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SF EMOI

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10 juin 2016

A TRAVERS LA SIBERIE ORIENTALE - IVAN GONTCHAROV

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Me fiant au titre de ce petit recueil, je pensai être parti pour un récit de voyage qui allait me faire découvrir la Sibérie du XIXème siècle, son froid légendaire et les peuples qui y vivent. Je me suis hélas bien trompé car, si Gontcharov a bel et bien trouvé la matière de la nouvelle-titre dans ses souvenirs de voyage, son texte n’a pas grand-chose à voir avec cet exercice littéraire.

Nous sommes plutôt en présence d’une sorte de journal, de compte rendu un peu brut de ses rencontres avec les membres de la bonne société de Yakoutsk et d’Irkoutsk. Nous faisons connaissance avec le gouverneur, l’archevêque et tout ce que ce coin de Sibérie compte comme notables et aristocrates. C’est une succession de portraits sans grand intérêt et seul celui d’Ivan Ivanovitch Andreïev et de ses quarante vodkas journalières m’a un peu amusé. Mais tout cela reste très mondain et ne sert qu’à prouver que Gontcharov connaissait du beau monde. Bref, un exercice assez vain, une déception. 

L’auteur en a d’ailleurs pleinement conscience puisqu’il conclut son récit sur ces mots : « Ces « Souvenirs de Yakoutsk » ne sont pas grand-chose dira le lecteur. Que faire ? En mon temps, j’ai écrit ce que je pouvais, et qui se trouve dans le livre que j’ai publié. J’écris le reste de mémoire, à travers la brume du passé : il n’est pas étonnant que le résultat soit brumeux… ».   

« Est-il bien ou mal de vivre en ce monde ? » ne m’a pas plus emballé.  Ecrite dans un style extrêmement pompeux, cette « étude philosophico-esthétique » est extrêmement ennuyeuse. L’auteur y fait dans l’envolée lyrique, célèbre les arts et les lettres mais oublie chemin faisant qu’il a un lecteur à satisfaire !  

Finalement, le seul texte qui m’ait un peu intéressé est le premier. « La soupe de poisson » est une petite nouvelle égrillarde qui, l’air de rien, met le doigt sur divers aspect de la société russe : le fossé entre les classes sociales, la très grande religiosité du petit peuple et une certaine liberté de mœurs dans l’aristocratie.  

« A travers la Sibérie orientale » est donc un recueil disparate, plutôt décevant mais sans doute pas très représentatif de l’œuvre de Gontcharov. Il faudra que j’y revienne pour me faire une idée plus précise.

Editions de L'herne - 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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5 juin 2016

LES CHRONIQUES DE VONIA - HUGUES DOURIAUX

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Après un siècle de guerre contre l'empire de Tehlan, Vonia peut enfin croire à l'avènement de la paix. Le roi Illert a épousé Elka la fille de son ancien ennemi et tous deux s’apprêtent à gouverner le puissant royaume. Hélas le souverain sombre dans la folie laissant à sa jeune épouse les rênes du pouvoir. Ses puissants vassaux se sentent alors pousser des ailes et commencent à contester son autorité…  

Avec ses sept volumes et ses presque deux mille pages, « Les chroniques de Vonia » s’annonçaient comme une bonne grosse saga de fantasy pleine de bruit et de fureur. De ce seul point de vue, il me faut avouer ne pas avoir été déçu. Beaucoup de personnages, de villes et de contrées, des duels et des combats en veux-tu en voilà, de la magie blanche ou noire bref, on n’est pas volé question quantité. Pour ce qui est de la qualité en revanche, c’est une autre affaire.

Tout d’abord le roman de Douriaux est beaucoup trop manichéen. Seul le personnage d’Elka, partagée entre sa passion pour Khor Varik et son amour du pouvoir, est véritablement digne d’intérêt. Les autres se contentent de faire (en bien ou en mal) ce que l’on attend d’eux et, à de très rares exceptions près, ne nous surprennent jamais. Et c’est bien dommage car avec des vassaux se retournant contre leur suzerain, un chambellan qui complote contre sa reine, un héritier qui convoite le trône de son père, des barbares et une guerre de religion, il avait matière à nous concocter quelque chose comme un « Game of Thrones » à la française.  

Hélas, malgré un gros travail sur le background (coutumes, lieux, religions, histoire...) et la volonté de n'épargner aucun personnage, l'histoire ne décolle jamais vraiment. L'intrigue demeure convenue et, pire encore, tout semble écrit d'avance puisque les humains ne sont apparemment que les pions d'un jeu conçu par les dieux.

L'autre aspect du roman qui m'a un tantinet gêné est l'activité sexuelle débridée des personnages. Je ne pense pas être particulièrement prude mais en matière de littérature, je n’apprécie le sexe (ou la violence) que s’il est mis au service de l’intrigue. Or, dans la saga de Douriaux, c’est presque le contraire. Le nombre de scène de cul est tel qu’on a l’impression que l’histoire n’a été conçue que pour lui permettre de décrire les ébats amoureux de ses personnages. Le monsieur a certes une imagination fertile en la matière mais à raison d'une galipette par chapitre on finit tout de même par se lasser de la chose.  

Il semble d’ailleurs s’en être rendu compte puisqu’il fait dire à l’une de ses héroïnes : « Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais qu’est-ce que ça compte, le sexe, dans cette histoire ! Vous imaginez, non ? Bâtir des intrigues à partir des poils de cul des reines ? ». Il ne se prend dès lors plus beaucoup au sérieux et le dernier tome de sa saga prend des allures de parodie. Il s’y moque de sa propre intrigue, soulignant ce qu’elle peut avoir de ridicule et termine son histoire sur une note joyeusement farfelue. 

Fleuve Noir Anticipation - 1990

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

30 mai 2016

CAMARADES DE CLASSE - DIDIER DAENINCKX

 

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En consultant par erreur un courriel destiné à son compagnon, Dominique tombe sur un forum  où ses anciens camarades de classe évoquent leurs souvenirs. Usurpant son identité, elle se mêle à leurs conversations  et découvre  des pans entiers de la jeunesse de son homme.

Lorsque la cinquantaine commence à vous faire de l’œil, il arrive qu’un rien de nostalgie vous étreigne de temps à autre et vous pousse à regarder en arrière. On se souvient de nos jeunes années, de ce « vert paradis des amours enfantines » et de ceux que l'on côtoyait alors, copains de classe et amis de lycée. L'envie vous prend alors de savoir ce qu'ils sont devenus et à quoi ils peuvent bien ressembler avec quelques décennies de plus.

Or, ce qui était presque impossible il y a encore une quinzaine d'années, est devenu un jeu d’enfant grâce à la magie du web. Les sites proposant de mettre en relations les anciens condisciples sont désormais légion et l’on peut sans peine contacter ses vieux potes, ses anciennes petites amies et même visionner nos bonnes vieilles photos de classe.

Nostalgie, amitié et internet sont donc les thèmes de ce roman. Internet tout d’abord puisqu’il s’agit de l’outil qui rend possible ces retrouvailles virtuelles, gommant les distances tant géographiques que temporelles. C’est lui aussi qui donne au livre son petit côté épistolaire grâce à l’échange de courriels et de messages postés sur un forum de discussion, permettant aux différents protagonistes de découvrir leurs réactions réciproques et d’intervenir quand bon leur chante. 

Bien entendu, il est aussi question d'amitié ou, plus généralement de camaraderie. Au gré des conversations de ses enfants devenus des quinquagénaires, on se rend compte qu’elle a bien du mal à résister à l'épreuve du temps, aux déménagements et aux parcours parfois chaotiques des uns et des autres. Difficile aussi de renouer après toutes ces années quand chacun a fait son chemin, a vécu ses propres expériences et que mêmes les souvenirs sont désormais différents.

Mais c'est bien la nostalgie qui est au cœur de ce roman. La nostalgie des personnages qui se confond avec celle de l'auteur. Didier Daeninckx a peu ou prou le même âge que ses héros et partage avec eux une enfance passée dans l’une de ces banlieues rouges du nord de Paris. C'est donc un peu (beaucoup ?), de lui-même qu'il nous parle, de sa jeunesse au début des sixties, des yéyés, des cinémas de quartier, des réunions des jeunesses communistes...

Pour éviter de sombrer dans la flânerie douce-amère, l'auteur a inséré au milieu de ces/ses souvenirs une minuscule énigme en la personne d’un trublion qui vient perturber les retrouvailles avec ses insinuations pernicieuses. Les inimitiés, les rancoeurs et les jalousies resurgissent  rappelant à chacun que tout n’était pas si rose même si, le temps aidant, on a tendance à enjoliver.

Gallimard - 2008

24 mai 2016

DANS LES BLIZZARDS DU TEMPS - R. M. HAHN & H. PUSCH

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Dawson City, Canada, 1897. Comme des dizaines de milliers d’hommes et de femmes venus des quatre coins du monde, Nick Scott vient de débarquer au Klondike.  Mais à la différence de ces aventuriers attirés par l’or et l’argent facile, il ne semble pas être là pour faire fortune. Il n’est même pas très sûr de ses motivations et à parfois le sentiment d’être étranger à son époque. De désagréables rencontres vont venir confirmer ses impressions. 

Le thème du voyage dans le temps est un classique de la science-fiction. Il lui a donné quelques un de ses chefs-d’œuvre et je dois avouer que la notion de boucle temporelle constitue à mes yeux l’un des concepts les plus vertigineux de ce genre littéraire. L’un des plus galvaudé aussi, usé jusqu’à la trame par quantité de piètres romans et de mauvais films. Or, ce roman de SF allemande me semblait aborder le voyage temporel sous un angle moins conventionnel que d’habitude.

 L’idée de touristes du temps, de « temponautes » comme les appellent Hanh et Pusch, n’est pourtant pas neuve. Ce qui en revanche l’est beaucoup plus, c’est de l’envisager d’un point de vue économique par le biais d’une guerre commerciale entre deux sociétés rivales se disputant les segments temporels les plus lucratifs. Une approche originale et particulièrement judicieuse mais qui n’a malheureusement pas dépassé le stade des bonnes intentions.

Une fois posée le principe d’une compétition acharnée entre des multinationales qui n’hésitent devant rien pour débusquer leurs concurrents et détruire leurs portes temporelles, le récit s’enlise et finit par se résumer à une longue course poursuite à travers le grand nord canadien. J’ai presque eu le sentiment que l’argument scientifique ne servait qu’à justifier cette balade dans le Klondike de la ruée vers l’or de 1896. Pas de réalité alternative, pas le moindre paradoxe temporel même si les personnages passent leur temps à en parler sans pour autant faire grand-chose pour les éviter.

Son évocation des étendues glacées et encore presque vierges de ce coin du Canada est somme toute assez réaliste. Les conditions de vie des pionniers attirés par l’appât du gain dans ce pays inhospitalier sont plutôt bien restituées et cela donne à l’histoire une allure de western hivernal avec trappeurs et chercheurs d’or, chiens de traîneaux et pisteurs indiens. Un ersatz de roman de Jack London auquel les auteurs ont d’ailleurs réservé un petit rôle dans leur histoire. Un clin d’oeuil sympathique mais qui ne suffit pas à sauver l’ensemble du naufrage dans les eaux glacées du Yukon.

Opta - Galaxie Bis - 1985

17 mai 2016

L'ARMURE DE VENGEANCE - SERGE BRUSSOLO

9782253170969-TA la suite d'un enchaînement de circonstances étranges, Jehan de Montpéril est chargé de faire la lumière sur une série de meurtres commis sur les épouses et les enfants de seigneurs locaux. Son enquête lui fera suspecter tour à tour l'entourage d'un hobereau puis les membres d'une troupe de saltimbanques. Il devra surtout découvrir le rôle exact joué par une mystérieuse armure noire qui semble animée d'une existence maléfique. 

Ce roman est le second et déjà le dernier que l'auteur a consacré au personnage de Jehan de Montpéril. Je le regrette un peu car ce bûcheron fait chevalier pour son courage au combat m'était bien sympathique. L'ambiguïté de sa situation surtout, en faisait un héros peu commun. Méprisé par la noblesse qui lui reproche ses origines roturières et mal à l'aise parmi le peuple qui ne le considère plus comme l'un des siens et se méfie même un peu de lui, il compose une figure originale dans ce moyen-âge par ailleurs tout à fait traditionnel.

D'un naturel simple et droit, Jehan fait en effet figure d'exception au milieu de seigneurs arrogants et de moines obtus et vindicatifs. Sa naïveté lui vaudra d'ailleurs d'être baladé par les uns et les autres tel un pion dans un jeu qui le dépasse.

Mais Jehan n'est pas le seul à se sentir dépassé par cette enquête difficile. Le lecteur se retrouve lui aussi perdu au milieu de très nombreux suspects - en fait presque tous les personnages - et cherchera en vain l'identité du coupable. Il faut dire que l'auteur a brouillé les pistes dès le début et bien malin celui qui découvrira avant l'heure le meurtrier.

Tout cela nous donne un polar historique bourré de fausses pistes, sans temps morts et aux rebondissements incessants. Un récit placé sous le signe de la passion (amour, quête d'absolu, vengeance) et agrémenté de quelques scènes ultra violentes dont la mort d'un homme dévoré vif par une meute de chiens ou celle d'un bébé mis à rôtir dans une armure...

Editions du Masque - Livre de Poche

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12 mai 2016

LES ENNEMIS - P-J HERAULT

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A l’issue d’un combat entre un patrouilleur végien et un destructeur centaurien, quelques dizaines de rescapés des deux bords sont contraint de se poser sur une planète des confins peuplée de créatures du Jurassique. Sans espoir d’être secourus, les ennemis d’hier vont devoir s’apprivoiser pour survivre et peut-être fonder ensemble une colonie. C’est du moins ce qu’espère Ewen Pradec, un lieutenant des commandos végiens. Mais on n’efface pas comme cela huit années de guerre… 

« La négociation exige courage et persévérance, la guerre est à la portée du premier imbécile ». Cette citation tirée de « La parabole des talents » d’Octavia Buttler pourrait être la devise du héros de ce roman. Ewen Pradec fait en effet partie de ces hommes et de ces femmes capables de surmonter leurs préventions et faire taire leur rancœur lorsque les circonstances l’exigent. Tout au long du roman il s’emploie à rapprocher les naufragés, arrondissant les angles et ménageant les susceptibilités. Il a d’ailleurs fort à faire car l’opposition n’est pas qu’entre anciens ennemis, entre végiens et centauriens. Elle est aussi - et surtout - entre ceux qui s’adaptent et ceux qui restent figés, ceux qui voient loin et ceux qui raisonnent en fonction de critères désormais dépassés ou qui veulent conserver leurs anciens privilèges, maintenir une hiérarchie qui les avantage.

Ce thème de l’homme qui prend en main la destinée de ses compagnons d’infortune est un classique dans l’œuvre de P. J. Herault  tout comme d’ailleurs celui  d’ennemis contraints de faire front commun contre une terrible menace (Ceux qui ne voulaient pas mourir, La fédération de l’amas). Quant à la robinsonnade, c’est elle qui donne son cadre général au récit et permet à l’auteur de démontrer une fois de plus ses qualités de créateur d’univers et son sens du détail.

De même que son héros doit penser à tout pour permettre aux siens de survivre, P. J. ne laisse rien au hasard. C’est particulièrement sensible dans les nombreux passages où ses naufragés de l’espace doivent penser survie. Le choix du lieu où implanter une ville, la récupération du matériel  et sa transformation, les problèmes d’approvisionnement – en nourriture, en énergie – sont plus importants et plus intéressants que les scènes de combats contre les vilains dinosaures. Cela a beau être de la SF, tout paraît ici bien réel car expliqué et justifié.

On sent en tout cas que P. J. se plait à imaginer les prémisses d’une nouvelle société loin du carcan des règles anciennes. Une société fondée sur la recherche du bien commun où les décisions ne seraient pas imposées par les politiciens et les militaires responsables de la guerre («Une guerre ne se déclare pas toute seule, ce sont des hommes qui, par ambition personnelle, ou par incapacité, la laisse éclater, ou la provoquent délibérément»), une société où gouverner serait un sacerdoce, non une sinécure («Commander, cela veut dire être responsable des prolongements de tous ses actes, avoir prévu toutes les possibilités et les assumer»).

Notons enfin que malgré une confrontation parfois explosive entre les protagonistes, pas un seul mort n’est à déplorer. La preuve que l’on peut faire un bon roman d’action sans pour autant avoir un macchabée toutes les dix pages. La preuve aussi que la discussion, l’échange de points de vue et surtout, l’écoute, peuvent faire des miracles !

L'Officine - Fantastic Fiction - 2005

 

 

6 mai 2016

L'OEIL DE PÂQUES - JEAN TEULE

9782266220095

Qui a percé un tunnel dans la Manche ou, dit autrement, qui a fait un trou dans le crâne de Lucy Channel ? Est-ce Pâques la jeune femme à laquelle elle donnait des leçons de chant ? Est-ce Louis Levillain, le mari de son infirmière qui souhaitait faire main basse sur son argenterie ? Ou bien l'un des nombreux autres louftingues qui semblent s'être donné rendez-vous à Calais ?

Lorsque j'ai entamé ce polar de Jean Teulé, je me doutais bien que ça ne ressemblerai ni à du Simenon ni à de l'Agatha Christie. Ce en quoi je ne me suis pas trompé puisque, s'il y a bien meurtre et enquête, l'auteur s'attache davantage aux lieux et aux personnages qu'il décrits d'ailleurs avec beaucoup d'originalité et d'humour.

Côté décor, Teulé remonte carrément à la nuit des temps, lorsque la Terre n'a pas encore la gueule qu'on lui connaît et que les continents commencent à peine à se former. L'auteur nous montre la naissance de la vallée du Riff et des falaises de la côte d'albâtre avec les drôles d'animaux d'alors, ces dinosaures aux blazes imprononçables. Des noms et des lieux qui reviendront tout au long du récit, à la faveur de clins d'œil et de jeux de mots.

Pour les personnages, la remontée dans le temps n'est pas aussi vertigineuse. Trente ans, quinze ans ou deux semaines en arrière pour faire connaissance avec une française élevée dans un ashram ou un radio-tagueur guyanais et pour comprendre l'origine de la vocation d'un médecin légiste et d'un juge. Ajoutons-y pour faire bonne mesure un commissaire hydrophobe, un bricoleur de génie qui rêve de devenir chauffeur de taxi, une infirmière et une cantatrice chauve, et cela nous donne une belle brochette de personnages passablement barrés.

La résolution de l'énigme policière ira néanmoins à son terme mais se fera avec une logique surprenante et grâce à un ensemble de coïncidences un peu outrées. A l'instar d'un puzzle psychédélique, les pistes se rejoignent, les destinées s'emboîtent tandis que les personnages se découvrent quantité de points communs. Tout se termine fort logiquement par un happy end un peu immoral mais qui respire la joie et la bonne humeur, ce qui n'est pas si fréquent chez l'auteur.

"L'oeil de Pâques" est le deuxième roman de Jean Teulé mais on y trouve déjà ce ton à la fois trash et poétique qui sont sa marque de fabrique et sans doute aussi l'une des causes de ses succès futurs.

Julliard - Pocket - 2011

 

 

 

 

30 avril 2016

LE NUAGE VERT - A. S. NEILL

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Neuf élèves de l'école expérimentale de Summerhill et leur directeur prennent place à bord du dirigeable de leur ami le millionnaire Pyecraft pour tenter de battre le record du monde d'altitude. Alors qu'ils évoluent à près de 30.000 mètres, un mystérieux nuage vert se répand à la surface de la Terre, transformant tous les humains en statues de pierre. Livrés à eux-mêmes, les enfants et les deux adultes vont profiter d'une liberté désormais absolue tout en composant avec un environnement devenu plus dangereux.

Alexander Sutherland Neill est surtout connu pour être le fondateur de l'école de Summerhill, cet établissement d'enseignement alternatif dans lequel il mit en pratique sa vie durant ses idées libertaires. Le nuage vert est un produit dérivé de ses méthodes éducatives. Il s'agit à l'origine d'une histoire qu'il racontait à ses élèves et qu'il faisait évoluer en fonction de leurs réactions. Des réactions qui ont été rapportées et qui figurent à la fin de chaque chapitre, mettant en lumière "l'innocence perverse" des enfants mais aussi la maturité et l'esprit d'à-propos dont ils font preuve pour peu que l'on sache les intéresser à ce qui les entoure.

C'est sans doute pour stimuler leur imagination que A. S. Neill a choisi pour cadre à son récit un univers post-apocalyptique. Ce thème lui permet de proposer à ses auditeurs et lecteurs, un monde débarrassé de ses institutions, de ses lois, de ses règles et surtout des adultes qui les appliquent. Un monde vierge de morale et d'idées préconçues dans lequel les jeunes survivants peuvent agir à leur guise et se faire leur propre opinion sans tenir compte de celle d'autrui. En un mot : expérimenter.

Et les petits démons s'en donnent à cœur joie. Ils pillent les magasins de bonbons, se saoulent au champagne, pilotent des trains, des avions et des sous-marins. Ils s'amusent à bombarder les villes, font la guerre aux derniers franquistes et affrontent même quelques gangsters à Chicago (le récit date de 1938). Cela ne les empêche pas d'assumer leurs nouvelles responsabilités lorsque les circonstances l'exigent. On les verra ainsi organiser leur défense contre les bêtes sauvages, cultiver et chasser leur pitance et même réfléchir à leur avenir.

Mais en dépit du soin que met l'auteur à confronter ces jeunes héros à des situations sérieuses et souvent dangereuses, le ton général du livre reste bien enfantin. Les adultes amateurs de SF auront du mal à y trouver leur compte même si le récit évoque un certain nombre d'idées que l'on retrouvera dans maints ouvrages post-apocalyptiques au point de devenir des figures imposées du genre. Je pense notamment à la lutte contre des hordes de chiens redevenus sauvages ou contre la prolifération des rats, la volonté d'initier une nouvelle société ou encore le thème du dernier survivant.

A la fois conte pour enfant, roman de science-fiction et ouvrage pédagogique, Le nuage vert est un livre étrange, témoignage d'une époque et d'une certaine philosophie de l'éducation.

OCDL - 1979

 

 

25 avril 2016

JUSTE UN REGARD - HARLAN COBEN

9782266159722Il aura suffi d'un malheureux cliché glissé dans ses photos de vacances pour que la vie de Grace Lawson soit bouleversée. Son époux disparaît, un dangereux criminel menace ses enfants et la police semble impuissante à les protéger. Déterminée à protéger sa famille et se méfiant désormais de tout le monde, Grace va mener sa propre enquête avec l’aide, toute paradoxale, d'un dangereux mafieux.

En dépit de sa réputation de maître du thriller, je ne connaissais jusqu’à présent Harlan Coben  qu’au travers de l’adaptation cinématographique de son roman le plus connu : « Ne le dis à personne ». Le film ne m’ayant guère emballé (la faute à François Cluzet) je n’avais encore jamais eu l’idée de lire un de ces bouquins. Cet oubli est désormais réparé mais il n’est pas sûr que je renouvelle l’expérience.

Le résultat est pourtant efficace : pas de temps mort, des indices distillés au compte-goutte, de l’action juste ce qu’il faut, l’ami Coben connaît son métier. Il alterne parfaitement les passages angoissants avec un tueur bien flippant (une espèce d’ostéopathe dément capable de vous briser les os un par un) et d’autres plus calmes qui permettent de souffler un peu. Mais surtout, son intrigue tient vraiment la route et j’avoue ne pas l’avoir éventée avant la révélation finale, ce qui est plutôt une bonne chose.

Néanmoins, son roman souffre d’un certain nombre de petits défauts. Tout d’abord il y a le style. Celui d’Harlan Coben est extrêmement simpliste : descriptions sommaires, dialogues excessivement longs et nombreux, situations un peu convenues, il va à l’essentiel, se reposant sur la qualité de l’énigme qu’il nous propose. On sent également un peu trop les ficelles du métier en particulier dans la façon dont les personnages secondaires entrent en scène.

Il m’est aussi apparu que son intrigue, en dépit de son intérêt, était beaucoup trop proche de celle de « Ne le dit à personne ». Dans les deux cas nous sommes en présence d’un personnage qui enquête sur la disparition de son conjoint, qui doit lutter contre un ennemi prêt à tout et qui trouve une aide inattendue auprès d’un caïd du milieu. On retrouve aussi la même idée de fuite, de dissimulation pour échapper à une vengeance, bref, cela donne un peu l’impression que l’auteur a trouvé la recette qui fonctionne et qu’il est bien décidé à l’exploiter à fond.

Pocket - 2011

 

 

 

 

 

 

20 avril 2016

LE CHOIX - PAUL J. McAULEY

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Damian et Lucas sont deux amis inséparables. Le premier vit avec son père, un homme brutal qui le bat comme plâtre. Le second prend soin de sa mère, une activiste écolo en phase terminale. Tous deux habitent sur la côte est de l’Angleterre à moitié immergée depuis  que le réchauffement climatique a fait fondre la calotte glaciaire. Ils rêvent évasion ou aventures et pourquoi pas emprunter l’un de ces trous de ver laissé par les extraterrestres et qui, parait-il, conduisent sur d’autres mondes. Alors, quand ils apprennent qu’un vaisseau alien se serait échoué à proximité, ils se lancent aussitôt à sa recherche.

Si les deux premiers chapitres de cette novella de 83 pages constituent une excellente entrée en matière, décrivant parfaitement le back-ground et permettant au lecteur de prendre tranquillement ses marques, la suite du récit est plus bancale. Après un très long passage narrant la virée des deux copains, leur découverte du "dragon" et le vol d'un artefact extra-terrestre tout va beaucoup trop vite. On a le sentiment que l'auteur est soit pressé d'en finir, soit contraint de faire court par le format choisi. On est donc un tantinet frustré d'autant que l'univers où évoluent ses personnages s'avère passionnant.

Ce bout de côte anglaise grignoté par la montée des eaux, sa population qui survit d'artisanat et de débrouille, le contraste entre technologie et régression ou encore la menace, réelle ou fantasmée, des extra-terrestres, tout cela donne une ambiance particulière. On éprouve comme une impression d'attente, un sentiment de provisoire ou d'inachevé. C'est un monde qui semble sur sa fin mais dans lequel les jeunes héros sont parfaitement à l'aise.

Paul McAuley nous brosse un portrait subtil de ces deux ados à la croisée des chemins. Bien davantage que leur aventure maritime et ses prolongements dramatiques, c’est ce soin tout particulier apporté à leur psychologie qui constitue le meilleur atout de son histoire. Le regard qu’ils portent sur le monde, leurs attentes et leurs doutes sont parfaitement rendus. C’est un joli récit d’apprentissage et de passage à l’âge adulte où la question du choix - entre le bien et le mal, entre la fuite et la lutte, entre les responsabilités familiales et les désirs d'émancipation - se pose de façon particulièrement brutale.

Au final, malgré une fin un peu bâclée et un recours à des E-T qui n’apportent pas une grande plus-value à son intrigue, ce texte de McAuley m'a beaucoup plu. Le Bélial et sa collection "Une heure lumière" ont donc fait un fort bon CHOIX avec cette novella qui m'a fait passer une heure de lecture peut-être pas lumineuse mais en tout cas bien agréable.

Le Bélial' - Une Heure Lumière - 2016

13 avril 2016

LES COMPAGNONS DE JEHU - ALEXANDRE DUMAS

sqkrqa1799, les chouans bretons avec à leur tête Georges Cadoudal continuent de narguer la toute jeune république. Ils sont aidés par les Compagnons de Jéhu, de jeunes royalistes qui les soutiennent financièrement en attaquant les transports de fonds du gouvernement. Décidé à mettre un terme à l’insurrection, Bonaparte charge son aide de Camp, l’intrépide Roland de Montrevel, de traquer ces insaisissables voleurs. Le jeune officier ignore encore que sa sœur s'est mariée en secret avec leur chef...

Chronologiquement parlant, "Les compagnons de Jéhu" est la suite immédiate de "Les Blancs et les bleus". Il débute en effet par le retour en France de Bonaparte après sa campagne d'Egypte et nous conte encore quelques-unes des grandes heures de l'histoire de France, notamment le coup d'état du 18 brumaire qui lui permit de s'emparer du pouvoir. Mais si dans "Les blancs et les bleus", Alexandre Dumas faisait davantage œuvre d'historien que de romancier,  ici le romanesque reprend tous ses droits.

Duels, société secrètes, passages dissimulés et refuge dans les cavernes, les grands thèmes du roman d’aventures ont été conviés pour nous donner une histoire enlevée et sans temps morts. D’Avignon à Paris en passant par la Bretagne et la Bresse, on chevauche à brides abattues, on attaque les diligences et on s’écharpe entre gentils républicains et vilains royalistes, à moins que ce ne soit le contraire.

Amour, honneur et dévouement, tous les personnages sont animés de nobles sentiments. Les jeunes filles se meurent d'amour, (au propre comme au figuré) et les jeunes gens montent à l'échafaud le sourire aux lèvres. Parmi ceux-ci on distingue bien sûr les deux héros, Charles de Saint-Hermine et Roland de Montrevel, le bandit par devoir et l’officier suicidaire, qui se livrent  tout au long du roman à une partie de cache-cache qui se terminera dans le sang et les larmes.

L’histoire est donc assez mélodramatique mais il y a tout de même un peu d'humour dont le moindre n’est pas le sort paradoxal de Roland de Montrevel qui cherche une mort héroïque mais que ses ennemis épargnent  pour respecter une promesse faite par leur chef à la sœur du jeune officier !

Marabout Géant

 

 

5 avril 2016

DEJA PRESQUE LA FIN - RICHARD BESSIERE

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Depuis le Grand Bouleversement de 2002 qui vit la Terre ravagée par de gigantesques tremblements de terre provoqués par l’utilisation massive d’armes nucléaires, l’humanité  est confrontée à de terribles maux : pollution, radiations, mutations… Un régime totalitaire et eugéniste a étendu son emprise sur ce qui reste de la France, contrôlant, emprisonnant, rééduquant. Dans cette société de violence et de privations, un groupe d’amis survit tant bien que mal de récup’ sur les ruines des anciennes cités. L’irruption dans leur vie d’un jeune mutant va changer leur existence et leur ouvrir une petite lucarne d’espoir.

Richard-Bessière est l'un des piliers de la collection "Fleuve Noir Anticipation" pour laquelle il a écrit une centaine de titres dont les quatre premiers. De la quantité donc mais pour ce qui est de la qualité je serai plus réservé au vu de ce roman qui m’a paru bien faible tant au niveau de l'histoire que du style. Un style plus maladroit que véritablement simpliste mais qui réduit tout de même considérablement le plaisir de la lecture. Les dialogues sont assez sommaires et sonnent le plus souvent affreusement faux, certains passages sans intérêt traînent en longueur tandis que d'autres scènes, importantes pour le développement de l'intrigue, sont expédiées en un paragraphe, les transitions sont souvent elliptiques, il y a des ruptures de rythme, bref le roman manque sérieusement d'unité.


Même reproche côté intrigue puisque nous avons affaire à un patchwork de différents thèmes de la SF (futur post-apocalyptique, société totalitaire, chasse aux mutants) dont aucun n'est traité avec sérieux. L'auteur se disperse, prend un peu de l'un (une ville dévastée, des animaux mutants) puis de l'autre (une politique eugéniste et liberticide, un environnement ultra violent…) donnant au lecteur la désagréable impression d'un empilage au petit bonheur. Il se perd en outre dans des explications assez spécieuses sur le déclin des sociétés occidentales qui, selon lui, serait causée par la disparition de la morale ainsi que dans des considérations assez vaines sur Dieu, la création et la vacuité de l'existence.


Ce roman recèle tout de même quelques scènes assez bien tournées, notamment celle qui nous montre un groupe d’amis redécouvrant les livres, le plaisir et les connaissances qu'ils procurent. Il y a aussi une ou deux idées intéressantes dont ces Fêtes de la Lumière et de la Renaissance au cours desquelles il est possible de laisser aller ses plus bas instincts, tuer, violer et incendier sans que les autorités n’interviennent . Et oui, le concept d’American Nighmare a été inventé en France il y a près de 40 ans !

Fleuve Noir Anticipation - 1977

30 mars 2016

L'ÎLE DES RÊVES - KEIZO HINO

imagesShôzô Sakai est un veuf d’une cinquantaine d’années qui passe l’essentiel de son temps libre à déambuler dans Tôkyô pour admirer les tours de verre et d’acier qui fleurissent un peu partout dans la ville. S’étant un jour égaré sur les vastes terre-pleins qui bordent la zone portuaire il fait la connaissance d’une jeune femme excentrique qui va lui ouvrir les portes d’un univers étrange en marge de la ville et du temps.  

J'ai toujours eu un petit faible pour les romans qui, sans verser dans le fantastique ou la science-fiction, baignent dans une atmosphère étrange, onirique ou surréaliste. C'est exactement le cas de cette "Ile des rêves" qui nous fait évoluer dans un Tôkyô décalé, bien loin des quartiers traditionnels ou futuristes de la célèbre cité nippone.

Dans ce roman particulièrement minimaliste (un entrepôt, un bout de digue et seulement trois personnages) Keizo Hino nous emmène voir ce qui se cache derrière notre environnement quotidien. Il nous fait découvrir les vestiges de l’ancienne cité et nous promène dans les quartiers industriels ou sur les terrains vagues, nous forçant à regarder ces lieux déclassés où l'on ne met habituellement pas les pieds. Son île est ainsi un témoignage du passé recouvert par le modernisme des constructions d'après-guerre. Elle est aussi la preuve vivante de l’impact  du mode de vie occidental sur notre environnement. Elle est à la fois ce qu'on a oublié et ce que l'on préfère ignorer, un témoignage de notre passé et une vision de notre futur.

Mais pour le découvrir, encore faut-il s'engager sur des chemins de traverse et aller regarder le monde sous un angle nouveau. Comme Monsieur Sakai, ce n’est qu’en rompant avec notre routine que l’on peut accéder à ce monde parallèle. Pour cela, il faut accepter de sortir de sa zone de confort, il faut expérimenter, se mettre en danger.

« L’île des rêves » est donc autant une réflexion sur la ville et la place de l’homme dans l’habitat urbain qu’un appel à changer des habitudes qui, peut-être, nous font passer à côté de l’essentiel. C’est en tout cas un roman déconcertant qui m’a laissé une impression profonde. Il m’a aussi rappelé une autre île, de béton celle-là, dans laquelle James Ballard explorait déjà  les réactions de trois individus confrontés aux aberrations d’une urbanisation anarchique.

Philippe Picquier - 2012

 

 

25 mars 2016

NOUS ENTRERONS DANS LA LUMIERE - MICHELE ASTRUD

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L’homme a une fois de plus salopé sa planète et la bombe climatique qu’il a façonnée est en train de lui péter à la gueule. La France subit une sécheresse depuis déjà trois ans et les institutions du pays se délitent progressivement. Dans un pays où le règne du plus fort est en train de s’instaurer, un homme va tenter de renouer une relation avec sa fille malade tout en essayant de sauver les archives vidéo d’une vieille amie.

 

Cela fait déjà un paquet d’années que le post-apo a débordé les strictes limites de la SF pour se faire une petite place en littérature blanche. Il y a ainsi eu « Le voyage d’Anna Blume »  de Paul Auster et « La route »  de Cormac McCarthy pour ne citer que les plus célèbres. Mais bien d’autres ont depuis emboîté le pas à ces auteurs reconnus.

Rien de surprenant à cela. Le post-apo est un terrain propice aux expérimentations de toutes sortes, une façon de tabula rasa où l’écrivain peut, tout en conservant une part plus ou moins grande de notre réalité quotidienne, affranchir ses personnages des lois et des conventions de la société qu’il fait disparaître. Il peut ainsi les confronter au débordement des passions, tester leurs réactions face à l’inconnu, les laisser, au choix, détruire ou reconstruire, inventer ou régresser. Le post-apo, c’est le champ de tous les possibles.

La cause de l’apocalypse est en revanche assez secondaire. Dans « Nous entrerons dans la lumière » c’est une sécheresse exceptionnelle qui a raison de la cohésion de la société française. On ne sait presque rien de son origine. On ne peut qu’en constater les effets : la fuite à l'étranger de ceux qui en ont les moyens, le repli égoïste de ceux qui ont encore quelque chose, le rassemblement en meutes de jeunes loups de ceux qui n'ont plus rien.

Antoine le narrateur n’a lui-même plus grand-chose si ce n’est des responsabilités. Des responsabilités envers sa femme qui le presse de le rejoindre en Amérique ; envers l’oeuvre de documentariste de Sonia son amour de jeunesse ; envers sa fille Chloé, internée dans une institution psychiatrique depuis une dizaine d’années.

Trois femmes donc et trois façons de penser sa vie. Celle de son épouse tout d’abord qui ne pense qu'à l'avenir, à épargner, à prévoir, à se faire une situation fut-ce au détriment de sa famille. Celle de l'assistante de Sonia qui garde les yeux rivés vers le passé, ne pense qu’à conserver ses archives, préserver la mémoire bref qui ne vit  que pour et par des souvenirs. Il y a enfin sa fille qui, elle, est profondément ancrée dans le présent. Sans mémoire du passé et sans attente précise de l’avenir, elle ne réclame qu’un peu de temps et d’attention, des moments de partage, joies et peines confondues.

En fait, cette histoire m’a semblé être une parabole non pas sur le sens de l’existence mais sur la façon dont nous choisissons de l’affronter. Et c’est précisément là que cet univers post-apocalyptique retenu par l’auteur prend tout son sens puisque ce sont les évènements qui vont imposer leur choix aux personnages.

La précarité de leur situation va en effet leur imposer de vivre dans l’instant. Par la force des choses, Antoine va se dépouiller de son ancienne vie, de son confort et de toutes les choses qu'il croyait indispensables. Il retrouvera alors la spontanéité qu’il avait perdue et finira par accepter ce présent qui n’est pas nécessairement oubli du passé ni rejet du futur mais qui au contraire se nourrit des expériences vécues tout en demeurant ouvert à la nouveauté.

Cette histoire de relation père/fille dans un monde en pleine transformation est donc particulièrement touchante. J’ai pour ma part beaucoup aimé ce portrait de père qui prend enfin le temps de regarder grandir sa fille et qui finit par se rendre compte que les enfants sont bien plus forts qu’on ne le pense et sans doute plus aptes que nous à affronter le futur. Et d’ailleurs, le futur, n’est-ce pas eux ?

Aux Forges de Vulcain - 2016

21 mars 2016

LA BÊTE DE MISERICORDE - FREDRIC BROWN

9782757824818

Découvrir un cadavre dans son jardin n'est jamais très agréable, surtout si la police se met à vous suspecter. John Medley est pourtant un paisible retraité qui semble bien incapable de tuer qui que ce soit. Pourquoi donc l'inspecteur Ramos semble convaincu du contraire ?

 

J'ai déjà lus quelques livres de Fredric Brown. L'un de SF humoristique (bof) et deux excellents romans policiers : L'esprit de la chose qui mélange SF et enquête policière et La nuit du Jabberwock qui est aussi un superbe hommage à Alice au pays des merveilles. Sans être tout à fait du même niveau, La bête de miséricorde est un bon polar, original et déconcertant.


On est en effet un peu surpris d'être informé si tôt dans l'histoire de l'identité et des motivations de l'assassin. Dès lors, les investigations des deux policiers manquent un peu d'intérêt d'autant qu'elles n'aboutissent pas malgré la conviction, justifiée, de l'un d'eux. La recherche de l'assassin semble d'ailleurs devenir secondaire et s'efface derrière une foule de menus faits quotidiens.


Il faut préciser que La bête de miséricorde est un roman choral dans lequel chaque chapitre nous est raconté par l'un des personnages, principalement les deux policiers chargés de l'enquête. Cela permet bien sûr de vivre celle-ci de l'intérieur et de suivre le cheminement de leurs réflexions et de leurs déductions. Cela permet aussi d'avoir accès à leurs impressions, de connaître leur état d'esprit et même de découvrir leur univers extra-professionnel. On apprend ainsi beaucoup sur l'état de la société américaine des années soixante, sur les relations de couple, les problèmes d'ordre économique ou les préjugés raciaux.


Mais alors que l'on commence à trouver le temps long et à penser qu'il ne se passera plus grand chose, deux rebondissements viennent nous contredire pour amener une chute que l'on croit d'abord deviner pour finalement se rendre compte qu'on s'est fait blouser. Grâce à une pirouette finale, Brown déjoue tous les pronostics et parvient, in extremis, à nous surprendre. Chapeau l'artiste !

Points Romans Noirs - 2011

16 mars 2016

LES MILLE ET UNE GAFFES DE L'ANGE GARDIEN ARIEL AUVINEN - ARTO PAASILINNA

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Après de nombreuses années de bons et loyaux services dans une usine de transformation du bois, Aaaro Korhonen a décidé de s’installer dans la capitale. Un concours de circonstance l’ayant amené à faire l’acquisition d’une pâtisserie, il décide de la transformer en librairie d’occasion avec l’aide d’une serveuse dont il s’est amouraché. Tout irait donc pour le mieux si le Ciel ne l’avait doté d’un ange-gardien particulièrement maladroit.

J’ai découvert Arto Paasilinna il y a une vingtaine d’années en lisant « Le fils du dieu de l’orage » et je n’ai depuis jamais manqué la sortie d’un nouvel opus du sympathique écrivain finlandais. J’aime me replonger dans son univers complètement loufoque et côtoyer ses personnages au caractère bien trempés qui n’ont pas peur de vivre à fond  leurs passions ou leurs lubies. Leur confrontation avec la société bien-pensante est en général explosive et l’humour, la démesure et le grotesque sont toujours au rendez-vous.


Ces ingrédients sont malheureusement distillés avec parcimonie dans ce roman, le quinzième édité en France. Cela est sans doute dû au fait que les personnages sont beaucoup plus sages qu’à l’accoutumée, mènent une vie bien pépère et sont parfaitement intégrés à la société. Il en découle fatalement des situations moins cocasses, justes quelques quiproquos tenant au fait que le héros se déplace en corbillard.


Les interventions malencontreuses d’Ariel Auvinen apportent bien un peu de piment dans la vie du pauvre Aaro Korhonen mais toutes ces bourdes finissent par devenir répétitives et ne changent pas beaucoup l’existence de son souffre-douleur. Finalement, les passages les plus intéressants sont ceux où un démon tente de débaucher cet ange-gardien si doué pour faire le malheur ou encore lorsqu'il se fait remonter les bretelles par l'ange Gabriel.


Bref l’histoire manque de relief, l’humour est bien trop timide et la satire sociale totalement absente. C’est donc un Paasilinna très en-dessous de la moyenne que l’on lira néanmoins si, comme moi, on est un inconditionnel de l’auteur. Les autres n’auront qu’à piocher un autre titre : « Le fils du dieu de l’orage » par exemple !

Gallimard - Folio - 2015

10 mars 2016

CONTES DE LA FOLIE ORDINAIRE - CHARLES BUKOWSKI

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Quand on s'apprête à lire un bouquin de Bukowski on sait d'avance qu'il sera question de baise, d'alcool et de défonce en tout genre. Le bonhomme n’a rien d’un esthète ou d’un fin gourmet. Il est plutôt du genre à préférer une canette de bière à une coupe du meilleur champagne. Et c’est pareil côté style. Pas de phrases léchées, de jolies tournures ou de vocabulaire soigneusement choisi. Son écriture est spontanée, très parlée, accompagnée le plus souvent d’un langage ordurier du style : « Je vais te b….r jusqu'à l'os, je vais te b….r jusqu'à ce que la m…e te sorte du c.l. ». Les cul-serrés et les âmes sensibles passeront donc leur chemin. Les autres vivront une expérience inédite, pas forcément glamour mais néanmoins très enrichissante.

De ce recueil, deux nouvelles sortent du lot en ce sens qu'elles appartiennent au domaine de la SF et du fantastique : «Le petit ramoneur» est un peu une version trash de « L'homme qui rétrécit » dans laquelle une sorcière rapetisse son mari afin de le transformer en sex toy grandeur nature et «La machine à baiser» qui nous parle ben… d’une machine à baiser, en l’occurrence un androïde créé à l'image d'une femme et que son concepteur a décidé de prostituer. Mais même les machines peuvent tomber amoureuses…

Ces deux exceptions près, les autres textes sont tous plus ou moins autobiographiques car, qu'il s'appelle Hank, Dan, Henry ou Buk, c'est toujours de lui que l’auteur nous parle. On le découvre ainsi postier ou manutentionnaire, pigiste dans un journal (Vie et mort d’un journal underground) et  bien sûr écrivain. On apprend qu’il a fait l’expérience de la prison lorsqu'il fut incarcéré pour insoumission (J'ai vécu avec l'ennemi public n°1) et qu’il a souvent eu affaire aux représentants de la loi. On traîne avec lui dans les bars, les hôtels de passe et les taudis crasseux et on fréquente tout un monde d’ouvriers et d’employés, de putes et de traîne-misère, tous les laissés-pour-compte du rêve américain. On vit sa vie décousue,  sans fondations, perspectives ni idéal mais qu’apparemment il n’échangerait pour rien au monde.

On se demande alors si la « folie ordinaire » dont il nous parle, désigne cette existence chaotique, ce suicide alcoolisé auquel il s'adonne jour après jour, ou au contraire la vie rangée et monotone de l'américain moyen. Une vie dite normale qui semble lui causer une peur quasi panique comme en témoigne cette réflexion : « Arrivée du copilote, avec ses grosses fesses, sa lourde mâchoire, son pavillon de banlieue deux étages, ses quatre gosses et sa bonne femme cinglée. »

Ne nous y trompons pas, Bukowski n’est pas qu’un obsédé sexuel, alcoolique et obscène. En dépit de ses excès et de son sale caractère, le bonhomme est attachant. Son exubérance et sa grossièreté relèvent davantage de la franchise poussée à l’extrême que d’une réelle volonté de choquer. Chez lui pas de faux-semblants, tout est véridique, en particulier son amour de l’autre, quelque il soit, homme ou femme. Surtout les femmes…

J'ai Lu

 

2 mars 2016

LE CYCLE DE TSCHAÏ - JACK VANCE

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Le cycle de Tschaï est sans le moindre doute la plus connue et la plus emblématique des œuvres de Jack Vance, celle qui caractérise le mieux son univers et qui a fait de lui le maître incontesté du planet opera. Son intrigue est pourtant d’une grande simplicité puisque toute l’histoire repose sur la volonté d’un terrien échoué sur une planète inconnue, de trouver le moyen de retourner chez lui. Tout au long des quatre volumes qui composent ses aventures, Adam Reith cherche à mettre la main sur un vaisseau spatial capable de le ramener sur Terre. Ce faisant, il parcourt en tous sens la planète Tschaï et découvre les multiples races qui la peuplent. On le voit, il n'y a là rien de particulièrement fouillé et pourtant ses romans se dévorent en un rien de temps.

C’est que Jack Vance a du métier et sait varier ses effets. Chaque tome baigne dans une ambiance différente, médiévale pour le Chasch (caravanes commerciales, despotes régnant sur une citadelle, culte mortifère), renaissance italienne dans le Wankh (pirates, guildes d’assassins, duels) et enfin plutôt XIXème siècle, genre ruée vers l’or, pour le Dirdir. Cela lui permet d’éviter des situations par trop semblables et empêche la monotonie de s’installer. Et puis soyons honnêtes, il se passe quand même pas mal de choses. En compagnie de notre héros, nous voyageons sur mer, dans les airs et sous terre ; il y a des batailles, une chasse au trésor, des jeux du cirque et bien d'autres scènes d'action.


Mais surtout il y a son talent de créateur d’univers. L’imagination de Jack Vance est stupéfiante lorsqu’il s’agit d’inventer de toutes pièces des sociétés originales et de concevoir leur organisation et  leurs particularismes dans les moindres détails.  Il nous emmène ainsi dans la steppe du Kotan où vivent les Kruthes dont le rôle, le rang et le comportement sont définis en fonction de l’emblème qu’ils portent sur leur casque ; il nous fait débarquer à Vervodeï  en ce pays de Cath où les habitants disposent de plusieurs noms qu’ils utilisent en fonction des circonstances, nous assistons aussi aux étranges pratiques sexuelles des khors, nous baguenaudons dans Urmank la ville dédiée aux jeux d’argent et partons même à la pêche aux sequins dans les redoutables Carabas où les Dirdir chassent le gibier humain… C’est un véritable melting pot de races et de peuples, un gigantesque brassage de cultures et de traditions, un continuel mélange de modernisme et d’archaïsme.

Le très grand nombre de personnages qui peuplent ces romans compte aussi pour beaucoup dans la qualité du récit. Je passerai rapidement  sur Adam Reith qui campe un héros particulièrement monolithique, parfait représentant de cette Amérique des années soixante sûre d’elle et qui ne dévie jamais de l’objectif qu’elle s’est fixé.  Ses compagnons sont heureusement beaucoup plus nuancés et par là même plus attrayants. On voit leur personnalité évoluer au fil des romans et des expériences vécues. C’est ainsi un plaisir que de voir Zap 210 faire l’expérience de sa féminité et découvrir la sexualité ou d'assister aux changements qui s’opèrent chez Traz Onmale qui passe de l’état de barbare un peu fruste à celui de jeune homme à l’aise dans un monde moderne, sans oublier bien sûr la mauvaise foi de Anke at afram Anacho.

Mais il y a aussi quantité de seconds rôles qui apportent de l’épaisseur à l’histoire et font vivre tous ces lieux enchanteurs. J’ai ainsi pris plaisir à détester l’abominable Aïla Woudiver qui jouera plus d’un mauvais tour à notre héros ou à m’agacer du mercantilisme de Zarfo Detwiler le sympathique mais ô combien intéressé technicien lokhar. Je pense encore à Ylin-Ylan, la fleur de Cath qui sombrera dans la folie de l’Awaile, à son compatriote Dordolio Or et Cornaline le gandin insupportablement arrogant, à Baojian, à Artilo, à Cauch et tant d’autres.

Alors, si d’aucun hésitent encore à se lancer à l’assaut de ces quatre volumes, qu’ils se rassurent, le temps passe bien vite en compagnie d’Adam et de ses compagnons. Beaucoup trop vite !

J'ai Lu

25 février 2016

BAMBI BAR - YVES RAVEY

9782707320285

Que cherchent les gendarmes dans la remise de Léon ? Pourquoi ce dernier espionne-t-il Caddie, la voisine d'en face ? Quelles activités répréhensibles dissimule le Bambi Bar ? Et quel est le lien entre ces trois questions ? C'est ce que Yves Ravey nous propose de découvrir.

Je crois bien que je suis en train de devenir accroc aux romans de Yves Ravey. J'adore ses récits courts et percutants qui se distinguent par leur mode narratif si particulier, racontés le plus souvent à la première personne dans un style simple et dépouillé qui ne laisse transparaître aucun sentiment. Des récits totalement désincarnés qui ressemblent un peu à une déposition : des faits, rien que des faits. D'ailleurs le parallèle avec l'interrogatoire policier s'impose. L'auteur s'attache à laisser les faits parler d'eux-mêmes, nous laissant le soin de tirer nos propres conclusions.

Cela ne l'empêche pas de nous mener exactement où il veut et quand il le veut. Son roman débute d'ailleurs par une fausse piste, une banale histoire d'accident de la route et de délit de fuite. On pense alors que tout va tourner autour de l'enquête sur la culpabilité, réelle ou supposée, d'un conducteur indélicat jusqu'à ce que l'intrigue se déplace vers le bar à hôtesse du coin.

Et d'un coup tout s'éclaire et l'on se retrouve plongé dans une sordide affaire de traite des blanches. On découvre comment fonctionnent ces "petites entreprises familiales" qui ont fait de la prostitution leur fonds de commerce et notamment comment elles s'approvisionnent en chair fraîche dans les pays où règne la misère.

Mais Yves Ravey n'oublie pas pour autant l'aspect polar de son roman. Il parvient en seulement 92 pages à nous trousser une intrigue qui tient parfaitement la route et qui se conclue par une chute bien noire. Noire comme le désespoir. Noire comme la vengeance.

Les Editions de Minuit - 2008

20 février 2016

LES RAVISSEURS D'ETERNITE - ALAIN PARIS & JEAN-PIERRE FONTANA

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 Ce cycle de trois romans signé Paris/Fontana est assez déconcertant. Il nous plonge dans une société dystopique relativement banale et qui rappelle, toute proportion gardée bien sûr, celle des "Monades urbaines". Comme dans le chef d’œuvre de Silverberg on retrouve en effet l'idée de cités totalement isolées de leurs campagnes afin de limiter leur expansion et préserver les ressources agricoles. Une différence de taille cependant puisqu'ici la croissance démographique exponentielle est considérée comme un fléau contre lequel il faut lutter, au besoin par la manière forte. D'où la fameuse loi dite de sénilité qui permet d’euthanasier tout individu de plus de soixante-quinze ans.

Dans le premier volume (Dernier étage avant la frontière) nous suivons les mésaventures d'un apprenti biologiste victime d'une machination. Pourchassé par la police et par de redoutables tueurs il va tenter de trouver refuge à l'extérieur de la cité où il pense trouver sécurité et réponses à ses questions, tandis qu’une mystérieuse organisation en quête du secret de l’immortalité semble s'intéresser de près à son sort.

La traque du pauvre étudiant et de sa dulcinée n'est pas très passionnante. Elle permet toutefois de faire l’état des lieux d’une société peut rassurante où l'argent est roi et la police toute puissante. Nous sommes ainsi baladés à travers Nouvelle-Jéricho, l’une de ces métropoles verticales où chaque mètre carré est compté et qui sont parcourues en tous sens par les hélicobulles, les pulsotaxis et les subrails. Une bonne partie du récit se déroule aussi dans les innombrables sous-sols de la ville qui accueillent les différents équipements nécessaires à son fonctionnement (égouts, plate formes d’approvisionnement, stations d'épuration et de retraitement des déchets…).

Changement de personnages pour  "Le syndrôme Karelmann". Cette fois-ci nous emboîtons le pas à trois individus bien différents qui interviennent chacun leur tour. Il y a là Rudo Chiern expert en explosifs engagé pour dynamiter les lieux de plaisirs de la capitale, Hermann Strawn un tueur à gage chargé d’enquêter sur ces attentats et Karen Anderson une jeune biologiste qui cherche un remède au syndrome Karelmann, une maladie qui plonge ses victimes dans un état végétatif, le corps inerte mais le cerveau fonctionnant encore.

 L'essentiel de l'action se déroule à Sôroum, le quartier interlope de Nouvelle-Jéricho, lieu de perdition  mais aussi épicentre de la maladie. Nos personnages y font leurs petites affaires, se cherchent, se débusquent et s’éliminent sous l’œil tout sauf bienveillant d’Eric Wagner, le chef de la Pol Mun qui semble tirer les ficelles et jouer un double jeu.

Aucun lien ou presque avec le premier tome, exception faite de certains lieux et du susnommé Wagner dont le rôle a pris de l’ampleur. Le mystère s’épaissit et on attend avec impatiences que les auteurs veuillent bien lever le voile.

Hélas le troisième épisode (Les hommes-lézards) n’apporte qu’une réponse partielle à toutes ces énigmes. La mystérieuse organisation du premier volume a désormais un nom – Chronos - et semble décidée à s’emparer du pouvoir en déstabilisant le régime. C’est elle que l’on retrouve derrière la vague d’attentats dans le quartier Sôroum et qui fomente les violentes manifestations qui agitent la capitale. Elle a  également infiltré les institutions dont la Pol Mun puisqu’Eric Wagner s’avère être l’un de ses affidés.

Leurs projets semblent toutefois compromis par de nouveaux incidents : Eric Wagner, toujours lui, est démasqué et traqué par ses anciens subordonnés, mettant ainsi en danger les autres membres de Chronos. Plus inquiétant encore, les victimes du syndrome Karelmann dont certains auraient bien des révélations à faire, sortent de leur léthargie. Mais une mutation tissulaire s’est opérée, donnant à leur épiderme l’apparence de la peau du lézard.

Et c’est sur ce surprenant rebondissement que se clos ce cycle malheureusement inachevé. Un quatrième tome était prévu qui devait sans doute nous donner le fin mot de l’histoire. Son titre (Les froisseurs de temps) laisse en tout cas supposer que la clé est à chercher du côté de la notion de maîtrise du temps, qu’il s’agisse d’immortalité ou de paradoxe temporel…

Fleuve Noir Anticipation - 1984

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