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SF EMOI
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28 mai 2014

MA MERCEDES EST PLUS GROSSE QUE LA TIENNE - NKEM NWANKWO

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Le petit village d'Aniocha est en émoi. Onuma, le fils du chef, est de retour après quinze année passée dans la capitale. Son père et toute la communauté sont d'autant plus fiers que le jeune homme arrive au volant d'une splendide Jaguar, signe d'une réussite éclatante. Onuma apprendra toutefois à ses dépens qu'honneur et richesse ne durent qu'aussi longtemps que les apparences jouent en votre faveur.

Je ne connais rien ou presque à la littérature africaine. Aussi, quand je suis tombé sur ce livre au titre évocateur, il m'est apparu que c'était là une occasion à ne pas manquer. Je me suis donc lancé avec beaucoup de curiosité dans la lecture de ce qui me semblait être une grosse farce placée sous le signe du soleil et de la truculence.

Et certes, l'humour est bien présent. Les mésaventures de ce jeune opportuniste ne manquent pas de piquant et le sourire n'a pas quitté le coin de mes lèvres de tout le roman. Mais le récit de ses déboires est aussi un moyen détourné de faire un véritable état des lieux de la société nigériane.

Le personnage d'Onuma est en effet à l'image de son pays et de son époque. Un garçon imbu de lui-même, égoïste et prêt à tout pour s'enrichir et dominer ses semblables. Nous découvrons donc en sa compagnie un pays gangrené par une corruption endémique. Un état où la confusion du pouvoir tribal et des corps constituées est de règle et où faire de la politique est le chemin le plus court vers la richesse. Bref, une société où argent et apparence règnent en maître :« Il ne fallait pas seulement être riche mais en présenter les signes extérieurs. »

En lisant ces pages je me suis d'abord fait la réflexion que j'avais bien de la chance de vivre en France plutôt que sous le soleil de plomb de l'hémisphère sud. Et puis, en y réfléchissant un peu plus, il m'est apparu que la différence entre ces pays et le notre n'était finalement pas si grande. Nous souffrons des même maux (la famine et les maladies en moins) et, ici comme là-bas, l'argent, le paraître et l'égoïsme sont roi. Les sociétés africaines sont bien semblables à la notre, tout juste altérées par le miroir déformant de la pauvreté et de l'analphabétisme.

Je ne saurais donc trop vous conseiller la lecture de ce roman qui m'a donné bien envie de découvrir  de nouveaux auteurs africains.

Editions du Serpent à Plumes - 1999

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23 mai 2014

LA VILLE D'ACIER - MICHEL PAGEL

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Après avoir participé à la chute de Gelnar, le faux dieu de Lankor, et initié avec l’aide de Sinndés et Romi la destruction des brouilleurs climatiques qui empêchent la pluie de tomber, Ange a décidé de reprendre ses vieilles habitudes de motard solitaire. Mais il ne restera pas bien longtemps seul. Après une rencontre mouvementée avec une jolie motarde dont il ne tarde pas à s’amouracher, il apprend que ses anciens compagnons ont été emprisonnés par Krina , la fille de Gelnar et nouvelle maîtresse de Lankor. Pour leur venir en aide, Ange a alors une idée folle : unir les sédentaires et les pillards et prendre d’assaut la ville d’acier. 

Ce deuxième opus des aventures de « l’ange du désert » est une copie presque conforme du premier. On y retrouve les mêmes péripéties et quasiment dans le même ordre : combat des motards contre les sédentaires et les pillards, franchissement du Styx, le fleuve aux exhalaisons méphitiques, entrée dans la ville et aventures dans ses bas-fonds, arrestation par les autorités et dénouement dans les jardins du donjon. 

Heureusement, le récit nous est compté sur un mode humoristique plus marqué.

Certains personnages sont en effet bien sympathiques tels Orson le pillard obèse ou encore Bugs le lapin télépathe. Mais surtout c’est le duo que forment Ange et Sybille avec son mélange d’amour/haine qui apporte sa saveur à un récit qui sans cela serait bien terne. 

A noter que le livre fait état d’une suite : « L’épée maudite » qui n’a malheureusement jamais été publiée. C’est dommage car bien des questions restent en suspens : comment Krina et Orson se vengeront-ils, pourquoi les lapins aident-ils Ange, comment la ville d’acier est-elle approvisionnée ?

Fleuve Noir Anticipation - 1986

18 mai 2014

L'ANGE DU DESERT - MICHEL PAGEL

imgAnge est un motard, un vrai, l’un de ceux qui, réunis en meutes d’une dizaine d’individus, arpente en tous sens l’immense désert qu’est devenue la Terre. D’habitude ces meutes n’ont aucun but, si ce n’est atteindre la prochaine station-service et attaquer sur leur chemin les sédentaires qui s’obstinent à cultiver un sol ingrat ou bien affronter les bandes de pillards et leurs ridicules voitures. Mais Cobra, le chef du petit groupe auquel Ange appartient, a une idée fixe : découvrir Lankor, la ville d’acier, et jouir là-bas du paradis des guerriers. Le chemin est cependant bien long jusqu’à Lankor et la cité mythique leur réservera bien des surprises. 

Ce livre débute de façon très classique et l’on est tout de suite dans l'ambiance : univers post-apo avec bandes de motards qui parcourent le désert et s'affrontent à l'arme blanche. Bref, un côté Mad Max très marqué qui rappelle aussi "Les culbuteurs de l'enfer" de Zelazny.

La seconde moitié du roman, qui se déroule dans la ville, est un peu plus fouillée et nous apporte (trop rapidement peut-être) les réponses aux questions que l’on se posait : Gelnar est-il un Dieu, pourquoi la Terre est-elle désertique, qui entretient les stations-services… ?

Mais l’ensemble n’est guère convaincant : les personnages sont un peu trop caricaturaux, l’intrigue finalement assez mince et jusqu’aux combats qui manquent de mordant (c’est dingue le nombre de fois où l’adversaire d’Ange vient s’embrocher de lui-même sur son épée !!!)

Dommage car, une suite étant prévue, Michel Pagel aurait dû prendre son temps et donner plus d’épaisseur tant aux personnages qu’au scénario.

Fleuve Noir Anticipation - 1985

8 mai 2014

LES PORTES DE L'EDEN - BRIAN STABLEFORD

imgEn 2443, malgré d'intenses recherches, l'humanité n'est parvenue à trouver qu'une seule planète habitable, déjà occupée par une autre race humanoïde. Aussi, lorsqu'un vaisseau d'exploration parti 350 ans plus tôt reprend contact avec la Terre et affirme avoir trouvé un monde viable, la communauté scientifique entre en ébullition. Seule ombre au tableau, le décès des membres de l'équipage qui, les premiers, ont mis les pieds sur Naxos, planète marécageuse peuplées de batraciens et autres espèces primitives. Une expédition de scientifiques est dépêchée sur place pour déterminer la cause de leur mort et vérifier si ce nouveau monde est réellement habitable.

En wikipédiant un brin, j'ai appris que Brian Stableford est titulaire d'un doctorat de biologie. Voilà qui explique la solidité des argumentations scientifiques qui constituent pour une bonne part le corps et l'intrigue du roman. Mais pas d'inquiétude ! Malgré ce côté un peu pointu, le bouquin est tout sauf rébarbatif et alterne avec bonheur la théorie et les scènes d'action.

Le suspens y est également très présent et qui plus est, se situe sur plusieurs niveaux. Il y a d'abord l'enquête sur les causes de la mort des premiers explorateurs de Naxos ainsi que la traque d'un éventuel assassin. Il y a ensuite la recherche d'une espèce intelligente sur la planète qui va s'avérer palpitante puisque ce sont précisément les découvertes biologiques qui feront progresser l'enquête. Signalons à ce propos une utilisation passionnante de la célèbre théorie de l'évolution et l'idée selon laquelle elle n'est peut-être pas transposable à d'autres mondes que le notre.

Il y a enfin l'opposition entre deux factions qui se tirent dans les pattes afin de prendre l'ascendant dans l'exploration et la conquête de la planète. Une confrontation entre les scientifiques de l'an 2443 et cet équipage parti trois siècles plus tôt à la recherche d'une planète de secours pour l'humanité. Une sorte d'assurance-vie lancée par les Terriens de l'époque, à un moment où la Terre semblait proche de sa fin. Leur désarroi est grand de constater que, plusieurs siècles après leur départ, les progrès scientifiques n'ont guère évolués et que les mentalités sont restées les même ( les idéologies et la division entre l'occident et le bloc communiste demeurent notamment). Le sentiment de s'être sacrifiés pour rien, d'avoir passé tant d'années en hibernation pour une humanité sans principes ni grandeur explique leur méfiance vis à vis de ses envoyés. Elle explique aussi leur volonté de prendre en main leur destinée afin de créer une société conforme à leurs idéaux.

Les portes de l'Eden nous propose donc une SF intelligente et remarquablement écrite avec un petit côté Hard Science qui, pour une fois, ne m'a pas déplu.

Opta - Galaxie-Bis - 1984

3 mai 2014

LE DEUXIEME MATIN DU MONDE - MANUEL DE PEDROLO

deuxieme-matin-du-monde--le-Une attaque foudroyante perpétrée par de mystérieux extra-terrestres signe la quasi extinction de l'espèce humaine. Tous les mammifères, hommes et animaux, sont victime d'un arrêt cardiaque tandis que de puissantes vibrations mettent à bas les constructions. A Bénaura près de Barcelone, Alba et Didac deux enfants de quatorze et neuf ans qui étaient immergés au moment de l'attaque, sont les seuls survivants. Dans ce monde bouleversé, ils vont devoir apprendre à survivre pour, peut-être, donner une seconde chance à l'humanité.

J'étais vraiment curieux de découvrir ce roman écrit par un auteur catalan dans les années soixante-dix. Pensez-donc, un post-apo destiné à la jeunesse ! Voilà qui tenait de la gageure. Vu l'aspect plutôt rude du thème en question, je me demandais comment l'auteur allait s'y prendre pour éviter de choquer ses lecteurs sans pour autant édulcorer son propos.

Mais Manuel de Pedrolo s'en sort parfaitement. Aucun des aspects les plus dramatiques du genre n'est éludé. « Dans un monde réduit à l'état de cimetière », ses personnages sont bel et bien confrontés aux multiples dangers de « l'après ». Ils doivent faire face à la peur et à la maladie, se défier des autres survivants et trouver leur pitance dans les ruines des cités. Ils leur faut aussi surmonter la disparition de leur proches et accepter leur solitude. Être le dernier couple n'est pas chose aisée à vivre et implique bien des responsabilités.

Bref aucune censure, aucun sujet tabou. L'auteur évoque aussi bien la mort que la sexualité et l'inceste est envisagé comme une alternative nécessaire au repeuplement. Il en profite même pour aborder des sujets qui semblent lui tenir à cœur tels que le racisme (Nous sommes la dernière blanche et le dernier noir, Didac. Après nous plus personne ne pensera à la couleur de la peau.) ou la religion (Tout çà, c'était pour faire peur aux gens, pour les faire obéir et les obliger à se résigner.). Il le fait sans fausse pudeur, avec des mots simples et directs.

Il nous livre également par l'intermédiaire d'Alba, sa vision de la société idéale, libérée de l'hypocrisie et des croyances toutes faites. Ses personnages ne veulent pas seulement survivre, ils veulent aussi s'affranchir des anciennes règles et poser les fondations d'un monde nouveau. Ils désirent néanmoins conserver le meilleur de la civilisation qui va bientôt disparaître ( « Alba songea avec mélancolie à toutes ces richesses, là et ailleurs, qui allaient se perdre à tout jamais. Après l'homme, c'était son patrimoine qui disparaissait. ») et sauver ce qui en vaut la peine : les œuvres d'art et les livres.

Des livres qui sont au centre du roman et au cœur des préoccupations des jeunes survivants. Que ce soit pour l'acquisition de connaissances (notions de médecine, apprentissage de la mécanique...) pour leurs loisirs (les polars que lit Alba) ou simplement pour l'objet lui-même (livres anciens ou beauté des illustrations) ils n'auront de cesse de les rechercher, de s'en entourer et d'assurer leurs préservation.

Finalement, et c'est paradoxal, le seul petit défaut de ce livre est aussi sa principale qualité. Pedrolo destinant son roman aux enfants, il était important d'avoir pour héros des personnages auxquels son lectorat puisse s'identifier. De ce point de vue c'est parfaitement réussi. Didac et Alba sont deux jeunes ados particulièrement débrouillards dans lesquels tous les gamins voudront se reconnaître. Mais cela nuit un peu à la vraisemblance de l'histoire.

On a en effet du mal à accepter que deux enfants de neuf et quatorze ans puissent à eux seuls remettre l'humanité sur de bons rails. Certes, le désespoir pousse à se transcender et l'on peut admettre que des enfants aient moins de mal que des adultes à se projeter dans une existence nouvelle («... eux étaient restés sains d'esprit et avaient su s'adapter, mais ils étaient deux et très jeunes, un facteur qui avait son importance »). La tâche n'en demeure pas moins extrêmement rude. Leur bagage initial n'est pas suffisant, l'apprentissage prend du temps et l'expérience ne peut se remplacer. D'ailleurs, les réactions ou les idées d'Alba ne sont pas en accord avec son jeune âge. Elle a une approche trop réfléchie et trop globale de leur situation ainsi qu'une vision à trop long terme. Les enfants, me semble-t-il, ne se projettent pas autant. Ils vivent dans le présent et ont des préoccupations moins abstraites. Ceci étant, la triste fin du roman vient justement rappeler que tout n'est pas si rose pour nos petits héros et redonne à l'histoire sa dimension tragique. 

"Le deuxième matin du monde"est donc un excellent roman jeunesse mais les adultes y trouveront également leur compte. C'est en tous cas un très bon post-apo que je vais m'empresser de faire découvrir à ma fille.

Le livre de Poche - Jeunesse - 1993

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28 avril 2014

L'ORCHIDEE ROUGE DE MADAME SHAN - ALAIN BILLY

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Se fiant à la prédiction que sa voisine lui a faite juste avant de mourir, Léa se lance à la recherche d'un mystérieux trésor avec pour seul indice une orchidée rouge sang. Grâce à la perspicacité de son amant du moment, elle parvient à trouver une piste qui la mène au cœur de l'Algérie. Mais avant de toucher au but il lui faudra affronter bien des dangers : un tueur lancé à ses trousses, la concupiscence d'un émir et un voyage dans le temps et dans l'espace.


Lorsqu'on entame ce livre, on pense avoir affaire à un bon vieux roman d'aventure. En compagnie de Francis et Léa, nous sommes embarqués dans une chasse au trésor tout ce qu'il y a de plus classique avec carte, signes de reconnaissance et dangereux concurrent.

Mais après quelques énigmes et deux ou trois épreuves initiatiques surmontées sans trop de difficultés, l'intrigue bascule soudainement dans le fantastique. Nos deux héros se retrouvent alors catapultés en plein Maghreb médiéval de l'an 560 de l'hégire.

A partir de là, l'histoire prend des allures de conte oriental. Il n'est que d'égrener le titre des chapitres pour s'en convaincre : La dague au serpent bleu, Le marchand de prières, Le puits du temps, La tour des supplices... Un véritable récit des mille et une nuits où l'on croise tous les petits copains de Shéhérazade, qu'ils soient sultan, bourreau ou eunuque. Idem pour le décor avec la majestueuse citadelle de Katbir-Al-Moaz, son harem, sa geôle et même une arène dans laquelle se déroulera une version arabe des jeux du cirque.

Finalement, une seule question se pose : qu'est-ce que la SF peut bien venir faire dans cette histoire ? Elle ne lui apporte strictement rien si ce n'est une ou deux démonstrations de technologie extra-terrestre permettant de faire prendre à l'histoire quelques raccourcis.

Alors que dire de plus si ce n'est qu'Alain Billy a un bon style, alerte, rythmé et qu'il ne manque pas d'humour. Il lui reste juste à mieux définir ses objectifs : SF, fantastique ou roman d'aventure. Les trois ensemble pourquoi pas. A condition que cela serve réellement l'histoire et ne soit pas qu'un prétexte. Il lui faudra aussi travailler davantage la psychologie de ses personnages. Les siens sont beaucoup trop caricaturaux.

Fleuve Noir Anticipation - 1988

18 avril 2014

LA TRIBU DES LOUPS - POHL & KORNBLUTH

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De mystérieuses entités extra-terrestres ont détourné la Terre de son orbite, la privant de la chaleur du soleil. L'humanité doit désormais se contenter du faible rayonnement de la lune, embrasée tous les cinq ans par leurs agresseurs. La technologie a régressé, les récoltes sont devenues pauvres et une société puritaine préside désormais aux destinés des quelques dizaines de millions de survivants. Toutefois, ici et là, des hommes et des femmes refusent cette vie morne et sans espoir. Organisés en petites communautés autonomes, ils cherchent le moyen d'atteindre et de combattre les envahisseurs d'outre-espace.

L'association Kornbluth/Pohl a fourni à la SF quelques chouettes romans dont l'excellent "L'ère des gladiateurs". Celui dont je vais vous parler est de bien moindre qualité. Il démarrait pourtant d'assez belle façon sur le thème, certes pas très novateur mais toujours plaisant, du révolté face à un système liberticide.

La peinture de la communauté austère où réside le personnage principal constitue d'ailleurs le meilleur aspect du roman. Une société sclérosée et rétrograde où chaque acte de la vie est codifié selon un système compliqué de rites, de prescriptions et de conventions. L'individualité y est niée et l'égoïsme puni de mort. Un monde castré où les calories vous sont comptées, contraignant tout un chacun à vivre au ralenti. On comprend mieux alors ce qui pousse le héros à les quitter pour rejoindre d'autres "loups" de son espèce et faire sienne leur lutte contre les machines qui les asservissent.

Hélas, le roman change bien vite de ton et de nature. On bascule dans la hard-science la plus poussée avec des passages techniques et des phrases imbuvables du genre : « L'univers s'était laissé organiser en abstractions manipulables par notation dyadique avec sa dualité implicite ». Et c'est comme çà sur des pages et des pages. Une lourdeur telle qu'elle enlève tout plaisir à la lecture. Les pérégrinations des personnages sur un planétoïde artificiel et entièrement automatisé perdent alors de leur intérêt et l'on est soulagé de voir venir la fin de cette énième lutte de l'homme contre la machine.

Pocket - SF - 1981

7 avril 2014

SORTILEGES DE LA TERRE - A & C PANSHIN

imgLe jour de ses noces, le jeune Haldane, fils du puissant Morca, voit tout son univers s'écrouler. Son père et la plupart de ses hommes trouvent la mort dans un guet-apens organisé par des clans rivaux et lui-même ne doit la vie sauve qu'à une fuite désespérée. En compagnie d'un vieux sorcier aux pouvoirs incertains il lui faut traverser une contrée devenue hostile pour trouver refuge sur les terres de son grand-père. Un voyage dangereux au terme duquel sa véritable personnalité se révélera.

C'est une période originale de l'histoire médiévale que les époux Panshin ont choisi pour cadre de leur roman. La sédentarisation des envahisseurs barbares est en effet rarement évoquées par les auteurs d'eroïc fantasy qui lui préfèrent un moyen-âge de romans courtois avec chevaliers, tournois et châteaux.

Il s'agit pourtant d'une phase extrêmement intéressante. Un instant clé aussi bien pour les royaumes qui subissent l'invasion que pour les hordes qui les submergent. Les premiers y perdent les rennes du pouvoir tandis que les seconds doivent renoncer à leur mode de vie nomade et se défaire d'une partie de leur identité. Cela ne se fait pas du jour au lendemain. Il y faut du temps et plusieurs générations sont nécessaires à une complète assimilation. Cela ne se fait pas non plus sans heurts car tous ne sont pas prêts à renoncer à leurs coutumes.

Le personnage de Morca incarne parfaitement cette période de transition. S'il demeure un chef de guerre qui continue de razzier les terres de ses voisins il commence néanmoins à adopter leur manière de vivre et de gouverner. Il cherche notamment à instaurer une monarchie héréditaire et certains de ses sujets ont déjà troqué l'épée contre la charrue. Il sera toutefois renversé par d'autres chefs de clan qui voient d'un mauvais œil tous ces bouleversements.

Mais une bonne idée ne fait pas tout. Malgré un excellent début, le récit sombre peu à peu dans l'ésotérique le plus assommant. Une sorte de longue quête initiatique pleine de sens cachés à découvrir et d'épreuves à surmonter. J'ai pour ma part eu beaucoup de mal à m'intéresser au sort du jeune Haldane qui ne fait que subir les évènements, s'en remettant d'abord aux bons soins de son mentor puis à ceux de la déesse Libera.

C'est dommage. Il y avait matière à quelque chose de beaucoup plus passionnant. Une confrontation entre anciens et modernes, un choc de civilisation vécu par le truchement des personnages.

Opta - Galaxie-bis - 1984

27 mars 2014

LE LEVIATHAN DE L'ESPACE - ROBERT F. YOUNG

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La plupart des nouvelles qui composent ce recueil sont construites autour du thème de temps. Paradoxe temporel ou voyage dans le temps (Idylle dans un relais temporel du XIe siècle, La fille qui arrêta le temps), héritage du passé (L'arc de Jeanne, Poète, prends ton luth), recherche de nos origines (L'origine des espèces), Young explore quelques unes des nombreuses possibilités offertes par ce grand classique de la SF.

Il s'en sert notamment pour apporter ses propres réponses à quelques uns des mystères de l'histoire (les voix de Jeanne d'Arc, l'apparition de l'homme de Cro-magnon) ou revisiter la mythologie (nymphes des bois et satyres) et les contes de fées (La belle au bois dormant). Bref sa SF vient éclairer le fantastique de sa vérité alternative !

Young introduit aussi dans presque tous ses récits, une histoire d'amour improbable mais qui toujours se termine bien. Apparemment il a un goût prononcé pour les happy-end, avec mariage à la clé. Il semble aussi avoir des idées assez conservatrices sur les choses de l'amour et ne pas porter dans son cœur la frivolité ou l'obscénité. Mais tout cela est fait avec beaucoup d'humour, de l'ironie la plus subtile à la grosse farce. Un humour qui ne parvient toutefois pas à cacher une extrême sensibilité ainsi qu'une grande empathie envers l'homme et la nature.

L'arc de Jeanne Une jeune femme munie d'un arc aux propriétés étonnantes s'oppose à l'invasion de sa planète par les troupes du tout puissant O'Riordan. Ce dernier dépêche auprès d'elle un jeune et bel espion chargé de la séduire pour découvrir ses secrets. Quand Jeanne d'Arc reprend du service sous les traits d'une petite orpheline de la planète « Ciel bleu »

Les sables bleus de la Terre Des martiens débarque sur Terre longtemps après l'extinction de la race humaine. Ils découvrent que son sol a la propriété de faire pousser les objets que l'on y enterre, bouteilles et pourquoi pas, argent ? Un petit récit fort amusant où l'on découvre que les martiens ont des préoccupations proches des nôtres.

Idylle dans un relais temporel du XIe siècle La capsule temporelle d'Archer Frend tombe en panne alors qu'il aborde le XIème siècle. Tandis qu'il recherche la bobine de rechange dissimulée par le Centre de Reconstruction du Passé, il pénètre dans une demeure où les habitants semblent plongés dans un profond sommeil... Où Robert Young donne une version toute personnelle de La belle au bois dormant.

Orage sur Sodome Deux hommes et deux femmes font naufrage sans espoir de secours sur une planète qui semble avoir été mystérieusement vidée de ses habitants. La question de la perpétuation de l'espèce étant posée, les jeux de l'amour et du hasard commencent alors entre les quatre naufragés. Une histoire qui tend à donner raison à Martin Veyron : « L'amour propre ne le reste jamais très longtemps ».

La fille qui arrêta le temps Roger thompson est un incroyable veinard. Le même jour, à quelques instants d'intervalle, il fait la rencontre de deux adorables jeunes femmes. Mais les charmantes créatures ne sont peut-être pas ce qu'elles paraissent être. Une histoire qui mélange SF et fantastique, extra-terrestres et sorcières. Si, si, c'est possible.

Poète, prends ton luth Emily est la conservatrice de la « salle des poéte »s où sont exposés des androïdes à l'éphigie des chantres les plus célèbres. Faute d'une fréquentation suffisante la salle est menacée de fermeture. Emily va devoir faire preuve d'imagination pour sauver ses « amis » du ferrailleur. La nouvelle la plus délicate du recueil et un bel hommage à la poésie : « Leurs paroles seront étouffées s'ils ne peuvent les dire. Leur poésie mourra s'il n'y a personne pour l'écouter. »

L'origine des espèces Farrell est un éclaireur du temps chargé par la SIP de venir en aide aux touristes temporels. Cette fois, il doit récupérer un professeur et son assistante retenus au néolithique par des hommes de Néantherdals. Le mystère de la disparition de l'homme de Néanderthal enfin résolu !

Rapport sur le comportement sexuel des habitants d'Arcturus 10 Hubert Harrington et Alison Bennett sont  chargés d'une étude sur les moeurs sexuelles des Nonantanawites. Malheureusement pour eux, les primitifs habitants de la planète Arcturus 10 ne semblent pas aussi pacifiques que prévu et les voici bientôt prisonniers de l'une de leurs tribus. Un récit un peu olé olé dans lequel Young démontrera que « si le héros a pour habitude de sauver l'héroïne d'un sort pire que la mort il peut aussi la sauver d'une mort pire que le sort ».

Le léviathan de l'espace Avalé par une entité extra-terrestre gigantesque, la canonnier Jonathan Sands découvre à l'intérieur de son « hôte » un véritale univers avec un soleil et une planéte peuplée de descendants d'humains happés des siècles plus tôt. Grâce à ses connaissances supérieures il a tôt fait de se faire une place de premier plan parmi ces derniers. Mais les « conversations » qu'il entretient avec l'entité lui font entrevoir un terrible danger.

Très jolie et très poétique parabole sur la façon dont l'homme traite son environnement. C'est aussi une critique de la société de consommation assez bien tournée et plutôt étonnante dans un texte écrit en 1963. Robert Young y compare notamment les humains à des bactéries pathogènes qui dévorent leur hôte et provoquent ainsi sa fin...et la leur.

Cette nouvelle, comme d'autres de l'auteur (cf L'ascension de l'arbre) témoigne de sa fibre écologiste qui s'exprime encore ici : « Un monde plein de fraîcheur et de jeunesse, pensa Hubert avec tristesse ; un monde vierge, attendant innocemment que les premiers immigrants viennent le dépouiller, attendant comme une tendre jeune fille qu'on le mette sur la voie stellaire pour le vendre sur le grand marché de la prostitution galactique ».

Nouvelles Editions Oswald - 1985

11 mars 2014

GARGOUILLE - ANNE DUGUËL

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Un jour qu'elle fait du rangement dans ses papiers, Claire tombe sur une photo qui l'interpelle. Le vieux cliché sur lequel elle pose avec ses copines de CM2 pour la traditionnelle photo de groupe est en effet fort étrange. Au lieu des gamines de dix ans qui devraient s'y trouver, ce sont les quinquagénaires qu'elles sont devenues qui sourient au photographe. Affolée, elle contacte ses anciennes camarades qui constatent toutes la même anomalie. Elles décident alors de se réunir pour éclaircir ce mystère et retrouver la trace de la seule qui manque à l'appel : Marie-Rose.

Une bonne part des romans d'Anne Duguël est construite autour du thème de l'enfance blessée. C'est le cas de ce « Gargouille » qui nous relate la vengeance d'un souffre-douleur contre ses camarades de pensionnat. Une vengeance à retardement puisque la petite rancunière va profiter de leurs retrouvailles, quarante ans plus tard, pour assouvir ses pulsions meurtrières.

Les premiers chapitres permettent de faire connaissance avec ses anciens bourreaux et futures victimes. Un chapitre pour chacune avec, à chaque fois, le portrait de la quinquagénaire d'aujourd'hui et un épisode de sa vie au pensionnat illustrant les prémisses de sa future personnalité. Nous faisons ainsi connaissance avec Maureen l'avocate dominatrice, Martine la prostituée, Anne l'écrivaine, Gigi la charcutière, Lou l'antiquaire... Neuf quinquas qui se retrouvent avec plus ou moins de plaisir afin de tenir, malgré elle, une promesse d'enfance.

Cette confrontation entre passé et présent est la partie la plus sympa du bouquin. La suite est beaucoup plus basique. Elle déroule la sempiternelle histoire du groupe coincé dans un endroit désert, sans espoir de secours et confronté à un tueur sadique. Les éléments surnaturels que l'auteur introduit dans son récit ne lui apportent pas grand chose et seule la façon dont chaque femme est trucidée (sa mort rappelle à chaque fois une niche qu'elle avait infligé à la meurtrière) lui donne un  peu de piquant.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

10 février 2014

LE VOLEUR D'ICEBERGS - SERGE BRUSSOLO

imgDaniel Sangford est un baroudeur de l’espace qui va de planète en planète à la recherche de la bonne affaire, celle qui fera enfin sa fortune. Aussi, lorsqu’il découvre que des glaçons ramenés par inadvertance d’un planétoïde égaré, prennent sur Terre l’apparence et la solidité du diamant, il croit que la chance est enfin venue. Mais il s’apercevra  un peu tard que la chance est une maîtresse capricieuse qui a tôt fait de vous laisser tomber ! 

Voici encore un bon Brussolo qui débute comme un bon vieux space-op avant de dériver vers le fantastique.

Cette dérive est d’ailleurs la bienvenue car la première partie du livre (les mésaventures de Daniel à bord de son vaisseau puis sur un planétoïde glacé) est nettement plus faible que la seconde qui, elle, s’intéresse aux conséquences catastrophiques et incroyables de son intrépidité.

Or, c’est précisément dans la démesure, l’inénarrable et le démentiel que l’ami Serge donne le meilleur de lui-même et la description des trois fléaux (froid, transparence et humidité) qui, telles les plaies d’Egypte, s’abattent sur Terre, est vraiment impressionnante.

Fleuve Noir Anticipation - 1988

5 février 2014

CLAUDINE A PARIS - COLETTE & WILLY

sans-titre

Son père ayant décidé de s'installer à Paris pour assurer la publication de son encyclopédie de malacologie, Claudine doit quitter son cher Montigny, ses bois, sa maison, son école... D'abord désemparée, elle a tôt fait d'apprivoiser la capitale et, en compagnie de son cousin Marcel, fait son entrée dans le monde.


Et nous retrouvons Claudine qui nous conte avec toujours la même hardiesse teintée d'ingénuité sa vie parisienne. Finis la province et les plaisirs tout simples de la campagne. Voici venu le temps du strass et des paillettes. Entre le thé chez la tante Cœur et les soirées au concert, Claudine découvre le beau monde.

Enfin, beau, c'est vite dit. Car la bourgeoisie de l'époque, sous ses dehors de respectabilité, n'est pas si austère qu'il y parait. Vieux messieurs entretenant de petites "nièces", demi-mondaines, rivalités, médisances : un vrai panier de crabes.

Du haut de ses 18 ans, la jeune femme jette sur tout cela un regard amusé et tendre qui rendent ses confessions toujours aussi touchantes. D'autant qu'elle va connaître le grand amour en la personne d'un fringant quadragénaire.

Ce roman est aussi l'occasion de voir vivre une époque depuis longtemps disparue : les immeubles bourgeois avec concierges et cochers, les arrières cuisines et les dépendances, les voitures à cheval dont les roues commencent à être équipées de pneumatiques...

Un volume peut-être moins enlevé que le précédent mais toujours aussi agréable à lire grâce à l'écriture si simple et si charmante de Colette.

Livre de Poche

 

23 janvier 2014

HIER, LES OISEAUX - KATE WILHELM

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Pollution, changements climatiques, pénurie des ressources alimentaires : la fin du monde est proche. Ou plutôt, la fin de l’humanité. Une extinction à laquelle la famille Summer ne se résout pas. Elle a de l’argent, des terres, des moyens quasi illimités et compte parmi ses membres des scientifiques de premier ordre. Son objectif : sauver l’espèce humaine. Elle y parviendra mais le résultat sera-t-il à la hauteur de ses espérances ? 

Le roman de Kate Wilhelm se partage en trois époques bien distinctes.

La première suit le parcours de David Summer et de quelques autres membres de sa famille dans leur lutte pour préserver un îlot d’espoir pour l’espèce humaine. Nous les voyons organiser leur survie tandis que la société s’écroule, construire un hôpital et aménager un laboratoire à l’intérieur d’une grotte. Là, ils espèrent cloner les rares survivants, devenus stériles, afin de donner à l’homme la possibilité d’un nouveau départ.

La seconde débute plusieurs générations plus tard alors qu’une nouvelle société basée sur le clonage a vu le jour. Les individus sont créés par familles entières en fonction de leurs aptitudes et des besoins de la communauté. Une jeune femme, Molly, refuse cette vie sans  relief et cherche à vivre sa différence.

La dernière partie met en scène Marc, le fils naturel de Molly, et sa révolte contre cette nouvelle humanité qui commence à montrer ses limites.

Kate Wilhelm a une bien jolie plume. Elle nous conte avec beaucoup de délicatesse ce que pourrait être notre futur si nous n’y prenons garde. Elle nous propose aussi des éléments de réflexion sur le devenir de l’homme, sur les bienfaits de la diversité et aborde fort justement certains des risques liés au clonage.

Son roman est aussi un très bel hymne à la beauté d'une nature redevenue sauvage et épanoui car libérée des contraintes que l’homme faisait peser sur elle.

Denoël - Présence du Futur - 1977

 

18 janvier 2014

LES PORTES SANS RETOUR - GILLES THOMAS

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Gyall Dara est pilote d'astronef et gagne sa vie en transportant du fret sur les planètes des confins. Sur Allègre, il rencontre Missie Oléone, fille d'un potentat local qui lui propose un engagement un peu particulier. Il s'agit de partir à la recherche de son frère jumeau, Axin, disparu après avoir emprunté l’une des « portes sans retour ». Risquant la prison sur Allègre à la suite d'une rixe, Gyall est contraint d’accepter son offre et c'est ensemble qu'ils tenteront d'élucider le mystère des dangereuses et énigmatiques portes.  

Gilles Thomas nous offre une fois encore un roman de SF qui se lit d’une traite grâce à une plume alerte et un indéniable sens de l'action. Pourtant, le thème du bouquin est fort simple, simpliste même. Il se résume à une succession de saynètes ayant pour cadre des univers aussi différents que dangereux et constituant pour nos héros autant d'épreuves dont il faut triompher.

Les personnages seront ainsi confrontés à un souterrain truffé de pièges, un Paris futuriste subissant un gouvernement fasciste, une société primitive adorant un dieu avide de sacrifices, des pirates de l’espace et joueront même un temps le rôle de curiosité zoologique.

La chute du livre n'est pas non plus franchement extraordinaire mais a le mérite de proposer une explication aux interrogations des héros (ainsi qu'aux nôtres !) ce qui n'est pas toujours le cas des livres du genre qui privilégient l'action plutôt que l'intrigue, la castagne plutôt que les solutions.

Bref, un livre qui, s'il n'est pas le meilleur de l'auteur, constitue quand même un bon petit divertissement, un moment de pure détente où l'aventure et l'amitié indéfectible sont au rendez-vous.

Mention spéciale pour la première page du roman que j’ai trouvée fort poétique.

Fleuve Noir Anticipation - 1994

13 janvier 2014

DANS LES PROFONDEURS DU MIROIR - ALAIN VENISSE

imgRégisseur pour le cinéma, Axel Masson doit dégotter un vieux manoir gothique pour tourner les scènes du film d'épouvante sur lequel il travaille. Le château de la famille Wallenstein près de Nancy répondant en tout points à ses attentes, il décide de s'y rendre afin de solliciter une autorisation de tournage. A peine arrivé, un orage incroyablement violent le contraint à devenir l'hôte involontaire du baron Wallenstein et de sa fille Irina. Sitôt la nuit tombée, la jeune femme s'introduit dans sa chambre et se livre en sa compagnie à des jeux érotiques surprenants de la part d'une personne jusque là si réservée. Mais est-ce bien Irina qui lui a rendu visite ? Et si oui, son attitude étrange a-t-elle quelque chose à voir avec les caves du château dont l'entrée est si bien protégée ?

Je l'ai déjà dit ici ou , Alain Vénisse est un bon artisan qui sait proposer de solides romans d'horreurs, pas forcément très originaux mais toujours agréables à lire. Cette fois-ci, c'est dans le roman gothique qu'il verse, piochant sans vergogne dans les canons du genre avec une histoire de malédiction séculaire et d'objet maléfique.

Rien d'étonnant donc à ce qu'on y retrouve la vieille demeure médiévale et ses souterrains, sa salle de torture, ses torchères et ses lits à baldaquin. La filiation est tout aussi flagrante côté personnages puisque le vieux sage et la jolie vierge de service sont bien au rendez-vous tout comme le jeune étranger qui va servir de catalyseur au drame qui se prépare.

Si la première moitié du livre sert indéniablement de mise en train, elle constitue aussi une histoire dans l'histoire. Prologue, meurtre, poursuite du double d'Irina et happy-end, le roman pourrait presque s'arrêter ici. Et puis, alors que l'on croit nos héros hors de danger, l'intrigue rebondit pour un bis repetita encore plus dramatique mais aussi plus moderne. Adieu châteaux et souterrains, bonjour Paris, Montmartre et le cinéma. C'est désormais à la poursuite du double d'Axel que nous assistons. Une partie plus enlevée où meurtres et révélations se succèdent à vive allure.

L'idée d'un double maléfique n'est pas nouvelle mais Alain Vénisse s'en sert avec bonheur. On frémit à l'évocation de cette copie conforme capable de prendre votre place, s'installer dans votre quotidien, côtoyer vos amis, coucher avec votre copine... Mais quand en plus, elle se met à jouer les émules de Jack l'éventreur, çà devient carrément flippant. Comment prendre au piège un individu qui vous connais aussi bien que vous-même, raisonne comme vous et devine vos pensées ? Dans de telles conditions, la course d'Axel après cet autre lui-même devient réellement passionnante.

La fin du roman nous réserve aussi une jolie surprise qui vient ajouter une petite touche d'imprévu non négligeable et permet de conclure de façon plus que satisfaisante ce bon petit bouquin.

Fleuve Noir - Frayeur - 1994

3 janvier 2014

SI C'EST UN HOMME - PRIMO LEVI

 sans-titreL'histoire de la captivité de l'auteur dans le camp de concentration d'Auschwitz, de sa capture en 1944 à sa libération par les troupes soviétiques.

Le récit de Primo Levi est un témoignage, rien qu'un témoignage. Il n'y aborde que ce qu'il a vécu lui-même, vu de ses yeux et ressenti dans sa chair. Les tortures, les expériences sordides, tous ces actes de barbarie dont ont sait qu'ils se sont déroulés à Auschwitz et ailleurs ne sont donc pas évoqués. Il n'en a pas été témoin, n'a jamais vu de chambre à gaz et ne connaît des fours crématoires que la sinistre fumée qui s'échappait de ses cheminées.

Son propos, c'est le « Lager », le camp, et seulement lui. Il ne se livre à aucune attaque contre le nazisme et se contente de laisser parler des faits qui sont suffisamment éloquents. C'est d'ailleurs ce qui fait toute la force de son récit. Une relation fidèle et minutieuse de l'horreur quotidienne : la fatigue, le froid, la faim, la maladie et toujours la peur de faire partie de la prochaine "selektion" pour les chambres à gaz.

Il insiste plus particulièrement sur le processus de déshumanisation qui est à l'œuvre dans les camps. Elle commence dès la descente du train avec la séparation des familles et l'abandon des effets personnels puis continue avec le tatouage. Les gardiens ne les considèrent plus que comme des animaux, un vaste troupeau qu'on mène au travail ou à l'abattoir. Les prisonniers eux-mêmes finissent par perdre la conscience de leur humanité. Ils deviennent peu à peu imperméables à la misère de leurs compagnons d'infortune et ne sont plus guidés que par l'idée de leur propre survie.

On entend souvent parler dans les médias du devoir de mémoire. C'est exactement  le but que recherchait Primo Levi avec ce livre. Il le résume parfaitement avec cette phrase écrite à propos de la haine nazie: « Si la comprendre est impossible, la connaître est nécessaire, par ce que ce qui est arrivé peut recommencer, les consciences peuvent à nouveau être déviées et obscurcies : les nôtres aussi. »

Pocket - 1988

29 décembre 2013

TOUT A LA MAIN - JEAN-PIERRE ANDREVON

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Un écrivain de science-fiction connu, qui habite seul avec son chat dans une maison campagnarde isolée sur le flanc d'une colline, a survécu à une catastrophe imprécise qui a transformé la vallée à ses pieds en un infranchissable fleuve de boue brûlante. L'écrivain imagine qu'il est l'unique survivant du cataclysme, et peut-être l'est-il. Mais il tente de mener une vie normale. Sa principale préoccupation, néanmoins, est de passer en revue toutes les femmes qu'il a connues dans sa vie. Il en conçoit des fantasmes qui se traduisent par force masturbations. Le corps du récit sera constitué de divers portraits de femmes et de menus incidents quotidiens, montés en parallèle. Un autre fantasme de l'écrivain est de pouvoir enfin écrire un grand roman qui-ne-serait-pas-de-la-SF. Va-t-il y parvenir ?

Une fois n'est pas coutume le résumé ci-dessus n'est pas de moi. Il ne s'agit pas non plus de la quatrième de couverture que j'évite toujours de reproduire en raison du caractère évidemment commercial de la chose. Non, cette fois, c'est tout simplement l'un des chapitres du roman qui en expose si bien le contenu qu'il eut été ridicule de s'en priver.

Jean-Pierre Andrevon est LE spécialiste français du post-apo dont il a écrit un grand nombre et signé quelques uns des meilleurs. Pourtant, Tout à la main n'appartient pas franchement au genre. Ou alors de façon incidente, en tant qu'élément déclencheur des confessions du narrateur. Quelques chapitres au début, quelques autres à la fin nous mettent dans l'ambiance. Guère plus.

Pour l'essentiel, le livre est donc un recueil de mémoires imaginaires. Mais par n'importe lesquelles. Celle d'un bonhomme qui se nomme Jean-Pierre Andrevon, qui est écrivain de SF et assez porté sur la gaudriole. Bref un personnage qui ressemble comme un frère à son créateur. Alors, même fantasmées, ces mémoires nous permettent d'en savoir un peu plus sur l'auteur.

Grâce à elles, on pénètre son univers et on se fait une petite idée de sa personnalité au travers de ses relations avec la gent féminine. On découvre un individu assez attachant, plutôt éternel amoureux que Casanova cynique, mais néanmoins amateur de gros seins et de touffes bien fournies. Un monsieur truculent qui aime aussi les chats, la nature et sa tranquillité.

On trouve également quantité d'autres choses dans ce livre patchwork : des chansons, des bribes de romans, des bouts d'articles. Bref, un fourre-tout bien sympathique qui parle aussi bien de musique que de cinéma, d'écriture que d'écologie. Un Objet Littéraire Non Identifié comme il est de bon ton de dire aujourd'hui. Un roman sur le dernier homme qui n'a vraiment pas grand chose à voir avec ceux de Mary Shelley ou de Margaret Atwood.

Carrere / Kian - 1988

20 décembre 2013

LA POUPEE SANGLANTE - GASTON LEROUX

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Mais que font le prosecteur Cotentin, l'horloger Norbert et sa fille Christine dans leur petite boutique de l'Ile Saint Louis ? Quel est ce mystérieux personnage, beau comme un dieu, qui vit cloîtré dans la demeure de l'horloger ? De quelle étrange maladie souffre leur voisine, la marquise de Coulteray ? Qui est l'assassin de jeunes femmes qui sévit dans la petite ville de Corbillières ? Voici quelques unes des énigmes auxquelles Bénédict Masson, le relieur d'art au visage hideux, voisin des Norbert et amoureux transi de la jolie Christine, va se retrouver mêlé. Assassin présumé, victime, enquêteur, "homme-machine", il endossera bien des rôles avant que la vérité ne se fasse jour.

Gaston Leroux est surtout connu pour sa série des Roulletabille (Le mystère de la chambre jaune, Le parfum de la dame en noir) ou pour son célèbre Fantôme de l'opéra. Son œuvre est pourtant riche de nombreux romans où la SF et le fantastique sont bien présents. La poupée sanglante est de ceux-là.

Avec une plume raffinée il nous propose une enquête policière déconcertante qui emprunte à Dracula et Frankenstein. Mais s'il mêle dans son roman ces deux grands mythes littéraires, il y apporte aussi de subtiles différences. Ainsi, sa créature est le fruit de la collaboration de deux génies : un artisan horloger à la recherche du mouvement perpétuel et un éminent chirurgien travaillant sur la conservation des tissus. Quant aux vampires, ils n'ont pas grand chose à voir avec le seigneur des Carpathes. Il y a bien un vieux château et une morte qui s'échappe chaque nuit de son tombeau mais les chauves souris et les canines bien aiguisées ne sont pas au rendez-vous. Ses suceurs de sang sont d'un genre plus discret et utilisent les moyens de la science moderne pour soutirer à leurs victimes leur ration d'hémoglobine. Du vampirisme scientifique en quelque sorte. Il y a aussi un soupçon d'exotisme avec la présence des terribles Thugs, les fameux étrangleurs dévoués à la déesse Kâlî.

Le récit de Gaston Leroux n'est pas linéaire. Les retours en arrière y sont fréquents et les digressions nombreuses. Il prend tout son temps pour nous présenter ses personnages et chacun d'entre eux, même mineur, est évoqué avec précision et, le plus souvent, avec humour.

Un humour qui se change en ironie mordante lorsqu'il s'agit de se moquer de la police et des politiques ou encore de ces journaux avides de scoops, qui se livrent à une course à l'échalote quitte à provoquer panique et catastrophes en chaîne. Le saccage du musée Fralin (frère jumeau du Grévin) en sera une des conséquences irrésistibles de drôlerie.

Ce roman est aussi une belle histoire d'amour impossible avec de jolies et profondes réflexions sur la beauté, physique et intérieure. Le personnage de Bénédict Masson est de ce point de vue extrêmement émouvant, cachant sous une apparence repoussante une âme de poète et des trésors de dévouement. Mais les autres acteurs de ce drame ne sont pas moins intéressants et sont tous, à leur manière, en quête d'absolu.

Dramatique et joyeux, drôle et tragique ou, pour reprendre l'expression de l'auteur : "épouvantablement rigolo", La poupée sanglante est un roman qui mérite d'être redécouvert.

Le Livre de Poche - 1976

14 décembre 2013

MICKEY MONSTER - DENIS BRETIN & LAURENT BONZON

imgC'est un bien drôle d'individu qui vient interrompre l'exposé du professeur Guineas Sörberg devant ses pairs du Club Van Helsing au Bedlam Asylum. Obèse, aveugle, ridicule et suffisant, Roger Mc Orman n'a rien de commun avec eux. Et pourtant, lui aussi a combattu un monstre. Et pas n'importe lequel... 

C'est clairement du côté des States que Bretin & Bozon sont allé chercher leur inspiration. Pour le décor bien sûr avec son drive-in, sa banlieue proprette et son pub qui donnent parfaitement le ton et l'ambiance du récit mais surtout pour les nombreuses références aux séries et aux films d'outre atlantique.

Ca commence par un clin d'oeil appuyé aux Envahisseurs (...alors que je cherchais un raccourci que je n'ai jamais trouvé), ça continue avec les films d'horreur genre Massacre à la tronçonneuse et ça finit, bien sûr, avec ce fameux Blob.


Les lecteurs de ma génération, ceux qui avaient tout juste 20 ans en 1988, se rappellent sans doute du film éponyme, un nanar plus drôle que vraiment gore qui avait rencontré un certain succès. Bredin & Bozon en reprennent l'idée principale. Celle du météorite qui s'écrase sur Terre, libérant un organisme protoplasmique agressif. Une espèce de morve verdâtre qui colonise les canalisations et les égoûts et bouffe tout ce qui passe à sa portée : chats, chiens et humains imprudents.

Comme dans le film, les scènes bien cracra se succèdent, décrites avec beaucoup de complaisance et d'humour. Un humour bien noir, presque morbide. Mais le meilleur du roman tient à la personnalité du narrateur ainsi qu'à la façon dont il nous raconte ses épreuves.

C'est qu'avec Roger Mc Orman on est à des années lumières du redoutable chasseur de monstre que l'on s'attend à rencontrer chez Van Helsing. Sa logorrhée verbale incessante, ses réflexions, diatribes et digressions en tout genre sont irrésistibles de drôlerie. Il y est question aussi bien du monstre qui nous intéresse que de sa grassouillette fiancée ou des machines à Mickey qu'il fabrique dans son grenier.

Des apartés qui permettent de se faire une idée de la personnalité de Roger. Un américain très moyen convaincu de la supériorité de son pays, anticommuniste primaire et même un peu raciste sur les bords. Un individu qui place son confort personnel avant toute chose et pour qui le Blob est moins une menace pour ses concitoyens qu'un obstacle à la réussite de ses ambitions professionnelles. Bref un fichu con.

Pourtant, ce décalage entre un « héros » improbable et la responsabilité qui lui échoie est une très bonne idée qui aboutit à un CVH surprenant et particulièrement jouissif.

Baleine - Club Van Helsing - 2007

4 décembre 2013

L'HOPITAL ET AUTRES FABLES CLINIQUES - DANIEL WALTHER

neo037Lire un recueil de nouvelles de Daniel Walther est toujours une expérience étrange. Ses textes sont déconcertants, tant sur le fond que sur la forme, et nous obligent à faire un sérieux effort pour en apprécier toute la saveur.

La tâche n'est pas aisée. Le monsieur est adepte d'un vocabulaire raffiné dont la préciosité jure parfois avec la crudité des scènes décrites. Les effets de style sont nombreux et rendent parfois la lecture malaisée (adjectifs accolés deux à deux pour ouvrir le champ des possibilités/compréhensions, titres de chapitres reprenant systématiquement la dernière phrase du précédent, tics de langages : années de lumière et non années lumières). Bref, une écriture fort jolie mais qui parfois agace au plus haut point.

Les thèmes abordés par l'auteur n'ont rien de bien réjouissants. Il est presque toujours question de sociétés en déliquescence (L'hôpital, une fable clinique) et de régimes totalitaires (Mort dans la cité solitaire). Les hommes n'y sont que des pions entre les mains de consortiums tout puissants (A nous deux, dit le Dragon de Verre), des sujets d'expérimentation (Les montreurs d'images de JORDAN IV, Le Dr Morlo ou le mystère de l'île de la mort), des marionnettes. Il joue également beaucoup de la confusion entre rêve et réalité (Les montreur d'images de JORDAN IV, Le rendez-vous de Bucarest).

Ses personnages souhaitent fuir une vie oppressante et sans espoir (Le glissement). Ils désirent retrouver la sécurité du monde originel, la pureté des commencements (Une chasse à l'Ugu-Dugu dans les marais de Kwân) ou quelques instants de bonheur fugaces, fut-ce au prix de la trahison (Morgenland, une moralité fantastique) ou au risque d'y perdre la vie (La danse de mort du Capitaine Moon).

Tous vivent dans des mondes qui s'ignorent ou s'affrontent, imperméables les uns aux autres : médecins et malades (L'hôpital, une fable clinique), citadins et exclus (L'éruption de la lézarde), colons et autochtones (Le Dr Morlo). Et comme toujours avec Daniel Walther, la violence et le sexe sont très présents. Une sexualité sans tabous, le plus souvent détachée de toute idée d'amour, simple exutoire, besoin de domination, tendresse dévoyée.

Voici un bref aperçu de ce qui vous attend :

L'hôpital, une fable clinique

Dans un hôpital perdu au milieu de nulle part, surveillants, infirmières et docteurs assistent impuissants à la mort de leurs patients atteints d'un mal incurable. Pour tromper le temps, ils se livrent à des joutes sexuelles tandis qu'autour d'eux, les loups se rapprochent jour après jour, sentant peut-être venu le temps de prendre la place de l'homme.

L'éruption de la lézarde

Un quartier d'une ville se retrouve séparé du reste de la cité par l'apparition d'une profonde crevasse. Condamnés à l'isolement, entourés de hauts murs, surveillés par des miliciens, ses habitants cherchent une raison de s'accrocher à la vie

Une chasse à l'Ugu-Dugu dans les marais de Kwân

Invité à une chasse à courre dans les marécages d'une lointaine planète rétrograde un diplomate perd le sens des réalités et confond passé et présent.

A nous deux, dit le Dragon de Verre

Assassinat, torture, manipulations, l'homme de main d'une multinationale dévoile quelques unes des turpitudes auxquelles il se trouve mêlé. Vive le meurtre en gants blancs programmé sur ordinateur.

Les montreurs d'images de JORDAN IV

Hantés par des souvenirs d'un réalisme troublant, un homme en vient à douter de la réalité de son monde.

Le rendez-vous de Bucarest

Thomas Perrol à Paris, Vlanimir Hobana à Bucarest, Melissa Gwenn à Washington. Trois individus aux destins étrangement mêlés. Personnage ou écrivain, créateur ou créature, qui tient la vie des autres entre ses mains ?

Le glissement, la dernière aventure amoureuse de Barry Valentino

Alors que, cachée par les gouvernements, une menace d'ordre astronomique pèse sur la Terre, Barry Valentino aimerait croire encore à l'amour.

Morgenland, une moralité fantastique

Après avoir échappés aux terribles cavaliers de Chen-Yang et aux sortilèges de Fata Morgana, un homme trouve refuge dans l'inexpugnable citadelle du capitaine Morgenland. Mais ne serait-ce pas plutôt un espion de l'envoûtante créature ?

La danse de guerre du Capitaine Moon

Coincé dans un camp retranché au milieu d'une région rebelle qu'il doit soumettre, un militaire d'origine amérindienne pense à l'asservissement de sa propre race et se souvient de sa jeunesse tourmentée.

Mort dans la cité solitaire

Dans une cité déshumanisée, un individu décide de tuer le président du Centre Damien, le tout puissant institut qui dirige la ville d'une main de fer.

Oiseau(x) de malheur

Quelques scènes de la vie d'un homme et d'une femme dans un monde visiblement bouleversé par une catastrophe ou une guerre.

Le Dr Morlo ou le mystère de l'île de la mort

Jeune fonctionnaire ambitieux, Clovis Walderde arrive dans l'archipel des Lilianes où il doit assister le professeur de la Chicaudière dans sa gestion du Palais des sciences. Au cours d'un pique-nique dans les îles il croise une créature vaguement humaine. Serait-ce le résultat d'une expérience  du mystérieux Dr Morlo ?

Une nouvelle qui fait penser à un récit colonial avec sa chaleur écrasante, son microcosme consulaire, les réceptions mondaines, les boys et les parties fines avec les épouses délaissées. C'est aussi un sympathique hommage à H. G. Wells et son Dr Moreau.

Nouvelles Editions Oswald - 1982




30 novembre 2013

L'AUTRE COTE DU REVE - URSULA LE GUIN

img« Si je vous disais que certains de mes rêves exercent une influence sur la réalité, et que le docteur Haber s'en est aperçu et utilise ce talent qui est le mien pour ses buts personnels, sans mon consentement... » Georges Orr possède en effet l'étrange faculté de modifier la réalité lorsqu'il fait des rêves d'une certaine intensité. Une situation difficile à vivre mais qui devient carrément effrayante lorsque son psychiatre découvre son talent et décide de l'utiliser en le plaçant sous hypnose. Oh, pas pour lui-même. Juste pour rendre le monde meilleur. Mais l'enfer n'est-il pas pavé de bonnes intentions ?

J'aurais mis bien longtemps avant d'ouvrir mon premier roman d'Ursula Le Guin alors que trois ou quatre de ses livres traînaient sur mes étagères. Cette première incursion m'aura en tout cas donné envie d'y revenir dans un délai beaucoup plus bref. C'est que L'autre côté du rêve est un roman passionnant et peu commun.

Avec seulement trois personnages et sans jamais quitter la ville de Portland, Ursula Le Guin nous emporte dans un tourbillon où il est difficile de ne pas perdre pied. Une histoire ahurissante où il est question de guerre, de surpopulation, d'épidémies ravageuses et même d'extra-terrestres. Un univers surréaliste où les vérités d'hier ne sont plus celles d'aujourd'hui, où le présent peut modifier le passé et dans lequel ignorer ce que l'avenir vous réserve n'est pas qu'une simple expression.

L'histoire tourne donc autour de ce pouvoir que possède Orr. Un pouvoir qu'il vit comme une malédiction qui l'empêche de trouver sa place dans la société. Difficile en effet de faire des projets lorsque vous savez que votre prochain rêve peut bouleverser votre existence, celle de vos proches et même la marche du monde.

Haber, son psychiatre, voit les choses d'un autre œil. Pour lui, le don de Orr est une formidable opportunité de réformer son monde et d'assurer le bonheur des hommes en corrigeant les mauvais penchants de l'espèce humaine.

De ce point de vue le roman est un peu une fable sur la tentation du pouvoir et la vanité qu'il y a à vouloir faire le bonheur des autres contre eux même. Doté d'un pouvoir sans limites, grande est la tentation de se comporter en démiurge. Mais jouer à l'apprenti sorcier n'est pas sans risques.

Toutes les tentatives de Haber pour améliorer le sort de ses semblables semblent d'ailleurs vouées à l'échec. Qu'il supprime la guerre entres les hommes ; ils s'empressent de batailler avec les extra-terrestres. Qu'il impose la paix avec les envahisseurs d'outre espace : la violence est alors institutionnalisée et s'exprime dans des jeux ultra violents. De même du racisme : une seule race de couleur grise et l'exclusion s'abat sur les cancéreux et les malades. Les mentalités n'évoluent pas. Le racisme et la violence demeure. Seules les victimes changent.

Plus généralement, le roman nous parle de notre responsabilité face aux conséquence de nos actes. A plusieurs reprises, Georges Orr s'interroge : "La fin justifie-t-elle les moyens ?" Une question à laquelle Ursula Le Guin ne répondra pas. Tout juste nous fera-t-elle part d'une certaine philosophie de l'existence : Le monde existe, peut-importe la façon dont nous voudrions qu'il tourne. Nous devons être avec lui. Nous devons le laisser tourner. Ou encore : Je ne sais pas si notre vie a un but, et je ne vois pas ce que ça change. Ce qui est important c'est que nous en faisons partie.

Pocket SF - 1984

25 novembre 2013

LA FRESQUE - P-J. HERAULT

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Lid est un jeune guerrier qui a du mal à trouver sa place au sein de sa tribu. Fatigué par les mœurs sanguinaires des siens et leurs guerres incessantes, il décide de s'enfuir et de tenter seul sa chance. Au hasard de ses pérégrinations il découvre au fond d'une grotte une immense fresque, œuvre de lointains ancêtres bien plus évolués que ses contemporains.Il tirera de ces dessins et croquis plusieurs idées pour améliorer le quotidien des hommes (la pagaie, le gouvernail, la voile...) et dont il fera profiter deux communautés villageoises installées sur les rives d'un grand lac. Mais pêcheurs et agriculteurs se jalouseront et Lid deviendra sans le vouloir la cause et l'enjeu d'un terrible conflit. Sa bonne volonté et son astuce seront-ils suffisants pour sauver ceux qu'il aime ? 

Les héros de P. J. Herault sont presque tous fait sur le même modèle. Courageux, bons, épris de liberté et de paix ils n'hésitent cependant pas à combattre pour se défendre ou faire triompher leurs valeurs. Curieux et astucieux ils n'aiment rien tant que le contact des autres et leur amitié n'est jamais donnée à la légère.

Le personnage de Lid ne fait pas exception à la règle. C'est un jeune homme à l'esprit vif que la violence et la guerre dégouttent profondément mais qui saura utiliser ses talents de chasseurs et de guerrier lorsque les circonstances l'exigeront. En y regardant d'un peu plus près, on lui trouvera même des points communs avec "Cal de Ter", le héros du cycle du même nom. Certes, Lid ne dispose pas d'un super ordinateur mais son statut de guerrier et ses connaissances le placent au-dessus du commun des mortels et lui permettent d'influer grandement sur la destinée de ceux qu'il côtoie.

Mais on peut être animé des meilleures intentions et néanmoins causer du tort. C'est ce que Lid apprendra à ses dépens puisque ses tentatives pour améliorer le quotidien de ses amis se solderont par un échec cuisant. Et ce sera l'occasion pour P. J. Herault de démontrer une fois de plus que l'homme est un indécrottable imbécile que la jalousie, la bêtise et la cruauté empêchent trop souvent de trouver le bonheur. Il conclura néanmoins son roman sur une petite note d'espoir avec la promesse d'un avenir commun pour les survivants des deux communautés adverses.

Naïve mais inventive, cette histoire contient tous les ingrédients d'un bon roman d'aventure : un héros attachant, des combats, des bêtes sauvages, une grotte mystérieuse, de l'humour et des bons sentiments. Une distraction bien rafraîchissante !

Fleuve Noir Anticipation - 1981

 

20 novembre 2013

H4BLUES - JEAN-BERNARD POUY

9782070307180_1Quand la veuve de son ami Lionel lui demande d'enquêter sur les circonstances de la mort de son époux, Nicolas Bornand n'accepte qu'à contre cœur. En premier lieu parce qu'il ne croit pas à l'hypothèse d'un assassinat. Ensuite et surtout, parce qu'il n'a rien d'un détective privé. Chômeur, unijambiste, trompé par sa femme et en conflit avec son fils, il n'est pas dans les meilleurs dispositions pour jouer les Marlowe de service. Mais ses quarante années d'amitié avec Lionel emportent la décision et le voilà bientôt lancé dans une enquête qui va lui faire remonter le temps.

Par bien des aspects, ce bouquin de J-B Pouy m'a rappelé un autre de ses romans. On y trouve en effet le même type de personnage que dans La belle de Fontenay : un homme vieillissant et souffrant d'un handicap qui a conservé de sa jeunesse soixante-huitarde quelques convictions et de jolis réflexes d'auto défense. Les deux livres ont aussi en commun l'univers lycéen, à ceci près qu'ici, ce sont les années soixante qui sont évoquées.

L'enquête de Nicolas nous emmène dans le milieu des requins de l'immobilier et des marchands de sommeil ainsi que dans celui, plus feutré, des amateurs de cinéma expérimental. Une enquête assez tranquille ponctuée de plongées dans les souvenirs de lycée du héros qui se confondent sans doute avec ceux de l'auteur.

Au gré des circonstances, par associations d'idées, son personnage remet des noms sur les visages en papier glacé de ses photos de classe. Plusieurs de ses camarades refont ainsi surface et avec eux des scènes du passé : les colles du dimanche, la vente des bonbons dans la cour de l'école,  les profs, aimés, détestés ou moqués, les surgés... Bref, un roman placé sous le signe de la nostalgie. Le blues d'une époque sans soucis qui nous étreint parfois et nous donne envie de savoir ce que sont devenus nos amis d'alors. Si l'ambiance générale et le développement de l'intrigue sont parfaitement réussis, la chute est en revanche assez décevante. L'identité de l'assassin et surtout ses motivations m'ont semblé tirés par les cheveux et je m'attendais à quelque chose d'un peu plus travaillé, de plus subtil.

Mais ça n'est pas bien grave car, une fois encore, le style, l'humour et l'humanité de J-B Pouy font merveille.

Gallimard - Folio Policier - 2005

10 novembre 2013

CAUCHEMARS D'ACIER - JEAN-PIERRE ANDREVON

fn-angoisses02-1993

Fred Carré est un trentenaire mal dans sa peau souffrant d'un profond sentiment d'infériorité. A l'issu d'une soirée bien arrosée au cours de laquelle il s'est disputé avec sa fiancée, ils sont victimes d'un accident de voiture. Si Fred s'en sort avec un doigt cassé, sa compagne est en revanche tuée sur le coup. Se sentant responsable de son décès, il a du mal à reprendre le cours de son existence. D'autant qu'un vague malaise s'est emparé de lui. Il a en effet le sentiment que le chirurgien qui a réduit sa fracture du doigt a profité de l'opération pour lui greffer une main en métal. Une main qui semble vouloir vivre sa propre vie.

J'ai déjà lu quantité de bouquins dont l'intrigue était fondée sur la confusion entre quotidien et existence fantasmée, rêve et réalité. Celui-ci se situe dans une honnête moyenne.Il tire l'essentiel de son intérêt dans la nature de l'obsession du personnage principal qui croit avoir été équipé à son insu de membres d'acier.

Un peu comme s'il était sous le coup d'une méthode Coué infernale, il se convainc peu à peu qu'il a un doigt, une main, des jambes puis une tête, métalliques.Cette montée en puissance de son délire va lui faire accomplir des actes toujours plus dangereux pour lui-même et pour ceux qui le côtoient. Quelques scènes assez spectaculaires émaillent d'ailleurs le récit dont une tentative d'automutilation au cutter ou un démembrement à main nue.

On croit alors que l'histoire à définitivement sombré dans le gore mais l'auteur récupère in extremis le fil de l'intrigue pour nous conduire vers une conclusion finalement assez logique.Cauchemars d'acier n'est donc qu'un petit roman de gare sans prétention qui parvient tout de même à dresser le portrait assez juste d'un psychotique original.

Fleuve Noir - Angoisses - 1993

 

 

 

5 novembre 2013

TERRE DES FEMMES - CHRISTOPHER STORK

FnAnt1340-1984

Dans un futur plus ou moins proche, les femmes, bien que nettement plus nombreuses que les hommes, demeurent éloignées du pouvoir. Des mouvements féministes ultras veulent y remédier et sont prêts à toutes les extrémités pour prendre leur revanche sur les mâles. Redoutant que cette « guerre des sexes » ne débouche sur un conflit nucléaire qui déstabiliserait l’équilibre cosmique, la Communauté Universelle des Planètes Evoluées dépêche sur Terre un représentant d’Andromède afin d’enquêter sur l’un de ces groupuscules extrémistes. Celui-ci acquiert très vite la certitude que cette révolte des femmes est instrumentalisée par une autre puissance galactique. 

Je m’interroge sur l’intention de Christopher Stork. A-t-il voulu écrire un récit d’anticipation sur la prise du pouvoir par les femmes et ce qui en découle ou une histoire de science-fiction nous contant la lutte entre deux races d’extra-terrestres ?

J’hésite encore, même si j’incline à penser que les éléments science fictifs permettent surtout à l'auteur de masquer les faiblesses de son scénario. Il est en effet bien utile d’avoir quelques Extra-Terrestres sous la main pour expliquer, par exemple, l’extrême facilité avec laquelle les femmes s’emparent du pouvoir et le laissent ensuite échapper.

L’auteur abuse de ces raccourcis un peu faciles, ses ficelles sont un peu trop grosses et la fin est malheureusement bâclée. Ajoutons enfin que le portait qu’il nous brosse des femmes est un peu outrancier puisqu’elles sont presque toutes présentées comme des viragos impitoyables, castratrices invétérées et bien entendu, lesbiennes.

C’est dommage car les premiers chapitres et leur atmosphère d’enquête policière laissaient espérer mieux. Alors si l’on souhaite lire un excellent roman sur les risques d’un féminisme poussé à son paroxysme je recommanderais plutôt la lecture du livre de Robert Merle : «Les hommes protégés».

Fleuve Noir Anticipation - 1984

 

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FLEUVE NOIR
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