôt cinquante ans qu'aucun enfant n'a vu le jour et la planète n'est plus peuplée que de vieillards proches de la tombe. Dans une Angleterre qui se délite lentement, un sémillant quinquagénaire et son épouse entreprennent un dernier voyage le long de la Tamise.

 

Mes premières expériences avec la prose de Brian Aldiss (Mars la blanche, Le monde vert) s'étaient soldées par d'amères déceptions. J'ai heureusement persévéré pour être enfin agréablement surpris avec Terrassement. Mais le livre qui achève de me réconcilier avec le grand écrivain britannique, c'est incontestablement ce Barbe-Grise.

Avec lui, l'auteur nous livre une superbe histoire, triste, poignante mais pas désespérée. Sur un sujet particulièrement grave qui met en scène rien moins que la fin de l'espèce humaine, il nous raconte quelques épisodes de l'existence d'un couple qui s'accroche à son bonheur de vivre.

Nous suivons donc Barbe-Grise et Martha dans leur équipée le long de la Tamise, sur une terre où la présence de l'homme commence à s'effacer et où la nature reprend progressivement ses droits.

Au cours de leur voyage, ils feront un tas de rencontres pathétiques et amusantes : une septuagénaire qui s'imagine être enceinte, un vieux fou qui cohabite avec une dame blaireau, un charlatan intelligent et dangereux. Ils participeront à la foire de Swifford où les vieillards s'étourdissent dans l'alcool, la danse et les plaisirs. Ils s'arrêteront un temps dans une Oxford plus médiévale que jamais où les différents collèges se disputent encore et toujours le pouvoir.

Ils trouveront partout la même ambiance de fin du monde, la même déchéance physique et morale, la même certitude que la civilisation disparaîtra bientôt puisque, ainsi que le dit le héros : Il n'y a pas d'avenir. On l'a tué dans le passé.

Des flash-backs nous permettent également d'appréhender la genèse de cette fin de l'humanité ainsi que les évènements qui ont conduit Barbe-grise et sa femme là où ils en sont. Au travers des moments clés de leur existence (Washington 1990, Cowley 2018) quelques pages du naufrage de la planète nous sont dévoilées. On apprend ainsi que la stérilité des femmes est due à une catastrophe nucléaire pudiquement appelée "l'accident", que les nations se sont épuisées en d'inutiles conflits plutôt que de préserver l'espoir que représentaient les rares enfants encore en vie.

On s'aperçoit enfin que l'homme est décidément incorrigible et que, même confronté à la fin de son espèce, il demeure le jouet de ses passions. Car croyez-vous que ces têtes chenues fassent preuve de la sagesse que l'on attend de leur grand âge ? Bien sûr que non ! Elles continuent à mentir, à voler, à dominer leurs semblables...

Alors, malgré ou à cause de tout cela, et en dépit de la tristesse dont il est empreint, le roman de Brian Aldiss est une célébration de l'instant présent. Une véritable leçon de vie. Il nous encourage à profiter de ce que l'existence nous propose sans penser à demain. Au diable postérité, ambition, descendance ! Fi des rêves de gloire et de richesse. Seul compte le bonheur reçu et donné.

Denoël - Présence du Futur - 1991

15 mai 2013

LES AVENTURES DE JOHN DAVYS - ALEXANDRE DUMAS

untitled

Fils d'un ancien amiral de la marine britannique, John Davys s'engage comme Midshipman (élève officier) à bord du "Trident", un navire militaire en partance pour la Méditerranée. Très vite, il se retrouve en butte aux mesquineries du second, un individu brutal et unanimement détesté de l'équipage. A la suite d'une altercation plus vive qu'à l'accoutumée, John le provoque en duel et le tue. Responsable de la mort d'un supérieur il n'a dès lors d'autre solution que de fuir. S'ensuivront quelques aventures dans les îles grecques et un périple à travers les Balkans au terme desquels il retrouvera son honneur mais connaîtra aussi un bien grand malheur. 

"Les aventures de John Davys" est un roman de jeunesse du maître. Il ne faut donc pas être trop exigent et accepter que l'intrigue soit moins étoffée que dans ses œuvres plus tardives. Au vrai, le livre tient presque davantage du récit de voyage que du roman et les descriptions de paysages, de sites antiques ou des mœurs des peuples rencontrés y ont la part belle. Alexandre Dumas se permet même de longues digressions pour nous conter quelques faits historiques qui l'auront marqué comme le massacre de Janina ou la révolte d'une garnison grecque sur l'île de Malte.

L'essentiel de l'action a donc pour cadre la Méditerranée et notamment les contrées et populations subissant le joug de l'empire Ottoman. Nous découvrons par les yeux du jeune John, la Sublime Porte, les Balkans et l'archipel des Cyclades. Nous rencontrons des maltais et des grecs, des marins et des pirates, des despotes et des sages et nous côtoyons même un temps Lord Byron dont Dumas brosse un portrait sans doute plus fidèle à la légende qu'à la réalité.

Ce roman est aussi une grande et belle description de la marine à voile du début du XIXème siècle et nous permet de découvrir les rudes conditions de vie des équipages et la discipline de fer qui règne alors sur les navires.

Pour ce qui est de l'intrigue, nous sommes en présence d'une histoire dominée par les sentiments. L'amour bien sûr mais surtout l'honneur qui est ici porté à son paroxysme. Celui du héros qui met en péril son existence et sa carrière pour laver l'affront de son supérieur, mais aussi celui de la famille de son amante que les circonstances le conduiront à bafouer.

Roman méconnu mais néanmoins sympathique et dépaysant « Les aventures de John Davys » se termine de façon si abrupte que j'ai d'abord cru que mon exemplaire avait perdu ses dernières pages. Mais non, elles étaient toutes là ! Alors tant pis. Ou tant mieux !

Editions Marabout

 

15 mai 2013

LA VENUS ANATOMIQUE - XAVIER MAUMEJEAN

untitled

Sous le règne de Louis XIV, Julien Onffroy de la Mettrie, chirurgien de talent retiré en province, est démarché par un envoyé des services secrets royaux. On lui propose de s’associer avec deux savants (un biomécanicien et un anatomiste) pour participer à un concours organisé par le roi de Prusse et dont le thème est la création du « nouvel Adam ». Esprit curieux, Julien accepte. Mais la réalisation de leur chef d'œuvre ne se fera pas sans mal car, en plus d'une concurrence acharnée, ils devront affronter une société secrète déterminée à stopper leurs travaux hérétiques. 

Le mélange des genres en littérature donne souvent naissance à d'excellentes choses ; ce roman en est la preuve. J'ai pour ma part été d'abord surpris puis conquis par un livre qui combine littérature de "cape et d'épée" et SF ancienne.

Par moments j'ai eu l’impression d'être plongé dans un bon vieux bouquin d'Alexandre Dumas où chaque page vous apporte son lot de complots et de poursuites effrénées. A d'autres, il me semblait être en compagnie d'une autre créature, celle de Mary Shelley auquel « La Vénus anatomique » rend visiblement hommage.

C'est en tout cas dans une atmosphère d'aventures débridées que débute cette étrange histoire. Nous sommes en 1752, au beau milieu de ce fameux siècle des lumières qui voit partout s'allumer la flamme de la connaissance et avec elle l'envie de penser et vivre autrement. Mais les forces de l'obscurantisme sont encore puissantes et entendent bien contrecarrer les efforts des esprits éclairés qui osent remettre leurs dogmes en question.

Julien Onffroy de la Mettrie est de ceux-là. Personnage réel et véritable chirurgien auquel Xavier Mauméjean donne ici une dimension littéraire inattendue (c'est lui le narrateur), il aura fort à faire pour échapper aux noirs desseins de la "chambre ardente", ultime avatar de l'inquisition. Il affrontera même ses terribles mousquetaires noirs qui le poursuivront jusque dans la Prusse de Frédéric II.

A compter de ce moment toutefois, l'action cède la place aux discussions scientifiques et aux réflexions métaphysiques. Nous assistons avec amusement à des rencontres parfois surprenantes (Casanova, La Pompadour...) et découvrons avec la même incrédulité que nos trois compétiteurs un Berlin alternatif et son Panopticon, ce gigantesque bâtiment sphérique rappelant les projets futuristes de Claude Nicolas Ledoux que je n'aurais pas été surpris de croiser entre ces pages.

Teinté d'humour, truffé de références, vocabulaire particulièrement riche, le style de Xavier Mauméjean est extrêmement agréable et je renouvellerais sans doute très prochainement cette expérience.

Mnémos - Icares - 2004

 

15 mai 2013

LE RESCAPE DE LA TERRE - P-J HERAULT

untitled

La guerre entre Mars et la Terre vient tout juste de commencer et les premiers missiles ne tarderont pas à percuter les planètes. En urgence, Giuse place son ami Cal, anesthésié suite à une opération, dans une capsule spatiale et l’expédie à des années lumières du système solaire.

A son réveil, la capsule orbite autour d’une planète qui paraît habitable. Après avoir pris connaissance d’un message laissé par son ami et l’informant de la situation, Cal décide de s’y installer. Il y fait la connaissance des vahussis, un peuple pastoral aux mœurs pacifiques et se fait bientôt adopter par l'une de ses tribus avec laquelle il décide de partager ses connaissances.

Le jour où il découvre une base secrète construite par une race extra-terrestre, les Loys, et dotée d’une technologie remarquablement avancée, il décide d’utiliser ces moyens pour veiller à l’épanouissement des Vahussis. Il espère ainsi leur éviter de reproduire les erreurs qui ont conduit les terriens à leur perte. 

Ce volume est le premier des 7 livres nous contant les aventures de Cal de Ter. Il peut d’ailleurs être regardé comme une sorte d’introduction à ce cycle dont il plante le décor. De longs passages sont ainsi consacrés à la description de la planète Vaha, ses continents, sa faune, sa flore et ses habitants.

Le personnage de Cal est aussi abondamment décrit, au physique comme au mental, ce qui nous permet de mieux comprendre son attitude face aux évènements. La tristesse d’avoir quitté son monde et ses proches, ses difficultés d’adaptation à un peuple et à une « époque » qui ne sont pas les siens constituent en effet autant de motifs qui le conduiront à prendre la décision d’exister sur un autre plan que les vahussis. Et c’est précisément ce postulat qui sert de base à la suite de ses aventures.

Pour ce qui est du style et de l’intrigue, il faut avouer qu’ils sont fort simples, mais c’est ce qui fait le charme de ce roman et le rend accessible à de jeunes lecteurs.

On pourrait aussi reprocher à P. J. Herault d’aplanir bien vite toutes les difficultés que rencontre son héros quitte pour cela à le doter de qualités sans nombre et à mettre à sa disposition des moyens hors normes. Mais là encore, tout est parfaitement assumé. Cal dispose d’un pouvoir quasi divin. Et bien soit, il se comportera désormais comme un dieu et ne viendra visiter ses ouailles que pour les remettre dans le droit chemin.

Au final, cela nous donne un bouquin qui se dévore et qui laisse envisager beaucoup de bonnes choses pour la suite.

Fleuve Noir Anticipation - 1975

 

15 mai 2013

RN 86 - JEAN-BERNARD POUY

untitled

Léonard est profondément affecté par le décès de sa femme dans un accident de la circulation d'autant que les circonstances du drame laissent supposer un suicide. Cherchant à connaître les raisons qui ont pu pousser Lucie à cet acte désespéré, il décide d'enquêter sur ses derniers jours et notamment sur ce mois passé en séminaire dans le sud de la France. Son seul indice : une carte postale du pont du Gard. 

Jean-Bernard Pouy a le don de nous proposer des polars qui sortent des sentiers battus.

Celui-ci n'en est d'ailleurs presque pas un. Pas de policiers, pas de malfrats, pas de meurtre. Juste une sorte de jeu de piste post mortem qui voit un homme tenter de reconstituer les derniers jours de son épouse et qui découvre une femme qu'il ne soupçonnait pas, presque une étrangère.

Sa tâche semble de prime abord désespérée, voire impossible. Comment retrouver la trace d'une personne dans une région que l'on ne connaît pas quand on ignore où elle a séjourné et qui elle a pu côtoyer. Mais avec de la persévérance et un peu de chance, il va remonter le fil ténu qui le relie à son épouse. Une réceptionniste d'hôtel, une collègue de stage, un écrivain en villégiature, un voyeur, lui dévoileront des bribes de son histoire. A lui de combler les trous pour que, de fil en aiguille, le passé prenne forme et la vérité se fasse jour dans toute sa crudité.

Au cours de son enquête, Léonard va se prendre quelques grosses claques dans la gueule. Au propre comme au figuré. Mais il ira jusqu'au bout de sa démarche et boira le calice jusqu'à la lie. Une quête désespérée sur fond d'arrière-pays nîmois avec ses campagnes écrasées de soleil, ses jolis villages et le pont du Gard où tout commence... et tout s'achève.

Gallimard - Folio Policier - 1998

 

15 mai 2013

LE CLOWN DE MINUIT - ALAIN VENISSE

untitled

Depuis le décès de son époux, Clara a bien des soucis. Outre les problèmes domestiques, les assiduités du médecin de la famille et une vie amoureuse au point mort, il lui faut prendre soin de sa fille de 12 ans qui a mystérieusement perdu l'usage de ses jambes et qui se renferme de plus en plus sur elle-même. Ce n'est pourtant rien en comparaison de ce qui l'attend puisqu'une série de meurtres touchant plusieurs de leur connaissances conduit la police à s'intéresser à elles... 

C'est donc à Alain Vénisse qu'était revenu l'honneur d'inaugurer cette collection Frayeur, ultime avatar de la mythique collection Angoisse du Fleuve Noir. Un choix a priori judicieux s'agissant d'un auteur capable de trousser de bons petits récits horrifiques, pas toujours très originaux mais tenant parfaitement la route (cf : L'étreinte de la bête ou Cimetière des chats). Manque de bol, ce n'est pas du tout le cas avec ce roman gore sans intrigue et sans suspens.

Pourtant, l'idée de cet d'amour filial suffisamment puissant pour réunir par-delà la mort un père et sa fille aurait pu donner quelque chose d'assez joli et d'un peu profond. Malheureusement cela n'aboutit qu'à une succession de meurtres abominables dont on sait trop rapidement qui en est l'auteur et pourquoi.

Côté personnages, Monsieur Vénisse n'a pas fait beaucoup plus d'efforts et louche sans vergogne sur les romans de Stephen King. Sa petite héroïne rappelle irrésistiblement une certaine Carrie (télékinésie, rapports conflictuels avec maman) et son clown psychopathe pourrait être le frère jumeau de Cà.


Finalement, seules les scènes de meurtres sont assez réussies, notamment celle qui se déroule dans le cabinet d'un dentiste avec roulette et fraise... Brrrr ! Heureusement, çà se lit très vite : cent cinquante pages en gros caractères qui permettent de passer rapidement à autre chose.

Fleuve Noir - Frayeur - 1994

 

 

Publicité
<< < 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 30 > >>

FLEUVE NOIR
fl no
ANTICIPATION

 

 

Publicité
SF EMOI
  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Newsletter
Archives
Publicité