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SF EMOI
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22 mai 2022

DOCTEUR BIZARRE - JACK VANCE

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Les neuf nouvelles qui composent ce recueil nous montrent un Vance différent du créateur d’univers chatoyants dont on a l’habitude. La SF pure et dure y cède souvent la place à une atmosphère d’ordre fantastique où lutins, dieux et manifestations surnaturelles viennent compliquer la vie des personnages. Ces derniers diffèrent aussi  de ceux que l’auteur a coutume de mettre en scène. Ils subissent davantage les évènements et leurs aventures prennent souvent un tour dramatique. Pour autant tous ces textes portent la patte du grand auteur américain et l’humour, même caustique, n’est jamais bien loin.

« Le retour des hommes «  est un récit assez abscons dans lequel j’ai eu du mal à entrer. Il y est question d’évolution et d’adaptation à son milieu mais à aucun moment l’histoire ne parvient à happer le lecteur. Sans intérêt.

« Magie verte » nous plonge dans un fantastique à l’ancienne. Un sorcier est à la recherche d’une forme de magie inconnue de lui. A force de volonté et d’études il parvient à se l’approprier. En sera-t-il plus heureux pour autant ?

Comme la première nouvelle du recueil, « La Terre étroite » nous parle d’évolution. L’histoire de Ern, c’est un peu celle de l’humanité ramenée à la vie d’un homme. D’un humanoïde plutôt qui, s’étant extrait de l’univers aquatique de son enfance, fait l’apprentissage de la vie terrestre et accède aux prémices de la civilisation. Un chemin qui ne se fera pas sans heurts ni confrontations avec ses semblables.

« Le penseur de mondes » mélange SF, fantastique et fantasy. Jack Vance joue tour à tour avec ces trois genres dont il utilise les codes et les conventions. Un récit rondement mené qui se conclu sur une sympathique touche d’humour.

« Des sardines douteuses » met en scène le personnage de Magnus Ridolph auquel les éditions Pocket SF ont déjà consacré un recueil tout à fait réussi. On retrouve avec plaisir ce héros roublard aux méthodes peu conventionnelles dans une histoire d’arnaque commerciale.

« Le temple de Han » nous rapporte la confrontation entre un aventurier américain et un puissant dieu. Ce récit démontre aussi qu’astuce et détermination valent plus que force et assurance.

« Le bruit » est une nouvelle baignant dans une douce mélancolie. Un naufragé de l’espace aborde une planète qui semble inhabitée. Le robinson de l’espace est bientôt la proie de visions étranges. Forme de vie extraterrestre, réminiscences du passé ou folie ?

« L’arche d’Alfred » n’a rien à voir avec les littératures de l’imaginaire. Il s’agit surtout pour l’auteur de se moquer des faux prophètes tout en montrant les mauvais côtés de la nature humaine.

Il faut donc attendre la toute dernière nouvelle du recueil pour retrouver un récit typiquement Vancéen .

« Fils de l’arbre » nous propose une histoire trépidante et dépaysante où il est question de politique, de diplomatie et d’espionnage. Grâce à sa centaine de pages, l’auteur a pu construire une société fouillée, développer des personnages complexes et initier une intrigue relativement aboutie. Il y a de l’action, un peu de sentiments et pas mal d’humour. Il y a surtout cette superbe description de la civilisation des druides, mélange de théocratie et de féodalité  poussée à l’extrême.

Pocket - Science-Fantasy - 1992

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30 janvier 2022

ASPHALT BLUES - JAOUEN SALAÜN

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Asphalt blues est un fort volume de plus de deux cent pages qui nous raconte les destins croisés de deux couples dans une Amérique futuriste. Précisons-le tout de suite, il ne s’agit pas vraiment de science-fiction. Le monde de 2038 ressemble comme un frère à celui de 2022. Les préoccupations des hommes et des femmes y sont à peu près identiques et les problèmes auxquels ils sont confrontés restent les mêmes. En fait, mis à part quelques gadgets technologiques et des véhicules aux lignes futuristes, l’histoire pourrait tout aussi bien se passer de nos jours.

L’intrigue puise d’ailleurs dans notre actualité. Il est question de multinationales toutes puissantes, de politiques corrompus et d’activistes écolos de plus en plus radicaux, bref rien de particulièrement neuf. Cela n’a toutefois pas beaucoup d’importance. Ce dont l’auteur veut réellement nous parler c’est de changement, de choix et de rupture. Qu’il s’agisse de mettre fin à une histoire d’amour ou de faire un enfant, de se lancer à corps perdus dans un combat politique ou de renoncer à ses ambitions professionnelles, il y a loin de l’intention à l’acte. Se réaliser pleinement est sans doute une bonne chose, encore faut-il être prêt à en assumer les conséquences.

La quarantaine à peine passée, les quatre héros de ce récit sont arrivés à cet instant de leur vie où ils sont déjà assez vieux pour se retourner et contempler ce qu’ils ont accompli et encore suffisamment jeune pour décider d’un avenir différent. Poussés par les évènements, par le mal être ou par les conseils d’un ami, ils vont franchir leur Rubicon. Leurs trajectoires vont se frôler, se juxtaposer, s’influencer sans qu’ils se croisent pour autant. Cela donne une impression de maelstrom puissant et indifférent contre lequel il faut lutter pour aller au bout de ses envies.

A présent, parlons dessin. Et là, les choses se gâtent. Je n’ai pas beaucoup aimé ceux de Jaouen Salaün et notamment sa représentation des personnages dont les expressions m’ont parues trop figées, un peu comme dans les romans photos qu’on trouvait  - qu’on trouve encore ? – dans la presse féminine. Et puis ces quadras ont des physiques de jeunes premiers. Leurs visages poupons, sans la moindre ride, ne sont absolument pas raccord avec les sentiments qui les animent et les expériences par lesquelles ils sont censés être passés. Ce n’est peut-être qu’un détail, mais il m’a empêché d’adhérer pleinement à leur histoire.

J’ai davantage apprécié le décor et notamment les vues panoramiques des cités, des bâtiments ou des paysages mis en valeur par des jeux de lumière changeant en fonction de l’instant ou de la météo. J’ai également été séduit par ses partis pris audacieux en matière de couleurs, par ses fondus et par l’omniprésence de l’eau (piscine, mer, pluie) dont la transparence filtre les images, atténuant ou exacerbant les émotions.

Les Humanoïdes Associés - 2021

3 janvier 2021

MES VRAIS ENFANTS - JO WALTON

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A près de 90 ans Patricia est atteinte de la maladie d’alzheimer. Dans la maison de retraite où elle finit ses jours elle songe à ce que fut sa vie. Ou plutôt ses vies. Car si le présent de Patricia est désormais confus elle se souvient parfaitement de ses deux existences. L’une avec Mark, brillant professeur mais piètre époux, l’autre avec la merveilleuse Bee. Avec chacun de ses conjoints elle a eu des enfants. Mais laquelle de ses deux vies est réelle, laquelle est fantasmée ? Et quels sont ses vrais enfants ?

"Mes vraies enfants" n'est pas la première incursion de Jo Walton en terre uchronique. Elle a connu ses premiers grands succès avec ce type de récit où il est question de savoir ce qu'il serait advenu si tel ou tel évènement s'était déroulé différemment, si l'invincible armada avait envahi l'Angleterre, si Hitler était mort pendant la première guerre mondiale, si, si...

Ici, nous sommes en présence d'une uchronie extrêmement légère. D'ailleurs s'agit-il réellement d'une uchronie ?L'évènement à partir duquel l'histoire bifurque n'a de conséquence que sur l'héroïne. Certes, les mondes dans lequel les deux Patricia évoluent ne sont pas identiques mais ce n’est pas sa décision qui influe sur le cours du temps. Si son choix change quelque chose, c’est sa vie. Et encore. Les deux existences de Patricia ne sont pas totalement déterminées par ce choix unique : épouser ou non Mark. Dans les deux cas, elle garde la possibilité de prendre une direction différente, de décider autrement, de changer.

D'ailleurs, Tricia dont la vie de couple est un échec, finira par se prendre en main et quitter son époux. Elle s'investit dans quantité de luttes (contre le nucléaire, pour la paix, pour la préservation du patrimoine) et cet engagement, son attention aux autres, ne sont peut-être pas étrangers au monde apaisé et évolué qui est le sien comparé à celui dans lequel vit son alter ego. Patsy, heureuse en ménage, professionnellement épanouie, à l'abri du besoin, n'éprouve pas le besoin de changer les choses. Elle s'inquiète de l'insécurité du monde, regrette les préjugés qui l'empêchent de vivre son amour au grand jour, mais reste globalement auto centrée. Elle subit.

Jo Walton veut-elle faire passer un message ? Essaye-t-elle de nous rappeler que si nous n'avons pas toujours la main sur les évènements, nous pouvons cependant, à notre petit niveau, tenter de peser sur le cours des choses ? Et en effet, rien n'est écrit. Et si agir ne suffit pas toujours, ne rien faire ne conduit assurément nulle part. Quoi qu'il en soit, "Mes vrais enfants" est un très beau récit, tantôt mélancolique, tantôt joyeux, qui aborde de jolie manière l’émancipation des femmes et le combat qu’elles durent mener - et mènent encore -  pour s’affranchir d’une société patriarcale et misogyne.

Denoël - Lunes d'Encre - 2017

4 octobre 2020

UNE ODEUR DE SAINTETE - G. MORRIS

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Un an s’est écoulé depuis les évènements de Kaisersbrück. Michel et Karen vivent désormais ensemble à Paris et la sœur jumelle de celle-ci est en bonne voie de guérison. Bref, tout semble aller pour le mieux. Mais c’est sans compter sur leur meilleur ennemi qui, sans crier gare, se rappelle à leur bon souvenir… 

Bien que pouvant se lire de façon indépendante, « Une odeur de sainteté » fait immédiatement suite à « Une secte comme beaucoup d’autres ». Le roman est d’ailleurs construit sur le même moule : mêmes personnages, même sujet et, pour l’essentiel, même intrigue. Pour autant, il ne s’agit pas exactement d’un copié/collé. G. Morris y introduit un nouveau personnage de premier plan (l’inspecteur Marc Duquesne) et si la secte a cette fois encore établit ses quartiers dans un vieux château provincial, le plus gros de l’histoire se déroule à Paris. Mais la différence majeure entre les deux récits a trait aux sombres visées du grand méchant.

Alors que dans le premier opus, Sa Divine Grâce se contentait de régner en despote sur sa communauté de brebis égarées, il a cette fois décidé de passer à la vitesse supérieure. Exit « Les agneaux de Dieu », bonjour « Les fils du Cosmos ». Nouvelle secte mais méthodes similaires. L’affreux Jojo a affiné ses procédés et utilise désormais la communion d’esprit de ses adeptes pour former un égrégore lui permettant de prendre à distance le contrôle de ses victimes et leur faire accomplir ce qu’il veut. Et comme le bonhomme est un tantinet revanchard…

Le ton est toujours aussi vif et le style imagé. On y sent la patte de l’écrivain de polars et de romans d’espionnages. Enquêtes, filatures et quelques bastons viennent donc très logiquement rythmer une histoire où l’argument « science-fictif » est toujours aussi faible. Cela n’est toutefois pas bien grave et l’on suit avec plaisir la lutte de Michel, Karen et les autres contre le danger sectaire. G. Morris profite d’ailleurs de l’occasion pour égratigner les religions et les mouvements politiques ou plus généralement ces idéologies qui fédèrent et qui divisent, qui subliment et qui rabaissent.

Fleuve Noir Anticiaption - 1982

 

16 octobre 2019

LA TÊTE DE LENINE - NICOLAS BOKOV

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Contraint de se réfugier dans le mausolée de Lénine pour échapper à la police, un voleur conçoit le surprenant projet de subtiliser la tête de l’illustre personnage. Son méfait va engendrer une succession d’évènements cocasses et dramatiques et agiter le régime des soviets jusqu’au sommet de l’état. 

Savez-vous ce qu’est un Samizdat ? Non. Et bien moi, si. Depuis deux jours. Depuis que j’ai lu « La tête de Lénine », une nouvelle de Nicolas Bokov écrite en 1970 et diffusée sous le manteau en union soviétique. Ah ! Vous commencez à avoir une petite idée de la chose. Alors autant abréger votre attente. Les samidzats étaient ces textes écrit par les dissidents à l’époque du rideau de fer, reproduits avec les moyens du bord et distribués clandestinement. Le but était donc clairement de critiquer le régime soviétique et ses dérives totalitaires.

Et c’est précisément ce que fait Nicolas Bokov. Avec beaucoup d’humour et toutes les apparences du non-sens, il nous conte les mésaventures d’un pickpocket dans la Russie de Krouchtchev ou de Brejnev. Mais ce qui ressemble au délire d’un junkie sous acide n’est qu’à peine exagéré : le culte du héros, les épurations (fosses communes), le gouvernement par la terreur (les suicides des officiers ayant échoués), les rivalités au sein de l’armée (l’antagonisme entre Biglov et Sourdinguov), tout cela a bel et bien existé. La réalité a largement dépassé la fiction et la grosse farce dissimule à peine une critique extrêmement corrosive d’un système basé sur le mensonge, la manipulation et la répression.

Libretto - 2019

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5 avril 2016

DEJA PRESQUE LA FIN - RICHARD BESSIERE

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Depuis le Grand Bouleversement de 2002 qui vit la Terre ravagée par de gigantesques tremblements de terre provoqués par l’utilisation massive d’armes nucléaires, l’humanité  est confrontée à de terribles maux : pollution, radiations, mutations… Un régime totalitaire et eugéniste a étendu son emprise sur ce qui reste de la France, contrôlant, emprisonnant, rééduquant. Dans cette société de violence et de privations, un groupe d’amis survit tant bien que mal de récup’ sur les ruines des anciennes cités. L’irruption dans leur vie d’un jeune mutant va changer leur existence et leur ouvrir une petite lucarne d’espoir.

Richard-Bessière est l'un des piliers de la collection "Fleuve Noir Anticipation" pour laquelle il a écrit une centaine de titres dont les quatre premiers. De la quantité donc mais pour ce qui est de la qualité je serai plus réservé au vu de ce roman qui m’a paru bien faible tant au niveau de l'histoire que du style. Un style plus maladroit que véritablement simpliste mais qui réduit tout de même considérablement le plaisir de la lecture. Les dialogues sont assez sommaires et sonnent le plus souvent affreusement faux, certains passages sans intérêt traînent en longueur tandis que d'autres scènes, importantes pour le développement de l'intrigue, sont expédiées en un paragraphe, les transitions sont souvent elliptiques, il y a des ruptures de rythme, bref le roman manque sérieusement d'unité.


Même reproche côté intrigue puisque nous avons affaire à un patchwork de différents thèmes de la SF (futur post-apocalyptique, société totalitaire, chasse aux mutants) dont aucun n'est traité avec sérieux. L'auteur se disperse, prend un peu de l'un (une ville dévastée, des animaux mutants) puis de l'autre (une politique eugéniste et liberticide, un environnement ultra violent…) donnant au lecteur la désagréable impression d'un empilage au petit bonheur. Il se perd en outre dans des explications assez spécieuses sur le déclin des sociétés occidentales qui, selon lui, serait causée par la disparition de la morale ainsi que dans des considérations assez vaines sur Dieu, la création et la vacuité de l'existence.


Ce roman recèle tout de même quelques scènes assez bien tournées, notamment celle qui nous montre un groupe d’amis redécouvrant les livres, le plaisir et les connaissances qu'ils procurent. Il y a aussi une ou deux idées intéressantes dont ces Fêtes de la Lumière et de la Renaissance au cours desquelles il est possible de laisser aller ses plus bas instincts, tuer, violer et incendier sans que les autorités n’interviennent . Et oui, le concept d’American Nighmare a été inventé en France il y a près de 40 ans !

Fleuve Noir Anticipation - 1977

22 décembre 2018

LES DAMNES DE L'ASPAHLTE - LAURENT WHALE

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Après « Les étoiles s’en balancent », « Les damnés de l’asphalte » est le second roman que Laurent Whale consacre aux aventures post-apocalyptiques des frangins Costa. Disons-le de suite, il n’est pas du même niveau que le premier. Pour cela, il lui aurait fallu une intrigue digne de ce nom. Ici, nous n’avons qu’un simple fil conducteur qui se résume à peu de choses près au dangereux voyage d’un groupe de compagnons parti à la recherche de deux des leurs disparus dans le nord de l’Espagne.

Cela nous donne une sorte de road trip assez violent, pas particulièrement imaginatif, mais néanmoins très efficace. Beaucoup d’action, de nombreux combats dont certains à l’arme blanche, de belles chevauchées dans des décors variés, bref on ne s’ennuie pas un instant. Il y manque cependant ce petit quelque chose qui lui apporterait une dimension supérieure, peut-être le côté « politique » du premier opus avec ses négociations âpres entre les communautés de survivants ou bien la menace d’une invasion qui pesait sur nos héros. Ici, la seule question qui se pose est de savoir s’ils retrouveront leurs amis vivants. Il y a bien aussi la crainte suscitée par la présence des « Rugosos », créatures amphibies et apparemment dangereuses mais cela reste tout de même assez mince d’autant que l’environnement dans lequel évoluent les personnages n’est guère plus imaginatif.

C’est un univers très classique que nous propose Laurent Whale. Qu’il s’agisse des dangers rencontrés (chiens sauvages, despotes locaux, vilains religieux) ou du décor (pollution, ruines, climat détraqué…) on n’y trouve rien ou presque qui n’ai déjà été utilisés maintes et maintes fois dans ce type de récit. Ceci dit, pour être conventionnelles, ces idées n’en sont pas moins parfaitement utilisées. Ainsi des « sectiens », ces fanatiques religieux qui rappellent très opportunément les heures sombres de l’inquisition - après tout nous sommes en Espagne ! - ou des différents modes de transport utilisés tout au long du périple de nos héros (chars à voiles, radeaux…) qui permettent de rompre la monotonie du voyage.

Le décor est plutôt bien planté lui aussi. On passe des cols enneigés aux bords de mer en buttant çà et là sur des bidonvilles ou des villages fortifiés, à la découverte d’un monde qui retourne progressivement à la barbarie. Car c’est bel et bien une humanité en train de régresser que nous propose l’auteur. Les survivants du vingt et unième siècle ne créent plus rien. Ils se contentent de recycler, de réparer, de troquer. Même les armes à feu commencent à se faire rares et ceux qui en possèdent encore disposent d’une force de frappe qui fait d’eux des véritables demi-dieux.

Tout cela, Laurent Whale nous le montre avec un grand sens du détail. Chez lui, rien n’est passé sous silence ou simplement suggéré. Il faut chasser pour se nourrir et ramasser du bois pour faire du feu, les fusils ne fonctionnent que si on les entretient et les chevaux ont besoin d’être bouchonnés Cela peut paraître futile, mais je trouve au contraire que le récit s’en trouve enrichit. Cela lui donne de la matière et rend tout à fait crédibles les aventures que vivent les personnages. Bon, j’avoue qu’au bout de la vingtième scène de bivouac, aussi criante de vérité soit-elle, j’ai eu envie que l’auteur accélère. Et justement il maîtrise suffisamment bien son sujet pour relancer l’action au bon moment et mettre constamment en danger ses héros. Des héros bien sympathiques avec lesquels on a tout le temps de faire connaissance et envers lesquels on éprouve une grande sympathie. C’est d’ailleurs l’une des grandes réussites de ce roman que de nous proposer des héros tout simples auxquels il est très facile de s’identifier. L’empathie fonctionne à fond, on prend fait et cause pour « ces damnés de l’asphalte » qui devront s’employer tant et plus pour mener à bien leur mission !

Au moment où je referme ce livre, sort un troisième volume consacré aux aventures de la famille Costa dans ce monde qui sombre dans un nouveau moyen-âge. Et vous savez quoi ? Je crois bien que je vais me laisser tenter.

Gallimard - Folio SF - 2016

2 août 2015

LE CHATEAU DES POISONS - SERGE BRUSSOLO

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Jehan de Montpéril est un ancien bucheron anobli pour sa bravoure sur le champ de bataille. Désormais chevalier sans fief, sans écuyer et sans armure, il est contraint de monnayer son épée pour gagner de quoi vivre. Engagés par le moine Dorius pour l'aider à convoyer des reliques sensés guérir un haut seigneur breton de la lèpre, il va se retrouver plongé dans une obscure histoire d'empoisonnement en compagnie d'une jolie trouvère et d'un vieux croisé.

Le moyen-âge est une période de l'histoire qui va comme un gant aux romans de Serge Brussolo. Une époque de violence et de superstition où son goût du morbide et son imagination débridée peuvent s'exprimer sans trop de contraintes. Il faut dire qu'il ne s'embarrasse pas trop de réalité historique, se contentant d'utiliser les éléments médiévaux qui lui conviennent le mieux : l'inquisition et son cortège de tortures, les tournois où l'on s'étripe à qui mieux-mieux, la lèpre, l'ordalie, bref, tout ce folklore médiéval enraciné dans l'imaginaire collectif. Il en va bien sûr de même pour ses personnages et c'est tout naturellement que sont évoqués le cruel seigneur, le moine retors, la jolie trobairitz (oui, ça sonne mieux que troubadour), les gueuses, les routiers et les serfs.


Mais Le château des poisons n'est pas qu'un un roman historique. C'est aussi un roman policier qui débute par une affaire de trafic de reliques, dérive sur une sombre histoire d'empoisonnement pour finir par la traque d'une bête fabuleuse. Une enquête guère palpitante puisque la recherche du coupable se limite, selon une méthode désormais bien ancrée chez l'auteur, à une succession de fausses pistes dans lesquelles son héros plonge à chaque fois. Habituellement, ce procédé fonctionne plutôt pas mal, nous embarquant dans toutes sorte d'hypothèses, des plus réalistes au plus folles. Ici en revanche, je l'ai trouvé trop répétitif. Tour à tour, ce sont presque tous les personnages qui seront soupçonnés par un Jéhan décidément bien crédule et ce, jusqu’à une révélation finale légèrement tirée par les cheveux.

Le roman reprend heureusement des couleurs lorsque la ville de Kandarec est victime d'un empoisonnement généralisée de ses ressources vivrières. Dans ces conditions particulières où cueillir et manger un fruit revient à jouer à la roulette russe, l'auteur peut se laisser aller à ces délires contrôlés qui forment le sel de ses romans. Il imagine alors à quelles étranges pratiques peuvent être conduits des habitants contraints de se méfier de tout ce qu'ils mangent. Une atmosphère de suspicion généralisée s'installe ainsi qu'une famine d'autant plus paradoxale que les greniers sont pleins. Chats, chiens ou prisonniers sont forcés de jouer les gouteurs tandis que les plus gourmands sont victimes de denrées tentantes mais mortelles. Pire encore, l'empoisonnement des fontaines, des mares et des ruisseaux oblige le peuple à ne consommer que du vin et c'est bientôt une populace plongée dans une ivresse permanente qui parcourt les rues de la petite cité.

Le château des poisons n'est donc pas le meilleur des polars médiévaux écrits par l'auteur mais son héros un peu pataud, chevalier malgré lui, est plutôt attachant. Je le retrouverai donc avec plaisir dans le tome deux de ses aventures : « L'armure de vengeance ».

Le Livre de Poche -1998

30 août 2016

SECTION ROUGE DE L'ESPOIR - DEMOUZON

!Br!9,kQ!2k~$(KGrHqYOKjYEujr0-T5RBL)261IJCg~~_12Mais qu’est-ce donc que cette « Section rouge de l’espoir » qui vient de revendiquer un attentat d’une rare violence ? Qui sont ces révoltés d’un genre nouveau qui laissent une trace sanglante sur leur passage ? Que veulent-ils et jusqu’où sont-ils prêts à aller ?

Lorsque vous passez vos vacances dans un village paumé au fin fond de la Touraine, mieux vaut avoir bien évalué le nombre de livres nécessaires à un séjour réussi. A défaut vous voilà bientôt contraint de vous rabattre sur ceux de vos amis ou, pire encore, sur ceux qui traînent dans la bucolique chaumière où vous êtes venu vous ressourcer.

C’est ainsi que je me suis retrouvé à lire ce polar signé Demouzon, Oui, Demouzon tout court, sans prénom, comme on dirait Zola ou Balzac. Sauf que « Section rouge de l’espoir » ce n’est pas franchement un classique de la littérature, ou alors de celles que l’on trouve dans les gares et qui n’a d’autre prétention que de vous faire passer deux ou trois heures pas trop désagréables.

Ce roman a été écrit en 1979, année qui vit la première manifestation violente  du groupe « Action directe ». Il y a donc fort à parier que l’auteur se soit inspiré de ces évènements même si ses insurgés à lui donnent dans le terrorisme aveugle et non dans l’assassinat ciblé comme le faisaient Joëlle Aubron et ses petits copains.

Mais là n’est pas la question puisque, de toute manière, ce n’est pas son intrigue qui fait la qualité du livre. Elle se résume d’ailleurs à une longue cavale entrecoupée de quelques fusillades et à une enquête mollassonne assurée par un commissaire désabusé. Non, ce qui a éveillé mon intérêt c’est le profil psychologique des membres du groupuscule et les relations qu’ils entretiennent les uns avec les autres. 

C’est qu’on trouve un peu de tout dans cette fameuse section. Il y a là un avocat certes engagé mais qui a conservé quelques habitudes - cigares et bimbo peroxydée - un peu trop bourgeoises, un soixante-huitard à shilom, une universitaire qui se rêve passionaria bolchevique ou encore un truand qui donne à ses braquages l’excuse de la lutte prolétarienne. Bref des individus avec un passé et des motivations beaucoup trop différents pour s'entendre bien longtemps et c'est l'histoire de la lente désagrégation de leur groupe que nous conte ce livre. 

Eh oui camarade, le Grand Soir c’est pas demain la veille !

Editions J'ai Lu

 

5 août 2016

LE GEANT INACHEVE - DIDIER DAENINCKX

51i5jpaCcuLLorsque le principal suspect du meurtre d’une jeune femme se suicide en clamant son innocence, l'inspecteur Cadin décide de se pencher sérieusement sur son dossier. En fouinant dans l'entourage de la victime il découvre des éléments qui vont orienter son enquête sur un autre terrain que le crime passionnel, un terrain glissant…

 

Deuxième enquête de l’inspecteur Cadin, ce policier dépressif qui semble avoir pour habitude de traîner ses guêtres dans les cités les plus tristounettes de l’hexagone. Après Marsheim l’alsacienne et sa centrale nucléaire le voici dans les Flandres, à Hazebrouck, ville qui n’est pas particulièrement connue pour ses plages ensoleillées ou sa douceur de vivre. C’est dans cette cité morose où la grisaille du ciel le dispute à celle qui assombrit les pensées qu’il traîne sa mélancolie native et sa déception amoureuse toute neuve.


Largué par sa copine Blandine il se lance à corps perdu dans une enquête qui le conduit une fois de plus à dévoiler les mauvais penchants de ses congénères. Ce n’est donc pas une surprise s'il est question de corruption, de pognon, de pouvoir et des passe-droits qu'il procure. Nous plongeons une fois de plus dans les méandres de cette société pourrie où les puissants exploitent les humbles et où les fils de bonne famille s'en sortent toujours alors que leurs camarades moins bien nés finissent en tôle.


Daeninckx nous fait découvrir le charme discret de la bourgeoisie flamande et les taudis du quartier du "Nouveau Monde". On y rencontre des mémères à chats et des détective privés, des prêtre défroqués, des politiques et des paumés, un panel bien représentatif de cette région déshéritée où les clivages socio-professionnels sont plus marquées qu'ailleurs


L'auteur a eu la bonne idée de situer l'action de son roman pendant les fêtes pascales. Cela lui permet de nous présenter quelques éléments du folklore flamand, son carnaval, ses géants, sa ducasse et son orphéon. Il en profite aussi pour nous faire faire un brin de tourisme et nous donner une petite leçon d’histoire. On visite donc les fortifications de Bergues (vous savez, la ville des Ch’tis) et on apprend que c’est à quelques kilomètres de Hazebrouck que les allemands construisirent la rampe de lancements de leurs tristement célèbres V2.

Folio Policier - 1999

30 juillet 2016

LES CHRONIQUES DE TORNOR - ELISABETH LYNN

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D'un niveau comparable au "Terremer" d'Ursula La Guin « Les chroniques de Tornor » est l'un des tout meilleurs cycles de fantasy qu'il m'ait été donné de lire. Rien à voir avec les sempiternelles quêtes et autres épopées guerrières. Ses personnages sont parfois des soldats mais plus souvent encore des paysans, des danseurs ou des marchands. Ils sont puissants ou misérables, influent sur la destinée des peuples ou seulement sur leur pauvre existence. Ils cherchent quel sens donner à leur vie ou sont à la recherche de leurs origines. Ils voyagent, expérimentent, ressentent et réfléchissent. Ils vivent, tout simplement. L'aspect psychologique des personnages est donc particulièrement développé. Il permet de rendre compte de l'évolution de leur état d'esprit, du cheminement des idées et des décisions qu'elles impliquent. On est bien loin des guerriers sûrs d’eux même et des magiciens tout puissants, et c’est tant mieux.


La fantasy d’Elisabeth Lynn est donc assez sobre. Chez elle, pas de dragons ni d’épées magiques, tout juste des sorciers aux dons bien modestes, télépathes, télékinésistes et devins. Le cadre est certes imaginaire mais il se distingue fort peu du monde réel. En fait, ce qui surprendra le plus le lecteur, c'est la place faite aux femmes et le traitement de la sexualité. Exception faite des citadelles du nord, l'égalité hommes/femmes est partout de mise et ces dernières jouent même très souvent les premiers rôles dans la société. Quant à la sexualité des personnages, qu'elle soit hétérosexuelle ou homosexuelle, elle est parfaitement libre et assumée et surtout présentée comme étant tout à fait normale, comme allant de soi. D'une manière générale l'auteur se plaît à bousculer les stéréotypes : des danseurs battent les guerriers, les femmes triomphent et les vieux soldats vomissent après le combat. Cela nous change agréablement des bouquins chargés de testostérone dans lesquels les femmes sont trop souvent réduites au rôle de repos du guerrier !


Le style de l'auteur est extrêmement fluide avec des phrases plutôt courtes et un vocabulaire assez simple. Ses descriptions n'en sont pas moins très réussies. Elle s'attarde sur les menus faits quotidiens et sur le mode de vie des divers peuples rencontrés (travaux, habitat, artisanat...) permettant ainsi une réelle immersion dans ce pays d'Arun. On ressent parfaitement l’atmosphère et l'attachement, presque la symbiose, des personnages envers leur environnement. Son évocation des paysages enneigés du nord, du froid et de l'humidité des vieux donjons tout comme celles des villes du sud avec leurs rues grouillantes d'un petit peuple industrieux est particulièrement belle et participe grandement à la qualité de ces trois romans :


« La tour de guet » aurait pu n'être qu'une histoire de vengeance et de reconquête du pouvoir. Au lieu de cela l’auteur a opté pour une lutte plus intime, celle que livre Ryke contre son éducation et ses préjugés. Le capitaine respecté vivant dans un monde régit par la force et les traditions va voir son univers s’effondrer et ses certitudes disparaître les unes après les autres. Il apprendra notamment que la non-violence exige plus de courage que la force brute et constatera qu’une femme peut gouverner aussi bien et même mieux qu’un homme. Il découvrira aussi son homosexualité, se rendant finalement compte qu'il ne convoitait la sœur de son seigneur que pour sa ressemblance avec son frère.


« Les danseurs d’Arun » est plus "anodin". Il permet surtout de faire le lien entre le premier et le troisième volet de la trilogie, entre l’univers guerrier et féodal du nord et le monde marchand et démocratique du sud, entre la montagne et la mer, le froid et le soleil. C’est un volume à la fois plus rural et plus doux. Il s’y passe moins d’évènements importants ou impliquant l’avenir des nations. Une histoire toute simple, celle d’un jeune manchot qui quitte le nord et le métier de scribe que lui imposait son infirmité pour suivre un groupe de danseurs dirigés par son frère aîné. C’est une petite ode à la tolérance qui nous invite à accepter notre différence et celle des autres, celle de l’infirme par rapport aux valides, celles des sorciers que leurs dons isole et rend suspects, celles des nomades Anesh vis-à-vis des habitants d'Elath.


« La fille du nord » est un peu une synthèse des précédents, mélangeant l’intime et le public. C’est aussi un volume plus politique. Diplomatie, espionnage, alliances et assassinats sont au cœur du récit. L'atmosphère est plus sombre, on sent que des forces sont à l'œuvre qui vont bientôt bouleverser l'ordre des choses. C'est qu'à Kendra-du-Delta, l'équilibre est précaire entre les Grandes Maisons qui gouvernent la cité et les guildes de marchands et de sorciers qui aimeraient bien récupérer une partie du pouvoir. On a aussi le sentiment d'être parvenu à la fin d'une époque, de vivre les derniers temps d'une utopie. La société matriarcale et non violente est minée par l'ambition des uns et la haine des autres. Les armes tranchantes, bannies depuis longtemps, font leur réapparition et la force brute le dispute de nouveau à la raison. Ce roman fait aussi la part belle au sexe faible - ou prétendu tel - avec le portait de trois femmes de caractères : Sorren la jeune serve , Paxe la maître d'arme et Arré Med leur maîtresse.


Même s’ils peuvent se lire indépendamment, il faut mieux aborder ces romans dans l’ordre chronologique. Chaque volume est  séparé du précédent par plus d'un siècle. On ne retrouve donc jamais les personnages des tomes précédents et, si les trois histoires commencent ou finissent au donjon de Tornor, l’environnement est chaque fois différent. Il y a néanmoins une grande unité entre ces récits que fédère l'histoire de l'émergence, du développement et de l'évolution d'un art martial. J’ai particulièrement apprécié de voir l'évolution sur plusieurs siècles de ce Kea que l’on voit au fil du temps se dédoubler et se transformer en chorégraphie, spectacle puis religion. Il est également intéressant d'assister à l’évolution du vocabulaire et de voir les héros des premiers volumes devenir des personnages légendaires dont l'existence réelle finit par être mise en doute.


"Les chroniques de Tornor " sont donc une fantasy subtile qui fait la part belle à l'individu et nous invite à vivre nos choix sans se laisser influencer inutilement par ceux des autres.

J-C Lattès - Titres SF 1981

5 septembre 2014

KÂ LE TERRIFIANT - LYON SPRAGUE DE CAMP

imgSi la nouvelle qui donne son titre au recueil appartient indéniablement au domaine de la Fantasy, les six récits qui l'accompagnent sont tous d'inspiration fantastique. Sprague de Camp y convie tous les représentants du petit peuple. Fantômes, dryades, sirènes et autres esprits élémentaires viennent se mêler à des humains certes surpris mais jamais à court de ressources. Ils parviennent même le plus souvent à conjurer leur influence néfaste ou la tourner à leur avantage. Tout cela s'accomplit comme de juste dans une atmosphère joyeuse propre au vaudeville et à la grosse farce.

Les fantômes de Melvin Pye

Quant un individu souffrant d'un dédoublement de personnalité est assassiné, ce n'est pas un, mais deux fantômes qui reviennent hanter l'immeuble où il est mort. Le propriétaire des lieux apprend alors que pour le chasser, mieux vaut un bon psychiatre qu'un mauvais exorciste.

Sagesse orientale

Un adepte de la méditation est confronté à des Maîtres Yogi pas aussi zen qu'ils le devraient. L'auteur en profite pour se moquer de certains de ces faux maîtres qui sont en réalité de vrai escrocs : « J'ai maîtrisé le Yoga de Patanjali, le grand Yoga de l'inaction. Je vais retourner en Inde et me consacrer à la forme la plus élevée de ma philosophie, ne rien faire. »

Chamane malgré soi

Sympathique petite histoire d'esprits frappeurs à la mode iroquoise.

La pile de bois dur

Une nymphe des bois dont le refuge a été abattu et débité en planches va souffler un vent de panique parmi le personnel d'une scierie.

Monsieur Incendiaire

Lorsque l'on vend par correspondance des méthodes pour invoquer les esprits élémentaires, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'un esprit du feu viennent vous rendre une petite visite. Avec tous les désagréments que cela peut comporter...

Rien dans le règlement

Faire participer une sirène à une compétition de natation n'est peut-être pas interdit par le règlement mais peut causer bien des soucis.

Kâ le Terrifiant est de loin le meilleur texte du recueil et prouve, s'il en était besoin, que Sprague de Camp fut un maître de la fantasy humoristique, bien avant Terry Pratchett et son disque-monde. Ici, en une vingtaine de page seulement, il parvient à nous trousser une histoire qui tient parfaitement la route et où les ingrédients qui font le charme du genre sont parfaitement en place. Le cadre est dépaysant (une ville où une multitude de cultes se partagent les faveurs des fidèles), les personnages suffisamment étoffés (un escroc sinistre et mégalomane, sa charmante fille, un barbare plus malin qu'on ne croit et un démon familier) et la chute, bien que prévisible, est absolument délicieuse. Ce texte se rattache au cycle Pusadien, antérieur mais très proche de celui auquel appartient la célèbre trilogie de Jorian.

Marabout - Fantastique - 1977

30 avril 2016

LE NUAGE VERT - A. S. NEILL

P1060994

Neuf élèves de l'école expérimentale de Summerhill et leur directeur prennent place à bord du dirigeable de leur ami le millionnaire Pyecraft pour tenter de battre le record du monde d'altitude. Alors qu'ils évoluent à près de 30.000 mètres, un mystérieux nuage vert se répand à la surface de la Terre, transformant tous les humains en statues de pierre. Livrés à eux-mêmes, les enfants et les deux adultes vont profiter d'une liberté désormais absolue tout en composant avec un environnement devenu plus dangereux.

Alexander Sutherland Neill est surtout connu pour être le fondateur de l'école de Summerhill, cet établissement d'enseignement alternatif dans lequel il mit en pratique sa vie durant ses idées libertaires. Le nuage vert est un produit dérivé de ses méthodes éducatives. Il s'agit à l'origine d'une histoire qu'il racontait à ses élèves et qu'il faisait évoluer en fonction de leurs réactions. Des réactions qui ont été rapportées et qui figurent à la fin de chaque chapitre, mettant en lumière "l'innocence perverse" des enfants mais aussi la maturité et l'esprit d'à-propos dont ils font preuve pour peu que l'on sache les intéresser à ce qui les entoure.

C'est sans doute pour stimuler leur imagination que A. S. Neill a choisi pour cadre à son récit un univers post-apocalyptique. Ce thème lui permet de proposer à ses auditeurs et lecteurs, un monde débarrassé de ses institutions, de ses lois, de ses règles et surtout des adultes qui les appliquent. Un monde vierge de morale et d'idées préconçues dans lequel les jeunes survivants peuvent agir à leur guise et se faire leur propre opinion sans tenir compte de celle d'autrui. En un mot : expérimenter.

Et les petits démons s'en donnent à cœur joie. Ils pillent les magasins de bonbons, se saoulent au champagne, pilotent des trains, des avions et des sous-marins. Ils s'amusent à bombarder les villes, font la guerre aux derniers franquistes et affrontent même quelques gangsters à Chicago (le récit date de 1938). Cela ne les empêche pas d'assumer leurs nouvelles responsabilités lorsque les circonstances l'exigent. On les verra ainsi organiser leur défense contre les bêtes sauvages, cultiver et chasser leur pitance et même réfléchir à leur avenir.

Mais en dépit du soin que met l'auteur à confronter ces jeunes héros à des situations sérieuses et souvent dangereuses, le ton général du livre reste bien enfantin. Les adultes amateurs de SF auront du mal à y trouver leur compte même si le récit évoque un certain nombre d'idées que l'on retrouvera dans maints ouvrages post-apocalyptiques au point de devenir des figures imposées du genre. Je pense notamment à la lutte contre des hordes de chiens redevenus sauvages ou contre la prolifération des rats, la volonté d'initier une nouvelle société ou encore le thème du dernier survivant.

A la fois conte pour enfant, roman de science-fiction et ouvrage pédagogique, Le nuage vert est un livre étrange, témoignage d'une époque et d'une certaine philosophie de l'éducation.

OCDL - 1979

 

 

7 mai 2013

LARCHMÜTZ 5632 - JEAN-BERNARD POUY

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Adrien et Benno viennent d'être réveillés. Comme çà. D'un coup. Sans crier gare. Après un long sommeil de 25 ans. Vingt-cinq longues années à jouer les pécores dans la Bretagne profonde. Vingt-cinq ans à traire les vaches et regarder pousser les patates. Mais le temps n'a pas eu raison de leurs convictions et, sitôt reçu le signal de l'Orga, les voici prêts à reprendre le combat. Mais quel combat au juste ? Contre qui ? Et pour le compte de qui ? 


J'ai littéralement dévoré cette histoire de gauchistes vieillissants qui reprennent du service avec l'idée de s'en payer une dernière bonne tranche. 

Difficile en effet de ne pas s'attacher à ces soixante-huitards sur le retour qui, malgré les années, les femmes et les gosses, ont gardé leurs vieux réflexes et un peu du feu sacré qui les animait autrefois. Bien sûr, ils ne croient plus beaucoup à la dialectique trostsko-anarcho-maoïste, au Grand Soir et aux lendemains qui chantent. Mais qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse. Car tout ce qu'ils demandent Benno et Adrien, c'est de s'étourdir encore une fois, faire comme si rien n'avait changé et retrouver un peu de leur jeunesse disparue. 

Et on se prend au jeu nous aussi. On est impatient de voir ce qui les attend. Et l'on ne sera pas déçu. Ce qui commence un peu à la façon d'une blague de potache, prend des couleurs nettement moins gaies et tourne au mauvais polar et à la conspiration nauséeuse. 

La qualité du bouquin tient aussi à son ton percutant. Un style très "parlé" avec un petit côté à la Audiard qui colle parfaitement à cette comédie dramatique et douce-amère. En fait, "Larchmütz 5632", c'est surtout un livre sur le temps qui passe. Sur les gens qui changent et les saloperies qui, elles, restent immuables. Sur la société qui ne va pas bien et sur les gens qui s'en foutent. 

Jean-Bernard Pouy y porte un regard désabusé sur un monde pas joli joli et sur la perte de nos illusions. Mais comme le dit Adrien : « l'important c'est d'avoir fait quelque chose, d'avoir essayé. Même misérablement. » 

Quant à Larchmütz, c'est juste le nom de leur maison, une longère de granit couverte de jolies ardoises toutes bleues. Et 5632, c'est le matricule de Momone, la vache télépathe qui observe tout çà d'un regard pas si bovin. Mais je vous laisse la découvrir par vous-même. 

Gallimard - Folio Policier - 2001

 

8 janvier 2014

NOIRE EST LA COULEUR - JOHN BRUNNER

imgDe retour à Londres après un long séjour en Espagne Mark Hanwell cherche à renouer avec son ancienne vie. Il se met donc en quête de Louisa, une jeune chanteuse avec laquelle il avait eu une relation éphémère. Ses recherches l'amènent à écumer les pubs où son amie est susceptible de se produire. C'est ainsi qu'il atterrit au Hoopla club, un bar fréquenté par la communauté noire, où il est témoin d'une cérémonie vaudou dont il se moque ouvertement. Un peu plus tard, il retrouve par hasard une Louisa encore plus mal en point que lui, sortant à peine d'une relation destructrice avec un diplomate sud africain sadique et raciste. Déjà bien éprouvés l'un et l'autre, ils vont être confrontés à la vindicte d'Azikikadze, le sorcier dont Mark s'est moqué. Il trouveront heureusement de l'aide auprès de Barrett, un musicien, et Deirdre, une fort jolie sorcière avec lesquels ils découvriront que vaudou et politique ne sont pas incompatibles.

Plutôt étrange ce roman de John Brunner. Plus politique que réellement fantastique. On peut même se demander s'il a bien sa place dans une collection de SF puisqu'à aucun moment l'auteur n'impose un point de vue surnaturel.

Son personnage principal, pourtant victime du sorcier Azikikadze, ne sera jamais totalement convaincu d'avoir été envoûté et continuera de privilégier des explications rationnelles. Une attitude qui semble raisonnable puisque les faits en question sont perçus soit par des personnes originaires de pays où ces pratiques sont coutumières (caraïbes, Afrique), soit par des individus psychologiquement affaiblis. Deirdre elle-même, malgré la réussite apparente de sa magie ne fanfaronne pas et se contente d'exprimer sa foi de façon très simple : « Appelez cela comme vous voulez, je l'appelle de la magie. C'est son véritable nom ».

De fait, même s'il est beaucoup question de magie blanche et de pratiques vaudou, le livre prend surtout des airs de roman d'espionnage. De ce point de vue sa construction est assez réussie et rien ne laisse présager les développements de l'histoire.

Les mésaventures de Mark et Louisa semblent longtemps n'avoir rien de commun puis finissent par se rejoindre pour aboutir à une intrigue politique originale. Il y est question d'apartheid et de luttes souterraines entre ségrégationnistes et militants blacks. Un thème bien rarement évoqué dans les littératures de l'imaginaire et qui trouve ici un traitement intéressant. Ce livre est donc une petite curiosité qui mérite le détour.

Pocket - SF - 1984

1 octobre 2013

LE LONG DETOUR - A. BERTRAM CHANDLER

albin-supfic46-1980

Lorsque vous êtes perdu dans le temps et dans l'espace et que l'équipage de votre vaisseau menace de se mutiner, il y a de quoi regretter d'avoir rempilé. Heureusement, le commodore Grimes en a vu bien d'autres au cours de sa longue carrière et il est bien décidé à ramener tout son petit monde sur Terre. Sur Terre, oui, mais à quelle époque ?

En lisant ce roman j'avais le sentiment de revoir un bon vieil épisode de Star Trek. Un vaisseau spatial explorant les confins de la galaxie, un commandant compétent et facétieux, de longs échanges de points de vue entre officiers dont chacun a sa spécialité (radio, biologiste)... tout me rappelait la célèbre série des années soixante.

D'ailleurs, de même que celle-ci évoquait les aventures du commandant Kirk, ce livre s'inscrit dans un important cycle de romans mettant en scène le commodore Grimes à divers moment de son existence. Dans celui-ci, il est question d'une rencontre avec nos voisins les martiens et de voyage dans le temps.

Bertram Chandler y manie le paradoxe temporel avec bonheur et s'en sert pour expliquer quelques-uns des mystères qui entourent la planète rouge, ses canaux ou son absence de vie. Cela lui permet aussi d'élaborer une théorie amusante sur les origines de certaines religions et une explication inattendue au mythe de la baleine de Jonas.

D'une manière générale l'humour est très présent, qu'il tienne aux relations entre Grimes et son épouse acariâtre (qu'elle idée d'emporter sa femme en mission) ou à leur confrontation avec les habitants de la Grèce archaïque. J'ai bien rit à l'occasion d'un repas qui tourne à l'orgie romaine ou à la façon peu conventionnelle dont un duel protocolaire se conclue.

Avec son rythme soutenu, son action, son humour, ce roman constitue un cocktail idéal pour se divertir le temps d'une ou deux soirées. On regrettera juste une entrée en matière un peu rapide (à peine une demi-page pour éclaircir la situation des personnages en début de roman), et une fin non moins abrupte.

Albin Michel - Super Fiction - 1980

 

2 mai 2013

LES COUCOUS DE MIDWICH - JOHN WYNDHAM

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Midwich est une tranquille petite ville anglaise comme il en existe des centaines à travers le pays. Tranquille, jusqu’à ce que survienne un bien curieux évènement. En effet, pendant 24 heures, tous les êtres vivants séjournant dans son périmètre sombrent dans le sommeil.

Quelques temps après ce que ses habitants appelleront le « jour noir », toutes les femmes en âge de procréer se retrouvent enceintes et donnent bientôt le jour à 30 garçons et autant de filles.

Outre leur particularités physiques (cheveux blonds, yeux dorés, peau légèrement argentée) les bébés semblent dotés d’un pouvoir de persuasion. Cette faculté se développe au fur et à mesure que les enfants grandissent, à tel point que l’on en vient à les considérer comme une menace... 

 

John Wyndham nous conte ici une originale histoire d’invasion extra-terrestre. 

Originale, car elle ne ressemble précisément pas à une invasion classique à grands renfort de vaisseaux spatiaux et de petits bonhommes verts (même si la présence d’un OVNI est rapidement abordée).

Ici, l’invasion est plus insidieuse puisqu’elle est le fait d’enfants qui viennent s’immiscer dans la vie bien rôdée d’une petite communauté. D’ailleurs une bonne part du roman s’intéresse à la façon dont cette intrusion est ressentie par les villageois, puis à la peur qu’elle leur inspire.

Nous aurons également droit à d’intéressants débats sur la tolérance à l’égard des minorités puis, lorsque la menace se précisera, sur le droit des espèces à lutter pour assurer leur suprématie. Car le fin mot de l’histoire est là : doit-on au nom de nos principes de paix et de compassion, laisser vivre une race qui risque de supplanter la notre.

Ajoutons à cela que ce livre est écrit d’une plume élégante, détachée et tellement so british !

Denoël - Présence du Futur - 1983

 

3 mai 2013

L'ETREINTE DE LA BETE - ALAIN VENISSE

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C'est plein d'espoir en l'avenir que la jeune Roseline arrive au château du marquis de Valombre pour y servir aux cuisines. Malgré un travail harassant et la discipline de fer que fait régner l'intendante du domaine, elle se lie d'amitié avec Marion, une servante sympathique et délurée. Mais alors que celle-ci lui dévoile quelques-uns des secrets que recèlent l'antique demeure des Vallombre et ses occupants, des disparitions inexpliquées se multiplient parmi les paysans tandis qu'un loup semble rôder dans les environs… 


Sur le thème du loup garou, " L'étreinte de la bête " est un roman court et sans prétention dans lequel l'auteur fait appel au folklore inhérent aux films et livres du genre. 

Il n'est donc pas étonnant d'y trouver des personnages un peu stéréotypés (l'intendant lubrique, le noble dégénéré, le savant fou), une vieille demeure, des souterrains et même la fameuse balle en argent. 

Le background historique est lui aussi bien classique. 1910, c'est le début du XXème siècle, une époque où la science n'a pas encore totalement dissipé les ténèbres de la superstition. 

Finalement, la seule originalité de ce récit réside dans les rapports ambigus, pour ne pas dire sado masos, que notre jolie héroïne entretient avec la bête. 

Cela nous donne une fiction correcte et sans surprises dans laquelle Alain Vénisse nous dévoile son penchant pour un fantastique un peu gore et teinté d'érotisme.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

 

3 mai 2013

LA FIN DU REVE - PHILIP WYLIE

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En 2023, l'humanité est au bord de l'extinction et les quelques communautés encore organisée qui subsistent de par le monde tentent désespérément de préserver ce qui peut encore l'être. C'est dans ce contexte que Willard Gulliver a entrepris de réunir, pour l'édification des générations futures, les archives et les témoignages qui illustrent le mieux la façon dont l'homme a détruit son environnement.


Bien qu'écrit  il y a presque 40 ans, ce livre reste d'une actualité brûlante et il est ahurissant de constater que les maux qui y sont dénoncés n'ont pas été stoppés. Le combat écologique est malheureusement plus que jamais à l'ordre du jour et la sauvegarde de notre environnement un enjeu majeur.

Pourtant, la démonstration de Philip Wylie, remarquable de réalisme, est de nature à inciter les plus acharnés pollueurs à modérer leurs ardeurs. Par le biais d'articles de journaux, d'interviews, de témoignages ou de rapports, il nous montre comment l'homme parvient à détruire son environnement et à hypothéquer gravement son avenir alors même qu'il est conscient des risques qu'il encoure.

Bien sûr l'auteur force le trait. Nous n'en sommes pas encore arrivés à de telles extrémités. Mais si ses descriptions nous font froid dans le dos, c'est que nous devinons qu'il n'est pas si loin de la réalité. Certaines des catastrophes qu'il nous décrit commencent d'ailleurs à pointer le bout de leur nez. Quelques exemples ? :

- la pollution des rivières : les nôtres ne sont pas encore devenues explosives mais charrient quantité de molécules pharmaceutique qui stérilisent les poissons et risquent de la rendre impropre à la consommation.

- la qualité de l'air : nous ne connaissons certes pas de conditions atmosphériques pouvant transformer Manhattan en une gigantesque chambre à gaz mais les pic de pollutions à l'ozone sont devenus monnaie courante dans la plupart des grandes agglomérations.

- l'état de nos mers : pas encore de vers carnivores, mais de nombreuses espèces (baleines, thons, anchois) sont en voie d'extinction et leur disparition pourrait être la cause d'une rupture de l'équilibre entre les espèces.

- la radioactivité : malgré Tchernobyl, la France continue sa politique du tout nucléaire sans même savoir ce qu'il adviendra des déchets de ses centrales.
- sans oublier, le dérèglement climatique, le recyclage des déchets...-    

Plus qu'un roman, ce livre est donc un plaidoyer en faveur d'une attitude raisonnée de l'homme envers son milieu naturel. C'est aussi un appel au passage à l'acte. Nous voici parvenus à cet instant crucial où l'on sait ce qui nous attend et où il est encore possible d'agir efficacement pour enrayer l'inéluctable. Mais en serons-nous réellement capables.

Philip Wylie, lui, ne se fait guère d'illusions. Il sait bien, comme nous même aujourd'hui, que la recherche du profit et l'absence de conscience écologique sont la cause de ce désastre. Il sait aussi que tant que les industriels seront assez puissants pour imposer leurs vues aux politiques, rien ne pourra réellement changer. Le fiasco du récent sommet de Copenhague en est un exemple éloquent.Tout espoir serait donc perdu ? Peut-être pas. Et peut-être aussi que des livres comme celui-ci permettront une prise de conscience tardive mais salutaire. A défaut, ce sera bel et bien la fin du rêve. Et sans doute même le début du cauchemar. 

Le livre de Poche - SF - 1980

 

2 mai 2013

LE DERNIER DE SON ESPECE - ANDREAS ESCHBACH

untitledDuane Fitzgerald est un cyborg. Un être humain modifié par l'armée américaine pour en faire un soldat d'élite, capable de performances inouïes et quasi indestructible. Enfin, sur le papier. Parce que dans les faits, on est bien loin du compte. L'électronique dont son corps est truffé a des ratés, son ossature en titane se grippe et sa pile nucléaire pourrait bien un jour lui jouer des tours. C'est d'ailleurs pour çà que lui-même et les autres Steel Men ont été mis en retraite anticipée. Pas assez fiables. Dépassés avant même que d'avoir servis.

Duane vit désormais à Dingle, une petite ville de la côte irlandaise, où il partage son temps entre ses visites à la bibliothèque municipale, ses balades en bord de mer et la lecture de Sénèque. Sans oublier Bridget, la jolie directrice de l'hôtel Brennan dont il est secrètement amoureux et qu'il prend plaisir à rencontrer chaque fois que cela lui est possible. Une petite vie tranquille, rangée, austère.

Jusqu'au jour où il est abordé par un avocat qui semble tout savoir de sa vraie nature, des conséquences sur sa santé et qui lui propose de faire un procès aux autorités américaines. Mais l'homme de loi est bientôt assassiné et pour Duane les ennuis commencent.


"Le dernier de son espèce" nous raconte quelques jours de la vie d'un cyborg, ancien militaire devenu inutile, voire même vaguement gênant pour l'armée et les services secrets. Mais ceux qui pense avoir affaire à une histoire de surhomme ou d'universal soldiers à la Van Damme risquent d'être profondément déçus. Notre héros ressemble plus à un Terminator en phase terminale qu'à l'homme qui valait trois milliards et le récit accorde plus d'importance à la philosophie et à l'introspection qu'à l'action ou la violence. C'est d'ailleurs tout l'attrait de ce livre que de se pencher sur les états d'âmes d'un Steve Austin sur le retour dont la vie s'est transformée en chemin de croix à cause d'une mécanique défaillante.

Nous découvrons son calvaire par le biais du journal qu'il tient. Une narration en temps réel puisque notre héros peut enregistrer ses pensées dès qu'elles se forment. Or, le fait que ce journal soit écrit au présent de l'indicatif lui donne une spontanéité remarquable. Les réflexions du narrateur sont prises sur le vif, sans cette distanciation que permettent habituellement les récits à l'imparfait. Nous pénétrons l'esprit même de Duane Fitzgerald. Nous devenons Duane Fitzgerald.

Et ce que nous découvrons n'a rien de très réjouissant. Son quotidien est rythmé par les ennuis de santé tandis que les inconvénients liés à sa nature lui imposent de nombreuses contraintes (notamment l'obligation de n'ingurgiter qu'une horrible mixture). Privés de bien des joies, grandes ou petites, il lui est donc difficile de se projeter dans l'avenir et encore moins d'envisager une vie de couple ou la construction d'une famille. Pas davantage de réconfort côté passé puisque les nombreux flashbacks qui parsèment le récit ne nous montrent qu'une jeunesse difficile et sa douloureuse transformation en "surhomme".

Triste et morose, l'atmosphère qui baigne le récit s'accorde bien à l'histoire. Il faut dire que l'Irlande se prête magnifiquement aux ambiances mélancoliques avec ses landes désertes, son ciel bas, le gris de la mer et l'ombre de l'IRA. D'une manière générale, le background est complet et réaliste. Les nombreux personnages secondaires (le docteur, la bibliothécaire, le musicien...) sont joliment croqués tout comme le petit village de Dingle, ses rues, son port et son pub. Même la Guiness est de la partie, Andreas Eschbach consacrant presque une page à la description d'une pinte de cette bière si particulière ! "

Le dernier de son espèce est donc un très beau livre, à la fois violente critique de la raison d'état et jolie réflexion sur ce qui fait la valeur d'une vie. L'intelligence d'Andreas Eschbach est de s'être attaché à l'homme plutôt qu'au super héros et d'avoir fait ressortir la profonde humanité de son personnage. Malgré ses transformations, malgré la volonté des militaires, Duane est resté un homme. Et c'est en homme qu'il entend finir sa vie. Un homme avec ses doutes et ses faiblesses, mais également doté d'une grande force morale. Un peu le triomphe de l'humain sur la machine, la victoire de l'individu sur le matricule.

L'Atalante - La dentelle du Cygne - 2006

 

2 mai 2013

SCENES DE GUERRE CIVILE - JEAN-PIERRE HUBERT

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A l’issu de la grande guerre qui a ravagé le continent européen et l’a rendu impropre à la vie, les survivants ont été recueillis par le gouvernement panafricain. Mais les dissensions, puis la guerre, ressurgissent entre ces réfugiés cantonnés dans les strictes limites de la concession de Maldora. Le petit territoire et sa capitale ne sont bientôt plus qu’un champ de ruines que se disputent deux factions rivales.

Altmann, pacifiste convaincu et seul détenteur de la technologie « Linden-Gourov » qui permet de créer des défenses électromagnétiques naturelles, tente d’édifier un îlot de paix au milieu des combats, tandis que plane la menace des armes censurées. 

 

Bien qu’ayant été écrit au début des années 80 et s’inspirant sans doute de la guerre du Liban, ce roman m’a fait penser à la lutte que se sont livrés Fatah et Hamas à Gaza et en Cisjordanie. On y trouve en effet bien des similitudes avec le contexte géographique et politique de ces territoires abandonnés de tous, à commencer par la lutte fratricide et suicidaire qui s’y déroule.

Jean-Louis Hubert fait parfaitement ressentir l’absurdité d’un conflit dans lequel les idéologies sont détournées, les alliances incertaines et dont la seule utilité est le renforcement ou l’affaiblissement du pouvoir de quelques dirigeants. Ceci est particulièrement visible dans la description de la ville dévastée où divers groupes s’affrontent pour la maîtrise d’une rue ou d’un pâté de maisons.

Il sait aussi rendre compte de l’âpreté des combats et de la disparition de tout sentiment humain au profit d’un professionnalisme aveugle. Hommes et femmes ne sont plus que des cibles qu’il convient d’abattre par n’importe quel moyen, autorisé ou pas. L’auteur brocarde au passage l’inefficacité et l’hypocrisie des accords internationaux et notamment ceux qui s’attachent à prohiber certaines armes. Ici, en l’absence d’armes à feu, les combattants s’étripent à l’arme blanche et finissent malgré tout par recourir aux « armes censurées ». Et on comprend qu’elles l’aient été, car les effets de la « corrosine » et autres « tortillons vivaces » font  froid dans le dos.

« Scènes de guerre civile » est un roman qui ne brille peut-être pas par la complexité de son intrigue (l’histoire toute entière tient dans son titre) mais qui constitue néanmoins un excellent exemple de politique fiction assez pessimiste quant aux penchants de l’espèce humaine.

Le Liban hier, Gaza aujourd’hui, et demain… Maldora ?

Opta - Galaxie Bis - 1982

 

24 juillet 2022

VICTOR ET LES AUTRES MONDES - FRANCOIS LELORD

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Au XVIIIème siècle, le conte philosophique permettait de critiquer le pouvoir sans en avoir l’air et d’échapper ainsi à la censure. De nos jours, il s’agit plutôt d’un moyen détourné d’amener le lecteur à réfléchir à des sujets austères tels que la sociologie, la politique, la psychologie… C’est en tout cas le but recherché par François Lelord avec le présent ouvrage.

« Victor et les autres mondes » se présente comme un roman de science-fiction assez classique. L’apocalypse nucléaire conjuguée à une succession de catastrophes écologiques ont fait de la Terre une planète inhabitable. L’espèce humaine survie sur Mars où s’est établie une petite colonie ultra sophistiquée. Après plus d’un millénaire de vie en autarcie, les « martiens » décident de vérifier si un retour sur leur planète d’origine est envisageable. C’est à Victor Lambda, un sans grade, qu’est confiée la dangereuse mission et le jeune homme est « parachuté » sur une petite île du Pacifique…

Vous l’avez déjà deviné, Victor va non seulement découvrir que la vie sur Terre a repris son cours mais aussi que des humains ont survécu et ont recommencé de vivre en société. D’île en île, il va en expérimenter différents modèles. Des libertaires où tout se partage y compris les partenaires sexuels, des pyramidales fondées sur la primauté de la force, de l’industrie, du talent…

Au gré de ses rencontres et de ses expériences, il va aussi s’interroger sur la notion de bonheur et sur la meilleure façon de l’atteindre. Recherche du plaisir, réalisation d’un objectif, renoncement au superflu, il en arrivera à la conclusion que nulle société ne peut répondre aux attentes de tous ses membres. Aucune n’est parfaite. Même les plus égalitaires ont leurs limites et toutes se heurtent à la volonté de domination de l’homme, à son besoin de posséder, de diriger. Elles n’en sont pas moins humaines et reflètent les différents caractères, les sensibilités de ses membres au contraire de la structure sociale martienne contrôlée par une intelligence artificielle infaillible mais déshumanisée.

La démonstration de François Lelord passe bien. L’intrigue secondaire sur la véritable personnalité de son héros et les conflits d’intérêts entre les dirigeants « martiens » ne manque pas d'intérêt. Elle permet un subtil équilibre entre le côté distrayant du roman et son aspect éducatif. Ceci étant, ce conte philosophique me semble être surtout à destination des ados. Les adultes eux, ne seront surpris ni par l’intrigue ni par le raisonnement de l’auteur. Ils n’en passeront pas moins un agréable moment.

Odile Jacob - 2022

3 octobre 2021

LES GRANDES FALAISES - MICHEL PEYRAMAURE

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En plus de soixante ans de carrière, Michel Peyramaure a abordé à peu près toutes les périodes de l’histoire de France avec une petite préférence pour le Moyen-âge et le Premier Empire. Dans « Les grandes falaises », il s’aventure beaucoup plus loin pour nous parler de nos ancêtres du néolithique. Sur une intrigue toute simple (l’irruption d’une jeune nomade dans une tribu sédentaire) il nous fait partager une année de la vie d’un clan de Cro-Magnon établi en Dordogne, dans la vallée de la Vézère.

La peinture du quotidien de ces hommes et de ces femmes m’a semblé tenir la route. L’organisation politique et religieuse, les rapports paisibles ou tendus avec les autres peuplements humains, la diffusion des innovations techniques (la poterie, l’arc et les flèches…)  grâce aux peuples nomades, bref tout l’aspect « sociologique » du récit est plutôt bien rendu. Les descriptions sont riches de détails sur leur alimentation, leurs outils ou les techniques de chasse et les personnages sont suffisamment nombreux et variés pour rendre vivantes les relations entre tous les membres de la tribu.

Mais « Les grandes falaises », c’est avant tout le portrait d’un homme vieillissant qui vit une dernière passion. Marah est un chasseur respecté. Il fut le meilleur de son clan et conserve encore l’aura de gloire que lui apporta sa victoire sur un mammouth. Il va pourtant  tout risquer, son rang, sa famille et même sa vie pour l’amour d’une jeune femme dont il ignore à peu près tout.

L’auteur fait un très gros travail sur le caractère de son personnage. Il nous montre en détail comment l’amour s’immisce dans sa vie et l’isole au point de le rendre aveugle à tout autre chose. Et comme c’est Marah lui-même qui nous conte son histoire, le lecteur tombe également sous le charme de la jolie Aweida, jusqu’à ce que lui soit révélée sa véritable personnalité.

Pocket - 2005

12 septembre 2021

DELTAS - ALAIN LE BUSSY

FnAnt1885-1992

"Deltas" aurait pu n'être qu'une banale histoire de pirates. On y suit de gigantesques nefs qui parcourent les océans. Il y a des îles pour le commerce et les escales. Il y a de dangereux pirates, des combats, des abordages... Sauf que l'histoire ne se déroule pas dans les Caraïbes, entre Hispaniola et La Barbade. Elle ne se déroule même pas sur notre bonne vieille Terre.

Alain Le Bussy nous embarque en effet sur Aqualia, un monde où la mer recouvre la quasi-totalité de la planète. Une mer peuplée de créatures si dangereuses qu'elles rendent la navigation impossible. Hormis quelques îlots, la population est contrainte de vivre et voyager sur d'immenses zeppelins, villes miniatures suspendues à leurs ballons d’hélium. Le récit nous propose justement de suivre l'odyssée de l'une de ses plateformes.

L'essentiel de l'histoire se déroule donc à bord de "L'extase" que nous visitons de la "poupe" à la "proue". La description de la vie à bord est relativement minutieuse, notamment la répartition des tâches entre les différentes guildes : signaleurs, pilotes, scientistes, apponteurs... Parmi ces derniers, il y a Carvil, le rusé unijambiste, ancien pilote de delta qui rêve de revoler un jour. C'est lui qui nous sert de guide au gré de ses souvenirs et de ses aventures présentes. C'est également lui qui va se retrouver au centre d'un récit où il sera question de rivalité entre deux plateformes, d'un raid de pirates contre des comptoirs commerciaux et des effets néfastes d’une conjonction planétaire. La découverte d’un étrange vaisseau d’acier va également mettre Carvil en position de résoudre l’énigme des origines des habitants d’Aqualia, perdues jusqu’ici dans les limbes de la mémoire collective.

Globalement, "Deltas" n'est pas foncièrement original. Dans "Un monde d'azur", Jack Vance avait déjà eu l'idée d'une planète aquatique sur laquelle s'est échoué un vaisseau spatial dont les descendants, organisés en guildes très cloisonnées, survivaient des maigres ressources de l’océan. Ceci étant, cette évocation d’un monde où les habitants ont pris l'habitude de vivre entre ciel et mer procure un chouette dépaysement. Il eut sans doute fallu une intrigue un peu plus développée pour tenir véritablement le lecteur en haleine mais, le roman se terminant abruptement, il est permis d’espérer que les choses se décantent par la suite. Alors, prenons notre envol vers « Tremblemer » ! 

Fleuve Noir Anticipation - 1992

15 août 2021

I. G. H. - J. G. BALLARD

pp5287-1988

Une grande part, pour ne pas dire l'essentiel, de l'œuvre de James Ballard traite des relations sociales dans nos villes modernes et de la façon dont cet environnement de béton, de verre et d'acier influe sur elles. Après les infrastructures routières de « L’île de béton » et la parabole de la voiture toute puissante que constitue « Crash », c’est à l’habitat qu’il s’attaque. Sa cible, les gigantesques tours qui fleurissent dans nos cités et viennent borner l’horizon de leur masse écrasante. Des édifices audacieux, jolis parfois, mais conçus davantage pour satisfaire la vanité des architectes et l’ambition de quelques édiles plutôt que pour répondre aux besoins de leurs habitants.

L’immeuble de Grande Hauteur dont il est  question dans ce roman m'a fait penser à la Cité Radieuse de Le Corbusier, vaste bâtiment abritant aussi bien des logements qu'un gymnase, des commerces ou une école. Une sorte de cité miniature reproduisant les quartiers et les différents lieux de vie.  Celui de Ballard s‘en distingue néanmoins sur un point : sa verticalité, architecturale autant que sociale. Plus l’on monte dans les étages, plus les appartements sont luxueux et occupés par des familles particulièrement aisées. Seuls les paliers abritant les équipements collectifs permettent les rencontres entre les différentes couches de cette société miniature. Et c’est précisément là que les problèmes vont commencer…

I.G.H. est le récit d’un échec. Celui d’une utopie fondée sur une certaine forme de mixité sociale. En dépit des bonnes intentions et des jolies formules, le roman démontre qu’il est illusoire de forcer les gens à cohabiter s'ils n'en ont pas le désir. Cela doit provenir d'une envie, d'une adhésion à un mode de vie ou à un projet. A défaut, les vieilles divisions ont tôt fait de ressurgir. Des clans se forment et la confrontation est inévitable.

L’auteur décrit très bien ce processus. Il suffit de peu de choses - une panne d’électricité, un ascenseur récalcitrant, des graffitis - pour que la machine se grippe et qu’apparaissent les premières tensions. D’incivilités en actes de vandalisme, on passe de la parole aux actes et c’est à une véritable guerre civile où tous les coups sont permis que nous assistons bientôt. La tour luxueuse devient un champ de bataille où chaque étage est conquis au prix des pires atrocités. 

Ce n'est pas que j'ai le moindre doute sur la capacité de l'homme à faire le mal ni sur sa propension à vouloir dominer ses semblables. Le roman m’a néanmoins paru excessif dans ces manifestations. On a vraiment peine à croire que des gens sains d’esprit et socialement intégrés puissent régresser aussi vite et aussi totalement ou qu’ils ne choisissent pas de déménager plutôt que d’endurer des conditions de vie totalement dégradées.

Ceci dit, j’ai parfaitement conscience que c’est à dessein que Ballard a forcé le trait, mais tout de même, un peu de mesure eut aidé sa démonstration. Moins crédible, elle perd de sa force. Elle demeure néanmoins une jolie parabole des jeux de pouvoirs à l'œuvre dans nos sociétés, de l’ambition des humbles, du cynisme des forts et de la difficulté à faire cohabiter tout ce monde dans une maison, une ville, un pays...

Pocket - Science-Fiction - Fantasy - 1988

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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