imgJoss Tamblyn, jeune cadet de d'espace vient d'être affecté sur la planète Aucella. A peine installé, il découvre par hasard que son commandant, le colonel Borodine, médite d'assassiner l'empereur de ce monde rétrograde avec la complicité du frère de ce dernier et d'un groupe d'adorateurs du dieu sanguinaire Fulgawy. Surpris, il ne doit son salut qu'à une fuite désespérée à travers des contrées qu'il ne connaît pas encore. Il va heureusement croiser la route d'une sympathique voleuse humaine, d'un nain batailleur et d'un couple d'allagrandis, la principale race humanoïde autochtone. Ensemble ils vont essayer de faire échouer la sinistre conspiration. Il leur faudra au préalable écarter quelques uns des nombreux dangers que recèlent ce monde surprenant où la magie semble être toujours à l'œuvre.

Dans sa jeunesse Michel Pagel (alias Félix Chapel) a du pas mal s'adonner aux jeux de rôles car ses personnages ressemblent comme des frères à ceux que l'on trouvait dans toute bonne partie d'AD&D ou de JRTM (Advanced Dungeons & Dragons et Jeux de Rôle des Terres du Milieu, pour les non initiés). Il y a une voleuse d'une grande agilité, un barbare colérique, deux sorciers avec plein de sorts dans leur besace et un paladin qui souhaite sauver le monde sans tuer personne. Bref, la traditionnelle communauté de compagnons aux talents et origines variés, lancés dans une mission a priori impossible. Cela nous donne un joli panel d'individualités et les relations de tout ce petit monde, la façon dont ils se découvrent et s'apprivoisent, est l'un des aspects les plus agréables du roman.

Comme de juste, cette fine équipe va enchaîner les aventures dans les décors les plus variés (jungle, montagnes et désert) nous permettant du même coup d'apprécier les multiples facettes de la planète Aucella. On découvre alors un monde qui vit encore à l'heure médiévale même si des militaires terriens entretiennent çà et là des îlots de technologie.

C'est bien sûr cette présence terrienne qui donne à l'histoire son côté science-fantasy. Elle lui fournit aussi l'essentiel d'une intrigue qui repose sur l'idée du pillage d'un monde reculé avec l'appui de dirigeants corrompus et d'une religion créée pour l'occasion. Ce fameux complot que le jeune héros découvre dès les premières pages mais dont les ramifications ne nous seront dévoilées que peu à peu et se montreront plus complexe qu'on ne le soupçonnait au départ.

Michel pagel s'est aussi amusé à dissimuler tout au long de son roman les patronymes des grands auteurs de la SF. On prendra donc plaisir à les débusquer dans le nom d'un fruit (une jacvance bien juteuse), celui d'une boisson (une bière de Kornbluth) ou d'une unité monétaire (ça coûtera bien une cinquantaine d'asimovs, peut-être même un simak).

Mais ce n'est pas la seule trace d'un humour au demeurant bien présent. La personnalité de certains personnages (le caractère de Facile, l'espièglerie d'Any) et quelques expressions amusantes (...la Terre vous devra une fière lampe halogène) y contribuent aussi largement. L'auteur répond même à une question que les lecteurs de Tolkien se sont tous posés : oui les femmes des nains ont de la barbe, et bien fournie !

Alors, de l'action, de l'humour, du suspens et même quelques formes de vie étranges (les éphémères des sables, la Tan El Za), le résultat est plutôt agréable. On regrettera peut-être le peu de prise sur les évènements d'un héros qui remet souvent son sort entre les mains de ses amis, l'entrée tardive dans le récit de certains personnages ou la présence d'autres qui n'apportent pas à grand chose au déroulement de l'intrigue.

Enfin, la chute du roman, avec son deus ex machina venant faire le ménage parmi les méchants, est également en-dessous de mes espérances. Elle enlève un peu de sel à la victoire de nos héros et donne l'impression que leur périple était inutile puisque le dieu Fulgawy aurait très bien pu se débrouiller tout seul.

Fleuve Noir Anticipation - 1991