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15 août 2021

I. G. H. - J. G. BALLARD

pp5287-1988

Une grande part, pour ne pas dire l'essentiel, de l'œuvre de James Ballard traite des relations sociales dans nos villes modernes et de la façon dont cet environnement de béton, de verre et d'acier influe sur elles. Après les infrastructures routières de « L’île de béton » et la parabole de la voiture toute puissante que constitue « Crash », c’est à l’habitat qu’il s’attaque. Sa cible, les gigantesques tours qui fleurissent dans nos cités et viennent borner l’horizon de leur masse écrasante. Des édifices audacieux, jolis parfois, mais conçus davantage pour satisfaire la vanité des architectes et l’ambition de quelques édiles plutôt que pour répondre aux besoins de leurs habitants.

L’immeuble de Grande Hauteur dont il est  question dans ce roman m'a fait penser à la Cité Radieuse de Le Corbusier, vaste bâtiment abritant aussi bien des logements qu'un gymnase, des commerces ou une école. Une sorte de cité miniature reproduisant les quartiers et les différents lieux de vie.  Celui de Ballard s‘en distingue néanmoins sur un point : sa verticalité, architecturale autant que sociale. Plus l’on monte dans les étages, plus les appartements sont luxueux et occupés par des familles particulièrement aisées. Seuls les paliers abritant les équipements collectifs permettent les rencontres entre les différentes couches de cette société miniature. Et c’est précisément là que les problèmes vont commencer…

I.G.H. est le récit d’un échec. Celui d’une utopie fondée sur une certaine forme de mixité sociale. En dépit des bonnes intentions et des jolies formules, le roman démontre qu’il est illusoire de forcer les gens à cohabiter s'ils n'en ont pas le désir. Cela doit provenir d'une envie, d'une adhésion à un mode de vie ou à un projet. A défaut, les vieilles divisions ont tôt fait de ressurgir. Des clans se forment et la confrontation est inévitable.

L’auteur décrit très bien ce processus. Il suffit de peu de choses - une panne d’électricité, un ascenseur récalcitrant, des graffitis - pour que la machine se grippe et qu’apparaissent les premières tensions. D’incivilités en actes de vandalisme, on passe de la parole aux actes et c’est à une véritable guerre civile où tous les coups sont permis que nous assistons bientôt. La tour luxueuse devient un champ de bataille où chaque étage est conquis au prix des pires atrocités. 

Ce n'est pas que j'ai le moindre doute sur la capacité de l'homme à faire le mal ni sur sa propension à vouloir dominer ses semblables. Le roman m’a néanmoins paru excessif dans ces manifestations. On a vraiment peine à croire que des gens sains d’esprit et socialement intégrés puissent régresser aussi vite et aussi totalement ou qu’ils ne choisissent pas de déménager plutôt que d’endurer des conditions de vie totalement dégradées.

Ceci dit, j’ai parfaitement conscience que c’est à dessein que Ballard a forcé le trait, mais tout de même, un peu de mesure eut aidé sa démonstration. Moins crédible, elle perd de sa force. Elle demeure néanmoins une jolie parabole des jeux de pouvoirs à l'œuvre dans nos sociétés, de l’ambition des humbles, du cynisme des forts et de la difficulté à faire cohabiter tout ce monde dans une maison, une ville, un pays...

Pocket - Science-Fiction - Fantasy - 1988

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FLEUVE NOIR
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