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SF EMOI

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23 avril 2014

LE MIROIR AUX ESPIONS - JOHN LE CARRE

9782020479967_1_mLeclerc, directeur d'une petite unité de contre espionnage placée sous l'autorité du ministère de la défense accepte mal de voir son service relégué au rôle de faire valoir du « cirque », la principale organisation de renseignement britannique. Aussi, quand l'une de ses taupes détecte une activité anormale dans une petite ville de RDA, il fait tout pour convaincre ses supérieurs de la nécessité d'infiltrer un agent. Mais ses informations sont-elles fiables ? La menace est-elle réelle ? Ou ne serait-il pas sa propre dupe ?

Les romans d'espionnage de John Le Carré sont à des années lumières de ceux de Ian Flemming. Chez lui, ni smoking ni gadget, encore moins d'agent surentraîné capable d'exterminer un régiment de spetsnaz tout en culbutant une espionne soviétique toutes les trois pages. L'ambiance y est beaucoup plus terne et ses agents secrets ont des apparences de petits fonctionnaires préoccupés par leur notes de frais et les reproches de bobonne. C'est certes moins distrayant qu'un James Bond mais beaucoup plus instructif. Et ce que le l'histoire perd en action, ellle le gagne très largement en réalisme.

Ici, nous suivons de bout en bout une opération d'infiltration. Des circonstances qui la motive à sa mise en application, aucune étape n'est passée sous silence. L'attente du feu vert du gouvernement, les demandes de crédit, le recrutement de l'agent ou les relations tendues avec les services concurrents, rien ne nous est épargné. C'est précis sans jamais être ennuyeux et ça permet de se faire une idée assez juste du fonctionnement d'un tel service. Surtout, ça met en lumière les petites mains qui se cachent derrière une telle opération, les secrétaires et les documentalistes, les agents de liaisons, les formateurs...

Une bonne part du roman est malgré tout consacrée à l'entraînement et à la mission de l'agent. On assiste donc à sa formation aux différentes techniques de combat, à la collecte de renseignements et à leur transmission (radio, codage). Le Carré s'appuie sur une multitude de détails qui apportent de la véracité au récit.

Il insiste aussi beaucoup sur la dimension psychologique d'une telle opération. Il nous dévoile les motivations plus ou moins avouables des uns et des autres : états d'âmes des agents de terrain ou scrupules de ceux qui les envoient au casse-pipe.

Au final, cela nous donne un roman d'espionnage qui sonne vrai et qui nous replonge dans les années soixante sur fond de guerre froide et de rideau de fer.

Points - Policier - 2006

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18 avril 2014

LA TRIBU DES LOUPS - POHL & KORNBLUTH

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De mystérieuses entités extra-terrestres ont détourné la Terre de son orbite, la privant de la chaleur du soleil. L'humanité doit désormais se contenter du faible rayonnement de la lune, embrasée tous les cinq ans par leurs agresseurs. La technologie a régressé, les récoltes sont devenues pauvres et une société puritaine préside désormais aux destinés des quelques dizaines de millions de survivants. Toutefois, ici et là, des hommes et des femmes refusent cette vie morne et sans espoir. Organisés en petites communautés autonomes, ils cherchent le moyen d'atteindre et de combattre les envahisseurs d'outre-espace.

L'association Kornbluth/Pohl a fourni à la SF quelques chouettes romans dont l'excellent "L'ère des gladiateurs". Celui dont je vais vous parler est de bien moindre qualité. Il démarrait pourtant d'assez belle façon sur le thème, certes pas très novateur mais toujours plaisant, du révolté face à un système liberticide.

La peinture de la communauté austère où réside le personnage principal constitue d'ailleurs le meilleur aspect du roman. Une société sclérosée et rétrograde où chaque acte de la vie est codifié selon un système compliqué de rites, de prescriptions et de conventions. L'individualité y est niée et l'égoïsme puni de mort. Un monde castré où les calories vous sont comptées, contraignant tout un chacun à vivre au ralenti. On comprend mieux alors ce qui pousse le héros à les quitter pour rejoindre d'autres "loups" de son espèce et faire sienne leur lutte contre les machines qui les asservissent.

Hélas, le roman change bien vite de ton et de nature. On bascule dans la hard-science la plus poussée avec des passages techniques et des phrases imbuvables du genre : « L'univers s'était laissé organiser en abstractions manipulables par notation dyadique avec sa dualité implicite ». Et c'est comme çà sur des pages et des pages. Une lourdeur telle qu'elle enlève tout plaisir à la lecture. Les pérégrinations des personnages sur un planétoïde artificiel et entièrement automatisé perdent alors de leur intérêt et l'on est soulagé de voir venir la fin de cette énième lutte de l'homme contre la machine.

Pocket - SF - 1981

12 avril 2014

LES VOYAGEUSES - JEAN ROLLIN

imgSéparée des orphelines vampires au cours de leur combat contre le Minotaure, Anissa a du se résoudre à reprendre une vie normale. Elle a donc retrouvé sa petite chambre de la rue de la Réunion et son travail de secrétaire dans le garage près du Père Lachaise. Mais alors qu'elle se morfond de l'absence de ses deux amies, les petites diablesses lui apparaissent en rêve. Répondant à leur appel, elle se lance immédiatement à leur recherche avec l'aide de l'Homme Chantant. Mais c'est compter sans les maléfices de l'Homme Pourpre...

Ce troisième volume des « Orphelines vampires » se démarque à peine des précédents. La trame en est même quasi identique, alternant vagabondages et rencontres fantastiques. Une sorte de jeu de piste énigmatique qui voit Anissa remonter la trace de ses deux amies et, une fois ces dernières retrouvées, chercher le moyen de les ramener à la vie.

Un épisode plus urbain que les autres puisqu'il nous emmène tour à tour à Bordeaux, Amiens et Paris. Pour autant, les lieux fréquentés confirment le goût de l'auteur pour l'insolite. Outre les cimetières, l'action se déroule dans une base sous-marine désaffectée et au Jardin des Plantes, entre animalerie et serre tropicale. Des décors inattendus qui se se prêtent à merveille aux chausse-trappes que Jean Rollin ne cesse de glisser sous les pas de son héroïne.

En revanche les personnages ne changent guère. Exception faites de la « danseuse masquée », on y croise les mêmes protagonistes que dans les deux premiers opus. On retrouve même la petite Nicole qui fait une apparition toujours aussi éphémère et qui assistera une fois de plus au décès des deux orphelines. Ce seront d'ailleurs les seules morts de cet opus qui ne compte aucun meurtre, aucune scène d'anthropophagie, pas même une petite giclée de sang.

Rien de neuf non plus côté intrigue puisque nous n'apprenons pas grand chose de ce mystérieux jeu auxquels se livrent les morts et dans lequel Anissa a trouvé sa place. Mais il reste encore deux épisodes pour le découvrir.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

7 avril 2014

SORTILEGES DE LA TERRE - A & C PANSHIN

imgLe jour de ses noces, le jeune Haldane, fils du puissant Morca, voit tout son univers s'écrouler. Son père et la plupart de ses hommes trouvent la mort dans un guet-apens organisé par des clans rivaux et lui-même ne doit la vie sauve qu'à une fuite désespérée. En compagnie d'un vieux sorcier aux pouvoirs incertains il lui faut traverser une contrée devenue hostile pour trouver refuge sur les terres de son grand-père. Un voyage dangereux au terme duquel sa véritable personnalité se révélera.

C'est une période originale de l'histoire médiévale que les époux Panshin ont choisi pour cadre de leur roman. La sédentarisation des envahisseurs barbares est en effet rarement évoquées par les auteurs d'eroïc fantasy qui lui préfèrent un moyen-âge de romans courtois avec chevaliers, tournois et châteaux.

Il s'agit pourtant d'une phase extrêmement intéressante. Un instant clé aussi bien pour les royaumes qui subissent l'invasion que pour les hordes qui les submergent. Les premiers y perdent les rennes du pouvoir tandis que les seconds doivent renoncer à leur mode de vie nomade et se défaire d'une partie de leur identité. Cela ne se fait pas du jour au lendemain. Il y faut du temps et plusieurs générations sont nécessaires à une complète assimilation. Cela ne se fait pas non plus sans heurts car tous ne sont pas prêts à renoncer à leurs coutumes.

Le personnage de Morca incarne parfaitement cette période de transition. S'il demeure un chef de guerre qui continue de razzier les terres de ses voisins il commence néanmoins à adopter leur manière de vivre et de gouverner. Il cherche notamment à instaurer une monarchie héréditaire et certains de ses sujets ont déjà troqué l'épée contre la charrue. Il sera toutefois renversé par d'autres chefs de clan qui voient d'un mauvais œil tous ces bouleversements.

Mais une bonne idée ne fait pas tout. Malgré un excellent début, le récit sombre peu à peu dans l'ésotérique le plus assommant. Une sorte de longue quête initiatique pleine de sens cachés à découvrir et d'épreuves à surmonter. J'ai pour ma part eu beaucoup de mal à m'intéresser au sort du jeune Haldane qui ne fait que subir les évènements, s'en remettant d'abord aux bons soins de son mentor puis à ceux de la déesse Libera.

C'est dommage. Il y avait matière à quelque chose de beaucoup plus passionnant. Une confrontation entre anciens et modernes, un choc de civilisation vécu par le truchement des personnages.

Opta - Galaxie-bis - 1984

2 avril 2014

LA RIVIERE AUX LUCIOLES - MIYAMOTO TERU

410N1ENAXBLLes deux récits qui composent ce recueil ont beaucoup de points communs, à commencer par une unité de temps et de lieu : de petites bourgades dans les environs d'Osaka, une quinzaine d'années après la fin de la seconde guerre mondiale. Ils abordent aussi des sujets forts proches tels que les rapports entre parents et enfants, l'amitié entre deux garçons et les premiers émois sensuels des jeunes personnages. Il y a enfin une grande ressemblances au niveau du style avec notamment de nombreux dialogues et des scènes figurant de forts beaux tableaux, des instantanés riches d'émotions contenues.

C'est particulièrement vrai dans La rivière aux lucioles qui multiplie les images symboliques : la chute des fleurs de cerisiers dans un parc, un vol de lucioles, l'écho d'un shamisen sur les bords d'un promontoire... Il est vrai que ce roman est sans doute le plus poignant des deux, de par les thèmes abordés. Tatsuo, un garçon de 14 ans, est confronté aux derniers jours de son père victime d'une attaque cérébrale. Alors que son avenir laisse présager bon nombre de bouleversements, il multiplie les rencontres... Dans ce joli récit qui se déroule en 1962, l'auteur nous dévoile un Japon qui a presque achevé sa transition vers un mode de vie occidental. C'est d'autant plus frappant que des flash-backs nous font éprouver la dureté de ses anciennes coutumes (une femme inféconde répudiée et une autre qui n'obtient le divorce qu'à condition d'abandonner son bébé à sa belle famille).

Le fleuve de boue nous montre en revanche un pays pas tout à fait remis de la guerre. Nous sommes en 1955 et les traces du conflit sont encore visibles. Son ombre demeure vivace dans la mémoire des vétérans et le pays compte des millions de miséreux contraints d'exercer de petits boulots, ferrailleur, pêcheur de vers de vase. C'est le cas des parents de Nobuo qui tiennent une petite gargote au bord d'un fleuve. C'est là que le jeune garçon va sympathiser avec Kiichi et sa sœur Ginko, des enfants de son âge qui vivent sur un bateau amarré en face de chez lui. Il pénétrera peu à peu leur intimité et découvrira que le vieux rafiot dissimule aussi l'activité de prostituée de leur mère.

Ces deux petits romans nous font donc découvrir un Japon populaire où le poids des traditions est encore grand mais qui laisse deviner d'importants bouleversements du mode de vie et de pensée. Les deux récits se terminent d'ailleurs sur un déménagement, promesse d'un nouveau départ. Celui du Japon lui-même. La rivière aux lucioles et Le fleuve de boue font partie d'un cycle de trois romans : la Trilogie des rivières. J'ai hâte de mettre la main sur le troisième.

Picquier Poche - 1999

 

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27 mars 2014

LE LEVIATHAN DE L'ESPACE - ROBERT F. YOUNG

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La plupart des nouvelles qui composent ce recueil sont construites autour du thème de temps. Paradoxe temporel ou voyage dans le temps (Idylle dans un relais temporel du XIe siècle, La fille qui arrêta le temps), héritage du passé (L'arc de Jeanne, Poète, prends ton luth), recherche de nos origines (L'origine des espèces), Young explore quelques unes des nombreuses possibilités offertes par ce grand classique de la SF.

Il s'en sert notamment pour apporter ses propres réponses à quelques uns des mystères de l'histoire (les voix de Jeanne d'Arc, l'apparition de l'homme de Cro-magnon) ou revisiter la mythologie (nymphes des bois et satyres) et les contes de fées (La belle au bois dormant). Bref sa SF vient éclairer le fantastique de sa vérité alternative !

Young introduit aussi dans presque tous ses récits, une histoire d'amour improbable mais qui toujours se termine bien. Apparemment il a un goût prononcé pour les happy-end, avec mariage à la clé. Il semble aussi avoir des idées assez conservatrices sur les choses de l'amour et ne pas porter dans son cœur la frivolité ou l'obscénité. Mais tout cela est fait avec beaucoup d'humour, de l'ironie la plus subtile à la grosse farce. Un humour qui ne parvient toutefois pas à cacher une extrême sensibilité ainsi qu'une grande empathie envers l'homme et la nature.

L'arc de Jeanne Une jeune femme munie d'un arc aux propriétés étonnantes s'oppose à l'invasion de sa planète par les troupes du tout puissant O'Riordan. Ce dernier dépêche auprès d'elle un jeune et bel espion chargé de la séduire pour découvrir ses secrets. Quand Jeanne d'Arc reprend du service sous les traits d'une petite orpheline de la planète « Ciel bleu »

Les sables bleus de la Terre Des martiens débarque sur Terre longtemps après l'extinction de la race humaine. Ils découvrent que son sol a la propriété de faire pousser les objets que l'on y enterre, bouteilles et pourquoi pas, argent ? Un petit récit fort amusant où l'on découvre que les martiens ont des préoccupations proches des nôtres.

Idylle dans un relais temporel du XIe siècle La capsule temporelle d'Archer Frend tombe en panne alors qu'il aborde le XIème siècle. Tandis qu'il recherche la bobine de rechange dissimulée par le Centre de Reconstruction du Passé, il pénètre dans une demeure où les habitants semblent plongés dans un profond sommeil... Où Robert Young donne une version toute personnelle de La belle au bois dormant.

Orage sur Sodome Deux hommes et deux femmes font naufrage sans espoir de secours sur une planète qui semble avoir été mystérieusement vidée de ses habitants. La question de la perpétuation de l'espèce étant posée, les jeux de l'amour et du hasard commencent alors entre les quatre naufragés. Une histoire qui tend à donner raison à Martin Veyron : « L'amour propre ne le reste jamais très longtemps ».

La fille qui arrêta le temps Roger thompson est un incroyable veinard. Le même jour, à quelques instants d'intervalle, il fait la rencontre de deux adorables jeunes femmes. Mais les charmantes créatures ne sont peut-être pas ce qu'elles paraissent être. Une histoire qui mélange SF et fantastique, extra-terrestres et sorcières. Si, si, c'est possible.

Poète, prends ton luth Emily est la conservatrice de la « salle des poéte »s où sont exposés des androïdes à l'éphigie des chantres les plus célèbres. Faute d'une fréquentation suffisante la salle est menacée de fermeture. Emily va devoir faire preuve d'imagination pour sauver ses « amis » du ferrailleur. La nouvelle la plus délicate du recueil et un bel hommage à la poésie : « Leurs paroles seront étouffées s'ils ne peuvent les dire. Leur poésie mourra s'il n'y a personne pour l'écouter. »

L'origine des espèces Farrell est un éclaireur du temps chargé par la SIP de venir en aide aux touristes temporels. Cette fois, il doit récupérer un professeur et son assistante retenus au néolithique par des hommes de Néantherdals. Le mystère de la disparition de l'homme de Néanderthal enfin résolu !

Rapport sur le comportement sexuel des habitants d'Arcturus 10 Hubert Harrington et Alison Bennett sont  chargés d'une étude sur les moeurs sexuelles des Nonantanawites. Malheureusement pour eux, les primitifs habitants de la planète Arcturus 10 ne semblent pas aussi pacifiques que prévu et les voici bientôt prisonniers de l'une de leurs tribus. Un récit un peu olé olé dans lequel Young démontrera que « si le héros a pour habitude de sauver l'héroïne d'un sort pire que la mort il peut aussi la sauver d'une mort pire que le sort ».

Le léviathan de l'espace Avalé par une entité extra-terrestre gigantesque, la canonnier Jonathan Sands découvre à l'intérieur de son « hôte » un véritale univers avec un soleil et une planéte peuplée de descendants d'humains happés des siècles plus tôt. Grâce à ses connaissances supérieures il a tôt fait de se faire une place de premier plan parmi ces derniers. Mais les « conversations » qu'il entretient avec l'entité lui font entrevoir un terrible danger.

Très jolie et très poétique parabole sur la façon dont l'homme traite son environnement. C'est aussi une critique de la société de consommation assez bien tournée et plutôt étonnante dans un texte écrit en 1963. Robert Young y compare notamment les humains à des bactéries pathogènes qui dévorent leur hôte et provoquent ainsi sa fin...et la leur.

Cette nouvelle, comme d'autres de l'auteur (cf L'ascension de l'arbre) témoigne de sa fibre écologiste qui s'exprime encore ici : « Un monde plein de fraîcheur et de jeunesse, pensa Hubert avec tristesse ; un monde vierge, attendant innocemment que les premiers immigrants viennent le dépouiller, attendant comme une tendre jeune fille qu'on le mette sur la voie stellaire pour le vendre sur le grand marché de la prostitution galactique ».

Nouvelles Editions Oswald - 1985

22 mars 2014

LA FLECHE JAUNE - VIKTOR PELEVINE

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Un train sans fin circule à travers une contrée indéterminée vers une destination inconnue. A son bord, des voyageurs qui vivent sans se préoccuper de l'absence d'arrêts, mangent, dorment, travaillent. Seuls Andreï et son ami Khan semblent se poser des question...

Dans les romans de Science-Fiction, un vaisseau-monde est un engin spatial gigantesque affrété pour un voyage d'une durée indéterminée et qui emporte dans ses flancs une population nombreuse avec tout ce qui est nécessaire à sa survie. "La flèche jaune" m'a fait penser à ce type de vaisseau. Un train-monde. Un convoi gigantesque dont on ne voit ni le début, ni la fin, parti pour on ne sait où ni pour combien de temps.

Le roman de Pelevine a un côté surréaliste très marqué et parfaitement assumé. Une sorte de Brazil sur rails. Il se résume à une suite de déambulations dans les différents wagons et aux rencontres qui s'ensuivent. Andreï, le narrateur, semble être le seul voyageur à avoir conscience du dehors et à s'interroger sur sa condition. Il multiplie les contacts et explore les compartiments, du wagon restaurant aux toits des voitures. Ce faisant il nous fait découvrir un univers étrange qui en rappelle un autre, bien réel celui-là.

La flèche jaune est bien sûr une métaphore de la Russie post-soviétique. Un pays qui ne sait plus très bien d'où il vient ni où il va, hésitant entre la pompe de la Russie millénaire et son héritage communiste. Le train de Pelevine est à son image. On y trouve un peu de tout : des businessmen décomplexés qui se livrent à toutes sortes de trafics sur le dos du bien public (les poignées de porte en laiton, les petites cuillers), des vieux qui regrettent le bon vieux temps de l'union soviétique, des exclus, des étrangers. Les riches y occupent des compartiments luxueux tandis que les plus démunis campent à même le sol. Quant à ceux qui dirigent tout ce petit monde, les conducteurs, il est impossible d'en tirer la moindre information. Ils ne savent peut-être pas eux-même où ils vont mais n'en détiennent pas moins le pouvoir. Notamment celui de vous attribuer un compartiment, une couchette ou de déclasser votre voiture sans la moindre justification. Bref, un pouvoir pas franchement démocratique.

Ce train étrange est aussi une métaphore de notre vie. Nous sommes lancés dans une longue fuite en avant sans plus prendre le temps d'observer et comprendre ce qui nous entoure : « Où vont-ils tous ? Pourquoi N'entendent-ils jamais le cliquetis des roues ? Ne voient-ils pas les plaines nues derrière les fenêtres ? Ils connaissent tout sur cette vie, mais ils continuent d'aller dans le couloir, des chiottes au compartiment, de la plate-forme au restaurant en transformant peu à peu aujourd'hui en un nouvel hier, et ils pensent qu'il existe un Dieu qui les récompensera ou les punira pour cela. » Dans La flèche jaune nul ne s'occupe de l'extérieur ni du but du voyage. Toutes les conversations, toutes les activités ont trait au ferroviaire : les livres, les chansons, les dessins... Le train n'est plus un moyen mais devient un but en soi. Son tac à tac lénifiant endort les consciences. Personne n'imagine plus vivre et penser autrement.

Andreï lui, finira par trouver le courage de descendre du train. Il saura arrêter le temps pour reprendre le contrôle de sa vie : « Comme le tintamarre des roues, derrière son dos s'estompait, il commença à distinguer clairement des bruits qu'il n'avait jamais entendus auparavant : la sèche stridulation de l'herbe, le bruit du vent, et le son étouffé de ses propres pas. » A nous de faire de même.

Denoël - & d'Ailleurs - 2006

17 mars 2014

A DIEU VAT... - BERNARD DELAFOSSE

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Pour échapper à la guerre thermo-nucléaire qui vient de se déclencher sur Terre, Alain Castro a décidé d'embarquer à bord de la fusée du défunt professeur Khor dont il était l'assistant. Sonia, la fille du professeur, l'accompagne. Les voici donc partis « à la recherche d'une planète accueillante et d'une humanité qui n'aurait pas pour but son propre anéantissement. » 

Avec sa couverture fade et sa fusée qu'on croirait dessinée par un enfant de 6 ans, ce roman fantastique d'anticipation", comme l'éditeur a cru bon de le qualifier, n'a pas grand chose d'engageant. Le premier tiers de l'histoire semble d'ailleurs confirmer cette mauvaise impression.

Il s'agit d'une longue entrée en matière qui s'attache tout juste à nous présenter les deux héros ainsi que les raisons de leur fuite dans l'espace. Nous rencontrons donc Alain Castro, matérialiste convaincu, intelligent et protecteur et Sonia Khor, une jeune femme ignorante des choses de la science mais portée par sa foi en Dieu.

Cette introduction comporte également un peu de vulgarisation scientifique qui fait parfois sourire concernant le fonctionnement de la fusée, la vitesse de la lumière, l'espace-temps et la théorie de la relativité. Heureusement, les choses se décantent lorsque nos voyageurs de l'espace commencent à explorer leurs première planètes.

Ils atterrissent d'abord sur Antigaea, monde désertique où la chaleur et le manque d'eau ont contraint la population à se réfugier sous terre. Ils y trouvent une société troglodytique qui ressemble beaucoup à la Corée des Kim. Un régime collectiviste et militariste dans lequel l'ensemble des moyens humains et matériels sont utilisés dans le seul but de continuer la guerre séculaire qui les oppose à leur satellite voisin. Tout individualisme y est formellement proscrit et l'impersonnalité de corps et de pensée est poussée à l'extrême. Les uniformes, les habitations, même les noms sont communs à tous (colonel X37, collective Z63) et leur crédo, la Prière impersonnelle, fait froid dans le dos :

Dieu, monstre d'égoïsme, n'existe pas.

Je ne dois pas adorer un créateur.

Qui ne serait que la projection pernicieuse

De l'amour de moi-même.

Je n'aime que l'état

Auquel je dois dévouement total et vie entière.

Ils parviendront heureusement à s'en échapper et, après un bref intermède sur une planète pourvue d'une faune du jurassique, ils atteignent Harmone, l'exact opposé d'Antigaea.

Ils y découvrent ce qui pourrait être la société idéale, « un monde qui a résolu les problèmes de l'équilibre social et du bonheur matériel de l'humanité ». Après des siècles de guerre, la paix mondiale y a été instaurée et la population baigne dans le bonheur. Emploi, urbanisme, santé, loisirs, science, tout concours à son épanouissement. Et nos deux voyageurs de s'extasier sur les inventions qui facilitent la vie de ce peuple remarquablement évolué (routes magnétiques et voitures automatiques, cinéma en couleur et relief), mais qui n'ont plus grand chose de fictionnel de nos jours.

Ce roman de 1958 fait donc tout à fait son âge. Il contient néanmoins quelques bons moments et quelques réflexions tout à fait intéressantes dont celle-ci : Le niveau de vie, c'est le niveau des besoins. Malheureusement, trop de clichés romanesques et bien pensants gâchent un peu ces bonnes intentions.

Editions Copelat - Aventures - 1960

 

11 mars 2014

GARGOUILLE - ANNE DUGUËL

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Un jour qu'elle fait du rangement dans ses papiers, Claire tombe sur une photo qui l'interpelle. Le vieux cliché sur lequel elle pose avec ses copines de CM2 pour la traditionnelle photo de groupe est en effet fort étrange. Au lieu des gamines de dix ans qui devraient s'y trouver, ce sont les quinquagénaires qu'elles sont devenues qui sourient au photographe. Affolée, elle contacte ses anciennes camarades qui constatent toutes la même anomalie. Elles décident alors de se réunir pour éclaircir ce mystère et retrouver la trace de la seule qui manque à l'appel : Marie-Rose.

Une bonne part des romans d'Anne Duguël est construite autour du thème de l'enfance blessée. C'est le cas de ce « Gargouille » qui nous relate la vengeance d'un souffre-douleur contre ses camarades de pensionnat. Une vengeance à retardement puisque la petite rancunière va profiter de leurs retrouvailles, quarante ans plus tard, pour assouvir ses pulsions meurtrières.

Les premiers chapitres permettent de faire connaissance avec ses anciens bourreaux et futures victimes. Un chapitre pour chacune avec, à chaque fois, le portrait de la quinquagénaire d'aujourd'hui et un épisode de sa vie au pensionnat illustrant les prémisses de sa future personnalité. Nous faisons ainsi connaissance avec Maureen l'avocate dominatrice, Martine la prostituée, Anne l'écrivaine, Gigi la charcutière, Lou l'antiquaire... Neuf quinquas qui se retrouvent avec plus ou moins de plaisir afin de tenir, malgré elle, une promesse d'enfance.

Cette confrontation entre passé et présent est la partie la plus sympa du bouquin. La suite est beaucoup plus basique. Elle déroule la sempiternelle histoire du groupe coincé dans un endroit désert, sans espoir de secours et confronté à un tueur sadique. Les éléments surnaturels que l'auteur introduit dans son récit ne lui apportent pas grand chose et seule la façon dont chaque femme est trucidée (sa mort rappelle à chaque fois une niche qu'elle avait infligé à la meurtrière) lui donne un  peu de piquant.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

7 mars 2014

DERRIERE LA COLLINE - XAVIER HANOTTE

xavier-hanotte-derriere-la-colline

1948. Chargé d'entretenir les cimetières militaires de la grande guerre, un jardinier se souvient de sa participation au conflit et de ses amis morts au combat. Il évoque en particulier la mémoire de l'un d'entre eux dont la disparition eut sur son existence des conséquences inattendues.

Enfant, j'ai passé une bonne partie de mes vacances en Picardie, dans un petit village de l'Aisne où se trouvait un cimetière de soldats britanniques. Je me souviens très bien de la petite nécropole avec ses alignements de pierres blanches et ses pelouses impeccables. Je me rappelle aussi y avoir lu les noms de ces anglais venus mourir en France et de l'étonnement que j'éprouvais quand, comparant la date de naissance à celle du décès, je découvrais que des gamins de dix-huit ou dix-neuf ans pouvaient mourir à la guerre. Ce roman m'a fait éprouver un sentiment similaire. Il m'a fait ressentir à nouveau l'immense tristesse de ce gâchis sans nom et réaliser l'incroyable tragédie que représentent ces jeunes vies fauchées avant que d'avoir pu s'accomplir pleinement.

Xavier Hanotte met des visages sur ces noms gravés dans la pierre. Il nous invite à partager l'existence de plusieurs de ces jeunes britanniques qui ne furent pas que des soldats mais des hommes avec une famille, des espoirs et des peines. Nous découvrons grâce à lui la lucidité teintée d'amertume du lieutenant Burrell, la gouaille de Frank- putain de wombat-Bates ou l'amour sans faille qu'Evans porte à son épouse. Nous découvrons surtout la formidable amitié qui unit Nigel et William, leur rencontre à Londres et  leur engagement dans un de ces « bataillons de copains » composés d'amis, de collègues ou de voisins.

Nous les suivons tous dans les environs de Thiepval où se prépare la terrible offensive qui verra la mort de la plupart d'entre eux et nous les côtoyons au quotidien, à l'arrière ou dans les tranchées. Dès lors, le destin de tous ces hommes ne peut plus nous laisser indifférent. Les sentiments qu'ils éprouvent avant l'assaut, leur peur, leur impatience, sont un peu les notre, tout comme le sera le désarroi des survivants.

Même s'il illustre les premières heures de la bataille de la Somme, « Derrière la colline »n'est pas un roman guerrier. Les combats n'y occupent pas une grande place, tout juste une grosse cinquantaine de pages sur les 400 que compte le livre. Mais elles sont intenses et montrent parfaitement leur âpreté ainsi que la soudaineté de la mort sur un champ de bataille : « L'obus qui me faucha ne me cherchait pas davantage que les dizaines, les centaines, les milliers de projectiles qui éclataient au même moment sur le front de Somme. Le ciel vint à ma rencontre tel le fond d'un puits. J'y plongeait la tête la première, dans les eaux noires d'un sommeil sans rêves où je sombrai bientôt, oublieux d'un monde qui, probablement, ne méritait rien d'autre ». Elles reflètent aussi le sentiment d'impuissance et d'abandon de ces soldats déboussolés, abrutis de peur et de douleur et qui ne souhaitent plus qu'une chose : en finir au plus vite.

Quant à la description de ce no man's land où ils souffrent et meurent, elle est proprement hallucinante. Une vision d'enfer digne de Dante : « Aussi loin que portait le regard, une vérole d'entonnoirs défigurait le paysage retourné par la charrue folle d'un géant ».

On en ressort complètement ahuri. Dégouté aussi par l'ampleur du carnage. Près de 60000 tués et blessés en une seule journée, tel est le bilan de cette attaque mal pensée ou mal préparée. En tout cas inutile. Dans ces conditions, difficile pour les survivants de trouver une justification au sacrifice de leurs compagnons. Difficile aussi de comprendre pourquoi ils ont survécus et d'imaginer quoi faire du supplément de vie qui leur est accordé.

Le héros de Xavier hanotte est de ceux-là. Un rescapé qui, à défaut d'avoir trouvé un sens à la mort de ses amis, essaye d'en donner un à sa vie. Un homme qui n'est certes pas mort en même temps que ses camarades mais dont l'existence n'en est pas moins restée bloquée au 1er juillet 1916. Depuis, il perpétue le souvenir des défunts en veillant sur leurs sépultures. Une façon de rester près d'eux et d'éviter que leur souvenir ne disparaisse trop tôt : «  Un mort qu'il me fallait sauver coûte que coûte de l'oubli, de la dissolution, du grand plongeon dans le noir absolu de l'anonymat ».

Plus qu'un roman sur la guerre, Derrière la colline est donc un roman sur l'amitié, la vraie, capable de survivre à la honte et au remord. Capable même de survivre à la mort. C'est aussi un livre remarquablement écrit, souvent poétique et parfois même onirique. D'ailleurs, quitte à spoiler un peu, je ne résiste pas à la tentation de citer l'un des derniers paragraphes qui est aussi l'un des plus beaux : « Quand le moment sera venu, je vous retrouverai tous. Toi d'abord, papa, que je pourrai enfin serrer entre mes bras. Toi qui, j'en suis sûr, comprendras. Vous aussi, mon lieutenant, vous qui savez déjà ce qu'il y a derrière la colline, alors que moi, j'ai pris peur sur le seuil. Et vous, mes amis d'avant, dont la fidélité fut si mal récompensée. Peut-être même toi, Béatrice, que je ne puis ni haïr, ni pardonner. Et puis toi, William, mon frère, qui m'a offert bien plus que tu ne le sauras jamais ».

Un grand merci à Babelio et aux éditions Belfond pour m'avoir fait découvrir ce très beau livre.

Belfond - 2014

 

2 mars 2014

PAVANE - KEITH ROBERTS

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Pavane est un parfait exemple de roman uchronique. C'est même l'un des textes fondateurs de ce genre particulier qui s'exprime au conditionnel et où tout commence par un si... Et si Elisabeth Ière avait été assassinée. Et si l'invincible Armada avait conquis l'Angleterre. Et si le monde était tombée sous le joug de l'église romaine. Voilà le postulat sur lequel est construit ce recueil de six longues nouvelles.

Les deux premières jouent un peu le rôle d'entrée en matière. Deux nouvelles fort jolies qui sont aussi deux portraits d'hommes amoureux de leur métier. Elles nous dévoilent l'Angleterre d'un XXème siècle alternatif où la science est restée figée. Le moteur à explosion, le téléphone et l'électricité sont encore dans les limbes et l'on circule toujours à bord de locomotives qui assurent l'essentiel du transport des marchandises.

La "Lady Margaret" a justement pour héros John Strange, un conducteur de locomotive. Nous le suivons au cours d'une nuit bien remplie qui le verra déclarer sa flamme à la femme qu'il aime, retrouver un vieux compagnon et faire face à une attaque de brigands. Une histoire amère et douce qui se conclura néanmoins sur une note d'humour inattendue.

Le signaleur est beaucoup plus triste. Il s'agit d'un récit d'apprentissage. Le rêve devenu réalité d'un enfant qui espère intégrer la mystérieuse caste des signaleurs. Nous le suivons dans chaque étape de sa longue formation jusqu'à son premier poste dans un sémaphore isolé. Avec lui notre horizon s'élargit jusqu'à la lointaine Londinium et les châteaux de la noblesse. Elle se conclura néanmoins de façon tragique dans la lande de Durnovaria où l'on pressent que des forces obscures sont à l'œuvre.

Ce n'est donc qu'à partir de la troisième que l'on découvre le vrai visage de cette Angleterre sous la domination de Rome. Un pays où l'inquisition brûle, torture, soumet ou extermine ceux qui pensent différemment ou s'opposent à son autorité. Un royaume où le roi lui même n'a que peu de pouvoirs face à une Église toute puissante qui couvre d'or ses cathédrales alors que le peuple crie famine.

Le pauvre Frère Jean en fera l'amère expérience. Sommé par sa hiérarchie de prêter son concours à une session du Tribunal de l'inquisition, il va sortir profondément meurtri de cette épreuve. Dès lors, il n'aura de cesse de prêcher la révolte à travers le pays.

Seigneurs et gentes dames constitue une respiration. Elle fait aussi le lien entre la première et les trois dernières nouvelles qui ont toutes pour personnage principal un représentant de la famille Strange. Elle permet enfin de se rendre compte que les nantis ne sont pas forcément du côté de Rome et prennent même quelques libertés avec le dogme.

Corfe Gate est le morceau de choix du recueil. Le cadre géographique, temporel et politique est posé. L'affrontement peut désormais avoir lieu. Et si la victoire finale penche encore du côté de l'église, les fondements de son pouvoir en sortent passablement ébranlés. Là encore l'auteur dresse un très beau portrait, celui d'une femme attachée à sa terre et fidèle à ses idées envers et contre tous.

Enfin Coda est une courte nouvelle qui n'apporte pas grand chose au recueil sinon de le conclure sur une note optimiste.

C'est peu dire que Keith Robert écrit bien. Ses textes sont d'une grande beauté et dotés d'une puissante force évocatrice. On est happé par la magie des mots et envoûté par les images qu'ils suscitent. L'envie nous prend alors d'aller nous promener du côté de Durnovaria, entre lande et falaises et d'y rencontrer quelques unes des figures attachantes qu'il a brossées. Tout cela nous donne un livre superbe qui parle aussi bien d'amour (de sa famille, de sa région, de son métier) que de liberté et de dépassement de soi.

Livre de Poche - SF - 1977

25 février 2014

UNE SECTE COMME BEAUCOUP D'AUTRES... - GILLES MORRIS

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C'est seulement parce qu'il a une furieuse envie de coucher avec elle, que Michel Leduc a accepté d'accompagner Karen Hauptmann à la recherche de sa sœur jumelle dans un petit village alsacien. Celle-ci a en effet rejoint la communauté des "Agneaux de Dieu", une secte dirigée par un yogi charismatique, et Karen espère bien trouver le moyen de la ramener à la raison. A peine arrivés à Kaisersbrück, les deux amis sont confrontés à une ambiance de suspicion et à d'étranges manifestations. Des incendies se déclarent spontanément, les chiens hurlent à la mort des heures durant et une frénésie sexuelle s'empare de tous les habitants dès la nuit tombée. Esprits frappeurs, sorcellerie ou influence pernicieuse des illuminés enfermés dans le vieux château qui domine le village ? Karen et Michel ne sont pas au bout de leurs surprises.

S'il y a une ambiance que j'apprécie particulièrement en matière de roman fantastique, c'est bien celle que nous propose Une secte comme beaucoup d'autres... Des étrangers immergés dans une bourgade austère peuplée d'habitants taciturnes, une chape de silence couvrant de mystérieux évènements, une secte étrange et impénétrable, voici le genre d'ingrédients qui m'ouvrent l'appétit. Et je n'ai pas été déçu.

Les rebondissements et révélations s'enchaînent avec beaucoup de fluidité, la description du petit bourg et des relations houleuses entre villageois et membres de la secte sont bien rendus tandis que les quelques scènes d'action qui émaillent le récit lui apportent ce qu'il faut de dynamisme.

Le personnage principal m'a également beaucoup plut. Sa gouaille, ses réparties et sa débrouillardise en font un héros tout à fait sympathique, loin du surhomme qui résout tout par la largeur de ses muscles ou la finesse de son esprit. Il ne recule toutefois pas devant le danger et n'hésite pas à se colleter avec les méchants même s'il cède souvent sa place à son pote le gendarme lors des scènes de pugilat.

Mon seul petit bémol a trait au côté fantastique du bouquin. D'une part on a un peu de mal à croire que des mantras récités par quelques dizaines de fanatiques puisse créer un champ de force capable d'influer sur les gens et les choses à des lieues à la ronde. Par ailleurs, cet aspect n'apporte que peu de valeur ajoutée à un roman qui n'eut rien perdu à n'être qu'un polar. Mais un polar avec beaucoup d'humour, porté par une plume san-antoniesque avec tout plein de jeux de mots et de blagues grivoises.

Alors même si le déroulement de l'intrigue ne fut pas tout à fait à la hauteur de mes espérances, j'ai néanmoins passé un bon moment de lecture.

Fleuve Noir Anticipation - 1981

20 février 2014

LE TEMPS MEURTRIER - ROBERT SHECKLEY

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Lorsqu'il se réveille après un terrible accident de voiture, Thomas Blaine est loin de s'attendre au cours étrange que vient de prendre son existence. Coup sur coup, ses médecins lui apprennent qu'il n'est plus en 1958 mais en 2110, que son esprit est l'hôte d'un corps d'emprunt et qu'il devra désormais vivre à une époque où la vie après la mort existe bel et bien. Comme si cela n'était pas suffisant un poltergeist lui rend la vie impossible et un zombie lui accorde une attention un peu trop soutenue. Heureusement, un ange-gardien veille sur lui.

Ce livre de Sheckley m'a fait découvrir un auteur extrêmement inventif, drôle, parfois loufoque, mais qui sait tenir son lecteur avec une histoire bien rythmée et non dénuée de quelques réflexions sur le sens de la vie.

Tout commence par ce grand classique de la SF qu'est le voyage dans le temps. Le début du roman m'a d'ailleurs fait penser au Futurama de Matt Groening puisque, à l'instar du héros de la célèbre série d'animation, Thomas Blaine se retrouve propulsé dans un futur où il n'a plus aucun repères. Les resto martiens ont remplacés les traiteurs chinois, il y a des cabines de suicide, des hélitaxis, des fermes sous-marines et, si l'on y prend garde, on peut se faire voler son corps en un rien de temps.

Mais la comparaison s'arrête là car Sheckley ne se contente pas de confronter son personnage aux innovations technologiques de l'an 2110. Son futur à lui est assez particulier. La science y a démontré que la vie après la mort n'est pas un mythe et que l'esprit (l'âme pour les croyants) continue de vivre dans l'au-delà. L'existence des fantômes, ectoplasmes et autres esprits frappeurs est également avérée. Ils peuvent vous hanter ou vous passer un coup de fil par l'intermédiaire du Central Spirite et même s'introduire dans le corps des récents défunts.

Bref, tout le folklore de la littérature fantastique est désormais un fait scientifique et c'est dans ce monde où la vie ne pèse plus grand chose dès lors que l'on sait que l'esprit lui survit, que Blaine doit refaire la sienne. Il va dès lors se retrouver ballotté en tout sens sans très bien comprendre ce qui lui arrive, ce qu'on lui veut et ce qu'il pourrait bien faire pour s'en sortir.

Ca part dans toutes les directions avec une intrigue composée de plusieurs fils qui se croisent et s'entrecroisent. Sur fonds de complot et de guerre commerciale, les rebondissements s'enchaînent à un rythme d'enfer. Enlèvements, voyage par la pensée ou chasse à l'homme, combats au rayonnant ou à la hache, pas le temps de s'ennuyer. Ça fourmille de personnages et d'idées qui ne sont parfois qu'esquissées mais qui pourrait pourtant donner matière à bien d'autres romans.

Bref, une lecture jubilatoire que je recommande sans réserve.

Pocket SF - 1977

15 février 2014

ANISSA - JEAN ROLLIN

imgLouise et Henriette, les deux orphelines vampires, sont sorties de la fosse commune dans laquelle elles avaient été précipitées à la fin du 1er volume de leurs sanglantes aventures. Mais pour reprendre leur errance mortelle, les petites goules doivent être réunie. Or, si l'une s'est rematérialisée à Paris, l'autre est reparue au fin fond des Cévennes. La première va heureusement pouvoir compter sur l'aide d'Anissa, une jeune provinciale fraîchement débarquée dans la capitale et qui, tombée sous le charme de la jolie vampire, la prend sous son aile. Lui servant de guide le jour et l'abreuvant de son sang la nuit, elle va lui permettre de retrouver sa compagne. Acceptera-t-elle toutefois de se rendre complice des crimes de ses nouvelles amies ?

Les orphelines vampires sont de retour pour nous jouer une nouvelle partie de leur petit jeu démoniaque. Mais les règles ont légèrement changées. Si elles sont toujours de voraces petites goules assoiffées de chair et de sang et atteintes de cécité diurne, elles se prénomment désormais Edith et Judith et doivent se régénérer tous les soirs à minuit près d'une statue à leur effigie dont chaque cimetière est invariablement doté. Ce petit détail explique que, du Père Lachaise aux petites nécropoles campagnardes du causse cévenol et des monts du Cantal, nous visitions quantité de tombeaux et de caveaux.

Ceux qui connaissent l'œuvre cinématographique de Jean Rollin y retrouveront aussi certains éléments de son panthéon fantastique tels que les lignes de chemin de fer ou les horloges dimensionnelles. Tout cela est malheureusement assez répétitif et tout juste ponctué par les meurtres de deux chasseurs et les repas sanguinolents qui s'ensuivent.

En fait ce roman se démarque très peu du précédent et seule l'irruption de nouveaux personnages lui apporte quelque intérêt. Anissa tout d'abord qui, de spectatrice impuissante des turpitudes de ses amies va passer au rôle de protectrice, mais aussi l'homme pourpre, dispensateur de folie qui règne sur une troupe de déments, un renard qui parle et même le Minotaure.

Le problème, c'est que l'on ne comprend pas les motivations de tout ce beau monde. On se poursuit, on se perd, on se kidnappe, on se libère et on s'enlève à nouveau. Quel est le but recherché par l'homme pourpre, pourquoi souhaite-t-il sacrifier les petites vampires, y a-t-il une raison aux déambulations de ses dernières ? Le mystère demeure.

Anissa est donc un bon gros nanar a tendance surréaliste. Il n'y a pas d'histoire, pas d'intrigue, à peine un fil conducteur. Juste une balade d'épouvante remplie d'images morbides ou ridicules. Quelque chose comme le rêve halluciné d'un opiomane. Un long cauchemar qui n'es pas prêt de se terminer puisque trois autres volumes m'attendent encore !

Fleuve Noir - Frayeur - 1994

10 février 2014

LE VOLEUR D'ICEBERGS - SERGE BRUSSOLO

imgDaniel Sangford est un baroudeur de l’espace qui va de planète en planète à la recherche de la bonne affaire, celle qui fera enfin sa fortune. Aussi, lorsqu’il découvre que des glaçons ramenés par inadvertance d’un planétoïde égaré, prennent sur Terre l’apparence et la solidité du diamant, il croit que la chance est enfin venue. Mais il s’apercevra  un peu tard que la chance est une maîtresse capricieuse qui a tôt fait de vous laisser tomber ! 

Voici encore un bon Brussolo qui débute comme un bon vieux space-op avant de dériver vers le fantastique.

Cette dérive est d’ailleurs la bienvenue car la première partie du livre (les mésaventures de Daniel à bord de son vaisseau puis sur un planétoïde glacé) est nettement plus faible que la seconde qui, elle, s’intéresse aux conséquences catastrophiques et incroyables de son intrépidité.

Or, c’est précisément dans la démesure, l’inénarrable et le démentiel que l’ami Serge donne le meilleur de lui-même et la description des trois fléaux (froid, transparence et humidité) qui, telles les plaies d’Egypte, s’abattent sur Terre, est vraiment impressionnante.

Fleuve Noir Anticipation - 1988

5 février 2014

CLAUDINE A PARIS - COLETTE & WILLY

sans-titre

Son père ayant décidé de s'installer à Paris pour assurer la publication de son encyclopédie de malacologie, Claudine doit quitter son cher Montigny, ses bois, sa maison, son école... D'abord désemparée, elle a tôt fait d'apprivoiser la capitale et, en compagnie de son cousin Marcel, fait son entrée dans le monde.


Et nous retrouvons Claudine qui nous conte avec toujours la même hardiesse teintée d'ingénuité sa vie parisienne. Finis la province et les plaisirs tout simples de la campagne. Voici venu le temps du strass et des paillettes. Entre le thé chez la tante Cœur et les soirées au concert, Claudine découvre le beau monde.

Enfin, beau, c'est vite dit. Car la bourgeoisie de l'époque, sous ses dehors de respectabilité, n'est pas si austère qu'il y parait. Vieux messieurs entretenant de petites "nièces", demi-mondaines, rivalités, médisances : un vrai panier de crabes.

Du haut de ses 18 ans, la jeune femme jette sur tout cela un regard amusé et tendre qui rendent ses confessions toujours aussi touchantes. D'autant qu'elle va connaître le grand amour en la personne d'un fringant quadragénaire.

Ce roman est aussi l'occasion de voir vivre une époque depuis longtemps disparue : les immeubles bourgeois avec concierges et cochers, les arrières cuisines et les dépendances, les voitures à cheval dont les roues commencent à être équipées de pneumatiques...

Un volume peut-être moins enlevé que le précédent mais toujours aussi agréable à lire grâce à l'écriture si simple et si charmante de Colette.

Livre de Poche

 

31 janvier 2014

CLAUDINE A L'ECOLE - COLETTE & WILLY

claudi11

Au début du XXème siècle, une adolescente raconte sa dernière année à l'école communale et, plus généralement, son quotidien dans une commune rurale.

"Je m'appelle Claudine, j'habite Montigny ; j'y suis née en 1884 ; probablement je n'y mourrais pas". Ainsi commence le journal de Claudine, gamine de 16 ans aussi dégourdie que délurée. Une gosse de riche élevée à la campagne en compagnie de filles de paysans et d'ouvriers dont le seul rêve est d'intégrer l'école normale afin de devenir institutrices. Profitant de la liberté que lui laisse un père qui a tout du professeur Tournesol, elle mène sa vie comme elle l'entend, vagabonde dans les forêts, court les rues et règne sur ses petites camarades.

Son récit nous plonge dans le quotidien d'une école publique de province. On découvre son organisation, les matières étudiées dont certaines font aujourd'hui sourire (la couture...), les corvées de bois ou de lessivage. On se balade dans ses classes à odeur de craie ou dans les dortoirs des internes. On prépare dans une atmosphère de fête l'inauguration des nouveaux bâtiments et l'on assiste au concours d'entrée à l'école normale, véritable decathlon intellectuel que peu de bacheliers d'aujourd'hui réussiraient.

Tous ces lieux sont bien sûr peuplés de personnages hauts en couleur : Mlle Sergent et la belle Aimée, les deux institutrices disciples de Sapho, le docteur Dutertre député local à la main baladeuse, Antonin Rabastens l'assistant Marseillais à l'accent si savoureux. Et bien sûr, toutes les copines de classe. La grande Anaïs, Marie Belhomme et la jolie Luce.

On a l'impression bien agréable de s'immerger dans des temps et des lieux où tout paraît plus simple et plus sain. Peut-être aussi est-ce l'état d'esprit de Claudine qui déteint sur nous, son humour, sa franchise, une certaine forme d'innocence. C'est frais, c'est désarmant, c'est revigorant. Colette c'est bon, lisez-en.

Livre de Poche

23 janvier 2014

HIER, LES OISEAUX - KATE WILHELM

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Pollution, changements climatiques, pénurie des ressources alimentaires : la fin du monde est proche. Ou plutôt, la fin de l’humanité. Une extinction à laquelle la famille Summer ne se résout pas. Elle a de l’argent, des terres, des moyens quasi illimités et compte parmi ses membres des scientifiques de premier ordre. Son objectif : sauver l’espèce humaine. Elle y parviendra mais le résultat sera-t-il à la hauteur de ses espérances ? 

Le roman de Kate Wilhelm se partage en trois époques bien distinctes.

La première suit le parcours de David Summer et de quelques autres membres de sa famille dans leur lutte pour préserver un îlot d’espoir pour l’espèce humaine. Nous les voyons organiser leur survie tandis que la société s’écroule, construire un hôpital et aménager un laboratoire à l’intérieur d’une grotte. Là, ils espèrent cloner les rares survivants, devenus stériles, afin de donner à l’homme la possibilité d’un nouveau départ.

La seconde débute plusieurs générations plus tard alors qu’une nouvelle société basée sur le clonage a vu le jour. Les individus sont créés par familles entières en fonction de leurs aptitudes et des besoins de la communauté. Une jeune femme, Molly, refuse cette vie sans  relief et cherche à vivre sa différence.

La dernière partie met en scène Marc, le fils naturel de Molly, et sa révolte contre cette nouvelle humanité qui commence à montrer ses limites.

Kate Wilhelm a une bien jolie plume. Elle nous conte avec beaucoup de délicatesse ce que pourrait être notre futur si nous n’y prenons garde. Elle nous propose aussi des éléments de réflexion sur le devenir de l’homme, sur les bienfaits de la diversité et aborde fort justement certains des risques liés au clonage.

Son roman est aussi un très bel hymne à la beauté d'une nature redevenue sauvage et épanoui car libérée des contraintes que l’homme faisait peser sur elle.

Denoël - Présence du Futur - 1977

 

18 janvier 2014

LES PORTES SANS RETOUR - GILLES THOMAS

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Gyall Dara est pilote d'astronef et gagne sa vie en transportant du fret sur les planètes des confins. Sur Allègre, il rencontre Missie Oléone, fille d'un potentat local qui lui propose un engagement un peu particulier. Il s'agit de partir à la recherche de son frère jumeau, Axin, disparu après avoir emprunté l’une des « portes sans retour ». Risquant la prison sur Allègre à la suite d'une rixe, Gyall est contraint d’accepter son offre et c'est ensemble qu'ils tenteront d'élucider le mystère des dangereuses et énigmatiques portes.  

Gilles Thomas nous offre une fois encore un roman de SF qui se lit d’une traite grâce à une plume alerte et un indéniable sens de l'action. Pourtant, le thème du bouquin est fort simple, simpliste même. Il se résume à une succession de saynètes ayant pour cadre des univers aussi différents que dangereux et constituant pour nos héros autant d'épreuves dont il faut triompher.

Les personnages seront ainsi confrontés à un souterrain truffé de pièges, un Paris futuriste subissant un gouvernement fasciste, une société primitive adorant un dieu avide de sacrifices, des pirates de l’espace et joueront même un temps le rôle de curiosité zoologique.

La chute du livre n'est pas non plus franchement extraordinaire mais a le mérite de proposer une explication aux interrogations des héros (ainsi qu'aux nôtres !) ce qui n'est pas toujours le cas des livres du genre qui privilégient l'action plutôt que l'intrigue, la castagne plutôt que les solutions.

Bref, un livre qui, s'il n'est pas le meilleur de l'auteur, constitue quand même un bon petit divertissement, un moment de pure détente où l'aventure et l'amitié indéfectible sont au rendez-vous.

Mention spéciale pour la première page du roman que j’ai trouvée fort poétique.

Fleuve Noir Anticipation - 1994

13 janvier 2014

DANS LES PROFONDEURS DU MIROIR - ALAIN VENISSE

imgRégisseur pour le cinéma, Axel Masson doit dégotter un vieux manoir gothique pour tourner les scènes du film d'épouvante sur lequel il travaille. Le château de la famille Wallenstein près de Nancy répondant en tout points à ses attentes, il décide de s'y rendre afin de solliciter une autorisation de tournage. A peine arrivé, un orage incroyablement violent le contraint à devenir l'hôte involontaire du baron Wallenstein et de sa fille Irina. Sitôt la nuit tombée, la jeune femme s'introduit dans sa chambre et se livre en sa compagnie à des jeux érotiques surprenants de la part d'une personne jusque là si réservée. Mais est-ce bien Irina qui lui a rendu visite ? Et si oui, son attitude étrange a-t-elle quelque chose à voir avec les caves du château dont l'entrée est si bien protégée ?

Je l'ai déjà dit ici ou , Alain Vénisse est un bon artisan qui sait proposer de solides romans d'horreurs, pas forcément très originaux mais toujours agréables à lire. Cette fois-ci, c'est dans le roman gothique qu'il verse, piochant sans vergogne dans les canons du genre avec une histoire de malédiction séculaire et d'objet maléfique.

Rien d'étonnant donc à ce qu'on y retrouve la vieille demeure médiévale et ses souterrains, sa salle de torture, ses torchères et ses lits à baldaquin. La filiation est tout aussi flagrante côté personnages puisque le vieux sage et la jolie vierge de service sont bien au rendez-vous tout comme le jeune étranger qui va servir de catalyseur au drame qui se prépare.

Si la première moitié du livre sert indéniablement de mise en train, elle constitue aussi une histoire dans l'histoire. Prologue, meurtre, poursuite du double d'Irina et happy-end, le roman pourrait presque s'arrêter ici. Et puis, alors que l'on croit nos héros hors de danger, l'intrigue rebondit pour un bis repetita encore plus dramatique mais aussi plus moderne. Adieu châteaux et souterrains, bonjour Paris, Montmartre et le cinéma. C'est désormais à la poursuite du double d'Axel que nous assistons. Une partie plus enlevée où meurtres et révélations se succèdent à vive allure.

L'idée d'un double maléfique n'est pas nouvelle mais Alain Vénisse s'en sert avec bonheur. On frémit à l'évocation de cette copie conforme capable de prendre votre place, s'installer dans votre quotidien, côtoyer vos amis, coucher avec votre copine... Mais quand en plus, elle se met à jouer les émules de Jack l'éventreur, çà devient carrément flippant. Comment prendre au piège un individu qui vous connais aussi bien que vous-même, raisonne comme vous et devine vos pensées ? Dans de telles conditions, la course d'Axel après cet autre lui-même devient réellement passionnante.

La fin du roman nous réserve aussi une jolie surprise qui vient ajouter une petite touche d'imprévu non négligeable et permet de conclure de façon plus que satisfaisante ce bon petit bouquin.

Fleuve Noir - Frayeur - 1994

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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