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SF EMOI

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28 novembre 2014

LA VIE EST DEGUEULASSE - LEO MALET

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Jean Fraiger n'a pas eu une vie facile. Orphelin à quatre ans, ouvrier à quinze, il n'a connu que la misère des sales besognes et des boulots sous payés. De malchance en mauvaises rencontres il est passé du mauvais côté et se livre désormais au vol à main armé pour le compte d'anarchistes partisans de l'action directe. Seule oasis de pureté dans cet océan de merde : Gloria la superbe rousse qu'il courtise sans imaginer pouvoir un jour la séduire... 

Si Léo malet a consacré la majeure partie de son oeuvre aux enquêtes "capitales" de Nestor Burma, il n'en a pas moins écrit quelques romans avec des personnages bien différents du sympathique détective. La vie est dégueulasse est de ceux-là. Récit à la première personne centré sur la personnalité d'un assassin, il nous dévoile une face extrèmement sombre du Paris de l'après-guerre. Celui des anars et des truands, des prolétaires et des manifs réprimées dans le sang, des gamines paumées qui finissent en maison de correction ou sur le trottoir avec, comme seul horizon, une existence de merde.

Oui, la vie est dégueulasse. Son narrateur de héros ne cesse de le répéter. Mais lui-même l'est tout autant : « La vie était dégueulasse et je l'avais dégueulassée davantage. ». Une confession qui m'en rappelle une autre, celle de Jean-Paul Belmondo dans un film de Louis Malle : « Je suis un voleur ! Je fais un sale métier, mais j'ai une excuse... je le fais salement. »

C'est un individu qui n'a pas de passion, pas d'idéal, tout juste mené par son amour pour une femme, une seule, qu'il idéalise. C'est un inadapté. Un homme qui n'est pas parvenu à trouver sa place dans la société ni auprès de la gent féminine et qui, à cause de cela, veut les détruire... et se détruire par la même occasion : « Je n'avais réalisé que plus tard quel misérable naufragé j'étais. Je ne savais pas me conduire dans la vie. J'étais un nihiliste. Je ne savais m'exprimer que par le truchement des aboiements de plomb de camarade Browning. Je me frayais un chemin sanglant vers Gloria, éliminant les obstacles et en suscitant d'autres, par le fait même. Et le plus redoutable obstacle, je le portais en mon âme. » Alors il tue. N'importe qui. Avec ou sans raison. Les banquiers, les convoyeurs de fonds et les flics bien sûr. Mais aussi plein d'autres, au gré des circonstances : le mari de la femme qu'il convoite, un complice qui lui déplait, une prostituée... tous ceux qui ont la malchance de croiser sa route. Une espèce de tueur fou. Un Bonnot à la petite semaine, un Clyde sans sa Bonnie.

La vie est dégueulasse est donc un roman extrêmement noir, Noir et sang, pour paraphraser l'auteur. Son style est nerveux, âpre, avec un vocabulaire qui va droit au but, qu'il soit question de sexe ou de mort. Un langage un peu surprenant pour un roman écrit en 1947 : « J'apprêtai mon arme pour le coup de grâce et lui tirai deux balles dans le bas ventre. Des réflexes mécaniques lui firent exécuter un saut de carpe qui le retourna et il eut quelques soubresauts comme s'il besognait le tapis. Seulement, il éjaculait du sang. »

Ce roman est le premier de la Trilogie noire. Je vais de ce pas me procurer les deux autres.

Pocket - 2010

 

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23 novembre 2014

ONDE DE CHOC - ALAIN BLONDELON

imgLorsque Lionel et Alain regagnent leurs domiciles après une agréable journée passée à pêcher sur les bords de Loire, ils constatent avec effarement que villes et villages ont été vidés de leurs habitants. Pour autant les deux amis ne sont pas tout à fait seuls puisque des militaires sillonnent la campagne et exécutent sans autre forme de procès les rares survivants qu'ils découvrent. Après être venus en aide à deux jeunes femmes qui se joignent à eux et avoir survécu à une terrible onde de choc, ils se mettent à la recherche d'un abri sûr tout en cherchant à comprendre les raisons de ces bouleversements. Commence alors un dangereux périple à travers une France ravagée qui retourne lentement à la barbarie.

La lecture d'Onde de choc m'a laissé l'impression que l'auteur avait voulu se faire plaisir en écrivant un roman qu'il aurait aimé lire lorsqu'il était plus jeune, un peu comme ces histoires dont on est le héros et que l'on peut faire évoluer à sa convenance. C'est sans doute pour cela qu'on ressent si fort le côté personnel qu'il y a mis et pas seulement dans le prénom de son héros. Il est évident que les régions par lesquelles passent ses personnages (Morvan, vallée du Rhône, île d'Yeu) lui sont familières et il est tout aussi vraisemblable que certains de leurs traits de caractère ont été empruntés à ses connaissances.

Ce dont je suis en tout cas certain, c'est qu'Alain Blondelon est un passionné de SF puisque sa France post-apocalyptique doit beaucoup aux classiques du genre. Mais, malgré toute sa bonne volonté, j'ai le sentiment qu'il n'a pas su trouver sa voie entre un post-apo qui fait la part belle à l'action (A comme Alone pour rester dans les publications de Rivière Blanche) ou qui privilégie la description du quotidien (Malevil par exemple).

Cela se traduit par une alternance de scènes «domestiques » qui sonnent plutôt juste et quelques passages plus actifs mais nettement moins probants. Pourtant, entre les meutes de chiens, la marée grouillante des rats et les vilains militaires, ses héros ont largement de quoi faire. Mais on sent très vite qu'il ne leur arrivera jamais rien de fâcheux. Une petite morsure par-ci, une foulure par-là et tout rentre dans l'ordre. C'est dommage car ça nuit à l'intérêt dramatique du récit. Ca lui enlève de l'intensité et une bonne part de son attrait.

Il y a aussi pas mal de naïveté dans son histoire, à commencer par les rapports entre les personnages. Ses héros sont deux amis inséparables qui rencontrent deux cousines extrêmement séduisantes et sympathiques comme tout. Comme de juste, tout ce beau monde va tomber amoureux et hop, à chacun sa chacune. Rien d'impossible à cela bien sûr, mais son récit aurait gagné en authenticité et ses personnages en profondeur s'il avait un peu compliqué les choses : une rivalité amoureuse, des tensions parmi les membres de la communauté, des visions divergentes de l'avenir...

Ici, tout se passe sans le moindre accroc et nos deux couples en viennent même à préférer la situation présente à leur vie d'avant ! On a un peu l'impression que l'auteur répugne à mettre ses personnages en danger et même à troubler leur bonheur naissant. Il prend visiblement un grand plaisir à imaginer de quelle manière ce groupe d'amis jette les bases d'une nouvelle société et repart de zéro. Il y a un peu du rêve de gamin dans cette histoire, une envie de cabane dans les arbres, de jouer les Robinson, qui lui donne un côté sans doute plus optimiste que réellement naïf mais qui conviendra davantage à un lectorat adolescent qu'à un quadra désabusé.

Pour ce qui est de l'écriture, elle aurait gagné à être plus instinctive et spontanée, particulièrement au niveau des dialogues parfois un peu creux ou artificiels. L'auteur devrait se lâcher davantage. Que diable, lorsqu'il vous arrive une grosse tuile, il est bien plus naturel de jurer comme un charretier que comme une dame patronesse. Alors Alain, finis-en avec tes « zut » et balance nous du « bordel, fait chier, putain, merde !!! ». Je sais que tu peux le faire. 

Même constat au niveau du style qui souffre de la recherche constante du mot juste, du synonyme qui va bien et d'un surcroit d'explications nuisant au plaisir de la lecture et à la fluidité du récit. Mais ce sont là des petits défauts tout à fait pardonables pour un premier roman. Ils se corrigeront sans trop de difficultés.

Une dernière remarque en passant : la cause de la catastrophe ainsi que la façon dont les survivants en réchappent sont assez similaires à celles évoquées dans « Le deuxième matin du monde » de Manuel de Pedrolo ; un post-apo jeunesse justement.

Black Coat Press - Rivière Blanche - 2009

18 novembre 2014

LE DOCTEUR OMEGA - ARNOULD GALOPIN

imgGrâce à l'héritage d'un vieil oncle, Denis Borel s'est retiré dans un petit cottage de province où il s'adonne à sa passion : jouer du violon sur son Stradivarius. Sa tranquillité est hélas troublée par les recherches auxquelles se livre son voisin, un individu que les paysans du cru prennent pour un sorcier. Pourtant, malgré des dehors farfelus, le Dr Oméga est un scientifique de haute volée qui vient tout juste de mettre au point un alliage réfractaire à la pesanteur qu'il compte bien utiliser pour fabriquer un vaisseau spatial...

Le Docteur Oméga est un pur exemple de ce "merveilleux scientifique" qui fit les beaux jours de la littérature populaire au XIXème siècle et jusque dans la première moitié du suivant. Ce n'est donc pas un hasard si l'on y trouve de grandes similitudes avec les œuvres des plus grands représentants du genre, H. G. Wells et Jules Verne.

Au premier il emprunte l'idée de la « Répulsite », cette matière "... qui n'est pas attirée par le sol mais au contraire repoussée par une force tout aussi constante que la pesanteur" et qui ressemble à s'y méprendre à la « Cavorite » des "Premiers hommes dans la lune". De Jules Verne il reprend la forme d'obus de son vaisseau spatial tout en profitant de l'occasion pour lui faire un clin d'œil appuyé : "Je vous parle sérieusement dit-il... Vous n'allez pas comparer au notre un voyage imaginaire ?... La conception de Jules Verne était purement hypothétique, tandis que la mienne..." Tandis que la sienne n'est guère plus rationnelle... mais tout aussi merveilleuse. Plus même, puisqu'il dépasse en témérité ses illustres confrères en expédiant ses personnages jusque sur la planète Mars.

Pour autant, son histoire ne se démarque pas des récits de l'époque et se décompose en trois parties bien classiques : construction du vaisseau spatial et voyage dans l'espace, découverte de la planète et de ses habitants, préparation du retour sur Terre. Les premiers chapitres ne présentent guère d'autre intérêt que de nous présenter les trois personnages principaux.

Nous lions donc connaissance avec Denis Borel le narrateur, un cartésien pur jus qui apporte un regard posé et dubitatif sur les aventures dans lesquelles ils s'est laissé entraîner, le Docteur Oméga, prototype du savant pour qui rien n'existe hors la science et Fred, son serviteur, personnage fruste mais dont le bons sens populaire et les réflexions apportent une touche de gaieté à leurs mésaventures.

Après ces présentations, nous enchaînons très vite sur le voyage vers Mars à bord d'une fusée qui se transformera aussi bien en sous-marin qu'en automobile. Des fonctionnalités bien utiles pour arpenter ce nouveau monde et faire face à ses nombreux périls : hommes poissons ou volants, pachydermes, serpents gigantesques ainsi qu'une flore surprenante qui éclot, pousse et s'étiole en une seule journée.

Il feront ensuite connaissance avec les martiens, de petits être chétifs aux membres débiles en raison de la faible densité de l'atmosphère. J'ignore si cette explication tient scientifiquement la route, mais ces petits personnages dotés d'une tête démesurée sont plutôt sympathiques. Après une première rencontre mouvementée, ils vont adopter nos trois aventuriers et leur faire découvrir leur civilisation permettant ainsi à l'auteur de laisser courir son imagination.

Il nous dévoile alors une société dominée par les scientifiques et entièrement automatisée grâce à une utilisation optimale de l'électricité. On y découvre des inventions surprenantes pour l'époque (les mobylettes volantes, les pilules nutritives, les villes mobiles posées sur des cylindres...), on rencontre leur chef, le grand Razaïou, et on les accompagne dans leur guerre contre les cococytes. Tout cela nous donne un roman enlevé que l'on lira aussi pour son ton léger et gentiment ironique.

Albin Michel - Les belles aventures - 1949

13 novembre 2014

LES ANNEES DOUCES - KAWAKAMI HIROMI

646-1Un soir qu'elle boit un verre dans le bar où elle a ses habitudes, Tsuliko rencontre son ancien professeur de japonais. Entre la trentenaire indépendante et le vieux professeur, le contact passe immédiatement et les rencontres, fortuites ou provoquées, se multiplient. Une amitié sincère va se nouer entre ces deux personnes pourtant si différentes.

La traduction littérale du titre de ce roman signifie « La serviette du professeur ». L'éditeur lui a cependant préféré « Les années douces » et je dois dire que je suis plutôt d'accord avec ce choix tant il est vrai que ce livre est empreint de douceur.

Douceur de ces choses toutes simples que l'on fait sans presque y penser. Douceur de moments qui n'ont de saveur et d'intérêt que parce qu'ils sont partagés. Douceur du temps qui s'écoule paisiblement et du plaisir de vivre au rythme des saisons sans chercher à en accélérer la course. Douceur enfin des sentiments qui, petit à petit, rapprochent deux solitudes.

Les années douce, c'est la très belle histoire d'une amitié qui se transforme en un amour profond. Au travers d'une succession de tableaux (une flânerie sur un marché, la cueillette des champignons à l'automne, la visite d'un musée), nous assistons à la naissance puis à l'épanouissement d'une idylle. Nous découvrons comment les deux personnages s'apprivoisent, apprennent à s'apprécier puis surmontent leurs derniers scrupules. Le tout raconté avec beaucoup de pudeur mais sans pudibonderie.

Quant à la différence d'âge entre Tsukiko et le maître, elle n'est que très peu évoquée. Exception faite de la remarque d'un ivrogne, il n'en sera d'ailleurs question qu'à la toute fin du roman. Et encore, cela ne sera que du point de vue du temps qu'ils peuvent espérer passer ensemble et non des trois décennies qui les séparent. L'auteure n'est pas tombée dans le piège du politiquement correct. Son histoire n'est pas celle d'un couple hors norme confronté au regard des autres mais juste le récit d'une belle rencontre.

Picquier Poche - 2005

8 novembre 2014

LE RAID INFERNAL - P-J HERAULT

 

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C'est une bien mauvaise surprise qui attend les passagers du sark reliant Pogra 1 à Pogra 4, lors de leur première escale. Les relais sur lesquels ils comptaient ont été pillés par les Taves, les éternels révoltés de ce petit système en bordure de galaxie. Les choses vont même aller de mal en pis puisqu'ils sont bientôt pris pour cible par les terribles pillards.

Dans ces circonstances exceptionnelles, l'un des passagers, ancien militaire rompu à toutes les techniques de combat, va tenter l'impossible pour les sauver. A travers la forêt d'astéroïdes ou dans la savane de Pogra 3, pourra-t-il compter sur ses compagnons d'infortune ?

Les héros de P. J. Herault sont assez paradoxaux. Bien qu'il s'agisse toujours d'ardents pacifistes épris de liberté, ce sont la plupart du temps d'anciens militaires qui passent le plus clair du roman à combattre toute sorte d'ennemis. C'est encore le cas avec le personnage de Jon Cardi, ancien commando de la spatiale qui va trouver à employer ses talents de tueur patenté pour se sortir d'un pétrin sans nom.

Cela donne un roman bourré d'action, quasiment un livre de guerre. Les combats s'enchaînent, dans l'espace et au sol. Corps à corps en apesanteur, attaques commandos, course poursuite d'engins spatiaux et même un siège en règle qui rappelle l'attaque du fort par les indiens de nos bons vieux western. Heureusement, l'auteur est assez intelligent pour entrecouper ces épisodes bourrés de testostérone de passages plus calmes permettant de développer une intrigue au demeurant assez légère.

Ici, ce sont les rapports entre les membres d'un groupe d'individus disparates qui tiennent le devant de l'affiche. Trois femmes et neuf hommes contraints de vivre ensemble et faire cause commune contre un ennemi dangereux et imprévisible. L'auteur dépeint plutôt bien la difficile cohabitation entre ces personnes issues de milieux différents, avec les problèmes de promiscuité, les a priori et les affinités, les comportements égoïstes ou altruistes, ceux qui craquent et ceux qui se révèlent... Il y a aussi une sympathique petite idylle entre le baroudeur un peu bourru et une jeune femme qui n'a pas froid aux yeux, permettant d'égayer l'histoire de scènes drôles et attendrissantes.

Pour finir, signalons la multitude de détails (vestimentaires, alimentaires, techniques) qui ajoutent de l'intérêt au récit. Avec P-J Herault, tout semble parfaitement crédible. Les armes ont besoin d'être rechargées et une navette spatiale doit être pressurisée pour quitter l'atmosphère. Ça peut sembler évident, mais bien des bouquins du genre pêchent par absence de réalisme. Le raid infernal est donc un divertissement tout à fait classique mais néanmoins de qualité. La preuve : à peine ouvert, déjà fini.

Fleuve Noir Anticipation - 1986

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3 novembre 2014

LA GRANDE NUIT - ANDRE-MARCEL ADAMEK

sans-titreMalek est en train de visiter la grotte du Château Rouge dans les Ardennes belges lorsqu'un terrible éboulement cause la mort de la plupart des visiteurs et plonge la caverne dans l'obscurité. Seul en compagnie d'une vieille dame, il met plusieurs jours avant de regagner la surface où l'attend un spectacle d'apocalypse. Le pays entier, et sans doute même l'Europe, a été ravagé par une attaque nucléaire. Avec l'idée de fuir les zones les plus radioactives, Malek décide de gagner les plages du nord de la France. Son chemin sera parsemé de rencontres, bonnes et mauvaises. Parallèlement, une femme militaire doit affronter ses compagnons d'arme puis deux jumelles particulièrement dangereuses.

La grande nuit est un modèle de roman post-apocalyptique. Presque tous les sous-thèmes inhérents à ce type de littérature y sont abordés : explosion nucléaire et irradiations, déambulations au milieu de champs de ruines, communauté tentant un recommencement, secte, matriarcat, anthropophagie, justice expéditive, bref, un véritable condensé du genre. Un genre qu'il ne révolutionne certes pas mais sur lequel il porte un regard qui ne manque ni de profondeur, ni d'intérêt.

André-Marcel Adamek tire en effet partie du sujet pour étudier les relations qui se nouent et se dénouent entre les rescapés. Ce n'est pas pour rien que son héros est un spécialiste du comportement animalier. Son sens de l'observation et sa connaissance des grands prédateurs lui permettent de disséquer les attitudes des uns et des autres, isolant les comportements altruistes ou intéressés ainsi que la passivité du plus grand nombre.

A ce titre, la petite communauté d'Audresselles est un véritable laboratoire vivant. Malek peut y observer la façon dont les nouveaux pouvoirs se mettent en place, les luttes d'influence et même l'immixtion de la religion. Il remarque aussi comment la solidarité des premiers temps fait rapidement place au « retour de l'égoïsme, de la jalousie et des petites mesquineries ». A plusieurs reprises, il comparera les survivants aux meutes de loups qu'il a si bien étudiés. Une façon comme une autre de nous rappeler que l'homme n'est qu'un animal trop souvent guidé par l'instinct plus que par la raison. Et puis, l'homme n'est-il pas un loup pour l'homme !

Tout cela lui inspirera quelques réflexions bien senties dont voici un petit florilège : « L'homme n'aurait jamais dû penser qu'en terme de plaisir. Il aurait vécu moins longtemps mais il aurait évité l'apocalypse. Un homme qui jouit ne déclenche pas une guerre. » ; «  La parole sainte inspirant le geste du bourreau : on ne pouvait imaginer de pouvoir plus efficace ».

Très agréable à lire avec son écriture fluide qui nous pousse à l'avaler d'une traite, ce roman n'est pourtant pas totalement noir et, s'il nous montre souvent la face sombre de l'homme, il se termine néanmoins sur la promesse d'un avenir  : « De cette grande nuit qui s'était abattue sur la Terre, ils se réveilleraient un jour, blessés, difformes sans doute, les mains écorchées et les yeux sans couleur, mais éblouis par la pureté regagnée des limons et des sables. Dans les vestiges du monde des apparences, ils reconnaîtraient la vérité d'un regard ou d'une voix ».

Editions Labor - Espace Nord - 2005

28 octobre 2014

LES NOMBRES - VIKTOR PELEVINE

ACH003558619_1412913479_320x320Dès son plus jeune âge, Stepan Arkadievitch Mikhaïlov a passé un pacte avec le nombre 34. En échange d'une dévotion sans faille, il espère s'attirer ses bonnes graces et l'utiliser comme une sorte d'oracle dont les manifestations le guiderait sur le chemin de la réussite. Mais dans une Russie qui se transforme en profondeur, la conviction de Stiopa sera-t-elle suffisante ?

Viktor Pelevine a l'habitude de nous offrir des romans qui ne ressemble à nuls autres, innovants, surprenants, décapants. C'est une nouvelle fois le cas avec cette histoire d'homme convaincu de l'influence des nombres sur sa vie. Il faut dire que la confession de ce jeune loup de la finance ressemble, du moins dans ses débuts, à un conte merveilleux, une sorte de récit initiatique avec son apprenti sorcier, sa bonne fée-chamane, une malédiction qu'il faut conjurer et un double maléfique.

Et ça marche plutôt pas mal. On est de suite accroché par l'itinéraire de ce russe qui cherche à se faire sa place au soleil dans cette Russie fin de siècle qui découvre les « bienfaits » du capitalisme. Comme lui, on se prend au jeu de la numérologie et l'on en vient à croire qu'il parviendra à surmonter tous les obstacles grâce à cette aide surnaturelle.

Avec une grande virtuosité, Viktor Pelevine construit tout son roman autour des nombres. Chaque chapitre est d'ailleurs précédé de l'un d'eux qui, bénéfique ou néfaste, donne le ton de la tranche de vie qui nous est contée. L'auteur déploie des trésors d'inventivité pour faire surgir une référence à tel ou tel d'entre eux et se livre à d'étranges constructions intellectuelles pour déterminer leur valeur : une fourchette avec ses quatre pointes et les trois espaces entre celles-ci représente-t-elle un quatre et un trois (43) ou un trois et un quatre (34) ? Peut-on se fier au 6, ce chiffre ambigu qui se camoufle trop aisément en 9 ? Et que penser de certains caractères de l'alphabet cyrillique qui ressemblent de façon troublantes à des chiffres ?

Les nombres et toutes leurs combinaisons déterminent donc l'existence du héros. Elles influencent toutes ses décision, ses investissements, sa façon de manger et même ses pratiques sexuelles. Bien sûr, cette marotte sera cause de bien des situations rocambolesques et on hurlera de rire à certaines des mésaventures du pauvre Stiopa.

Mais derrière le récit joyeux et déjanté se cache une redoutable satyre. L'histoire de Stiopa se confond en effet avec celle de la Russie post-soviétique et lui-même dissimule sous son allure de Pikachu rondouillard un financier prêt à tout pour réussir. L'air de rien, Pelevine nous retrace ces années troubles qui, de Eltsine à Poutine, virent l'ascension et la chute des fameux oligarques, ces hommes d'affaires qui s'engraissèrent sur le cadavre de l'URSS.

Il nous montre de quelle manière ils s'y sont pris pour s'enrichir, achetant la protection des mafiosis, pratiquant le pot de vin à grande échelle et la collusion avec le politique. Sur le ton de la comédie, il dénonce les meurtres et le chantage, les comptes off shore, les "banques de poche" qui ne servent qu'au blanchiment de l'argent sale, bref tous les rouages du capitalisme à la sauce slave. Il en profite aussi pour se moquer de ce microcosme vain qui gravite autour d'eux, publicitaires escrocs, pseudo artistes et mannequins prostituées sans oublier bien sûr le sommet de l'état qui en prend aussi pour son grade : « Le pouvoir russe possède deux fonctions principales qui ne changent pas depuis de très nombreuses années. La première, c'est de voler. La deuxième, c'est d'étrangler tout ce qui est sublime et pur. » Pas sûr que Poutine apprécie beaucoup.

Avec « Les nombres » Viktor Pelevine dresse donc un nouveau portrait au vitriol de cette société russe tellement désorientée qu'elle préfère s'en remettre à la superstitions et à ses gourous plutôt qu'à leurs dirigeants.

Editions Alma - 2014

20 octobre 2014

LA RECUP' - JEAN-BERNARD POUY

57391521Antoine est un honnête artisan spécialisé dans la serrure ancienne. Enfin, honnête il ne le fut pas toujours, et seul un petit séjour au placard l'a remis dans le droit chemin. Alors, quant on lui propose 10.000 euros pour une affaire rapide et sans risque, il n'hésite pas bien longtemps. Mais si le cambriolage s'avère aussi facile que prévu, ses commanditaires se montrent nettement moins honnêtes et le laisse a moitié mort sur un quai de gare. Quant il reprend conscience sur son lit d'hôpital, Antoine sent la moutarde lui chatouiller les narines. Il décide alors de se faire justice et de récupérer son dû. Ses 10.000 euros. Comme Lee Marvin dans Blank Point. Sauf que là, c'est pas du cinéma.

Et encore un J-B Pouy qui se lit à la vitesse de l'éclair. Faut dire qu'on y retrouve tout ce qui fait le sel de ses romans : du rythme, de l'action, de l'humour et, bien sûr, quelques unes des belles saloperies dont les puissants de ce monde ont le secret ; ici la spoliation des biens juifs et les magouilles politico-mafieuses.

Son récit est mené tambour battant avec à peine quelques respirations, le temps d'une planque en Corse où d'un séjour en Bretagne. Il nous tient en haleine avec une traque où l'on ne sait plus très bien qui est le chasseur et qui est le gibier. Les découvertes s'enchaînent et les emmerdes vont crescendo. On en sort aussi essoufflé que le héros qui passe par toute la palette des émotions : surprise, abattement, colère, peur, accablement, excitation. Comme lui, on se laisse embarquer dans un dangereux engrenage dont on se demande s'il parviendra à se sortir.

L'empathie avec le bonhomme fonctionne à merveille. Avant de le jeter dans la clandestinité l'auteur nous a fait pénétrer son quotidien. Il nous a présentés ses rares amis, sa chouette voisine, les habitués du Balto. On a découvert sa passion des vieux mécanismes et son goût de l'authentique. On a même versé une petite larme à l'évocation des funérailles de son père. Et puis, un gars né en mai 68 ne peut pas être un mauvais bougre.

De fait, Antoine représente un peu la revanche des humbles sur les puissants. C'est David face aux Goliath de la mafia et de la finance. On se rend vite compte qu'il n'arrivera pas à faire chuter ses adversaires, mais on est quand même bien content de le voir se rebiffer, jouer le rôle du caillou dans la chaussure.

La récup' est l'un des polars les plus classiques de l'auteur, avec des mafiosis, des détectives, des journalistes et des baveux. Ce n'est en revanche pas le meilleur, à cause, peut-être, de ce « clacissisme ». J'ai néanmoins pris un grand plaisir à me laisser porter par l'écriture savoureuse de J-B Pouy, avec ses jeux de mots et ses calembours qui, parfois, prennent des allures de poésie : « Je ne parvenais plus à mettre les points sur les i, ni l'accent sur la cime qui est tombée dans l'abîme ».

Fayard - Points Roman Noir - 2009

15 octobre 2014

LA MONTAGNE MORTE DE LA VIE - MICHEL BERNANOS

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Un jeune homme est enrôlé de force sur un Galion en route vers les colonies espagnoles. Sous la houlette du cuistot, un vieux loup de mer bourru mais sympathique, il découvre la dure réalité de la vie à bord jusqu'à ce que le navire fasse naufrage. Seuls survivants, les deux compagnons accostent une île étrange, déserte et dominée par une montagne de couleur ocre. Espérant trouver de l'aide sur le versant opposé, ils entreprennent son ascension.

Curieux roman que ce livre de Michel Bernanos, le fiston du grand George. Il débute à la façon d'une bonne petite histoire d'aventures maritimes et l'on pense immédiatement à L'île au trésor de Stevenson ou L'ancre de miséricorde de Mac Orlan.

Cependant, on se rend vite compte que l'on a pas affaire à de la littérature de jeunesse. L'univers de la marine à voile qu'il nous dépeint est fait de cruauté et de souffrance. Les conditions de vie y sont précaires, l'équipage violent et la mutinerie, ce classique des histoires de pirates, débouche ici sur une scène de cannibalisme absolument hallucinante.

Les péripéties qui se déroulent sur l'île où les deux compagnons trouvent refuge sont tout aussi dantesques. Baignés en permanence par une atmosphère rouge sang, ils vont pénétrer un monde angoissant, déserté de toute vie animale et seulement peuplée de statues d'une inquiétante expressivité. Tenaillés par la peur et la soif, ils vont vivre un long cauchemar éveillé. Ils traverseront des forêts mystérieuses, franchiront des gouffres redoutables et affronteront des fleurs carnivores ou des lianes suceuses de sang.

Un voyage au bout de la vie étrange et émouvant, raconté avec une grande simplicité. Presque un long poème en prose d'une beauté envoûtante.

Livre de Poche - SF - 1977

10 octobre 2014

FOETUS-PARTY - PIERRE PELOT

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Sur une terre polluée et peuplée d'une humanité pléthorique, une journée de la vie de quatre individus partagés entre révolte et résignation.

A la fin des années soixante-dix, Pierre Pelot a écrit une série de romans qui ont en commun des univers dystopiques particulièrement sombres et des titres latino-saxons qui se la pètent : Delirium Circus, Parabellum Tango, Canyon Street et ce Foetus-Party dont c'est que j'vais vous causer aujourd'hui.

Dystopie donc, et des plus noires. Pelot n'y va avec le dos de la cuiller et nous offre une vision du futur proprement abominable. La Terre n'est plus qu'une vaste conurbation, bitume et béton partout et par-dessus, quinze milliard d'humains affamés. Le régime qui préside aux destinées de cette multitude est comme il se doit totalitaire et s'est donné pour mission de lutter contre la surpopulation. Tous les moyens sont bons : on pousse les vieux au suicide, on supprime les délinquants puis on recycle tout ce beau monde. Rien ne se perd, tout se transforme. Ici, pas d'hypocrisie. C'est expliqué, assumé, revendiqué. Harry Harrison et son Soleil vert peuvent aller se rhabiller.

Mais le Saint Office Dirigeant a trouvé encore mieux. Plutôt que de supprimer les vivants, pourquoi ne pas leur passer l'envie de naître ? Pour ce faire on donne au fœtus une petite vision de ce qui l'attend, comptant sur le choc salutaire qui provoquera la mort avant la naissance. Et si jamais le fœtus persiste dans son désir de vivre, il n'aura qu'à s'en prendre à lui-même ! Voilà pour le cadre.

Côté intrigue, c'est en revanche moins spectaculaire. Pelot utilise la méthode de la pelote qui rembobine plusieurs fils conducteurs finissant par se rejoindre. Autant de tranches d'une vie de merde, sans perspectives et sans espoir. Il y a celle de Trash le dealer à la petite semaine, de Mark et Eva Lipton qui tentent pour la troisième et dernière fois d'avoir un enfant et de Ross/Jent un « visiteur » dont on ne sait à peu près rien. Enfin au début, car on devine très vite de qui il s'agit réellement, ce qui enlève une bonne part de son intérêt au récit.

On reste néanmoins scotché par les visions dantesques que suscite l'écriture de l'auteur. Une prose d'une grande beauté avec des phrases sèches comme des sentences (« Le bien, comme le mal, n'existe pas. Rien n'existe. Sauf la connerie. ») ou empreintes d'une poésie désespérée (« Et les vagues-montagnes se lèvent, gercent, frisent coagulées, s'empustulent et se ratatinent, se boursouflent, s'emmêle-hérissent et s'emberlicripottent, s'explosiforment, s'enchiassent. »).

« Foetus-Party » est donc un roman dur qui nous montre un résultat possible de l'utilisation abusive des ressources de notre planète. Un monde qui, à l'instar du jeu du Poniachet auquel s'essaie l'un des personnages, ne laisse de choix qu'entre la mort et... la mort.

Denoël - Présence du Futur - 1977

 

5 octobre 2014

LES PILLARDES - JEAN ROLLIN

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Alors qu'elle dîne en famille dans un restaurant du XXème arrondissement, Anissa se sent irrésistiblement attirée par le cimetière du Père Lachaise. Là, elle rencontre une vieille connaissance en la personne de L'homme chantant qui lui propose de lui conter la suite des aventures de ses deux redoutables amies.

"Les orphelines vampires", quatrième ! Eh oui, voici déjà le quatrième volet des aventures des vilaines petites goules de l'ami Rollin. Pas vu le temps passer, moi. Faut dire que ces petits romans ont une fâcheuse tendance à tous se ressembler et j'ai eu cette fois encore l'impression de lire la même histoire... à quelques différences près.

On retrouve ainsi les mêmes héroïnes qui, après s'être appelées Henriette et Louise puis Judith et Edith, se prénomment désormais Ethel et Rachel, et l'on côtoie les mêmes personnages (L'homme chantant, L'homme pourpre, le renard, Nicole...), les mêmes lieux (le père Lachaise et les falaises de craie de la côte d'albâtre) et les mêmes décors (horloges, rails...). Maisen dépit de toutes ces ressemblances, il y a quand même un peu de nouveauté.

Tout d'abord, cet opus est de loin le plus sanglant des quatre. Il s'ouvre sur un véritable massacre au cours duquel les convives d'un repas d'anniversaire sont trucidés à coup d'épée et de tisonnier puis enchaîne tout du long les scènes de meurtres et d'anthropophagie. Il y a ensuite quelques nouveaux personnages dont Fleur de rail, une dangereuse hyène-garou à l'appétit insatiable, et Maurice, le mari d'Anissa qui jouera un rôle non négligeable dans le cours du récit.

Enfin,ce roman dévoile un peu du mystère qui entoure l'existence des deux héroïnes. Quelques indices laissent en effet penser que tout ne serait qu'un rêve issu de l'imagination d'Anissa : « Tu sais bien qu'Anissa vit tout un tas d'aventures qu'elle se raconte à elle-même » confesse son époux à ses enfants. Une révélation qui semble se confirmer puisqu'à deux reprises elle parvient à changer le cours de l'histoire que l'homme chantant est en train de lui raconter.

L'histoire se terminera néanmoins par la traditionnelle chute des sanguinaires petites pestes dans une fosse commune et par la promesse d'une suite prochaine.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

30 septembre 2014

L'AUTEUR - VINCENT RAVALEC

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Récit autobiographique et humoristique des premiers pas de Vincent Ravalec dans le petit monde de l'écriture et de l'édition.

Quant il écrit ce livre en 1995, Vincent Ravalec est déjà un auteur reconnu, primé même. C'est donc en homme qui s'est déjà passablement frotté au milieu de l'édition qu'il nous fait part de son expérience. Il le fait de manière anecdotique en insistant sur deux moments clés de sa "carrière" : la publication de son premier roman et l'obtention du Prix de Flore.

Cela donne lieu à une succession de saynètes hilarantes agrémentées de réflexions décapantes. Des tranches de vie qui nous montrent notre apprenti écrivain dans des situations inimaginables : hébergé dans une maison de retraite à l'occasion du minuscule salon du livre de Coudekerque-Branche ou déclamant du Racine déguisé en lapin lors d'un atelier d'écriture. On découvre avec lui de jeunes auteurs en quête de reconnaissance et des moyens de vivre de leur art, obligés de cachetonner pour joindre les deux bouts.

Vient ensuite le temps des premiers succès, des soirées mondaines et des émissions télés. Là encore les situations cocasses sont nombreuses et nous dévoilent un microcosme d'éditeurs, d'agents littéraires et d'attachés de presse. Un monde de paillette et d'argent où Vincent Ravalec a dû mal à trouver sa place.

Tout cela nous est raconté dans un style très vivant, un langage de tous les jours bien agréable. Pas de bons mots ou de jolies formules, mais une prose toute simple qui atteint parfaitement son objectif : présenter le plus justement possible ces années qui ont vu l'existence de l'auteur prendre une nouvelle direction.

Points Virgule - 2002

25 septembre 2014

LA JAUNE - JEAN-PIERRE FONTANA

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A la suite d'un incident d'origine inconnue, un vaste nuage de gaz extrêmement nocif se répand sur la ville. Passé le sauf qui sait général, seuls demeurent quelques laissés pour contre : SDF, malfrats, prostitués ou travailleurs immigrés coincés dans une cave. Commencent alors pour ces rescapés une lutte de tous les instants contre la lente montée des vapeurs délétères.


"La jaune" est un roman dans lequel l'ambiance s'avère beaucoup plus intéressante que l'histoire elle-même. Il nous plonge dans une atmosphère de fin du monde en nous invitant à découvrir une ville presque entièrement vidée de ses habitants. « Une ville quasiment pour lui tout seul, libérée des voitures et des cons. ».

Nous y suivons les déambulations des rares citadins restés sur place, pour la plupart des marginaux qui se retrouvent d'un seul coup les maîtres des lieux avec toutes sortes de richesses à portée de main. Ils se livrent bien entendu à quelques bacchanales et autres scènes de vandalisme, se saoulent, se goinfrent et s'entre tuent même un petit peu. Bref rien de très original, du moins rien qui n'ait déjà été raconté dans maints roman post-apocalyptique.

La suite est heureusement plus palpitante. Les gaz prennent lentement possession de la cité, se répandent dans les rues et, à la façon de la marée montante, commencent leur inexorable ascension. Les derniers groupes de survivants sont alors contraints de se réfugier dans les immeubles les plus hauts. Comme des naufragés gagnants les parties encore émergées de leur navire, ils se retirent, étage après étage, jusqu'aux toits où ils finiront par se disputer les derniers mètres carrés disponibles...

Le fait que la nature de la catastrophe (militaire, industrielle...) reste indéterminée et que l'on ne connaisse pas le nom de la ville dans laquelle se déroule l'histoire n'a pas beaucoup d'importance. En revanche, Jean-Pierre Fontana aurait dû creuser davantage la psychologie de ses personnages. En se limitant la plupart du temps au nom et à l'apparence physique, il ne parvient pas à créer l'élan de sympathie ou de haine suffisant pour que l'on s'intéresse à leur sort. Dans ces conditions leur survie nous importe peu et c'est d'un œil distrait que l'on suit leur dangereuse équipée jusqu'à son terme.

Fleuve Noir Anticipation - 1986

 

20 septembre 2014

CAR LA VIE EST DANS LE SANG - FRANCIS MARION CRAWFORD

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Avec ses demeures isolées, ses châteaux perchés, ses caveaux et ses tombes, le fantastique de Francis Marion Crawford est très représentatif d'un XIXème siècle gothique et romantique.

Qu'ils s'agissent de fantômes, de banshees ou de vampires, ses revenants sont en effet tout à fait classiques. Ils viennent hanter les assassins ou leurs complices (Un homme à la mer, Le cri), témoigner de leur infortune (Car la vie est dans le sang), ou simplement effrayer leur monde sans raison particulière (La couchette supérieure).

Rédigées à la première personne, la quasi totalité des nouvelles prennent la forme d'une confession à un ami, une assemblée ou, plus rarement, au lecteur lui-même. Le narrateur prend à témoin l'auditoire de sa bonne foi. Il semble constamment hésiter entre crédulité et raison, envisageant même parfois sa propre folie. C'est tout particulièrement sensible dans Le cri, récit dans lequel le Capitaine Braddock rejette toute cause surnaturelle aux événements qu'il relate mais ne cesse d'en souligner les aspects inexplicables.

La poupée fantôme joue sur un autre registre, celui du conte merveilleux. Un réparateur de poupées attentionné voit ses bons soins récompensés par l'aide que l'une de ses petites patientes lui apporte dans la recherche de sa fille disparue.

Entre rêve prémonitoire et superstitions de vieille femme, Les fontaines du paradis et Le messager ne font en revanche que flirter avec le fantastique. Le premier texte est une gentille histoire d'amour triomphant du spleen d'un jeune aristocrate tandis que le second est une allégorie sur la mort.

Le sourire mort ne comporte pas davantage d'éléments surnaturels. Il utilise néanmoins les clichés du genre (tombeau et malédiction familiale) pour une histoire de vengeance post mortem.

Nouvelles Editions Oswald - 1987

 

15 septembre 2014

LES CHEVALIERS SANS EPERONS - JEAN D'ESME

imagesC'est avec une immense joie que Jacques Debat accueille sa nomination au Groupe Nomade du capitaine Croisville. Cette unité qui opère au cœur du Sahara est en effet considérée comme l'élite des troupes montées et tous les officiers rêvent d'y être affectés. Le jeune lieutenant a toutefois un motif plus personnel de se réjouir : le capitaine est un ami de longue date ainsi que le frère de Françoise, sa fiancée. Sa déception est donc d'autant plus grande lorsqu'il est accueilli fraîchement par son supérieur qui lui annonce derechef que sa sœur a décidé de rompre ses fiançailles. Mais alors que les relations entre les deux hommes tournent à l'orage, les tribus berbères montrent des signes de révolte... 

Il était mince, il était beau, il sentait bon le sable chaud, mon méhariste. Désolé pour la rime mais je n'avais pas de légionnaire sous la main. Ce qui n'a finalement pas grande importance puisque les soldats de la coloniale font aussi bien l'affaire. Il sont tout aussi bronzés, musclés et sévèrement burnés que les affreux jojos de la légion.

Et c'est heureux parce que c'est bel et bien à un roman guerrier que nous avons affaire. Un récit d'aventures coloniales comme on en écrivait avant guerre. Une histoire qui célèbre l'honneur et le sens du devoir, l'amitié virile et le courage.

On y croise tout plein d'officiers parfaitement à l'aise dans leurs jolis uniformes, de braves tirailleurs sénégalais parlant petit nègre et qui, comme en quatorze, viennent servir de chair à canon pour les beaux yeux du gentil bwana, sans oublier les méchants de services, ces fourbes chefs de tribus qui refusent de reconnaître les bienfaits de la colonisation française !

Bon, soyons honnête, tous ça nous est fort bien raconté. L'auteur sait très bien de quoi il parle. Il a lui même fait l'école coloniale et a bourlingué un peu partout dans le monde, notamment dans ce désert mauritanien dont c'est qu'il nous cause. Faune, flore, vocabulaire militaire ou indigène, il est parfaitement à son affaire.

Mais son histoire est un peu terne et le livre tient presque plus du documentaire que du roman.  Il y a juste une petite intrigue sentimentale qui vient pourrir les relations entre deux officiers, lesquels se retrouveront toutefois à la faveur d''un engagement contre l'ennemi. Ce combat dans les dunes constitue d'ailleurs le morceau de bravoure du livre : charges à dos de chameaux, soif, sable et sang, une belle démonstration d'héroïsme et de patriotisme.

Flammarion - 1942

10 septembre 2014

LE HAUT-LIEU - SERGE LEHMAN

imgC'est avec beaucoup d'espoir qu'Anne Murat entame avec son client la visite d'un immense appartement sur l'ïle Saint-Louis. L'affaire s'annonce bien. L'immeuble est exceptionnel et l'acheteur est un jeune artiste américain pour qui les questions d'argent semblent secondaires. Mais alors qu'ils s'apprêtent à quitter les lieux, les deux visiteurs s'aperçoivent que l'entrée à disparue, remplacée par une fresque en trompe-l'œil. Pris aux piège d'une souricière qui rétrécit peu à peu leur espace vital, les deux captifs n'auront de cesse de trouver une échappatoire.


Le Haut-lieu
reprend le thème, ô combien classique, de la maison hantée, en lui apportant toutefois de subtiles nuances. Ici, pas de vieille demeure gothique ou victorienne, pas de malédiction ou de fantômes mais un appartement au cœur de Paris qui piège ses occupants en se refermant littéralement sur eux.

L'impression de captivité domine le récit et conditionne tous les rebondissements de l'histoire. Tout tourne en effet autour de la façon dont les captifs ressentent leur situation et tentent de s'échapper.

L'auteur les fait passer par différentes phases psychologiques, jouant avec leurs nerfs et leurs émotions. L'incrédulité tout d'abord et la recherche d'une explication rationnelle (jeu ou farce réalisé à leur dépens) et de solutions plausibles (issue cachée, tentative de contact avec l'extérieur, escalade sur les balcons... ). Puis, quand le surnaturel s'impose, vient le temps de l'apathie et enfin, le rebond, l'acceptation de l'impossible et la recherche d'une solution tout aussi extraordinaire.

Le roman alterne parfaitement scènes d'action et périodes introspectives permettant de faire connaissance avec deux personnages légèrement stéréotypés tandis que sa conclusion, très bien amenée, répond à toutes les questions que l'on a pu se poser : Qui ? Pourquoi ? Comment ?

De la quinzaine de romans de cette modeste collection Frayeur que j'ai lus jusqu'à présent, celui-ci compte parmi les tout meilleurs et Serge Lehman est à n'en pas douter un auteur à découvrir plus avant.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

 

5 septembre 2014

KÂ LE TERRIFIANT - LYON SPRAGUE DE CAMP

imgSi la nouvelle qui donne son titre au recueil appartient indéniablement au domaine de la Fantasy, les six récits qui l'accompagnent sont tous d'inspiration fantastique. Sprague de Camp y convie tous les représentants du petit peuple. Fantômes, dryades, sirènes et autres esprits élémentaires viennent se mêler à des humains certes surpris mais jamais à court de ressources. Ils parviennent même le plus souvent à conjurer leur influence néfaste ou la tourner à leur avantage. Tout cela s'accomplit comme de juste dans une atmosphère joyeuse propre au vaudeville et à la grosse farce.

Les fantômes de Melvin Pye

Quant un individu souffrant d'un dédoublement de personnalité est assassiné, ce n'est pas un, mais deux fantômes qui reviennent hanter l'immeuble où il est mort. Le propriétaire des lieux apprend alors que pour le chasser, mieux vaut un bon psychiatre qu'un mauvais exorciste.

Sagesse orientale

Un adepte de la méditation est confronté à des Maîtres Yogi pas aussi zen qu'ils le devraient. L'auteur en profite pour se moquer de certains de ces faux maîtres qui sont en réalité de vrai escrocs : « J'ai maîtrisé le Yoga de Patanjali, le grand Yoga de l'inaction. Je vais retourner en Inde et me consacrer à la forme la plus élevée de ma philosophie, ne rien faire. »

Chamane malgré soi

Sympathique petite histoire d'esprits frappeurs à la mode iroquoise.

La pile de bois dur

Une nymphe des bois dont le refuge a été abattu et débité en planches va souffler un vent de panique parmi le personnel d'une scierie.

Monsieur Incendiaire

Lorsque l'on vend par correspondance des méthodes pour invoquer les esprits élémentaires, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'un esprit du feu viennent vous rendre une petite visite. Avec tous les désagréments que cela peut comporter...

Rien dans le règlement

Faire participer une sirène à une compétition de natation n'est peut-être pas interdit par le règlement mais peut causer bien des soucis.

Kâ le Terrifiant est de loin le meilleur texte du recueil et prouve, s'il en était besoin, que Sprague de Camp fut un maître de la fantasy humoristique, bien avant Terry Pratchett et son disque-monde. Ici, en une vingtaine de page seulement, il parvient à nous trousser une histoire qui tient parfaitement la route et où les ingrédients qui font le charme du genre sont parfaitement en place. Le cadre est dépaysant (une ville où une multitude de cultes se partagent les faveurs des fidèles), les personnages suffisamment étoffés (un escroc sinistre et mégalomane, sa charmante fille, un barbare plus malin qu'on ne croit et un démon familier) et la chute, bien que prévisible, est absolument délicieuse. Ce texte se rattache au cycle Pusadien, antérieur mais très proche de celui auquel appartient la célèbre trilogie de Jorian.

Marabout - Fantastique - 1977

31 août 2014

LES DENTS DU DRAGON - JACK WILLIAMSON

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Dane Belfast est un jeune biologiste de talent qui travaille sur la mutation contrôlée des gênes. Afin de poursuivre les recherches de son défunt père il se rend à New-York pour solliciter le mécène qui subventionnait jusqu'alors ses recherches. Mais avant de rencontrer Messenger, le richissime président de la Cadmus, il est approché par deux individus étranges. C'est d'abord la jolie Nan Sanderson qui cherche à déterminer s'il est doté d'une perception extra sensorielle, marque d'un sujet ayant subi une mutation génétique. C'est ensuite Gellian, un homme vindicatif à l'origine d'une véritable croisade contre ces mêmes mutants qui, selon lui, menacent l'espèce humaine. Dane va dès lors se trouver embarqué dans une lutte souterraine qui le conduira de la capitale américaine aux fin fonds de la jungle de Nouvelle-Guinée à la recherche de Kendrew, un mystérieux généticien.

Les histoires de mutants ont bien souvent pour thème la persécution dont sont victimes ces êtres supérieurs, contraints de dissimuler leur différence et parfois même d'entrer en résistance. Ainsi des Chrysalides de John Wyndham, A la poursuite des Slans de Van Vogt et, bien entendu, des X-Men.

Les dents du dragon s'inscrit lui aussi dans ce courant et raconte la façon dont quelques mutants et leur créateur s'organisent pour préserver leur existence et prouver aux humains qu'ils ne leur sont pas hostile, bien au contraire. Jack Williamson ne met pas l'accent sur les pouvoirs dont est doté son « homo excellens ». A part une intelligence supérieure et une résistance aux maladies, ils se limitent en effet à quelques dons de télépathie et de prémonition.

Aussi, en l'absence de super-héros, l'intrigue de son récit porte essentiellement sur le mystère qui entoure les activités de la Cadmus et la façon dont Kendrew parvient à créer des individus génétiquement modifiés. Cela nous donne une histoire assez tranquille où la réflexion et la recherche prennent le dessus sur l'action pure. Le héros n'y joue qu'un rôle secondaire, simple révélateur d'une situation qui le dépasse, et occupe l'essentiel de son temps à soupirer d'amour après la jolie Nan aux cheveux acajou. Même la confrontation finale entre humains et mutants se résoudra par la diplomatie et la bonne volonté réciproque.

On ne tremble donc à aucun moment dans ce roman plutôt calme et seule l'évocation de certaines créations du génial généticien font froid dans le dos. Je pense surtout à ces fameux « mulets », petits êtres créés à partir de plantes et se nourrissant par photosynthèse. Tout juste assez intelligents pour accomplir des tâches matérielles, ils n'ont besoin ni de nourriture, ni de vêtements, ni de salaire. L'employé idéal, le rêve américain de toute multinationale qui se respecte.

On sourira en revanche de ces manipulations génétiques obtenues par la seule puissance de la pensée. Une vision de la biologie un peu simpliste, grotesque même, mais qui fait tout le charme de la SF américaine des années 50 où l'on ne s'encombrait pas de véracité scientifique et qui lui donne ce petit côté naïf et merveilleux.

Nouvelles Editions Oswald - 1982

13 août 2014

L'ABATTEUR - FRANZ-OLIVIER GIESBERT

product_9782070320967_195x320En gare de Marseille, la commissaire Marie Sastre assiste par hasard à la découverte d'une malette contenant la tête tranchée d'une femme ainsi qu'un gant de maille utilisé par les ouvriers des abattoirs. Saisie du dossier, elle oriente fort logiquement son enquête vers les abatoirs provençaux. De nouveaux enlèvements en vallée de Seine d'où était originaire la première victime, l'amèneront à s'intéresser également au personnel d'une clinique normande.

L'abatteur est un roman qui ignore les entrées en matière et les longues présentations. Nous sommes de suite embarqués dans un récit glauque qui fleure bon son serial killer. Des victimes qui se ressemblent, un mode opératoire identique, la présence d'une profileuse, tout nous fait penser à une énième histoire de tueur en série. Mais bien vite, l'auteur laisse filtrer des indices et l'on comprend qu'il faudra chercher ailleurs le ou les coupables. Et en la matière, on a que l'embarras du choix : personnel hospitalier, ouvriers d'abattoirs, petite délinquance, les pistes sont nombreuses. Elles finiront d'ailleurs fort logiquement par se recouper.

Pour ce qui est du style, on remarque rapidement que l'auteur aime ces petites formules qui sonnent bien mais qui sont aussi un peu creuses : « La vérité n'est qu'une imposture qui a la vie plus dure que les autres », « Le bonheur, c'est juste quand le malheur se repose, et il ne se repose pas souvent ».

Il aborde aussi, et avec davantage de bonheur, un certain nombre de questions de société : le clonage thérapeutique, la greffe d'organe, l'abattage rituel et la dignité animale, le tout émaillé de références aux textes des anciens, Pythagore, Ceste, Marcion, Porphyre...

Son récit est en outre encombré de menus faits qui ne lui apportent pas grand chose comme les relations de l'héroïne avec sa mère et son époux ou les assassinats du FLAR qui ne déboucheront sur rien. Et puis il nous dévoile trop tôt l'identité des coupables. Dès lors, même si quelques révélations nous attendent encore, notamment le lien entre tous les protagonistes et la personnalité du narrateur, on n'a plus grand chose à se mettre sous la dent.

Un mot enfin des personnages qui pour être fouillés, n'en sont pas moins fort peu crédibles. La commissaire névrosée, le milliardaire poète, le chirugien cannibale ou l'égorgeur philosophe sont tous bien sympathiques mais on peine à imaginer qu'ils puissent réellement exister.

Malgré ces petites réserves, L'abatteur est un roman qui lit se d'une traite et sans l'ombre d'un ennui. C'est bien là l'essentiel.

Gallimard - Folio Policier - 2006

8 août 2014

LES ENFANTS DE PISAURIDE - JEAN-PIERRE ANDREVON

imgAlors qu'il pique un roupillon dans un petit coin de campagne, Jérôme Tachant est piqué par une araignée irradiée par la centrale nucléaire toute proche. Malgré le furoncle provoqué par la piqûre et en dépit d'une forte fièvre il continue ses activités coutumières, contaminant un collègue, le médecin qui soigne son abcès, un SDF qui fouille ses poubelles. Bientôt chacun d'eux commence à ressentir d'étranges sensations ; des transformations s'opèrent dans leur corps...

Quant on est piqué par une araignée radioactive mieux vaut s'appeler Peter Parker que Jérôme Tachant. Dans le premier cas vous vous en sortez avec des super pouvoirs et un joli costume près du corps. Dans le second, c'est une transformation lente et répugnante qui vous attend.

Tout le roman repose en effet sur la progression de la "maladie" dont sont atteint notre pauvre comptable de héros et deux ou trois de ses connaissances. Jean-Pierre Andrevon nous décrit par le menu les effets de ce mal étrange qui modifie la structure des cellules et métamorphose ses victimes en un protoplasme agressif, lequel commence bientôt à s'en prendre aux citoyens imprudents.

Cela donne lieu à quelques épisodes assez cracra mais non dénués d'humour. La scène dans laquelle l'une des victimes se tranche un bras pour stopper la propagation de son mal, puis voit ce membre se retourner contre lui et chercher à l'étrangler est fort drôle. Amusantes aussi, les descriptions de cette "créature" qui n'est pas sans rappeler certaines séries B américaines comme "The Thing" ou "The Blob".

Mais plus que son côté gore, c'est la façon dont l'auteur donne vie à ses personnages ainsi qu'à la petite ville où ils évoluent qui a retenu mon intérêt. On a vraiment le sentiment d'être dans la vraie vie et d'avoir déjà rencontré l'un ou l'autre des protagonistes. Le vieux médecin de quartier et sa bonne, la jeune femme qui courre vers son RDV amoureux, le vigile bas de plafond, tous sont admirablement croqués et donnent à l'histoire ce petit plus sans lequel elle serait finalement assez banale.

Fleuve Noir Anticipation - 1990

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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