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SF EMOI

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26 février 2017

FRANCOIS LE CHAMPI - GEORGE SAND

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Abandonné au beau milieu des champs, d'où son surnom, le petit François est recueilli par la Zabelle, une vieille paysanne démunie. Tous deux sont hébergés dans une vieille masure appartenant à Cadet Blanchet un meunier peu sympathique. Ils peuvent heureusement compter sur la générosité et le dévouement de son épouse Madeleine qui ne ménage ni ses efforts ni sa tendresse pour élever au mieux le petit François. En grandissant, l'enfant trouvé va vouer un amour inconditionnel à sa presque mère...

Je n’avais encore jamais lu de livre de George Sand et ne connaissait son œuvre qu’au travers des adaptations pour le petit écran des plus connus de ses romans champêtres, « La mare au diable », « La petite Fadette » ou « Les maîtres sonneurs ». « François le Champi » appartient lui aussi à cette série d’histoires régionalistes par lesquelles elle a rendu une sorte d’hommage à son Berry tant aimé.

Elle a cherché au travers de ces textes à composer des récits qui garderaient la fraîcheur et l’authenticité d’un conte campagnard tout en étant accessibles à l’ensemble de ses lecteurs. Elle s’est donc attachée à gommer le plus possible la rudesse du parler berrichon tout en conservant une grande simplicité de style et de nombreux emprunts au patois local. Cela donne à son roman la couleur d’un fabliau raconté au coin du feu, un soir de veillée. C’est d’ailleurs ainsi qu’elle présente son roman dans l’avant-propos : la simple retranscription d’une histoire contée par un chanvreur et la servante du curé.

Outre la fraîcheur de son thème et de son écriture, on retrouve dans ce livre ses idées libérales. Elle y dénonce notamment les a priori et la médisance populaire qui veulent qu’un enfant trouvé soit mauvais par nature. Ce faisant elle démontre que la valeur et les qualités de cœur n’ont rien à voir avec la position sociale et que, à l’instar du bon sauvage de Rousseau, le paysan vaut souvent bien mieux que le citadin.

Pour autant le grand thème du roman reste l’amour. Amour maternel et filial mais aussi amour charnel par-delà la différence de condition et la différence d’âge. On reconnaît là encore les idées d’ouvertures et de tolérance de l’auteur, son affranchissement des conventions sociales de l’époque et sa volonté de vivre pleinement sa vie de femme émancipée.

Le livre de Poche - Classiques

 

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22 février 2017

LES HOMMES SALMONELLE SUR LA PLANETE PORNO - YASUTAKA TSUTSUI

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Une expédition scientifique japonaise explore la planète Nakamura surnommée la planète « Porno » en raison de la tendance de sa faune et de sa flore à copuler et se reproduire à tout va. Lorsque la botaniste de l’équipe tombe enceinte après avoir été fécondée par une spore, une expédition est montée pour se rendre auprès des nunubiens, une race humanoïde dont on pense qu’elle connaît un remède à cette grossesse non désirée.

Yasutaka Tsutsui est principalement connu en France  pour « La traversée du temps », un roman de SF jeunesse adapté avec succès pour le cinéma. Avec « Les hommes salmonelle sur la planète porno » on change de public. Mais attention, malgré son titre racoleur et sa couverture explicite il ne s'agit pas de littérature pornographique. En fait, nous sommes toujours en présence de science-fiction et, pour être plus précis, de hard-science.

Une bonne part de l'histoire de ce court roman consiste en effet en débats scientifiques entre un bactériologiste et un biologiste. L’auteur en profite pour élaborer quelques théories originales à propos de la faune et de la flore de la planète dont une surprenante « théorie de la dégénérescence » qui prend le contre-pied exact de celle de Darwin. Il imagine aussi un écosystème libidinal où les relations entre espèces ne se feraient pas de prédateurs à proies mais consisteraient en une sorte de symbiose sexuelle, quelque chose comme la victoire d'Eros sur Thanatos.

N’allez surtout pas croire au vu de ce qui précède que le texte de Tsutsui soit rébarbatif. L’expédition des professeurs Mogamigawa, Sona et Yohachi à travers la jungle de la planète Nakamura leur réserve bien des surprises,  pas toutes désagréables puisque les rouges-glands, les touches-pipettes et autres farfouilleuses n’en veulent pas à la vie de nos héros mais simplement à leurs attributs virils. Ils devront aussi se méfier des réveille-bobonnes dont le cri provoque des rêves érotiques et des champs de myosotristes dont le parfum provoque un phénomène « Algernon » de perte de mémoire et de régression intellectuelle…

Humour et réflexion sont donc présents en parts à peu près égales et je regrette juste d’en avoir appris si peu sur les nunubiens qui constituent pourtant le but de l’expédition. A part leurs mœurs libérées et leur don de télépathie on n’apprend guère de choses sur eux, leur origine, leur organisation sociale et leur vie sur cette planète obscène et vicieuse. De même, les autres personnages de la mission scientifique entrevus au début de l’histoire sont trop peu utilisés. Il y avait me semble-t-il matière à nous concocter quelque chose comme un MASH spatial avec ces scientifiques et leurs histoires de cul confrontés à un environnement riche de découvertes extraordinairement grivoises.  

Cela n’est cependant pas bien grave puisque j’ai passé une heure bien réjouissante sur cette étonnante planète et je pense m’attaquer très bientôt à « Hell » l’autre roman de Tsutsui édité dans cette collection Iwazaru que les éditions Wombat consacrent aux auteurs nippons.  

Nouvelles Editions Wombat - Iwazaru - 2017

12 février 2017

COMME DES RATS - PATRICK RAMBAUD

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Chassés des Halles de Paris à l’occasion de leur transfert à Rungis, la tribu de Martuccio est contrainte d’émigrer vers de nouveaux horizons. Mais trouver des terriers accueillants et suffisamment de nourriture pour vingt mille rats affamés n’est pas chose aisée. Le vieux chef et sa nombreuse progéniture devront faire preuve d’inventivité et de témérité pour trouver un nouveau havre.

Même si les studios Disney en ont fait un héros de dessins animés, le rat continue de provoquer chez la plupart des gens un dégoût instinctif. On a beau le savoir sous nos pieds, dans les égouts, les caves et les tunnels du métro, on a beau lui reconnaître une certaine utilité dans l’élimination de nos déchets, on ne peut s’empêcher de frissonner quand on aperçoit sa silhouette ramassée et sa queue annelée. Bref, à part les gothiques et quelques originaux, le rat n’est pas un animal dont on recherche la compagnie. Cela explique qu’on ne sache finalement que très peu de choses sur ce rongeur qui n’est pourtant jamais bien loin de l’homme.

Le roman de Patrick Rambaud nous permet de combler cette lacune. Grace à lui on apprend pas seulement beaucoup sur les rats mais on devient rat, parcourant le monde au « ras du sol », le nez dans le caniveau et la gueule dans les poubelles. On découvre ainsi un animal particulièrement intelligent, capable de s’adapter à presque toutes les situations et mené par une fringale inextinguible qui l’oblige à une perpétuelle quête de nourriture. Heureusement pour lui le rat fait ventre de tout : poisson, viande, légume, papier, tissu, la moindre parcelle comestible le contentera. Il peut même à l’occasion se faire anthropophage lors des périodes de disette ou après avoir massacré ses ennemis.

C’est que le rat n’est pas commode. Pas question d’empiéter sur un territoire toujours trop petit en raison des quatre à cinq portées annuelles de chaque femelle mature (elles le sont dès trois mois). Cette démographie galopante l’oblige à chercher constamment de nouveaux territoires d’où de fréquents combats avec les tribus voisines. Une existence mouvementée et dangereuse qui explique que la durée de vie moyenne d’un rat sauvage n’excède pas les neuf mois.

Mais neuf mois d’une vie de rat, ça peut être diablement rempli. On s’en rend compte en suivant les tribulations de Gaspardino, Hubert et Eudipe au cœur de Paris. Nous visitons en leur compagnie les coulisses de la capitale, des vieilles Halles aux chambres luxueuses d’un palace, des berges de la Seine aux cuisines de restaurants, des taudis les plus crasseux aux cages aseptisées d’un laboratoire. Bien des surprises attendent nos malheureux gaspards aux cours de leurs escapades, à commencer par les multiples pièges que les « gros », c’est-à-dire nous autres les humains, sèment sur leur route. Poison, sucre additionné de plâtre, glu, tapettes, les périls sont nombreux et presque toujours mortels. Ils doivent aussi compter avec les autres animaux, en particulier les vilains matous, et surmonter des problèmes forts compliqués tels que sortir d’une baignoire aux parois bien lisses et traverser les rues sans se faire ratatiner !

Ce roman éminemment sympathique, souvent drôle, parfois moins (la scène avec le bébé, brrr !!!) est donc une belle occasion de nous documenter sur cet animal que nous qualifions de nuisible. Un qualificatif plutôt paradoxal de la part d’une espèce qui est en train de foutre en l’air sa planète !

Grasset - 2002

 

5 février 2017

FRANKENSTEIN OU LE PROMETHEE MODERNE - MARY SHELLEY

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Passionné par ses études sur la « philosophie naturelle » et la chimie, le jeune Victor Frankenstein entreprend de percer le secret de la vie. Au bout de longs mois de recherche et d’expérimentation, il parvient à créer un être vivant. Malheureusement, le résultat n’est pas à la hauteur de ses espérances. Le fruit de son travail n’est qu’une caricature d’être humain et, pour achever son désarroi, il lui échappe et entreprend de semer la mort dans son entourage.

Comme beaucoup je pense, j'ai découvert les films consacrés à Frankenstein bien avant de lire l’œuvre originale dont ils étaient tirés. En entamant la lecture du roman de Mary Shelley, j’avais donc présentes à l’esprit un certain nombre d’images bien ancrées désormais dans l’imaginaire collectif. J’en fus pour mes frais. Pas de château isolé ni de de laboratoire dans la plus haute de ses tours, pas de profanation de sépultures ni de cadavres, pas d’orage, pas de foudre et pas plus de paysans brandissant torches et fourches.

Qui plus est, la créature n’est pas ce monstre maladroit et abruti que la Hammer ou Hollywood en ont fait. Son allure est certes monstrueuse au point de faire fuir quiconque l’aperçoit mais sous son apparence repoussante elle dissimule une rare sensibilité. Prévenante, accessible à la beauté, respectueuse de la vie au point de refuser de se nourrir d’êtres vivants, elle se montre supérieur à son créateur à bien des égards. Certes la créature va tuer à plusieurs reprises mais ses crimes seront le fruit de son désespoir et non le résultat d’une quelconque perversion. Rejetée par les hommes et notamment par celui à qui elle doit la vie, affreusement seule, elle ne s’en prend aux proches de Victor Frankenstein que pour le contraindre à lui « fabriquer » une compagne faite à son image.

En comparaison, le savant fait preuve de beaucoup moins de grandeur d'âme. Il délaisse les siens pour s'occuper de son Grand Oeuvre et n’éprouve aucune compassion envers la « chose » qu’il a créée. Tout juste peut-on lui reconnaître un certain courage et une grande pugnacité dans sa traque du monstre qui le mènera jusqu'aux étendues glacées du pôle nord. Et même à l’heure de sa fin, alors que sa créature fait preuve d’un remord sincère, il reste inaccessible à la pitié et continue de se poser en victime, rejetant sur elle la responsabilité de ses malheurs. Victor Frankenstein est donc un homme peu équilibré guidé successivement par la passion, la peur et la vengeance.

On est finalement bien loin des histoires d'horreur auxquelles le nom de Frankenstein est généralement associé. Ceci étant, le titre complet du roman qui nous renvoie au mythe de Prométhée aurait dû me mettre la puce à l’oreille. L’auteur ne voulait sans doute pas tant effrayer le lecteur que lui donner à réfléchir sur la nature humaine et la vanité qui pousse l’homme à s'engager sur le chemin de la connaissance sans réfléchir aux conséquences de ses actes. En ce sens « Frankenstein » nous parle bel et bien de responsabilité. Responsabilité du scientifique à l’égard de la société, responsabilité du père envers son enfant et peut-être, responsabilité de Dieu envers sa création, ces hommes et ses femmes dont il ne semble guère s’occuper….

Marabout 1964

 

 

29 janvier 2017

JEAN-BERNARD POUY - NOUS AVONS BRULE UNE SAINTE

product_9782070419630_195x320Une jeune femme violée et estropiée par des touristes anglais décide de se venger de la perfide Albion en s’en prenant à toutes ses représentations en France. La nouvelle Jeanne d’Arc et ses trois compagnons se lancent alors dans une randonnée morbide ponctuée de gags douteux et d’attentats sanglants.

Publié en 1984 dans la série noire de Gallimard "Nous avons brûlé une sainte" est seulement le second roman de Jean-Bernard Pouy. On y trouve déjà cette façon bien à lui de raconter une histoire, en particulier sa préférence pour des héros hors système et son goût pour des constructions tarabiscotées.

Ici, il a choisi de bâtir son intrigue sous le double signe de Jeanne d'Arc et d'Arthur Rimbaud. Si la présence du poète maudit se manifeste essentiellement par des extraits de ses poèmes qui illustrent d’ailleurs parfaitement certaines scènes de son histoire, le patronage de la pucelle de Domrémy le contraint à calquer l'épopée sanglante de ses héros sur le parcours johannique, d'Orléans à Rouen en passant par Reims et Compiègne.

Le mode de narration est aussi un tantinet déconcertant avec un découpage en chapitres extrêmement courts et un changement incessant de point de vus - des différents policiers ou des quatre jeunes terroristes - au milieu desquels s'intercalent des fragments de dépêches sur la chute imminente d'un satellite ou les états d'âmes du leader d'un groupe de rock. Tout cela est un peu brumeux et on se demande parfois où l'auteur veut nous emmener mais J-B Pouy s'en sort néanmoins parfaitement. Mieux il parvient à fournir une fin flamboyante où tout est bien en place, Rouen, le bûcher, Cauchon et les bourguignons…

« Nous avons brûlé une sainte » est donc un roman dont on appréciera le rythme et l’inventivité mais un peu moins son intrigue fort ténue puisque, à moins d’avoir séchés les cours d’histoire au collège, on sait dès le début comment, et même où, tout cela se terminera.

Galliamrd - Folio Policier - 2001

 

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22 janvier 2017

REPLAY - KEN GRIMWOOD

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Après quarante-trois ans d’une vie de merde Jeff Winston est fauché par une crise cardiaque. A sa grande surprise, il se réveille peu après dans sa chambre d’étudiant, âgé à nouveau de dix-huit ans et bien décidé à profiter au mieux de la seconde chance qui lui est accordée. Mais l’argent, le pouvoir et les femmes ne sont pas nécessairement synonymes de bonheur…

Est-ce que vous vous rappelez « Un jour sans fin », ce film dans lequel Bill Murray se retrouve contraint de revivre indéfiniment la même journée ? Oui. Et bien « Replay » en est un peu la version écrite. En beaucoup plus long tout de même puisque ce ne sont pas vingt-quatre heures mais vingt-cinq années de sa vie que le héros de Ken Grimwood doit se coltiner encore et encore. Le sujet est plaisant. Qui n’a jamais rêvé de tout recommencer à zéro, de rejouer sa vie en mieux en évitant les erreurs passées et en influençant le destin pour se faire un avenir en or ? C’est précisément ce que l’auteur nous propose de suivre au travers des multiples existences de son personnage.

Disons-le tout de suite, je n’ai pas été emballé. Malgré quelques idées intéressantes et un traitement correct de la chose, les « replay » ou « recommencements » de son personnage n’ont rien de bien excitant. Je dirais même qu’ils sont tout à fait convenus et c’est sans aucune surprise qu’on le voit tour à tour s’enrichir, s’étourdir dans la drogue et le sexe, mener une vie de famille pépère ou se la jouer ermite-revenu-de-tout.  Il y a bien quelques clins d'œil sympathiques (l’hébergement dans son garage des créateurs d’Apple), quelques belles rencontres (Louis Armstrong à Saint-Germain) et un peu d’humour et de drame pour faire passer le tout mais globalement ça reste d’une grande banalité.

Grimwood n’évite d’ailleurs que d’extrême justesse la lassitude de son lecteur en introduisant un personnage féminin soumis aux mêmes aléas temporels. Cela relance quelque peu l’intrigue avec des confrontations d’idées nouvelles et son lot de rendez-vous manqués. Malheureusement, cela fait aussi sombrer l’histoire dans un mélo larmoyant dont elle ne se remettra pas. C’est d’ailleurs le principal défaut de ce roman que d’avoir envisagé le phénomène et ses conséquences quasi exclusivement sous l’aspect des relations sentimentales. Il y avait pourtant bien d’autres pistes et tant de possibilités !

Il faut en effet garder à l’esprit que Jeff et Pamela ne sont pas des immortels qui auraient une éternité devant eux. Ils ne font que revivre vingt-cinq années de leur existence, toujours les mêmes. Or, excepté un petit commentaire en toute fin de roman (lorsque Jeff se plaint d’écouter toujours la même musique), cet aspect de leur « aventure » n’est que très peu évoqué. C’est pourtant un point qui aurait mérité d’être approfondi car, si l’expérience accumulée leur donne une assurance supérieure, elle les prive aussi de tout imprévu. Leur existence perd l’attrait de la nouveauté. Finies les surprises et l’émotion des « premières fois »,  les héros de Grimwood ne sont plus que des vieillards dans des corps de jeunes adultes.

Autre faiblesse du roman, l’absence de solution à ce bégaiement du temps alors même que les personnages consacrent deux de leurs vies à en comprendre la nature ou la signification. On reste donc sur notre faim avec nos interrogations et nos déductions. C’est d’autant plus dommage que l’auteur a également lâché en cours de route une autre piste intéressante en la personne d’un troisième « replayer » qui se révèle être un serial killer. Une excellente idée riche de nombreuses possibilités mais qui restera là encore à l’état embryonnaire.

Au final, « Replay » n’est ni un bon roman de science-fiction ni une belle allégorie de l’existence avec ses joies et ses peines, ses échecs, ses réussites et sa magnifique incertitude. Au lieu de cela, Grimwood se contente de considérations assez vagues, de lieux communs du genre « carpe diem, profitons de chaque instant sans penser à demain » bref, des idées assez fades. Du coup, j’me regarderai bien « Un jour sans fin » !

Editions du seuil - Points - 2009

 

15 janvier 2017

UNE FILLE DU REGENT - ALEXANDRE DUMAS

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Après la conspiration de Cellamare qu'il nous a rapportée dans "Le chevalier d'Harmental", Dumas nous dévoile cette fois-ci les dessous de la conspiration de Pontcallec, dirigée cette fois encore contre le régent Philippe d'Orléans. Mais l’abbé Dubois, ministre du régent, continue de veiller…

"Une fille du régent" n’est assurément pas le plus trépidant des romans d’Alexandre Dumas. En matière d’héroïsme et d’action guerrière le grand maître du roman historique a fait beaucoup mieux. Ici, peu de faits d'armes à signaler. Pas de batailles, pas le moindre duel, pas même un assassinat. Juste une incarcération à la Bastille et une évasion d'opérette qui ferait bien rire Edmond Dantes.

Il faut bien avouer que la conspiration de nos gentilhommes bretons est assez molle. Les conjurés, malgré leurs convictions et leur enthousiasme, font figure d'amateurs. Leurs ennemis ont toujours un coup d'avance et les mènent en bateau d’un bout  à l’autre de l'histoire.

Gaston de Chanlay, le jeune héros, est le plus naïf de tous. En dépit de sa bonne volonté et d'un sens de l'honneur exacerbé, il paraît plus occupé par ses amours que par sa mission et semble un jouet entre les mains du redoutable abbé Dubois. Sa candeur culmine dans cet épisode où il enlève sa dulcinée à son régent de père pour la confier aussitôt à un homme en qui il pense pouvoir se fier et qui n'est autre que le régent déguisé.

Et que dire de son ami Pontcalec qui croit n’avoir rien à redouter de la justice royale parce qu’une sorcière lui a prédit qu’il se noierait (il périrait par la mer) et qui apprend, mais un peu tard, que le bourreau s’appelle Lamer !

Ces anecdotes, les déguisements de Dubois et du régent et les nombreux quiproquos qui en découlent donnent au texte des allures de vaudeville. On a parfois le sentiment d’être en présence d’une parodie de roman d’aventure et l’on est d’autant plus surpris par une conclusion dramatique qui jure avec l’atmosphère de légèreté dans laquelle l’histoire baignait jusqu’àlors.

Marabout

 

8 janvier 2017

LES REVENANTES - DOMINIQUE ARLY

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Marthe est une vieille fille de trente-cinq ans qui a toujours vécu avec sa mère. Au décès de cette dernière elle décide de trouver l’âme sœur et finit par se marier avec Henri Dautrémont, un quinquagénaire rencontré par l’entremise d’une agence matrimoniale. C’est donc tout naturellement qu’elle s’installe chez son époux dans son vieux château médiéval des environs de La Rochelle. Mais l’entente n’est pas parfaite et Marthe lui prête bientôt de mauvaises intentions à son égard. Après tout, ses deux premières épouses ne sont-elles pas mortes dans d’étranges circonstances ?

En même temps qu’il fournissait avec une belle régularité la collection « Spécial Police » du Fleuve Noir, Dominique Arly approvisionnait aussi sa sœur naturelle, la collection « Angoisse ». Cela explique sans doute pourquoi « Les revenantes » tiennent plus de l’étude de mœurs et de l’intrigue policière que du récit d’épouvante ou d’horreur que l’on trouve habituellement dans la célèbre collection à la tête de mort.

Le titre du roman nous met pourtant sur la piste d’une histoire de fantômes. Une impression que vient confirmer le décor – vieille demeure médiévale avec souterrains et pièces secrètes - et les premiers chapitres où il est question de menus faits étranges et de farces de mauvais goût qui pourraient être l’œuvre d’esprits frappeurs. La piste surnaturelle est cependant très vite écartée au profit d’une intrigue beaucoup plus classique, une histoire de gros sous sur fond de manipulation mentale.

Ceci étant, la montée des craintes dans l’esprit de l’héroïne et l’atmosphère d’angoisse domestique et de folie latente sont bien rendus. La personnalité de Marthe est extrêmement fouillée. Sa solitude et son manque d’assurance en font un être particulièrement fragile et impressionnable. C’est une proie parfaite pour des individus malintentionnés.

Mais c’est surtout par une utilisation très intelligente du mythe de Barbe-Bleue que l’auteur fait la différence. En évoquant tour à tour le personnage de Charles Perrault ou celui, bien réel, de Gilles de Rais, il donne à son récit une dimension particulière et le lecteur, à l'instar de la pauvre Marthe, s’attend effectivement à découvrir quelques cadavres dans le placard !

Fleuve Noir - Angoisse - 1966

 

1 janvier 2017

L'ASSASSIN HABITE AU 21 - STANISLAS ANDRE STEEMAN

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La police londonienne est sur les dents. Depuis quelques semaines un assassin multiplie les meurtres crapuleux en profitant de l’épais brouillard qui pèse sur la capitale britannique, signant chacun de ses crimes avec une carte de visite au nom de "Mr Smith ». Chargé de l’enquête, le superintendant Strickland parvient à remonter sa piste jusqu’à la pension de famille de Mrs Crabtree où résident une douzaine de pensionnaires et par conséquent une douzaine de suspects.

Que ceux qui ont déjà vu le célèbre film d’Henri-Georges Clouzot se rassurent, le roman diffère suffisamment de son adaptation cinématographique pour conserver intact le plaisir de sa lecture.Tout d’abord, l’histoire ne se déroule pas à Paris mais à Londres et l’atmosphère en est résolument british. Il y a des bobies, des reporters et des pubs ainsi qu’un fog particulièrement présent.

Il y a également beaucoup d’humour, britannique lui aussi, très pince sans rire, mélange d’absurde (les pauvres Smith subissant la vindicte de leurs concitoyens) et de répétitions (les inspecteurs qui voient invariablement l’homme qu’ils filent « être littéralement absorbé par le brouillard »). Je ne dirais rien de l’intrigue policière digne d’un Sherlock Holmes ou d’un Roulletabille auxquels l’auteur fait d’ailleurs allusion à travers leurs auteurs respectifs. Elle est en tout cas intelligente et surprendra le lecteur (du moins ceux qui n’ont pas vu le film) par sa grande simplicité et sa non moins grande efficacité.

Mais plus que l’aspect « policier » du roman c’est la qualité de ses personnages qui lui apporte toute sa saveur. Steeman nous en propose toute une galerie, un brin caricaturale il faut bien l’avouer. Nous avons ainsi le militaire en retraite vantard et irascible, un russe au charme redoutable, un fakir hindou, un médecin misanthrope du nom de Hyde, un représentant de commerce avare et émotif, un commerçant dominé par sa femme…

Les rapports et les discussions entre tous ses personnages contraint de cohabiter dans une pension de famille sont source de bien des scènes tragiques ou cocasses. Leurs  rivalités, leurs petites mesquineries, leurs idylles animent le récit mais éclairent aussi beaucoup sur l’état d’esprit et le mode de vie de la classe moyenne avant la seconde guerre mondiale.

Alors précipitez-vous sur ce petit roman typiquement british, écrit en français par un auteur belge !

Le livre de poche - 2008

 

24 décembre 2016

DEMAIN LES LOUPS - FRITZ LEIBER

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Ce recueil nous présente quatre  nouvelles se déroulant avant, pendant et après l’apocalypse nucléaire :

« Le loup solitaire » met en scène un individu qui rejette la fuite en avant d’une société toujours plus mécanisée et sophistiquée au détriment des relations humaines.

« La paire de loups » s’attache au parcours d’un couple au milieu des « terres mortes », ces étendues bouleversées par les bombardements et les radiations.

Enfin, « Loup fou » et « La horde des loups » nous content deux épisodes de la difficile reconstruction d’une société plus humaine et libérée de sa folie meurtrière. 

Toutes ces nouvelles ont en commun une lecture pessimiste de la nature humaine et de sa capacité à faire le bien de tous. L’auteur nous suggère d’ailleurs au travers des quelques portraits qu’il nous brosse, que cette propension au mal est due à la folie qui habite chaque homme. Mais une folie qu’il est néanmoins possible de canaliser et même d’utiliser à des fins autres que destructrices. Il suffit pour cela d’un peu de bonne volonté et surtout de savoir écouter autrui comme le démontre plus particulièrement la seconde nouvelle du recueil.

Malgré tout, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’avenir selon Leiber n’a rien de réjouissant.

Pocket - SF - 1986

18 décembre 2016

UNE JEUNE FILLE AU SOURIRE FRAGILE - PIERRE PELOT

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A la recherche de tranquillité pour écrire le scénario de son prochain film, Cathy Tolviac a loué une maison dans la petite ville de l'Est où, enfant, elle passait ses vacances. Elle est accueillie par la propriétaire, Aline Bihrlinger, une jeune femme névrosée qui ressemble étrangement à l'image qu'elle se faisait de l'héroïne de son script. Intriguée, Cathy s'emploie à devenir son amie. Ce faisant, elle ignore qu'elle partage elle même quantité de points communs avec la défunte sœur de la jeune femme… 

Les éditions Patrick Siry présentent ce livre sous l'étiquette "Science-Fiction". Une initiative qui risque d'induire en erreur plus d'un lecteur car, s'il est vrai que Pierre Pelot a beaucoup versé dans la SF, il s'agit ici d'un thriller psychologique ou, à la rigueur, d'un roman fantastique.  

L'intrigue mêle en effet fantasme et réalité. Egarés dans un délire paranoïaque ou dans les méandres de la création littéraire, les personnages perdent progressivement pied. Cette lente plongée dans le délire mono maniaque et le mal être des héroïnes constitue l'essentiel de l'histoire.  

Pour le reste, pas grand-chose à signaler si ce n'est une fin tellement ouverte qu'elle laisse le lecteur en carafe. Pourtant, les premiers chapitres promettaient mieux. L'emménagement dans la maison, le mystère qui entoure le premier étage, la visite nocturne de la propriétaire ou encore la façon dont Kate utilise ce qui l'entoure pour écrire son scénario (peut-être la façon de travailler de Pelot lui-même), tous ces éléments laissaient espérer une histoire plus captivante.  

Mais au final, la seule chose qui m'ait réellement plu, c'est la peinture de cette petite ville de province et son atmosphère qui respire la déprime. Les averses incessantes, la rivière et ses eaux gonflées par la pluie, la grisaille, la brume et les arbres dénudés nous plongent dans une ambiance cafardeuse à souhait. Bref, si l'emballage est joli, le cadeau déçoit. 

Patric Siry - SF - 1988

 

11 décembre 2016

BALLET DE SORCIERES - FRITZ LEIBER

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Norman Saylor a tout pour être heureux. Une épouse aimante, un joli pavillon, un poste de professeur à l’université de Hempnell et une promotion qui lui tend les bras. Bref tout va pour le mieux jusqu’à ce qu’il découvre que sa femme s’adonne à la sorcellerie. Dès lors, sa vie va prendre un tour pour le moins inattendu… 

Toutes les femmes sont des sorcières. Non, je ne suis pas devenu un affreux misogyne. Cette assertion n’est pas de moi mais de Fritz Leiber ou plutôt c’est le postulat de départ de son roman. Une idée intéressante et fort bien développée qui ne nous plonge cependant pas dans un fantastique pur et dur mais dans une histoire où la science aura aussi son mot à dire.

Les femmes sont donc des sorcières. Au sens propre du terme. Elles confectionnent des sortilèges et réalisent des charmes afin de prendre l’ascendant sur leurs voisines ou favoriser la carrière de leur époux. Norman Saylor va en faire l’amère expérience. Lui le cartésien pur jus, professeur de sociologie et auteur d’une étude intitulée « Superstitions et névroses » se retrouve confronté à l’irruption du merveilleux dans son existence. Et le bougre va mettre rudement longtemps avant de rendre les armes et reconnaître que la magie, blanche ou noire, existe bel et bien.

L’essentiel du roman traite d’ailleurs de sa prise de conscience et de son acceptation progressive du phénomène magique. Tout au long de l’histoire nous le voyons repousser les explications fantastiques et justifier l’inexplicable à grand renfort de coïncidences, de maladies mentales et autres suggestions hypnotiques. Et même lorsqu’il se rend à l’évidence, il tente encore de rationaliser et de réduire ces manifestations surnaturelles à une conjonction de facteurs tout à fait normaux.

Partant du constat que les pratiques magiques existent dans toutes les cultures et toutes les religions, il décide de les confronter les unes aux autres, de les comparer afin d’en retirer quelques principes irréfutables comme pour la physique ou la chimie. Il en vient ainsi à établir un parallèle entre formule mathématiques et formules magiques ; la sorcellerie n’est qu’une science comme une autre, les incantations des théorèmes et les potions des précipités chimiques.

Cette approche « rationnelle » de la sorcellerie dépoussière agréablement ce thème de la littérature fantastique. C’est sans doute l’aspect le plus intéressant de ce roman qui nous propose aussi une jolie peinture de la vie dans une petite ville universitaire de province.

Il est  en effet possible de voir aussi dans « Ballet de sorcières » une critique timide de la société américaine des années cinquante et de la place qu’elle réservait  aux femmes. Cantonnées dans le rôle d’épouse et de mère, les américaines d’alors (et les femmes en général) n’avaient que peu d’occasions de s’épanouir. Grâce à la sorcellerie, Fritz Leiber leur permet de prendre leur revanche. Elles ont enfin un domaine qui n’appartient qu’à elles, où elles peuvent s’épanouir et s’affranchir de la tutelle des hommes…

Le Masque - Fantastique - 1976

4 décembre 2016

LA FILLE DE LA NUIT - SERGE BRUSSOLO

 

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Sauvée in extremis après avoir été retrouvée à moitié morte avec une balle dans la tête, Jane Doe comme l’a nommée le personnel hospitalier, est désormais amnésique. Qui est-elle ? Pourquoi a-t-on voulu l’assassiner ? Qui lui en veut au point de tenter encore de l’éliminer ? Son ignorance est un calvaire. Mais la vérité est peut-être plus pénible encore. 

Le thème de l’amnésie est un classique de la littérature policière. La page blanche que constitue la mémoire de l'amnésique permet en effet toutes les spéculations, des plus raisonnables ou plus folles. Il n'est donc pas étonnant que Serge Brussolo s'en soit emparé pour, une fois de plus, laisser cours à son inépuisable imagination.

D’allusions en découvertes, à peu près toutes les hypothèses seront envisagées. Dédoublement de personnalité ou double jeu, folie ou comédie, on oscille constamment d’une certitude à une autre pour finalement cesser d’avancer la moindre supposition et attendre bien sagement que l’auteur ait fini de jouer avec nous.

Il faut dire que l’animal s’y entend pour brouiller les pistes. Petit à petit il instille le doute dans notre esprit et l’on en vient à penser que Jane Doe n’est peut-être pas la victime innocente que l’on croyait. Cette impression est d’ailleurs renforcée par le changement de mode narratif qui passe du point de vue neutre et impersonnel du narrateur extérieur à celui, plus intrusif et empreint de suspicion, de Sarah Calhoun.

En nous proposant de suivre l’enquête de ce nouveau personnage, l’auteur semble en effet changer d’héroïne et prendre ses distances avec Jane. Il est vrai que Sarah a du tempérament et un vécu qui ne manque pas de saveur. Avec une fille prisonnière d’une secte et un fils immuno déficient  vivant dans une bulle stérile elle a en effet de quoi s’occuper – et nous avec. L’intrigue s’en trouve relancée, les pistes se multiplient et la suspicion grandit…

Outre ses multiples rebondissements qui sont la marque de fabrique de Brussolo, ce roman est intéressant en ce sens qu'il interroge sur la question d'identité. Qu’est-ce qui caractérise un individu ? Dans quelle mesure ses traits de caractère, sa personnalité, sont-ils innés ? Quelle est la part de l'éducation, du milieu social, des expériences vécues ? Peut-on changer ou reste-on prisonnier de son passé ? Des questions auxquelles l’auteur ne répond pas mais qu’il a au moins le mérite de poser.

Le Livre de Poche - 1997

27 novembre 2016

LA VIE ETERNELLE - JACK VANCE

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Jack Vance est surtout connu pour ses Space-opera colorés et débordants d'imagination. Cette fois-ci pourtant il a délaissé ces mondes chamarrés dont il a le secret pour nous plonger dans une dystopie sérieuse quoique traitée avec une certaine légèreté grâce à un personnage parfaitement égoïste et opportuniste.

L’histoire se déroule à Clarges, dernier état civilisé d’un monde retourné à la barbarie après une effroyable famine. Protégés par une barrière électrique, bénéficiant d’un développement scientifique exceptionnel, ses habitants jouissent d’une vie aisée et parfois très longue. A Clarges en effet, la richesse ne se mesure pas en zéros alignés sur un compte en banque mais en années à vivre. L’espérance de vie y est déterminée en fonction des services rendus à la communauté, pouvant même aller jusqu’à l’immortalité pour les plus distingués contributeurs. Mais dans ce monde fermé où les matières premières sont comptées, les années gagnées par les uns sont forcément déduites du capital des autres. Un immortel supplémentaire et c’est quelques mois de moins à vivre pour l’ensemble des citoyens.

Dans ces conditions la concurrence entre les habitants de l’enclave est acharnée. Chaque compétiteur n’a d’autres préoccupation que de grimper au plus vite dans le « phyle » supérieur, passer de Couvée à Coin puis Troisième, Seuil et, peut-être, Amarante.  Une lutte de tous les instants, une compétition redoutable aux conséquences parfois désastreuses. Ainsi, les professions les plus rémunératrices en terme d’impact de carrière sont plébiscitées au détriment d’autres pourtant bien plus utiles (santé, administration…) tandis que la tension nerveuse permanente, le sentiment d’urgence qui habite tout un chacun sont cause de graves problèmes psychologiques pouvant aller jusqu’à une sévère catatonie.

Ainsi dépeinte, la société de Clarges ressemble comme une sœur à la nôtre. Il suffit de remplacer le temps par l’argent et les phyles par les classes sociales, et c’est bien notre système capitaliste qui fait les frais de cette satire intelligente où le lien de causalité entre la richesse éhontée des uns et la misère des autres est clairement mis en avant. Mais Jack Vance est américain et sa critique demeure finalement assez sage. Il ne remet pas en cause le système mais déplore simplement qu’il ne profite pas à davantage de personnes. Loin de vouloir sa disparition, il souhaite plutôt son élargissement au reste du monde, contraignant l’humanité à découvrir de nouvelles planètes qu’elle mettra en coupe réglée pour produire toujours davantage et satisfaire son appétit insatiable. Pas de partage, pas de décroissance : l’égoïsme a encore de beaux jours devant lui.

Pocket SF - 1987

20 novembre 2016

ORAGES ORDINAIRES - WILLIAM BOYD

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Fraîchement débarqué à Londres où il venait postuler pour un emploi, Adam Kindred perd en l’espace d’une soirée tout ce qui constituait jusqu’alors son existence. Accusé du meurtre d’un chercheur  travaillant pour une puissante société pharmaceutique,dépouillé de son argent, de ses vêtements et de son identité, il se retrouve contraint de vivre caché parmi les exclus de la capitale britannique. Devenu un SDF comme tant d’autres il garde cependant chevillé au corps l’espoir de remonter la pente et de démasquer ceux qui l’ont condamné à une vie de misère. 

J’ai régulièrement recours à l’œuvre de William Boyd quand je suis à la recherche d’un roman susceptible de me fournir une bonne dose d’humour british.  L’auteur a en effet l’habitude de placer ses personnages timides et respectueux des convenances dans des situations impossibles, les enfonçant toujours plus profondément à mesure qu’ils cherchent à s’extraire des guêpiers dans lesquels ils se fourrent immanquablement . « Orages ordinaires » n’a toutefois rien à voir avec « Un anglais sous les tropiques » ou « La croix et la bannière » quand bien même son héros s’en prend , lui aussi, plein la gueule.

Il s’agit cette fois d’un thriller tout à fait classique tant au niveau de son intrigue que des personnages. On y retrouve le scénario éculé de l’individu lambda qui se trouve au mauvais endroit, au mauvais moment et qui, comme dans un film d’Hitchcock du type « Les 39 marches » ou « Jeune et innocent »,  doit fuir la justice et le véritable assassin tout en cherchant à faire la lumière sur le meurtre dont il est accusé.

En fait, la seule véritable originalité de ce roman réside dans le fait que son auteur plonge son héros dans le milieu des SDF londoniens. L’histoire traite en effet pour une bonne part de la descente aux enfers de Adam Kindred. Celle-ci est d’ailleurs plutôt bien rendue et assez crédible. Sa plongée dans la mouscaille est rapide mais sans doute assez réaliste dès lors que vous n’avez plus ni famille, ni amis, ni logement et que, de surcroit, vous devez vous cacher. Il est d’ailleurs intéressant de constater qu’il est assez facile de disparaître des radars lorsque vous vous fondez dans une mégapole de la taille de Londres et que vous n’utilisez plus ces mouchards de la vie moderne que sont les portables et les cartes de crédit. Toujours est-il que l‘insertion de l’infortuné Adam Kindred dans le monde de la cloche est agréable à suivre. De nuits à la belle étoile en soupe populaire, de mauvaises rencontres en âmes charitables, sa transformation en mendiant puis en roi de la débrouille offre des moments d’émotion et d’humour bien sympathiques.

En revanche, les circonstances qui lui permettent de rebondir doivent beaucoup trop à la simple coïncidence avec ce camarade de galère qui meurt opportunément en lui « léguant » ses vrais/faux papiers tout neufs, son appart et son boulot de brancardier qui lui permet d’enquêter dans le milieu hospitalier où se dissimule le fin mot de l’histoire. Mais bon, il faut bien que l’auteur fasse avancer son intrigue et ce n’est pas en faisant la manche que son héros risque de remonter rapidement la pente.

Pour ce qui est de l’intrigue policière c’est donc du côté de l’industrie pharmaceutique et des enjeux colossaux que représentent  la mise sur le marché d’un nouveau médicament que William Boyd nous emmène. La description de ce milieu de requins en costards qui font leur beurre sur le dos de la santé publique est conforme à l’idée que je m’en fait. Il n’est d’ailleurs que de suivre l’actualité journalistico-judiciaire pour se rendre compte que la plupart des grands laboratoires ont une batterie de casseroles bien crasseuses au cul.

« Orages ordinaires » est donc un titre dont on attendra ni surprises ni émotion particulière mais qui remplit parfaitement son rôle de page-turner divertissant.

Editions du Seui - 2010

15 novembre 2016

LE JEUNE HOMME, LA MORT ET LE TEMPS - RICHARD MATHESON

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Atteint d’une tumeur au cerveau inopérable Richard Collier n’a plus que quelques mois à vivre. Désireux de retrouver un peu de sérénité loin de la compassion un peu envahissante de sa famille, il part au hasard des routes californiennes et finit par atterrir à San Diego où il fait halte dans un hôtel au charme désuet. Le portrait d’une actrice du siècle dernier découvert sur l’un des murs de la vieille demeure va lui donner des raisons d’espérer encore en l’avenir en le plongeant dans une aventure extraordinaire.

Avec ce très beau roman, Richard Matheson nous propose un traitement original du thème du voyage dans le temps qui doit beaucoup plus au fantastique qu’à la SF. Pas de machine à remonter le temps, pas de porte temporelle, ici tout se fait par la seule force de la pensée. Cela permet du même coup à l’auteur de jouer de l'ambiguïté entre rêve et réalité. Son roman baigne tout du long dans une ambiance onirique et jusqu'aux toutes dernières pages, il sème le doute sur la véracité du récit de son héros, insistant sur la fragilité de sa santé mentale mais relevant aussi certains éléments qui au contraire étayent ses dires.

En ce sens, ce roman se rapproche beaucoup d'un « romanesque fantastique » à la Pierre Benoit ; rêve, délire, coïncidence, l'auteur ne prend jamais position et laisse le lecteur opter pour une explication merveilleuse ou rationnelle.  Il reprend en tout cas les canons du roman fantastique et l’on a parfois le sentiment de lire une histoire de fantômes ou de revenants. Le fait que le récit se déroule quasi exclusivement dans une vieille demeure victorienne à l’architecture tarabiscotée et isolée en bordure de l’océan participe grandement de cette impression.

Richard Matheson effectue d’ailleurs un gros travail sur le décor d’époque et parvient notamment à ressusciter l’état d’esprit des gens d’alors. Il s’agit en effet d’un temps où les convenances avaient beaucoup plus d’importance qu’aujourd’hui, où le travail emplissait les journées et où l’ont accordait une grande place à certains sujets ou certaines choses comme le respect de la parole donnée ou la nourriture. Cela lui permet aussi de glisser çà et là quelques passages humoristiques liés à certains aspects pratiques de la vie d’alors et notamment la difficulté de se raser avec un coupe-chou !

Mais plus que les péripéties qui attendent Richard en 1896, c’est la façon dont il remonte la piste de sa bien-aimée qui m’a le plus emballée. Tombé amoureux d'une actrice de la fin du XIXème siècle à partir d’une simple photo, il se livre à une véritable enquête sur la vie de sa dulcinée. Epluchant coupures de journaux et biographies il met au jour des zones d’ombres dans le cours de son existence et finit par entrevoir des indices laissant supposer qu’il l’aurait rencontrée, soixante-quinze ans plus tôt. La méthode utilisée pour la rejoindre qui allie spiritisme et méthode Coué donne également lieu à des scènes passionnantes, tantôt amusantes et tantôt dramatiques et, comme toujours en matière de voyage dans le temps, on retrouve aussi quelque uns de ces fameux paradoxes, ces « embrouillaminis de causes et d’effets entrecroisés qui donnent le vertige ».

S’il ne révolutionne pas franchement le genre, « Le jeune homme, la mort et le temps » reste une intéressante histoire de voyage temporel mais surtout une fantastique histoire d’amour par-delà la barrière du temps, le triomphe de l’esprit sur les contingences matérielles.   

Gallimard - Folio SF - 2000

10 novembre 2016

LE COUP DE VAGUE - GEORGES SIMENON

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Au Coup-de-Vague près de la Rochelle, ce sont les femmes qui portent la culotte. Emilie s’occupe de la ferme tandis qu’Hortense à la haute main sur l’élevage de moules qu’elle exploite avec l’aide de leur neveu Jean, un gaillard de 28 ans qu’elles ont élevé ensemble. Une vie de routine qui convient parfaitement au jeune homme libre de s’adonner à ses menus plaisirs, le billard, la moto et les bals où il multiplie les conquêtes. Lorsqu’il met enceinte  Marthe, la fille de l’ancien maire, il s’en remet tout naturellement à ses tantes pour trouver une solution. Ces dernières vont alors prendre les choses en mains. Sérieusement. Un peu trop même…

Ce n’est pas un hasard si mon premier Simenon ne fut pas un Maigret. Je voulais en effet éviter de tomber sur un livre dont j’aurais déjà vu l’adaptation au ciné ou à la télé avec un Gabin, un Jean Richard ou un Bruno Krémer sous les traits du fameux commissaire à pipe. Je n’ai pas regretté ce choix.

« Le coup de vague » c’est avant tout la peinture d’une époque – 1939 – où le médecin et l’instituteur peuvent mépriser les paysans du haut de leur science, où l’Algérie est un département français et où l’avortement est illégal. C’est aussi celle d’une certaine ruralité où l’on respecte les convenances à grand renfort d’hypocrisie tout en pratiquant la médisance avec assiduité. Ne rien laisser paraître, dissimuler, sauver les apparences envers et contre tout, on est bien loin de Facebook et de notre culture nombriliste et exhibitionniste.

Cela donne une ambiance étouffante et poisseuse, pleine de non-dits, de racontars et de secrets de famille. Un récit âpre et sans concessions, sans bons ni méchants, sans assassin ou enquêteur, sans même un crime. On peut d’ailleurs se poser la question de sa présence dans la collection Policier de Gallimard puisque l’intrigue repose essentiellement sur le mystère qui entoure les origines de Jean et sur les motivations de ses tantes.

C'est d'ailleurs presque essentiellement à une étude de caractères que se livre l'auteur en nous brossant le portrait de cet homme et de ces femmes, lui, trop lâche et trop paresseux pour faire entendre sa voix, elles, bien décidées à n’en faire qu’à leur tête. Oui, Emilie et Hortense sont froides, dures et calculatrices mais ont elles d’autre choix si elles souhaitent rester maîtresses de leur vie ? Peuvent-elles se comporter différemment si elles ne veulent pas être battues par un mari violent, comme Adélaïde la mère de Marthe ou bien engrossée puis mariée de force comme cette dernière ? Ce ne sont pas elles qui sont monstrueuses, mais l’époque et le milieu dans lequel elles vivent.

Gallimard - Folio Policier - 1999

 

 

 

 

 

5 novembre 2016

LES SEIGNEURS DES MOISSONS - KEITH ROBERTS

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Keith Roberts est un grand maître du format court et des recueils tels que « Pavane », « Les géants de craie » ou « Survol » témoignent de son immense talent de novelliste. C’est donc avec beaucoup de plaisir que je me suis attaqué à ces sept récits d’une grande qualité stylistique, au vocabulaire très riche bien que parfois un peu technique et au rythme plutôt lent mais qui convient parfaitement à ces histoires où le décor et l'atmosphère priment l’action.

S'il fallait trouver un point commun aux nouvelles qui composent ce recueil ce serait du côté de la mélancolie et de la fatalité que j'irai le chercher. Toutes sont en effet  marquées par le sentiment d'impuissance  de personnages qui n’ont pas de prise sur les événements ou qui sentent leur existence leur échapper. Ambiances fin de siècle, impression d’échec ou de gâchis, catastrophes inéluctables, l’heure est grave. Alors dépêchons nous de découvrir ces beaux textes.

Nous commençons par un récit uchronique assez classique où le troisième Reich a remporté la guerre. Dans une Angleterre soumise aux nazis, un haut fonctionnaire britannique se retrouve coincé entre amour et ambition. La nouvelle s’intitule Weihnachtsabend, un titre incompréhensible pour les non germanistes, comme d’ailleurs bon nombre de dialogues en allemand non traduits !

Uchronie encore avec Le bateau blanc, une nouvelle qui prend place dans le même univers que celui de « Pavane » où Roberts nous proposait une Angleterre alternative, catholique et rétrograde. Il brosse cette fois le joli portrait d’une jeune pêcheuse fascinée par un bateau qui vient régulièrement mouiller au pied des falaises où elle travaille et sur lequel elle projette ses fantasmes de liberté et d'émancipation.

Du Planet Op pour continuer avec trois nouvelles qui, chacune à leur manière, illustrent le mercantilisme des hommes et l’impact néfaste de leur présence sur les planètes où ils s'installent. A noter qu'il est à chaque fois question d'une forme de voyage spatial par désintégration et recomposition de la matière : la spire.

La première, L’extinction des dragons, nous emmène sur la planète Epsilon Cygnus VI transformée en « terril automatisé » par l’industrie minière. Raclée, épluchée, pelée jusqu’à la trame elle n’offre plus aux derniers  « dragons » qui l’a peuplent que quelques îlots préservés où ils s’éteignent peu à peu. Une histoire dramatique mais néanmoins traitée avec beaucoup de légèreté grâce à l’humour qui émane des relations entre un jeune pilote idéaliste et un scientifique désabusé.

Place ensuite à la planète Xerxès et aux Kaltis, son petit peuple de bateliers inoffensifs confrontés aux appétits des humains. L’arbre de vie fait figure d’entrée en matière, nous permettant de prendre la température de ce monde encore vierge, à la nature exubérante entrecoupée d'un vertigineux réseau de canaux tandis que Le lac de Tuonela nous emmène dans le sillage d’un terrien bien décidé à prouver qu’une colonisation respectueuse de l’environnement et du mode de vie des autochtones est possible. Deux très beaux textes qui m'ont laissé un goût de trop peu tant j'aurais aimé découvrir plus avant cet univers, son peuple, sa culture et sa mythologie.

Les seigneurs des moissons est une longue nouvelle, presqu’une novella, qui nous emmène en Alaska. Un Alaska bien différent de celui que l'on connaît puisque transformé en un immense open-field parcouru par de gigantesques moissonneuses-batteuses. Toute l’histoire se déroule sur l’un de ces engins comparables à des plates-formes pétrolières mobiles sur lesquels vit et travaille une population équivalente à celle d’une petite ville. C’est un journaliste qui nous sert de guide dans ce futur pas si lointain où les grandes nations se disputent les derniers hectares de terre fertile.

C’est J’ai perdu Médée qui clôt le recueil. Une nouvelle déconcertante et un peu confuse qui s'apparente à un cauchemar éveillé où les fantômes viennent se mêler aux vivants.

Opta - Galaxie Bis - 1981

30 octobre 2016

LALA PIPO - HIDEO OKUDA

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De nos jours, à Tôkyo, les destins croisés de six personnages, leur solitude, leurs rencontres, leurs espoirs… 

« Je voudrais que tout le monde sache le genre de drame que vivent les perdants de la société, quelque part dans un coin de Tôkyô». Ces mots que Hideo Okuda met dans la bouche de l’un de ses personnages résument assez bien le projet auquel il s’est essayé avec ce livre. Ses six nouvelles mettent en scène quelques-uns des millions d’habitants que compte la capitale nippone, avec une nette préférence pour les laissés pour compte.

Jeune femme obèse, épouse délaissée, écrivain aigri ou rabatteur pour club, qu’ils aient foirés leurs études, échoués à s’intégrer dans le monde du travail ou qu’ils souffrent de leur différence, tous ses personnages ont raté le train de leur vie. Ils se retrouvent à des degrés divers exclus de la société et l’auteur nous dévoile la pauvreté de leur vie sociale et affective. Il étale leurs petits travers, leurs fantasmes et leurs désirs faisant de nous les témoins de leur quotidien. Ou plutôt des voyeurs puisque c’est sous l’angle de leur sexualité que la vie de ses z’héros nous est présentée. Et ce que nous découvrons n’est pas bien gai.

Leurs relations intimes sont dévoyées,. Il n’y a pas de liens, peu de partage, juste la recherche d'un plaisir égoïste et solitaire. Le sexe n’est plus qu'un exutoire ou pire, un objet de consommation comme un autre. Il symbolise parfaitement la médiocrité des rapports humains dans une ville où tout semble s’exprimer en termes de domination et de possession. Il n’y a plus de véritable communication. Les gens ne se livrent  jamais totalement mais semblent jouer un rôle. C’est une comédie des apparences où seule compte l’image que l’on renvoie, laquelle doit être conforme à son statut social ou à sa réussite professionnelle.

Chaque nouvelle est contée du point de vue d’un personnage qui jouait un rôle secondaire dans la nouvelle précédente. Le procédé n’est pas neuf mais il fait toujours son petit effet. Cela permet de revivre certaines scènes sous un angle différent et de donner un nouvel éclairage aux attitudes des uns et des autres. Cela renforce aussi le sentiment d’isolement de tous ces gens qui se côtoient quotidiennement sans pourtant se connaître. Ils sont voisins ou travaillent dans le même immeuble, fréquentent la même bibliothèque ou le même karaoke et pourtant ils demeurent parfaitement étrangers les uns aux autres.

C’est cru, c’est triste, ça se termine parfois mal mais c’est aussi très drôle. Les situations sont décalées et souvent excessives. On aime ou on déteste ces messieurs-dames tout le monde, on les juge sans vraiment les connaître mais surtout, on les plaint car « Que la vie soit à rire ou à pleurer, il faut quand même la vivre. » 

Ce roman d’Hideo Okuda est donc une excellente découverte et je sens que je reviendrai bientôt vers ces éditions Wombat et notamment sa collection « Iwazaru » où j’ai d’ores et déjà repéré quelques titres bien tentants.

Wombat - Iwazaru - 2016

 

20 octobre 2016

LE JOUR DES FOUS - EDMUND COOPER

neosff056Des radiations solaires d’une ampleur inaccoutumée provoquent sur Terre une véritable épidémie de suicides. Seuls survivent les inadaptés et les anormaux, les fous ou les génies. Matthew Greville est l’un d’eux. Misanthrope avec des tendances meurtrières, hanté par la mort de sa femme, il vit désormais seul à l’écart des autres groupes de survivants. Des rencontres, bonnes et mauvaises, vont le forcer à quitter sa retraite. 

« Le jour des fous » n’est pas mon premier post-apo - Malevil et Ravage l’avaient précédés de beaucoup - mais c’est sans aucun doute celui qui m’a rendu accro à ce sous-genre de la SF qui nous parle de cet instant effroyablement angoissant mais aussi incroyablement exaltant où le monde bascule dans l’inconnu.

Ce roman est pour moi l’un des plus purs modèles du genre. Il contient et exploite de la meilleure façon qui soit tous ses ingrédients, la coexistence d’attitudes désintéressées ou égoïstes, le repli solitaire ou la rémanence de l’instinct grégaire, le refuge dans la religion fut-t-elle la plus folle, le choix d’une nouvelle société… Ajoutons à tout cela les images désormais traditionnelles mais toujours efficaces de villes à peu près vidées de leurs populations et le retour de la faune sauvage, chiens et rats en tête.

Tous ces thèmes classiques du post-apo, ses poncifs diront certains, sont présents mais utilisés avec discernement et justesse. Edmund Cooper n’en fait jamais trop. Il réussit un dosage parfait entre scènes violentes et introspectives, entre espoir et renoncement. Mais sa meilleure réussite est sans doute son personnage principal. Un homme ambigu, une sorte de héros malgré lui que les circonstances conduisent à prendre en main la destinée d’un groupe de survivants.

Et puis j’aime particulièrement la chute de ce roman, à la fois optimiste et désabusée. L’auteur y exprime sa confiance dans la capacité de l’espèce humaine à se tirer d’affaire mais demeure aussi conscient de sa propension à s’autodétruire. Pour toutes ces raisons, « Le jour des fous » reste aujourd’hui encore mon post-apo favori et l’un des rares roman qu’il m’arrive de relire.

Editions Néo - 1982

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