Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
SF EMOI
Publicité
23 janvier 2015

LE SORCIER DE TERREMER - URSULA LE GUIN

img

Jeune chevrier vivant sur l'île de Gont dans le Nord Est de Terremer, Ged montre très tôt des dispositions pour la magie. Confié aux bons soins du sorcier local, il fait preuve d'un talent tel que son mentor décide de l'envoyer étudier à l'école de magie de Roke. Là, il se distingue autant par ses aptitudes hors normes que par son orgueil qui le pousse à invoquer l'esprit d'un mort. Ce faisant, il libère une puissance de l'ombre qui va chercher à le détruire, ne lui laissant d'autre choix qu'entre la fuite ou le combat. Tantôt chasseur, tantôt chassé, Ged ira au bout du monde et de lui-même, pour vaincre la dangereuse créature.

"Terremer" fait partie des grands cycles de fantasy que tout amateur du genre se doit d'avoir lu. Rien à voir pourtant avec les grandes épopées guerrières ou les récits de quêtes fabuleuses qui forment le plus gros de la production. La fantasy d'Ursula Le Guin est plus intimiste, centrée sur l'évolution psychologique de ses personnages. Moins spectaculaire, elle n'en demeure pas moins extrêmement dépaysante avec un univers foncièrement original.

Un monde composé de nombreux archipels, une multitude d'îles formant autant de nations aux couleurs et coutumes disparates : la Venise rurale de Torning Bas, les villages de pêcheurs d'Iffish, la désolation d'Oskill dans le lointain nord... Quant au caractère médiéval commun aux romans de fantasy, il est également bien présent puisqu'on se déplace d'une île à l'autre à bord de voiliers ou de galères et que l'on y craint les incursions des envahisseurs kargues.

Premier des trois volumes qui composent ce cycle, Le sorcier de Terremer nous invite à suivre la jeunesse d'un sorcier. Nous le suivons dans toutes les étapes de son apprentissage, de ses premières années sur une île retirée à son premier "emploi" au service d'une communauté rurale en passant par ses études dans une école de magie. Nous découvrons un héros attachant, puissant certes, mais faillible aussi, avec ses peurs et ses doutes. Pour venir à bout de sa Némésis, Ged devra vaincre ses démons, au propre comme au figuré. Il lui faudra pour cela voyager, échanger, découvrir ce qui l'entoure mais aussi apprendre à se connaître soi-même.

Le roman d'Ursula Le Guin est donc un roman sur la connaissance, sur l'expérience et la sagesse qu'elles apportent. La magie qui a cours à Terremer consiste en effet à apprendre le véritable nom des êtres et des choses. Une jolie métaphore qui véhicule l'idée selon laquelle il faut parfaitement connaître les choses avant de se risquer à les manipuler. Responsables de nos actes, nous devons être conscients de leurs conséquences et veiller à respecter l'équilibre naturel de notre monde.

Pocket SF - 1985

Publicité
30 décembre 2014

LA BETE ET LA BELLE - THIERRY JONQUET

9782070408627Le commissaire Gabelou aimerait bien que Léon se mette à table. Ce n'est pas que son témoignage soit absolument nécessaire puisque le coupable a déjà été arrêté, mais il y a encore quelques zones d'ombres qu'il aimerait bien éclaircir. Manque de bol, le prévenu s'obstine à rester muet. Il se contente de passer en revue ses souvenirs en essayant de comprendre ce qui a pu les amener, lui au quai des orfèvres, et son ami à l'hôpital, dans un état critique.

Si vous souhaitez lire un polar dont l'intrigue repose sur la recherche et la découverte du coupable, vous vous êtes trompé de bouquin. Dans La belle et la bête, le coupable, on le connaît dès le début. D'ailleurs, le coupable, c'est son nom. C'est du moins comme çà qu'on le nomme. Comme il y a l'emmerdeur, le visiteur, la vieille, le commis et le gamin. Parce que finalement, victimes, assassins ou témoins, leur identité n'a pas beaucoup d'importance ; ce sont eux, mais çà pourrait être d'autres, vous, moi. Des gens ordinaires avec des vies bien ordinaire.

En tout cas, cette absence de patronyme n'aide pas beaucoup à suivre le cours du récit. D'autant que celui-ci nous est raconté par plusieurs voix. Celle de Gabelou, le commissaire, qui nous dépeint la garde à vue du vieux Léon et quelques épisodes de son enquête ; celle du coupable par le biais de son journal intime enregistré sur des cassettes audio ; celle du vieux Léon enfin dont le monologue intérieur éclaire le quotidien et celui de son pote le coupable. Un roman choral donc, avec les approches différentes et les points de vus décalés que cela comporte.

Nous pénétrons ainsi l'intimité de deux inadaptés et revivons leur neuf mois de cohabitation dans un appartement où les poubelles s'amoncellent, restreignant jour après jour leur espace vital. Le premier est un vieux paysan rattrapé par la banlieue et qui n'a jamais réussi à s'intégrer à son nouvel environnement. Le second est l'une de ces personnes trop faibles ou trop respectueuses des règles et des conventions, qui finissent un jour par péter les plombs. Un peu comme une cocotte minute incapable de relâcher la pression en disant merde ou en allongeant une torgnole, il va finir par exploser et sombrer dans la folie. Mais a-t-il pour autant commis les meurtres dont on l'accuse ? (et dont il s'accuse lui-même). Voilà qui n'est pas sûr. Et c'est tout le talent de Thierry Jonquet que de nous faire douter à mesure que l'on fait connaissance avec son personnage et que l'on découvre les raisons de son mal être et les surprenantes manifestations de sa folie.

Parfait exemple de néo-polar, ce policier à la française où la critique sociale est plus importante que l'enquête, La bête et la belle est un roman qui met mal à l'aise. Il fait le constat d'un modèle de société qui a dérapé et nous livre une peinture très juste de la banlieue et de son triste quotidien avec sa cité, son CES et son usine Citroën. Une banlieue clapier, un nid à misère empli de travailleurs sans avenir et d'une jeunesse promise au chômage et à la délinquance.

Gallimard - Folio Policier - 1999

20 décembre 2014

DEGENERATION FUTURE - ALAIN BLONDELON

 

img

La petite communauté qu'Alain, Lionel, Jocelyne et Sandrine ont établi sur l'île d'Yeu commence à s'étoffer. Leur situation matérielle s'améliore, des couples se forment et les première naissances arrivent bientôt. Mais au lieu du bonheur et de l'espoir attendus, c'est la consternation. Les nouveaux nés sont atteint de nombreuses malformations dues sans doute aux ondes qui ont ravagées le pays quelques années plus tôt. Pour tenter de comprendre et peut-être d'enrayer cette dégénération, Alain et Jocelyne reprennent la route à la recherche d'un médecin.

Comme beaucoup avant lui, Alain Blondelon a donc succombé à l'envie de donner une suite à son premier roman. Je suis d'habitude assez circonspect à l'égard de ces continuations et autres deuxièmes tomes qui n'apportent pas toujours grand chose au roman initial. Cette fois pourtant, je me réjouis de ce second opus dans lequel l'auteur est parvenu à gommer une bonne part des petits défauts du premier.

Il a notamment choisi de privilégier l'action pure et je dois dire que cela fonctionne beaucoup mieux même si, côté intrigue, il ne fait pas preuve d'une grande originalité. Après les chiens, les rats et les militaires, ses héros affrontent d'énormes frelons (un clin d'oeil aux Furies de Keith Roberts ?) ainsi que la plus dangereuse des créatures : l'homme. Et des hommes ils vont en rencontrer, seuls, par paire ou en groupe, accueillants parfois, souvent hostiles mais toujours méfiants. Ils apprendront à éviter les hordes de pillards sans foi ni loi, devront lutter contre des tyranneaux dans le métro parisien et se frotteront à quelques communautés plus ou moins sectaires. Eh oui ! La vie n'est pas rose dans la France d'après l'Onde de Choc.

Chemin faisant, ses personnages s'affranchissent de l'ancienne morale. Ils s'endurcissent et perdent foi en l'avenir. Cela se ressent sur l'atmosphère générale et donne à l'histoire un côté "no future" qui lui va plutôt bien. Mais, si son couple de héros gagne en épaisseur, il n'en va pas de même des autres protagonistes de l'histoire. On ne compte plus les personnages secondaires que l'auteur fait disparaître sans tambours ni trompettes dès lors qu'ils ont cessés de lui être utiles. Un suicide, une maladie ou, plus ridicule, une chute dans l'escalier, viennent toujours fort opportunément mettre un terme à ces seconds rôles devenus encombrants. Le procédé est un peu grossier, il ne faut pas en abuser.

Je regrette aussi que les personnages de méchants ne soient pas plus étoffés. Succinctement décrits, rarement nommés, il est bien difficile pour le lecteur de les visualiser correctement et d'éprouver à leur égard les sentiments - haine et soif de vengeance- ressentis par leurs victimes. De plus, le désir d'une punition à la hauteur de leurs forfaits doit monter lentement, se nourrir des vicissitudes endurés par les héros pour trouver son aboutissement dans un juste châtiment. Ici, le calvaire supporté par Jocelyne (exploitée, battue, violée) nous est révélé en quelques lignes, et l'exécution de son bourreau expédiée en quelques mots...

Ces petites remarques mises à part, Dégénération future est un bon petit road-book post-apocalyptique. Le style de l'auteur s'est affirmé. Les scènes de combats sont plus maîtrisées, les dialogues servent le récit sans l'alourdir et l'état d'esprit des personnages est raccord avec l'ambiance. Bref, du bon boulot.

L'histoire s'achève sur la promesse d'une suite. C'était en 2012 et depuis, l'ami Blondelon a publié deux autres romans dans des univers bien différents. Verra-t-elle le jour ?

Black Coat Press - Rvivière Blanche - 2012

15 décembre 2014

LA VENGEANCE DU WOMBAT - KENNETH COOK

9782253161790-T

Petit florilège d'anecdotes cocasses et d'aventures désopilantes survenues à l'auteur au cours de ses déambulations dans le bush australien.

On imagine l'Australie peuplée de grosses peluches attendrissantes, mignons koalas ou adorables kangourous. N'en croyez-rien. Les marsupiaux qui peuplent les pages de ce recueil sont tout sauf inoffensifs. Le héros-narrateur en fera l'amère expérience en affrontant tour à tour un wombat rancunier, un kangourou ingrat et un quokka apeuré. De quoi traumatiser un individu qui se décrit lui-même comme un écrivain d'âge moyen en mauvaise forme physique, gras et passablement couard.

Il faut dire aussi que le bonhomme a la fâcheuse habitude de fréquenter des pubs paumés où il rencontre de sympathiques tarés qui l'embarquent invariablement dans les plans les plus foireux. C'est ainsi qu'il se retrouve à chasser le buffle avec un motard qui se shoote au peppermint, à pêcher le requin et le crocodile avec une corde ou à mettre en orbite un lézard à collerette en compagnie d'un gamin de treize ans.

Ceci dit, il n'y a là rien que de très banal si l'on considère que tout cela se passe du mauvais côté du fleuve Darling, région aride et dangereuse, « exclusivement constituée de pourpiers, de sable, de rocailles, de chaleur et de détresse – sauf en hiver, où elle est exclusivement constituée de pourpiers, de sable, de rocailles de froid et de détresse ».

Une espèce de nouveau western peuplés d'aborigènes roublards, de rudes paysans et d'aventuriers en tout genre, chercheurs d'opales ou chasseurs de serpents. Des individus taciturnes, qui ne sortent de leur torpeur alcoolique que lorsqu'il est question de parier. Il font alors preuve d'une détermination sans bornes pour accomplir les défis les plus loufoques : loger une balle à cinq pas dans l'oreille d'un crétin, castrer un cochon sauvage ou faire un bras de fer en tenant une grenade dégoupillée.

Heureusement pour ses lecteurs, ce cher Kenneth Cook sortira intact de ces expériences inoubliables. Sa dignité en revanche...

Le livre de poche - 2012

10 décembre 2014

ORAGES EN TERRE DE FRANCE - MICHEL PAGEL

img

Difficile de ne pas penser au Pavane de Keith Roberts lorsqu'on lit ce petit recueil de nouvelles uchroniques. Comme son illustre aîné, Michel Pagel nous fait découvrir un vingtième siècle alternatif où l'église est encore toute puissante. Comme lui, il met en scène des personnages mineurs en compagnie desquels nous faisons connaissance avec un pays où la science est sous contrôle. En revanche, ce n'est pas l'Angleterre qui sert de cadre à ses récits mais une France exsangue après un millénaire de guerre contre la perfide Albion.

Le point de rupture avec l'histoire officielle remonte en effet au moyen-âge. Dans sa réalité à lui, Jeanne d'Arc n'a pas existé, la révolution française a échoué et la rivalité entre les églises gallicane et catholique est venu exacerber un conflit interminable. Ce sont donc quatre instantanés de cette France martyrisée que nous propose l'auteur, quatre destinées, quatre histoires bien distinctes mais formant néanmoins un tout cohérent.

"Ader" a pour personnages deux chercheurs qui construisent dans le plus grand secret la première machine volante. Cette nouvelle permet de prendre contact avec une société rétrograde dans laquelle hommes et femmes doivent composer avec deux menaces permanentes : la rigueur du dogme religieux et l'omniprésence de la guerre. Une nouvelle très noire et sans illusions sur la nature humaine où l'on verra que l'amitié et le respect de la parole donnée pèsent très peu face à la menace ou l'appât du gain.

Le second texte est extrêmement court. Il sert tout juste à présenter une découverte des scientifiques britanniques : la résurrection temporaire des morts afin d'en faire de la chair à canon. Un thème qui sera davantage développé dans la dernière nouvelle du recueil. Il met aussi l'accent sur la bêtise d'une guerre où les habitants changent de suzerain et donc de camp au gré des conquêtes territoriales.

« Le templier » est l'histoire d'un complot visant à ruiner la réputation d'un personnage public. C'est aussi un joli portrait, celui d'un prédicateur austère et néanmoins vedette d'un show télévisé qui va voir sa foi mise à rude épreuve.

« L'innondation » est sans doute la meilleure nouvelle du recueil. La plus triste aussi puisqu'elle met en scène les destins croisés de deux déserteurs et d'une espionne qui vivent leurs derniers jours sur la ligne de front.

Mais il n'y a pas que le fonds qui soit réussi. Michel Pagel fait aussi preuve d'une qualité d'écriture bien supérieure à celle de ses autres romans parus au Fleuve Noir. Son récit est très maîtrisé, tout en retenue et finesse avec juste ce qu'il faut de sensibilité et d'ironie.

Fleuve Noir Anticipation - 1991

Publicité
5 décembre 2014

MEMOIRE DE SANG - JEAN-LOUP PHILIPPE

img

Atteinte d'une tumeur au cerveau incurable, Hélène n'a plus que quelques mois à vivre. Sur les conseil de son médecin, elle accepte de contacter un neurologue allemand qui lui propose de tenter une greffe partielle de cerveau. Contre toute attente, l'opération est un succès et, après une courte période d'observation, Hélène et son époux peuvent reprendre le cours de leur existence. Mais, au bout de quelques temps, la miraculée est victime de cauchemars dans lesquels elle voit une jeune fille subir toutes sortes de sévices. Elle commence aussi à ressentir d'irrésistibles pulsions meurtrières...

Le thème du malade à qui on greffe un membre ou un organe qui a conservé la « mémoire » du donneur est un classique de la SF. Il offre aux auteurs qui s'en inspirent le choix entre deux trames aussi intéressante l'une que l'autre. Soit le malade découvre un évènement de la vie du défunt qui le pousse à enquêter sur ce dernier et/ou à le venger (crime dont il fut le témoin ou la victime), soit un conflit s'installe entre l'esprit du donneur et celui du receveur, celui-ci se trouvant alors confronté à une redoutable schizophrénie.

Jean-Loup Philippe a choisi d'utiliser les deux. On assiste dans un premier temps au dédoublement de personnalité dont est victime l'héroïne. Petit à petit, l'esprit de la donneuse prend le dessus sur celui de son hôte et modifie son comportement. Comme de juste, l'intruse est une dangereuse psychopathe qui va pousser l'héroïne à commettre quantité de crimes. Le récit bascule donc progressivement dans la violence et les meurtres se succèdent. L'auteur ne manque d'ailleurs pas d'imagination (noyades en mer ou dans des sables mouvants, défenestration) et sait manier l'humour macabre (aveugle abandonnée au milieu d'une nationale).

Puis l'héroïne décide de réagir et entreprend de découvrir l'identité de la donneuse. Le récit prend alors des allures d'enquête policière. On remonte sa trace et découvre les raisons de sa violence tandis qu'un trafic d'organes est mis à jour. Tout cela se lit donc sans déplaisir mais manque cruellement de sel. L'intrigue ne recèle quasiment aucune surprise et, mis à part le couple Hélène/Charles, les personnages sont beaucoup trop stéréotypés, sans profondeur, ni saveur. Il y a aussi quelques petites invraisemblances comme le fait que tous les berlinois que côtoient les personnages parlent français et que, le croirez-vous, ces mêmes allemands ont coutumes de faire la sieste l'après-midi. Moi, je croyais que c'était en Espagne !

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

13 novembre 2014

LES ANNEES DOUCES - KAWAKAMI HIROMI

646-1Un soir qu'elle boit un verre dans le bar où elle a ses habitudes, Tsuliko rencontre son ancien professeur de japonais. Entre la trentenaire indépendante et le vieux professeur, le contact passe immédiatement et les rencontres, fortuites ou provoquées, se multiplient. Une amitié sincère va se nouer entre ces deux personnes pourtant si différentes.

La traduction littérale du titre de ce roman signifie « La serviette du professeur ». L'éditeur lui a cependant préféré « Les années douces » et je dois dire que je suis plutôt d'accord avec ce choix tant il est vrai que ce livre est empreint de douceur.

Douceur de ces choses toutes simples que l'on fait sans presque y penser. Douceur de moments qui n'ont de saveur et d'intérêt que parce qu'ils sont partagés. Douceur du temps qui s'écoule paisiblement et du plaisir de vivre au rythme des saisons sans chercher à en accélérer la course. Douceur enfin des sentiments qui, petit à petit, rapprochent deux solitudes.

Les années douce, c'est la très belle histoire d'une amitié qui se transforme en un amour profond. Au travers d'une succession de tableaux (une flânerie sur un marché, la cueillette des champignons à l'automne, la visite d'un musée), nous assistons à la naissance puis à l'épanouissement d'une idylle. Nous découvrons comment les deux personnages s'apprivoisent, apprennent à s'apprécier puis surmontent leurs derniers scrupules. Le tout raconté avec beaucoup de pudeur mais sans pudibonderie.

Quant à la différence d'âge entre Tsukiko et le maître, elle n'est que très peu évoquée. Exception faite de la remarque d'un ivrogne, il n'en sera d'ailleurs question qu'à la toute fin du roman. Et encore, cela ne sera que du point de vue du temps qu'ils peuvent espérer passer ensemble et non des trois décennies qui les séparent. L'auteure n'est pas tombée dans le piège du politiquement correct. Son histoire n'est pas celle d'un couple hors norme confronté au regard des autres mais juste le récit d'une belle rencontre.

Picquier Poche - 2005

8 novembre 2014

LE RAID INFERNAL - P-J HERAULT

 

img

C'est une bien mauvaise surprise qui attend les passagers du sark reliant Pogra 1 à Pogra 4, lors de leur première escale. Les relais sur lesquels ils comptaient ont été pillés par les Taves, les éternels révoltés de ce petit système en bordure de galaxie. Les choses vont même aller de mal en pis puisqu'ils sont bientôt pris pour cible par les terribles pillards.

Dans ces circonstances exceptionnelles, l'un des passagers, ancien militaire rompu à toutes les techniques de combat, va tenter l'impossible pour les sauver. A travers la forêt d'astéroïdes ou dans la savane de Pogra 3, pourra-t-il compter sur ses compagnons d'infortune ?

Les héros de P. J. Herault sont assez paradoxaux. Bien qu'il s'agisse toujours d'ardents pacifistes épris de liberté, ce sont la plupart du temps d'anciens militaires qui passent le plus clair du roman à combattre toute sorte d'ennemis. C'est encore le cas avec le personnage de Jon Cardi, ancien commando de la spatiale qui va trouver à employer ses talents de tueur patenté pour se sortir d'un pétrin sans nom.

Cela donne un roman bourré d'action, quasiment un livre de guerre. Les combats s'enchaînent, dans l'espace et au sol. Corps à corps en apesanteur, attaques commandos, course poursuite d'engins spatiaux et même un siège en règle qui rappelle l'attaque du fort par les indiens de nos bons vieux western. Heureusement, l'auteur est assez intelligent pour entrecouper ces épisodes bourrés de testostérone de passages plus calmes permettant de développer une intrigue au demeurant assez légère.

Ici, ce sont les rapports entre les membres d'un groupe d'individus disparates qui tiennent le devant de l'affiche. Trois femmes et neuf hommes contraints de vivre ensemble et faire cause commune contre un ennemi dangereux et imprévisible. L'auteur dépeint plutôt bien la difficile cohabitation entre ces personnes issues de milieux différents, avec les problèmes de promiscuité, les a priori et les affinités, les comportements égoïstes ou altruistes, ceux qui craquent et ceux qui se révèlent... Il y a aussi une sympathique petite idylle entre le baroudeur un peu bourru et une jeune femme qui n'a pas froid aux yeux, permettant d'égayer l'histoire de scènes drôles et attendrissantes.

Pour finir, signalons la multitude de détails (vestimentaires, alimentaires, techniques) qui ajoutent de l'intérêt au récit. Avec P-J Herault, tout semble parfaitement crédible. Les armes ont besoin d'être rechargées et une navette spatiale doit être pressurisée pour quitter l'atmosphère. Ça peut sembler évident, mais bien des bouquins du genre pêchent par absence de réalisme. Le raid infernal est donc un divertissement tout à fait classique mais néanmoins de qualité. La preuve : à peine ouvert, déjà fini.

Fleuve Noir Anticipation - 1986

3 novembre 2014

LA GRANDE NUIT - ANDRE-MARCEL ADAMEK

sans-titreMalek est en train de visiter la grotte du Château Rouge dans les Ardennes belges lorsqu'un terrible éboulement cause la mort de la plupart des visiteurs et plonge la caverne dans l'obscurité. Seul en compagnie d'une vieille dame, il met plusieurs jours avant de regagner la surface où l'attend un spectacle d'apocalypse. Le pays entier, et sans doute même l'Europe, a été ravagé par une attaque nucléaire. Avec l'idée de fuir les zones les plus radioactives, Malek décide de gagner les plages du nord de la France. Son chemin sera parsemé de rencontres, bonnes et mauvaises. Parallèlement, une femme militaire doit affronter ses compagnons d'arme puis deux jumelles particulièrement dangereuses.

La grande nuit est un modèle de roman post-apocalyptique. Presque tous les sous-thèmes inhérents à ce type de littérature y sont abordés : explosion nucléaire et irradiations, déambulations au milieu de champs de ruines, communauté tentant un recommencement, secte, matriarcat, anthropophagie, justice expéditive, bref, un véritable condensé du genre. Un genre qu'il ne révolutionne certes pas mais sur lequel il porte un regard qui ne manque ni de profondeur, ni d'intérêt.

André-Marcel Adamek tire en effet partie du sujet pour étudier les relations qui se nouent et se dénouent entre les rescapés. Ce n'est pas pour rien que son héros est un spécialiste du comportement animalier. Son sens de l'observation et sa connaissance des grands prédateurs lui permettent de disséquer les attitudes des uns et des autres, isolant les comportements altruistes ou intéressés ainsi que la passivité du plus grand nombre.

A ce titre, la petite communauté d'Audresselles est un véritable laboratoire vivant. Malek peut y observer la façon dont les nouveaux pouvoirs se mettent en place, les luttes d'influence et même l'immixtion de la religion. Il remarque aussi comment la solidarité des premiers temps fait rapidement place au « retour de l'égoïsme, de la jalousie et des petites mesquineries ». A plusieurs reprises, il comparera les survivants aux meutes de loups qu'il a si bien étudiés. Une façon comme une autre de nous rappeler que l'homme n'est qu'un animal trop souvent guidé par l'instinct plus que par la raison. Et puis, l'homme n'est-il pas un loup pour l'homme !

Tout cela lui inspirera quelques réflexions bien senties dont voici un petit florilège : « L'homme n'aurait jamais dû penser qu'en terme de plaisir. Il aurait vécu moins longtemps mais il aurait évité l'apocalypse. Un homme qui jouit ne déclenche pas une guerre. » ; «  La parole sainte inspirant le geste du bourreau : on ne pouvait imaginer de pouvoir plus efficace ».

Très agréable à lire avec son écriture fluide qui nous pousse à l'avaler d'une traite, ce roman n'est pourtant pas totalement noir et, s'il nous montre souvent la face sombre de l'homme, il se termine néanmoins sur la promesse d'un avenir  : « De cette grande nuit qui s'était abattue sur la Terre, ils se réveilleraient un jour, blessés, difformes sans doute, les mains écorchées et les yeux sans couleur, mais éblouis par la pureté regagnée des limons et des sables. Dans les vestiges du monde des apparences, ils reconnaîtraient la vérité d'un regard ou d'une voix ».

Editions Labor - Espace Nord - 2005

20 octobre 2014

LA RECUP' - JEAN-BERNARD POUY

57391521Antoine est un honnête artisan spécialisé dans la serrure ancienne. Enfin, honnête il ne le fut pas toujours, et seul un petit séjour au placard l'a remis dans le droit chemin. Alors, quant on lui propose 10.000 euros pour une affaire rapide et sans risque, il n'hésite pas bien longtemps. Mais si le cambriolage s'avère aussi facile que prévu, ses commanditaires se montrent nettement moins honnêtes et le laisse a moitié mort sur un quai de gare. Quant il reprend conscience sur son lit d'hôpital, Antoine sent la moutarde lui chatouiller les narines. Il décide alors de se faire justice et de récupérer son dû. Ses 10.000 euros. Comme Lee Marvin dans Blank Point. Sauf que là, c'est pas du cinéma.

Et encore un J-B Pouy qui se lit à la vitesse de l'éclair. Faut dire qu'on y retrouve tout ce qui fait le sel de ses romans : du rythme, de l'action, de l'humour et, bien sûr, quelques unes des belles saloperies dont les puissants de ce monde ont le secret ; ici la spoliation des biens juifs et les magouilles politico-mafieuses.

Son récit est mené tambour battant avec à peine quelques respirations, le temps d'une planque en Corse où d'un séjour en Bretagne. Il nous tient en haleine avec une traque où l'on ne sait plus très bien qui est le chasseur et qui est le gibier. Les découvertes s'enchaînent et les emmerdes vont crescendo. On en sort aussi essoufflé que le héros qui passe par toute la palette des émotions : surprise, abattement, colère, peur, accablement, excitation. Comme lui, on se laisse embarquer dans un dangereux engrenage dont on se demande s'il parviendra à se sortir.

L'empathie avec le bonhomme fonctionne à merveille. Avant de le jeter dans la clandestinité l'auteur nous a fait pénétrer son quotidien. Il nous a présentés ses rares amis, sa chouette voisine, les habitués du Balto. On a découvert sa passion des vieux mécanismes et son goût de l'authentique. On a même versé une petite larme à l'évocation des funérailles de son père. Et puis, un gars né en mai 68 ne peut pas être un mauvais bougre.

De fait, Antoine représente un peu la revanche des humbles sur les puissants. C'est David face aux Goliath de la mafia et de la finance. On se rend vite compte qu'il n'arrivera pas à faire chuter ses adversaires, mais on est quand même bien content de le voir se rebiffer, jouer le rôle du caillou dans la chaussure.

La récup' est l'un des polars les plus classiques de l'auteur, avec des mafiosis, des détectives, des journalistes et des baveux. Ce n'est en revanche pas le meilleur, à cause, peut-être, de ce « clacissisme ». J'ai néanmoins pris un grand plaisir à me laisser porter par l'écriture savoureuse de J-B Pouy, avec ses jeux de mots et ses calembours qui, parfois, prennent des allures de poésie : « Je ne parvenais plus à mettre les points sur les i, ni l'accent sur la cime qui est tombée dans l'abîme ».

Fayard - Points Roman Noir - 2009

15 octobre 2014

LA MONTAGNE MORTE DE LA VIE - MICHEL BERNANOS

img

Un jeune homme est enrôlé de force sur un Galion en route vers les colonies espagnoles. Sous la houlette du cuistot, un vieux loup de mer bourru mais sympathique, il découvre la dure réalité de la vie à bord jusqu'à ce que le navire fasse naufrage. Seuls survivants, les deux compagnons accostent une île étrange, déserte et dominée par une montagne de couleur ocre. Espérant trouver de l'aide sur le versant opposé, ils entreprennent son ascension.

Curieux roman que ce livre de Michel Bernanos, le fiston du grand George. Il débute à la façon d'une bonne petite histoire d'aventures maritimes et l'on pense immédiatement à L'île au trésor de Stevenson ou L'ancre de miséricorde de Mac Orlan.

Cependant, on se rend vite compte que l'on a pas affaire à de la littérature de jeunesse. L'univers de la marine à voile qu'il nous dépeint est fait de cruauté et de souffrance. Les conditions de vie y sont précaires, l'équipage violent et la mutinerie, ce classique des histoires de pirates, débouche ici sur une scène de cannibalisme absolument hallucinante.

Les péripéties qui se déroulent sur l'île où les deux compagnons trouvent refuge sont tout aussi dantesques. Baignés en permanence par une atmosphère rouge sang, ils vont pénétrer un monde angoissant, déserté de toute vie animale et seulement peuplée de statues d'une inquiétante expressivité. Tenaillés par la peur et la soif, ils vont vivre un long cauchemar éveillé. Ils traverseront des forêts mystérieuses, franchiront des gouffres redoutables et affronteront des fleurs carnivores ou des lianes suceuses de sang.

Un voyage au bout de la vie étrange et émouvant, raconté avec une grande simplicité. Presque un long poème en prose d'une beauté envoûtante.

Livre de Poche - SF - 1977

25 septembre 2014

LA JAUNE - JEAN-PIERRE FONTANA

img

A la suite d'un incident d'origine inconnue, un vaste nuage de gaz extrêmement nocif se répand sur la ville. Passé le sauf qui sait général, seuls demeurent quelques laissés pour contre : SDF, malfrats, prostitués ou travailleurs immigrés coincés dans une cave. Commencent alors pour ces rescapés une lutte de tous les instants contre la lente montée des vapeurs délétères.


"La jaune" est un roman dans lequel l'ambiance s'avère beaucoup plus intéressante que l'histoire elle-même. Il nous plonge dans une atmosphère de fin du monde en nous invitant à découvrir une ville presque entièrement vidée de ses habitants. « Une ville quasiment pour lui tout seul, libérée des voitures et des cons. ».

Nous y suivons les déambulations des rares citadins restés sur place, pour la plupart des marginaux qui se retrouvent d'un seul coup les maîtres des lieux avec toutes sortes de richesses à portée de main. Ils se livrent bien entendu à quelques bacchanales et autres scènes de vandalisme, se saoulent, se goinfrent et s'entre tuent même un petit peu. Bref rien de très original, du moins rien qui n'ait déjà été raconté dans maints roman post-apocalyptique.

La suite est heureusement plus palpitante. Les gaz prennent lentement possession de la cité, se répandent dans les rues et, à la façon de la marée montante, commencent leur inexorable ascension. Les derniers groupes de survivants sont alors contraints de se réfugier dans les immeubles les plus hauts. Comme des naufragés gagnants les parties encore émergées de leur navire, ils se retirent, étage après étage, jusqu'aux toits où ils finiront par se disputer les derniers mètres carrés disponibles...

Le fait que la nature de la catastrophe (militaire, industrielle...) reste indéterminée et que l'on ne connaisse pas le nom de la ville dans laquelle se déroule l'histoire n'a pas beaucoup d'importance. En revanche, Jean-Pierre Fontana aurait dû creuser davantage la psychologie de ses personnages. En se limitant la plupart du temps au nom et à l'apparence physique, il ne parvient pas à créer l'élan de sympathie ou de haine suffisant pour que l'on s'intéresse à leur sort. Dans ces conditions leur survie nous importe peu et c'est d'un œil distrait que l'on suit leur dangereuse équipée jusqu'à son terme.

Fleuve Noir Anticipation - 1986

 

20 septembre 2014

CAR LA VIE EST DANS LE SANG - FRANCIS MARION CRAWFORD

img

Avec ses demeures isolées, ses châteaux perchés, ses caveaux et ses tombes, le fantastique de Francis Marion Crawford est très représentatif d'un XIXème siècle gothique et romantique.

Qu'ils s'agissent de fantômes, de banshees ou de vampires, ses revenants sont en effet tout à fait classiques. Ils viennent hanter les assassins ou leurs complices (Un homme à la mer, Le cri), témoigner de leur infortune (Car la vie est dans le sang), ou simplement effrayer leur monde sans raison particulière (La couchette supérieure).

Rédigées à la première personne, la quasi totalité des nouvelles prennent la forme d'une confession à un ami, une assemblée ou, plus rarement, au lecteur lui-même. Le narrateur prend à témoin l'auditoire de sa bonne foi. Il semble constamment hésiter entre crédulité et raison, envisageant même parfois sa propre folie. C'est tout particulièrement sensible dans Le cri, récit dans lequel le Capitaine Braddock rejette toute cause surnaturelle aux événements qu'il relate mais ne cesse d'en souligner les aspects inexplicables.

La poupée fantôme joue sur un autre registre, celui du conte merveilleux. Un réparateur de poupées attentionné voit ses bons soins récompensés par l'aide que l'une de ses petites patientes lui apporte dans la recherche de sa fille disparue.

Entre rêve prémonitoire et superstitions de vieille femme, Les fontaines du paradis et Le messager ne font en revanche que flirter avec le fantastique. Le premier texte est une gentille histoire d'amour triomphant du spleen d'un jeune aristocrate tandis que le second est une allégorie sur la mort.

Le sourire mort ne comporte pas davantage d'éléments surnaturels. Il utilise néanmoins les clichés du genre (tombeau et malédiction familiale) pour une histoire de vengeance post mortem.

Nouvelles Editions Oswald - 1987

 

8 août 2014

LES ENFANTS DE PISAURIDE - JEAN-PIERRE ANDREVON

imgAlors qu'il pique un roupillon dans un petit coin de campagne, Jérôme Tachant est piqué par une araignée irradiée par la centrale nucléaire toute proche. Malgré le furoncle provoqué par la piqûre et en dépit d'une forte fièvre il continue ses activités coutumières, contaminant un collègue, le médecin qui soigne son abcès, un SDF qui fouille ses poubelles. Bientôt chacun d'eux commence à ressentir d'étranges sensations ; des transformations s'opèrent dans leur corps...

Quant on est piqué par une araignée radioactive mieux vaut s'appeler Peter Parker que Jérôme Tachant. Dans le premier cas vous vous en sortez avec des super pouvoirs et un joli costume près du corps. Dans le second, c'est une transformation lente et répugnante qui vous attend.

Tout le roman repose en effet sur la progression de la "maladie" dont sont atteint notre pauvre comptable de héros et deux ou trois de ses connaissances. Jean-Pierre Andrevon nous décrit par le menu les effets de ce mal étrange qui modifie la structure des cellules et métamorphose ses victimes en un protoplasme agressif, lequel commence bientôt à s'en prendre aux citoyens imprudents.

Cela donne lieu à quelques épisodes assez cracra mais non dénués d'humour. La scène dans laquelle l'une des victimes se tranche un bras pour stopper la propagation de son mal, puis voit ce membre se retourner contre lui et chercher à l'étrangler est fort drôle. Amusantes aussi, les descriptions de cette "créature" qui n'est pas sans rappeler certaines séries B américaines comme "The Thing" ou "The Blob".

Mais plus que son côté gore, c'est la façon dont l'auteur donne vie à ses personnages ainsi qu'à la petite ville où ils évoluent qui a retenu mon intérêt. On a vraiment le sentiment d'être dans la vraie vie et d'avoir déjà rencontré l'un ou l'autre des protagonistes. Le vieux médecin de quartier et sa bonne, la jeune femme qui courre vers son RDV amoureux, le vigile bas de plafond, tous sont admirablement croqués et donnent à l'histoire ce petit plus sans lequel elle serait finalement assez banale.

Fleuve Noir Anticipation - 1990

29 juillet 2014

LE COUP D'ETAT DE CHERI-BIBI - GASTON LEROUX

mTDcV73vJYGnkGnH65zNopwParis est une poudrière. Dans la rue, dans les bistrots, dans les clubs, on ne parle que coup d'état et révolution. Inerte, le gouvernement semble coincé entre les extrémistes de gauche et les partisans du commandant Jacques qui prônent une reprise en main autoritaire. A l'Assemblée Nationale, l'arrestation du jeune député semble imminente quand, coup sur coup, ses deux accusateurs décèdent. Hasard providentiel ou meurtre ? Qu'importe pour l'impétueux commandant. Mais peut-être changerait-il d'avis s'il connaissait l'identité de son ange gardien.

Le Dab du Pré, vous connaissez ? Non. Et le roi du bagne, ça vous dit quelque chose ? Toujours pas ! Et si je vous dis : Chéri-Bibi. Ah oui tout de même ! Et bien le voici de retour dans ce cinquième et dernier volume de ses aventures. Des aventures encore excessivement romanesques (amour, jalousie, vengeance et pâmoisons) mais contées avec ce ton impertinent qui faisait une bonne part du charme des deux premiers opus.

Cette fois, ce sont les institutions de la IIIème république qui en font les frais. Gaston Leroux plonge la France dans une nouvelle révolution et ses personnages dans une atmosphère deterreur. Le comité de salut public fait sa réapparition et la guillotine reprend du service.

Dans ces conditions, rien d'étonnant à ce qu'on y trouve quelques petites ressemblances avec ce grand roman de la révolution qu'est Le Chevalier de Maison-Rouge. Je pense surtout à la scène où Sonia Liskinne se fait passer pour Lydie de la Morlière afin de prendre sa place sur l'échafaud qui rappelle irrésistiblement celle qui voit Maurice proposer à Lorin de le remplacer dans la prison de la Conciergerie.

Mais malgré cette ambiance bien restituée le roman manque de piquant. Des émeutes, des évasions, une femme sauvée des flammes et deux autres du suicide. Rien de très excitant. Heureusement que Chéri-Bibi est là pour commettre ces quelques forfaits que la nécessité lui impose : Dieu, voyant un jour tout le mal qu'il fallait accomplir pour faire le bien, a reculé devant une pareille responsabilité et il a créé Chéri-Bibi !

Quant à l'humour, il faut cette fois aller le chercher du côté de MM. Florent et Barkimel, deux sympathiques bourgeois du Marais qui vont se brûler les ailes au feu de la révolution. Leurs mésaventures leur inspireront quelques réflexions fort drôles et parfois aussi assez pertinentes : "...le hideux droit de 1789 qui nous fait tous égaux, le faible et le fort, le pauvre et le riche sans donner à celui-là le moyen de se défendre contre celui-ci !" Eh oui, encore aujourd'hui, certains sont plus égaux que d'autres.

Voilà, c'en est fini de ce petit bout de chemin passé en compagnie du légendaire bagnard. Laissons-le donc partir vers les antipodes où, semble-t-il, il se verrait bien devenir empereur. A moins que le destin ne s'en mêle. Fatalitas !

Le Livre de Poche - 1974

23 juillet 2014

FATALITAS ! - GASTON LEROUX

587_001Chéri-Bibi est parvenu à écarter de Raoul de Saint-Dalmas la menace que représentait leurs anciens camarades de bagne. Pourtant, son ami n'est pas encore tiré d'affaire puisque'un couple d'espions a percé son secret et compte bien se servir de sa position et de ses relations pour mener à bien leur mission souterraine. 

Le miracle n'aura finalement pas eu lieu. Fatalitas ! est encore plus mièvre et insipide que le roman dont il constitue la conclusion. Et quand je dis mièvre, c'est un euphémisme. J'ai presque eu l'impression de lire un bouquin de la collection Arlequin. Ce n'est qu'une succession de scènes insupportablement romanesques du genre « jeune femme qui préfère se tuer plutôt que subir un sort pire que la mort » ou « épouse courageuse qui croit en l'innocence de son époux contre vents et marées ».

Chéri-Bibi lui-même ne parvient pas à relever le niveau. Après une ch'tite bagarre dans un troquet et un misérable abordage en méditerranée, le voilà qui s'en va plaider au tribunal la cause du gentil héros, sacrifiant ainsi sa liberté à celle de son ami.

C'est lent, larmoyant, sans saveur. Un ratage complet. L'ami Gaston a eu un gros coup de moins bien quand il a écrit ce livre. Ou peut-être avait-t-il besoin d'amour et de bons sentiments après cinq années de guerre et d'horreurs...

Me reste donc à lire le cinquième volet : Le coup d'état de Chéri-Bibi. Après deux volumes excellents et deux autres médiocres, de quel côté penchera la balance ?

Le Livre de Poche - 1974

16 septembre 2013

FAMINE - GRAHAM MASTERTON

natur081-2000

Ed Hardesty est préoccupé. Comme d'autres exploitations du Kansas, ses champs de céréales sont atteint par une mystérieuse rouille qui prolifère à une vitesse surprenante. Voyant la faillite se profiler, il interpelle le sénateur Jones, un poids lourd de la politique locale. Ce faisant, il ignore que ce dernier est un politicien corrompu qui voit dans les malheurs des fermiers le moyen de capter des fonds à son profit.

Mais tous deux sont bientôt dépassés par les évènements. La rouille s'est étendue à toutes les cultures du pays, la plupart des silos à grains ont été contaminés par des isotopes radioactifs et les stocks de nourritures infectés par la toxine botulique. Devant l'imminence d'une pénurie de nourriture, la panique s'empare de la population et les émeutes commencent. Dans cette ambiance de fin du monde, Ed Hardesty va tenter de sauver sa famille.

C'est sûrement pour des raisons bassement commerciale que ce roman a été divisé en deux petits tomes de 250 pages. Quoiqu'il en soit, le premier à la saveur d'un thriller politico-financier. Il nous plonge dans une histoire de détournement de fonds perpétré par un politicien véreux. On y cause magouilles et compte off-shore tandis que le FBI et les journalistes enquêtent sur un vilain sénateur. Chacun y joue le rôle que l'on attend de lui, sans beaucoup de surprise mais avec ce qu'il faut de conviction pour nous accrocher.

Ce tome permet aussi à l'auteur d'expliquer la genèse de l'incroyable famine qui s'annonce. Car très vite, le roman catastrophe éclipse l'intrigue policière. Et quelle catastrophe. Ni plus ni moins que l'effondrement de la première économie mondiale. On a d'abord un peu de peine à croire qu'un pays aussi puissant que les Etats-Unis puisse s'écrouler en l'espace de quelques jours.

Cependant, si l'on prend la peine d'y réfléchir, cela n'a rien d'invraisemblable. Il n'est que de se rappeler les ruées vers les denrées de première nécessité (riz, pâtes et huile) qu'entraîne invariablement l'annonce d'une grève. Il est donc tout à fait possible qu'une famine généralisée puisse désorganiser les pouvoirs publics et asseoir le règne du chacun pour soi. Graham Masterton le décrit d'ailleurs très justement en deux petites phrases : La fraternité avait été un luxe que seule l'abondance avait permis de maintenir. A présent chaque communauté raciale, éthique et sociale, se repliait sur elle-même afin de se protéger, et en quelques jours la nation se divisa en tribus.

C'est donc à une gigantesque lutte pour la survie que nous assistons dans le reste du roman. L'auteur multiplie les scènes percutantes : pillages, viols, lynchages et bien d'autres qui font froid dans le dos. Je pense notamment à ce père de famille qui tue l'une après l'autre ses trois fillettes qu'il ne peut plus nourrir.

Mais en dépit de leur intensité dramatique, ces épisodes n'ont rien de très original puisqu'on les retrouve dans la plupart des post apo. Et c'est bien là qu'on se rend compte des limites de ce roman. A part ces descriptions hallucinantes d'une Amérique qui s'enfonce dans l'anarchie, il n'y a pas grand intérêt à suivre l'épopée de Ed Hardesty à travers les States et seule l'envie de découvrir les auteurs du complot nous tient en haleine. Graham Masterton saura heureusement combler notre attente et le roman s'achève sur une fin ouverte qui lui va plutôt bien.

Naturellement - Forces Obscures - 2000

 

24 décembre 2013

ENFER ET PURGATOIRE - MICHEL HONAKER

imgJack Albrand est un homme qui a réussi. Psychiatre respecté, il réside dans une jolie demeure et est l'amant comblé d'une ravissante jeune femme. Sa petite vie bien réglée va pourtant être bouleversée par le legs d'un collègue. Un cadeau bien encombrant que des personnages puissants aimeraient bien récupérer...

De Michel Honaker je connaissais déjà Le fouilleur d'âmes, un honnête roman d'épouvante lu il y a deux ou trois ans. J'avais également entendu parler du "Commandeur", le héros récurrent d'un important cycle de romans fantastiques parus au Fleuve Noir. Cette fois-ci, il semble avoir opté pour la science-fiction, encore que...

Nous sommes en présence d'une de ces sociétés futuriste et déshumanisée comme la littérature du genre en a donné des centaines. L'égoïsme est de règle et les inégalités flagrantes. La richesse est évaluée sous la forme d'unités de temps allouées à tout un chacun. Les plus riches peuvent se livrer à toutes les activités qu'ils souhaitent, aller partout sans contraintes. Les autres courent après le temps, limitent leurs déplacements et sont prêts à tout pour obtenir quelques "laps' supplémentaires. Ce que l'on comprend parfaitement quant on sait que l'épuisement de son quota est sanctionnée par la matérialisation d'une sorte de démon qui vous déchiquète sans merci.

Mais malgré  un décor futuriste (les biorythmes qui gèrent le temps imparti à chaque individu, les lances nécrophages pour aspirer les cadavres, la publicité sous-cutanées) et en dépit d'explications qui se veulent rationnelles, on a le sentiment que l'auteur hésite constamment entre SF et fantastique. Son récit est extrêmement confus et sa chute nous laisse dans l'expectative.

J'y ai pour ma part vu une réflexion sur le temps qui passe et la propension de l'homme à se presser, à courir après des futilités sans prendre le temps de vivre. Une sorte d'allégorie sur une humanité qui a perdu son âme (ou sa conscience) laquelle vient se rappeler à lui de bien déplaisante manière. Plus généralement, il développe l'idée selon laquelle la vraie richesse, c'est le temps. Une opinion à laquelle je souscrit totalement.

Fleuve Noir Anticipation - 1989

19 juillet 2014

PALLAS ET CHERI BIBI - GASTON LEROUX

$(KGrHqJ,!ogFJw9J9ZcrBScfkPV-6Q~~60_57Jeune homme de bonne famille, Raoul de Saint Dalmas a été condamné au bagne pour un meurtre qu'il n'a pas commis. Après dix années passées en Guyanne, il parvient à s'échapper et retourne en France pour défendre son pays au cours de la grande guerre. Sa vaillance au combat lui permet de retrouver une place honorable dans la société et d'épouser la femme qu'il aime mais il demeure contraint de s'abriter derrière une fausse identité. Alors qu'il cherche le moyen de prouver son innocence, quatre anciens bagnards entreprennent de le faire chanter. Heureusement pour lui, Chéri-Bibi veille dans l'ombre au bonheur de son camarade de chiourme.  

Gaston Leroux ne s'est pas franchement foulé pour écrire la suite des aventures de son bagnard favori. L'histoire est calquée sur celle des deux premiers volumes et l'enchaînement des péripéties quasi identique : aventure au bagne, évasion, réinsertion sous une fausse identité, chantage des anciens compagnons de captivité. Les seules petites différences tiennent à la présence d'une intrigue parallèle (une sombre histoire d'espionnage) et au cadre de l'action qui se déroule en grande partie sur la Riviera, beaucoup plus glamour que Dieppe.

Les premiers chapitres laissaient pourtant espérer du neuf. La Guyane, les îles du salut, la forêt amazonienne avec ses indigènes et ses orpailleurs, ses bêtes sauvages et ses trésors enfouis, nous faisaient penser à un roman d'aventures exotiques. Et puis non. Patriotisme oblige (le roman date de 1919), Gaston Leroux fait rentrer son personnage au bercail juste à temps pour participer à la grande boucherie de 1914.

De combats il ne sera toutefois pas question et nos personnages n'évolueront que dans ce milieu très mondain où l'honneur est le parangon de toutes les qualités. Et c'est justement de cet honneur perdu, retrouvé puis de nouveau menacé qu'il est question tout au long du roman.

Rien de bien folichon donc, d'autant que Chéri-Bibi est relégué au second plan et se contente de jouer les ange-gardien. Il trouvera quand même l'occasion d'utiliser ses grosses paluches d'assassin et de placer quelque uns de ces bons mots dont il a le secret.

Ça reste malgré tout nettement moins impertinent que les premiers opus. Moins drôle aussi puisque l'humour se réfugie tout entier dans les scènes de ménage entre La Ficelle (qui a aussi repris du service) et son épouse acariâtre. J'espère donc que la suite nous réservera quelques bonnes surprises et que l'on retrouvera un Chéri-Bibi plus mordant et plus saignant !

Le Livre de Poche - 1974

10 juillet 2014

LES BÊTES - SERGE BRUSSOLO

imgLes partisans du "Grand Nettoyage" espéraient se débarrasser des microbes en éliminant leur principal vecteur : les animaux. Exit les insectes, les rats, les pigeons. Adieu chiens, chats, veaux, vaches, cochons, couvées. Haro sur les bêtes, à poils comme à plumes. Après une décennie d'extermination rigoureuse, la raison a cependant repris le dessus et les animaux sont de nouveau tolérés. Mais alors que les autorités tentent péniblement d'inverser les mentalités et de réhabituer les populations à leur présence, une mystérieuse épidémie commence à se répandre.

Dans cette collection entièrement consacrée à l'édition de ses romans fantastiques, Serge Brussolo a totalement lâché la bride à son imagination fertile. Ses fantasmes et ses délires s'y épanouissent sans contraintes pour nous donner quelques unes de ses histoires les plus extravagantes. Les bêtes en est un excellent exemple.

Son récit débute comme toujours par une idée un peu folle. Cette fois, il a imaginé un monde où la phobie des microbes atteint des proportions paroxystiques. Une société malade de la propreté, aseptisée, javelisée. Une situation qui génère des comportements étranges (l'épilation totale, les cours d'hygiène civique) ou aberrants (les enfants encouragés à chasser les chats et les pigeons sur le toits des immeubles, les troupeaux de vaches et de chevaux enfermés sous terre).

Comme à son habitude, l'auteur va explorer cette idée de fond en comble puis, une fois vidée de sa substance, l'abandonner sans état d'âmes. Il faut dire qu'il en a tellement dans sa musette, qu'il aurait bien tort de se gêner. Il s'attaque alors au mythe du loup-garou. Mais attention, avec lui, point de lycanthrope hurlant au fonds des bois les nuits de pleine lune, point de malédiction ni de balle en argent. Pourquoi se contenter du loup quand l'infini variété des espèces animales lui ouvre de si vastes perspectives. Ses garous à lui se transforment donc en toute sorte d'animaux, mammifères, poissons, dinosaures... Nous verrons ainsi un homme mouton broutant la bourre des fauteuils de son appartement ou un poisson rouge de 75 kilos qui fait de l'apnée dans sa baignoire. Nous assisterons aussi aux nombreuses mues d'un héros capable de se transformer à volonté, véritable zoo ambulant.

Mais avant d'en arriver là, il nous aura conté par le menu les états d'âmes de ce dernier afin que, des premiers symptômes jusqu'aux métamorphoses les plus délirantes, nous n'ignorions rien des progrès de sa maladie. Cela nous offrira quelques très bon passages. Je pense notamment aux scènes où il est la proie de pulsions incontrôlables qui le poussent par exemple à mordre sa compagne ou bien lorsque son odorat surdéveloppé lui permet de flairer les émotions des personnes qui l'entourent.

En revanche, l'origine de l'épidémie ne sera jamais divulguée. Mutations génétiques ? Vengeance animale ? Transformations psychosomatiques ? Peu importe finalement car, une fois de plus, il s'agit d'un livre qui vaut d'avantage pour les images qu'il suscite que pour la complexité de sa trame.

Editions Gérard de Villiers - Coll Serge Brussolo - 1990

2 juillet 2014

L'OISEAU DE FOUDRE - MICHEL PAGEL

imgJoss Tamblyn, jeune cadet de d'espace vient d'être affecté sur la planète Aucella. A peine installé, il découvre par hasard que son commandant, le colonel Borodine, médite d'assassiner l'empereur de ce monde rétrograde avec la complicité du frère de ce dernier et d'un groupe d'adorateurs du dieu sanguinaire Fulgawy. Surpris, il ne doit son salut qu'à une fuite désespérée à travers des contrées qu'il ne connaît pas encore. Il va heureusement croiser la route d'une sympathique voleuse humaine, d'un nain batailleur et d'un couple d'allagrandis, la principale race humanoïde autochtone. Ensemble ils vont essayer de faire échouer la sinistre conspiration. Il leur faudra au préalable écarter quelques uns des nombreux dangers que recèlent ce monde surprenant où la magie semble être toujours à l'œuvre.

Dans sa jeunesse Michel Pagel (alias Félix Chapel) a du pas mal s'adonner aux jeux de rôles car ses personnages ressemblent comme des frères à ceux que l'on trouvait dans toute bonne partie d'AD&D ou de JRTM (Advanced Dungeons & Dragons et Jeux de Rôle des Terres du Milieu, pour les non initiés). Il y a une voleuse d'une grande agilité, un barbare colérique, deux sorciers avec plein de sorts dans leur besace et un paladin qui souhaite sauver le monde sans tuer personne. Bref, la traditionnelle communauté de compagnons aux talents et origines variés, lancés dans une mission a priori impossible. Cela nous donne un joli panel d'individualités et les relations de tout ce petit monde, la façon dont ils se découvrent et s'apprivoisent, est l'un des aspects les plus agréables du roman.

Comme de juste, cette fine équipe va enchaîner les aventures dans les décors les plus variés (jungle, montagnes et désert) nous permettant du même coup d'apprécier les multiples facettes de la planète Aucella. On découvre alors un monde qui vit encore à l'heure médiévale même si des militaires terriens entretiennent çà et là des îlots de technologie.

C'est bien sûr cette présence terrienne qui donne à l'histoire son côté science-fantasy. Elle lui fournit aussi l'essentiel d'une intrigue qui repose sur l'idée du pillage d'un monde reculé avec l'appui de dirigeants corrompus et d'une religion créée pour l'occasion. Ce fameux complot que le jeune héros découvre dès les premières pages mais dont les ramifications ne nous seront dévoilées que peu à peu et se montreront plus complexe qu'on ne le soupçonnait au départ.

Michel pagel s'est aussi amusé à dissimuler tout au long de son roman les patronymes des grands auteurs de la SF. On prendra donc plaisir à les débusquer dans le nom d'un fruit (une jacvance bien juteuse), celui d'une boisson (une bière de Kornbluth) ou d'une unité monétaire (ça coûtera bien une cinquantaine d'asimovs, peut-être même un simak).

Mais ce n'est pas la seule trace d'un humour au demeurant bien présent. La personnalité de certains personnages (le caractère de Facile, l'espièglerie d'Any) et quelques expressions amusantes (...la Terre vous devra une fière lampe halogène) y contribuent aussi largement. L'auteur répond même à une question que les lecteurs de Tolkien se sont tous posés : oui les femmes des nains ont de la barbe, et bien fournie !

Alors, de l'action, de l'humour, du suspens et même quelques formes de vie étranges (les éphémères des sables, la Tan El Za), le résultat est plutôt agréable. On regrettera peut-être le peu de prise sur les évènements d'un héros qui remet souvent son sort entre les mains de ses amis, l'entrée tardive dans le récit de certains personnages ou la présence d'autres qui n'apportent pas à grand chose au déroulement de l'intrigue.

Enfin, la chute du roman, avec son deus ex machina venant faire le ménage parmi les méchants, est également en-dessous de mes espérances. Elle enlève un peu de sel à la victoire de nos héros et donne l'impression que leur périple était inutile puisque le dieu Fulgawy aurait très bien pu se débrouiller tout seul.

Fleuve Noir Anticipation - 1991

27 juin 2014

MANGEZ-LE SI VOUS VOULEZ - JEAN TEULE

Jean Teulé- Mangez-le si vous voulez - CouvertureAlain de Moneys est un sympathique jeune homme de vingt-huit ans qui jouit de l'amour de ses proches et de la considération de ses concitoyens qu'il a à cœur d'aider au mieux de ses possibilités. Il vient d'ailleurs d'être élu conseiller municipal et s'apprête à soumettre au gouvernement un projet d'assainissement des marais qui empoisonnent le bétail des communes des environs. Le 16 août 1870, il se rend à la foire de Hautefaye pour régler quelques affaires avant son départ pour le front de Lorraine où les troupes françaises subissent défaite sur défaite face aux armées de Bismarck. Il ignore encore que, pour avoir pris la défense de son cousin qui tenait des propos défaitiste, il va être pris pour un espion prussien et devenir la victime d'un déchaînement de violence ahurissant.

Jean Teulé trouve souvent son inspiration dans les aspects les moins reluisants de notre histoire. La folie de Charles IX, la personnalité complexe de François Villon, l'honneur du Montespan le royal cocu lui ont déjà permis d'écrire quelques romans surprenants. Cette fois, c'est un fait divers proprement incroyable qu'il a choisi de mettre en lumière.

Avec Mangez-le si vous voulez, il nous raconte le lynchage d'un homme par une foule saisie de folie meurtrière. Il décortique avec une grande minutie toutes les étapes de son calvaire et nous montre comment de paisibles citoyens peuvent se transformer en de véritables monstres.

Jean Teulé n'est pas du genre à édulcorer ses romans. Darling ou Je, François Villon comportaient déjà des scènes d'une grande dureté. Cette fois-ci pourtant, j'ai eu beaucoup de mal à supporter la mise à mort du pauvre Alain. J'ai même eu la tentation de sauter quelques pages, histoire d'accélérer son martyre. Mais finalement, non. Je suis allé jusqu'au bout de sa longue agonie.

Le cœur au bord des lèvres, j'ai assisté à toutes les sévices qui lui furent infligées. J'ai vu ses orteils arrachés à la tenaille et ses talons ferrés comme on le ferait d'un cheval de labour. J'ai vu les yeux crevés, les dents brisées, les côtes enfoncées à coup de barre, de gourdin, de fourche et de sabot. J'ai assisté à l'hallali sur la place du village où il fut démembré avant que d'être rôti et mangé !

La foule est une chose dangereuse, indomptable et rebelle à la raison. La responsabilité de chacun se dilue dans son grand tout et le pire est alors possible. On reste pourtant abasourdi devant tant de violence, de lâcheté et de bêtise. Certes, il y a ceux qui agissent sous le coup de la colère tel le vieux Piarrouty qui vient de perdre son fils à la guerre. Cela n'excuse rien mais permet au moins de comprendre leurs motivations. Ils cherchent un bouc émissaire, un exutoire à leur peine ou à leurs craintes.

Mais il y a tous les autres. Ceux que motivent seulement un vague patriotisme et dont la participation au lynchage demeure inexplicable. Parmi eux, on trouve des individus dont on pourrait attendre plus de discernement (le notaire, l'instituteur), des relations de travail et même des amis d'enfance de la victime ! Et c'est cela le plus choquant. Se rendre compte que ces monstres sont des individus parfaitement normaux, citoyens aimables et bons pères de famille. Les bourreaux d'Alain de Moneys sont des messieurs-dames-tout-le-monde. Vous, moi.

Julliard - 2011

22 juin 2014

MEURTRE CHEZ LES MAGDALENIENS - SOPHIE MARVAUD

ACH003469724_1402977318_320x320

Au terme de sa migration annuelle, la famille des Quatre-Encoches est parvenue sur les côtes de l'Aquitaine pour y récupérer les coquillages qui constitueront la dot de la fille aînée du chef "Vitesse de bison". Mais alors que la petite troupe s'apprête à rebrousser chemin pour rejoindre son hivernage sur les bords de la Vézère, Iranie, la future apprentie de la chamane, est retrouvée morte. Cet assassinat n'est que la première d'une série de catastrophes qui vont s'accumuler sur le petit groupe d'une quinzaine d'individus. La Chamane Puissance-de-licorne aura fort à faire pour découvrir le coupable et éviter au clan des Grandes-Mains-Blanches de sombrer dans les divisions.

Je n'ai pas une grande habitude des romans historiques qui ont pour cadre les premiers temps de l'humanité. Mon expérience en la matière se limite aux récits du grand Rosny et à un ou deux livres plus récents mais pas forcément meilleurs. C'est donc sans attente particulière que j'ai entamé ce voyage dans le temps qui s'est avéré aussi plaisant qu'instructif. 

On y apprend beaucoup sur les hommes et les femmes du paléolithique supérieur, ces chasseurs-cueilleurs qui peuplaient l'Europe d'alors. On découvre les différents aspects de leur vie, leurs techniques de chasses et de conservation de la nourriture, leur habillement, leur habitat ou leurs pratiques religieuses. J'ignore quelle est la part de la recherche archéologique et celle de la pure spéculation mais ce livre donne une image tout à fait plausible de leur quotidien. Une existence très éloignée de la notre mais qui lui ressemble quand même par bien des aspects. Il n'est en effet pas interdit de penser qu'une fois leurs besoins primaires assurés (sécurité et nourriture), ils aient ressenti le besoin de s'adonner à des occupations artistiques telles que la sculpture ou la musique et que les jeux de l'amour et de l'ambition y tenaient déjà une place très importante.

Venons-en maintenant à l'aspect « policier » du roman puisque, qui dit meurtre, dit enquête. Celle menée par l'héroïne est plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord. Elle débute par la recherche d'un assassin au sein d'un petit groupe familial pour aboutir à un véritable complot qui menace l'avenir du clan dans son ensemble.

Sophie Marvaud a eu la bonne idée de choisir un chamane pour conduire les recherche. Ses fonctions de « médecin » et de chef religieux l'amènent tout naturellement à s'intéresser à ses semblables, à les observer et les deviner. Le recours à un personnage féminin est tout aussi pertinent. Dans un monde dominé par la force brute, il est bien plaisant de voir une femme tirer son épingle du jeu. Puissance-de-Licorne le fait de façon intelligente, sans heurter les habitudes de ses compagnons et en tenant compte du tempérament de chacun. D'ailleurs, tout au long de ses investigations, elle cherche à convaincre et non à imposer son point de vue. Elle a parfaitement compris que la découverte et la punition du coupable sont secondaires et passent après la préservation de l'intérêt général.

Signalons enfin que ce roman se conclue sur une jolie leçon de "savoir vivre ensemble" et rappelle que l'égalité entre les hommes et les femmes est nécessaire à l'épanouissement d'une société harmonieuse. Sa "métaphore de la corde", objet rituel que les parents tissent ensemble et qui sert à soutenir leur enfant lors de son épreuve d'initiation est extrêmement parlante : à défaut de concertation et de travail en commun, le résultat sera médiocre... et la corde risque de lâcher ! A méditer.

Nouveau Monde Editions & Editions du Partrimoine - 2014

 

17 juin 2014

CATACOMBES - ANISSA BERKANI-ROHMER

img

Chaque nuit, la petite Anaïs fait un affreux cauchemar dans lequel elle est confrontée à une présence monstrueuse. Elle trouve heureusement un peu de réconfort auprès des animaux de la ménagerie du jardin des plantes dont son père est le directeur et aime particulièrement rôder près de l'enclos des loups. Celui-ci est pourtant vide depuis la mort de Boris, le dernier loup de Sibérie. Mais Boris n'était-il pas davantage qu'un loup ? Et d'ailleurs, est-il vraiment mort ?

Si l'on peut reconnaître au moins un mérite à la collection Frayeur, c'est d'avoir eu l'audace de publier le premier roman de pas mal de jeunes auteurs. Anissa Berkani-Rohmer en fait partie. Et on s'en rend vite compte aux petites faiblesses dont son livre est truffé.

Il y a tout d'abord un problème de rythme. Elle s'attarde beaucoup trop au début du roman sur la personnalité de l'héroïne, sur ses divagations et ses déambulations dans le jardin des plantes. De même, la traque finale du loup-garou m'a semblé un peu longuette d'autant qu'elle débouche sur une non fin assez frustrante. Entre les deux, presque rien. Les découvertes et les révélations se font grâce à deux récits (le journal intime d'Anaïs et la confession d'un scientifique) sur lesquels l'un des personnages met la main et qui, seuls, éclairent et font progresser l'intrigue.

Il y a ensuite quantité d'imprécisions qui nuisent à la crédibilité de l'histoire. On se demande ainsi comment Jean Goubé s'y prend pour retrouver la trace d'un vieux moujik au fin fond de la Sibérie soviétique ou pourquoi il faut utiliser un poignard en argent pour abattre l'un des monstres alors qu'un peu plus loin ses petits copains sont trucidés avec de simples fusils de chasse.

On se demande aussi pourquoi les attaques des vilaines bêbètes ne nous sont contées qu'après coup ? On n'en voit que les effets grâce à des descriptions complaisantes à grand renfort d'hémoglobine et de chairs déchirées. Il faudrait savoir ! Soit on verse dans le gore et dans ce cas il fallait décrire les scènes de meurtres, soit on préfère jouer sur l'atmosphère et il n'est donc pas nécessaire d'entrer dans les détails sordides. Ajoutons encore des personnages surnuméraires qui n'apportent rien au développement de l'intrigue, un style grandiloquent, des passages confus...

Bref, des défauts qui, sans être rédhibitoires, finissent par agacer. Une bonne idée toutefois. Celle de ce loup-garou doté du don d'ubiquité et qui, même prisonnier, peut s'incarner en d'autres lieux, donnant ainsi la possiblité au récit de se dérouler sur deux plans différents.

Fleuve Noir Frayeur - 1995

7 juin 2014

LES CAGES FLOTTANTES - GASTON LEROUX

857_001Le capitaine du Bayard n'est pas très rassuré. Un vent de révolte soufflent parmi les bagnards qu'il est chargé de convoyer jusqu'en Guyane. Il a pourtant fait mettre aux fers leur chef, le légendaire Chéri-Bibi. Mais avec ce diable d'homme, on peut s'attendre à tout...

Les cages flottantes est le premier des cinq volumes que Gaston Leroux a consacré aux aventures de son célèbre forçat. Il peut donc légitimement être regardé comme une longue introduction permettant d'initier l'intrigue et poser les fondations de ses futurs rebondissements.Il permet aussi de faire connaissance avec bon nombre de personnages que l'on retrouvera par la suite dont une flopée de bagnards aux noms évocateurs : Gueule-de-Bois, Petit-bon-Dieu, Boule-de-gomme, La Ficelle...

Mais, plus que tout autre, c'est Chéri-Bibi qui est au centre de toutes les attentions. Craint des honnêtes gens, adulé par la chiourme, nous découvrons un héros peu ordinaire. Une espèce de brute au grand cœur qui ne manque pas d'une certaine noblesse de sentiments mais capable du pire lorsqu'il s'agit d'assouvir ses deux passions : Cécily et sa vengeance. Grâce à la confession qu'il fait au commandant Barrachon, nous apprenons comment la fatalité a conduit ce garçon boucher de Dieppe au bagne de Cayenne, comment il a été condamné pour des crimes qu'il n'a pas commis (dont celui du père de la femme qu'il aime) et comment il est devenu une figure légendaire de la pègre parisienne.

Il nous montrera d'ailleurs un échantillon de ce dont il est capable en prenant le contrôle du navire qui l'emmène en Guyane. L'occasion pour l'auteur d'animer son récit de quelques scènes d'action (évasion et mutinerie) en attendant qu'une coïncidence digne des meilleurs romans feuilletons ne mettent entre les mains de son héros l'homme qu'il déteste le plus : l'époux de Cécily.

L'arrivée à bord de Maxime du Touchay et de ses amis va relancer une histoire qui s'essoufflait un peu dans les strictes limites du navire. Elle va aussi permettre à Leroux de nous concocter deux scènes d'anthologie : la tombola organisée par les bagnards pour se partager trois femmes du monde et l'opération pratiquée par Le Kanak sur Chéri-Bibi afin de lui donner les traits du mari de Cécily.

Cette petite incursion dans la spéculation scientifique est l'une des marques de fabrique des romans policiers de Gaston Leroux. L'autre est bien sûr son humour, noir et grinçant, comme en témoigne cette tirade de son sympathique bagnard : « J'ai lu Kropotkine. Son système ne tient pas debout, et quant à Karl Marx je préfère vous dire tout de suite que je regretterais toute ma vie les efforts que j'ai dû faire pour m'accaparer le bien d'autrui, s'il m'avait fallu le partager de force avec des gens que je ne connais pas !... Et si vous désirez être renseigné  sur ce que je suis, eh bien, je vais vous le dire, moi, monsieur, je suis capitaliste ! Enfin, vous me comprenez, je ne demande qu'à le devenir ! »

Le Livre de Poche - 1974

Publicité
<< < 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 30 > >>

FLEUVE NOIR
fl no
ANTICIPATION

 

 

Publicité
SF EMOI
  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Newsletter
Archives
Publicité