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L'amirauté britannique est en émoi. Trois de ses ports militaires distants de plusieurs milliers de kilomètres les uns des autres, ont été détruit simultanément par le mystérieux corsaire Triplex. Mais qui est donc cet individu qui paraît doué du don d'ubiquité ? Pourquoi réclame-t-il un procès à charge contre Toby Allsmine, le tout puissant chef de la police du pacifique ? Comment fait-il pour narguer si effrontément la flotte britannique ? Et que viennent faire dans cette histoire un célèbre journaliste français et un prisonnier égyptien ? C'est ce que nous découvrirons dans ce roman.


Bien que le héros de ce cinquième épisode des "voyages excentriques" soit un anglais contraint de lutter contre son pays, nous y retrouvons également les très gaulois Armand et Robert Lavarède. Toutefois, seul le second joue un rôle de quelque ampleur dans ce livre où il est aussi question de Lothia, sa fiancée égyptienne, et des évènements qui secouent la terre des pharaons sous le joug britannique (voir "Le cousin de Lavarède).

Mais ici, ce sont les possessions australiennes de l'Angleterre qui servent de cadre à une gentille petite histoire de vengeance. Gentille mais guère passionnante. L'auteur y utilise les thèmes éculés d'un romanesque très XIXème siècle (assassinat pour hériter d'une riche veuve, enlèvement d'enfant et réapparition bien des années plus tard, confusion d'identité) et le mystère qui entoure la personnalité de triplex est trop vite levé pour maintenir l'intérêt du lecteur.

Heureusement, quelques scènes d'action et un peu d'humour nous sauvent in extremis de l'ennui. On frémit donc un tantinet chez les Dayaks réducteurs de têtes, on sourit aux patronymes de certains personnages ( Allsmine = tout est à moi, ....) et l'on s'amuse des déboires et des petits travers des militaires anglais (notamment leur amour du Gin et du rosbif).

Je soupçonne à ce propos Paul d'Ivoi d'avoir pris un plaisir très cocardier à ridiculiser l'Angleterre dans ce qu'elle a de plus fort : sa puissance navale. D'autant qu'il ne se prive pas de critiquer sa politique colonialiste tout en soulignant la grandeur de l'empire français.

Pour le reste signalons que, comme à son habitude, l'écrivain en profite pour instruire et faire rêver ceux de ses lecteurs qui n'ont pas la chance de voyager. Cette fois, c'est l'Océanie qui est à l'honneur. Nous visitons donc l'Australie des kangourous et ses immenses déserts, la jungle de Bornéo peuplée d'orangs-outangs, le détroit de Malacca et les chapelets d'îles qui parsèment l'océan pacifique. Son récit s'agrémente également de nombreux apartés que l'on croirait directement issus d'un dictionnaire et qui nous permettent d'apprendre bien des choses sur la culture de l'huître perlière ou la formation des récifs coralliens.

L'auteur se montre en revanche moins prolixe en matière de spéculation scientifique et se contente de puiser sans vergogne dans l'œuvre de Jules Verne : Triplex doit beaucoup à Némo, ses sous-marins ressemblent énormément au Nautilus (jusqu'au piano dans le salon du navire) et l'île d'or rappelle étrangement l'île mystérieuse.

Pourtant, malgré ces petits défauts, les livres de Paul d'Ivoi constituent une lecture naïve et rafraîchissante dont on aurait tort de se priver sous prétexte qu’ils ont mal vieillis. Alors si vous voulez entendre parler de bicyclistes ou d’automédon, et revenir à une époque où les femmes se laissent mourir à cause d’un amour malheureux, n’hésitez plus.

Pour ma part je vais me laisser tenter par le volume suivant qui doit voir Robert Lavarède prendre la tête des insurgés égyptiens. Encore un rude coup porté à la couronne britannique !

J'ai Lu - Voyages Excentriques - 1983