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SF EMOI

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22 juin 2015

LES HOMMES FRENETIQUES - ERNEST PEROCHON

MarSF0388-1971

Plusieurs millénaires après notre époque, alors que la Terre est sur le point de sombrer dans une guerre totale, un savant de renom s'inquiète de l'issue d'un nouveau conflit dans un monde où la science a permis la création d'armes redoutables.

"Les hommes frénétiques" est la seule incursion d'Ernest Pérochon dans le domaine de la science-fiction, ce qui est bien dommage au regard de la qualité de son roman. Il nous livre une œuvre remarquable empreinte d'un pessimisme profond du sans aucun doute à l'époque à laquelle il fut rédigé. Ecrit une dizaine d'années après la fin de la première guerre mondiale, il y exprime en effet son dégoût des combats et sa crainte d'un nouveau conflit encore plus destructeur.


Il le fait avec beaucoup de distance et d'ironie, à la manière d'un cours magistral donné par un maître de conférences. Une véritable leçon d'histoire où il nous raconte comment l'humanité, pourtant échaudée par un premier affrontement qui manqua l'exterminer, remit le couvert quelques centaines d'années plus tard. Ce mode de narration empêche toute empathie avec les rares personnages auxquels il s'intéresse. Il est vrai que ces derniers font partie de ces scientifiques auxquels il fait endosser une bonne part de responsabilité dans les hécatombes militaires.


C'est d'ailleurs l'une des idées forces de son roman. Tout du long, Pérochon plaide en faveur d'une science plus responsable. Selon lui, le savant devrait toujours avoir à l'esprit l'usage néfaste qui pourrait être fait de ses découvertes. Il déplore le fait que leurs recherches ne soient pas davantage encadrés :
« Sous le prétexte de liberté individuelle, le savant demeurait maître de ses actions tout aussi bien que le mortel le plus inoffensif » et propose même une mise sous tutelle de leur activité.


Les scientifiques ne sont pas ses seules cibles. Il s'en prend aussi violemment aux hommes politiques : «Ils avaient le courage obstiné, l'orgueil claironnant des grands féodaux chrétiens, des hardis chefs d'État, d'armées ou de bandes. Ils en avaient aussi l'ignorance sereine et la profonde insouciance. Et, derrière ces aveugles, on entendait déjà le piétinement des foules aventureuses et crédules» et dresse quelque portraits au vitriol de ces orateurs populistes qui n'aiment rien tant que diviser les peuples pour mieux les opprimer.


La religion, la nationalité, l'idéologie sont aussi présentés comme des facteurs de division :
« Harrison soulignait le danger des misérables rivalités ethniques et corporatives. L'humanité était trop puissamment armée pour jouer encore à ces jeux hasardeux ». Ici, ce qui sépare les belligérants est encore plus dérisoire puisqu'il s'agit de leur position sur le maillage du réseau énergétique qui quadrille la Terre. La guerre entre les parallèles et les méridiens est donc totalement absurde : « On ne trouvait point chez la plupart des meneurs, de convictions profondes et raisonnées. Il n'existait, d'ailleurs, entre les deux groupes, aucun conflit réel d'intérêts, mais ce qui était pire, une absurde opposition sentimentale, une grandissante aversion née du goût, longtemps comprimé, de la lutte et de l'aventure».  Pérochon insinue ainsi que les conflits ont rarement des motifs sérieux mais sont simplement le fruit du besoin atavique que l'homme éprouve à affronter ses semblables.


Et pour le satisfaire, l'homme n'est pas avare d'idées : guerre chimique, bactériologique, météorologique, tout lui est bon. Avec un peu de complaisance et un humour bien noir, il nous raconte sur plusieurs dizaines de pages les ravages de cette nouvelle guerre mondiale. Il s'attarde en particulier à décrire les effets abominables des féériques, une arme effrayante et mal maîtrisée. Peut-être espère-t-il, en le choquant, provoquer une prise de conscience chez le lecteur. Ses descriptions font en tout cas froid dans le dos :
« Des chiliens aveugles, phosphorescents et hilares, fouissaient verticalement les parties meubles du sol et n'avaient de répit qu'ils ne fussent enterrés la tête en bas » ;
« ...des mexicains rongeaient en pleurant le crâne de leurs enfants, mais après l'avoir épilé avec des précautions minutieuses et une tendresse infinie » ;
« Cinq millions de chinois du Yunnam parallèle eurent, tout à coup, des os cassants comme verre ; les malheureux périrent au bout de peu de temps, après d'atroces souffrances, le squelette émietté, la chair bourrée d'esquilles » ;

« Les persans d'un alignement général surpeuplé devenaient en quelques heures poilus, griffus, prodigieusement sexués ; comme si une force invisible les eût poussés aux étreintes mortelles, ils s'agglutinaient en essaims et, râlant de fureur, s'étouffaient mutuellement ».


Malgré ce déchaînement de violence et de bêtise, les trois derniers chapitres concluent le livre sur une note d'espoir, l'humanité parvenant à éviter de justesse l'extinction totale. Mais, ultime pied de nez de l'auteur envers cette race humaine si obtuse et belliqueuse, cette renaissance sera le fait d'un couple de parfaits idiots.


Au vu de ce qui précède, peut-on dire des
"Hommes frénétiques", qu'il est un roman prophétique ? La ressemblance avec les évènements de la première moitié du XXème siècle est en tout cas troublante et ses féériques préfigurent sans conteste l'arme atomique. De toute évidence, Ernest Pérochon avait une vision extrêmement pessimiste de l'avenir de l'homme et craignait, avec raison, que sa science ne progresse plus vite que sa sagesse.

Bibliothèque Marabout - 1971

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17 juin 2015

LA FARCE DU DESTIN - J-B POUY ET PATRICK RAYNAL

9782915438048_1_m

Gégé et Lulu, alias Jésus et Lucifer, s'emmerdent copieusement. Pour passer le temps dans le rade où ils ont leurs habitudes, ils s'adonnent à un jeu de rôle grandeur nature, histoire de voir si leurs créatures arrivent encore à les surprendre. Avec Mado la strip teaseuse et Antoine le moine tourier, ils ne vont pas être déçu.

Pouy et Raynal ont dû s'amuser comme des petits fous en écrivant ce roman à quatre mains. Ils ont en tout cas profité de l'occasion pour se laisser aller à leur amour du bon mot.

Ca commence dès le titre avec un petit clin d'œil à Verdi, pour ne plus jamais s'arrêter. Philosophie de comptoir (Avant de créer le monde, Dieu a sûrement fait un stage dans un magasin de farces et attrapes), jeu de mots facile (Te v'là bâillonné comme un jambon) ou plus subtil (Il va se faire sonner les cloches et ça lui fout d'avance le bourdon), c'est un véritable feu d'artifice.


Côté histoire en revanche, nos deux compères se sont beaucoup moins foulés. Cette rencontre improbable entre un moine et une effeuilleuse n'est qu'un prétexte permettant la confrontation de deux univers extrêmement différents. Un télescopage riche de dérapages en tout genres auquel vient se greffer, vieux réflexe des nos deux polardeux, une petite intrigue policière avec des mafiosis russes qui désirent voler le reliquaire d'une abbaye (Ils veulent tirer la châsse !).


Mené à cent à l'heure, le récit est entrecoupé de conversations entre Dieu et Diable, riches de réflexions parfois plus profonde qu'il n'y paraît sur la nature humaine. Bref, une agréable petite friandise à déguster un soir de déprime.

Les Contrebandiers Editeurs - 2008

10 juin 2015

LE DIEU DE LUMIERE - JEAN-PIERRE ANDREVON

FnAnt1656-1988En 2003 la Terre est dans une situation critique. La surpopulation conjuguée à une pression économique accrue ont considérablement obérées ses ressources, obligeant l'humanité à envisager un exode vers une autre planète. Un vaisseau spatial capable de voyager à la vitesse de la lumière est donc apprêté pour tenter de découvrir un monde susceptible d'accueillir de futurs colons. Ses quatre membres d'équipage ignorent encore qu'ils vont faire un voyage dans l'espace... et dans le temps.

Jean-Pierre Andrevon est décidément un grand conteur. Il le prouve une fois encore avec ce roman qui ne brille pourtant pas par l'originalité de son intrigue. Le thème de la découverte d'une exoplanète, qu'elle soit habitée par une peuplade primitive ou au contraire extrêmement évoluée, est en effet un classique du space-opera. Quant au coup de la « boucle temporelle » on nous l'a déjà fait et ce n'est pas Stefan Wul et son "Orphelin de Perdide" qui nous diront le contraire.

Pour autant, j'ai été immédiatement happé par cette histoire d'expédition spatiale et de voyage supra-luminique. En premier lieu parce que les quatre spationautes que l'auteur nous propose de suivre sont extrêmement sympathiques. Deux hommes et deux femmes aux caractères très marqués, qui animent agréablement le récit de leurs chamailleries, de leurs débats et de leurs ébats.

En second lieu grâce à la remarquable inventivité dont fait preuve l'auteur. Qu'il s'agisse des vaisseaux spatiaux ou des deux mondes qui seront visités, il déploie une imagination riche et colorée qui ajoute beaucoup aux aventures de ses quatre héros.

Finalement, mon seul véritable regret concerne la conclusion du roman. On comprend très vite que la solution aux questions que se posent les quatre compagnons est liée à un paradoxe temporel et qu'ils marchent, comme qui dirait, sur leurs propres traces. Cela n'enlève toutefois pas trop au plaisir de cette lecture, attrayante et dépaysante.

Fleuve Noir Anticipation - 1988

5 juin 2015

CRIANT DE VERITE - KÂÂ

fn-frayeur20-1995David Grandfons est un jeune écrivain un peu excentrique qui vit retiré au fin fonds de l'Auvergne entre sa chatte, son cheval, son piano à queue et sa traction avant. Au cours d'une de ces balade en forêt qu'il affectionne, il ramasse un objet brillant perdu par un cavalier qui prend la fuite en l'apercevant. En examinant de plus près sa trouvaille, David découvre qu'il s'agit d'une sculpture en or massif reproduisant avec une fidélité stupéfiante une main de femme. Intrigué, il décide de mener sa petite enquête...

Bien que publié dans cette collection frayeur où pullulent fantômes, loups-garous et autres vilaines bêbettes, ce roman aurait bien davantage sa place dans une collection de romans noirs ou, à la limite, de romans gore. On y trouve en effet aucun élément d'ordre surnaturel, juste un grand méchant issu du croisement improbable entre un savant fou et un artiste déjanté.

L'enquête que l'auteur nous propose de suivre commence plutôt bien. Le cadre n'est pas banal et le personnage principal ne manque pas d'intérêt non plus. Cet écrivain épris de solitude est en effet fort sympathique, travaillé par ses passions et sa quête de la beauté sous toute ses formes. Un héros qui s'avérera cependant bien démuni face à un trio de malfaisants sans scrupules dont une femme animée d'un besoin viscéral de faire le mal.

Mais, en dépit de quelques scènes sanguinolentes et grand guignolesques saupoudrées d'une pincée de cul, l'histoire peine à maintenir intact l'intérêt du lecteur. Il lui manque un peu de suspens ou de tension et peut-être l'auteur dévoile-t-il trop vite l'identité et la personnalité des coupables.

La fin est également un peu précipitée et un rien confuse. Les trois assassins sont pistés par beaucoup trop de personnes puisque ce sont pas moins de quatre couples qui leur filent le train. Nous suivons ainsi alternativement un duo formé par une journaliste et une de leurs victimes, un autre composé du héros et d'un ancien complice ainsi que deux paires de gendarmes et de policiers... voilà qui ne facilite pas la fluidité du récit.

Il y a heureusement une atmosphère. La montagne auvergnate à l'automne, la brume et la pluie, les petits restos de campagne où l'on déguste le tripoux ou l'aligot. Bref, divertissant, sans plus.

Fleuve Noir Fraur - 1995

31 mai 2015

L'ÎLE DU DOCTEUR MALO - STEPHEN FRY

sans-titrePrésident des élèves de son collège, capitaine de l'équipe de cricket, doté d'un physique avantageux et aimé de la ravissante Portia, Ned Maddstone semble béni des dieux. Mais tant de bonheur et de réussite ne sont pas sans éveiller quelques jalousies. La malveillance d'un trio de faux camarades et les hasards de la politique vont le conduire dans un asile de la pire espèce. Il n'en sortira que vingt longues années plus tard avec une seule idée en tête : se venger.

La quatrième de couverture (Editions j'ai Lu) compare ce roman au "Conte de Monte-cristo". Doux euphémisme. Le récit de Stephen Fry est en tout point calqué sur celui du grand Alex. Protagonistes, conspiration, évasion, vengeance, le déroulement de l'intrigue est absolument identique à celui de son modèle, l'auteur se contentant de la transposer dans l'Angleterre de la fin du XXème siècle et de changer les patronymes.

Pourtant, malgré cette ressemblance par trop évidente, l'histoire demeure plaisante à suivre. La plongée en enfer de Ned Madstone est aussi douloureuse que celle d'Edmond Dantes et l'hôpital psychiatrique du Dr Mallo vaut bien le château d'If. Alors, même si l'on comprend vite qu'il n'y a guère de surprises à en attendre, on continue à tourner les pages pour assister au châtiment ô combien mérité des vilains délateurs. Et on ne sera pas déçu.

Grâce à son immense fortune (non, non, pas de trésor enfoui mais un compte en Suisse, c'est plus pratique) et aux moyens illimités de la technologie moderne (télévision, internet) l'ange vengeur va anéantir leur réputation avant de régler leur compte de façon plus définitive. Mais cette fois encore, sa vengeance aura un goût amer et c'est bien seul que le héros implacable s'en retournera vers son île.

J'ai Lu - 2004

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26 mai 2015

LES EMMURES - SERGE BRUSSOLO

GdV-sb06

Pour se faire pardonner une faute professionnelle, Jeanne a accepté un reportage sur la "Maison Malestrazza" où, vingt ans plus tôt, des meurtres abominables ont été perpétrés. Il s'agit de recueillir les témoignages de ceux des habitants qui ont connu Beppo Mallestrazza, l'architecte-assassin qui murait ses victimes dans les parois de l'immeuble. Afin de s'imprégner de l'atmosphère des lieux elle emménage dans l'un des appartements resté vacant et commence son enquête. Très vite, elle acquiert la certitude que le meurtrier, qui ne fut jamais arrêté, habite toujours la sinistre résidence.


La plupart des romans de Serge Brussolo ont pour cadre un univers clos : une île, une pyramide, un bunker, un château. Des lieux en marge du temps, microcosmes étouffants régis par leurs propres règles.
Cette fois, il s'agit d'un immeuble qui pourrait être banal si un serial killer n'y avait trouvé refuge depuis bientôt vingt ans.

Et comme le bonhomme n'est autre que le concepteur du bâtiment, les rumeurs les plus folles circulent sur son agencement. Passages secrets, murs creux, glaces sans tain, nul n'est à l'abri du psychopathe. Sa présence, réelle ou supposée, fait peser sur tous les locataires une angoisse irraisonnée qui les pousse aux conduites les plus étranges. Offrandes déposées dans l'ancien appartement du tueur, lits protégés par une cage, murs recouverts de zinc, chacun exorcise sa peur comme il le peut.

Cette ambiance de folie latente et de crainte permanente donne le ton de la première partie du roman. Sans elle, l'enquête de Jeanne serait bien terne malgré ses allures de randonnées en haute montagne. L'exploration de l'immeuble a en effet tout d'une l'expédition. Les corridors succèdent aux escaliers déserts, les étages abandonnés aux appartements vides. L'héroïne bivouaque dans les chambres de bonnes et fait du rappel sur les toits. Quant aux rares habitants qu'elle rencontre, ce sont pour la plupart de vieux originaux rappelant ces paysans qui refusent de quitter leurs alpages. Elle finira néanmoins par retrouver la trace de l'architecte et, à partir de là, le roman changera d'allure.

Sans déflorer l'intrigue, indiquons simplement qu'il s'ensuit un huis-clos particulièrement stressant. Jeanne se retrouve prisonnière au fond d'une courette, véritable cul de basse fosse qu'elle partage avec un fou de la pire espèce. Un dément auquel elle doit disputer sa part de nourriture et surveiller en permanence pour éviter d'être mutilée. Un face à face éprouvant qui trouvera sa conclusion tout au bout d'un crescendo de folie et d'horreur.

Editions Gérard de Villiers - 1990

21 mai 2015

LE TRAIN POUR L'ENFER - ROBERT BLOCH

neosff109Ce deuxième recueil de nouvelles de Richard Bloch publié par les éditions Néo comprend 15 textes parus de 1953 à 1963 aux États-Unis. Tous les genres de prédilections de l'auteur y sont convoqués, le policier bien sûr mais aussi la SF et le fantastique. Toutefois, les frontières étant parfois floues et il n'est pas rare qu'ils se chevauchent à l'occasion : fantastique et policier (Cher fantôme !), SF et fantastique (Le casque à penser).

Les thèmes choisis ne sont pas foncièrement originaux. Des grands classiques de la SF (voyage temporel, exploration planétaire, fin du monde), aux intemporels du fantastique (diable et fantômes, Faust et Circé) nous sommes en terrain de connaissance. Mais d'autres sujets reviennent fréquemment : la folie, la création littéraire ou encore le monde du cinéma.

Toutes ces nouvelles se distinguent par la qualité de leur chute et le fait qu'il faille presque toujours attendre la toute fin du récit, parfois même la dernière phrase, pour en apprécier toute la saveur. Autre constante, l'humour. Un humour souvent noir et ironique mais parfois aussi un peu potache, voire un tantinet égrillard (Si vous n'y croyez pas, Mon barman et son monstre).

Bloch manie même un humour encore plus grinçant lorsqu'il s'agit d'égratigner la société américaine et ses « ... pittoresques maisons blanches modernes, avec leur lignes légères et leurs lourdes hypothèques...". Bref, un recueil de fort belle tenue.

Le casque à penser Une nouvelle Circé appâte un écrivain en manque d'inspiration grâce à un casque permettant de stimuler son imagination par le rêve. Mais s'agit-il bien de songes ?

Le lecteur impénitent Sympathique petite nouvelle qui confronte les classiques de la littérature (Les voyages de gulliver, L'Odyssée) à la découverte d'une forme particulière d'intelligence.

Si vous n'y croyez pas Ou comment Bloch nous rejoue Roméo et Juliette sur fond de dissensions entre un scientifique cartésien et un partisan des pouvoirs paranormaux.

Cher fantôme ! Le spiritisme et la convocation des esprits peuvent rendre de grands services lorsqu'on est confronté à une famille qui en veut à votre argent.

Mon barman et son monstre Une rencontre du troisième type qui démontre que les bonnes relations entre les humains et les extra-terrestres tiennent parfois à peu de choses.

A l'aube du grand soir Le survivant d'un bombardement nucléaire découvre ce qui reste de sa ville. Sans doute la nouvelle la plus sombre du recueil. Bloch y suscite quelques tableaux apocalyptiques d'une grande tristesse mais néanmoins traitées avec une pointe d'ironie à tel point que l'on se demande parfois s'il faut en rire ou en pleurer. Voici un bel exemple de cet humour macabre : « Au centre de la pièce se dressait le chevalet, mais l'artiste avait disparu. Ce qui restait de lui était étalé en une masse dégoulinante sur le tableau, comme si l'artiste avait finalement réussi à mettre quelque chose de lui-même dans sa peinture... ».

Le train pour l'enfer Petite variation sur le thème de Faust se distinguant par la nature du vœu accordé, en l'occurrence la possibilité de bloquer l'écoulement de sa vie lorsqu'on pense avoir trouvé le bonheur le plus absolu. Mais à quoi le reconnaît-on ?

Le bracelet vivant A peine trois pages et pourtant une histoire bien complète : adultère et tentative de meurtre, retournements de situation, serpent, pistolet... et un final !

L'homme aux doigts d'or Histoire de machination financière et boursière assez pertinente qui conserve sans aucun doute son actualité.

In vino veritas Tout comme "Le train pour l'enfer", ce texte nous parle de quête du bonheur et démontre que chaque époque à ses bons et ses mauvais côtés. C'est aussi un petit hommage à H. G. Wells et sa « Machine à explorer le temps ».

Tel est pris Belle illustration du célèbre proverbe avec cette nouvelle qui met en scène une escroquerie dans le milieu des producteurs de cinéma.

Le sosie de Napoléon Guère d'originalité pour cette nouvelle qui se contente de jouer outrancièrement du thème de la coïncidence et qui se conclue par une chute que l'on voit venir de fort loin.

Un crime impardonnable Une actrice vieillissante tendre de séduire un homme qu'elle avait délaissé pour obtenir le rôle qui relancerai sa carrière. Portrait sans concession et néanmoins touchant d'une starlette déchue qui se conclue sur une note d'humour très noir.

Belzebuth Récit qui nous fait vivre la progression de la folie chez un homme stressé, obsédé par un besoin de reconnaissance.

Nouvelles Editions Oswald - 1984

15 mai 2015

LE MONSTRE DES HAWKLINE - RICHARD BRAUTIGAN

9782264040572Greer et Cameron, deux tueurs à gage très efficaces, prennent du bon temps dans un bordel de Portland lorsqu'une jeune indienne vient leur proposer d'entrer au service de sa patronne. La demoiselle étant ravissante et guère farouche, les deux compères acceptent de suite et se retrouvent bientôt au fin fonds de l'Orégon dans une étrange demeure qu'il doive débarrasser d'un hôte encombrant. Mais les choses ne sont pas aussi simples qu'elles le paraissent !

« Le monstre des Hawkline » fait partie de ces livres qu'il est difficile de ranger dans une catégorie bien précise car flirtant avec des genres aussi différents que le western, la SF et le récit humoristique.

Le western, c'est surtout pour le décor. L'histoire se déroule aux States en 1902, et plus précisément dans les Dead Hills, une région paumée de l'est de l'Orégon. Il y a un shérif, des diligences et les branches des arbres témoignent de la justice expéditive qui avait cours à l'époque dans ces contrées sauvages. Pour autant l'intrigue n'a pas grand chose à voir avec le mythique Far West. Pas de duel au soleil ou d'indiens sur le sentier de la guerre. Pas de grandes chevauchées non plus. Au contraire. Brautigan a choisi de nous plonger dans un huis-clos déroutant pour une chasse au monstre pas banale.

Et c'est là que la SF prend le relais. Mais une SF à l'ancienne avec savant fou, vieille demeure isolée et laboratoire souterrain. Quant au monstre qui donne son nom au titre, il s'agit bien sûr d'une vilaine créature échappée au contrôle de son papa. Une sorte d'ectoplasme capable de se fondre dans le décor et doté du pouvoir d'influer sur l'esprit et même de modifier la matière. Ces dons quasi-divins seront la cause de bien des situations drôles ou scabreuses, les personnages se voyant contraints d'agir en dépit du bon sens ou succombant à des lubies aussi soudaines qu'étranges.

Et tiens, parlons-en des personnages. Il n'ont pas franchement besoin d'un monstre pour être bizarres. Deux porte flingues dont l'un est à moitié autiste et passe son temps à compter tout et n'importe quoi, une paire de jumelles fortement portées sur la chose, un majordome géant qui se transforme en nain... bref une jolie brochette de barjeots.

Mais le plus amusant est sans conteste la façon dont l'auteur nous conte son histoire. Il utilise un humour pince sans rire fait de non sens et de répétitions. De répétitions surtout. Brautigan ne se donne pas la peine de chercher des synonymes et répète ad libitum les même mots ou expressions. Ainsi du « porte-parapluies en forme de patte d'éléphant » qui revient une bonne demi douzaine de fois en l'espace de deux ou trois pages ou des sœurs Hawkline désignées non par leurs prénoms respectifs (on ne les connaîtra que très tardivement) mais par un unique Miss Hawkline, cause de nombreux quiproquos.

Tout cela donne lieu à des scènes et des dialogues complètement surréalistes et insuffle au roman un ton résolument décalé, joyeusement foutraque, original et surtout drôle de bout en bout.

Christian Bourgeois - 10/18 - 2004

 

10 mai 2015

LE RESTAURANT DE L'AMOUR RETROUVE - OGAWA ITO

restaurant-lamour-retrouve-ito-ogawa-L-jXE98z_jpeg_pagespeed_ce_PcGJBB1sRYR1COyt8C1EA la suite d'une séparation douloureuse qui la laisse aphone, Rinco est contrainte de retourner vivre chez sa mère avec laquelle elle entretient des rapports conflictuels. Pour gagner sa vie elle ouvre un petit restaurant où elle laisse libre cours à sa passion pour la cuisine. Ce faisant elle va répandre le bonheur autour d'elle et parvenir à se renouer le contact avec sa mère.


Si l'on veut apprécier à leur juste valeur la douceur et la fraîcheur de ce petit roman, il faut absolument mettre son cynisme de côté. A défaut, on risque de trouver bien mièvres les aventures culinaires de Rinco.

Il est vrai que l'auteur accumule les clichés écolos en situant son histoire dans une idyllique petite ville de montagne, véritable rêve pour citadin stressé. Les produits du terroir y sont savoureux, les sources thermales bienfaisantes et, à part un ou deux grincheux, tout le monde est fort sympathique. N'oublions pas non plus un cochon qui donnera beaucoup de lui-même, un hibou d'une rare ponctualité, un mignon lapin... Stop, voilà que je fais exactement le contraire de ce que je recommande. D'ailleurs tout n'est pas rose au pays des mangas et l'histoire ne manque pas de passages tristes et émouvants.

Non vraiment, j'ai passé un bien agréable moment avec ce livre qui vous donne de envie de jardiner et de cuisiner. Avec précision et simplicité Ogawa Ito nous décrit les menues tâches auxquelles se livre son héroïne. On a l'impression d'être avec elle, dans sa cuisine, de sentir et toucher les aliments qu'elle prépare. On se rend alors compte que les gestes du quotidien peuvent être gratifiants dès lors qu'ils sont accomplis sans contrainte. On constate aussi que nos actes sont plus éloquents que nos paroles et que ce qui est fait de bon cœur est toujours plus réussi.

Picquier - 2014

2 mai 2015

LA PARABOLE DES TALENTS - OCTAVIA E. BUTLER

audiable010Lauren Olamina, son époux et leurs compagnons de route ont finalement décidé de s'installer à la Chênaie, dans le nord de la Californie. Grâce à un travail acharné, ils parviennent à créer une communauté prospère qui sert aussi de socle à la diffusion des idées de Lauren. Mais leurs efforts vont être compromis par l'arrivée au pouvoir d'un fondamentaliste religieux et nationaliste qui embarque le pays dans une guerre hasardeuse contre le Canada et commence à persécuter ceux qu'il juge responsables de la déchéance de la nation. La communauté dirigée par Lauren en fait partie.

Si "La parabole du semeur" baignait dans une atmosphère résolument post-apocalyptique, sa suite a plutôt des allures de dystopie. "L'épidémie", cette catastrophe économique et écologique qui a mis à genou les USA continue à produire ses effets néfastes. La population est toujours aussi pauvre, la vie demeure rude et précaire mais le gouvernement a repris la main et un avenir semble désormais possible.

Malheureusement les élections changent la donne et les Etats-Unis de 2032 prennent rapidement des allures d'Allemagne des années trente. Pour décrire les méfaits de ce régime autoritaire, Octavia Butler s'est en effet copieusement inspirée du régime nazi et de ses manifestations les plus nauséabondes. Propagande, guerre, boucs émissaires et camps d'internement, les buts recherchés et les méthodes utilisées sont bien les mêmes. 

C'est donc dans des circonstances toujours aussi troublées que nous retrouvons ses personnages là où nous les avions laissés cinq ans plus tôt, un peu mieux lotis tout de même puisque leur communauté s'est étoffée et leurs conditions matérielles améliorées. Mais cela ne dure pas. Au bout de deux cents pages, leur petit paradis est pris d'assaut et transformé en enfer.

Octavia Butler évite ainsi de nous servir une resucée de son précédent roman dans lequel il était déjà question d'une communauté contrainte de vivre en autarcie. Cela lui permet d'élargir le champ d'action de son récit et d'installer ses personnages dans un contexte plus général, celui de leur pays et de leur époque. C'est qu'on avait tendance à oublier que si le mode de vie de nos héros est proche de celui des pionniers du XIXème, il n'en va pas de même pour tout le monde. En Amérique ou ailleurs, la recherche scientifique continue... et les découvertes. Ainsi d'une forme de vie originale sur la planète Mars ou de la mise au point des dreamasks, des appareils de réalité virtuelle.

La seconde bonne initiative de l'auteur est d'introduire un point de vue différent de celui de son héroïne en insérant entre les pages de son journal les commentaires de sa fille rédigés une vingtaine d'années plus tard. Celle-ci porte un regard distancié et volontiers critique sur la vie de sa mère. Il souligne ce que l'idéal de Lauren peut avoir d'exclusif et comment elle relègue au second plan tout ce qui pourrait la distraire de son objectif.

Enfin, la dimension religieuse qui n'était que esquissée dans "La parabole du semeur" s'affirme davantage. Le rôle messianique de l'héroïne y est flagrant et la comparaison avec Jésus évidente. Tout comme le Christ, Lauren partage les joies et les peines des hommes et femmes qu'elle côtoie (son hyperempathie lui fait en effet éprouver la douleur ou le plaisir d'autrui). Comme lui elle s'entoure de fidèles et vivra une passion (ses deux années d'esclavage et de tortures quotidiennes) dont elle sortira fortifiée dans sa volonté de répandre ses idées.

Heureusement, cet aspect "christique" n'entrave en rien la lisibilité du roman. Il reste toujours aussi passionnant, exactement dans la même veine que le précédent et clos de fort belle manière cette peinture d'un futur angoissant parce que plausible.

Au Diable Vauvert - 2001

28 avril 2015

LA PARABOLE DU SEMEUR - OCTAVIA E. BUTLER

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2024. Les États-Unis subissent les effets conjugués du réchauffement climatique et d'un marasme économique sans précédent. Une grande pauvreté afflige la presque totalité de la population et l'insécurité règne partout. A Robledo en Californie, Lauren Olamina vit avec sa famille dans l'un des nombreux quartiers murés où ceux qui possèdent encore quelques biens ont trouvé refuge. Leur petit havre de sécurité résistera-t-il à la misère grandissante qui le cerne de toutes parts ?

Voilà bien un roman qui fait froid dans le dos. Il est vrai qu'il nous parle d'un futur d'autant plus angoissant que l'on commence à soupçonner qu'il pourrait bien être le notre. Octavia Butler nous décrit une société qui se délite. L'état n'a pas totalement disparu. Il y a toujours un gouvernement, des élections, une monnaie, mais il n'a plus les moyens ni la volonté d'assumer ses obligations envers ses citoyens.

La police ou les pompiers monnayent leurs interventions et c'est un libéralisme totalement décomplexé qui préside aux destinées du pays. Les multinationales rachètent des territoires entiers et des villes dont ils transforment les habitants en employés corvéables à merci en échange du gîte et du couvert. Les plus riches vivent dans des résidences protégées par une milice privée et se comporte comme de petits despotes. Partout ailleurs, des millions de chômeurs sont réduits à la misère. Des hordes de sans-abris parcourent les rues, vivant de récup' ou de rapines et ceux qui ont encore un travail et un toit deviennent la cible des pillards.

C'est le cas de l'héroïne et de ses proches qui, comme ce qui reste de la classe moyenne, doivent s'isoler derrière de hauts murs pour ne pas être volés ou assassinés. Par le biais de son journal intime nous partageons le quotidien d'une dizaine de familles réunies par les circonstances et contraintes de vivre en état de siège permanent. Le récit minutieux des menus faits qui animent la petite communauté permet de faire un véritable état des lieux de la situation.

On découvre une vie faite de débrouille et de promiscuité. Tout le monde doit s'adapter à la pénurie générale, à l'absence d'énergie, à la rareté de l'eau et, si les adultes espèrent encore le retour du bon vieux temps, les plus jeunes n'ont pour perspective qu'un esclavage moderne ou la délinquance. En attendant ils participent comme ils peuvent à la survie de la communauté, jardinant et s'entraînant au maniement des armes.

La seconde partie du roman nous entraîne sur les routes de Californie. Comme des milliers d'autres, Lauren tente de gagner les états du nord, pays de cocagne où il y aurait encore du travail et de la pluie. Une route semée d'embûches où chaque migrant est un ennemi potentiel et où il faut se battre sans cesse pour défendre son eau, sa nourriture, sa vie. Sans oublier les autres dangers : chaleur, chiens et drogués ivres de tueries. Un périple hallucinant au cours duquel elle fera tout de même de jolies rencontres car, malgré la dureté des temps, l'héroïne n'a pas perdu sa foi en l'homme.

En parlant de foi, je craignais un peu, vu le titre du roman, que l'histoire ne soit parasitée par un préchi-précha évangéliste. Or ce n'est absolument pas le cas. La religion de l'héroïne ressemble davantage à une philosophie ou une règle de vie. Elle prône l'adaptation mais aussi la tolérance. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les personnes qui se joignent à elle sont tous différents, hommes, femmes, enfants, blancs, noirs, hispanos ou asiatiques. Et ce n'est sans doute pas non plus une coïncidence s'ils sont douze. Comme les apôtres...

La parabole des talents est donc une plongée extrêmement dure et dérangeante dans une Amérique où l'ultra libéralisme a gagné la bataille instaurant du même coup le règne du chacun pour soi. Octavia Butler nous montre qu'il est néanmoins possible, avec de la volonté et de l'obstination, de semer une petite graine d'espoir dans ce monde qui en a cruellement besoin.

Au diable vauvert - 2001

23 avril 2015

LE CLAN DU SORGHO - MO YAN

9782868695475Un homme évoque quelques séquences de l'histoire de sa famille qui se confondent avec celle de la Chine pré-communiste.

« Le clan du sorgho » de Mo Yan est davantage connu du grand public sous le titre de son adaptation cinématographique couronnée au Festival de Berlin : « Le sorgho rouge ». Comme je n'ai pas vu le film, je ne vous parlerai pas des mérites comparés de l'un et de l'autre. Je me contenterai de vous toucher un mot du roman qui, pour être fort court, n'en a pas moins des allures de saga familiale.

Le narrateur, peut-être s'agit-il de l'auteur lui-même, nous y raconte un épisode marquant de l'histoire de sa famille : l'embuscade que le commandant Yu, son grand-père, dirigea contre l'occupant japonais en 1939. Ce fait d'arme où son aïeul mais aussi son père alors âgé de 14 ans s'illustrèrent, n'est cependant pas le seul épisode qui nous soit conté.

Son récit fait de fréquents aller/retour avec d'autres moments marquants de la vie de sa famille et de son village. Seront ainsi évoqués des évènements aussi divers que le mariage de sa grand-mère, la punition d'un violeur ou le supplice d'un paysan dépecé vif par les japonais.

Aussi différentes soient-elles, ces péripéties illustrent chacune à leur manière la vie à Gaomi, petite bourgade campagnarde perdu au milieu des champs de sorgho. Elles dévoilent aussi le visage d'une Chine à peine sortie de la féodalité et sur laquelle pèsent encore des traditons millénaires, les mariages forcés, les pieds bandés...

Roman guerrier empreint de violence et de barbarie, « Le clan du sorgho » est aussi un très beau roman d'amour d'où émerge une figure de femme forte, bien décidée à vivre sa vie en faisant fi des coutumes et de la brutalité des hommes.

Actes Sud - 1990

18 avril 2015

LES HOMMES MARQUES - GILLES THOMAS

FnAnt1650-1988

Terra a perdu sa guerre face aux Mondes Associés et subit désormais la loi de fer du Président Farquart. Comme tous les rebelles survivants, Garral Saltienne est ravalé au rang d'Androïde, c'est à dire moins qu'un esclave et plus obéissant encore à cause du vadium inséré dans son système nerveux. Vendu à une riche mondaine de la planète Talsie, Garral n'aura de cesse de recouvrer sa liberté. 

Premier titre de l'auteur paru au Fleuve Noir Anticipation, « Les hommes marqués » est un roman trépidant mais à la trame ultra classique. Composée de trois parties d'égale longueur, l'histoire reprend en effet le canevas du « Comte de Monte cristo » : déchéance et captivité, évasion et découverte du moyen de se venger, retour au monde et punition des méchants.

Pour autant, on ne s'ennuie pas un seul instant. Les personnages sont suffisamment crédibles et sympathiques pour que l'on prennent rapidement fait et cause pour eux. On partage donc sans hésiter les humiliations et les souffrances subies sur Talsie, on frémit au cours des épreuves d'admission sur la planète Seconde Chance et l'on savoure avec eux les fruits de leur vengeance.

Tout du long, l'auteur fait preuve d'une jolie imagination pour donner corps et couleurs aux aventures de ses héros. C'est particulièrement sensible dans ses descriptions de la jungle bleue et de sa faune mutante mais aussi dans une foule de détails de la vie courante. De même, la découverte des différents pouvoirs dont Garral et Carmel sont investis est bien amenée, leur apprentissage et leur utilisation bien rendue.

L'action est également très présente mais il faut cependant reconnaître qu'à partir du moment où les deux héros se voient dôtés de ces capacités hors normes, l'intérêt pour les scènes de combats devient moindre puisque plus rien ne semble pouvoir leur arriver.

Ce roman est donc un excellent divertissement qui semble toutefois un peu à l'étroit dans le trop court format du Fleuve, obligeant l'auteur à abréger, voir passer sous silence certaines transitions.

Fleuve Noir Anticipation - 1988

13 avril 2015

LA FEMME DU Ve - DOUGLAS KENNEDY

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Douglas Kennedy est un maître du "page turner". Déjà avec "Cul de sac", j'avais été immédiatement conquis par les mésaventures tragicomiques d'un américain au pays des kangourous. Même chose avec "La femme du Ve". Il a suffi de quelques pages pour que je me retrouve embarqué dans ce livre sans plus pouvoir le lâcher avant la fin. Pourtant, l'histoire n'est pas fondamentalement originale - pas superbement écrite non plus - mais on est littéralement aspiré par la spirale calamiteuse dans laquelle se débat son héros.

On assiste à sa chute, à sa déchéance, à ses tentatives pour s'en sortir et on attend avec impatience de le voir enfin sortir la tête de l'eau. Mais non, malgré tous ses efforts, les emmerdes continuent à pleuvoir sur le pauvre Harry, le faisant retomber chaque fois plus bas. Le malheureux est confronté à une kyrielle d'individus répugnants - réceptionniste arrogant, voisin maître-chanteur, mari jaloux, marchand de sommeil pourri jusqu'au trognon - qui semblent s'être ligués pour lui rendre la vie impossible. Et quand, enfin, son avenir s'éclaircit et que les méchants qui lui menaient la vie dure reçoivent un juste châtiment, il apparaît que ce qui l'attend est encore pire...

Roman essoufflant, La femme du Ve est aussi un roman particulièrement immersif. Le Paris de Douglas Kennedy est très réaliste. On sent qu'il connaît bien la capitale et qu'il a parcourues les rues dont il nous parle (sauf que la station "Château d'eau" c'est boulevard de "Strasbourg", pas "Sébastopol"). Il a aussi le mérite de situer une bonne part de l'action dans un quartier pas franchement glamour à savoir le très cosmopolite « Strasbourg-Saint-Denis ». Ce petit bout de Paris extrêmement populaire qui regroupe sur quelques pâtés de maisons l'Inde, l'Afrique et le Moyen-orient est rarement évoqué par les romanciers américains. L'auteur lui, nous y plonge jusqu'au cou en nous immergeant au cœur de la diaspora turque dont sont originaires la plupart des tourmenteurs de son infortuné héros.

Mais en dépit de son cadre et de l'habileté avec laquelle les personnages sont croqués, l'histoire serait tout de même un peu poussive sans l'irruption soudaine du fantastique. L'apparition de Margit et l'aura de mystère qui l'entoure vont en effet relancer l'intrigue et permettre de lier entre eux les différents fils conducteurs : le passé lointain de Margit, celui plus récent de Harry et les activités douteuses de son logeur. Les évènements s'enchaînent et l'histoire s'accélère vers un dénouement tout à la fois heureux et dramatique.

Ma seule petite réserve concernant ce sympathique roman tient à la nature de Margit et à ses capacités somme toute assez prodigieuses. Est-ce un fantôme, un ange vengeur, un succube assoiffé de sexe ? Qu'elles sont ses motivations ? Nous n'aurons malheureusement pas d'explications franches. Le mystère demeure, et nos interrogations itou.

Pocket - 2010

8 avril 2015

LA PETITE FILLE QUI AIMAIT TOM GORDON - STEPHEN KING

ldp15136Pour s'être éloigné du sentier balisé sur lequel elle randonnait en famille, la petite Trisha se retrouve perdue au cœur des Appalaches. Espérant sortir des bois en suivant le cours d'un ruisseau elle va au contraire s'enfoncer davantage dans les profondeurs du massif montagneux, sans équipement ni provisions. Pour retrouver les siens, il va dès lors lui falloir faire preuve de courage et d'ingéniosité et, surtout, surmonter ses terreurs de petite fille.

Je suis perplexe. Je me demande s'il me faut saluer la performance d'un auteur capable de nous raconter sur deux-cent-quatre-vingt pages les mésaventures d'une gamine de neuf ans perdue dans la forêt ou si je dois m'insurger contre un gigantesque "fouttage de gueule". Sincèrement je ne sais que penser. Alors, pour tenter d'y voir plus clair, je vais lister les arguments pour et les arguments contre. On verra après.

Ce qui plaide indiscutablement en faveur de ce livre, c'est son portrait réussi de petite fille courageuse. Parfaitement crédible tant au niveau de son langage, de ses réflexions et de ses réactions, la jeune héroïne occupe avec brio le devant de la scène. Son long monologue intérieur nous fait découvir ses relations avec ses parents divorcés ou des sujets plus légers tels que ses goûts musicaux, ses jeux avec son amie Pepsie, ses profs, bref, tout le petit univers d'une enfant de neuf ans est très bien restitué.

L'aspect « survie en milieu hostile » est également bien abordé. Mister King a potassé le sujet avec sérieux pour déterminer le type de faune et de flore que Trisha peut rencontrer en juillet, dans les forêts du New Hampshire. Ses descriptions sonnent juste et il distille ce qu'il faut de bonnes et de mauvaises rencontres, sans en rajouter. Les guêpes et les moustiques lui rendent ainsi la vie dure tandis que les baies et les graines lui évitent de mourir de faim. Ajoutons-y le froid, l'eau polluée, la diarrhée et la fièvre qui s'ensuivent, tout cela donne à l'histoire un aspect indéniablement plausible.

Mais la vraie bonne idée, c'est d'avoir fait prendre corps aux peurs enfantines de Trisha. Ce monstre que les enfants croient tapis sous le lit ou au fond de l'armoire, la petite fille le sent rôder autour d'elle, acharné à sa perte et se moquant de ses misères. Elle voit sa main dans tous les obstacles qui se dressent sur son chemin et c'est donc autant contre elle-même que contre les éléments qu'elle doit lutter.

Côté contre, je n'ai finalement qu'un seul argument, mais de taille : je me suis copieusement ennuyé. C'est long, long, long à n'en plus finir. A l'instar de la petite Trisha qui espère découvrir derrière chaque arbre un signe de présence humaine, j'ai passé tout le livre à attendre que survienne quelque chose d'excitant, que surgisse un monstre, un pervers, des indiens sur le sentier de la guerre, n'importe quoi pourvu qu'il se passe enfin quelque chose.

Stephen King a oublié que ce qui ne manque pas d'intérêt sur cinquante page, une centaine à la rigueur, devient franchement lassant au-delà. La petite est fatiguée, a faim, froid, peur, est malade, veut son papa, sa maman. Oui, on le comprend aisément. Mais est-ce que ça suffit à faire un livre ? Certains penseront que oui et crieront à la performance littéraire, au génie. Voire. Pour ma part je reste sur un profond sentiment d'ennui. Malgré un bon personnage et un sens indubitable de la narration, le roman de Stephen King est tout de même sacrément creux. Et ce ne sont pas les matchs de base ball que la petite héroïne écoute à la radio (et auxquels je ne comprend foutre rien) qui m'ont aidés à faire passer la pilule !

Mon troisième rendez-vous avec Stephen King est donc encore raté. Ça devient une habitude.

Albin Michel - Livre de Poche - 2002

3 avril 2015

DEJA DEMAIN - H. KUTTNER & C. L. MOORE

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Célèbres auteurs de l'âge d'or de la SF américaine, les époux Kuttner/Moore nous livrent leur vision du futur en neuf nouvelles.

Le recueil est divisé en trois parties. La première, «Mœurs de l'âge de science» nous présente quelques exemples de sociétés futures au travers de certaines innovations technologiques et de l'utilisation, bonne ou mauvaise, qui en est faite. Jour de l'An est un récit oppressant qui traite de la place plus qu'envahissante de la publicité. L'oeil était dans... nous transporte en une époque où les juges peuvent "visionner" le passé d'un accusé afin d'y repérer l'intention homicide. Camouflage met en scène un "transplant" c'est à dire un homme réduit à son seul cerveau placé dans un réceptacle artificiel. Homme ou robot, la nouvelle nous interroge sur la notion d'humanité. Dans Fantôme, il est à l'inverse question d'un super-ordinateur qui acquiert une véritable personnalité au point de développer des pathologies psychiatrique telles que la dépression ou la schizophrénie.

"Le ressac du futur" nous propose deux histoires de voyage dans le temps. Saison de grand cru est sans doute la plus jolie nouvelle du recueil. Elle met en scène des "touristes du temps", esthètes fortunés qui assistent aux évènement importants ou aux grandes catastrophes de l'histoire. Outre sa beauté formelle et la grande tristesse qui s'en dégage, ce texte comporte, en filigrane, une critique des riches oisifs et d'une certaine forme de téléréalité. Point de rupture est un texte beaucoup plus drôle. Un couple voit surgir du futur un groupe d'individus venus éduquer leur bébé qui, selon eux, deviendra le père d'une nouvelle humanité. Le bambin, dotés de capacités hors normes, va vite devenir insupportable...

Les trois dernières nouvelles regroupées sous le thème des "Abhumains", traitent de la confrontation entre les hommes et les extra-terrestres ou du moins certaines de leurs manifestations. Choc est une amusante histoire qui nous rappelle que les apparences sont parfois trompeuses. Le Twonky est une machine de conception extra-terrestre conçue pour prendre soin de son propriétaire, parfois même à son corps défendant. Heureusement fort courte, De profundis est une nouvelle assez faible qui joue de la confusion entre fantasme et réalité chez le pensionnaire d'un hôpital psychiatrique.

Gallimard - Le Rayon Fantastique - 1961

29 mars 2015

L'ILE DE BETON - J. G. BALLARD

ldp5326Robert Maitland, architecte de trente cinq ans, marié, deux enfants, une Jaguar et une maîtresse, est un homme qui a réussi. Mais un après-midi où il circule trop vite sur le périphérique londonien, sa voiture fait une embardée et atterrit sur un terrain vague coincé en contrebas de plusieurs bretelles d’autoroute. Blessé et incapable de franchir le flot des véhicules qui l’entourent ou d'attirer l’attention des automobilistes, il se retrouve prisonnier de cette "île de béton" qui accueille déjà deux Vendredi : Proctor, un ancien trapéziste un peu simplet, et Jane, une prostituée. Ayant besoin de leur aide pour parvenir à s'évader de sa "prison", Mailtand va chercher à prendre l'ascendant sur ses compagnons qui, pour d’obscurs motifs, ne souhaitent pas rompre leur isolement.

 

Ce roman de J. G. Ballard est le second de sa célèbre « Trilogie de béton » à laquelle appartiennent aussi Crash et I.G.H. Dans chacun d'eux, l'auteur explore divers aspects de la société moderne et étudie l’attitude d'hommes et de femmes confrontés à certaines de ses dérives. Il parvient de la sorte à peindre d’admirable façon leur désarroi face à un mode de vie qu’ils ne contrôlent plus et qui, par bien des aspects, ne répond plus à leurs besoins essentiels.

Pour cela, nul besoin de recourir à la SF ni même à l'anticipation. Le monde qui sert de décor à ses romans, c'est le notre, ni plus, ni moins. Ballard se contente juste de forcer le trait, d'exagérer un tantinet pour faire mieux ressortir les aberrations qu'il souhaite dénoncer. Ce faisant, il appuie là où ça fait mal et nous met face à nos contradictions.

L'île de béton est bien entendu une critique d'une l'urbanisation excessive et incontrôlé, un réquisitoire contre ces espaces totalement déshumanisés, pensés pour la circulation ou le commerce mais guère adaptés à la vie sociale. L'exemple retenu par Ballard est celui des nœuds routiers, périphériques, bretelles d'autoroutes et autres voies d'accès sur lesquels l'homme ne fait que passer. Des zones désertées de toute présence humaine, véritables no man's land où l'on ne peut circuler qu'en voiture, cet autre symbole de la société du XXème siècle.

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le récit emprunte au genre de la robinsonnade. Son roman est une histoire de survie en milieu hostile, une lutte d'autant plus paradoxale qu'elle se déroule à deux pas de Londres et de ses millions d'habitants. 

Ceci dit, nos trois robinsons sont-ils vraiment prisonniers de leur « île » ? Rien n'est moins sûr. D'ailleurs, dès lors qu'elle l'a décidé, Jane parvient à s'en échapper aisément. Assurément, Mailtand pourrait en faire de même. S'il ne le fait pas c'est que, en dépit des apparences, il accepte son isolement.

Il s'agit là encore d'une image. Par paresse et facilité nous acceptons l'existence toute faite que la société de consommation nous vend. Nous ne nous rendons même plus compte de notre asservissement et si, par extraordinaire nous en faisons le constat, nous n'avons pas le courage de lutter contre.

Le Live de Poche - 1979

24 mars 2015

LES BLANCS ET LES BLEUS - ALEXANDRE DUMAS

BlancsBleusDe 1793 à 1798, les grandes heures de la toute jeune république française confrontée à ses ennemis, à l'intérieur comme à l'extérieur.  

« Du reste, on doit le remarquer dans l'œuvre que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs, nous sommes plutôt historien romanesque que romancier historique. Nous croyons avoir fait assez souvent preuve d'imagination pour qu'on nous laisse faire preuve d'exactitude, en conservant toutefois à notre récit le côté de fantaisie poétique qui en rend la lecture plus facile et plus attachante que celle de l'histoire dépouillée de tout ornement. »

C'est ainsi qu'Alexandre Dumas définit le contenu de son ouvrage : un livre d'histoire romancée plutôt qu'un véritable roman historique. Il ne faut donc pas s'attendre à y suivre les rebondissements aventureux et sentimentaux d'une petite histoire qui viendrait se mêler à la grande. C'est tout juste s'il prend le temps de nous présenter la mystérieuse confrérie des Compagnons de Jéhu (dont il sera abondamment question dans le roman éponyme) et d'initier un embryon d'intrigue où l'on devine que la vengeance de Diane de Fargas et le courage suicidaire de Roland de Montrevel tiendront le devant de l'affiche.

Pour le reste, ce sont les douloureux évènements qui ont accompagnés la naissance de la première république qui sont à l'honneur. De la convention au consulat en passant par le directoire, nous revivons quelques-unes des grandes dates de ces années terribles. Le 13 vendémiaire et le 18 fructidor, la campagne d'Italie et l'expédition d'Egypte, l'armée du Rhin, le pont d'Arcole... de quoi réviser nos cours d'histoire.

Les grandes figures de cette période troublée sont bien sûr au rendez-vous. Saint-Just, Barras, Pichegru et Napoléon défilent sous nos yeux tandis que quelques personnages imaginaires viennent se mêler à ces grands noms et jouer le rôle de fil rouge. Ainsi du baron Charles de Sainte Hermine ou Coster de Saint Victor, côté royaliste, des vétérans Falou et Faraud, côté républicain. Mais leurs aventures restent secondaires et s'effacent derrière la vérité historique et l'ombre de Bonaparte.

Marabout Géant

 

19 mars 2015

KAMARDE - PASCAL FRANCAIX

fn-frayeur23-1995

Pour approvisionner son petit théâtre des horreurs, Garrigou fait régulièrement affaire avec Luther, un antiquaire capable de redonner vie à des cadavres. Il dispose ainsi d'une petite troupe de "monstres" qu'il exhibe dans les foires et maltraite sans vergogne jusqu'à ce que l'un d'eux lui échappe...

Le premier tiers de ce roman m'a fait penser au Freaks de Tod Browning. Nous y suivons les pérégrinations d'un camelot qui parcourt les routes de Flandres pour exhiber de pauvres hères affublées d'un physique improbable. Mais alors que je m'attendais à une histoire de revanche des "monstres" sur leur persécuteur, le roman prend une toute autre direction.

Nous partons pour la Bretagne où l'un d'eux a choisi de se réfugier. Un choix peu judicieux lorsqu'on a l'apparence d'un squelette et que les habitants de cette région arriérée (le récit doit se dérouler au XIXème siècle puisque, s'il est question de journalistes, on s'éclaire encore à la bougie) vous prennent pour l'Ankou.

A partir de là, le récit devient extrêmement confus. Une épidémie de peste se déclare, la population désespérée se livre à d'effroyables bacchanales tandis que l'homme-squelette est poursuivi par la foule et par un journaliste qui semble avoir une idée derrière la tête. Pour finir, une partie des personnages se retrouve de nouveau en Flandres pour une séance de nécromancie assez pathétique.

On le voit, le l'histoire manque cruellement d'unité. Pascal Françaix enchaîne les scènes effrayantes mais n'arrive pas à construire une intrigue cohérente. Il manque aussi quantité d'explications (comment le nécromant s'y prend pour redonner vie aux cadavres, pourquoi ses créations se nourrissent de la peur des gens) ce qui nuit à la bonne tenue de l'histoire.

Kamarde vaut donc principalement pour sa galerie de personnages (le montreur de monstres, la créature qui tente de trouver sa place dans une société qui le rejette, un nouvel Orphée qui pourchasse l'Ankou pour le forcer à lui rendre sa défunte épouse), pour son l'atmosphère cafardeuse et pour l'utilisation d'un vocabulaire argotique fort savoureux.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

14 mars 2015

LES BRONTOSAURES MECANIQUES - MICHAEL CONEY

pp5196-1985Après les dramatiques conséquences de l'effet relais survenues deux ans plus tôt, la planète Arcadie est au bord de la faillite. Une bonne partie de ses habitants a choisi d'émigrer, les commerces ferment les uns après les autres et la main d'œuvre commence à manquer dans les grandes exploitations agricoles. Bientôt, les arcadiens doivent se résoudre à accepter la proposition de l'Organisation Hetherington : lui louer leur planète, terre, mer, villes et infrastructures compris, pour une durée de cinq années en échange d'une remise à flot de son économie et d'une politique migratoire ambitieuse. Mais peuvent-ils réellement se fier à la toute puissante multinationale ?

Deux années seulement séparent les évènements de "Syzygie" de ceux qui nous sont narrés dans "Les brontosaures mécaniques". En dépit de cette proximité chronologique et bien que les deux romans partagent décor et personnages, le second ne constitue pas à proprement parler une suite au premier. On y retrouve néanmoins avec grand plaisir la petite cité de Rives et quelques uns de ses habitants emblématiques : Mark et Jane Swindon bien sûr, mais aussi l'acariâtre Mrs Earnshow ou encore Tom Minty, le sale gosse local.


Ce sont toutefois de nouveaux personnages qui occupent les premiers rôles. Il y a là Ralph Streng, individu misanthrope et imbu de lui-même, Kli A Po un extra-terrestre fermier et philosophe
et Mort Barker un publicitaire sans scrupules... Il y a surtout Kev Moncrieff, un ingénieur nautique venu chercher fortune sur Arcadie et par la bouche duquel l'histoire nous est dévoilée ainsi que Suzanna la jolie terrienne dont il va tomber éperdument amoureux et qui le soutiendra dans sa lutte contre l'impérialisme économique de l'Organisation Hetherington.

Le roman a en effet pour thème principal la résistance des habitants d'une petite colonie face aux ambitions hégémoniques d'une multinationale aux méthodes plus que discutables. Michael Coney nous y propose une critique discrète du capitalisme au travers de cette entreprise redoutable, véritable quintessence de ces grandes sociétés pourries jusqu'au trognon, manipulant l'information et les gens et prêtes à tout pour parvenir à leurs fins. L'enjeu est il est vrai d'autant plus important qu'elle pense avoir trouvé sur Arcadie le moyen d'asservir définitivement les consommateurs...

Écrit dans les années soixante-dix, on sent dans ce roman l'influence des idées en vogue à l'époque et notamment l'aspiration à une société nouvelle, plus pacifique, plus écologique et plus juste. Elle se manifeste au travers de l'activisme politique des personnages (grève, actions coup de poing, mise en place d'un système alternatif de paiement) et par une vision un peu utopique du rapport de force entre citoyens et institutions. Les adversaires ne luttent pas à armes égales et le pot de terre n'a aucune chance face à un pot en acier trempé.

Mais comme je l'ai dit plus haut, la critique de l'auteur est timide. Si les méchants sont clairement désignés, il s'en sortent finalement sans trop de dommage. Il leur suffira de dégainer le chéquier pour s'en aller l'esprit tranquille en laissant derrière eux quelques cadavres et beaucoup de vies brisées.

Michael Coney, ou du moins ses personnages, semble s'en accommoder, jugeant impossible d'obtenir plus. Et c'est là où je ne le rejoins pas. Selon lui, une entreprise n'est qu'une entité immatérielle qui ne saurait être condamnée, pas plus d'ailleurs que les individus qui la représentent : le PDG parce que trop éloigné des réalités du terrain, les employés parce qu'ils ne font qu'appliquer les ordres reçus et les actionnaires parce qu'ils n'ont fait qu'investir leurs économies.

Je pense pour ma part précisément le contraire. Tous sont coupables ou du moins responsables, dès lors qu'ils agissent en connaissance de cause. Un employé peut toujours refuser d'exécuter un ordre manifestement illicite et les actionnaires peuvent s'abstenir d'acheter les actions des groupes sans morale. Quant aux dirigeants, prétendre qu'ils ne peuvent influer sur la politique de leur entreprise, c'est un peu nous prendre pour des cons. Le choix est toujours possible. Difficile sans doute, mais possible.

L'une des particularité du style de Michael Coney réside dans l'extrême minutie avec laquelle il dépeint les relations entre ses personnages. Cela ralentit considérablement le déroulement de l'intrigue et d'aucun trouveront ses romans un peu lents. Mais c'est un rythme qui me convient. Il nous laisse le temps de nous imprégner de l'atmosphère de la petite ville, d'en connaître tous les habitants, leur tempérament et leurs habitudes. On a l'impression de les côtoyer depuis toujours, d'être l'un des leurs. On se trouve alors dans une position idéale pour appréhender leurs réactions et comprendre leurs motivations ce qui est une bonne chose puisque le roman traite aussi (c'est une constante chez l'auteur), de notre rapport à l'autre.

Ici, il le fait de manière détournée grâce aux amorphes, une espèce extra-terrestre tout à fait étonnante qui a développé une technique de survie originale consistant à adopter l'apparence et l'état d'esprit le plus susceptible de plaire à l'être auquel ils sont confrontés. Mis en présence d'un humain, ils ont ainsi tendance à se transformer en l'homme ou la femme modèle aux yeux de ce dernier.

Or, si l'Organisation Heterrington les utilise surtout comme des esclaves serviles, les habitants de Rives vont vite voir en eux le moyen le plus rapide de trouver l'être idéal. Pourquoi en effet faire des efforts vis à vis d'autrui, conjoint ou ami, pour le conquérir ou pour conserver son amitié alors que l'amorphe vous accepte comme vous êtes et se conforme à tous vos désirs sans même que vous les ayez exprimés ?

Kev se rendra toutefois compte que les amorphes ne sont pas une panacée. Il le découvrira notamment en constatant le vide laissé par la disparition de Strengh et de Barker, des individus détestables mais intellectuellement stimulants : vivre au milieu de bénis oui-oui n'a rien de bien réjouissant et sans contradiction la vie est finalement bien fade.

Bref, encore un excellent roman de l'auteur dans lequel action et réflexion font bon ménage, sans oublier une chute surprenante et particulièrement belle, à la fois triste et pleine d'espoir.

Pocket - SF- 1985

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