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SF EMOI

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9 mars 2015

LA ROSE DE JAVA - JOSEPH KESSEL

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1919. Deux jeune aviateurs regagnent la France après une longue mission en Sibérie. En transit au Japon, ils s'embarquent sur un cargo hollandais qui doit rallier Shangaï. Alors qu'ils trompent leur ennui dans l'alcool et les cartes, ils découvrent que le navire abrite une femme d'une grande beauté,  confinée dans sa cabine. Dès lors, les deux amis n'auront de cesse de faire la conquête de la ravissante inconnu, sans conscience du danger qui les menace.

La lecture de ce roman de Joseph Kessel a été pour moi une petite déception. En premier lieu parce que je n'y ai pas trouvé l'histoire d'amour et d'aventure que je m'attendais à découvrir. Pourtant, avec son décor extrême oriental et ses personnages bien typés (l'ignoble contrebandier, les héros de la grande guerre et la troublante eurasienne), il y avait largement de quoi faire. Mais l'auteur a préféré s'en tenir à un huis-clos trouble et étouffant à bord d'un navire, nous embarquant dans un drame psychologique beaucoup moins passionnant à mon goût.

Le second point qui m'a un peu surpris est la façon dont les femmes sont traitées tout au long du livre. Volages, vénales et soumises, le moins que l'on puisse dire est qu'elles ne sont pas présentées sous leur aspect le plus flatteur. Pour autant, la façon dont les personnages masculins se conduisent envers elles est proprement ignoble. A leurs yeux elles ne constituent qu'un vaste troupeau dans lequel ils peuvent puiser sans remords pour satisfaire leurs désirs. De simples objets qu'ils peuvent acheter, violenter, prendre et laisser...

Je veux bien admettre que les héros de Kessel soient de jeunes hommes ayant survécus à la grande boucherie de 14-18 qui souhaitent s'étourdir dans l'alcool, le jeu et les femmes pour oublier les horreurs par lesquelles ils sont passés, mais leur comportement dépasse de beaucoup le simple égoïsme du séducteur.

On ne sent heureusement nulle sympathie de l'auteur à leur égard. Pas de condamnation non plus. Il se contente d'exposer les faits dans toute leur crudité. A nous de voir quel jugement porter sur leur attitude.

Gallimard - Folio

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4 mars 2015

H SUR MILAN - EMILIO DE' ROSSIGNOLI

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Dans une ville réduite à un tas de ruine, un couple tente péniblement de survivre en dépit des multiples dangers qui le guettent. 

Ce roman particulièrement sombre et pessimiste reflète parfaitement les craintes d'une époque. Lorsqu'il est écrit en 1967, la guerre froide bat son plein et le souvenir d'Hiroshima est encore vivace. L'apocalypse nucléaire n'est pas une menace en l'air et tout le monde a en tête le spectre de la bombe. Emilio De' Rossignoli donne corps à cette menace en décrivant de façon très précise les conséquences d'un conflit atomique.

Son récit débute quelques heures après l'explosion d'une bombe H et s'étale sur une poignée de journées. Il n'est donc pas question pour lui d'explorer les possibilités offertes par cette "remise à plat", de nous faire assister à la transformation d'un monde ou d'accompagner sa reconstruction. Pour reconstruire, il faudrait vivre. Or, dès le début du roman le narrateur exprime ses doutes quant à son avenir. L'ampleur de la catastrophe, les destructions, les irradiations laissent en effet peu de chances aux rares survivants de s'en sortir autrement qu'à moyen terme.

L'auteur se contente donc de promener ses personnages dans une ville dévastée. De longues déambulations parmi les ruines de la capitale lombarde qui lui permettent de nous offrir une succession de scènes dignes d'un tableau de Boch : enfants enterrés vifs dans les décombres d'un cinéma, longues processions d'aveugles, cimetière éventré vomissant ses cercueils et partout des corps, vitrifiés, carbonisés, vaporisés.

Ses descriptions sont parfois pénibles. De' Rossignoli s'appesantit longuement sur les manifestations affreusement variées des irradiations. Cela donne lieu à des scènes très dures telle la lente décomposition de "Barbichette" mangé par la gangrène radioactive ou encore la peinture minutieuse des patients d'un hôpital transformé en véritable antichambre de l'enfer.

Mais la bombe n'est pas seule responsable de toutes ces horreurs. La lutte pour la survie et la résurgence des instincts primaires qui l'accompagne y ont aussi leur part. On croise des milices qui brûlent les contaminés au lance-flammes, des travestis qui scalpent les femmes pour se parer de leurs chevelures sans oublier les vieilles haines qui s'exaspèrent entre "polenta" et "terùns", milanais de souche et immigrés du sud, « survivants contre survivants pour accélérer l'avènement du néant ».

De fait, les rencontres que font nos deux héros sont rarement amicales. L'entraide est quasiment inexistante et les rapports humains réduits à l'essentiel. La disparition des sentiments est d'ailleurs l'un des aspects les plus marquants du récit. L'amour, comme la pitié ou la compassion n'ont plus cours. Eperdus de souffrances, hagards, les survivants n'ont en tête que la satisfaction de leurs besoins immédiats : manger, boire, se protéger.

Les personnages principaux ne font pas exception à la règle. La relation entre Milva et le narrateur ne dégage aucune chaleur. S'ils sont ensemble, c'est davantage pour ne pas rester seul que par véritable amour. Lui est un individu cynique et désabusé, sans illusion sur l'avenir mais néanmoins déterminé à profiter encore des minuscules plaisirs que lui offre la vie. Milva, elle, n'est guère plus sympathique et cherche surtout une protection dans ce monde bouleversé qui l'effraye.

On sent dans ce roman la volonté de démontrer que non seulement une guerre nucléaire ne résoudrait rien mais qu'elle sonnerait aussi le glas, si ce n'est de l'espèce humaine, du moins de la civilisation. Ne nous leurrons pas, il n'y aura pas d'après ou, s'il y en a un, ce sera celui des loups et des renards, des brutes et des opportunistes. Un retour aux temps les plus sombres de notre histoire. Noir et désespéré de bout en bout ce roman est à ranger avec Fausse Aurore ou La fin du rêve dans la catégorie des post-apo les plus sombres. Sans doute les plus réalistes.

Denoël - Présence du Futur - 1967

 

 

27 février 2015

VISAGES ET CHOSES CREPUSCULAIRES - JEAN RAY

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Publiées dans diverses revues entre 1932 et 1961, les dix huit nouvelles qui composent ce recueil ne forment pas un tout homogène. On peut toutefois les regrouper en trois catégories principales.

La première rassemble des récits d'ambiance qui ont pour cadre des villes d'Europe du Nord, ports allemands ou flamands où règnent le brouillard, l'obscurité des ruelles et la fumée des troquets. Le plus souvent le fantastique n'y est que suggéré. Entre cauchemars et racontars de marins ivrognes, difficile de faire la part de la vérité et celle de la superstition. Dans Storchaus ou La maison des cigognes, une maison organique propose un bien étrange marché à ses occupants, Le bout de la rue est une allégorie sur le destin et la mort, Baraterie interroge le sentiment de culpabilité d'un capitaine hanté par les fantômes de marins disparus en mer et Passez à la caisse ! est une insignifiante histoire de pesée des âmes. La présence horrifiante est sans doute la meilleure du lot. Elle parvient en tout cas à installer une vraie tension jusqu'à une chute qui ferait presque sursauter. 

Les six nouvelles suivantes ont pour sujet des thèmes d'un fantastique plus traditionnel : Mondschein-Dampfer nous propose une gentille variation sur la légende de Faust, Dieu, toi et moi est un récit de vampire assez banal et Merry-go-round met en scène un objet possédé par une force mauvaise, en l'occurrence le cheval de bois d'un manège. Secte malaise et lycanthropie sont au cœur de La Princesse Tigre tandis que La trouvaille de Mr Sweetpipe nous parle de quatrième dimension d'une façon assez terne et confuse.

Coïncidence ou pas, les nouvelles les plus intéressantes sont celles qui ne comportent aucun élément d'ordre surnaturel. Celles-ci se déroulent presque toujours en Angleterre et se distinguent par un humour particulièrement grinçant. Ainsi de Mr Gless change de direction ou comment un épicier est conduit à jouer les émules de Jack l'éventreur, La chandelle du réveillon qui nous dévoile une façon originale mais peu charitable d'échapper à une malédiction, Je cherche Mr Pilgrim, un modèle de vengeance et de réalisme, Dents d'or ou quant un pilleur de tombes doit faire face à une coriace concurrente, J'ai tué Alfred Heavenrock ! récit dans lequel un séducteur beau parleur apprend à ses dépens que les mensonges se réalisent parfois. Enfin, L'idylle de Monsieur Honigley est une histoire d'amours contrariées entre un lord anglais est une jeune allemande un peu simplette qui vient confirmer le fameux adage : "le cœur à ses raisons que la raison ignore".

Le recueil se termine sur deux versions inachevées d'un même texte. Prélude à Saint-Judas-de-la-nuit et Saint-Judas-de-la-nuit nous parlent d'un livre maudit, de bateleurs et d'envoutement. Malheureusement les récits sont bien trop tronqués pour se faire une juste opinion de leur valeur.

Nouvelles Editions Oswald - 1982

22 février 2015

SCHLUMP - HANS HERBERT GRIMM

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En 1915, alors qu'il vient de fêter ses 17 ans, Emil Schulz alias Schlump, s'engage dans l'infanterie. Il est d'abord affecté à Loffrande où sa connaissance du français le désigne comme chef de la Kommandantur locale. Loin des combats, il en oublierait presque la guerre qui fait rage à deux pas de là. Mais celle-ci a tôt fait de le rattraper. Il se retrouve alors en première ligne où il découvre l'horreur des combats et la folie des hommes.

Ce roman de Hans Herbert Grimm est l'un des plus surprenant qu'il m'ait été donné de lire sur la première guerre mondiale. Non qu'il soit plus réaliste ou plus pointu que d'autres mais le ton utilisé par l'auteur le démarque résolument du reste de la production. C'est en effet sur un mode gentiment bonhomme que nous sont racontés les aventures militaires du soldat Schlump.

De ses premiers pas dans la guerre en tant qu'administrateur de villages jusqu'à la débâcle finale, il conservera son optimisme et sa joie de vivre, un peu comme un nouveau Candide déterminé à voir le meilleur dans tout ce qui lui arrive. Les horreurs du front ne lui seront pourtant pas épargnées même si elles se limiteront à une longue attente dans des conditions épouvantables (le froid, la boue, la faim et la peur) et à une attaque des positions adverses qu'il vivra dans un état quasi second. Mais ce seront les seuls épisodesguerriers.

Le plus gros du roman traite en effet de la vie à l'arrière. Certains passages se déroulent en Allemagne à l'occasion de permissions ou de séjours du héros dans un hôpital militaire et la majeure partie du récit a pour cadre les villes françaises et belges administrées par l'armée allemande. C'est dans ces secteurs préservés que Schlump occupera divers postes administratifs qui lui permettront de couler des jours relativement tranquilles.

Le contraste entre ce calme relatif et l'enfer des tranchées contribue à démontrer l'absolu inanité de cette guerre ignoble et absurde. L'horreur des combats est telle que ceux qui ne les ont pas vécus ne peuvent pas la concevoir et que les autres préfèrent l'oublier. A l'arrière, la guerre est perçue comme un cauchemar lointain, une espèce d'ogre affamé qui dévore les hommes par milliers. Elle perd un peu de sa réalité et de sa crudité pour ne plus exister que dans les récits des soldats et dans le lointain grondement des canons (« De l'ouest, par beau temps, on entendait retentir les coups de canons du front et cela leur rappelait que des milliers de jeunes gens mouraient là-bas de la plus cruelle des façon»). Et c'est heureux, car serait-il possible autrement de vivre normalement alors qu'à quelques kilomètres des hommes se battent dans des conditions inhumaines ? Pourrait-on accepter une telle abomination sans se révolter ?


Schlump lui, ne se pose plus de questions. Ses velléités d'héroïsme ont rapidement fait place à l'envie de rester en vie. Il côtoie les simulateurs, les profiteurs et les planqués. Il se livre même à quelques trafics sur le dos des soldats et des civils chassés de chez eux par la guerre. Bref un anti héros qui prouvera que la débrouillardise vaut mieux que l'héroïsme.

Sorti en 1928, "Schlump" fut, parait-il, éclipsé par le célèbre roman de Remarque. Il n'en est pas moins plus corrosif et plus violemment antimilitariste que "A l'ouest rien de nouveau". L'absurdité de la guerre y est plus évidente et les critiques - des stratèges, des gradés, des patriotes - bien plus virulentes. Il n'est que de lire cette violente diatribe du héros pour s'en convaincre : « De toute façon, dit-il, la guerre est cruelle, c'est une abjecte boucherie, et une humanité qui supporte une chose pareille ou qui en est témoin pendant des années ne mérite aucun respect. Quant à celui qui a créé les êtres humains, qu'Il rampe de honte, car son œuvre est une infamie ! »

Un dernier mot pour signaler la beauté des dessins qui accompagnent le récit ainsi que la superbe couverture tirée d'une œuvre d'Emil Preetorius, un artiste que j'ai bien envie de découvrir plus avant.

Presses de la Cité - 2014

17 février 2015

LES MONDES DE MAGNUS RIDOLPH - JACK VANCE

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Magnus Ridolph, dandy épicurien célèbre pour ses talent de détective, promène son snobisme décontracté dans toutes les régions de l'espace où le Commonwealth a étendu l'ombre de la civilisation terrienne. Sa propension a vivre au-dessus de ses moyens et sa tendance à effectuer des placements financiers hasardeux le contraignent régulièrement à proposer ses services moyennant rétribution. Rien d'étonnant donc à ce qu'on le rencontre aussi bien sur la cosmopolite Sclerotto que sur la décadente Morabita, dans la Roue de Sagittarius supérieur ou au spa des étoiles de la planète Eta.

Les mondes de Magnus Ridolph fait partie de ces œuvres de Jack Vance où l'histoire n'est qu'un prétexte pour vagabonder de part les milles et un mondes merveilleux issus de son imagination fertile. Comme dans Space Opera ou Les Cinq rubans d'or, nous y emboîtons le pas d'un personnage haut en couleur et particulièrement doué pour se plonger dans les situations les plus délicates.

Dans presque toutes les nouvelles de ce recueil qui en compte six, Magnus est en effet victime de financiers filous, de marchands véreux et d'entrepreneurs indélicats qui tentent de l'escroquer ou d'utiliser ses talents pour leur propre compte. Heureusement pour lui, notre sympathique héros est doté d'un esprit d'à propos assez remarquable et retourne invariablement la situation à son avantage. « En général, je suis capable de m'adapter aux circonstances » nous dit-il et c'est vrai qu'il sait tirer parti des particularismes « régionaux » des planètes sur lesquels il est amené à séjourner. Cette qualité, ajoutée à sa connaissance de la nature humaine, lui permet de triompher de la cupidité des colons terriens et des coutumes parfois singulières des races autochtones.

Il parviendra ainsi à utiliser le tempérament belliqueux des guerriers insectoïdes de la planète Kokod pour châtier d'affreux bookmakers, il se servira du métabolisme si particulier des hurleurs de Naos V pour sauver sa récolte de ticholama et même en tirer un petit bénéfice supplémentaire et prouvera au roi des voleurs de Moribata qu'un terrien n'a pas de leçons à recevoir en matière de cleptomanie.

Mais la nouvelle qui illustre le mieux ses dons est sans conteste « Coup de grâce », véritable enquête policière façon Agatha Christie, dans laquelle Magnus Ridolph doit identifier le coupable d'un meurtre parmi dix suspects originaires de planètes, de races et de cultures différentes. Une façon de nous rappeler qu'il ne faut pas se laisser guider par les apparences et qu'avant de juger autrui, il faut avoir appris à le connaître.

Pocket - SF - 1982

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12 février 2015

LES INCENDIAIRES - JEAN ROLLIN

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Anissa est tombée sous la coupe de l'Homme Pourpre qui se sert d'elle pour attirer les deux orphelines vampires dans un piège redoutable. Mais les drôlesses ne manquent pas de ressort et, avec l'aide de rencontres de passage, elles découvriront le point faible de leur ennemi et le pousseront dans ses derniers retranchements.   

Ce cinquième et dernier volet des aventures des deux orphelines vampires est de loin le meilleur de la série. En lançant ses petites héroïnes sur les traces de leur ennemi de toujours, Jean Rollin nous propose pour la première fois une intrigue qui tient véritablement la route. Il nous embarque dans un véritable jeu de piste au terme duquel Pluviôse et Ventôse (tu parles de blases !) espèrent découvrir l'origine de ce jeu d'échecs surréaliste qui voit s'affronter l'homme pourpre et l'homme chantant.

Elles devront pour cela remonter la piste d'un mystérieux navire, chercher des indices dans les musées, recouper et interpréter des informations pour mettre la main sur le cercueil contenant le corps de leur adversaire qui, figurez-vous, serait un petit cousin de l'affreux des Carpathes (du moins un bonhomme originaire d'Europe de l'est et qui semble avoir pour habitude de roupiller dans sa bière).

Pour le reste, on demeure tout de même en terrain de connaissance avec quantité de cimetières et de souterrains ainsi que l'habituelle tripotée de dangereux farfelus. Jean Rollin n'innove donc que fort peu en introduisant quelques personnages (Gudule la voyante extra lucide, Véro l'avaleuse de sabre et Casimir Plantu, l'expert en phénomènes paranormaux) et de nouveaux lieux chargés d'histoire et de mystère : le donjon de la Roche-Guyon ou les îles Chausey.

"Les incendiaires" clôturent donc agréablement le cycle des "Orphelines vampires" sans toutefois apporter de réponses réellement satisfaisantes à toutes les énigmes soulevées. C'est là un défaut qui tient à la nature même des romans de Jean Rollin, des récits qui ressemblent à ces histoires pour enfants qu'on invente à mesure qu'on les raconte, sans trop se soucier de vraisemblance.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

7 février 2015

L'EMIGRANT A LA RECHERCHE D'UNE FAMILLE - CHARLES ROWCROFT

 

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Un profond mystère entoure la naissance de Georges Mayford. Elevé par une nourrice et entretenu grâce à l'argent fourni par un notaire, le jeune homme n'a jamais vu ses parents et ignore tout de ses origines. Déterminé à rompre avec un pays où il se sent étranger, il décide d'émigrer au Canada. Une rencontre inopinée va le mettre sur la piste de sa famille et le lancer par la même occasion dans un bien long voyage. 

Ce roman écrit en 1851 peut être regardé comme une sorte de guide touristique de l'empire britannique et de manuel pour l'apprenti colon. Rédigé à une époque où les voyages sont rares et où les informations circulent peu, il permet d'éclairer les anglais sur la vie dans leurs lointaines colonies, les pérégrinations du héros permettant à l'auteur de fournir quantité d'informations et d'anecdotes sur le climat, les populations autochtones, l'élevage, les cultures...

L'histoire, elle, est particulièrement romanesque. Elle rappelle un peu ces romans de Dickens dans lesquels un orphelin doit faire le jour sur le secret de sa naissance. Sauf qu'ici, la quête de ses origines fera effectuer au jeune héros un véritable tour du monde.

Fertile en rebondissements, péripéties et coïncidences, l'intrigue ne lui laisse pas un instant de répit. Il combat des indiens alcooliques au Canada, manque être lyncher par des esclavagistes en Virginie, est enrôlé par des pirates à la Jamaïque, survit à un naufrage, devient l'esclave d'une tribu hottentote avant d'atteindre l'Australie... Il affronte les animaux les plus dangereux de ces lointaines contrées, lion, ours, requin et échappe de peu à un tremblement de terre. Bref, bien des aventures avant de retrouver sa famille, la femme qu'il aime et un nouveau foyer.

Tout cela nous est conté avec un humour et une ironie délectables qui s'expriment particulièrement dans ce chapitre où le repas dominical d'une famille londonienne est constamment interrompu par les réclamations de nombreux créanciers.

Finalement le seul mauvais côté de ce livre, c'est qu'il doit être difficile à dénicher : mon exemplaire est âgé d'un petit siècle et j'ignore s'il a été réédité depuis.

Librairie Nationale d'Education et de Récréation - 1894

 

2 février 2015

L'ULTIME RIVAGE - URSULA LE GUIN

imgVingt années se sont écoulées depuis les aventures relatées dans "Les tombeaux d'Atuan" et Ged occupe désormais la fonction d'Archimage à l'école de magie de Roke. C'est là que Arren, fils du roi d'Enlad, vient le trouver pour lui faire part d'une nouvelle inquiétante : les sorciers de son royaume ont perdu leurs pouvoirs. Ayant déjà eu vent de telles rumeurs en provenance d'autres contrées, Ged embarque pour le sud lointain à la recherche des causes de cette "épidémie". Le jeune prince l'accompagne...

L'ultime rivage reprend à peu près le même canevas que le premier opus de la « trilogie de Terremer ». Il nous propose d'accompagner Ged dans un nouveau voyage initiatique qui le conduira une fois encore au bout du monde à la recherche d'un ennemi redoutable.

C'est aussi pour Ursula Le Guin, l'occasion de nous faire découvrir les parties de cet univers maritime qui nous demeuraient encore étrangères. Nous visitons ainsi le sud mystérieux peuplés d'îliens austères et sauvages et l'ouest légendaire, patrie des dragons millénaires.

Mais plus que sur ces petits bouts de terre isolés les uns des autres, l'essentiel de l'intrigue se déroule sur l'océan, à bord de Voitloin, le désormais célèbre voilier de Ged. Ce décor minimaliste permet un face à face intense entre le mage vieillissant et le jeune prince à peine sorti de l'adolescence. Une confrontation à l'issu de laquelle le caractère d'Arren se révélera, non sans être passé par toutes sortes d'émotions et de sentiments.

Sur le fond, l'histoire n'a rien de particulièrement spectaculaire, juste quelques mésaventures avec des voleurs, des marchands d'esclaves ou des iliens sauvages, et la chute est assez prévisible, attendue même. Mais cela n'a finalement pas beaucoup d'importance puisque le voyage importe bien plus que la destination.

Il permet aux personnages de réfléchir à leur condition d'homme, à la fragilité de l'existence et à la nécessaire fin de toutes choses : « Rien n'est immortel. Mais il n'y a qu'à nous qu'il est donné de savoir que nous devons mourir. Et c'est un don précieux : c'est la chance d'être soi-même. Car nous ne possédons que ce que nous savons que nous devons perdre, ce que nous acceptons de perdre... Etre soi, c'est notre tourment, notre gloire et notre humanité ; et cela ne dure pas. ». Arren apprendra ainsi à accepter sa destinée ; non pas à être fataliste mais admettre qu'il existe des choses sur lesquelles on n'a pas de prise. Accepter sa condition d'humain, sans en tirer honte ni orgueil.

Comme beaucoup de romans de l'auteur, « L'ultime rivage » nous parle aussi de responsabilité - vis à vis des autres et vis-à-vis de notre environnement - et met en avant l'idée déjà évoquée dans Le sorcier de Terremer, d'un équilibre naturel qu'il faut à toute force préserver : « Mais nous, dans la mesure où nous avons un pouvoir sur le monde et sur les autres, nous devons apprendre à faire ce que la feuille et la baleine et le vent font naturellement. Nous devons apprendre à conserver l'Equilibre. Ayant l'intelligence, nous ne devons pas agir avec ignorance. Ayant le choix, nous ne devons pas agir sans responsabilité. ». Une fibre écologique que l'on retrouve encore dans son évocation du "peuple des radeaux", une communauté vivant en accord parfait avec l'océan et ne tirant de la mer que ce qui lui est nécessaire.

Ainsi se termine la célèbre trilogie d'Ursula Le Guin mais pas mon voyage en Terremer puisque l'auteur a écrit depuis deux autres ouvrages partageant le même univers et les même personnages.

 

Pocket SF - 1985

28 janvier 2015

LES TOMBEAUX D'ATUAN - URSULA LE GUIN

 

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A l'âge de cinq ans, la petite Tenar est enlevée à ses parents par les « Gardiens du Lieu » qui ont vu en elle la réincarnation de leur grande prêtresse, Arha la dévorée. Destinée à veiller sur les tombeaux d'Atuan et le labyrinthe où sont reclus les « innomables », Tenar suit un long et pénible apprentissage qui débouche sur une vie terne et monotone.  Une rencontre inattendue va bouleverser sa routine et ses toutes ses croyances... 

Autant Le sorcier de Terremer nous faisait voir du pays en nous menant aux quatre coins de Terremer, autant ce second tome est statique. L'action est circonscrite à la seule île d'Atuan en pays Kargue et plus encore dans le Lieu, enceinte religieuse entièrement close à l'instar d'un couvent ou d'un monastère. Un univers resserré dont l'atmosphère étouffante est encore accentuée par le fait qu'une bonne partie de l'histoire se déroule sous terre, dans les méandres d'un gigantesque labyrinthe.

L'auteur nous fait parfaitement ressentir l'isolement de l'héroïne, prisonnière de cet univers borné, sans autre perspective qu'une vie de recluse consacrée aux rites d'un culte qui semble sombrer dans l'oubli. A mesure qu'elle grandit, Tenar mesure la vacuité de son existence. Elle soupçonne d'abord certaines de ses compagnes de ne pas croire aux dogmes qu'elles perpétuent puis s'aperçoit que d'autres ont troqué la piété contre l'ambition. Ses certitudes s'effondrent les unes après les autres et l'irruption dans son monde du "sorcier de Terremer" va donner un nouveau sens à son existence.

Ce portrait de jeune femme courageuse mais désemparée est magnifique. Avec son écriture toute en retenue et finesse, Ursula Le Guin décrit admirablement les différentes phases de son émancipation et toute la palette de sentiments qui l'animent. Cela nous donne quelques passages superbes et poignants. Je pense notamment à sa première exploration du ténébreux labyrinthe qu'elle découvre du bout des doigts ou encore à l'appréhension mêlée de curiosité avec laquelle elle fait la connaissance du monde extérieur.

Ce deuxième volume du cycle de Terremer m'a encore plus emballé que le premier et c'est avec fébrilité et impatience que j'entame le troisième.

Pocket SF - 1985

23 janvier 2015

LE SORCIER DE TERREMER - URSULA LE GUIN

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Jeune chevrier vivant sur l'île de Gont dans le Nord Est de Terremer, Ged montre très tôt des dispositions pour la magie. Confié aux bons soins du sorcier local, il fait preuve d'un talent tel que son mentor décide de l'envoyer étudier à l'école de magie de Roke. Là, il se distingue autant par ses aptitudes hors normes que par son orgueil qui le pousse à invoquer l'esprit d'un mort. Ce faisant, il libère une puissance de l'ombre qui va chercher à le détruire, ne lui laissant d'autre choix qu'entre la fuite ou le combat. Tantôt chasseur, tantôt chassé, Ged ira au bout du monde et de lui-même, pour vaincre la dangereuse créature.

"Terremer" fait partie des grands cycles de fantasy que tout amateur du genre se doit d'avoir lu. Rien à voir pourtant avec les grandes épopées guerrières ou les récits de quêtes fabuleuses qui forment le plus gros de la production. La fantasy d'Ursula Le Guin est plus intimiste, centrée sur l'évolution psychologique de ses personnages. Moins spectaculaire, elle n'en demeure pas moins extrêmement dépaysante avec un univers foncièrement original.

Un monde composé de nombreux archipels, une multitude d'îles formant autant de nations aux couleurs et coutumes disparates : la Venise rurale de Torning Bas, les villages de pêcheurs d'Iffish, la désolation d'Oskill dans le lointain nord... Quant au caractère médiéval commun aux romans de fantasy, il est également bien présent puisqu'on se déplace d'une île à l'autre à bord de voiliers ou de galères et que l'on y craint les incursions des envahisseurs kargues.

Premier des trois volumes qui composent ce cycle, Le sorcier de Terremer nous invite à suivre la jeunesse d'un sorcier. Nous le suivons dans toutes les étapes de son apprentissage, de ses premières années sur une île retirée à son premier "emploi" au service d'une communauté rurale en passant par ses études dans une école de magie. Nous découvrons un héros attachant, puissant certes, mais faillible aussi, avec ses peurs et ses doutes. Pour venir à bout de sa Némésis, Ged devra vaincre ses démons, au propre comme au figuré. Il lui faudra pour cela voyager, échanger, découvrir ce qui l'entoure mais aussi apprendre à se connaître soi-même.

Le roman d'Ursula Le Guin est donc un roman sur la connaissance, sur l'expérience et la sagesse qu'elles apportent. La magie qui a cours à Terremer consiste en effet à apprendre le véritable nom des êtres et des choses. Une jolie métaphore qui véhicule l'idée selon laquelle il faut parfaitement connaître les choses avant de se risquer à les manipuler. Responsables de nos actes, nous devons être conscients de leurs conséquences et veiller à respecter l'équilibre naturel de notre monde.

Pocket SF - 1985

18 janvier 2015

PRIS AU PIEGE - YVES RAVEY

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Le petit Lindbergh vit avec ses parents dans une zone pavillonnaire proprette avec de jolies maisons et de charmants voisins. Il y a là Monsieur Barclay le banquier, Monsieur Barre le maître nageur, la jolie Madame Domenico qui l'aide à faire ses devoirs et son mari, jaloux comme un poux. Un vrai petit coin de paradis qui ronronne dans la torpeur et le soleil jusqu'à ce que deux spécialistes en insectes xylophages viennent troubler le calme de l'été et faire découvrir à Lindbergh les turpitudes des adultes.

Pris au piège est un roman qui se dévore en un rien de temps. Il est vrai que sa petite centaine de pages écrites en gros caractères contribue largement à une lecture rapide. Mais c'est surtout son ton drôle et naïvement cruel qui donnent envie de l'avaler d'une traite.

Le récit à la première personne est celui d'un enfant de onze ans. Le vocabulaire employé est donc simple et les phrases courtes. Le gamin se contente de décrire ce qu'il voit et entend avec ses mots, sans faire de commentaires, sans analyser la situation. Coincé dans le grenier de ses voisins il n'est d'ailleurs qu'un témoin indirect et ne comprend sans doute même pas le sens de la scène qui se joue à quelques pas de lui. L'analyse, c'est au lecteur de la faire. C'est à lui de donner un sens aux faits décrits, de les « traduire » et d'en tirer une conclusion. En l'occurrence une histoire tristement banale de violence conjugale.

Mais comme je le disais plus haut, le récit est empreint d'une constante bonne humeur qui lui évite de sombrer dans le pathos. Les apparitions récurrentes des pseudo spécialistes nous donne quelques scènes savoureuses qui permettent de faire retomber la tension. Elles auront néanmoins permis d'entrouvrir la porte des coquets pavillons et d'en dévoiler les secrets. Le petit Lindbergh y aura perdu une partie de son innocence.

Les Editions de Minuit - 2005

13 janvier 2015

LES ENFANTS DU SANG - LAURENT COURTIAUD

imgLorsque son voisin décède dans des circonstances étranges, Eric Marquand, jeune dilettante expert en arts martiaux, décide de dénouer les fils d'une histoire étrange qui plonge ses racines en Thaïlande, vingt ans plus tôt.

C'est sans doute pour nous dépayser que Laurent Courtiaud  a choisi de situer une partie de son histoire en Asie du sud-est. Mais si l'idée ne manque pas d'originalité, son traitement l'est beaucoup moins. Sa description de la Thaïlande est très convenue et reste au niveau des souvenirs de vacances. Bangkok et son quartier chaud, Ayutthaya et ses temples, les montagnes près de Chiang Mai et Mae Hong Son, les Tuk-Tuk : n'importe quel touriste pourrait nous en raconter autant.

De la même manière, le démon Pak Luad n'a rien de particulièrement original. Comme ses cousins d'Europe, il aime le sang frais et les sacrifices humains et, s'il ne craint ni eau bénite ni crucifix, il demeure sensible aux symboles religieux. Représentations de bouddha, robes safran et mantras lui sont insupportables tandis que ses affidés à face de chien craignent particulièrement les armes en argent. Qui a parlé de loups-garous ?

Pour autant, « Les enfants du sang » n'est pas un mauvais livre. Les premiers chapitres, menés à un rythme d'enfer, nous font rapidement pénétrer dans une intrigue où il question de trafic d 'œuvres d'arts, d'amitié trahie et de vengeance tardive. L'action est omniprésente et le sympathique héros a fort à faire pour contrer les attaques de ninjas indestructibles et d'enfants-chiens enragés. Les combats s'enchaîneront d'ailleurs jusqu'à la fin avec juste quelques passages plus calmes histoire de permettre aux personnages d'apprendre à quel ennemi ils ont affaire et comment ils pourront le vaincre.

Bref, de la littérature de gare dans le bon sens du terme, c'est à dire un livre qui se lit rapidement en offrant un bon moment de détente. What else !

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

7 janvier 2015

ON NE LE DIRA JAMAIS ASSEZ...

 

je-suis-charlie

 

4 janvier 2015

LE FORMIDABLE EVENEMENT - MAURICE LEBLANC

ldp4995Le pauvre Simon Dubosc est au désespoir. Le richissime Lord Hatfield, ne consent à lui donner la main de sa fille que s'il accomplit des exploits dignes à la fois de Guillaume le conquérant et de Don Quichotte. Qui plus est, il ne lui laisse que vingt jours pour y parvenir ! Heureusement, un enchaînement de circonstances extraordinaires va lui permettre d'exaucer ses vœux.

Quand bien même il lui donne son titre, ce formidable évènement qu'est l'émersion du plancher de la Manche n'est pas à proprement parlé au cœur du roman de Maurice Leblanc. Certes, on assiste bel et bien au soulèvement des fonds marins avec force tremblements de terre et inondations. Certes encore, on voit disparaître Dieppe et Hastings sous le coup des effroyables convulsions de la Terre. Certes toujours, on découvre ces contrées nouvelles qui relient désormais la France à l'Angleterre.

Pour autant, l'histoire que l'auteur a choisi de nous raconter n'utilise cet évènement exceptionnel qu'à titre de décor. Un décor qui permet à ses personnages d'évoluer dans un gigantesque no man's land, sorte de nouveau far-west où tout est à découvrir, à s'approprier à la force du poignet et du revolver : «  La prairie ! La prairie de Fenimore Cooper!.. Le Far West !.. Tout y est : l'attaque des sioux, le blockhaus improvisé, l'enlèvement, le combat dont sort vainqueur le chef des visages pâles... ».

De fait, la comparaison avec l'ouest américain n'est pas usurpée. Ces terres inexplorées sur lesquelles l'autorité des Etats ne s'exerce pas encore, attirent la lie de la société à la recherche d'épaves à piller et d'hypothétiques trésors. C'est donc au milieu de bandits et de vauriens de la pire espèces que nos héros vont devoir tracer leur route et affronter moult dangers : combats au revolver et à l'arme blanche, sièges en règle, cavalcades, poteau de torture, l'ambiance western est effectivement au rendez-vous.

Il manque néanmoins au roman une intrigue plus poussée, une de ces mystérieuses énigmes comme Arsène Lupin en a résolue des dizaines. Ici, on doit se contenter de la folle équipée d'un brave jeune homme désireux de porter secours à sa belle, prisonnière d'un affreux jojo.

Le récit eut également gagné à mêler à la petite histoire un peu de la grande, à la ressituer dans un contexte plus général. Ainsi, c'est à peine si les relations entre la France et l'Angleterre sont abordées et le risque de conflit territorial n'est évoqué que dans le dernier chapitre. Il y avait pourtant matière à davantage de développements s'agissant de deux pays si longtemps rivaux et qui d'un coup deviennent voisins. Et que dire de la perte de son insularité par la Grande-Bretagne, la crainte de l'invasion, les bouleversements politiques et économiques...

Quant aux personnages, c'est peu dire qu'ils manquent de nuance avec, d'un côté, des brutes qui se vautrent dans l'alcool et la luxure et de l'autre, de belles âmes désintéressées. Simon Dubosc est particulièrement irritant avec son attitude chevaleresque d'un autre temps : « La seule réalité, c'était Isabel. Le seul but, c'était de s'illustrer comme un preux qui combat pour l'amour de sa dame ». Et dire qu'il préférera la blonde Isabel qui lui impose pourtant d'en passer par les exigences outrancières de son père avant de consentir à l'épouser alors que la brune Dolorès est prête à se donner à lui sans marchander ! Il est vrai qu'Isabel est blanche... et riche. En 1921 (et sans doute encore un peu aujourd'hui) cela avait son importance.

On retiendra donc surtout de ce livre quelques belles images d'un monde tout neuf  (« C'est un univers qui se crée sous nos yeux ») avec ses terres vierges peuplées d'un véritable cimetière d'épaves. Un paysage que les amateurs de SF ancienne ne manqueront pas de rapprocher de celui des Buveurs d'océans de Henri-Georges Magog parut quelques années plus tard.

Le Livre de Poche - 1977

30 décembre 2014

LA BETE ET LA BELLE - THIERRY JONQUET

9782070408627Le commissaire Gabelou aimerait bien que Léon se mette à table. Ce n'est pas que son témoignage soit absolument nécessaire puisque le coupable a déjà été arrêté, mais il y a encore quelques zones d'ombres qu'il aimerait bien éclaircir. Manque de bol, le prévenu s'obstine à rester muet. Il se contente de passer en revue ses souvenirs en essayant de comprendre ce qui a pu les amener, lui au quai des orfèvres, et son ami à l'hôpital, dans un état critique.

Si vous souhaitez lire un polar dont l'intrigue repose sur la recherche et la découverte du coupable, vous vous êtes trompé de bouquin. Dans La belle et la bête, le coupable, on le connaît dès le début. D'ailleurs, le coupable, c'est son nom. C'est du moins comme çà qu'on le nomme. Comme il y a l'emmerdeur, le visiteur, la vieille, le commis et le gamin. Parce que finalement, victimes, assassins ou témoins, leur identité n'a pas beaucoup d'importance ; ce sont eux, mais çà pourrait être d'autres, vous, moi. Des gens ordinaires avec des vies bien ordinaire.

En tout cas, cette absence de patronyme n'aide pas beaucoup à suivre le cours du récit. D'autant que celui-ci nous est raconté par plusieurs voix. Celle de Gabelou, le commissaire, qui nous dépeint la garde à vue du vieux Léon et quelques épisodes de son enquête ; celle du coupable par le biais de son journal intime enregistré sur des cassettes audio ; celle du vieux Léon enfin dont le monologue intérieur éclaire le quotidien et celui de son pote le coupable. Un roman choral donc, avec les approches différentes et les points de vus décalés que cela comporte.

Nous pénétrons ainsi l'intimité de deux inadaptés et revivons leur neuf mois de cohabitation dans un appartement où les poubelles s'amoncellent, restreignant jour après jour leur espace vital. Le premier est un vieux paysan rattrapé par la banlieue et qui n'a jamais réussi à s'intégrer à son nouvel environnement. Le second est l'une de ces personnes trop faibles ou trop respectueuses des règles et des conventions, qui finissent un jour par péter les plombs. Un peu comme une cocotte minute incapable de relâcher la pression en disant merde ou en allongeant une torgnole, il va finir par exploser et sombrer dans la folie. Mais a-t-il pour autant commis les meurtres dont on l'accuse ? (et dont il s'accuse lui-même). Voilà qui n'est pas sûr. Et c'est tout le talent de Thierry Jonquet que de nous faire douter à mesure que l'on fait connaissance avec son personnage et que l'on découvre les raisons de son mal être et les surprenantes manifestations de sa folie.

Parfait exemple de néo-polar, ce policier à la française où la critique sociale est plus importante que l'enquête, La bête et la belle est un roman qui met mal à l'aise. Il fait le constat d'un modèle de société qui a dérapé et nous livre une peinture très juste de la banlieue et de son triste quotidien avec sa cité, son CES et son usine Citroën. Une banlieue clapier, un nid à misère empli de travailleurs sans avenir et d'une jeunesse promise au chômage et à la délinquance.

Gallimard - Folio Policier - 1999

25 décembre 2014

LES SOUTERRAINS DE L'ENFER - BRIAN STABLEFORD

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Hasgard est une planète bien singulière. Un monde artificiel et glacial construit par des extra-terrestres dont on ignore à peu près tout. Administrée par les paisibles Tétrax, elle est peuplée de toutes sortes d'aventuriers venus là dans l'espoir d'y découvrir des artefacts qu'ils pourraient monnayer auprès de scientifiques ou d'industriels. C'est le cas de Mike Rousseau, un terrien fort en gueule qui va se trouver bien malgré lui embarqué dans une sombre affaire...

Les cinq ou six premiers chapitres de ce roman (de loin les plus intéressants) donnent l'impression d'avoir affaire à un petit space-op à l'ancienne, c'est à dire sans prétention mais bourré d'humour et d'action.

L'histoire débute par une prise de contact avec un personnage fort sympathique doté d'un sens de l'auto-dérision particulièrement marqué. Baroudeur individualiste et un tantinet vénal, Mike Rousseau a un petit côté "Han Solo". Son don pour se fourrer dans les emmerdes, ses démêlés avec un mafieux local ou son irrévérence vis-à-vis des autorités rappellent en effet le célèbre pilote de Star Wars.

En sa compagnie, nous sommes rapidement plongés dans une histoire qui mêle plusieurs intrigues et quantité de protagonistes. Il y a là une histoire de meurtre, un gigantesque complot et la menace d'une guerre interplanétaire. Il y a aussi des malfrats, des scientifiques, des soldats et, bien sûr, de mystérieux ET. Bref, beaucoup de monde pour une seule planète. Mais pas n'importe laquelle ! Hasgard, la planète creuse. Une gigantesque poupée gigogne dont chaque niveau en dissimule un autre et ce, probablement jusqu'en son centre.

Voilà qui promettait quantité de surprises et de rebondissements. Hélas les découvertes réalisées par nos explorateurs n'ont pas été à la hauteur de mes espérances. Ils y trouveront certes la réponse aux questions soulevées et rencontreront même les fameux concepteurs de ce monde étrange mais tout cela se fera de façon un peu trop distanciée. On a le sentiment que les personnages ne pèsent pas franchement sur les évènements et que tout était écrit d'avance. Dommage. Je ne retiendrais de ce roman que quelques débats forts intéressants sur la politique, la biologie et la sociologie.

Opta - Galaxie-Bis - 1983

 

20 décembre 2014

DEGENERATION FUTURE - ALAIN BLONDELON

 

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La petite communauté qu'Alain, Lionel, Jocelyne et Sandrine ont établi sur l'île d'Yeu commence à s'étoffer. Leur situation matérielle s'améliore, des couples se forment et les première naissances arrivent bientôt. Mais au lieu du bonheur et de l'espoir attendus, c'est la consternation. Les nouveaux nés sont atteint de nombreuses malformations dues sans doute aux ondes qui ont ravagées le pays quelques années plus tôt. Pour tenter de comprendre et peut-être d'enrayer cette dégénération, Alain et Jocelyne reprennent la route à la recherche d'un médecin.

Comme beaucoup avant lui, Alain Blondelon a donc succombé à l'envie de donner une suite à son premier roman. Je suis d'habitude assez circonspect à l'égard de ces continuations et autres deuxièmes tomes qui n'apportent pas toujours grand chose au roman initial. Cette fois pourtant, je me réjouis de ce second opus dans lequel l'auteur est parvenu à gommer une bonne part des petits défauts du premier.

Il a notamment choisi de privilégier l'action pure et je dois dire que cela fonctionne beaucoup mieux même si, côté intrigue, il ne fait pas preuve d'une grande originalité. Après les chiens, les rats et les militaires, ses héros affrontent d'énormes frelons (un clin d'oeil aux Furies de Keith Roberts ?) ainsi que la plus dangereuse des créatures : l'homme. Et des hommes ils vont en rencontrer, seuls, par paire ou en groupe, accueillants parfois, souvent hostiles mais toujours méfiants. Ils apprendront à éviter les hordes de pillards sans foi ni loi, devront lutter contre des tyranneaux dans le métro parisien et se frotteront à quelques communautés plus ou moins sectaires. Eh oui ! La vie n'est pas rose dans la France d'après l'Onde de Choc.

Chemin faisant, ses personnages s'affranchissent de l'ancienne morale. Ils s'endurcissent et perdent foi en l'avenir. Cela se ressent sur l'atmosphère générale et donne à l'histoire un côté "no future" qui lui va plutôt bien. Mais, si son couple de héros gagne en épaisseur, il n'en va pas de même des autres protagonistes de l'histoire. On ne compte plus les personnages secondaires que l'auteur fait disparaître sans tambours ni trompettes dès lors qu'ils ont cessés de lui être utiles. Un suicide, une maladie ou, plus ridicule, une chute dans l'escalier, viennent toujours fort opportunément mettre un terme à ces seconds rôles devenus encombrants. Le procédé est un peu grossier, il ne faut pas en abuser.

Je regrette aussi que les personnages de méchants ne soient pas plus étoffés. Succinctement décrits, rarement nommés, il est bien difficile pour le lecteur de les visualiser correctement et d'éprouver à leur égard les sentiments - haine et soif de vengeance- ressentis par leurs victimes. De plus, le désir d'une punition à la hauteur de leurs forfaits doit monter lentement, se nourrir des vicissitudes endurés par les héros pour trouver son aboutissement dans un juste châtiment. Ici, le calvaire supporté par Jocelyne (exploitée, battue, violée) nous est révélé en quelques lignes, et l'exécution de son bourreau expédiée en quelques mots...

Ces petites remarques mises à part, Dégénération future est un bon petit road-book post-apocalyptique. Le style de l'auteur s'est affirmé. Les scènes de combats sont plus maîtrisées, les dialogues servent le récit sans l'alourdir et l'état d'esprit des personnages est raccord avec l'ambiance. Bref, du bon boulot.

L'histoire s'achève sur la promesse d'une suite. C'était en 2012 et depuis, l'ami Blondelon a publié deux autres romans dans des univers bien différents. Verra-t-elle le jour ?

Black Coat Press - Rvivière Blanche - 2012

15 décembre 2014

LA VENGEANCE DU WOMBAT - KENNETH COOK

9782253161790-T

Petit florilège d'anecdotes cocasses et d'aventures désopilantes survenues à l'auteur au cours de ses déambulations dans le bush australien.

On imagine l'Australie peuplée de grosses peluches attendrissantes, mignons koalas ou adorables kangourous. N'en croyez-rien. Les marsupiaux qui peuplent les pages de ce recueil sont tout sauf inoffensifs. Le héros-narrateur en fera l'amère expérience en affrontant tour à tour un wombat rancunier, un kangourou ingrat et un quokka apeuré. De quoi traumatiser un individu qui se décrit lui-même comme un écrivain d'âge moyen en mauvaise forme physique, gras et passablement couard.

Il faut dire aussi que le bonhomme a la fâcheuse habitude de fréquenter des pubs paumés où il rencontre de sympathiques tarés qui l'embarquent invariablement dans les plans les plus foireux. C'est ainsi qu'il se retrouve à chasser le buffle avec un motard qui se shoote au peppermint, à pêcher le requin et le crocodile avec une corde ou à mettre en orbite un lézard à collerette en compagnie d'un gamin de treize ans.

Ceci dit, il n'y a là rien que de très banal si l'on considère que tout cela se passe du mauvais côté du fleuve Darling, région aride et dangereuse, « exclusivement constituée de pourpiers, de sable, de rocailles, de chaleur et de détresse – sauf en hiver, où elle est exclusivement constituée de pourpiers, de sable, de rocailles de froid et de détresse ».

Une espèce de nouveau western peuplés d'aborigènes roublards, de rudes paysans et d'aventuriers en tout genre, chercheurs d'opales ou chasseurs de serpents. Des individus taciturnes, qui ne sortent de leur torpeur alcoolique que lorsqu'il est question de parier. Il font alors preuve d'une détermination sans bornes pour accomplir les défis les plus loufoques : loger une balle à cinq pas dans l'oreille d'un crétin, castrer un cochon sauvage ou faire un bras de fer en tenant une grenade dégoupillée.

Heureusement pour ses lecteurs, ce cher Kenneth Cook sortira intact de ces expériences inoubliables. Sa dignité en revanche...

Le livre de poche - 2012

10 décembre 2014

ORAGES EN TERRE DE FRANCE - MICHEL PAGEL

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Difficile de ne pas penser au Pavane de Keith Roberts lorsqu'on lit ce petit recueil de nouvelles uchroniques. Comme son illustre aîné, Michel Pagel nous fait découvrir un vingtième siècle alternatif où l'église est encore toute puissante. Comme lui, il met en scène des personnages mineurs en compagnie desquels nous faisons connaissance avec un pays où la science est sous contrôle. En revanche, ce n'est pas l'Angleterre qui sert de cadre à ses récits mais une France exsangue après un millénaire de guerre contre la perfide Albion.

Le point de rupture avec l'histoire officielle remonte en effet au moyen-âge. Dans sa réalité à lui, Jeanne d'Arc n'a pas existé, la révolution française a échoué et la rivalité entre les églises gallicane et catholique est venu exacerber un conflit interminable. Ce sont donc quatre instantanés de cette France martyrisée que nous propose l'auteur, quatre destinées, quatre histoires bien distinctes mais formant néanmoins un tout cohérent.

"Ader" a pour personnages deux chercheurs qui construisent dans le plus grand secret la première machine volante. Cette nouvelle permet de prendre contact avec une société rétrograde dans laquelle hommes et femmes doivent composer avec deux menaces permanentes : la rigueur du dogme religieux et l'omniprésence de la guerre. Une nouvelle très noire et sans illusions sur la nature humaine où l'on verra que l'amitié et le respect de la parole donnée pèsent très peu face à la menace ou l'appât du gain.

Le second texte est extrêmement court. Il sert tout juste à présenter une découverte des scientifiques britanniques : la résurrection temporaire des morts afin d'en faire de la chair à canon. Un thème qui sera davantage développé dans la dernière nouvelle du recueil. Il met aussi l'accent sur la bêtise d'une guerre où les habitants changent de suzerain et donc de camp au gré des conquêtes territoriales.

« Le templier » est l'histoire d'un complot visant à ruiner la réputation d'un personnage public. C'est aussi un joli portrait, celui d'un prédicateur austère et néanmoins vedette d'un show télévisé qui va voir sa foi mise à rude épreuve.

« L'innondation » est sans doute la meilleure nouvelle du recueil. La plus triste aussi puisqu'elle met en scène les destins croisés de deux déserteurs et d'une espionne qui vivent leurs derniers jours sur la ligne de front.

Mais il n'y a pas que le fonds qui soit réussi. Michel Pagel fait aussi preuve d'une qualité d'écriture bien supérieure à celle de ses autres romans parus au Fleuve Noir. Son récit est très maîtrisé, tout en retenue et finesse avec juste ce qu'il faut de sensibilité et d'ironie.

Fleuve Noir Anticipation - 1991

5 décembre 2014

MEMOIRE DE SANG - JEAN-LOUP PHILIPPE

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Atteinte d'une tumeur au cerveau incurable, Hélène n'a plus que quelques mois à vivre. Sur les conseil de son médecin, elle accepte de contacter un neurologue allemand qui lui propose de tenter une greffe partielle de cerveau. Contre toute attente, l'opération est un succès et, après une courte période d'observation, Hélène et son époux peuvent reprendre le cours de leur existence. Mais, au bout de quelques temps, la miraculée est victime de cauchemars dans lesquels elle voit une jeune fille subir toutes sortes de sévices. Elle commence aussi à ressentir d'irrésistibles pulsions meurtrières...

Le thème du malade à qui on greffe un membre ou un organe qui a conservé la « mémoire » du donneur est un classique de la SF. Il offre aux auteurs qui s'en inspirent le choix entre deux trames aussi intéressante l'une que l'autre. Soit le malade découvre un évènement de la vie du défunt qui le pousse à enquêter sur ce dernier et/ou à le venger (crime dont il fut le témoin ou la victime), soit un conflit s'installe entre l'esprit du donneur et celui du receveur, celui-ci se trouvant alors confronté à une redoutable schizophrénie.

Jean-Loup Philippe a choisi d'utiliser les deux. On assiste dans un premier temps au dédoublement de personnalité dont est victime l'héroïne. Petit à petit, l'esprit de la donneuse prend le dessus sur celui de son hôte et modifie son comportement. Comme de juste, l'intruse est une dangereuse psychopathe qui va pousser l'héroïne à commettre quantité de crimes. Le récit bascule donc progressivement dans la violence et les meurtres se succèdent. L'auteur ne manque d'ailleurs pas d'imagination (noyades en mer ou dans des sables mouvants, défenestration) et sait manier l'humour macabre (aveugle abandonnée au milieu d'une nationale).

Puis l'héroïne décide de réagir et entreprend de découvrir l'identité de la donneuse. Le récit prend alors des allures d'enquête policière. On remonte sa trace et découvre les raisons de sa violence tandis qu'un trafic d'organes est mis à jour. Tout cela se lit donc sans déplaisir mais manque cruellement de sel. L'intrigue ne recèle quasiment aucune surprise et, mis à part le couple Hélène/Charles, les personnages sont beaucoup trop stéréotypés, sans profondeur, ni saveur. Il y a aussi quelques petites invraisemblances comme le fait que tous les berlinois que côtoient les personnages parlent français et que, le croirez-vous, ces mêmes allemands ont coutumes de faire la sieste l'après-midi. Moi, je croyais que c'était en Espagne !

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

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